BULLETIN GÉNÉRAL
UE
THÉRAPEUTIQUE
MÉDICALE ET CHIRURGICALE.
BULLETIN GENERAL
DE
THÉRAPEUTIQUE
MÉDICALE ET CHIRURGICALE.
Kecuetl |Irattque
PAR J.-E.-M. HIQUEI., D. M.,
OBEVAllKH DE LA LÉOIOK-D’HONNEUB , ANCIEN CHEF DK CLINIQDE DE LA FACULTE
DE MÉDECINE DE PARIS A l’HÔPI I AL DE LA CHARITÉ, MEDECIN DES DISPENSAIRES,
MEMBRE DE LA COMMISSION DE SALUBRITÉ; RÉDACTEUR EN CHEF.
TOME VIINGT-TROISIÈME.
PARIS.
CHEZ LE RÉDiLCTEUR EiN CHEF, ÉDITELR,
HlIE SAINTE-AS.NE, N“ 2S.
1842
BULLETIN GÉNÉRAL
THÉRAPEUTIQUE
MÉDICALE ET CHIRURGICALE.
THERAPEUTIQUE MEDICALE.
QUELLES SONT LES PRINCIPALES CONDITIONS DU PROGRES
EN THÉRAPEUTIQUE.
Si la médecine, en tant que se proposant simplement pour but l’étude
de l’homme dans sa vie normale, est une science qui captive autant notre
attention ; si, malgié l’obscurité qui entoure les nombreux problèmes
qu’elle pose, elle a été dans tous les temps l’objet de recherches si opi¬
niâtres , elle acquiert une bien antre importance encore quand, ne con¬
sidérant ces recherches que comme de simples prolégomènes, elle étudie
la vie dans ses déviations pathologiques, et met en rapport avec l’or¬
ganisme soufli'ant tous les moyens capables de le modifier, dans le but
de ramener celui-ci à l’état normal. Dernier terme des sciences médi¬
cales , la thérapeutique est la partie de la médeeine qui, sans contre¬
dit, demande à être traitée avec le plus d’application. Malheureuse¬
ment et pendant des siècles, presque toujours solidaire des erreurs
dans lesquelles se sont tant de fois égarées et la physiologie et la patho¬
logie, l’on a vu cette science manquer souvent son but, et consumer
ses efforts dans de stériles ou incomplètes vérifications. C’est là un point
sur lequel on ne saurait trop insister : dans l’état actuel de la science,
les diverses théories partielles dont celle-ci se compose comme doctrine,
ne sauraient commander exclusivement lathérajpeutique. Sans doute, si
nous avions saisi la grande loi qui régit le monde pathologique, la thé¬
rapeutique devrait se déduire comme im simple corollaire de cette donnée
fondamentale. Mais jusqu’ici nous n’avons pu nous élever qu’à la con
reption de rapports secondaires. qui peuvent bien éclairer latbérapeu-
<5 ;
tique, mais non la diriger, la commander. Entrons dans quelques déve¬
loppements sur ce point, pour bien faire comprendre notre pensée, et
montrer quelles sont aujourd’hui, suivant nous, les conditions essen¬
tielles du progrès en médecine pratique.
\ l’exception des névroses, que l’on ne peut rattacher à une lésion
maténélle dë l’orgahisation (jhe par üù abus évident dë la méthode
analogique, U h’est pas une seule affection dans le cadre nosologique
dont la physiologie, l’anatomie pathologique et la chimie organique ne
prétendent à nous donner la théorie définitive. Cette prétention du reste
n’est point nouvelle, elle est aussi vieille que la science et vûvra autant
qu’elle ; cela est tout simple, la théorie seule donne à un ensemble de
notions quelconques le caractère de science réelle et complète ; lors donc
que nous cherchons à établir tpie la thérapeutique doit se maintenir dans
une sorte d’indépendance vis-à-vis des théories, c’est que d’abord, dans
les cas les plus heureux, celles-ci ne rendent compte que d’un certain
nombre de faits, et qu’ensuite cette science a réellement une méthode à
elle, des résultàts de laquelle elle ne doit pas déshériter l’avenir ; mais
nous nous gardons bien de nous élever contre cette tendance généra-
fiice qu’on rencontre dans certains esprits à toutes les épotjues de l’his¬
toire de la médecine ; outre qu’elle a déjà conduit à d’importants résul¬
tats , elle accuse im instinct intellectuel de l’ordre le plus élevé, ei
corrèsjîond à une des nécessités les plus impérieuses de toute science
complète. Ces réserves faites, nous dirons premièrement que la théra¬
peutique ne peut accepter comme règles de pratique la conséquence de
ces vues théoriques partielles ; secondement qu’elle a sa méthode à elle,
et que lors même qu’elle cherche à vérifier ses vues, c’est à cette mé¬
thode qii’elle doit recourir, et n’y suhordonner sa pratique qu’alors que
cette vérification les a ju.stiiîces. C’est ainsi, par exemple, sinon qu’elle
a toujours procédé, du moins qu’elle procède aujourd’hui vis-à-vis de la
physiologie pathologique du médecin du Val-de-Grâce. Elle admet
avec M. Broussais la nature firanchement phlegmasique d’un certain
nombre de maladies ; dans quelques cas même elle reconnaît qiie toute
rafTection se réduit à un simple traumatisme- interne avec irradiations
sympathiques diverses sur tels outeLs systèmes de l’économie; mais la
ihérapeut’que, en tant que science indépendante ayant sa méthode,
ses procédés propres, est bien loin d’accepter dans leur rigueur et dans
toute leur extension les conséquences pratiques qui découlent de l’idée
théoriq'ie de l’école de Broussais. Ainsi, pour citer un des exemples les
plus tranchés dans l’ordre d’alTections dont il s’agit maintenant, et clans
lesquelles la pratique commandée par la théorie s’applique avec le plus
d’âVantàgès, dans la pleuropheulnonic, l’élément inllatiiniatoire, tout
( 7 )
important qu’il est ici, n’est point le seul élément pourtant dont une
saine pratique doive tenir compte. Que dans un grand nombre de cas les
indications thérapeutiques sfe tirent exclusivement de l’étendue, du degré
de la phlegmasie pleuro-pulmonaire, tels que ilous les traduisent d’une
manière si rigoureuse en général l’auscultation et la percussion, nous ne
le contesterons certainement pas ; mais à côté de ces cas, il en est évi¬
demment im certain nombre d’autres où cette indication itéorique s’ef¬
face devant des indications beaucoup plus importantes. H en est ainsi
([uand la pleiu-o-pneimionie coexiste avec un état de débibtation pronon¬
cée, ou bien avec un certam état ataxique dont le délire et les soubre¬
sauts des tendons sont les manifestations les plus ordinaires. Ë en est en¬
core de même dans certaines constitutions médicales ou même dans
certaines dispositions idiosyncrasiques ou l’élément bilieux complique la
phlegmasie localisée dats les vésicules puhnoiiaires. Dans les divers cas
que nous yenons de supposer, il n’est point douteux que la théorie pby-
siologiipie de la pleiu’opneumonie ne laisse échapper les plus importantes
indications ; que si alors la thérapeutique se laisse despotiquement domi¬
ner par celte théorie, elle manque évidemment son but. Dans ces cas
divers , une pratique judicieuse commande de n’user du ttaitement anti •
phlogistique qu’avec la plus grande réserve, èt de lui substituer rapide¬
ment les moyens propres à détruire les compbeations funestes ; que si ces
moyens se trouvent en opposition avec la nature de la maladie locale,
c’est une raison sans doute pom’ que l’on mette dé la circonspection dans
l’emploi de ces moyens, qu’on en surveille l’influence et sur les localisa¬
tions morbides, et sur l’état général ; mais cette opposition ne suflit cer¬
tainement point à les faire prosra-ife. C’est en suivant cette marche du
reste ,■ et en ne se laissant point étoprisonner dans le cercle inflexible dé
la docti-ine physiologique, ijde la fliérapéutiqile a fait revivre ces indi¬
cations que lès anciens avaientparfaitèinènt saisies, mais qu’ils avaient,
eux aus.si, trop généralisées ; de sorte qu’aiitrefois comme de nos jours
l’attention des obséiTaièurs et surtout des praticiens n’était portée que
sur l’élément morbide auquel là théorie contemporaine accordait le plus
de valeur.
L’anatomie pathologique, d’un autre côte, qui h’est d’aflleurs âu fond
quela doctiinede Broussais, moins son interprétation physiologique, et
qui lui est pai- conséquent inférieure au moins comme doctrine géné¬
rale, cai- elle ti’a même pas l’instinct des besoins de là science ; l’aria-
tomie jiathologique, disons-nous, tant qu’efle se borne à constater les
lésions que les maladies laissent après la mort dans les tissus , sans les
rapprocher des causes qui les ont provoquées, et de l’action morbide fcn
laipielle elles ont consisté à leur originè, ne peut évidemment conclure à
{ 8 )
aucune thérapeutique proprement dite. On ne conçoitpas que des esprits
aussi distingués que le sont certeinement les hommes que nous pourrions
citer ici, n’aient pas compris tout d’abord que l’anatomie pathologique
réduite ainsi à une simple épellation des lésions qu’elle constate, met
entre elle et la ihérapeutiqite un abîme infranchissable. Aussi, deman¬
dez à cette science, si riche de faits intéressants sans aucun doute,
quelles indications elle a saisies dans le traitement des maladies, sinon
des indications négatives? quelle méthode thérapeutique elle a fondée,
sinon la méthode de l’abstention systématique? Ici encore la théra¬
peutique doit nécessairement s’éclairer, dans son action sur l’orga¬
nisme soufirant, des lumières que l’anatomie morbide a jetées siu une
lace jusque-là inconnue des maladies ; mais elle ne doit point laisser briser
entre ses mains les moyens que l’expérience des siècles a consacrés. Avant
que l’anatomie pathologique eût retourné l’organisme, si nous pou¬
vons ainsi parler, pom dérouler à nos yeux les altérations que les mala¬
dies laissent comme trace de leur passage dans les tissus, ces maladies,
avec tous leurs caractères, avec le cortège varié de leurs symptômes,
avaient sévi déjà sur l’espèce humaine ; les lésions que le scalpel nous
découvre aujourd’hui, existaient alors comme aujourd’hui dans la pro¬
fondeur des tissus vivants ; et nous ne doutons pas, pour notre compte,
que dans l’ignorance où l’on était alors de ces lésions, la thérapeutique
ne se heurtât souvent imprudemment à celles-ci, et ne compromît, dans
un bon nombre de cas, son influence curative. Mais malgré le ton dé¬
gagé avec lequel, guindés sur les échasses de notre prétention, nous trai¬
tons le passé, nous ne voyons pas que personne ose soutenir qu’avant
la découverte de l’anatomie morbide, la thérapeutique ajoutait constam¬
ment anx maladies, et ne concourait jamais à leur solution. Non, cela
n’est pas vrai, croyons-le pour l’honneur de nos pères, poin- l’honneur de
la science. Or, la méthode qui guidait les médecins avant Morgagni,
Bonnet, et lem's laborieux successeurs, et qui les conduisait au but essen¬
tiel de l’art, au rétabbssement de l’harmonie des fonctions, ne laisse pas
complètement d’être applicable, parce que les progrès de la science ont
fait découvrir un nouvel élément pathologique dont elle doit tenir compte
dans l’action qu’elle est appelée à exercer sur l’organisme souffrant. C’est
encore là un point capital sur lequel on ne saurait trop insister, tout
l’avenir de la thérapeutique est engagé dans cette question. Si les lésions
organiques sont tout dans la vie pathologique, il n’y a qu’une manière
de travailler an progrès de la thérapeutique, c’est d’étudier, de com¬
parer, d’analyser ces lésions, et, cela fait, d’en conclure toute la thé¬
rapeutique. Mais tous nos livres sont remplis des résultats de ces
études, de ces analyses. de ces comparaisons ; or. thérapeutique-
ment parlant, qu’en a-t-on généralement conclu? Ceci : que dans les
cas où la science curative développe la plus grande eflicacilé, elle abrège
de quelques heures peut-être la durée des maladies_Donc dans cette
voie il n’y a point de progrès possible ; donc ici, comme vis-à-vis de
la docti'ine physiologique, la thérapeutique doit profiter des decouvertes
de la science, mais elle doit faire usage de la méthode propre, des
procédés à la faveur desquels elle s’èst jusqu’ici constituée, c’est à savoir
l’observation directe, et, avec résen-e, l’induction. C’est ainsi que nous
avons toujours compris la valeur des données fournies par l’anatomie
morbide, dans leur rapport avec la science du traitement des maladies.
En marchant dans cette direction, nous avons contribué, nous le pen¬
sons au moins, à réhabiliter dans la science diverses méthodes thérapeu¬
tiques importantes, par exemple la méthode évacuante. Cette méthode
avait été à peu près proscrite du traitement des maladies aiguës et de,s
maladies chroniques, soit au nom de l’école physiologique, soit au nom
de l’anatomisme. U n’est point un seul praticien maintenant qui ne se soit
affranchi de cette terreur puérile qui pendant si longtemps nous a fait
considérer la muqueuse gastro-intestinale comme une sorte de noli me
langere physiologique, et nous désarmait vis-à-vis d’un grand nombre
d’affections. Dans la fièvre typhoïde meme, sans vouloir ici préjuger la
valeur absolue de cette médication, il est reconnu de tous, au moins que
la méthode évacuante n’a point le danger que la théorie a pu faire pré¬
voir ; 'qu’elle peut par conséquent être appliquée quand des indications
précises l’appellent. Mais ce bill d’indemnité, si nous pouvons ainsi dire,
accordé à cette méthode, ne se borne point à elle ; il s’étend à un nom¬
bre infini d’agents qui, au nom des mêmes idées, avaient été proscrits,
et qni dès lors peuvent être de nouveau soumis au contrôle de l’expéri¬
mentation.
Enfin, et nous terminerons par là cet exposé rapide de notre philoso¬
phie thérapeutique; plusieius observateurs, dont le nom est haut placé
dans la science, s’occupent beaucoup-en ce moment de recherches sur la
composition des liquides dans les maladies, soit à la faveur des procédés
ordinaires de la chimie, soit à l’aide de l’observation microscopi(|ue.
Déjà même quelques résultats importants ont été signalés ; ainsi, d’après
CCS travaux, on chercherait à établir que toutes les phlegmasies, quelle
que soit leur diversité de formes, d’intensité, de siège, sont toutes ca¬
ractérisées par une augmentation dans la quantité absolue de la fibrine ;
par contre, les pyrexies, qu’on aurait d’après cette vue nouvelle fausse¬
ment confondues avec les inflammations, se caractériseraient par un état
inverse de la composition du hquide sanguin. Ce sont là sans doute des
données qui, si elles viennent à se vérifier, ont une grande valeur;
( 10 )
mais en tirerons-nous thérapeutiquement cette conséquence, qu’il faut à
l’avenir s’interdire tout stimiJant dans toute affection de l’organisme vi¬
vant dès que nous aurons constaté une localisation phlegmasique, et
qu’il faut donner exclusivement du fer, du quinquina et des jus de viande
dans les fiètTes continues? Non certainement : la thérapeutique suivra ici
la marche que nous l’avons vue suivre précédemment; elle demandera à
la pathologie vivante scs indications, et s’efforcera de les remplir en
mettant à contribution les divers moyens que l’expérience successive des
temps a consacrés.
Pour nous résumer en deux mots, la thérapeutique n’est pas condam¬
née à marcher dans la voie que lui tracent les théories partielles qui se
succèdent dans la science; elle a ses procédés et sa méthode propres : c’est
l’observation directe de l’action des agents médicamenteux sur l’orga-
hisme souffrant, c’est l’expérhnentation sage, raisonnée dans les diverses
individualités morbides. C’est à ces procédés qu’elle doit les principales
conquêtes qu’elle a faites dans le passé, c’est à leur lumière qu’elle
doit continuer à marcher dans l’avenir, ’^els ont été les principes du
Bidlelin de Thérapeutique à son origine, tels ils sbnt encore aujour-,
d’hiiî.
DE LA blSPAfelTIOJt ÙES htOUOpislÈS sdus L’tNPLÜEÎfCfe DÈS ÉVACtiATiONS
rniNAluEs abondantés.
Par M. Briqüei, médecin de l’Hôpilat Cocliin, professeur agrégé de la Faculté.
Les âilteüfs de thérapeutique seinblent, en partant des propriétés des
médicaments dliirétiqUes, disposés à regarder cés sutstahees comme
n’ayant ordinairement qu’un effet graduel, lent, et pres(]çiie itiscrisihle :
cependant, il est dés cas dans lesquels leur action se iait sentir d’ime
manière très-prononcée, et arrive fapidemeht à lihe espèce dé maxiraiini
d’intensité à l’aide duquel il s’opère de grandes mutatidns dans l’éco-
Honuë dnimale. Les ouvrages des observateurs cdhtiennëht bien quel¬
ques faits dans lesquels on volt des hydropLsies poHées à un degré Ibrt
avancé disparàître rapidement sotis l'ihfluericé des évàciiations urinaires
produites par les diiu-étiques ; mais ces faits, cjul sont épars dans la
science, sont incomplets, tronqués ; ils inahtjucht des coiiîtlons néces¬
saires poüE sàtisfafre l’esprit, qui demande ülailitéiiant de là préclsioh et
du positif Je contfibuerai par cet article a couibler cfelte lacune, eu
présentant deux cas, obselvés aiissi iiiinuticUscmcut qu’il a été possible,
et dans lesquels l’action diurétique s’ésl manifestée par des évâcuàtioiLs
(irinàifes brusquement produites, et a aiiiëné la résorption dfes liquidés
séreux iiilÜti’és dans le tissii cellülàiré èt épanchés dans les cavités des
membranes séreuses. Le lectem’ verra comment s’est opéré ce flux
ininaire, et comment s’est faite la disparition de l’hydropisie.
Obs. I. — Imuffiianeé des aalmlei de VoHfice àuHculo-viktrtcuiairi
gauche dû ciÉur - h^dropisie consécütlvè.
Diardÿ Agée de soitante-six ans, blaUcblsseUsej femme encore assez forte,
toussant depuis longtemps, ayant également depuis longtemps là respiration
courte, et sujette à dé légères palpitations. L’anfléé deimièrfe, elle à eu une
pleüropneuffloiiie à droite âvee eildocardité, à la suite dë làtjuelle elle eàt
rèstée plus essouflée qu’auparavant, et avec utie disposition à l’iuflltralion
telle, qu’ëlle a été obligée de venir plusieurs Ibis à l’BOpitül pour prendre
du repos.
Le 14 mal 1942, elle vient de nouveau Se présenter poür être reçue! elle
sè trouvait dans l’état suivant :
Teinte un peu jaUne paille de la face, amaigrissetnent tlë cettè partie, lan¬
gue rougeâtre et humide, perte de l’appétit ; dyspnée qdl force la malade
à se tenir sur son séant, où elle ne respire qti’avec peine! le thorax of¬
fre en avant et à droite un son normal, et un mélange de râle muqueux à
petites bulles et de Mie sibilant; à gauche un son un peu diir de la clavi¬
cule à la quatrième côte, avec nbe expansion vésiculaire faible, mais pure;
au-dessous de la quatrième côte, un son tout 5 fait nul, et l’absence com¬
plète d’expansion Vésiculaire ! les bruits du coBür sont difficiles à entendre et
n’offrent pas d’imptilsibn; on distingue Un bruit de frottement très-faible,
très-obscur, qui a lieu en même temps que se passent chacun des bruits
du cœur ; les bruits des carotides sont à l’état normal, ainsi que ceux de
l’aorte qu’on entend derrière la moitié supérieure du sternum. Eü arrière,
son dur des deux côtés dans le tiers infcrienr du dos! expansion vésiculaire
mêlée de râle muqueux et sibilant dans la partie sonore; respiration très-
faible dans la portion mate, un peu d’expiration bronchique vers le milieu
de la hauteur de la gouttière vertébrale droite, et un peu de râle sous-cré-
pitânt en bas! expectoration peu abondante, visqueuse et incolore, avec
quelques eracbats opaques et Jaun&tres; Inülttation à un degré considérable
des membres supérieurs et inférieurs, des parois abdominales et des régions
lombaires; un peu de distension de l’abdomen, avec matité dans la moitié
inférieure do la région squsmmbilicale ; point de diarrhée; pouls à 80, ré¬
gulier, assez fort; peau fraîche; urines peu abondantes, ne se troublant
point par Paclde nitrique; pas dé süeuK. 11 semble que la malade est affec¬
tée d’un rétrécissement avec insuffisance de l’orilice dhricülo-vehtriculaire
gauche, avec dlathàse séreuse très-prononcée, indiquée par l’inhltratiim et
tes épanchements séreux dans les plèvres et dans le péritoine. Je prescris
la tisane pectorale avec oxymel scîllitique et une potion gommeuse avec 2
grammes de teinture de digitale.
Peu à peü l’inliltration augmente, les collections de liquide dans les plè¬
vres et dans l’abdomen deviennent plus considérables malgré le traite¬
ment.
Potin, au 28 mai, l’accablement était devenu considérable, la face avait
pris là teinte jaune paille, la langue, rougeâtre, offrait qdeiques plaques de
diphtei-ite ; elle était collaute. Les signes que donnent l’auscultation et la
percussion étaient toujours à peu près les mêmes, seulement l'épanchement
paraissait plus considérable dans la plèvre droite que dans la gauche, puis¬
que la matité remontait de ce côté presque jusqu’à l’angle inférieur du
scapulum; les bruits du cœur étaient toujours éloignés, très-sourds et sans
impulsion. On ne distinguait plus guère sensiblement de bruit de frotte¬
ment. La respiration est toujours fort gênée, et le pouls de 75 à 80; la peau
restait fraîche, et les urines, peu abondantes, ne se troublaient point par
l'addition de l’acide nitrique ; l’infiltration générale était considérable; la
peau était distendue outre mesure; la malade était arrivée à prendre 6 gram.
de teinture de digitale dans sa potion, elle avait continué la tisane de parié¬
taire avec 61 gram. d’oxymel sciiiitique. Le 19 et les jours suivants, un flux
considérable d’urines s’établit, la malade est obligéede se lever huit à dix fois
par nuit, et elle rend de pleins pots d’urines peu colorées, et déjà le juin
les membres supérieurs présentent à peine des traces d’infiltration. Le 4, il
n'y a plus d’infiltration ni aux membres ni au tronc, tout ce gonflement a
disparu, les parties sont revenues à leur volume normal: la figure a repris
un peu d’animation, la peau est moins terreuse, l’appétit se fait sentir, la
respiration est moins gênée, et le décubitus peut se faire à plat. La dureté
du son delà région précordiale est un peu diminuée, et celle de la partie
postérieure du thorax l'est aussi; l’expansion vésiculaire s'entend deinüs le
haut jusqu’en bas; elle se mêle à du râle muqueux et à de la respiration
bronchique. Il reste un peu de toux, avec l’expectoration de la bronchite; il
n'y a plus de matité à la partie inférieure de l’abdomen; les bruits du cœur
subsistent les mêmes; le pouls est régulier de 70 à 75. Les urines cessent
d'être abondantes, et elles redeviennent plus colorées; la malade est d’une
extrême faiblesse.
Enfin elle sort de l’hôpital le 14 juin, sans la moindre apparence d’infil¬
tration; le son du thorax était devenu clair jusqu’en bas, excepté à la ré¬
gion précordiale, et l’abdomen ne présentait plus le moindre indice d’épan¬
chement.
On Toit dans ce fait, que j’ai présenté de la manière la plus succincte
tpi’il m’a été possible, une altération organique du cœur dont l’influence
.sur la circulation, et par suite sur l’hématose, a été telle, qu’une dia¬
thèse séreuse avec toutes ses conséquences s’en est suivie. — Pendant
quelque temps et malgré le repos, la température convenable et une
médication appropriée, les accidents vont croissant ; enfin un jour, sans
que l’altération organique, origine de tous les troubles de l’économie, ait
été modifiée, les secréteurs entrent en exercice, et en quelques joins toute
la sérosité déposée dans le tissu cellulaire et dans les lombes est
absorbée. —Doit-on attribuer cette Hypercrinie à un effort critique?
rien n’en donne la certitude ; ordinairement, les ci-ises sont précédées
ou accompagnées de phénomènes qui dénotent un effort de l’organisa¬
tion. Sans prétendre rencontrer le pouls, que Bordeu regardait comme
caractéristique d’une crise par les mines, c’est-à-dire un pouls régiUiè-
reraent inégal, produit de. l’imagination de ce médecin. an moins de-
vrait-il y avoir uiie augmentation de fréquence dans les battements de
l’artère. Or, chez notre malade, le pouls, au contraire, avait perdu
graduellement de sa vivacité. Tous les auteurs parlent de chalem' dans
les lombes et de douleurs consécutives dans les régions des reins ; or,
nous n’avons rien observé de semblable.
U est vi‘£iiscmblable que la médication diurétique a eu sa part dans
ce résultat salutaire, et il faut croire qu’il a été nécessaire d’une certaine
dose de substance médicamenteuse pour le provoquer. N’en est-il pas
ainsi pour divers médicaments? Aussi, dans les paralysies, les malades
ne ressentent l’effet de la noix vomique qu’après un certain temps de
son usage. Les accidents vénériens ne cèdent également aux mercu-
riaux qu’après l’emploi d’une dose déterminée de mercure. Le calomel
ne produit souvent d’évacuation qu’après quelques jours de son emploi.
Ne sait-on pas que les affections scrophiUeuses ne commencent à se nu) -
difier qu’après un temps assez long de l’usage de l’iode ; que les affec¬
tions chroniques de la peau ont besoin d’un emploi prolongé des prépa¬
rations arsenicales avant de présenter le moindre changement?
Quoi qu’il en soit, aucun changement appréciable n’a fait prévoir
l’évacuation qui allait se faire ; rien de particulier ne s’est fait apercevoir
pendant qu’elle se faisait.
Il est, du reste, curieux de voir avec quelle rapidité l’absorption de
la sérosité s’est faite : en deux jours l’infiltration a disparu des memlires
supérieurs, et en sept jours elle était complètement dissipée ; les séreuses
s’étaient également vidées.
Cette disparition s’est faite en sens inveise de la production de l’é-
dœme ; ainsi, elle a commencé par les membres supérienrs, a continué
aux membres inférieurs, et a terminé par les cavités des séreuses.
La quantité d’urine rendue a été considérable ; ces urines étaient fort
claires ; leur apparition en quantité anormale s’est faite brusquement,
et non graduellement ; il en a été de même pour leur disparition.
Obs. II. — Pleurésie aiguS avec épanchement, leueo-phlegmasie consé¬
cutive.
Gigou, âgée de vingt-neuf ans, domestique, de constitution lymphatico-
sanguine, â peau blanche et Bue, assez chargée d’embonpoint, habituelle¬
ment de bonne santé; née d’un père mort tuberculeux, à trente-deux ans,
elle n’ayant encore que treize ans, et d’une mère morte fort jeune, elle
étant encore enfant.
Le 28 mai, cette femme eut, dans la soirée, l’occasion de se plonger plu¬
sieurs fois les bras dans l’eau froide pendant qu’elle était en sueur. La nuit
même, elle fut prise d’un frisson prolongé, qui fut suivi de chaleur et de
malaise.
Les jours suivants, survinrent de la douleur au côté gauche, de la gêne de
( )
la respiration, et de la fièvre; la malade, obligée de s’aliter, futsaigpéçj ie
satfgsorti délit veine était couenneux. On appliqua successivement àés ^ng-
sues en petit nombre, et un vésicatoire sur le côté dduloùreux! La maladie
s’aggravant, elle vint à l’hépilal Coebin, le 5 juin 1843, avec la ligure bili-
guée et qn peu colorée en rose aux joues, la langue blanclie et humide,
une soif vive, une respiration fort gênée (36 respic.atjous par minute); le
décubitus se faisant sur le dos, et impossible dans les autres positions. Le
thorax donnait à l'auscultation et à la percussion les résuliâts suivants : à
droite, tant en avant qu’en arrière, son et respiration à l'étal normal. À gau¬
che, eu avant, son normal de la clavicule à la troisième côte, et expansion
vésiculaire uoripale; de la troisième côte; quelques lignes au-dessous de la
quatrièpte, soq presque mat ef apnée | au-dessous, bruits du çfBur ^ l’état
normal; en arrière, matité depuis le niveau du milieu de la fosse sous-épi¬
neuse jusqu’au bas du thorax; légère expiration bronchique avec retentis¬
sement œgophonique de la voix dans toute cette portion du thorax, et dispa¬
rition du frémissement vocal; au-dessus, expansion vésiculaire normale.
Douleur pongitive assez vive siégeant au niveau du mamelon, et descendant
jusque vers le milieu de la portion gauche du dos. Peu de toux, pojnt d’ex¬
pectoration. Abdomen de forme normale, peau fraîche, point de douleur
dans les membres, pouls de force modérée à cent pulsations. Lors de sou
entrée, on avait fait à cette malade une saignée de 450 grammes, et qui n’a¬
vait pas été couenneuse.
La pilleur et l’absence de chaleur do la peau, la faiblesse du pouls, le peu
de succès des saignées précédentes ne permettant pas de pousser plus loin
les évacuations sanguines, on se borna à l’emploi des adoucissants, â la prise
de la poudre de digitale à dose de 10 centigrammes par jour, et à l’entretien
du vésicatoire sur le côté gauche du thorax, pour combattre l’épanchement
pleurétique dont l’intpnsité paraissait être modérée.
Malgré l’emploi de ces moyens, l’épanchement alla graduelleipeot en
augmentant, de telle sorte que le 15, la matité remontait en avant jusqu’à
la clavicule, et en arrière jusque dans la fosse sus-épineuse; l’expiration
bronchique se faisait entendre en avant et en arrière dans la moitié supé¬
rieure de ce côté, tandis qu’au dehors il y avait apnée complète. La gêne de
la respiration était portée au pofut de produire l’ofthopnée. {.e pouls faible
était à cent dix.
On insista sur les vésicatoires, sur l’usage de la pondre de digitale, qui
fut prise chaque jour à la dose de 15 centigrammes, dans une potion gom¬
meuse, sur la décoction de pariétaire avec sirop de pointes d’asperges, et
sur les frictions avec la teinture de scille faites deux fois par jour sur la
partie interne des membres inférieurs.
Le 83, les phénomènes de l’épanchement restent les mêmes, la plèvre
gauche est complètement remplie par le liquide épanché dans sa cavÂé, et
l’on s’aperçoit de l’apparition d’un œdème assez considérable aux mem¬
bres inférieurs et au membre supérieur gauche. Les bruits du cœur res¬
tent toujours à l’état normal, et la respiration devient de plus en plus gênée.
Ix» urines peu abondanles, contenant un dépôt rosacé très-abondanf com¬
plètement soluble dans l’acide nitrique, le pouls est à quatre-vingt-dix, la
peau est fraîche.
Décoction de pariétaire édulcorée avec 64 grammes de sirop de pointes
d'asperges, et potion gommeuse avec 3 grammes de teinture de digitale.
( ià )
Le29 Juin, on n’aperçoit point encore d’indices de résolution de J’épan-
chérhent pleurétique, car la matité du côté gauche du thorax existe toujours,
depuis la'claxicule, en avant, et la fosse sits-èplneuse, en arrière, jusque
tout à fait en bas de ce côté; l’expiration bronchique se fait entendre, en
arrière seulement, dans la moitié supérieure de cette portion du jhorax. Ail¬
leurs, J’apnée est complète à droite,'tant en avant qu’èn arrière; l'expansion
vèsicnlaîre s’accompagne de râles muqueux et sibilants, médiocrement abon¬
dants ; il y a de la tonx, et, depuis quelques jours, apparaissent des cracliats
de broncUte.
La malade est très-fatiguée ; sa face est pâle, décolorée ; la langue blan¬
che. Il existe une anorexie complète; la soif est très-modérée, et l’oq ne
boit que deux pots de tisané dans les vingt-quatre heures. La gêne de la res¬
piration va croissant, car la respirat|op ne pèùt se faire qu’en se tenant sur
son séant, le corps penché en avant; les bruits du cœur restent à l’état nor¬
mal; ils sepiplent éloignés. L’abdomep est à l’état normal, et l’on n’y trouve
pas de matité dans sa partie supérieure : la peau reste fraîche, le pouls reste
à quatre-vingt-dix ; il y a des sueurs la nuit, et les urines sont toujours
très-rares. En même temps l’infiltration va croissant; le membre supérieur
gauche est infiltré depuis le haut jusqu’en bas, et très-gonflé; le membre
sppérieur droit l’est aussi, mais à un degré moiqdre; les membres inférieurs
ont pris un volume considérable; l’œdème a gagné les lombes; la peau de
ces parties est tendue et luisante. Un léger érysipèle se manifeste autour du
vésicatoire qui touche aux lombes.
il est évident que la maladie va croissant; et en raison des antécédents de
la malâde, de sa peau blanche, de la toux qui est survenue et des sueurs
poctqrnes, on craint que la malade ne soit sous l’influence de la dégénéra¬
tion tuberculeuse ; et l'on est disposé à porter un pronostic grave. Du reste,
on continue ie traitement par les diurétiques, et l’on porte la dose de la tein¬
ture de digitale jusqu'à 6 grammes; on insiste sur les frictions avec le Uni¬
ment smlUtique.
LepO, ja scène phange: une abppdante expectoration se manifeste; elje
remplit la moitié du crachoir; eu même temps un flux d’urines s'établit à
tel point, que durant la nuit la malade a uriné huit à dix fois, et chaque fois
en assez grande quantité. Et l’on trouve, le lendemain, que la matité a dis¬
paru de là clavicule à la troisième côte, qu’elle est remplacée par un son
très-clair, et qu’on entend dans ce point un peu de respiration mêlée de râle
liquide fort abondant. L’érysipèle .du côté s’accompagne d’une douleur mus¬
culaire très-vive, qui pécessite l’application de douze sangsues sur le lieu
même de la douleur. On continue le traitement par les diurétiques, sans y
fliire d’autres changements.
2 juillet. Même expectoration comme purulente, plus copieuse que la
veille; le flux d’urines continue. L’œdème des membres supérieurs g com¬
plètement disparu; ceux-ci sont revenus à leur volume normal; il y g beau¬
coup moins de dyspnée. Même traitement.
5 juillet. Le flux d’urines a continué au même degré; les urines sont clai¬
res, légèrement colorées en jaune; aussi, en même temps, la face a perdu
sa feinte blafarde pour prendre des couleurs rosées ; l’appétit commence à
revenir: la respiration est beaucoup moins rare. Le son est maintenant
normal jusqu'au-de.ssous de la troisième côte. Ailleurs, la matité persiste
L’œdème des membres inférieurs a complètement disparu ; il ne reste
plus qu’un peu d’inflltration aus lombes; le pouls est de soixinte-quinze à
quatre-vingts.
Les jours suivants, la maladie allait en s’améliorant ; les forces revenaient ;
l’appétit se faisait sentir; il n'y avait plus de toux, d’œdème même aux lom¬
bes; le pouls était calme, et tout semblait faire penser que le liquide qui
constitue l’épancbement pleurétique serait résorbé, comme celui qui infil¬
trait le tissu cellulaire sous-cutané, lorsque, le 11 Juillet, la malade s’est ex¬
posée au froid pendant qu’elle était en sueur, et a contracté une bronchite
sur-aiguë, pour laquelle il a été nécessaire de la saigner. Aujourd’hui, 13
juillet, elle est en bon état; l’infiltration des membres n’a pas reparu, mais
l’épanchement pleurétique ne se résorbe que très-lentement; cependant tout
fait espérer qu’elle se rétablira complètement.
Cette observation offre une pleurésie avec épanchement considérable,
dans laquelle la maladie, comme dans le cas précédent, a été graduelle¬
ment en augmentant, et s’est accompagnée d’une infiltration qui s’est
étendue à presque toute la .surface du corps ; un traitement approprié a
semblé n’avoir aucime influence siu' les accidents, qui vont croissant.
Puis un jour l’effet s’est fait sentir, sans aucun changement préalalilc
lie l’organe malade ni de l’économie animale. Un flux abondant d’urines
.s’est établi; en trois joiu-s l’œdème des membres supérieims s’est dissipé,
et au bout de huit jours en tout l’infiltration a complètement disparu
aux membres inférieurs et aux lombes, en suivant, comme dans le cas
précédent, une mai-che absolument inverse de celle de son apparition.
Le liquide contenu dans la plèvre a subi de la diminution ; mais comme
il n’était point arrivé dans cette membrane par le fait de la diathèse
séreuse, ainsi que cela avait eu lien dans le cas précédent, la guérison
de la diathèse n’a point amené celle de l’épanchement ; celui-ci ne se
résorbera que lentement. Ici encore on voit les mines reprendre l’état
normal pour les quantités et pour les qualités dès que l’infiltration a
cessé. Nous ne pouvons pas plus dans ce cas que dans le précédent
attribuer ce résultat à un effort critique ; nous ne pouvons pas non plus
penser qu’il dépendait d’une amélioration de la maladie primitive;
nous nous croyons suffisamment fondés à l’attribuer, comme dans le cas
précédent, à l’action médicamenteuse des diurétiques.
Ces deux cas montrent d’ime manière évidente la disparition d’hy-
Jropisies consécutives sous l’influence d’im flux d’urines, la maladie
primitive conservant toute son intensité. Le travail curatif s’est fait,
dans ces deux cas, d’une manière tellement identique, qu’il m’a pai'u
inutile d’en rapporter d’autres, et que je me suis boraé à ces deux faits,
qui se sont présentés depuis quelque? mois à mon observation.
(
tM MOT SUR l’emploi DE LA POMMADE A LA NAPHTALINE CONCRÈTE
DANS LE TRAITEMENT DU PSORIASIS.
Dans mes précédents articles sur les maladies de peau, je me suis
surtout occupé du traitement des dartres sèches, enti’e auti'es des divers
psoriasis et de la lèpre vulgaire. J’ai principalement fixé l’attention des
médecins sm- l’emploi du goudron à haute dose dans ces dernières mala¬
dies. Enle conseillant, je ne me suis point dissimulé que ce médicament
avait l’inconvénient de répandi’e de l’odeur et d’être d’un usage assez
incommode. Mais les avantages qu’il présente m’avaient parus! consi¬
dérables, que jenc crus pas devoir cti-e arrêté par ces obstacles. Le suc¬
cès a couronné mes faibles efforts, et c’est aujourd’hui un remède acquis
à la thérapeutique. Néanmoins j’ai toujours cherché, depuis, à isoler le
piincipe actif du goudron et à le séparer de sa matière colorante, pour
lui enlever une partie des désagréments attachés à son usage. Il y a quel¬
ques amiées que j’ai essayé les huiles essentielles qu’on eu retire par la
distillation; j’en ai obtenu de bons effets; mais l’odeur de la pommade
tpie l’on confectionne avec elles est tellement forte, epe ipand plusieurs
personnes l’emploient en même temps, la salle ne tarde pas à en être
infectée; j’ai renoncé à son emploi à Saint-Louis. Mais en continuant
mes essais, je suis arrivé à constater l’efficacité de l’im des produits que
l’on rctii'e du goudi’on; je veux parler de la naphtaline concrète. Je l’ai
employée sur quatorze malades. Deux n’en ont obtenu aucun avantage:
l’im de ces cas avait pour sujet une jeune femme de trente ans, affectée
d’un psoriasis gyrata depuis près de huit ans, qui, après avoir cédé aux
arsenicaux, est revenu au bout de six mois; le deuxième cas s’est offert
à moi chez un jeune homme de dix-huit ans, portant une lèpre vulgaire
qui datait de plusieurs années; deux mois de traitement n’ayant amené
.aucune amélioration, j’ai cessé la naphtaline pour revenu’ au goudron,
qui a fait disparaître en deux mois tous les symptômes maladifs. J’ai été
plus heureux dans douze autres cas, chez huit hommes et quatre fem¬
mes. Des premiers, deux avaient de douze à treize ans, et portaient
des lèpres vulgaires depuis quinze mois et deux ans ; l’un et l’autre jouis¬
saient d’une parfaite santé, malgi-é les divers traitements qu’on leur avoit
fait subir poiu’ les déban-asser de leur maladie de peau. L’un avait pris
pendant trois mois de la solution de Pearson, jusqu’à la dose de 3 gram.
par jotu-, et des préparations iodées pendant un an. Le plus jeune avait
été jusqu’à dix gouttes de solution de Fowler. Ce traitement, interrompu
deux fois, avait été continué pendant six mois. Pendant les deux premiers
il fut bien supporté et parut efficace, mais pendant le cours du troisième.
TOME XXIII. l" i.iv.
( 18 )
d’autres plaques de lèpres se montrèrent, et l’amélioration s’arrêta. Di¬
vers aecidents des organes digestifs forcèrent d’interrompre l’adminis¬
tration de la solution, et cUe ne fut plus continuée que par intervalles de
dix et douze jours de suite, et complètement suspendue vers la fin du
sixiènje jpois. La maladie revint comme pllp était avant ce traitement,
■rçois ipois après, j’ai commencé l’application de la pommade à la naph¬
taline, composée comme il suit ;
Naphtaline concrète. 2 gi-ammes.
Axonge.30 grammes.
Cette pommade a été employée sur les deux sujets en même temps et
aux mêmes doses; les squammes n’ont pas tardé à tomber; la peau
qu’elles recouvraient est devenue violacée, des cercles blancs ont paru
autour, et en six semaines de temps j’ai obtenu une guéiison complète.
Rien n’a encore reparu, quoique ces malades soient guéris depuis trois
mois.
Les quatre autres observations ont été recueillies sur des hommes
de vingt-six à trente-huit ans, tous bien constitués, dont trois avaient des
psoriasis invétérés qui dataient, l’un de six, l’autre de sept, et le troi¬
sième de seize ans. Ce dernier avait subi trois traitements par les arse¬
nicaux , un par l’iode et les bains iodés et iodurés, et deux traitements
mercuriels. Il avait complètement renoncé aux remèdes actifs, lorsque
mal a gagne les ongles et la paume des mains ; des douleurs assez
vives sont survenues, et l’ont forcé de recourir de nouveau à la méde¬
cine. J’ai commencé par des frictions de pommade de goudi’on, et déjà
il était en grande voie de guérison, lorsqu’après six semaines il me signifia
qp’il ne pouvait plus continuer sans sacrifier sa fortune en laissant ses
affaires en spuf&ance. Il me demanda en grâce de lui faire faire un
extrait de goudron; j’employai alors une pommade à la naphtaline plus
forte :
Naphtaline. 4 grammes.
Axonge. 30 grammes.
J’en fis couvrir des compresses que j’appliquai sur les parties malades
matin et soir; au bout de six semaines la guérison était complète. Deux
fois seulement j’ai fait appliquer pendant vingt-quatre heures des cata¬
plasmes de fécule de pommes de teiTe pour apaiser les cuissons qui s’é¬
taient développées. Cet effet est assez souvent produit pM des applica¬
tions de compresses tipp chargées de pommade. Des bains émollients et
des cataplasmes de même nature en tiiomphent aisément. Du quatrième
malade, âgé de trente-un ans, portait sur tous les inembrcs de larges
( 19 )
plaques de psoriasis depuis diï ans ; quelques traitements de peu d’im^-
portance avaient été essayés sans succès. Je débutai par des cataplasraès
de fécule pour ramoUir et faire tomber les squammes, et j’appbquai en¬
suite sur les plaques des compresses recouvertes de la pommade. En cinq
semaines ce malade a été complètement guéri; je l’ai gardé un mois de
plus dans mes salles pom’ bien m’assmer que la guérison était parfaite.
Je l’ai fait examiner pai- mon balrüe et u-ès-lionorable collègue et ami
le docteur Cazenave, qui l’a trouvé en très-bon état, et qui m’a promis
d’essayer ce nouveau moyen.
Les deux autres hommes, âgés de trente-quatre et trente-huit ans ,
portaient des psoriasis légers, qui, en cinq et six ans de temps, étaient
à leur troisième récidive. Deux mois de traitement ont tout fait dispa¬
raître chez le plus jeune; celui qui était âgé de trente-huit ans a été
atteint d’un érysipèle au visage, qui m’a forcé à suspendre cette mé¬
dication pendant vingt jours; et comme je n’ai employé que la pommade
la plus faible, il a mis trois mois à se guérir.
Les quatre femmes ont été traitées par la pommade la plus forte. Che?
toutes j’ai fait précéder le traitement de cataplasmes émollients pendant
cinq et six joins, et j’ai recouvert ensuite les plaques, privées de leurs
squammes et ramollies, avec des compresses sur lesquelles il y avait une
demi-ligne du médicament. Qiez toutes j’ai été obhgé de recourir aux
cataplasmes pendant la durée du traitement, sans pour cela interrompre
l’usage de la pommade. Toutes, au bout de quinze à dix-huit jours,
avaient éprouvé une amélioration considérable. L’une, âgée de vingt^
quatre aas, malade depuis six ans, était couverte d’un psoriasis giUtata i
il a fallu trois mois pour obtenir une guérison complète. Une autre, at¬
teinte d’un psoriasis invétéré qui datait de quinze ans, dont elle avait été
affectée à l’âge de vingt-ipiatre ans, à la suite d’une suppression brusque
des menstrues, a guéri rapidement en moins de deux mois. Enfin, deux-
jeunes filles,’ l’ime de dix-sept ans, l’autre de dix-huit, n’avaient de
plaques que sur les genoux et siu’ les coudes : il n’a fallu que cinq se-
mahies à la plus jeune et sjx à l’autre pour être débarrassées de cette
ennuyeuse maladie, qui datait de plus de six mois chez chacune d’elles,
et qui allait toujours en augmentant.
Ces faits ne sont point encore assez nomlmeux pour qu’on puisse
statuer quelque chose de bien précis; néanmoins ils sont suffisants pour
enemu-ager de nouveaux essais. 11 est bon, à cet égard, de prévenir les
praticiens que le médicament dont il est question a quelques légers incon¬
vénients : d’aliord, l’odeiu- de notre pommade est assez forte, mais elle
passe avec promptitude; puis elle excite la peau et pouivait provoquer
quelquefois des inflammations assez vives, et même des érysipèles, si Ton
( 20 )
n’en surveillait l’action, si l’on n’en modérait, quand il y a lieu, l’acti¬
vité sur la partie au moyen d’applications émollientes.
QUELQUES OBSERVATIONS SUR l’eFFICACITÉ DE l’iODURE DE POTASSIUM
DANS LES CAS DE SYPHILIS SECONDAIRE ET TERTIAIRE.
Placé sur un théâtre où pullulent les affections vénériennes sous
toutes leius formes et à toutes leurs périodes, j’ai été à même d’obseiTer
bon nombre de cas des plus rares, souvent encore aggravés pai‘ le long
temps écoulé enti’e le début de l’affection et le commencement dn traite¬
ment, comme cela arrive fréquemment chez les marins ou les voyageurs.
J’ai constamment employé dans le traitement des diverses affections sy¬
philitiques, avec les plus heureux résultats, la méthode de M. Ricord,
mon exceUent maître, et je crois devoir ne pas laisser passer inaperçus
les succès que m’a procurés l’emploi de l’iodure de potassium dans les
périodes secondaires et tertiaires de la syphilis, dont j’ai commencé à
faire usage dans ma clientèle vers la fin de 1840.
Comme tout a été à peu près dit sur le mode d’action de ce médi¬
cament héroïque dans les cas dont il est question, je me bornerai à rap¬
porter ici quelques observations de syphilis secondaire et tertiaire dans
lesquelles l’emploi de l’iodure de potassium à haute dose m’a donné un
succès rapide et complet, alors que toutes les antres médications avaient
complètement échoué contre ces cas rebeUes, ou meme avaient amené
des exacerbations considérables dans les symptômes existants.
Puissent ces faits, quoique peu nombreux et livrés sans commentaires,
servir à corroborer la confiance des praticiens dans l’emploi d’un des
médicaments les plus héroïques dont se soit emichie, dans ces dernière
temps, la thérapeutique spéciale de ces périodes de la syphilis, si long¬
temps restée stationnaire.
Obs, I. — Énorme exostose du coude ; exostoses des eûtes-, emploi
de l’iodure de potassium; guérison rapide.
M. S. de B., âgé de vingt-cinq ans, d’une constitution sèche et nerveuse,
débilité par des excès prématurés de diverses sortes, avait contracté dès l’âge
de vingt et un ans plusieurs chancres et plusieurs écoulements qui furent
traités avec négligence et d’une manière fort incomplète. Cependant, on em¬
ploya à plusieurs reprises contre ces accidents les mercuriaux à hante dose,
qui eurent pour résultat d’amener la chute des dents et des cheveux, ainsi
qu’une émaciation considérable par suite des abondantes saiivations qu’ils
déterminèrent et qu’on laissa continuer par système pendant assez long¬
temps.
Il y a trois ans, pendant un voyage on Corse que lui avait conseillé le mé-
( 21 )
decin qui le soignait, ce jeune homme s'aperçut que les mouvements d’ex.-
tension de rarticulation du coude gauche devenaient rudes et difficiles à
exécuter, et comme cette raideur, qui s’accroissait chaque jour, était accom¬
pagnée d’un gonflement graduel des extrémités osso-cartilagineuses qui con¬
courent à former cette articulation, ce jeune homme s’effraya de ces symptô¬
mes, auxquels s’étaient jointes des douleurs ostéocopes qui, par leur viva¬
cité, troublaient complètement son sommeil. Il se décida à revenir à Paris
au commencement de 18W. A cette époque, il était de plus survenu sur les
quatre dernières vraies côtes droites des exostoses considérables, occupant
l’espace compris entre l’angle des côtes jusqu’à leur extrémité vertébrale.
Ces exostoses prenaient chaque jour dé l'accroissement et offraient les mê¬
mes douleurs caractéristiques que le coude.
Alors ce malade entra aux Néothermes, où il fut de nouveau soumis
pendant einq mois à l’usage des mercuriaux, des sudorifiques, des bains
russes et de vapeur sulfureuse, sans phis de succès qu’avant. De sorte qu’il
en sortit au bout de ce temps, abandonnant toute espèce de traitement comme
désormais inutile, après les mauvais résultats qu’il avait obtenus de ceux
employés jusqu’alors.
En passant par le liavre pour retourner dans sa famille, il vint me consul¬
ter, et me lit l’historique de sa maladie, en m’exprimant le désespoir qu’il
avait d’être désormais privé de l’usage de son bras. J’examinai son coude,
qui présentait l’aspect suivant : l’avant-bras était fléchi à angle aigu sur le
bras, et l’articulation du coude était convertie en une tumeur demi-sphéri¬
que, du volume d’une tête de fœtus à terme, lisse, dure et polie. La peau
qui la recouvrait n’offrait aucune rougeur et avait conservé sa coloration nor¬
male.
Le bras et l’avant-bras étaient atrophiés et présentaient à peine la moitié
du volume qu’offrait le membre thoracique du côté droit. Il y avait impos¬
sibilité de distinguer aucune des saillies osseuses qui concourent à former
l’articulation huméro-cubitale du côté gauche. C’est alors que je proposai
au malade de le soumettre à l’usage de l’iodure de potassium, en lui faisant
espérer un bon résultat de l’emploi de ce médicament, que je ne connaissais
encore que par le premier article publié par M. Ricord dans le Bulletin de
Thérapeutique. Ce malade est le premier chez lequel j’aie employé ce traite-
II prit d’abord 2 grammes d’iodure de potassium par jour, dans un litre
de tisane de ;saponaire, pendant huit jours, puis nous allâmes jusqu’à i
grammes par jour les huit jours suivants. A cette époque (quinze jours de
traitement), la tumeur avait diminué de moitié. L’extension de l’avant-bras
avait notablement augmenté d’ampleur. Nous continuâmes l’usage de l’io-
dure pendant quinze autres jours, à la dose de 8 grammes par jour pour
un litre de tisane. Enfin, au bout de ce temps (un mois à partir du début du
traitement), le coude avait repris sa forme et sa grosseur normales; les sail¬
lies osseuses se sentaient très-distinctement, et étaient dans leur situation
primitive et naturelle. Les mouvements de flexion et d’extension de cette
articulation avaient repris leur souplesse et leur étendue premières. Seule¬
ment, l’atrophie et la faiblesse musculaire du membre, si longtemps privé
d’exercice, étant considérables, j’ordonnai qu’on le soumit à une gymnasti¬
que journalière, consistant à faire des armes du bras gauche et à s’aider spé-
dalement de ce membre dans la suspension, les tractions, etc. De pfus, le
( S2 )
niatadë prit des baiüs de mer pendant une vingtaine do jours, et j’eus lé
plaisir de le voir au' bout de ce temps retourner dans sa famille, si com¬
plètement guéri, qu’on n’aurait jamais pu deviner quel coude avait été
malade. Il faut encore remarquer que les exostoses des côtes avaient aussi
disparu sous l’influence de la même médication. Les douleurs ostéocopes
avaient cédé dès le quatrième jour du traitement.
J’ai observé chez ce sujet, pendant le cours do son traitement, un appétit
vorace, et de temps à autre un peu de rougeur des yeux, de céphalalgie, de
sécheresse et d’âcreté dans la gorge, qui disparurent par l’usage de bains de
pied sinapisës et de quelques boissons adoucissantes.
Depuis près de deux ans, cette guérison ne s’est nuilement démentie; au¬
cune récidive n’a eu lieu, et ce jeune homme jouit d’une santé parfaite en
ce moment.
Obs. II. — Ulcérations chroniques des amygdales; disphagie; aphonie;
sareocile syphilitique ; emploi de l'iodure de potassium ; guérison.
Le nommé F., Ôgé de quarante-cinq ans, chargeur de roulage, d’une
haute taille et d'une corpulence jadis considérable, mais réduit depuis Un
an h un grand état de maigreur, a eu autrefois des chancres et plusieurs au¬
tres afléctions syphilitiques, traitées presque toutes par lui ou par des phar-^
maciens à l’aide de simples boissons sudorifiques. Il y a un an et demi, il
éprouva d’abord un enrouement assez léger, arrivé sans aucune cause ap¬
préciable, qui augmenta graduellement malgré les tisanes adoucissantes et les
émollients do toute nature employés pour le combattre. A cette époque, il
se manifesta en outre des ulcérations sur les amygdales, qui s'étendirent aux
piliers du voile du palais et à l'isthme du gosier. Elles furent accompagnées
d’une dilliculté extrême dans la déglutition, de toux, et de douleurs fort vi¬
ves au devant du cou. ^près avoir consulté plusieurs médecins, il se décida
it partir pour Rouen, afin d’y consulter un praticien distingué, le docteur FL,
«fui lui lit faire un traitement complet par les frictions avec l’onguent napo¬
litain et les pilules de sublimé. La salivation survint abondante à la suite de
ce traitement, et les cheveux tombèrent si complètement que le malade dut
porter perruque; mais il n’y eut aucun amendement dans son affection. Re¬
venu au Havre, cet homme se désespérait en voyant l’inutilité des traitements
employés chez lui, et les progrès de son mal qui allait en envahissant chaque
jour de plus en plus. Ce fut au mois de février 18H que cet homme se pré¬
senta chez moi dans l’état suivant : amaigrissement extrême, teint jaune
paille, voix rauque. Voilée et nasonée. En examinant la gorge, d’où s'exha¬
lait une odeur fétide, je vis que les deux amygdales étaient converties, ainsi
que les parties adjacentes du pharynx et du voile du palais, en autant «l’til-
'«érfltibns profondes, inégales, dentelées, et présentant sur un fond grisôtre
une maiiére jaune, visqueuse et purulente irès-ditBcile à détacher par l’ex-
ptiition, et qui, eh s’accumulant, tombait par flocons dans Pœsophage et né¬
cessitait d’incessants efibrts de vomissement pour s’en débarrasser.
L’action de parler ramenait aussi ces nausées. La luette, en partie déta¬
chée du voile du palais, ne lui était plus adhérente que par un mince lam¬
beau. La colora'.ion des parties de muqueuses qui environnaient ces ulcéra¬
tions était d’Un rouge brun. Il y avait impossibilité d’avaler du pain ni au¬
cun aliment solide. Des potages légers, une bouillie fort claire, pouvaient
h peine passer et soutenir l’existence de ce malade. Souvent même, quand il
( 23 )
âralait un peu Tlte, les bolSsdns et les aliments les plus délayés étalent re¬
jetés par la bôucbe et les narines à la suite d’üh mouvetnebl de régurgita¬
tion. Depuis un an, rien de plus sübstantiel b’avait pu être ingéré; de plus,
il existait des douleurs ostéocopes dans la périphérie du crüne; eiifin, lé
testicule droit, qui offrait alors le volume d’un œuf de poule, mais lisse et
sans bosselures, était devenu d’üiie dureté de pierre.
Je soumis donc immédiatement ce malade à l’usage d’un gargarisme in¬
duré suivant la formule de Ricord (eau distillée, 250 grammes; iodure de
potassium, 1 gramme; teinture d’iode, 2 grammes) ; puis j’administrai à l’in¬
térieur l’iodure de potassium à la dose de 2 grammes par jour dans la tisane
de saponaire pendant huit jours, et à 4 grammes pendant douze autres jours^
Je faisais, en outre, frictionner matin et soir, pendant tout ce temps, le tes¬
ticule avec : axonge, 30 grammes; iodure de potassium, i grammes; iode
pur, 10 centigrammes. Au bout de vingt jours que dura ce traitement, j’an¬
nonçai au malade qu’il pouvait se considérer comme guéri; car alors la ci¬
catrisation des ulcérations des amygdales, du voile du palais et du pharynx
était complètement terminée. Les vomituritions avaient totalement cessé, de
môme que la dysphagie, car le malade pouvait manger sans douleur les ali¬
ments môme les plus solides. Le testicule avait repris sa forme et sa con¬
sistance normale. J’ai revu cet homme récemment, et il n’est survenu au¬
cune récidive depuis plus d’un an et demi. Sa santé est florissante et ne se
ressent pas de cette secousse.
Obs. IIL— Ulcère syphilitique du coude ; tumeurs gommeuses ; ioduré
de potassium ! guérison.
Dans le mois de juin 1841, j’eus à donner des soins au nommé F., d’In-
gouville, constructeur de barques, et âgé de cinquante-cinq ans. Cet homme,
d’un tempérament sec et nerveux, paraissait encore vigoureux malgré sa
profession fatigante. Il avait eu autrefois des chancres, et avait employé à
cette occasion plusieurs traitements anti-vénériens. On observait, lorsque je
le vis, à la partie externe du bras gauche et aux environs du coude, diverses
cicatrices d’un aspect scrophuleux, résultant, d’après son dire, do nodus
gommeux dont diveré traitements avaient amené la fonte. Ce même bras
était le siège, depuis quinze ans, d’un énorme ulcère qui enveloppait circu-
lairement le coude; il offrait huit centimètres de circonférence. La suppura¬
tion avait une teinte jaune clair parsemée de grumeaux blanchâtres. Le fond
de la plaie était d’un aspect grisâtre et atonique, et les bords calleux et secs
formaient un bourrelet autour d’elle. Les environs de cette plaie ulcéreuse
offraient cinq à six tumeurs gommeuses de la grosseur d’une forte amande,
et le malade éprouvait dans cette région des douleurs vives pendant la nuit.
Du reste, les fonctions digestives et autres se faisaient bien; mais il était ré¬
duit à une inaction presque complète du bras maladei Je fls d’abord suppri¬
mer les onguents et les pommades avec lesquels il pansait chaque jour sa
plaie sans en rien obtenir d’avantageux, et je les fis remplacer par des pan¬
sements renouvelés trois fois le jour avec la charpie imbibée de la solution
iodurée de Ricord. Puis il prit pendant vingt jours, d’abord 4 grammes,
puis 8, d’iodure de potassium par jour dans un liti’o de douce-amère sucrée,
et, au bout de ce terme, la guérison de la plaie ainsi que la fonte des tu¬
meurs gommeuses était complète, et cet homme put s’aider de son bras
comme avant. Depuis, il a recouvré autant de force et de développement
musculaire dans ce membre que dans celui du côté sain. Quoique cet
homme ait à travailler d’une manière pénible et fatigante, la cicatrice de
son coude est néanmoins restée solide. La santé générale est excellente ac¬
tuellement.
Obs. IV. — Exostoses de la totalité des articulations: iodure
de potassium; guérison.
M. C., capitaine de navire, âgé de vingt-six ans, d’une constitution ner¬
veuse et délicate, a navigué longtemps comme élève sur les bâtiments de
l’État, où il a essuyé de nombreuses fatigues, et a été fréquemment sou¬
mis aux intempéries de l’air et de l’humidité. Dix mois avant que l’affec-
lion dont nous allons parler fût apparue, ce' malade avait eu des chancres,
fini se déclarèrent en mer et qu’il pansa avec de l’onguent mercuriel ; il but
aussi quelques pots de tisane de salsepareille, et arriva cnfln à terre un
mois après le début do ses chancres, qui se trouvaient alors être guéris.
C’est un an après la disparition de ces chancres que ce malade commença
.1 ressentir des douleurs osléocopes et nocturnes dans toutes les jointures
du corps, ainsi que du gonflement à la partie antérieure du coronal, dans
les grandes articulations des membres supérieurs et inférieurs, et dans les
vertèbres du cou. L’appétit diminua; l’amaigrissement survint et alla en
augmentant à mesure que les insomnies devenaient plus longues et plus pé¬
nibles. La difflculté de se mouvoir devenait chaque jour plus cousidér.ible,
et fut portée à un tel point, que le malade ne pouvait plus marcher qu’avec
une peine extrême, quoique s’aidant d’une canne et allant fort lentement.
La maigreur était si grande, et la diflBculté des mouvements articulaires
telle, qu’on aurait dit voir un squelette marchant tout d’une pièce. Chaque
j)as amenait dans toute l’économie un retentissement douloureux et pro-
Le" voyant dans ce triste état, je ne balançai pas à lui proposer l’emploi
de l’iodure de potassium, dont j’avais obtenu de si bons effets ; mais je fus
presque sur le point de n’en rien faire, lorsque ce malade m’eut répondu
qu'il consentait à se soumettre à tous les traitements que je lui prescrirais,
mais qu’il ne pourrait les exécuter qu’à bord, parce qu’il était obligé de
partir sous trois jours, sotis peine de perdre son commandement, qui com¬
posait tout son avenir. En vain je lui fis sentir les inconvénients de l’humi¬
dité, et combien le traitement perdrait de son efficacité étant exécuté au mi¬
lieu de circonstances aussi défavorables à son action complète. Je ne pus
obtenir aucune concession; et ce malade partit avec une provision d’iodurc
de potassium et les instructions nécessaires à son emploi. Au bout d’un
mois, ce capitaine était de retour du voyage qu’il venait de faire en Angle¬
terre, et se trouvait parfaitement guéri, sans aucune trace de claudication
ni même de raideur dans aucune des articulations précédemment malades.
La marche était facile et l’embonpoint tellement revenu, que la pléthore
gênant le malade, je fus obligé de le saigner. Ainsi, la guérison de cette af¬
fection si grave a été obtenue à l’aide de l’iodure de potassium seul, pris à la
dose de i grammes par jour pendant un mois, au milieu des circonstances
les plus défavorables, au moins en apparence, à son action médicatrice.
( 25 )
Obs. V. — Laryngite syphilitique chronique-, aphonie', ulcérations
des amygdales; iodure de potassium; guérison,
M. Laf. de C., capitaine de paquebot, à la suite de cbancres qu’il avait
soignés par les mercuriaux et les dépuratifs, et d’accidents ultérieurs des-
<iuels il se croyait entièrement à l’abri désormais, vit apparaître chez lui,
six mois après son dernier traitement anti-vénérien, un léger enrouement
avec accompagnement de toux, de sécheresse à la gorge, et de douleur en
avalant et en parlant. Il tint d’abord peu de compte de ces symptômes, et
prit seulement quelques tisanes adoucissantes, pensant que l’humidité et les
refroidissements auxquels sont exposés les marins avaient amené ce qu’il ap¬
pelait un rhume de gorge. Cependant, après trois mois passés sans amélio¬
ration, voyant que son affection s’était plutôt aggravée qu’autrement, il con¬
sulta plusieurs des premiers praticiens de Bordeaux, qui considérèrent sa
maladie comme une angine laryngée chronique, et conseillèrent l’usage ab¬
solu des laitages pour aliment, l’abstinence de vin et d’excitants en bois¬
sons, des cataplasmes et des gargarismes émollients. Ce régime fut suivi avec
régularité pendant six mois; mais, loin de procurer le moindre amendement
au malade, son affecliouse compliqua d’une dysphagie opiniâtre, d’une toux
fatigante, et d’uue aphonie presque totale, indépendamment des douleurs
vives de la gorge, qui se reproduisaient à chaque mouvement de déglutition.
Ce fut sur ces entrefaites qu’il arriva au Havre, et qu’il me fut adressé.
Après qu’il m’eut fait l’historique de sa maladie, telle que je viens de la rap¬
porter, je lui demandai à examiner sa gorge, et j’aperçus de chaque côté des
amygdales deux larges ulcérations, à fond grisâtre, et dont les bords étaient
inégaux et tailiés à pic. Une injection rouge brunâtre s’épanouissait sur les
muqueuses pharyngiennes, sur les piliers et le voile du palais. La voix était
sourde, nasonée et rauque. Il y avait aussi une grande difficulté dans l’acte
de la déglutition. Le malade était obligé de se tenir à l’usage d’aliments li-
(|uides et mous. Je le soumis alors à l’emploi du gargarisme ioduré de Ri-
cord, et lui fis prendre en outre chaque jour i grammes d’iodure de potas¬
sium à l’intérieur. En huit jours, tout était guéri. Le malade avait recouvré
le timbre normal de sa voix, l’appétit était revenu, et il pouvait avaler les
aliments les plus solides. Je lui conseillai de continuer l’iodure à la même
dose pendant huit autres jours, après quoi il reprit |la mer et continua sa
navigation mensuelle de Bordeaux au Havre. Depuis un an la guérison ne
s’est nullement démentie.
Obs. VI. — Ulcères syphilitiques secondaires; iodure de potassium ,-
guérison.
M. D., âgé de trente-deux ans, fort, robuste, et d’une constitution plé¬
thorique, eut des chancres il y a trois ans. Après leur guérison, il se mani¬
festa de nombreuses syphilides sur le corps, et l’on en obtint la disparition à
l’aide de frictions avec la pommade de proto-iodure de mercure. Depuis ce
temps, il n’avait rien éprouvé, quand il sc développa sans cause connue, il y
a quatre mois, vers la partie moyenne, latérale et externe de la jambe gau¬
che, deux petites ulcérations assez profondes et de la grandeur d’une len¬
tille. 11 eu survint |deux autres semblables vers la partie antérieure et
moyenne de la jambe droite. Ces dernières, d’abord très-superficielles, affec¬
tèrent la forme serpigineuse. La partie supérieure et externe du pied droit
( 26 )
était aussi lu siuge d’un ulcère de même nature, mais un peu plus large que
les précédents. Tous affectaient un aspect iufundibuliformej offraient un
fond grisâtre et des bords trancliés à pic. Un médecin ayant été appelé quel¬
ques jours après leur apparition, pensa que ces ulcères étaient scorbutiques,
malgré les détails antérieurs que lui avait donnés le malade, et dès lors il le
traita par les excitants externes, la cautérisation avec le nitrate d’argent,
et surtout par les applications de charpie imbibée d’une forle solution de sul¬
fate de cuivre. Cette médication fut suivie avec exactitude pendant deux
mois. Sous son influence, les ulcères s’agrandirent d’une manière considé¬
rable, en largeur et en profondeur. Les parties environnantes devinrent lé
siège d’une vive inflammation, accompagnée d’un eczema remontant pres¬
que jusqu’au genou. Le suintement abondant et le prurit intense que pro¬
duisait cette nouvelle complication avaient mis le malade dans un agace¬
ment nerveux extrême. Le médecin qui avait prescrit ce traitement, voyant
qu’au lieu de s’amender l’affection avait pris une extension considérâblé,
craignit la gangrène, et proposa de panser les ulcères avec de la poudre de
quiiiquina. Le malade, voyant le mauvais résultat obtenu par l’emploi des
excitants, et persuadé, malgré les dénégations de son médecin, qu’il y avait
quelque reste de syphilis dans son affection, me fit appeler, et voici dans
([uelle position je le trouvai ; il existait sur la jambe gauche, aux endroits
indiqués plus haut, deux larges ulcères de la grandeur d’une pièce de 30 sous,
parfaitement ronds, coupés en biseau, et d’un centimètre de profondeur.
Leur fond était d’une couleur gris roussâtre, ils étaient fort douloureux et
Irès-irrités. Les parties environnantes offraient un gonflement érysipélateux
d’une couleur rouge brun, parsemé de plaques violacées. Des plaques d’ec¬
zema sèches, écailleuses et fendillées, indiquaient suffisamment l’existence
d’une complication dartreuse. La partie antérieure et moyenne de la jambe
droite présentait un ulcère serpigineux et phagédénique de forme demi-
circulaire, qui avait quatre centimètres de longueur sur trois de largeur. A
côté de lui, et sur la partie latérale et externe de la même jambe, il en exis¬
tait un autre moins grand, mais présentant, de même que le précédent, l’as¬
pect de ceux qui siégeaient sur la jambe gauche. La partie externe et supé¬
rieure du pied droit offrait une ulcération de la grandeur d’une pièce de
1 fr., qui avait ie même caractère que les dernières, et était entourée comme
elles de la même auréole érysipélateuse et inflammatoire.
Je commençai à calmer l’irritation en ordonnant le repos complet pendant
deux jours, des bains amilacés et des cataplasmes de fécule de pommes dé
terre. Puis, le troisième jour, on fit les pansements avec la solution iodurée
de Hicord; et j’ordonnai de prendrechaque jour î grammes d’iodure do po¬
tassium dans 1 litre de tisane de saponaire. Plus tard, pour exciter lus bour¬
geons charnus, je touchai le fond des plaies avec un pinceau trempé dans la
teinture d’iode pitre, ce qui réussit si bien, que ta vitalité de ces bourgeons
étant devenue excessive, je fus obligé, .â plusieurs reprises, de lës réprime#
avec le nitrate d’argent. Nous continuâmes PiodUrc de potassium à la dose
précitée pendant un. mois, ainsi que lu ponseineut ; puis, (tendant quinze
jours, nous pansâmes Ic.> ulcères, qui étaient à la {tériode de réparation, en
faisant des onctions de teinture d’iode pure et ou les recouvrant de cbarpin
sèche. Tons tes trois jours, te inalafle prenait un bain. A la fin de ce temps,
il était complètement guéri, et une cicatrice solide le garantissait contre
tente réouverture de ses plaies. Je lui al fait continuer néanmoins pendant
( W )
viggt jours la tlsailc iodurée, à 8 grammes pâr jour, par précautioui et
j’ai tout lieu d’espérer une guérison solide et sans rechute à l’avenir.
Si je nê craignais de in’étcndi-e trop longuement, je pourrais joindre
à cès ohscrtatioils deux cas de bubons transformés en ulcères pbagédé-
iiitjUes, chroniques, etc., dont les pansements iodiu’és Ont amené, en
diJ[ et douze jours, la cicati'isation, tentée vainement depuis quaü’c ou
fciliqmois. Mais ce serait tomber dans des redites et rappeler des faits
déjà connus. Jé terminerai seulement en faisant remarquer que dans tous
lés cas soumis à mon observation, l’iodure de potassimn a agi comme un
hypostbénisaut très-actif, puisque les donleiurs ostéocopes les plus aûo-
lentes ont été calmées dès le premier ou le deuxième jour de son emploi.
H en a été de même des pànsdments faits avec la solution iodurée, qui,
bien qu’appliquée sUr des ulcères irrités en apparence, a déterihiné la
flétrissure de ces plaies ulcéreuses, et amùliilé immédiatement l’élément
inflammatoire qu’augmentaient encore les autres médications employées
précédeiUmènt contre elles.
Langevin, D. M.,
au Havre.
TEIÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
MÉMOIRE SUR l’eMFEOI TIIÉRAPEUTIQUB DES CAUSTIQUES ',
Qui a remporté le premier prix au concours du mlletin de Thérapeutique,
Far M. Patan, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu d’Aix.
Du caustique de Fienne, m poudre cateio-potassiqué.
La pierre à cautère a été dépossédée de sa prééminence par le causti¬
que de Vienne, qui est actuellement employé ou qui devrait l’êti-e pour
I Le mémoire de M. Payan est des plus importants. Il examine à fond,
à l’aide des faits nombreux qu’il a recueillis et de cetix qu’il a empruntés
aux auteurs, l’action dés divers agents de cautérisation que fournit la matière
médicale. C’est un véritable traité sur la matière) qui ferait un fort volume
in-S». Les caustiques dont il discute la valeur pratique sont : 1“ le nitrate
d’argent; 2» la potasse caustique et le caustique de Vienne; 3° les prépara¬
tions arsenicales cautérisantes; i” lë chlorure de zinc) 6« le sulfate de cuivre ;
6» la pommade ammoniacale; 7» le nitrate acide de mercuret 8“ l’acide nitri¬
que, l’acide sulfurique; le chlorure d'antimoine, l’au régale ou chlorure
d’or, la pommade ammoniacale, l’aluh calciné Nous choisissons pour notre
premier extrait un des cas où le caustique de Vienne peut être le plus fré¬
quemment et le plus utilement employé. Notts donnerons peut-être d’autres
êtltttité de m excellent ifavail. (iVofa du réOaeteur.)
tous les cas où celle-ci l’était auparayant. Je ne sache pas en effet une
seule circonstance où il ne soit plus avantageux de donner la préférence
au caustique de Vienne, et où celui-ci ne puisse remplacer la pierre à
cautère. La potasse caustique est très-déliquescente; par suite de cette
déliquescence, on ne peut guère contenir- son action dans des limites
précises, ce qui est cause que les escharres sont fréquemment irrégulières
et plus étendues que l’on ne voudrait ; la lenteur de la cautérisation par
la pien-e à cautère laisse les malades en proie à des souffi-ances dont la
durée leur parait fort longue, surtout si l’on veut pratiquer de la sorte
des escharres larges et profondes. Au contraire, la forme de pâte que l’on
donne au caustique de Vienne permet de l’appliquer avec la plus grande
facilité sur quelque partie du corps que ce soit; l’eschai-re a toujours la
forme et l’étendue que l’on donne à ce caustique ; cinq, dix, quinze mi¬
nutes suffisent pour- produii-e une cautéiisation que l’on obtient à peine
par une demi-joiu-née d’application de la pierre à cautère, et cependant
la douleur qui en résulte est toujours fort modérée, moins intense que
celle de ce dernier caustique. Il y a plus, la pâte de Vienne, qu’on peut
appeler aussi poudre calcio-potassique, à cause de sa composition,
est appelée à remplir des indications pour lesquelles la pierre à cautère
est évidemment impropre.
La véritable composition du caustique de Vienne est la suivante :
Chaux vive.6 pai-ties.
Potasse piu-e.5 parties.
La potasse est pulvérisée dans un mortier de fer en y ajoutant peu à
peu la poudre de chaux. Cette opération doit êtie faite rapidement.
Cette poudre présente l’aspect d’une farine blanche, que l’on tient daiLs
un bocal à large ouverture, bouché à l’éméri pour qu’elle n’attire par
l’humidité de l’air, qui lui ferait perdi-e ses propriétés cautérisantes.
Pom: l’action, il vaut mieux qu’elle soit récemment préparée.
Pour s’en servir, on en verse une quantité suffisante dans une sou¬
coupe; on l’hnmecte avec de l’esprit-de-vin ou de l’eau de Cologne, de
manière à foi-mer un mortier assez épais, en l’agitant avec une spatule
ou le manche d’une cuiller.
Veut-on faire emploi de ce caustique, on apphque un petit tas de
cette pâte sur le point où l’on veut agir, et on l’y laisse quelque temps.
Si la partie est trop déclive, ou si, par sa position, on peut craindre que la
pâte ne reste pas exactement appliquée, on cerne alors le caustique au
moyen du diachylum ou d’une lame de plomb, et on le maintient en
place par un bandage contentif.
Peu après l’application de la pâte calcio-potassique, la peau brunit un
( 29 )
peu; elle prend ensuite une couleiu- un peu plus foncée à mesure <pie la
désorganisation qu’elle produit s’étend davantage. On reconnaît enfin
que l’action du caustique s’est étendue jusqu’au tissu cellulaire à l’appa¬
rition d’une petite ligne grise sur ses bords. Quelques minutes suffisent
pour ce résultat, et cependant, comme nous l’avons dit, les doulem-s .
sont extrêmement modérées. Ajoutons qu’il n’est aucunement nécessaii-e
que la peau soit dénudée, comme pour d’autres caustiques, et qu’elle agit
d’autant mieux au contraire qu’il n’y a pas déjà plaie ou solution de
continuité à la partie sim laquelle on l’applique.
L’escharre qui en résulte se détache quelquefois vers le cinquième ou
sixième jom’ si l’inflammation éliminatoire est active ; si elle ne l’est pas,
elle ne tombe qu’au vingtième ou même au vingt-cinquième jour quel¬
quefois. Dans tous les cas, elle se détache sans douleur et laisse après
elle une solution de continuité régulière ayant la forme qu’on .avait eu
l’intention de lui donner.
Les applications pratiques que l’on peut faire avec avantage de la
pâte de Vienne ou calcio-potassique sont relatives aux cas suivants :
1° pom- l’établissement des exutoires ou cautères ; 2° pour ouvrir les
abcès froids, indolents, par congestion ; 3“ pour le traitement des bubons
supputés ; 4“ pour celui des kystes et tumem s kysteuses ; 5® de la gre-
nouillette; 6° pour détruire les cicatrices vicieuses; 7® pour la guérison
des varices ; 8° pour la désorganisation de l’estbiomène; 9“ du cancer;
10“ des nævi matemi; 11“ pom' le traitement de l’ongle incarné.
Du caustique de Vienne appliqué au traitement
de Vangle incarné.
De tous les traitements préconisés contre l’ongle incarné, celui que je
préfère et que j’ai cherché à répandre dans le public, c’est le traitement
par le caustique de Vienne : il est si simple, si facile et si sûr, que nous
pensons qu’il ne saurait manquer d’êfre universellement adopté dans peu
d’années. Là, en effet, rien d’effrayant, point de ces moments de souf¬
frances cruelles que les divers procédés d’aiTachement occasionnent.
J’avais remarqué, il y a quelques années, que quelquefois, quand on
voulait appliquer la potasse caustique sur la portion charnue soulevée
par l’ongle rentrant dans les chairs, d’après le procédé de Levrat-PeiTo-
ton, ce caustique, par sa déliquescence, se répandant sur la rainure de
la racine de l’ongle, débiiisait partiellement la matrice et guérissait par¬
fois le mal par un mécanisme différent de celui qu’on avait en vue; je
m’étais demandé pourquoi on n’utilisait pas davantage les escharotiques
au lieu de recourir au feu ou à l’instrument tranchant. Aussi, dès qu’il
m’a été donné de pouvoir traiter cette maladie moi-même, les caustiques
{ 30 )
escharoti({ues ont-ils été les moyens que j’ai préférés; et déjà deux foia
l’ongle incarné avait été ti'aité par moi avec succès à l’Hôtel-Dieu par
la destruction de la matrice unguéale avec la potasse caustique, lorsque
les journaux de médecine nous ont fait connaître l’observation que M. le
docteur Barbette, de Niort, a puljliée en octobre 1839, d’un éas de gué-:
rison obtenue par- ce moyen. Seulement, au beu de songer, comme ce mé^
decin, à détimire, à mortifier toute la matrice de l’ongle, je ne cherchais
à détruiie que la partie qui correspondait au bord rentiant et lui donnait
naissance. Le principal inconvénient que je trouvais seulement à cette
manière de faire consistait dans la difliculté de limiter l’action de la po¬
tasse, qui s’étendait trop ou trop peu, dépassait ou n’atteignait point le
but qne je me proposais.
Je pensai, dès cette époque, avoii’ trouvé le moyen d’éditer ces in¬
convénients réels en m’adressant au caustique de Vienne, qui a une
action vive, prompte et circonscrite, avec laquelle on obtient uneescliarre
d’une étendue et d’une épaisseur qui peuvent être précisées à l’avance.
Or, les essais que j’ai faits depuis n’ont fait que confirmer mes prévis
sions en faveur de ce caustique. Voici du reste le procédé que nous sui-:
vons ; nous plaçons les emplâtres agglutinatifs de manière qu’à leur
centre ils offrent ime ouverture ovalaire qui corresponde au côté eX:-
terne de la matrice unguéale, duquel naît le bord vâciensement dirigé
dans les chairs. Noüs plaçons ensuite sur cette ouverture la pâte causti ■
que pour l’y laisser le temps suifisant. Afin de mieux préciser les précam
tiens à prendre, choisissons un exemple : soit le bord externe du gros or¬
teil, lequel s'incarne, selon l’expression reçue, le plus fréquemment.
Nous taillons avec les ciseaux un morceau de diachylmn bien aggluti-
natif, de manière qu’il ait la forme de l’ongle, et qu’appliqué dessus il
puisse le recouvrir et remphr exactement la rainure que celui-ci forme
avpc la peau de l’orteil, tant vers sa base que vers ses bords latéraux.
Ces dimensions étant prises, nous ménageons avec les ciseaux une échan¬
crure étroite, semi-lunaire, correspondant à la partie de la matrice de
l’ongle qui nomrit le bord incarné, et dont nous voulons produire la
mortification. Par-dessus est placé un second morceau de diacbylum plus
étendu, qui recouvre la peau de la région dorsale de la seconde phalange;
celui-ci présente aussi une échancrure correspondant avec la précé¬
dente. Tandis que le premier emplâtre protège l’ongle et sa racine, ex¬
cepté au point de l’échancrure, le second, tout en concourant au meme
but, protège encore la peau voisine de la région dorsale de l’orteil.
Enfin une bandelette emplastique, obliquement diiigée en dedans, est
placée sm' le côté externe de la face supérieure de la dernière phalange,
et finit par établir un espace allongé, triangulaire, dans lequel on aper-
( 31 )
çpit reïtrémlté externe de la rainure unguéale postérieure, un peu de la
rainure externe et des téguments Toisins. C’est dans cet espace, dont la
base correspond par conséquent à la pai'tic de la matrice tmguéale qui
est à détruire, que doit être placée la poudiT calcio-potassique préala-
raent réduite en une pâte assez consistante par l’alcool, riecommandation
est faite au malade de tenir le pied penché en dehors, alin que la partie
du éaustirpie qui pomrait se liquéfier n’agisse que sur les chairs soule-
Tées par l’ongle rentrant, ce qui a d’ailleurs peu d’inconvénient. L’ap¬
pareil est ainsi laissé en place pendant quinze ou vingt minutes. Il se
passe alors le phénomène suivant : le caustique, par sa propriété corro¬
sive, détruit la peau avec laquelle il était en contact et la partie corres¬
pondante de la matrice de l’ongle, cclle-là même de laquelle naît et à la¬
quelle correspond le bord vicieusement dirigé. C’est ce dont on peutsc
convaincre dans quelques jours, lorsque l’escharre se détache. Il y a aussi
destruction d’une partie des chairs soulevées et irritées par l’ongle. La
cicatrisation de la plaie tpii succède à l’eschaire s’obtient assez souvent
du quinzième au vint-cinquième jour. Tl convient, pour hâter la guérison,
d’exciser de bonne heure, avec des ciseaux à lame étroite, la partie de
l’ongle qui s’incarne. C’est une cause d’irritation qu’on peut enlever sans
aucune doideur. Ce bord de l’ongle, cause de tout le mal, ne pouvant
plus se reproduii-e, la guérison est assurée.
Sans voidoir citer ici tous les faits de guérison d’ongle incarné que
nous possédons pai- cette méthode, nous mentionnerons pourtant les
deux derniers que nous avons obtenus à l’Hôtcl-Dieu de cette ville ; ils
serviront de complément à la description du traitement opératoire ou
curatif que nous venons de faire.
Obs. /. — Gérard, fusilier, était depuis un mois dans les salles de l’Hôtel-
Dieu pour une maladie vénérienne, lorsqu’il nous fit voir le gros orteil du
pied droit, dont l’ongle était incarné par son bord externe et blessait dou¬
loureusement les cbairs voisines par sa direction vicieuse. Il nous déclare
qu’il souffre de cette maladie depuis plusieurs années; que son frère et sa
mère en sont également atteints, et il nous rappelle en même temps, en
nous faisant voir le gros orteil de l’autre pied, auquel il manque le tiers
externe de l’ongle, que nous l’avons guéri nous-mème, l’an dernier, par le
même procédé que celui que nous allons employer.
Fort de nos expériences passées en faveur du traitement que nous avons
décrit plus haut, nous songeâmes, sans autre examen, à appliquer la pâte
calcio-potassique, après avoir au préalable pris les précautions déjà indi(|uées
pour que son action fût limitée. En conséquence les pièces de diaebylum
ayant été disposées comme il a été dit, nous plaçâmes, dans le petit espace
triangulaire correspondant à la portion de matrice unguéale qui devait être
mortifiée, la pâte caustique, etaprès avoir recouvert le tout d’une bandelette,
nous ftmes tenir le pied penché en dehors. C’était le 26 août que nous com¬
mençâmes ce traitement. Vingt minutes environ après cette application,
( 32 )
nous retournons près du malade, qui nous déclare n’avoir souffert que très-
modérément, et, l’appareil enlevé, nous pûmes reconnaître que notre but
serait atteint, car le caustique n’avait porté que sur les parties sur lesquelles
nous désirions qu’il agît, savoir : sur le tiers extrême de la rainure unguéale
et sur la peau qui recouvre immédiatement de ce côté la matrice de l’ongle,
ainsi que sur une partie des chairs situées en dehors et tuméfiées par l’irri¬
tation qu’occasionnait le bord unguéal.
Nous fîmes panser, le premier jour, avec un cataplasme émollient; les
jours suivants, un simple plumasseau de charpie enduit de cérat était placé
dessus jusqu’à la fin.
Au dixième jour, l’escharre était détachée totalement. On apercevait alors
à découvert le tiers externe du bord postérieur de l’ongle dénudé de son
organe sécréteur. N’en recevant plus la vie et l’alimentation, il était porté
un peu en avant par l’accroissement du restant de l’ongle. Ayant excisé
alors, sans douleur, avec des ciseaux à lames étroites, la partie antérieure
de ce bord qui s’engageait dans les chairs, pour hâter la cicatrisation, le
malade put dès lors se chausser. Toutefois il ne lui fut pas permis de sortir
ni de faire beaucoup d’exercice.
13 septembre. La cicatrisation est complète et la guérison assurée à cet
orteil comme elle l’avait été à l’autre tme année auparavant par le même
procédé, et cela par la destruction irrémédiable de la partie de l’ongle dont
la mauvaise direction produisait l’onyxis.
Ainsi en clix-lmit jours nous avons guéri cet ongle incarné d’une ma¬
nière radicale en conservant les deux tiers de l’ongle, sans extirpation,
sans instrument tranchant et avec très-peu de doideur. Y a-t-il actuel¬
lement un seul des procédés clûrurgicaux dirigés contre cette maladie
qui eût pu nous donner un résultat aussi favorable? Nous ne le pensons
pas. Il nous semble au contraire que l’application du caustique de Vienne
au traitement de l’onyxis latéral le simplifie et le régularise autant qu’on
peut l’attendre de l’art.
Obs. II. — Le 18 mars de cette année 18ii, un militaire se trouvant dans
les salles de l’Hôtel-Dieu, atteint encore d’un ongle incarné, nous y appli¬
quâmes, comme ci-dessus, la cautérisation par le caustique de Vienne.
Comme l’onyxis n’existait que d’un côté, ce ne fut que de ce côté que la
pâte caustique fut placée. L’escharre fut encore fort bien limitée; mais soit
ciue le caustique n’eût pas été laissé as.sez de temps (douze minutes), soit
que la poudre eût été un peu faible d’action, il nous parut cette fois, lors¬
que l’escharre se détacha au dixiéme jour, que l’action du caustique n’avait
pas porté assez profondément, ce qui nous détermina à toucher la partie
avivée par la chute de l’escharre avec le nitrate d’argent; plumasseau de cérat
par-dessus.
Le 20 du mois suivant, ce militaire sortit guéri de l’hôpital. Depuis quel¬
ques jours déjà l’orteil était cicatrisé. Dans ce cas encore, un tiers de la
matrice de l’ongle fut détruit, et les trois quarts de l’ongle furent encore
conservés.
Si maintenant nous avions à traiter un onyxLs bi-latéral ou double, nous
i 33 ,
ne chci'cheriuns pas à provoquer, à l’aide de la potasse caustique, la des¬
truction de toute la matrice de l’ongle, comme on nous l’a -vti faire, il v
a deux ans et demi, à l’Hôtel-Dieu, et comme l’a indiqué, il y a près de
deux ans, M. Borbette, de Niort, parce que nous craindiions la repro¬
duction d’un inconvénient qui nous advint alors et qui pom-rait fort bien
se renouveler, c’est-à-dire que nous obtînmes de la sorte la destruction de
la matrice de l’ongle dans les points où elle n’était pas nécessaii'e, tandis
que, stn- les côtés plus protégés par les parties molles, l’action du causti¬
que fut insulBsante, de telle façon que les bords incarnés continuant à
l’être, nous nous vîmes forcés de revenir à une seconde application de la
potasse. Nous préférerions donc faire deux applications isolées de la
pâte caustique sur les deux extrémités de la rainure postérieure de l’ongle
et de sa matrice, après avoir pris nos précautions poiu- en protéger le
restant : notre but serait mieux rempU, la guérison plus assurée et le ré¬
sultat plus satisfaisant; nous poumons conseiTcr encore ainsi les deux
tiers moyens de l’ongle. — Les ongles servant à protéger les orteils et à
affermir les pieds, il n’est pas indifférent d’en conserver le plus possible,
comme cela devient pratiquable par le procédé que j’ai adopté, que je
crois avoû’ préconisé le premier, et qui, peu douloureux, d’une action
certaine, convenable à tous les cas peut-être, nous paraît digne de deve¬
nir la méthode générale du traitement de l’ongle incarné.
Il est encore quelques autres applications de la pâte caustique de
Vienne. M. Ricord, un des chirurgiens qui ont le plus préconisé, en
ces derniers temps, la cautérisation à l’époque du début du chancre, pré¬
fère aux autres caustiques, même au nitrate d’argent, la pâte de Vienne,
dont il fait placer une petite quantité sur le mal naissant, qu’il y ait pus¬
tule ou non.
AI. Trousseau, d’autre part, dit avoir employé plusieurs Ibis le même
caustique pour cautériser le col de l’utérus : il se sert, dans ce but, de
petits godets de grandeur variable, semblables pour la forme à la cupule
d’un gland de chêne. Ces petits godets se vissent tous, dit-il, sm’ une
tige commime, longue d’un pied environ, qui sert à les porter, dans l’in-
tériem- du spéculum, jusqu’au col utérin. En remplissant le godet de
poudre caustique à peine humectée d’alcool, on peut, dans l’espace de
dix minutes, eschan'ifier le col de l’utérus dans l’épaisseur de deux lignes.
U faut avoir soin de faire suivre immédiatement cette opération d’injec¬
tion d’eau acidulée, afin de saturer l’alcali et de l’empêcher d’agir sur
le vagin quand on aiu’ait retiré le spéculum.
On le comprendra, d’après la revue que nous venons de faire des ap¬
plications de la poudre dite de P'ienne, c’est un des meilleurs escharo-
tiqiieî que possède la matière médirale, Payak.
TOME XXin. 2' L!V. 3
( 34 )
Nom-EL APPAREIL POUR LA FRACTURE DE LA OLAVJCU^ j
PAT le docteur Edmond Simonin, chirurgien en chef des hâpitauA civils de Kancf, etc.
Tous les chirurgiens se plaignent de Ifi difficulté d’application du
bandage de Desault pour la Iractiu’c de la clavicule , de la nécessité de
recouru" à des ouvriers jiour la confection des appareils de Boyer et de
Boettcher, et des inconvénients attachés à l’emploi de ces diyers moyens
contentifs.
Depuis tpieltpies années on a tenté de simplifier le traitement de la
fracture en question , tout en remplissant les deux indications princi¬
pales;
1° Tirer en dehors le fragment externe ; 2“ pou.sser ep haut ce même
fragment pour le ramener au niveau du fragment sternal.
En 1832, un bandage proposé par M. Mayor de Lausanne fut ac¬
cueilli avec faveur en raison de sa simplicité; mais cette smtplicité n’çst
qu’apparente. En effet, cet appareil, tel qu’il est décrit dans le A'etU~
veau Traité de déligation chirurgicale, est compliqué et se dérange
très-facilement, comme j’ai pu m’en convaincre, ayant traité six fois par
ce moyen la fracture de la clavicule.
Une simple écharpe et un bandage de corps composent aussi un ap¬
pareil employé par tous les praticiens, et que fréquemment aussi j’ai
rajs epusagei mais par ce dernier moyen Iç coude, n’étant point solide¬
ment maintenu, se porte toujours en arrière.
Quant aux bandages nouvellement imaginés par IVIM. Yelpean et Ré-
camier, qn leur fait les reproches suivants ; à celui de M. le profcsseiu"
Velpeau, de n’être pas très-bien supporté par les femmes, celles sm’-
tout qui ont % mamelles très-développécs, qtde gêner les mouvements
dl’expansion pulmonaire; à celui de M. Rçeamier, d’empêcher le blessé
de s’hahUlev, de se coucher sur le dos, dç compriip.er les aisselles et de
se relâcher ü-fe-fadlement.
Je n’ai pas encore, au reste, fait l’essai de ces deux derniers bandages,
qui m’étaient incomuis lorsqu’en présence des imperfections de ceux
déjà décrits, l’idée me vint d’agir uniquement sur le coude, en le plaçant
dans un cône de toile suspendu au cqu du blessé; et simplifiant de plus en
plus, j’adoptai pour cône tmbonnet en coton.
Description de l’appareil. — Mode d'application.
19. On prend un bonnet en coton ; on fait rentrer une des moitiés
dans l’antt'g, comme pour l’usage journalier; la profondem- du cône doit
être cajgÿilée de manière qu’il puisse contenir le coude, le bras jusqu’à
l’aisselle, et l’aTant-bras jusqu’au poignet. Il est bien entendu que l’a¬
vant-bras est préalal)lement flécbi sur le bras, et que la main se trouve
hors du sac lorsque ce dernier est appliqué.
2" Deux larges rubans ou deux bouts de bande, chacun de 65 centi-
ractrcs de longueur, .sont cousus de la manière .suivante à l’ouvertiu-e du
cône :
L’iui est placé à la partie postériem-e de l’ouverture dn sac qui doit
conespondre à la partie postérieiue de l’aisselle.
L’autre est attaché à la partie antérieure de l’ouverture, de telle sorte
que, le bonnet appliqué, ce cordon se trouve placé derrière la main.
Ces deux rubans sont donc cousus de manière à ce que, le sac étant
vide, affaissé sur lui-même et aplati, ils se trouvent tous deux sur le
même côté, etpresqu’aux extrémités de ce côté que j’appellerai interne,
parce que c’est celui qui doit toucher la poitrine.
Ces deux cordons sont destinés à soutenir le poids du membre thora¬
cique du côté blessé, en formant par leur réunion un baudi-ief qui passe
sur l’épaide saine. Le premier cordon passe derrière le dos, le second au-
devant de la poitrine. La réunion de ces liens a lieu entre les deux omo¬
plates, et de larges compresses sont placées sur l’épaiüe et au-dessous du
liceud pour diminuer la compression de la peau. Au moyeu de ces doux
cordons, la seconde indication ({ue j’ai signalée est rempbe (oxbausse-
jnent du fragment externe), puisque par eux le sac contenant le coudo est ■
élevé et maintenu à la hauteiu- convenable.
3“ Pour remplir' la première indication (traction du fragment extemu
en dehors), il faut porter le coude légèrement de dehors en dedans, au-
devant de la poitrine du blessé. C’est au moyen d’un troisième lien que
le cqude est maintenu dans cette position.
Ce ti'oisièmc- cordon, attaché solidement à trois travers do doigt
du sommet du bonnet, et à son bord le plus interne, passe au-devant de
la poitrine, sous l’aisselle du côté sain, et se fixe derrière le dos, entre les
omoplates, au baudrier formé par les deux premiei-s liens.
Pour plus de facilité d’application, ce troisième mban dmt être dou¬
ble, e’est-à-dii e qu’après avoir pris un ruban d’un mètre 70 centhnètrss
de longueur, on le plie dans son milieu, et ce pli est cousu au bonnet.
Lés parties de ce double lien peuvent être réunies aussi par quelques
points dé suture dans le tiers de son étendue qui correspond au bonnet,
et les deux chefe laissés libres forment une anse en se réunissant ap
baudrier.
Çe troisième lien consolide l’appareil, tout en remplissant l’indication
que j’ai mentionnée. (Voyez la planche suivante.)
( 36 )
De ce qui précède on a dû comprendi-e qu’il est nécessaire de confec¬
tionner un bandage pour chacune des clavicules. On pourrait, il est
vrai, en construire un propre à la fois à l’un et à l’autre côté, en pla¬
çant les liens 1 et 2, indiqués siu- la planche A,aux extrémités du sac,
au lieu de les placer du même côté, mais ces liens s’appliqueraient
moins bien.
L’appareil, comme on le voit dans le dessin, laisse à découvert la cla¬
vicule fracturée ; il permet de s’assurer sans dérangement de la position
des fragments; sans qu’on touche à l’appaieil, des topiques peuvent être
appliqués et renouvelés. Les topiques peuvent être maintenus soit par de
larges compresses, soit par un mouchoir plié en cravate ou en triangle, et
ayant ses extrémités arrêtées sur les liens qui forment le baudrier. Cet
appareil peut être confectionné partout, sm-le-champ, et au besoin par
le chirurgien lui-même. D’une application facile, il se maintient si parfai¬
tement en place, que, dans un cas, j’ai été dix-huit jours sans y toucher,
et ne l’ai enlevé momentanément qu’afln de permettre le changement
de linge, car il a l’avantage de ne pas forcer à ôter au blessé sa chemise.
En résumé, cet appareil, le plus simple de ceux imaginés jusqu’à ce
jour, rempbt parfaitement les indications, et peut, je l’espère du moins,
rendre de grands services dans la médecine des campagnes, aux armées,
datts les hôpitaux, et même, en dépit de sa simplicité, dans la pratique
civile.
Je ferai observer aux praticiens que la grande simplicité choque ; qu’il
■; 37 )
est possible de remplacer le bonnet en coton par un cône en toile, comme
je l’avais primitivement imaginé, ou bien en drap, en flanelle, etc. ; que
les bandes peuvent être converties en bretelles rembomrées, et les com¬
presses destinées à diminuer la pression des nœuds, en petits matelas
ouatés, glissant sous les bretelles auxquelles ils seraient retenus par un
anneau en cuii-. En un mot, sans nuire à l’effet ciu-atif du bandage, il est
facile de le dépouiller de la simplicité qui, à mes yeux, en est le mérite
principal.
Une objection que j’ai prévue est celle-ci : le bonnet en coton doit
s’étendre et céder?
Or, j’ai observé que l’avant-bras ayant une tendance à éviter une
forte flexion sm’ le bras, ce mouvement ne pouvait s’opérer qu’en élar¬
gissant le bonnet dans sa largem’, et que par conséquent l’élongation en
hauteur devenait presque impossible. Il convient de choisir de préfé¬
rence un bonnet de tissu assez fin, et par conséquent moins extensible.
Tl est bon aussi d’ajouter que les personnes les plus étrangères à l’art
médical peuvent avec facilité remédier ici aux légers inconvénients in¬
séparables de toute application d’appaicil.
Une remarque pratique est que l’immobilité de l’articulation du coude
n’est pas accompagnée de plus de douleur avec ce bandage qu’avec tous
les autres moyens contentifs, et que la main laissée complètement libre
rend au blessé quelques services.
.4u moyen de ce bandage, j’ai déjà traité trois fois la fi'acture de la
clavicule :
1® A l’hôpital Saint-Jidien, sur une femme âgée de soixante-dix-neuf
ans, asthmatique, ayant une déviation considérable de la colonne verté¬
brale, et par suite une saillie prononcée de l’épaule droite, côté de la
fracture ; malgré ces infirmités, l’appareil est resté en place quarante et
un jours ;
2° A la clinique de l’hôpital Saint-Charles, siu’ im homme âgé de cin¬
quante-cinq ans ; la fracture se trouvait à gauche ; le bandage fut ap¬
pliqué trente-neuf jours;
3® A l’hôpital Saint-Charles, sur un sujet de trente-cinq ans, atteint
d’une fracture siégeant au côté droit. Par suite de la sortie du blessé de
la clinique, le bandage ne resta cette fois en place que vingt jours.
— Si du bandage destiné au côté droit et figuré en A, on voulait faire
un appareil poiu’ le côté gauche, on laisserait en place les liens 1 et 2
sur le côté a, qui devrait être appliqué à la poiü'ine, et l’on n’aurait qu’à
transporter le lien 3 en X.
SiMoism.
( 38 )
BEMARQUES PRATIQUES SUR l’eMPLOI DE LA POM5ÏADE AU PRÉCIPITÉ BLÀNC
DANS QUELQUES PLAIES ET CERTAINES AFFECTIONS DE LA PEAU.
Autrefois, et il y a moins d’un demi-siècle encore, les praticiens
usaient d’une infinité d’emplâtres, d’onguents, de' pommades dans le
traitement des plaies, des^^blessures, des inflammations. Ils attribuaient
à ces topiques des vertus multipliées et une efficacité qu’il s’agissait tou¬
jours de mettre en rapport avec la natme du mal à traiter. Notre siècle
a profondément modifié la pratûjue sous ce point de vue, et depuis l’é¬
cole de Desaidt et de Boyer, les topiques eu cliirurgie se réduisent, pour
ainsi dire, au céi'at et aux cataplasmes. Les nouvelles recherches aux¬
quelles se sont livrés les médecins sur les maladies de la peau, ont fait
également rejeter la presque totalité des pommades employées jadis
contre les affections cutanées. Sans prétendi-e que cette réforme radi¬
cale dans la manière de traiter les maladies externes soit absolument
mauvaise, M. 'Velpeau rappelle souvent, à la Charité, cju’on est tombé
dans un extrême qui a bien aussi ses inconvénients ; aussi ce chiiTirgien
soutient-il que les emplâtres et les pommades, par exemple, ne sont pas,
comme on le croit ou comme on le professe généralement aujourd’hui,
de simples moyens d’empêcher les linges d’adhérer à la peau ou de réu¬
nir les lèATes d’une plaie ; qu’outre ces qualités, ils ont encore des pro¬
priétés médicamenteuses spéciales qu’on a tort de dédaigner. A l’appui
de ees remarques, nous allons exposer les résultats de la pratique de
M. Velpeau, relativement à l’emploi de la pommade au précipité lilanc.
Cette pommade, que ce professeur prescrit jomnellement, est ainsi for¬
mulée ;
Axonge pm'e.30 grammes.
Précipité blanc. 2 on 4 grammes.
Avant de détailler les usages de cette préparation, faisons observer
qne le précipité blanc, qui est en réalité un proto-chlorure de mercurë,
contient cependant assez de matériaux hétérogènes pour différer nota¬
blement du calomel, qui est, lui, le proto-chlorure pro^iremcnt dit ;
d’ofi il suit que la pommade au précipité blanc n’est pas alisolument la
même que la pommade au calomel, qui jouit néanmoins presque des
mêmes propriétés.
Ces deux pommades, et plus paiticulièrement celle au précipité blanc,
jouissent de propriétés siccatives et de cicatrisation tout à fait remar¬
quables. M. Velpeau s’en sert dans trois glandes catégories de cas.
Dans presque toutes les variétés d’affections eczémateuses, elle lui
est d’un grand secoms ; pai- exemple, chez les personnes qui offrent au-
( 39 )
tour des oreilles ces exsudations croûtêuses à fond rougeâtre ou jaunâtre
qu’on observe si souvent chez les adultes de constitution lyiUphatiquèj
et aussi chez les jeunes enfants. Il ne se passe pas de semaine qu’oit lie
voie^ soit à la considtation publique de la Charité, soit dans les salles
de l’hôpital, plusieurs sujets tourmentés de cette maladie, et qui en gué¬
rissent très-promptement au moyen de la poirimade en question. Daiis
l’âge adulte, ce genre d’eczéma offre souvent une teinté plus où mbinè
cuivrée qui tient, dans une foule de cas, à une affection syphUitiquè ân-
lérieure ; mais qu’il y ait eu syphilis ou non, la pommade au précipité
blanc n’en est pas moins proscrite, et cela avec des avantages vérita¬
blement incontestables. Le chirurgien prescrit au malade de ramollir
préalablement avec du beurre frais les croûtes ou les écailles qui cou¬
vrent la peau altérée, puis d’essayer d’enlever ces croûtes, et d’altstérger
avec un linge propre toutes les surfaces malades. C’est alors qu’une
couche de la pommade est appliquée matin et soir sur les téguments
ainsi préj)arés. Eu général, en agissant ainsi, il suffit de huit à dix
jours pour éteindre complètement l’eczéma.
Ce (jue nous venons de dire de l’eczéma de l’oreille s’applique de
tout point a celui de la lèvre supérieure et des ouvertmes antérieines du
nez. Ici, la barbe, chez les hommes, exige quelques précautions de plus
poiii- nettoyer les surfaces affectées. Dahs le nez, ü est plus difficile
aussi de porter la pommade exactement sür le.S points altérés ; mais le.s
tlifficultés qui se présentent seront facilement simmontées si l’on réfléchit
qu’il s’agit tout simplement de porter la pommade à nu sur les surfaces
excoriées, puisque le tout Se borne à les débarrasser préalablement de
toirtcs les croûtes capables de la masquer. C’est avec le doigt plutôt
qu’avec un pinceau tpl’il convient de porter cette ponimâde dans l’m-
tériem- du nez, en n’oubliant pas que c’est fréquemment dans le cul-
de-sac qui se prolonge vers le lobule de cet organe, OU à une éértaine
profondeur sur le fond interne des ailes ott de la cloison, qu’existe l’état
rroûteux dont nous parlons.
Les enfants, si sujets au porrigo, sur le front, àui joues, sm‘ lés dif¬
ferents points de la ligure et même du cuir chevelu, trouvent égàlemèftl
ilans la pommade au précipité blanc un topique que M. Vclpèàtt or¬
donne fréipicmment. Il conseille là les mêmes précautions, c’est-à-din'
de nettoyer toutes les surfaces avec du beurre frais, afin dê mettre eu
usage le topique au précipité blanc. Ce n’est pas seulement à la figure, à là
tète, (pie les eczémas humides cèdent à l’usage de ce topicpie ; à la marge
de l’anus, dans le pli des cuisses, au jarret, à l’aissfllc, au pli du bras,
autour (les bourses, et partout où le contact de la peau peut les faire
naitre, ils disparaissent avec promptitude sous rinflueiice de cette pom-
luade. A la vtihe, elle n’est pas d’un inoindie secours; il en est de
même entre les orteils et entre les doigts, lorsque ces parties deviennent
le siège d’excoriations sanieuses, de rhagades.
La pommade au précipité blanc guérit également certaines variétés
d’eczémas chroniques qui se développent si fréquemment aux mains, aux
avant-bras et sur d’aub'es régions du corps ; comme il n’y a que des
écailles, et non plus des croûtes épaisses, sur la peau ainsi altérée, la pom¬
made est appliquée d’emblée ; il faut seulement avoir la précaution d’en
frictionner un peu les parties, et non pas se borner à les en enduire.
Les individus affectés depuis longtemps de varices présentent souvent
des plaques d’un rouge grisâtre, ou quelquefois violacées, Ihides, des¬
quelles il suinte des liquides roussâtres, et qui sont le siège de dotilcurs
cuisantes ou d’une démangeaison difficile à maîtriser : cette variété de
l’eczéma, tpii se coutTe parfois d’écailles assez larges, se trouve égale¬
ment très-bien de l’emploi de la pommade au précipité blanc.
Les rbagades qui s’établissent entre les orteils, et qui offrent un aspect
si repoussant chez les individus qui ont été infectés de syphilis, dispa¬
raissent dans l’espace d’une douzaine de jours au plus quand on les
lient enduites de pommade au précipité blanc.
Les pustules muqueuses de la marge de l’anus, soit chez les enfants,
soit chez les adultes, ne résistent pas davantage à ce même topique, et il
est rare, quand les malades qui en sont affectés se présentent à la Cha¬
rité , de les y voir’ plus de quatre ou cinq jours dans le sendee de
M. Velpeau. Les ulcérations ou les excoriations de la verge et du pré¬
puce sont dans le même cas. Les excoriations de la couronne du gland,
par exemple, après avoir été lavées, lotionnées, sont enduites de cette
pommade, puis couvertes d’un anneau de charpie matin et soir, et ne
durent, .ainsi traitées, que très-peu de jours.
Comme traitement topiipie, c’est aussi la pommade au précipité blanc
que M. Velpeau fait appliquer sur les véritables chancres. Les exco-
ri.ations et les chancres de la vulve doivent être traités de la même fa¬
çon ; il n’est pas jusqu’à certaines nuances de blépharites qui ne se trou¬
vent bien de l’emploi de cette méthode.
.Tusqii’ici nous n’avons parlé de la pommade au précipité blanc que
pour les maladies de la surface libre de la peau et non compliquées
d’ulcérations, maladies dans le traitement desquelles les topiques médi-
c<imenteux sont encore généralement admis comme utiles par la plupart
des praticiens; il nous reste à en montrer les .avantages m.iintemint
dans les cas de plaies ou d’ulcères.
l-e eérat, à peu près la seule ponunade qu’on emploie dans tes hôpi-
laiix de nos jours, a pour but, étant appliqué sur les linge.» troués, sui'
( 41 )
les gâteaux de charpie, d’empêcher ces différents objets de pansement
d’adhérer aux surfaces malades et délaisser à la nature le soin de la ci¬
catrisation. Or, la pommade au précipité blanc, tout en remplissant les
mêmes indications, ayant l’avantage réel de hâter, de favoriser d’une
manière évidente la cicati'isation elle-même dans une foule de cas, par
exemple quand la plaie d’une brûlure traîne, reste grise, sanieuse, s’en¬
toure d’un pomtour excorié inégal, la pommade au précipité blanc est
substituée avec fruit au cérat et aux auti-es topiques, sm- le linge troué
ou sur la chaipie. La plupart des plaies qui revêtent le même caractère
sont dans le même cas.
Une variété de ces plaies a surtout attiré l’attention de M. Velpeau,
ce sont celles qui résultent de l’ablation des tumeurs cancéreuses. L’en¬
lèvement des tumeurs du sein offre souvent cette particularité quand il
u’a pas été possilde d’en obtenir la réunion immédiate ; après avoir mar¬
ché régulièrement pendant huit, quinze, vingt jours, la plaie semble
s’arrêter, ne se cicatrise plus, reste sanieuse ou se couvre de végétations
grisâtres. Alors la ponunade au précipité blanc mise à la place du cé¬
rat, soit en onctions simples au pourtour de la plaie, soit en applications
.sur les linges troués, ce qui est mieux, soit enfin, si l’on veut agir plus vi¬
vement, en couches sur un plumasseau de charpie, modifie prompte¬
ment cet état, et ne tarde pas à compléter la cicatrisation.
n y a mieux, et là-dessus M. Velpeau s’est expliqué d’ailleurs avec
une extrême réserve, c’est que des ulcérations qu’on aurait volontiers
prises pour des ulcères cancéreux appartenant à la variété du noU me
tangere, pansées avec cette pommade, ont plus d’une fois rétrogradé au
point de se cicatriser et de guérir sans opération ; dans ces cas, le chirur¬
gien de la Charité joint souvent, à l’emploi de la pommade en question,
quelques attouchements avec le nitrate acide de mercure pour modifier
profondément les smfaces. A l’appui de ce que nous venons de dire, ü
convient de citer une observation qui nous a paru curieuse.
Un vieillard se présente à la Charité pom’ y êtr e opéré d’un phymo-
■sis congénital. Comme il existait sous la fosse naviculaiie une masse dure
bosselée sensible, indiquant une induration considérable du prépuce dans
sa moitié inférieure, M. Velpeau crut qu’il y avait au moins une dégéné¬
rescence lardacée ; il s’aperçut qu’il existait aussi des adhérences avec le
gland; mais comme la peau était restée mobile et souple, et qu’il n’y
avait pas d’ulcérations appréciaUes, il n’en prit pas moins le parti de
fendre le prépuce sur l’un de scs côtés. C’est alors qu’on reconnut, au
lieu d’un prépuce simplement hypertrophié, un énorme champignon
faisant partie du gland, ayant perforé l’imètre et offrant tous les carac¬
tères d’un champignon encéphaloîde, si bien que l’idée de passer immé-
( 42 )
diatemeiit à l’amputation de la rerge lût émise par plusieurs praticiens
qui éntoiuaient le chiriu-gien aii moment de cette découverte. Gomme
cette partie n’avait jamais été mise à nu, et que d’ailleurs il n’y avait
pas lu’geiicej M. Velpeau dit qu’il attendi’ait avant de prendre un parti;
qu’on allait nettoyer tons ces tissus, qui seraient pansés pendant quel¬
ques jours à l’aide de topûpes émollients, et puis qu’on essayerait, avant
d’en venir à l’amputation, la pommade au précipité blanc, aidée de
quelques cautérisations. Une première cautérisation fut faite le surlen¬
demain, l’emploi de la pommade fut pris deux jours après, èt l’on fut
tout étonné de voii’ ce champignon s’affaisser, se déterger par degrés, si
bien qii’il sé trouva plus d’à moitié cicatrisé et réduit en moins de trois
semaines. Le traitement a été continué d’après ces idées, et le malade est
guéri de sa tumeur fongueuse et de son idcère,- mais en conservant uné
petite fistide urinaire.
Au total, M. Velp'eau emploie avec avantage la pommade au précipité
blahe, à la manière du cérat, dans toutes les affections eczémateilses de
la surface cutanée, dans tous les cas de plaies superficielles à surface gri¬
sâtre ou sanieuse, partout ofi les bords de la solution de continuité sem¬
blent excoriés, dans les ulcérations grisâtres d’aspect cancéreux, tant
ipi’il n’y a pas de décollement de la peau, de sinuosités dans le fond de
l’ulcère ; c’est pour lui un incarnatif, un siccatif, un des meilleurs topi-
(jues qu’on puisse employer pour hâter la cicatrisation des solutions de
continuité plus étendues en siu-face qu’en profondeur, soit qu’elles pa-
raisstat être entretenues par quelques dispositions internes, soit qu’elles
tardent à sé cicatriser à cause de l’état local.
cànmË Et tBfAABilAcfiÈ.
6ëS péÉéAftATiONS DoSf Lé lichen d’islàNdé Esï là SasI.
Le lichen d’Islande, jiai-rapport à scs applications, peut être consi¬
déré sous deux points de vue différents, soit comme matière alimentaire,
soit comme médicament.
Si l’on a poOT but de préparer le lichen pour l’employer comme ali¬
ment , alors il n’y a aucune hésitation à avoir sur les manipulations aux¬
quelles on doit le soumettre. En effet, on trouve dans ce végétal deux
principes dominants, la matière amère et la substance amilacée. La
substance nutritive, c’est l amidon ; le principe amer (cétrarine) contri¬
buera à donner à toutes les péparaüons alimentaiies de lichen une sa-
( 43 )
Velir très-désagréable, sans avantage bien appréciable ; dans ce cas, il
faut donc l’élitniner; et aucim procédé ne réassit mieux que celui que
M. Berzélius a donné, et qui consiste, coiimie on le sait, à faire
tteinper pendant vingt-quati-e beines le licben bacbé dans de l’caii
froide, à laquelle bn ajoute une ttès-petite proportion dé potasse du
commercé. L’alcali tbssoùt le principe amer. On terse àiir im bnge, on
fait égoutter, oh lave le lichen par macération à pliisiems reprises tant
que l’eau paraît amère et alcahne. On n’exprime pas le lichen, pas plu.s
qu’on ne l’agite fortement dans l’eau, car une grande partie de l’amidon
du lichen se séparerait en petits grumeaux ti'ansparents, et serait en¬
traîné avec les eâux de lavage.
S’agit-il d’employer le lichen comme médicament, alors on doit être
guidé par des principes tout différents : en effet, la matière vraiment
utile, c’est la cétrarine ; l’amidon de lichen est mie substance très-indif¬
férente. La plupart des pharmacologistes modernes sont lom de parta¬
ger cette croyance, et dans toutes les préparations qu’ils font suliir au
lichen Us s’efforcent d’éliminer le principe amer, qu’Us regardent comme
nuisible, pour ne conserver cpie la matière prétendue adoucissante du
hchen. Pour attaquer franchement cette opinion, selon nous erronée,
bornons-nous à parler des applications thérapeutiques du lichen, dans
le cas où l’on croit l’utUité du principe amUacé le mieux démontrée, je
veux parler des affections de poitrine en général, et de la phthisie ptd-
monafre en particulier.
Aujourd’hui que l’on est éclafré sur la composition chimique du lichen,
que l’on connaît mieux le rôle de chaque principe immédiat dans l’acte
de la digestion, personne, je pense, ne sera tenté d’attrUraer des pro¬
priétés spécifiques à l’amidon du lichen. Il s’assimile comme toutes
les matières féculentes, et il ne faut pas lui chercher d’autres propriétés ;
et cependant des faits nombreux semblent bien étabhr l’utüité du hchen
dans le début de la phthisie pulmonaire. Si nous n’attribuons pas l’effi¬
cacité du lichen à l’amidon, il est tout simple qu’il faudra admettre que
que c’est là cétrarine qui agit utilement. Cette assertion n’a rien qui
doive surprendre ; en effet, le temps est passé où l’on attribuait une
influence curative aux substances féculentes ou mncilagineuses datis lé
traitement de la phthisie. On admet, au contraire, que les substances qui
sont propres à réveiller l’énergie des fonctions digestives sans trop ex¬
citer, sont extrêmement utiles dans le début de cette cniclle maladie.
En effet, les accidents qui apparaissent du côté de l’appareil respiratoire,
sont, selon moi, tout à fait secondaires ; c’est du côté de l’appareil di¬
gestif qu’il faut chercher le principe des désordres observés. Si l’on y
regarde attentivement, on trouvera presque toujours qü0 là phthièic
( 44 )
pulmonaire a pom’ cause essentielle ou un défaut dans les fonctions di¬
gestives, ou ime aberration dans l’assimilation. Ces principes étant admis,
il en découle naturellement qu’une substance telle que la cétrarine, qui
est un amer franc, sans mélange d’un principe astringent ou d’une ma¬
tière stimulante, peut être extrêmement utile dans les cas dont il s’agit.
Voilà le secret de l’utilité du lichen dans la phthisie. D’après cela, il est
clair que presque toutes les préparations de lichen de nos dispensaires
doivent être réformées, car presque tous les pharmacologistes, guidés
par une idée fausse, ont cherché à l’envi à éliminer ce principe amer,
qui, selon nous, est le seul coi-ps qui place le lichen au rang des médi¬
caments utiles. Nous allons maintenant examiner rapidement les princi¬
pales préparations dont le lichen est la base.
Poudre de lichen.
Le lichen est rarement prescrit sous cette forme ; c’est cependant une
bonne manière d’administrer le principe actif du lichen, lorsqu’on a soin,
comme le veut le Codex., de ne pas le priver de son principe amer. On
peut, avec la poudre de lichen et quelques gouttes de sirop de sucre, pré¬
parer un électuaii’e que l’on peut administrer chaque jour à la dose de 4 à
10 grammes.
Tisane de lichen.
C’est la forme sous laquelle le lichen est prescrit le plus souvent, et
cependant le Codex ne contient pas de formule de tisane de lichen. On
prend ordinairement 8 grammes de lichen privé de son principe amer,
et on fait bouillir dans quantité suffisante d’eau pour obtenir un fifre de
tisane. Je crois qu’il est convenable de réduii'e la dose du lichen à 2 ou
4 grammes, et de ne pas le priver au préalable de son principe amer.
Gelée de lichen.
Le Codex veut que la gelée de lichen soit préparée avec le lichen non
privé de sa cétrarine. Cette prescription est conforme aux principes que
nous avons établis. Cependant quand on prescrit le lichen dans la troi¬
sième période de la phthisie, dans des cas où on n’a rien à attendre de
définitivement utile du lichen, pas plus que d’une autre médication,
alors il est quelquefois préférable de préparer cette gelée en privant le
^ichen de son principe amer, car les malades auxquels elle est destinée
ne la prendraient pas à cause de sa saveur amère ; et comme en défini¬
tive on ne peut rien faire d’utile pour eux. à quoi bon leur impo.ser
une prescription désagréable ?
( 4â )
sirop de lichen.
Les auteurs prescrivent de prépar er le sirop de lichen par décoction,
après l’avoir privé de son principe amer. Ainsi formulé, c’est un médi¬
cament ridicule. En effet, le principe actif est éliminé, et par la décoc¬
tion on obtient une solution miicilagineuse qui domie un sirop d’une
mauvaise conservation ; il vaut infiniment mieux préparer le sirop de
lichen par infusion, en réduisant la proportion du lichen au sirop à 1/60.
Pâte de lichen.
On prépai-e ordinairement la pâte de lichen avec le lichen privé de
son principe amer. La proportion du lichen est environ 1/10 de celle
de la pâte ; il faut la réduire à 1/50 si, comme je le crois préférable,
il faut laisser la céti-aiine dans la pâte de lichen. Je dois observer qu’on
ajoute dans la pâte de lichen des hôpitaux de Paris 5 centigrammes
d’extrait gommeux d’opiiun poiu- 60 grammes de pâte.
Chocolat au lichen.
Le procédé qui me parait le plus convenable pour préparer le choco¬
lat au lichen est le suivant :
Pâte de chocolat. 50
Poudi-e de lichen. 1
Mêler,.
k. Bouchakdat.
EXAMEN CHIMIQUE DE l’hüILE DE FOIE DE RAIE (RAI'A CIÂTATÀ ET K. BATIS '.
FORMULE d’un NOUVEAU SIROP POUR l’EMPLOI DE CETTE HmLE.
L’huile de foie de morue et l’huile de foie de raie sont employées de¬
puis fort longtemps déjà dans le nord de l’Europe, et smtout en Belgi¬
que et en Hollande, poui- le traitement des affections goutteuses et rhu¬
matismales, des scrophules et du rachitisme, etc. Or, tandis que l’huile
de foie de morue a été l’objet d’un assez grand nombre de recherches
exécutées par MM. Kopp, Hopfer, Hansmann, Gmelin et Stein, qui tous
se sont accordés à admettre l’iode au nombre de ses principes consti¬
tuants, l’huüe de foie de raie, au contraire, n’avait nullement attûé jus¬
qu’ici l’attention des chimistes*. Cette lacune vient d’êti'e remplie,
‘ Je dois pourtant faire remarquer qn'il peut bien se faire que quelques-
uns des chimistes précités aient agi sur l’huile de raie, croyant avoir affaire à
de l’huile de morne. Il est au moins certain qu’une parlie de l’huile vendue
{ 46 )
dans le Journal de Pharmacie, par MM. Glrardin et Preisser, pro¬
fesseurs de chimie à Rouen.
L’huile de foie de raie sur laquelle ont expérimenté ces tleu? chimistes
distingués, avait été préparée pay M. Vingtrinier, médecin en chef des
prisons de Rouen, qui en a obteu d’excellents effets.
Caractères de l’huile de foie de raie. —Cette huile a une couleui'
d’un jaune clair ; son odeiu' rappelle celle de l’huile de baleine pu de
sardine fraîche.
Par son exposition à l’air, elle laisse déposer pendant plusieurs jours
une matière blanche concrète, puis ne se ti-oidile plus sensiblement.
Le chlore gazeux, qui colore si rapidement en brun foncé les huiles
de baleine, de sardine, de monte, n’exerce aucune action appréciable
sur l’huile de raie.
L’acide sulfurique concentré colore l’huile de raie en rouge clair; en
agitant le mélange après un quart d’heure de contact, il acquiert une
couleur violette foncée. L’huile de morue prend rapidement une teinte
noire par l’action d’un peu d’acide sulftuique froid.
L’acide nitritjue ne change pas sensiblement la nuance de l’huile de
raie ; tandis qn’ü colore en brun orange l’huile de morue.
Dans l’huile de foie de raie, de même que dans l’huile de morue, i}
existe de l’iode. Ce corps sûnplc s’y trouve en combinaison avec le potas¬
sium ; ce résultit analytique confirme les données chimiques de L. Gme-
lin, relatives à la composition de l’huile de morue. On se rappelle que
cet habile chimiste a publié le premier que l’iode y existe à l’état d’iodure
de potassitmi.
L’huile de raie a donné à l’analyse 0,18 centigrammes d’iodure de
potassium par litre d’huile, tandis que l’huile de morue n’en a foiumi
que 0,15 centigrammes.
L’huile de raie ne contient d’ailleurs aucun autre principe actif diffé¬
rent de ceux qui existent partiellement dans les divers corps gras. 11 n’y
a aucun doute, selon MM. Girardin et Preisser, que ce ne soit à l’iodure
de potassium qu’il faille rapporter son action. Mais la grande division
de cet iodnre dans la masse de l’huile, l’état particulier dans lequel il se
trouve, état qui ne permet pas à l’eau de le lui enlever, doivent,
au dire de ces deux chimistes, singidièrement faciliter son absorption
par les tissus, et peuvent ainsi contril)uer, plus que la proportion absolue
de ce sel, aux effets marqués que l’huile exerce sur l’économie ani¬
male.
actuellement à Paris comme étant de l'huile de morue est réellement de
l'huile de raie, ainsi que je m’en suis convaincu en répétant les principaux
résultats analytiques des chimistes de Rouen.
{ 47 )
Qr, comme l’huile de raie renferme toujoiu'E plus d’iodure que oelle
de morue, laquelle est en outre d’une odem' repoussante, et d’une oeii>
leur brun foncé, il convient, suivant MM. Girardin et Pi’eisser, de don¬
ner la préférence à la premièi'e de ces deux huiles, comme étant à la
fois plus active, moins désagréable à la vue, au goût et à Todorat.
Persuadé que les conclusions des deux chimistes précités ne tarderont
pas à être adoptées par les praticiens ayant loi en ce genre de médica¬
tion, nous allons donner ici la formule d’un sirop d’huile de raie que
nous avons préparé, ce mode pharmaceutique nous ayant paru Iq plus
propre à faciliter l’emploi de ce nouvel agent thérapeutique.
Prener ; Sucre. 600 gi’ammes
Amandes amères.ana 50 grammes
Gomme arabique pulvérisée. . — 60 grammes
Huile de raie. 100 grammes
Eau pure. 350 grammes
Broyez d’abord les amandes avec la gomme et environ 50 gi-ammes
de sucre ; ajoutez ensuite, petit à petit, l’huile préalablement mélangée
avec environ 100 grammes d’eau ; bâtiez bien et longtemps ; ajoutez en¬
suite, peu à peu, le restant de l’eau qui doit entrer dans le sirop ; passez
la liqueur émidsive à travers un blancbet, et faites-y fondre le sucre à
l’aide d’une température très-faible qui ne dc\Ta pas dépasser 40“ centi¬
grades , afin d’éviter la coagulation de la partie albumineuse des
amandes. Laissez refroidir, et aromatisez ensuite arec eau de fleurs d’o¬
ranger, 40 gi’ammcs.
Ce sirop, bien que renfermant le dixième de son poids d’hidle de raie,
est aussi peu désagréable que possible; il est mixtilJe à l’eau en toute
proportion, à la manière du sirop d’orgeat, et peut être facllcmenf sup¬
porté par nos organes. Mialhe.
SOT LA PBÉPAHATION d’uK NOUVBAÜ SmOP FEBEDOINEDX.
En examinant l’action de la potasse sur le composé gélatineux qui
se produit en versant de l’albumine dans une solution dé pérsulfate de
fer, M. Lassaigne {Journal de chimie médicale) a reconnu que ce
précipité, qui est une comliinaison d’allmmine et de persulfate de fer,
se redissout dans im léger excès d’alcali, et forme une liqueur qui se
colore en jaune brun foncé. Ce nouveau composé ne possède plus la
saveur atramentairc des sels ferrugineux ; sa saveur est légère, alcaline
et douceâtre ; il n’est plus iinmédiat§ment sensible à l’action du cyanure
de fer et de potassium.
( 48 )
Ce composé ferrugineux, véritable albuminate de fer et de potasse, en
raison de la proportion d’oxyde de fer qu’il contient et de l’état parti¬
culier où il se trouve dans cette combinaison, a paru à M. Lassaignr
pouvoir être employé à la préparation d’un sirop à base d’oxyde de
fer. L’avantage qu’il est appelé à avoir sur les autres sirops ferrugi¬
neux est d’exclure toute la saveur qui appartient aux sels de fer, et de
présenter à l’économie l’oxyde de fer combiné à un liquide aUjumineux
alcalin assimilable, et par conséquent suseeptible d’absorption facile par
les organes digestifs.
Préparation. On prend 100 gi-ammes de blancs d’oeufs, on les bat
avec 100 grammes d’eau distillée, et on filtre la dissolution albumineuse
pour la sépai-er des flocons glaneux qui ne sont pas dissous. On verse
dans cette liquem- 36 grammes de solution de persulfate de fer, à 5 de¬
grés aréométriques. Il s’y forme aussitôt un précipité blanc jaunâtre
gélatiniforme. On verse sur ce précipité 2 grammes de potasse à l’al¬
cool, dissoute dans 50 grammes d’eau distillée. Par- l’agitation, le pré¬
cipité se redissout peu à peu, et il résulte une liqueur colorée en jaune
brun orange.
Pour convertir ce bquide en sirop, on y fait dissoudic à froid une
fois et demi son poids de suerc concassé, et l’on filtre, soit à la chausse,
soit à travers un papier joseph.
Chaque quantité de 32 grammes de ce sirop représente 0,039 de per¬
sulfate de fer anhydre.
—La préparation ferrugineuse qui précède me semble on ne peut plus
digne de l’attention des praticiens. Les recherches chimiques auxquelles
je me livre depuis déjà bien longtemps, dans le but d’éclairer l’art de
formuler, m’ont conduit à adopter entièrement l’opinion de M. Las-
saigne ', relative à l’union des sels métalliques avec les fluides albumi¬
neux du sang. C’est en contraetant avee ces éléments plastiques une
combinaison plus ou moins intime, plus ou moins stable, que ces eom-
posés occasionnent dans l’économie un tr ouble modificateur bienfaisant
ou la mort, suivant leur nature ou la dose auxquels ils sont admi¬
nistrés.
Le sirop ferrique de M. Lassaigne me paraît sm tout bien imagmé, en ce
qu’il renferme le fer au maximum d’oxydation, mes expériences m’ayant
porté à adopter, contrairement à l’opinion généi’alement reçue aujour¬
d’hui , que les sels de peroxyde de fer constituent à eux seuls la base
< Je professe depuis bien longtemps l’opinion de M. Lassaigne ; elle a été
la conséquence forcée de mes recherches. Je ne puis, du reste, que m’ap¬
plaudir d’avoir été devancé dans mes publica ions par un chimiste aussi
distingué.
( )
du traitement martial, les sels de protoxyde ne devenant réellement
efficaces qu’après avoii' subi rinfluence de l’oxygène contenu daus les
divers liquides de noti-e économie, c’est-à-dire qu’après leur transfor¬
mation en sels de peroxyde.
Une question importante, qui se rattache à ce sujet, est la suivante :
Toutes les préparations martiales ont-elles ta propriété de pas¬
ser dans les urines, alors qu’elles sont ingérées dans l’économie
animale?
M. Berzélius nous apprend que toutes les préparations ferriques qni
contiennent le fer à l’état d’oxyde ne passent pas dans les urines,
M. Gélis, par suite d’une longue série d’expériences , exécutées avec le
plus gi’and soin, est arrivé aux mêmes conclusions. Mes recherches à ce
-■.ujet m’ont conduit aux mêmes résultats que celles des deux chimistes
précités. Cependant, des expérimentateurs instruits et consciencieux
affirment ax'oir rencontré du fer dans les urines des malades soumis à
un traitement ferrugineux *, et M. Berzélius lui-même dit que l’on a
observé quelquefois que l’urine des personnes qui consomment une
grande quantité de préparations martiales est colorée en bleuâtre ou
A crdàtre par un peu de bleu de Prusse, reconnaissable à ce qu’il existe
lie l’oxyde ferrique après la comljustion.
Voici maintenant comment il me semble possible de concilier ces ré-
■sultats contradictohes ;
Mes expériences m’ont appris que les sels de peroxyde de fer neutres
ou légèrement acidés forment, avec les éléments albumineux du sang ,
un composé totalement insoluble, et partant incapable de passer à tra¬
vers le parenchyme organique du rein, tandis que l’observation de
M. Lassaigme démontre que ce composé cesse d’êti’e insoluble alors
qu’il est mis en contact avec une certaine quantité d’tme base alcaline
soluble. Il résulte de ce qui précède que le fer, dans les cii’constances
ordinaires, ne doit pas se rencontrer dans les m'ines, mais que, au con¬
traire , on peut l’y retrouver toutes les fois que le liquide excrété par
le rein, au lieu d’êü-e légèrement acide ou neutre comme il l’est dans
l’état normal, est alcalin, comme cela arrive quelquefois ; encore même
un pareil phénomène ne saurait avoh’ lieu que dans le cas où les urines
' Qu’il me soit permis de rappeler ici aux médecins la source d’une er¬
reur que plusieurs d’entre eux ont commise en recberebant le fer dans les
urines : c’est qu’il ne faut jamais l’y recbereber à l’aide du prussiale ferru¬
gineux de potasse, ce composé ayant la propriété de donner du bleu de
Prusse dans une liqueur tout à fait exempte de fer, il suffit pour cela que
ladite liqueur soit suffisamment acide pour qu’un pareil phénomène appa¬
raisse.
( ÔO )
deviennent albumineuses, circonstance fâcheusd loh du traitement d’une
maladie dans laquelle les préparations üiaitiales sont indiqbées, l’asSi-
milation du fer ne pouvant alors être que très-incomplète.
Mîalhe.
SDR QUELQUES MODIFlCATIOn'S AD PROCÉDÉ fas GRÉGOHY POUR LA
PRÉPARATION DE l’hYDROCHLORATE DE MORPHINE.
M. Michicls, pharmacien à Anvers, conseille de reprendre les eaux
mères par de l’ammoniaque pour en précipiter de nouveau la morphine,
au lieu d’essayer de nouvelles cristallisations. Cette recommandation est
loin d’avoir le mérite de la nouveauté, puisqu’il est de précepte en chi¬
mie d’éviter autant que possilile de préparer les alcalis végétaux par
voie d’évaporation.
M. Michiels prescrit d’ajouter un excès d’acidé chlôrhydriqüe pour
faciliter la cristallisation du clilorhych-ate de morphine ; et bien qiie
MM. Robertson, (Irégory et Robiquet aient recommandé l’additioil d’un
léger excès d’acide dans la préparation du sel morphique de Grégory,
M. Vandevelde, rapportem' du travail de M. Michiels, est persuadé que
ces chimistes n’ont jamais obsen é l’efTct singidier que l’addition d’un
grand excès d’acide produit dans une solution concentrée d’iiydrocblo-
rate de morphine.
M. Vandevelde ajoute : « Nous avons répété pliisieurs fois l’essai en
faisant dissoudre de la morphine pure dans l’eau avec la ipiantité d’a¬
cide bydrochlorique nécessaire pour opérer la solution, et en concen-
ti'ant la liqueiu’ au point de cristallisation; nous l’avoiis déposée en lieu
frais. U nous a fallu un jour pom en obtenir la cristallisation. D’un aiiti’e
côté, nous avons pris une meme solution de morphine, nbus y avons jeté
im grand excès d’acide chlorlijalrique, et nous avons obtenu, comme par
enchantement, une cristallLsalion abondantCj et telle, que tout le liquide
semblait se prendre en une masse compacte. »
—J’ai répété l’expérience du chimiste bdge, et je puis affirmer qu’éllc
m’a parfaitement réussi. Le fait de la prompte cristallisatidn du chlorhy¬
drate de morphine dans une liqueur fortement acide est très-certainement
remarquable. Comment agit l’acide chlorhydrique dans la cristaUisation
qui nbus occupe? Je pense qu’il agit purement et simplement en chan¬
geant la nature du dissolvant, le chlorure toorphique étant moins Soluble
dans i’éku cdhvenablement acidulée que dans l’eau pure. Quoi qu’il èh
soit de cette explication, la particularité chimique sur laquelle M. hfi-
chiels a de nouveau attiré l’attention des chimistes est digne d’être si-
( 51 )
gtialëê j àU Jibint dé vlié pratique, car elle abrège de beaucoup le temps de
la préf)aratioii dé riiydiOcblorate de morphine.
Mialhe.
CORRESPONDANCE IMÈDICALE.
HÉDREtix EMPLOI CE Li SOLUTION DE NITRATE c’ARGENT POUR ARRÊTER
LA »tARCnE d’un ÉRYSIPÈLE TRAUJIATIQUE GRAA'E,
Les érysipèles à la suite des opérations sont si grayes parfois et si
prompteincnt suixis de la mort dans les hôpitaux, qu’on ne sam’ait ac-
ciieillir avec trop d’empressement les moyens qui, dans cette occasion,
paraissent efficaces ou simplement utücs.
Je venais d’opérer, à l’hôtel de Paris, rue Richelieu, M"”' M.d’un
polype utérin considérable, quand le quatiième jom’, à la suite de petits
frissons répétés, elle fut prise d’un érysipèle qui commença au pli de
l’aine di'oite, et qui, dans le cours d’une nuit, s’étendit à la moitié de
la cuisse du môme côté. Cette nuit fut très-péniblcj lè sôlhüieil étàit
fréipierament troublé ; malgré l’applieation répétée de liiigés ti’éilHiés
dans l’eau fi'oidc, les cuissons et la chalem’ de la partie malade étaient
insupportables.
Lunili délTiier, 20 juin au matin, je trouvai M™” M.avec la fièvre;
la bouche était mauvaise, la langue saburrale; un petit fi-isson lui parcou¬
rait encore de temps en temps tout le corps ; la partie malade cllc-mcme
n’eii était pas exempte : celle-ci était le siège d’une rougeur intense qui
s’étendait depuis le pli de l’aine jusqu’à six travers de doigt du genou;
laehâleiü- rêsséhtie |lar la malade était intoléralile; on la sentait se dé¬
gager eu présentant le dos de la maiii. Le moindi-e toucher était fort
doidoureiix. Au dire de la garde-malade, l’érysipèle s’étendait à vue
d'cpil. Je fus efrra 3 'é en pensant qu’eu égard à la circonstance et à la
constitution très-lymphatiqUe de la malade, cette affection pouvait être
promptement mortelle. J’ordonnai à l’instant des compresses trempées
dans une dissolution dé iiitrate d’argeht cristallisé; 1 gramme pour
200 grniiiihcs d’eau,- avec recommandation de les renouveler toutes les
deux héul-es. A la seconde application, la inalâde était mieux. Le soir
le mieux était encore plus Jiroiiortcé ; les frissons ne s’étaient plus hiani-
ffestes; la fièvre était beaucoup moindre; et le lendemain matin tous les
symptômes alarmants avaient cessé : la peau de la cuisse était noire,
brunâü-è, couverte de petits boutons miliaires et blancs; mais la cuisson,
la chaleur, la tuméfaction de la peau, tout avait disparu pour faire place
( 52 )
à un calme inexprimable. Les jours suivants les mêmes applications fu¬
rent continuées en les éloignant de plus en plus, et aujourd’hui, sixième
joiu’ de cet accident, la malade est en voie de convalescence. ,rr
On ne peut rien conclure, je le sais, d’un seul fait ; il doit seulement
inviter à l’observation. J’avais fait usage souvent de nitrate d’argent dans
l’érysipèle il y a déjà bien longtemps, mais je n’en avais retiré un bon
effet qu’en badigeonnant, pour ainsi cüi-e, toute la surface malade avec
le crayon humecté ; du reste, le procédé est long, difficile ; de plus, la
dissolution de niüatc d’argent qui se produit alors se rassemble en
gouttes et cautérise inégalement et sur quelques points trop fort. J’ai
donc préféré l’application permanente et immédiate de la solution elle-
même sur toute la surface malade à la fois: elle m’a réussi à souhait dans
cette cû'constance.
Tanchou.
BIBLIOGRAPHIE.
Cours complet de pharmacie, par M. Lecanu, professeur titulaire
de pharmacie à l’École spéciale de pharmacie de Paris. Deux
volumes in-8" ; ehez J.-B. Baillière.
M. Lecanu est depuis dix ans professeiu- titulaire de pharmacie à
l’École spéciale de phaimacie de Paris ; un savant aussi distingué a dû,
dans cet espace de temps, réunir les matériaux les plus utiles et les co¬
ordonner de la manière la plus heimeuse.
Le titre du lixTC indique assex le but que l’auteur s’est proposé d’at¬
teindre. Est-ce bien, comme il l’annonce, un cours complet de phar¬
macie dont nous avons à rendi’c compte aujourd’hui? Avant d’aborder
cette question importante, commençons par présenter une analyse ra¬
pide de l’ouvrage.
L’habile professciu- de l’École de pharmacie admet cinq grandes di¬
visions dans le plan de son cours : 1" la récolte des médicaments four¬
nis par les trois règnes ; 2” un exposé sommaû'e du mode de développe¬
ment des végétaux, avec des considérations générales sur leim compo¬
sition ; 3“ la description des principales opérations pharmaceutiques ;
4° l’application des manipulations précédentes à la préparation des mé¬
dicaments les plus importants, ceux-ci étant divisés en médicaments
galéniques et chimiques ; 5“ l’examen des procédés propres à reconnaî¬
tre la pureté des matières premières que le commerce fournit à la phar¬
macie ; 6” l’expo.sé des moyens de conservation des médicaments.
( 53 )
Le premier volume comprend la récolle, le développement des Aégé-
taux, la description générale des manipulations, et les notions sur les
médicaments galéniques. Les généralités sur le mode de développement
des végétaux et sur les cliangcments qu’ils éprouvent dans les diffé¬
rentes périodes de leur accroissement, renferment plusieurs notions
très-importantes et qui trouvent d’utiles applications lorsqu’il s’agit de
choisir les médicaments ou de leur faire subir les préparations les plus
convenables. On trouve dans l’article sur la récolte des plantes des no¬
tions précises sur les influences diverses de la culture, du climat et du
terrain. Les différents chapitres consacrés à l’exposition des formes
pharmacologiques renferment une foiüe de rapprochements heureux et
de développements pleins d’intérêt. On lira surtout avec plaisir les ar¬
ticles sur les huiles fixes et volatUes, et sur les extraits.
Le second x'olumc est consacré à faire l’histoire des médicaments chi¬
miques. Cette partie del’oiwrage de M. Lccanu est traitée avec le plus
grand soin. Apres quelques considérations générales sur la constitution
des corps et sur leurs modes de combinaison, il aborde sucressivement
l’étude des corps organiques, simples ou composés, qui sont employés
en pharmacie, des eaux minérales naturelles et artificielles, puis enfin
des médicaments chimiques du règne organique.
üne des parties les plus neuves, et certes des plus intéressantes de
l’ouvrage que nous anal3'sons, est celle qui a pour titre De l’examen
chimique des matières médicamenteuses fournies par le commerce.
On y trouve réunis des documents très-précieux pour le pharmacien ;
ils sont intitulés : essais de l’iode, de la limaille de fer, de l’antimoine,
du merciu'e, de l’argent ; des acides chlorhydrique, azotique, sulfuri¬
que ; des oxydes de manganèse, de mercure, de plomb, etc. Des articles
dignes d’être remarqués sont consacrés aux essais du sel marin, des
acides acétique, cyanhj'drique, des huiles fixe et volatile, du sulfate de
quinine et du lait.
La dernière partie de l’ouxTage, consacrée à la conseivation des mé¬
dicaments, a reçu beaucoup de développement ; on traite dans le premier
chapitre de la conservation des matières médicamenteuses inorganiques;
l’auteur s’occupe ensuite de la conservation des plantes et de celle de
leurs parties'; cette étude est précédée de quelipics considérations sur la
décomposition putride. Enfin on trouve de précieuses notions sur la con¬
servation des animaux, de leiu’s parties et de leurs produits, et les règles
de l’embaïunement. On remarijue dans cette dernière leçon d’utiles ren¬
seignements sur la conservation des sangsues.
L’analyse de l’ouvrage que nous venons de présenter montre en quoi
il diffère des traités les plus répandus en France. L’auteur a cru devoir
( 54 )
SI' dispenser de consigner les foi-midcs qui en fornient souvent la partie
principale ; il a pn se dispenser alors des détails andes et minutieux
qu’elles entraînent : il a pu aussi envisager, sous d’autres points de yiie,
des questions impoitantes, et il a eu ainsi plus de liberté dans le choix
des matériaux qu’il a mis en œuvre ; mais le titre qu’il a adopté, cours
complet de pliarmacie, est-il bien exact? Oui, s’il s’agit de la pharmacie
telle (ju’elle est, telle qu’elle doit être 'enseignée dans l'École de Paris,
si l’ons’cn rapporte aux ouvrages les plus accrédités chez nous; mais si
l’on considère le sujet d’un point de vue plus élevé, on ne saurait ad¬
mettre que l’ouvTage que nous vepons d’analyser soit un ouvrage com¬
plet de pharmacie, pas plus que tous les autres traités qui ont paru jus¬
qu’ici en France. Un véritable coiu-s complet de pharmacie existe en
Allemagne, c’est le Manuel de pharmacie de Geiger. Là on ne se
borne pas à considérer la pharmacie telle que l’ont restreinte chez npus
les exigences de renseignement multiple ; mais l’auteur allemand em¬
brasse dans leur ensemble toutes les connaissances inchspcnsables à la
théorie et à la pratique de la pharmacie ; tout vient concourir au même
but. Il cmpnmte à la physique, à la chimie, à l’iiistoirc- naturelle, tout
ce qui peut éclairer la pharmacie ; c’est un véritable compendium des
sciences pharmaceutiques. Est-ce à dire pom' cela que l’œuvre de Geiger
serait facilement adoptée eu France? ce n’est pas là ma pensée, car la
pharmacie allemande difière beaucoup do la pharmacie {raneaise ; et
puis, il est des connaissances que Geiger a négligées, et tpii seraient indis¬
pensables chez nous pour constituer un cours complet de pharmacie, je
veux parler de la toxicologie et de la partie de la matière médicale (jui
s’occupe des propriétés des métheaments. Quoi qu’il en soit des remar¬
ques que je viens de présenter, je dois dire en terminant que M. Lccanu
a atteint complètement le but qu’il s’est proposé, celui d’obtenir de ses
confyères une complète approbation, et des élèves une affectueuse re¬
connaissance. Bouchakdat.
Une saison aux eaux minérales d'Enghien; considérations hy¬
giéniques et médicales sur cet établissement; par J.-H. Reveillé-
Pawse, docteur en médecine-, chevalier de la Légion-d’Hon¬
neur, etc. 1 vol. in-18, avec lithographies.
On ferait certainement une bihhothèque entière avec les ouvrages
écrits sur les eaux minérales : traités généraux et spéciaux, mémoires,
analyses chimiques, catalogues raisonnés, etc., rien n’y manque ; c’est
une mine depuLs longtemps exploitée. Chaque source a son historiogra-
plie, qui en expose les propriétés dans le plus grand détail, souvent avec
( 55 )
une bonne foi établie siu-une longue expérience, quelquefois aussi avec
certaines préoccupations. A peu de chose près, ces ourrages, dont plu¬
sieurs soAt estimables, se ressemblent et pour le fond et pour la forme.
Mais celui deM. Reveillé-Parise doit nécessairement faû-e exception sous
plusieurs rapports : disons d’abord que c’est un job volume, orné de
btbographies et imprimé avec un soin tout particulier ; la substance de
l’ouvrage n’est d’ailleurs nullement au-dessous du luxe typographique.
Il y a là un mélange d’érudition, de médecine, d’histoire naturelle, de
philosophie, de faits mtéressants, de sages réflexions, d’excellents pré¬
ceptes, de vues ingénieuses, présentés avec un style d'uiie clarté, dhrae
élégance remarquables, ce qiti rend la lecture de cet ouvrage singubèrc-
mcnt attrayante... Miscuit utile dulci. Sans s’écarter en rien de la li¬
gne scientifique, sans perdre un instant de vue le but qu’il se propose
d’atteimb’e, l’auteur a su tirer’ tout le parti possible d’un sujet en appa¬
rence très-ai’ide, ou ne pouvant fournil’que des considérations connues
et rebattues. Les eaux minérales d’Enghien sont désormais placées au
rang qu’elles doivent occuper.
AI. Reveillé-Parise insiste sot ce point, et selon nous avec raison, c’est
que si en général on doit compter beaucoup sur l’eflicacité d’une eau
minérale, il ne faut pas non plus oublier l’influence des eaux, des
airs et des lieux; il doit y avoir ici un accord, un ensemble de modi¬
fications dont le résultat, presque cei’tain, est la guérison de la maladie
ou une amélioration plus ou moins prononcée ; aussi l’auteur fait-il imc
description brillante de la célèbre vallée de Montmorency, où se trouve
Veau minérale d’Ei[ighien. Il a en outre consacré tout un chapitre à
l’influence hygiénique de certains lieux sur la santé, et aux dispositions
individuelles les plus propres à en recueillir les avantages. Si nous étion.s
moins pressé par l’espace et le temps, nous en citerions des morceaux
aussi remarquables par l’importance, par la netteté des aperçiis, que par
la justesse de l’appréciation des faits.
.Vinsi l’autcOT pose en principe que tout établissement thermal doit
réunir les trois conditions suivantes :
1“ Des eaux minérales d’une action approuvée, etc. ; S” une localité
saine, agréable, pittores(juc, où les malades puissent jouir de tous les
avantages d’une température modérée, de l'exercice fait en plein
air, etc. ; 3“ une méthode hygiénique non-seulement applicable à tel
ou tel cas pathologique, ce qtd est de rigueur, mais qui consiste dans un
ensemble de soins, démesurés, de précautions générales, ayant pour but
de soutenir l’état physhpte, de donner à l’esprit des distractions agréa¬
bles, variées, toujom’s utiles à la guérison.
C'est d’après ces données que l’auteur examine les eaux minérales
( 56 )
(l’Enghien, leur situation topographique, leurs propriétés physiques,
chimiques et médicales, le mode d’administi’ation le plus convena¬
ble, etc. Sans prévention aucune, sans préjugés pour ou contre, il fait
l’exposé des cas où l’expérience a prouvé refiicacitc de ces eaux, et de ceux
on leiu- emploi serait évidemment préjudiciaMe; il ne dissimule ni les
avantages, ni les inconvénients. « Aussi, dit-il, en signalant leurs pro¬
priétés très-remarquables, nous sommes loin d’en faire une panacée uni¬
verselle, de mettre une absurde étiquette d’infaillibilité... Les eaux
d’Enghien guérissent plusieurs maladies, elles en soulagent un grand
nombre, elles sont impuissantes contre certaines afTections. Le succè.s
dépend du médecin qui les conseille et les emploie, de son savoir, de son
tact, de sa pénétration à bien siiisir les indications : hors de là, tout est
incertitude. » Réflexion pleine de sens et de vérité, qu’il serait si né-
rps.saire de mettre en pratique dans une foule de cas. Plus loin, M. Rc-
veillc-Parise s’élève contre cette manière banale de se prononcer sur les
propriétés médicales d'une eau minérale quelconque, elles sont bannes
dans tel ou tel cas de maladie. Rien de plus vague et de plus insuflisant.
« En voici un exemple, dit-il, et pris au hasard : cette eau est bonne
contre les rhumatismes, sans contredit; mais il faut savoir si ce rhuma¬
tisme est à l’état aigu ou chronique, et à quel degi’é, surtout quand il
affecte une articulation; s’il est profond ou superficiel; s’il a son siège
flans les muscles, dans les parties aponévrotiques, dans le sy.stème ner¬
veux, etc.; s’il est fixe ou erratique ; s’il s’agit d’une métastase rhuma¬
tismale sur un viscère ; si son siège habituel est dans un organe impor¬
tant; s’il est une affection unique, franche, ou compliquée de goutte, de
principe vénérien. Ce n’est pas tout, il faut encore examiner si le malade
est jeune ou brisé par l’âge ; si sa constitution est forte ou déliile, lym¬
phatique ou sanguine; s’il a subi divers traitements et quels traitements;
s’il est à sa première, seconde ou troisième saison des eaux ; s’il n’habite
pas un lieu malsain ; si sa profession ne l’expose pas aux vicissitudes
atmosphériques; si lui-même sait se défendre des inclémences de la
températm-e ; s’il aura la prudence de continuer pour ainsi dire l’action
des eaux par un régime, des précautions convenables. Voyez combien
de conditions doivent être ici connues, pesées, examinées ; car sans ces
conditions, relatives à une eau minérale, comment peut-on en détermi¬
ner l’emploi, en régler le mode d’administration, en préciser les effets,
en calculer les résultats? et pourtant la santé est l’ar qu’il faut dégager
de la solution d’un problème aussi comphqué. » ( Pag. 229. ) Assuré¬
ment, il est difficile de le poser dans des termes plus fonncls et plus ex¬
plicites que ne le faitM. Reveillé-Parise.
En résumé, ce livre, de peu d’étendue, est plein de faits et de choses ;
( 67 )
pensé avec savoir et réflexion, écrit avec élégance, on le lit avec d’au¬
tant plus d’empressement qu’on trouve à la fois le plaisir et l’instruction.
Statistique médicale de Vhôpital militaire du Gros-Caillou,
adressée au conseil médical des armées; suivie de recherches
théoriques et pratiques sur les fièvres intermittentes et rémit¬
tentes, simples et pernicieuses, et sur les maladies typhoïdes,
par M. le baron Michel. 1 vol. in-8°.
M. le baron Michel expose dans cet ouvi’age le résultat des diverses
médications qu’il a successivement appbquées au traitement des maladies
nomlireuses qu’il a eu occasion d’observ'er pendant un certain laps de
temps, dans un des hôpitaux militaires les plus importants de la France.
C’est une chose bien remarquable, que c’est surtout sur les médecins mi¬
litaires que Broussais a fait peser le despotisme de son système ; alom
déjà que dans la pratique civile on voyait se prononcer une réaction
manifeste contre la doctrine physiologique, les médecins mUitaires ne
comprenaient même pas que la pensée du maître pût être contrôlée ; et
sans doute plus d’une fois le nom de pék... a été lâché contre les pre¬
miers organes de cette réaction. H est juste de dire cependant que M. le
baron ûlichel, qui, grâce à immérité réel, est arrivé successivement aux
postes les plus élevés de la médecine militaire, a toujours été compté
dans le petit nombre des médecins de l’ai-mée qui ne se sont point ac¬
croupis sous la coupole du Val-de-Grâce. Le livre qu’il vient de publier
peut être bardiment cité à l’appui de ce que nous venons de dire. La
pratique de ce médecin est celle d’un homme sage, qui conçoit l’impor¬
tance des théories dans les sciences, mais qui se réserve le di-oit de con¬
trôle quand il s’agit de l’appUcation. L’ouvrage de M. Michel, par cela
.seul qu’il est un simple résumé d’observateur, n’est guère susceptible
d’être analysé; toutefois l’auteur quitte de temps en temps le rôle de
simple statisticien, pour toucher aux questions de doctrine. C’est ainsi
que dans son livre il traite longuement de la fièvre typhoïde, et émet sur
la nattu'e de cette maladie les idées les plus saines ; il eût pu à cet égard
se dispenser de se justifier si souvent de n’accepter point ici l’idée théo¬
rique du Val-de-Grâce : qui est-ce, par le monde, qui croit aujourd’hui
que la fièvre typhoïde est une gastro-entérite ? M. C. B... peut-être ; mais
cela est sans conséquence; c’est de la piété filiale, c’est bien, mais ce
n’est pas de la science. L’indication thérapeutique essentielle, suivant
M. Michel, dans le traitement des maladies typhoïdes, c’est de rétabbr
les fonctions de la peau, qui est en connexion physiologique évidente
avec la muqueuse gasti'o-intestinale, et en même temps de calmer l’irri-
( 58 )
t^tion ne»'vciise, qui, suivant l’auteur, joue uu gi’and rôle dans la pa^
thogénésie de cçs affectipns, par des sédatifs appropriés ; dans ce double
but, il met eu usage l’acétate d’ammoniaque et le laudanum à doses assez
élevées. L’ancien médecin en chef du Gros-Caillou cite de nombreux
succès en faveur de cette méthode ; mais ici, comme toutes les fois qu’il
est question du traitement de la lièvre typhoïde, le diagnostic a-t-il’ été
rigoureux? De quelque manière qu’il faille résoiub-e cette question, cette
diflicultén'ôte point à l’ouvrage de M. Michel les qualités préçieiwes qui
le recommandent à l’attention publitpic, les importants résultats théra¬
peutiques qu’il signale.
BDIXETIN DES HOPITAUX.
Érysipèle épidémique. — Il n’est presque pas d’année où, sous l’in¬
fluence; de pertnines conditions atniosphériques, il qe se déyeloppe, aq
début du printemps et de l’été, dans plusieurs hôpitaux en mégie temps,
de.s érysipèles qui sç montrent à la fois dans les sçrviçes de médecine et
dans les salles de chirurgie ; ceUe deinière circonstance indique la cause
générale, la cause véritablement épidémiqqe de ralîectipn, et signale
une différence essentielle entre ces érysipjües et l’érysipèle ordinaire,
l’érysipèle traumatique des chh’urgiens. Il faqt dpnc prendre en grande
considération, pour le ti aitement, ces épidémies ; car l’affection durm--
gicale est ici pqmpliquéc d’un état général qu’il faut ayant tout combattre.
Ces érysipèles, pomme pn le sait, sont presque toujours sous la dépen¬
dance d’une turgescence bilieuse; leur inyasion e.st, chez tous les mala¬
des, précédée de frissotis, de céphalalgie sus-orbitaii-c, de nausées, d’en¬
vies de vomir et même de. vomissements. Adnunistvpz d®* yomitift et des
purgatifs, et la cause générale qui agissait sm’ l’organisme, et dont l’é¬
rysipèle n’était que le retentissement, sera enrayée dans sa marche ; puis
combattez par les antiphlogistiques, s’il y a lieu, l’état local. Voilà la
règle qu’il est utile de recommander au^ chirurgieiis dans ces cas. Dne
épidémie de la nature de celle dont nous venons deparley a régné, dans
les mois de mai et de juin, à la Pitié et à rilôtel-pieu, daqs les scryiçes
chh'm'gicaux de MM. LLsfranc, floux et Blandin, et nous avpps eu l’oc¬
casion de voir à l’application le^ résultats des idées médicales que nops
venoiis d’émettre. Les deux premiers chirurgiens ont opposé à l’érysipèle
épidémique qui se développait autour des plaies de leurs malades, les,
évacuants émétiques. Les accidents ont été bien plus sutpinent, bien
plus promptement enlevés chez eux que dans le service de M. Blandin,
t[ui s’est presque toujqws borné au traitement antiphlogistiqtte, à l’ap-
( â9 )
plicatiQQ des sapgsucs ^ la racjne des membm affectés an début de la
îpaladic, pt à la saignée générale lorsque le siège de l’affection ne
peppettait pas d’appliquer des sangsues.
Sur un accident qui peut suivre la ponction dans l’hydrocèle.
—Il n’est pas de petite opération chirurgicale qui ne puisse être sume
d’accidents plqs ou moins graves, cpie rhahüeté ni la prudence du ]ira-
tiçipp pe peuvent empêcher. Il faut connaître ces fâcheuses éventualités
pour en prévenu-les malades. Un homme, d’une trentaine d’amiées,
entre, il y a quelques semaines, à l’hôpital de la Pitié, et est couché au
n” Q de la salle Saint-Antoine, service deM. Lisfranc; en outre d’iuic
affection plus sérieuse, il portait depuis quelques mois une hydrocèle
assez volumineuse, transparente, dont il désirait être débarrassé. La
réaction qui devait suivre l’opération définitive présentant pour le
moment quelques inconvénients, M. Lisfranc se borna à ime ponction
simple palliative pour diminuer le volume de la ttuneur qui gênait le
malade. Contrairement à toutes les prévisions, il est sinvenu une inflam¬
mation très-rûve, tout comme s’il avait été fait une injection. Cela lit
espérer que, quoiqu’il n’y eût pas eu d’injection, cette inflammation ser-
■rirait à la cure radicale de l’hydrocèle, tput comme si elle avait été
faite ; et l’on fit des pansements avec des compresses imbibées dans la
décoction vineuse de roses de Provins. Mais pas du tout, les choses ne se
sont pas passées ainsi : au bout d’un mois do douleurs, le volume de la
Uimeur était le ^nême que le premier jom-. Le point où la ponction
avait éfé faite était d’pn rouge ÜTide, la picatrice menaçait de se rom¬
pre; le mqla^e avait des fiissonSj de Iq fièsTe, et les symptômes d’un
emltgrras gastro-intcstipal. Qutre çes symptômes généraux d’une sup-
piu-ation iptprne, il estait une fluctuation évidente. Force a été à
M. Lisfranc d’opérer ce malade par incision : il est sorti du pus en
abondance, et de fausses membranes ; on a ti-ouvé la tunique vaginale
ayant presque un pouce d’épaisseur; elle a été énucléée et réséquée près
du testiç\üe e;! dq cordqq. Quelques fausses membranes épaisses, qui
étçqeqt qdltpentes à la pai-ûe postérieure, sont tombées plus tard en
gangrène et s,ç sont détachées, et le malade a été rapidement en voie de
guérisoq. A dateç du joqr de l’opération, la fièvre a cessé chez ce sujet,
et l’appétit est revenu.
Bons effets de l’association du mercure à l’iodure de potas¬
sium daps un cas de cancer ulcéré fort grave. —Il est important
d’enregistrer toutes les tentatives éclairées faites par les notalnlités
de la sçiepce dans le but de Uouvçr un irgitentent efBçaçg contre
( 60 )
une de ces désolantes maladies réputées incimables. C’est à ce titre que
se recommande l’observation suivante. Il n’est pas question de proposer
un remède contre le cancer, mais seulement d’indiquer le traitement
combiné qui, dans une affection grave de cette nature, a apporté au mal
une modification des plus puissantes et des plus heureuses. Un homme
de cinquante-cinq ans a été reçu, il y a quatre mois environ, dans le
.service de chirurgie de M. Ricord, à l’hôpital du Midi. Cet homme
porlait une affection cancéreuse ulcérée, occupant toute la partie laté¬
rale gauche de la face. La région maxillaire, jusqu’au conduit auditif,
présentait des pertes profondes de substance allant jusqu’aux os, avec,
des bourgeons de mauvaise nature ; la lèvre infériciu-e et la commissure
étaient détruites dans une grande étendue. La maladie avait débuté il y
a trois ans, et depuis, tout avait échoué pour en M’rêter la marche. Tl n’y
avait pas à songer à une opération et à une réparation ; la perte de sub¬
stance était trop considérable, et la peau en trop mauvais état. En dés-
e.spoir de cause, M. Ricord a songé à combiner ensemble, chez ce sujet,
l’action du mercure et celle de l’iodurc de potassium. A cet effet, il a ad¬
ministré, à dose croissante, le proto-iodurc de mercure et l’iodure de po¬
tassium ; le premier, sous forme de pilules, uni à l’extrait de ciguë, à la
dose de 5 centigrammes à 15 ou 20 centigrammes dans les vingt-quatre
heures; le second, en solution, à celle de 1 gramme à4 grammes par
jour. Au bout de quinze joure seulement de ce traitement combiné, une
amélioration inespérée s’est manifestée dans l’état des parties. Mais un
ordre de phénomènes fort singtdiers, et que nous signalons aux prati¬
ciens, a forcé M. Ricord d’interrompre pour quelque temps l’iodure de
potassium. Ces accidents, qui n’avaient pas jusqu’ici été notés dans
l’emploi de ce remède, sont une éruption, sur différentes parties du corps
et particulièrement à la face et sur le cuir chevelu , de rupia, à larges
bulles brunes, comme renfermant une matière sangm'nolentc. Les croû¬
tes qui ont suivi cette éruption étaient noirâtres et recouvraient des ul¬
cérations assez profondes. C’e.st bien à l’administration de l’iodure de.
potassiiun que l’on peut rapporter ce développement du rupia, cai- ce
médicament ayant été cessé, tout en continuant l’usage du proto-iodurc
de mercure, l’éruption s’est éteinte d’ellc-meme ; et quinze jours après,
M. Ricord ayant cru pouvoir reprendre l’iodurc de potassium, au
bout de quelques jours de son emploi la meme éruption de rupia s’est
développée, mais encore plus confluente à la face et sur le cuir che¬
velu ; elle s’est encore effacée d’elle-raerae par la cessation de l’iodure.
(let effet du médicament dépend-il de la disposition individuelle du
malade, ou est-il susceptible de se reproduire chez d’autres sujets par
suite de l’iodure de potassium longtemps continué ? C’est à l’observation
( 61 )
ultérieme à résoudi-e cette question. Quoi qu’il en soit, les surlaces can¬
céreuses ulcérées ont subi une modification des plus puissantes du traite¬
ment que nous venons de détailler : les parties dures, gonflées, se sont
assouplies, et ont perdu de leiu- volume ; les chairs se sont dégorgées,
ont pris un meilleur aspect; la cicatrisation a marché graduellement sous
l’influence de ces seuls remèdes internes, et aujourd’hui l’étendue des
ulcérations est réduite des quatre cinquièmes. Il est possilile que la même
médication fasse marcher la guérison plus avant ; mais même dans l’étal
des choses, c’est un magnifique résultat à signaler. Il ne peut y avoir que
de l’avantage à essayer, dans des cas pareils, le traitement mis en usage
dans cette circonstance parM. Ricord.
Fièvre typhoïde épidémique. —Paris présente en ce moment à ob¬
server une épidémie véritable de fièvres typhoïdes. Dans tous les hôpitaux
on en voit un très-grand nombre offi'ant tous les degrés d’intensité, toutes
les formes, toutes les nuances , toutes les compheations, et sm' lesquelles
aussi, il faut le dire, on peut observer toute la désespérante incertitude
de notre art en face de cette redoutable maladie. Nous avons visité la
plupart des hôpitaux de Pai'is, et quoique l’épidémie ne dure pas depui.>
assez longtemps pour qu’il soit possible de constater avec précision les
résultats des divers services, on peut cependant être fi’appé de ce fait gé¬
néral, c’est que partout, et quel le que soit la médication employée, les cas
légers (et ce sont heureusement les plus nombreux) guérissent, et que la
plupart des cas très-graves sont partout, et sous l’influence des traitements
les plus opposés, suivis d’ime terminaison funeste. Telle est l’impression
qui reste à celui qui voit les choses sans prévention et qui se gai-antit des
illusions propres à ceux qui préconisent une médication s’adaptant à tous
les cas.
A l’hôpital de la Charité, service de M. Fouquier, nous avons vu les
cas les plus graves. La plupart des malades ont présenté des symptômes
cérébraux de la plus grande intensité, et sur ceux qui ont succombé, l’au¬
topsie a révélé, outre les désordres eiitéro-mésentériques, des altéra¬
tions considérables du cerveau , etsm’tout de ses membranes. M. Fou¬
quier emploie généralement les émissions sanguines à dose modérée.
Dans le service de M. Rayer, ainsi que sur quelques malades de
l’Hôtel-Dieu, on a constaté de larges éruptions lenticulaires d’un rouge
livide, occupant les membres, et rappelant par lem- aspect les érup¬
tions propres aux épidémies de typhus. Les malades présentant cette
éruption étaient tous très-gravement atteints. M. Rayer n’a pas de mé¬
thode générale de ti-aitcment ; il varie sa médication selon les cas et les
indications : nous l’avons vu prescrire tantôt l’eau de Sedlitz, tantôt les
{ 65 )■
tonitjups, tantôt leè àai^ées, ét le plus soüvent se bornél- à uhë médica¬
tion expectante.
Dans le serrice de M. Andràl c’est l’expéctàtion qui dominé, et ndiis
ii’aTOns pas tu que la mortalité ÿsbit plus grande qu’aillctirs.
Pour M. Griireilhier la maladie Cst toujours iine entérite folliculeusë.
Les cas légem cependant sont ti-aités, dans son service, par de simples
boissons délayantes ; dans les cas graves on emploie les saignées à baiitc
dose.
Emploi des arsenicaux dans quelques ulcérations syphilitiques
invétérées. — L’on se souvient qii’il y a quelques mbis (tome XXIl,
page 66) nous parlions de ces ulcérations syphilitujues serpigineuses
pbagédcniqucs très-anciennes, dont; par qublqbe moÿén ijOë Cé 611, on
avait pendant un an, deux ans, trois ans, sollicité inntiiemfent la cica¬
trisation ; et nous indiquions dans tes cas, comme im des moyens à
employer utilement, l’adiiniiistration du mercure à dose rapidemetit
croissante. Eh bien; il est des cas rebellés encore â cette méthode, et
pour lesquels il a fallu chercher lip modiücaleur plus puissant et d’une
autre nature. Ce modificateur, que M. Ricord a essayé avec Iruit chez
quelques malades de cette classe , a été la solution arsenicale de Fowlér.
Un malade, nommé Lébreton, âge de trente ans, coüché aun” 2 de la
salle 5, dont noos avons rapporté l’histoire, avait obtenu une amélio¬
ration des plus notables par le mercure à haute dose. Ë y a eu retour- de
la maladie, et, malgré la continuation du même traitement, le mal n’a
plus rétrogradé. C’est alors que M. Ricord a administré à ce sujet la li¬
queur de Fowler à la dose de cinq gouttes d’abord par jour, puis aug¬
mentée, après chaque quatre jours d’usage, de trois à quatre gouttes. Au
bout de quinze jours de cette nouvelle médication, les ulcérations larges,
profondes ; qui existaient à la racine de la verge, slir le bas dü venh-e,
et à la cuisse, avaient subi Une modification, et déjà quelques points
étaient en pleine cicatrisation. On a porté, chez Ce malade, par doses
graduées, la solution arsenicale jusqu’à vingt et vingt-quatre gouttes ;
mais on a été obligé aussitôt d’en diminuer la quantité, et même dé la
suspendre deux oü trois fois à cause des accidents qui se manifestaient,
et (pt’il est bon de noter. Ce malade avait un pincement à l’estomac,
une tendance continueRe nu vomissement, mais pas de vomissement. Les
principaux phénomènes étaient du côté de la tête et du cœur ; il était
dans un état permanent d’éblouissements et d’étourdissements, et Une
activité très-curieuse se montrait dans les mouvements du cœur, dont les
pulsations étaient si rapides qu’on ne pouvait les comparer qu’à im rou¬
lement. Tous ces S3rmptômes disparaissaient par Une semaine de repos,
puis la liqueur de Fowler était reprise à la dose de huit à dix gouttes.
11 est aujourd’hui à vingt gouttes , et les supporte encore très-bien. Les
cinq sixièmes des iilcérations sont complètement cicatrisées, et le reste n’a
plus le caractère serpigineux. Les tissus se sont relevés, et tout lait es¬
pérer que cette fois la période de réparation se maintiendra Iranche, et
que la cicatrisation est prochaine. Du reste, nous verrons.
Èmpioi de la pommade àunitraté d’argent dans Vêrÿsipèle ,—
Depuis qitelqties mois, M. Johert emploie coinine moyen topique dans
l’érÿsipèle, la pommade au nitrate d’argent, qu’il a le premier préconi¬
sée dàris le tràlteineiit des tumeurs blanches ; il A recbiinü à cés applica¬
tions caustiques la propriété de diminuer la tension douloureuse, insiip-
portablé, deS parties frappées d’érysipèle, et surtout de liinifer là inarche
de cette affection. Trois malades, couchés en ce moment dans SeS salles
à l’hôpital Saint-Louis, ont retiré des avantages de cette médication. Au
11” 5 dé la salle Saint-Aügüstin, une blanchissciisé, âgée de seize ans, qiii
venait d’etre opérée d’un strabisme, a été prise d’un érysipèle au bras
droit; la peau était gonflée et très-douloineùse. Une seule application de
la pommade a promptement modifié la surface malade, et les douleurs
ont disparu. Au n” 71 de la même salle, se trouve une feirime dé
soixante ans, chez laquelle des ulcératioits aux doigts ont provoqué d’a¬
bord dès ti-alnées rougeâtres à La peau, puis un véiitablc érysipèle, qui
de l’avant-bras a gagné le bras, et tendait à s’étendre ait troiic ; il y
avait chez èette malade des symptômes généraux, de la fièvre, de l’in-
sOmUie; les dotdeurs étaient violentes et continuelles. Une onctioii sur les
parties affectées, avec la pommade au nitrate d’argent, a calmé les
dbtdëürs, etl’élysipèlé s’est borné. Il en a été de mémechezüii homme
de soixante-cinq ans, qui présentait un érysipèle traumatique gravé avec
déliré, qui occupait le front, le cou, les oreilles, et ime partie du cuir
chevelu ; l’érysipèle a été borné encore dans ce cas. La pommade que
M. Johert emploie à cet effet est celle qu’il a désignée par le n** 2 ; elle
ttt ainsi composée :
Axohge. 30 grammes.
Nitrate d’ârgeht .... 8 gtàmttles.
( 64 )
REPERTOIRE MEDICAL.
ABCÈS DD CERVEAU consécutif
dune plaie de tête. Trépanation.
Mort. L’observation suivante mé¬
rite au plus haut degré l'attention
de nos lecteurs. En même temps
qu’elle éclaire le diagnostic d’une
lésion de l’encéphale, encore enve¬
loppée d'une grande obscurité, elle
peut servir d’indication à l’emploi du
trépan, question importante de mé¬
decine opératoire, qui, malgré de
vives et nombreuses controverses,
est loin d’être définitivement jugée.
Une femme de trente-cinq ans
entreà l’Hôtel-DieuleSoctobre 1811,
dans le service de M. Blandin ; elle a
reçu des coups de bouteille sur la
tête, et iiorteà la région fronto-parié-
tale droite une plaie contuse, avec
dénudation des os. Après deux mois
d’un traitement très-énergique (sai¬
gnées, glace sur la tête, séton à la nu¬
que, etc.), la plaie fut complètement
cicatrisée; c)uelques esquilles avaient
été successivement extraites. A par¬
tir de cette époque, la malade accusa,
dans la région même de la plaie, une
douleur presque continuelle, et tel¬
lement vive, qu’elle ne pouvait se
livrer au sommeil, et poussait des
cris plaintifs surtout quand ou vou¬
lait remuer sa tête. Les autres symp¬
tômes étaient : altération des traits,
langue rouge, vomissements conti¬
nuels; pouls i^tit, à 60, contractilité
et motilité égales des deux côtés;
contractilité égale des pupilles, sen¬
sibilité normale.
Les sangsues, les dérivatifs, échouè¬
rent contre cet état. M. Blandin,
croyant à une névralgie sous-orbi¬
taire, lit usage de l’hydrochlorate de
morphine par la méthode endermi-
que: succès nul.
Attribuant alors les symptômes
morbides à l’Irritation des méninges
par une esquille plus ou moins poin¬
tue, le 28 janvier, le chirurgien pra¬
tiqua la trépanation sur le point de la
région fron laie où la douleur était plus
vive. On ne trouva aucune esquille;
la dure-mère était saine; M. Blandin,
par le toucher, crut reconnaître la sen¬
sation d’une fluctuation profonde. Il
attendit jusqu’au l" février que l’ab¬
cès fit plus de saillie; ce jour-là, la
dure-mère est au niveau des os du
crâne, et couverte de bourgeons char¬
nus en suppuration. M. Blandin lit
une ponction oblique avec la pointe
d’un bistouri étroit, pour reconnaître
s’il y avait abcès : aucun liquide ne
sortit par cette ponction. Pendant
quelques jours la malade fut mieux.
Le 10 février, un érysipèle du cuir
chevelu se déclare, il envahit succes¬
sivement, et quoi qu’on fasse, les
Le 12 février, délire violent pen¬
dant la nuit ; c’est la première fois
que l’intelligence se trouble : cris
furieux, pouls à 112, altération pro¬
fonde des traits.
Les jours suivants la faiblesse
augmente, la malade ne se plaint
plus; quand on lui demande où elle
souffre, elle montre le côté droit de
la tête. Le 18 février, la malade suc¬
combe; elle avait conservé sa con¬
naissance jusqu’au dernier moment.
L’autopsie découvrit un alxtèsdans
le lobe antérieur du cefveau; il s’é¬
tend de la voûteàla hase, et ne laisse
en haut et en bas que quelques mil-
limèlies de substance cérébrale.
L’abcèsa au moins levolumed'unœuf
de dinde. {Archives de médecine.)
—Sans insister sur l’intérêt de ce
fait, au point de vue pathologique et
physiologique, il a un côté pratique
qui nous montre qu’après l’opération
du trépan, qui d'ailleurs est sans
gravité pour le malade, et n’ajoute
rien au danger de la maladie, c’est
se flatter d’un espoirchimérique que
d’attendre que le pus surmonte la
résistance que lui oppose la dure-
mère. De plus, il nous fait regretter
que le coup de bistouri de M. Blan¬
din n’ait pas été plus hardi; assuré¬
ment il serait tombé dans le foyer
purulent, et peut-être aurions-nous à
ajouter un nouvel exemple de guéri¬
son au faits! remarquable qui est signa¬
lé dans la clinique de Dupiiytren. Car
si l’audace est permise en chirurgie,
c’est sans contredit en présence d’une
maladie infaillihlement mortelle.
( 65 )
ASTBMB IMTERMITTENÏ guéri
par le sulfate de quinine. M. le
docleur Max Simon a recueilli, dans
un temps où ii existait un assez
grand nombre de lièvres intermitten¬
tes, quelques observations qui mon¬
trent la réalité d’une variété d’asthme
à laquelle, au milieu de nos préoc¬
cupations anatomiques, on n’avait
guère fait attention; nous voulons
])arlerde l’asthme franchemenl inter¬
mittent. Nous rapporterons seule¬
ment la première de ces observations,
les autres étant identiques. M. l'abbé
P..., d’une constitution nerveuse,
après quelques jours d’anorexie, de
malaise, de faible.sse, se sentit pris,
pendant i’étéde 1811, d’une oppres¬
sion d’abord légère, qui augmenta
pro^essiventent. Vers une heure du
matin, il est réveillé tout à coup par
une oppression alarmante, il est forcé
de se jeter en bas de son lit et de se
tenir assis sur un fauteuil. Cette suf¬
focation dure trois heures environ,
puis santé parfaite. Les nuits sui¬
vantes, retour des mêmes accidents
exactement à la même heure, seule¬
ment avec des degrés divers d’inten¬
sité. Le malade eut ainsi quinze ou
vingt accès do suffocation, sans qu’il
opposilt à ces accidents rien autre
chose que le datera strainmonium
en fumée et quelques hains de pieds
sinapisés. Considérant d’une part la
régularité des accès de sulfocation,
de, l’autre les circonstances endémi¬
ques au milieu desquelles celle-ci
était survenue, M. Simon conseilla
le stilfate de quinine à des do.ses
assez élevées. La nuit du jour où
M. l’abbé P... lit usa|;c pour la pre¬
mière fois de ce médicament, l’accès
fut plus court et moins intense. Le
lendemain l’accès manqua presque
complètement. Pendant huit jours
eucore, le malade fut soumis à l’ac¬
tion du sel de quinquina, et aucun
accident ne vint iiliis troubler le re¬
pos de la nuit.—Quand le quinquina
agit d’une manière aussi marquée
siir les accidents auxquels on l’op¬
pose, on peut rigoureusement con¬
clure que ces accidents étaient sous la
dépendance du génie périodique, et
(|ue ce mode de vitalité morbide, si
l’on peut ainsi parler, est ce qui les
(Uiractérise essentiellement. { J. des
Conn. méd.-chir., juin 1812.)
BI.ÉPBABOFI.ASTIEpar un nou¬
veau procédé. L’extirpation d’un
cancer à la joue droite, comprenant
le canal do Sténon, ayant été suivie
TOMK xxtii. a' t.tv.
d’un double eclropion, et la rétrac¬
tion de la cicatrice ayant entraîné
les paupières en dehors et opéré leur
renversement, M. Bérard, pour re¬
médier à la difformité, a mis en
usage le procédé suivant : une inci¬
sion verticale, longue de trois à
quatre centimètres, a été pratiquée
à un centimètre de l’angle externe
des paupières: la lèvre interne de la
plaie a été détachée de l’os de la
pommette sur lequel elle adhérait, et
l’angle externe des paupières, devenu
libre, a été peu à peu reporté en
dedans, de manière à faire cesser
toute traction des paupières en de¬
hors. Pour prévenir la reproduction
de l’ectropion, M. Bérard a pris un
lambeau de peau sur la région tem¬
porale et l’a cnchüssé dans la plaie
verticale pratiquée en dehors des
paupières. L’opération a réussi, et
l’ectropion a disparu à peu près
complètement. [Annales de chirur¬
gie, juin.)
CANCER DE L'ESTOMAC. Voici
un exemple d’une lésion organique
très-avancée de l’estomac, qui aexisté
longtemps sans se traduire par aucun
symptôme, et qui néanmoins a dé¬
terminé la rupture des parois de l’es¬
tomac et la mort. Un soldat mineur,
igé de quarantc-cinii ans, ayant un
embonpoint convenable et "dont la
face était vermeille, entre .à l’hôpital
Saint-Éloy de Montpellier plutôt pour
s’y reposer que pour y être traité
comme malade, lorsque tout à coup
il est pris, le 1''' avril 18t2, d’une pé¬
ritonite qui l’emporte en deux jours.
A l’ouverture on trouve un liquide
lactescent et de fausses membranes
dans le péritoine; à la face antérieure
de l’estomac, près du pylore, on con¬
state une petite perforation; à l’inté¬
rieur de l’estomac, près de la valvule
pyloriqiie, se voit un champignon
carcinomateux de matière encépha-
loide, du volume d’un oeuf; une tu¬
meur de même nature, du volume
d’une noix, occupe le pylore et hoii-
che en partie le passage dans le duo¬
dénum. Ce cancer n’était pas ulcéré.
— Ainsi chez ce sujet, malgré ces lé¬
sions, point de trouble des digestions,
point de vomissements, point de
couleur cachectique de la.face. ( Gaz.
méd. de Montpell., 11 juin 1812.)
CATALEPSIE et somnambulisme
avec tranposition des sens. Voici
des faits antiphysiologiques des plus
extraordinaires. Il s agit d’une de-
S
( 66 )
molseHe de Caen, observée par M. le sonnette sur les parties sensibles, ou
dôcteur Düvdrd, qui pendant des atta- si l’on parlait en posant les lèvres sur
qües de catalepsie et de somnanabu- une do ces parties, elle entendait
lisme naturel lui a présenté les phé- loiitcequ’on lui disait, même quand
nomènes de la transnosilion des sens on parlait assez bas pour que les
de l’ouïe, du goût, de l’odorat et du paroles ne pussent arriver jusqu’à
tact au creux de l’estomac, à la pau- ses oreilles, et elle répondait à tou¬
rne des mains et à la plante des pieds, tes les questions. Le contact immé-
C’cst sous toutes réserves que nous diat des lèvres n’étaitpas nécessaire!
présentons tes principales circonstan- M. Duvard dit avoir souvent fait
ces de la longueetpresque incroyable usage avec le même succès d’un
observation recueillie par notre con- long bâton, d’une verge de fer, pla-
frère. —M"o Mélanie, jeune personne cés comme conducteurs du son entre
très-pieuse de Caen, âgée de vingt et sa bouche et la plante du pied de la
un ans, qui n’avait jamais entendu malade, qui l’entendait très-bien
parler ni de catalepsie, ni de som- quoiqu’il parlât tellement bas que
nambulisme. fut prise d’une pleuré- les personnes placées entre la tête
sie dans je ' mois de janvier 1811. de la malade et lui ne l’entendaient
Cette pleurésie passa à l’état chroni- pas. Le goOt et l’odorat étaient nuis
que, el nécessita l’emploi d’un séton quand on cherchait à stimuler leurs
à la base de la poitrine à droite ; six organes. L’on pouvait remplir les
jours après l’application de ce séton, narines de tabac, d’assa fcctida, pla-
cette demoiselle est prise d’attaques cer sous le nez de l’ammoniaque
violentes d’hystérie, qui au bout de concentrée, du vinaigre radical, sans
six jours SC compiiquent de cala- qu’elle fit aucun mouvement. Mais
lepsic. Cinq semaines après, à la ca- si l’on plaçait quelques grains de tabac
talepsie s'ajoute le somnambulisme sur la jilanle du pieu ou dans la
naturel; c'est sur les phénomènes main, a l’instant elle éternuait; elle
particuliers et extrêmement remar- toussait quand on présentait le gou-
qunbles de ce nouvel état que nous lot d’un flacon d’ammoniaque à la
arrêterons seulement notre attention, plante du pied, co qui n’arrivait pas
Ces phénomènes se reproduisaient en versant du même li(|uide sur la
tous les jours. M. le docteur Duvard jambe et en l’y laissant jusqu’à la
a fait pendant deux mois de suite vésication. Cette jeune personne re-
de continuelles expériences, en s’en- connaissait les corps de saveur dilfé-
tourant de toutes les précautions, et rente par la seule apposition dans la
en présence d’un grand nombre de paume delà main; M. Duvard ne l’a
témoins, et il atteste avoir mille fois jamais vue se tromper, et il a fait
constaté chez cette jeune personne ses expériences avec le sirop dia-
ta transposition positive de quatre code, les sirops de vinaigre, de goin-
sens, ceux du tact, de l’ouïe, de l'o- me, de capillaire, avec du vin, do
dorât, du goftt, au creux de i’esto- l’eau, de l’eau sucrée, de l’eau de
mac, à la paume des mains, et à la fleurs d’oranger, une potionéthérée,
plante des pieds. Il avait cru d’abord de la gelée de groseilles; une ou
au transport de la vision, mais il deux gouttes seulement de chaque
s’est couvaincH que ce qu’il avait liquide snflisaient pour que la ma-
considéré comme t’eCfet de la vision lade eût le sentiment positif de la
dans ces points, n'était que le résul- saveur. Du reste il n’y avait pas de
Lit d’une sensibilité tactile excessi- transposition du sens de la vue,
vement développée. Chez Siuo Mé- comme nous l’avons dit, il n’y avait
lanie, toutes les parties du corps, non plus ni clairvoyance, ni seconde
excepté celles que nous avons signa- vue. Toutes les fois que M. Duvard
lécs , étaient d’une insensibilité lui a demandé si elle voyait le siège
complète ; on pouvait la pincer, ar- de son mal, et ce qu'il'fallait faire
lacher les cheveux, enfoncer des pour la guérir, elle a coiistaroment
épingles, titiller le nez, les lèvres, rmondu que non, et que c’était son
les oreilles, décharger une bouteille affaire et non la sienne,
de Leyde; rien! mais si l’on touchait Nous avons rapporté ces faits
seulement avec les barbes d’une merveilleux; nous sommes loin de
plume l’épigastre, les pieds ou les prétendre qu'ils n’ont point été sé-
mains, elle indiquait une sensation véremeut observés par M. Duvard;
pénible. Le sens de l’ouïe, quelque mais nous avons vu tant de faits de
bruit qu’on fit à côté de 1 oreille, slmulationquenousengageronstou-
paraissait nul; mais si l’on agitait une jours à la plus grande méiianee en
R {du), nouvel agent thé¬
rapeutique. Un médecin anglais,
M. Conway, a apnelé decenom cette
partie dure, lourde, bleuàire, métal¬
lique, qu’on voit dans te résidu de la
bouille qui a résiste à la combustion
dans la forge des serruriers ou des
forgerons. Ce médecin attribue à
cette substance une propriété toni¬
que et stimulantei il l'a employée,
dit-il, avec succès dans les allections
chlorotiques, dans les maladies ca¬
chectiques. Voici la manière dont le
médicament est préparé : les parties
les plus bleues, les plus pesantes du
clinkor sont réduites en poudi'c très^
fille, ceqni n’est pas aisé; on môle
line certaine quantité de celte poudre
atiec de la tberiaque, de manière à
former une paie ferme, et l’on incor¬
pore 15 grammes de magnésieet au¬
tant de gingembre en poudre, à 250
grammes de la paie; on peut rempla¬
cer la thériaque par du miel, et ajou¬
ter 2 grammesde peroxyde de fer. On
donne au malade, matin et soir, pen¬
dant trois jours uuc cuillerée à thé de
cette espèce d’opiat. puis on le laisse
reposer Iroisjourseti’onrecommence,
et ainsi de suite. Sans ce repos le re¬
mède amènerait une trop grande ir¬
ritation. Ses premiers effets sont de
déterminer de la chaleur, de la pe¬
santeur à l’estomac, de la soif, de la
sécheresse à la bouche, de la cépha¬
lalgie; mais bientôt il y a plus d’ap-
péiit ot de force, la peau se colore.
D’après les expériences faites, le gin¬
gembre est nécessaire; sans celte
substance, l’élecluaire détermine de
violentes coliques. — Nous avons dû
mentionner ce nouvel agent théra-
])cutiquc, quoique la valeur qu'on lui
prèle soit pour nous très-douteuse.
( Provincial med. and siirÿical
Journal.)
COMMOTION CÉRÉBRALE (na¬
ture des lésions anatomiques de la).
Une dos malheureuses victimes, du
désastre du 8 mai a succombé .à l'Hô-
tcl-Dieu, dans les salles de M. Blan-
<lin, le 18 mai suivant, des .suites
d’une commotion cérébrale, compli¬
quée de phénomènes nerveux graves
survenus à la suite de plusieurs frac¬
tures et de larges brûlures qu’il pré¬
sentait. Ce sujet fut, dès le moment
de son entrée, plongé dans un col-
lapsus continu, suivi, dans les der¬
niers jours', d'un délire tranquille,
qui dura jusqu’à la mort. Comme on
a assez rarement l’oedasioti de foire
des autopsies immédiatement âprèé
la commotion, car ie' plus souvent
les malades survivent quelque temps
à cet accident morbide, ou môme n’y
succombent pas, on est géuéralemerit
peu fixé sur la nature des lésions que
celte commotion peut produire dans
les centres nerveux. Le fait que nous
résumons a donc une assez grande
importance. A l’ouverture du crâne,
qui n’était point fracturé, on a trouvé
les méninges très-injectées et pré¬
sentant un commencement d'inflam¬
mation. En pratiquant des coupes
horizontales à la masse cérébrale qui
avait sa consistance normale, on a
remarqué une foule de points d’ütt
rouge noirâlfe, formés par de petits
épanchements sanguins, autour de»^
quels la substance cérébrale avait une
teinte jaunâtre. On observait ici ab¬
solument les mômes caractères que
l’on trouve dans les ecchymoses de
la surface cutanée, à la suite d'une
contusion un peu forte; ces nuances
variaient du violet au jaune verdâtre.
Ces petits épanchements ont été évi¬
demment produits au moment oii ce
malheureux a été lancé, soit hors de
la voilure, soit contre le ciel do la
voiture môme ou contre les voya¬
geurs placés en face de lui. M. Blan¬
din est convaincu que les lésions
observées chez ce sujet ont lieu or¬
dinairement dans tous les cas de
commotion cérébrale: seulement ces
épanchements sanguins, résultat dé
la rupture des petits vaisseaux, sont
quelquefois plus petits et en moindre
quantité. Traités à temps par les
moyens convenables, ces épanche¬
ments, quand ils sont peu considéra¬
bles, peuvent très-bien être résorbé»,
et les malades guérir, si l'on prévient
le développement de l’inflammation.
Il n’y a pas de différence essentielle
entre la commotion et la contusion
cérébrale, ainsi que les traités dog¬
matiques de chirutgie l’enseignent;
ce ne sont que deux degrés différents
d’un même état pathologique; la
commotion n'est, pour ainsi dire, que
le premier degre de la contusion, et
elle peut, à ce titre, en entraîner fa¬
cilement les conséquences funestes.
Chez ce malade, qui est un très-bel
exemple de commotion cérébrale à
un haut degré, on aurait très-proba¬
blement VH survenir de nombreux
abcès disséminés çà et là daqs toute
la masse cérébrale, si la vie du ma¬
lade eût encore continué quelque
temps. (Gaz. des hdp., juin 18*2.)
{<
COMFRESSIOH ASCOMINAU:
(de la) comme traitement de quel-
guet symptômes en apparence
tris-graves. Le rôle que jouent les
muscles des parois abdominales est
important; ils servent non-seulement
à la défécation, mais encore, par la
pression qu’ils exercent sur les in¬
testins, ils diminuent l'expansion des
gaz contenus dans le canal alimen¬
taire. Le gaz acide carbonique, qui
est sécrété en grande quantité dans
l’estomac et dans les intestins, est
dissous en grande partie dans les li¬
quides du tube digestif; mais si la
compression des parois abilominales
vient à cesser, le {çaz cesse d’Ctre
dissous et se dégage immédiatement.
C’est à cette cause qu’on doit rap¬
porter le développement tympauique
nui suit quelquefois presque immé¬
diatement un accouchement, ou la
paracentlièse dans un cas d’hydropi-
sie ascite; il y a plus, outre le mé¬
téorisme, la flaccidité des paroisabdo-
minales est la source de douleurs
très-aiguës dans le ventre, augmen¬
tant par la pression, de malaise,
d’anorexie; les digestions deviennent
d’abord difficiles, puis impossibles; il
Y a une conslipalion opiniâtre. Une
femme de riiôpilalNecker, accouchée
depuis six semaines, se trouvait dans
ce cas. L’extrôme vivacité des dou¬
leurs aurait pu faire croire à une
péritonite si la fièvre avait été plus
vive. M. Trousseau fit appliquer un
bandage de corps bien exactement
serré et embrassant tout le ventre;
oour aplatir mieux le ventre sans
agir sur le thorax ni sur le bassin,
il fit placer entre la paroi dn ventre
et le corset, une grande masse de
3 rosses. La guérison suivit ira-
atement, les coliques cessèrent,
ainsi que les douleurs d’estomac; la
digestion, la défécation devinrent fa¬
ciles; l’appétit se prononça; an bout
de deux jours, il ne restait plus rien
de fout cet appareil de symptômes
en apparence si graves. {Gaz. des
Mp., juin.)
COTON CARBÉ pour protéger la
cornée contre les caustiques portés
sur les paupières. Lorsque dans nue
opbthalmie purulente on est obligé de
cautériser fortement les paupières,
l’on s’efforce de protéger la cornée
transparente contre l’action consécu¬
tive dn caustique. Pour cela on abs-
terge les parties avec un pinceau
huilé. H. le docteur Mathias Mayor,
fie Lausanne, propose, comme ga¬
rantissant mieux la cornée, le coton
cardé. Dès qu’il a passé et repassé
le nitrate d’argent, le sulfate de cui¬
vre, etc., sur la conjonctive de ia
paupière supérieure retournée, il fait
placer sur les endroits cautérisés un
mince tampon de beau coton cardé,
qui est poussé et maintenu avec la
tête d’une épingle, pendant qu’il
abaisse la paupière. Ce coton est
ainsi interposé entre l’agent causti¬
que qu’on vient d’appliquer et la
cornée qu’on veut protéger. {J. des
Conn. méd.-cAir., juin.)
c'trsTiCERQDE celluleux dans la
conjonctive. Six mois après un coup
sur l’œil droit, une petite fille de sept
ans présenta à l’angle externe de
l’œil droit une tumeur grosse comme
la moitié d’unenoisetle. Cette tumeur
indolore, rouge, était placée entre
la conjonctive et la sclérotique. Une
pommade au nitrate d’aigent fut
prescrite dans le but d’en détermi-
ncrla résolution. Un point de suppu¬
ration SC manifesta quelques jours
après l'emploi de celte pommade. On
incisa alors la surface de celte tu¬
meur, et on découvrit une vésicule
ronde et du volume d’un pois. Cette
vésicule, examinée au microscope
après son extraction, permit de re¬
connaître un cysticerque celluleux,
dont on découvrit aisément les qua¬
tre suçoirs et la double couronne
crochue. ( If^urtemb. correspon-
dentz blatt. )
DOULEURS [Calorique en émis¬
sion, appliqué au traitement des).
Voici un moyen singulier mais fort
simple, et (lui, atout prendre, n’est
qu’un diminutif du moxa. Ce moyen
a été appliuiié par M. le docteur Gon-
dret aux différentes douleurs nais¬
santes ou chroniques; il consiste dans
l’application sur ia partie souffrante
d’une allumette soufrée en ignition.
Presque toujours ce moyen, suivant
M. Gondret, dissipe assez prompte¬
ment la douleur rhumatismale, gout¬
teuse ou d’une autre espèce; il com¬
pare les effets de cette petite flamme
a ceux (ju’on obtient de l’électricité
par la pile de Volta. L’allumette ap¬
pliquée instantanément sur ia peau
produit une douleur assez vive qui
s’évanouit aussi rapidement qu’elle a
été produite; il en résulte une petite
brûlure rougeâtre, qui ne laisse pas
de trace au bout de quelques jours.
Chez quelques sujets, il survient une
peiite ampoule qui disparaît égale-
ment eu peu de temps. [Bull, de
l'jîc, des sciences.)
DTSSENTERlS ÉFIDÊMIQTtE.
M. le docteur Mondière a tracé le ta¬
bleau d’une épidémie de dyssenterio
qui a régné à Loudun pendant les
mois de septembre, octobre et no¬
vembre 18il. S’il est une vérité dé¬
montrée par l’expérience, c’est que le
traitement d’une maladie épidémique
quelconque doit varier selon le gé¬
nie épidémique qui a présidé à son
développement. Au début, il y a donc
pour le médecin une étude à faire
relativement aux moyens thérapeuti¬
ques qui conviennent le mieux dans
l’affection qui se présenté actuelle¬
ment à lui. M. Mondière a suivi ce sage
principe. Aussi, dès le commence¬
ment de l’épidémie, s’étant convaincu
que les sangsues .à l’anus ne dimi¬
nuaient en rien ni la violence des
coliques, ni le ténesme, ni la sensibi¬
lité abdominale, ni les déjections
sanguinolentes, et que ces émissions
sanguines amenaient une prostration
extrême et rapide des forces, il y
renonça entièrement ; il renonça éga¬
lement à l’emploi de l’eau albumi¬
neuse dont il avait retiré de si grands
avantages dans un grand nombre de
cas de dyssenteries sporadiques et
scmi-épidémic|ncs, car dans l’épidé¬
mie présente elle n’avait plus aucun
bon effet. Les moyens de traitement
lesplus efficaces dans celte dyssente-
rie, qui a présenté les symptômes les
plus graves et a frappé un grand
nombre de personnes, ont été les
bains, les opiacés, les astringents et
toniques. Les bains ou partiels ou
entiers ont été répétés dans quelques
cas jusqu’à trois rois par jour, et tou¬
jours avec la plus grande utilité; des
malades qui depuis trois jours et trois
nuits n’avaient pas goûté un seul
instant de repos, ont pu dormir dans
la baignoire; lescoliquessecalmaicnl,
les selles devenaient moins frétiuen-
tes, les ténesmes moins forts, la sé¬
cheresse de la peau diminuait. Mais
de tous les agents thérapeutiques,
aucun ne s’est montré aussi avanta-
lageux que les préparations opiacées;
elles ont été pour ainsi dire la base
du traitement. A i’exlérieur, ti-ois
fois par jour, ving-cinq à trente
gouttes de laudanum de sydenbam
étaient répandues sur les cataplasmes
•lui recouvraient constamment le ven¬
tre. Quinze à vingt gouttes de lau¬
danum entraient dans les demi-
lavements qui étaient administrés
aux malades trois, ou même quatre
fois par jour. Eiétin, une potion ainsi
composée était administrée en en¬
tier par cuillerées, dans les vingt-
quatre heures :
Eau gommeuse édulcorée.... 12s gram.
Erlrailgommeux d’opium... lo contig.
L’aclionde l’opium étailadmirable-
ment appropriée à lanalure du génie
épidémique de cette dyssenicrie ; il
a constamment procuré du calme aux
malades, diminué la vivacité des té¬
nesmes et i’intensilé des doüieurs.
Après les bains et les opiacés, la mé¬
dication qui s’est montrée la jilus
utile a été la médication aslrmgenle
et tonique. On a eu recours au ra-
tanhia et au quinquina. Le ralanbia
a été donné en tisane à la dose de 15
grammes eu décoction dans. 500
grammes d’eau; il est entré avec le
quinquina dans la potion suivante:
Extrait de quinquina. 6 —
Extrait de ralanliia. 6 —
Sirop de gomme. So —
La décoction de ratanbia a été ad¬
ministrée aussi en lavement avec ad¬
dition de vingt gouttes de laudanum.
Cette dernière médication modifiait
avantageusement les selles et en di¬
minuait promptement le nombre,
résultat que n’obtenaient ni les bains
niles opiacés, qui, eux, étaient dirigés
principalement contre l’élément ner¬
veux de celle épidémie. Supprimer
les évacuations et remonter les forces,
a dû être un des points capitaux de
la thérapeutique de cette affection,
qui dès son début même se caracté¬
risait par une prostration des plus
grandes. Dans cette épidémie de
Loudun, non-seulement les émissions
sanguines ont été très-pernicieuses,
mais même la diète s’y est montrée
nuisible. Malgré la vivacité des symp¬
tômes abdominaux, la moitié des
sujets n’ont pas eu de fièvre; ceux-ci
ont pu continuer leurs travaux et so
nourrir comme à l’ordinaire; chez
les dyssentériques qui avaient la liè¬
vre, de violentes coliques, et jusqu’à
vingt ou Ireute évacuations sangui¬
nolentes par jour, etc., M. Mondière
s’est encore très-bien trouvé de per¬
mettre des potages gras et maigres,
de ban bouillon, et au bout de quei-
(|ucs jours, quand la lièvre avait un
peu cédé, il ordonnait les mufs, les
viandes blanches, l’eau de riz coupée
avecmoiiiéde vin rouge.Chez aucun
malade il n’a vu par ce régime la fiè¬
vre ni les coliques augmenter, ni les
,( 70 J
selles deveuirpiusfrëqaeutes;Gomme
U le dit, cela ponrraitn’étreplus ainsi
dans une autre constitution médicale;
mais toujours est-il que celte ligne de
conduite a été excellente cette fois.
(Tîetiue niéit; avril 1842.)
STSPSFSIES {De la mastication
et du choix des aliments dans les).
jll. le docteur Lagasquie a fait quel¬
ques remarques fort simples, et qui
néanmoins ont une certaine impor¬
tance : c’est qu’un asseï grand nom¬
bre de dyspepsies ou de gastralgies
sont causées ou entretenues par la
mauvaise habitude qu’ont les sujets
d'avaler le bol alimentaire sans le
triturer suffisamment; de lit le pré¬
cepte qu’il établit, de recommander
une masiicalion suffisante et attentive
des aliments, et de ne pas manger
avec précipitation. Quelque difficile
que soit la digestion chez les gas¬
tralgiques, la diète est le pis-aller.
Il faut les nourrir, mais la difficulté
est dans le choix des aliments. Pour
cela il faut consulter l'hygiène du
malade, ses souvenirs, son expé¬
rience personnelle, ses goûts, qu’il
y a toujours désavantage à choquer;
car il digère beaucoup mieux les
aliments qu'il mange avec plaisir.
Les aliments qui nourrissent sous le
plus petit volume, doivent être pré¬
férés; quant il la dose alimentaire,
ellepeut être subordonnéeà l’appétit,
mais il faut mettre la plus grande
régularité dans les heures des repas,
et en faire plutôt quatre c|ue deux.
Un fait que M. Lagasquie a observé
et qu’il signale, c’estqu’une des cau¬
ses les plus ordinaires de ia lenteur
et du malaise des digestions des
t^stralgiques, se trouve dans la quan¬
tité de pain qu'ils mangent. Il leur
recommande d’en user très-sobre¬
ment et de ne pas le manger tendre.
Les gastralgies asthéniques sont les
plus communes. Un régime éminem¬
ment avantageux est l’usage progres¬
sif de beaucoup de viande, principa¬
lement rôtieou bouillie, et deboissons
toniques telles qu’un peu de vin de
Bordeaux, enfin de substituer gra¬
duellement l’habitude anglaise à l'u-
.sage fi'ancais; même dans ces cas il
faut recommander de longs exercices
journaliers au grand air; ils dissipent
le superflu de la nutrition et déve¬
loppent le besoin très-réel de se sus¬
tenter. Tous ces conseils sont sans
préjudice du traitement pharmaceu¬
tique qu’il est bon dans quelques cas
d’ajouter. (Hev.méd.. mai 1842.)
EPILEPSIS (Jileu de Prusse con¬
tre V). M. le docteur Jansion a pu¬
blié quelques détails sur l’usage du
bleu de Prusse contre i’épilepsie; il
prétend que l’emploi de ce médieSH
ment fait cesser les accès. A cet ef¬
fet, l’hydrocyanate de fer est admi¬
nistré à la dose de 15 milligrammes
(un peu plus d'un tiers de grain),
le matin et le soir, en augmentant
progi-essivemeni de 10 milligrammes
(un cinquième de grain) tous les trois
jours, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à
10 centigrammes (deux grains) deux
fois par jour.
Pendant tout le temps que dure
l’administration de cet agent, le ma¬
lade fuit usage à l’intérieur d’une in¬
fusion de valériane.
Ce traitement, que l’on doit conti¬
nuer jusqu’à ce que les attaques épi¬
leptiques aient complètement cédé,
doit ensuite être repris tons les trois
mois, pendant cinq à six ans, pour
prévenir les rechutes. {Journ. de
chim. méd; juillet 18t2.)
— Bien qu’il ne soit que trop mal¬
heureusement vrai que l’épilepsie
constitue une de ces tristes aueclions
contre lesquelles viennent s’émous¬
ser tour à tour les armes diverses qui
composent notre arsenal thérapeuti¬
que, faut-il pour cela n’avoir recours
qu’à des agents médicaux d’une ac¬
tion à peu près nulle pour la com¬
battre? Non, sans doute! Pourquoi,
donc en pareille occurrence, s’adres¬
ser à des substances aussi peu actives
que l’indigo ou le bleu de Prusse
par exemple? Qui est-ce qui a pu
guider le praticien dans le choix de
ces deux substances? Est-ce par ana¬
logie de couleur qu’on les a préco¬
nisées tour à tour? On serait vérita¬
blement tenté de le croire.
Le temps a déjà fait justice des
prétendues vertus anti-épileptiques
do l’indigo, et tout me porte à pen¬
ser qu’il en sera de même du bleu
de Prusse. Voici du reste le résultat
de quelques recherches analytiques
tentees dans le but d’apprécier l’ac¬
tion thérapeutique de ce composé
chimique. Selon moi, le bleu de
Prusse commercial, c’est-à-dire ce¬
lui qui renferme une proportion mar¬
quée d’oxyde de fer, doit avoir sur
l'économie une action analogue à
celle de tous les sels de fer en gé¬
néral; quant au bleu de Prusse pur,
qui est celui auquel on donne la
préférence en médecine, je crois ses
propriétés médicales douteu^, et
mes expériences de laboratoire nie
{ 71 )
donnent au moins le droit d’engager
les praticiens à véritier avec soin
par l’observation clinique l’assertion
thérapeutique du docteur Jansion.
Ce composé ne jouit cerlainement
pas de propriétés aussi énergiques
gue ce praticien le pense, si Pon en
juge du moins par les t'aibies doses
auxquelles il l’administre.
Mialhe.
FIÊVBE NERVEDSE [L'épidémie
de Strasbourg et d'Avignon, signa¬
lée comme une méningite, doit être
considérée comme une). Une épidé¬
mie brusque dans ses attaques et
foudroyante dans sa marche a sévi
sur plusieurs points de la France et
y a fait de nombreuses victimes.
Deux médecins distingués ont publié
presque en même temps dans la Ga¬
zette médicale {osrW et mai 185-2) et
dans la Revue médicale (mai 1852),
la relation de la maladie telle qu’ils
l’ont observée, l’un,»!, le profes¬
seur Forget, à Strasbourg, l’autre,
M. Cliaull'ard, à Avignon. Tous deux
sont partis des lésions anatomiques
trouvées à l’autopsie pour dénom¬
mer la maladie, qui pour le premier
est une méningite eneéphalo-rachi-
dienne, et pour le second une céré-
bro-spinite. Il est facile, dureblc,de
se convaincre par la lecture des deux
mémoires, que ces deux épidémies
ont été une seule et même maladie.
M. Cayol, apres avoir étudié les
symptômes, la marche du l’attéction,
et surtout l’action des agents théra¬
peutiques employés, veut établir que
l’épidémie n’a point été considérée
sous son véritable point de vue mé¬
dical. Il ressort un trop grand en¬
seignement de la discussion soulevée
par M. Cayol, pour que nous n’arrê¬
tions pas un instant l'attention de
nos lecteurs sur ce sujet. Traçons à
grands traits la marche de cette épi¬
démie, telle que la montre M. Cliaiil-
fard. Les malades sont frappés subi¬
tement et presque sans prodromes ;
les principaux symptômes semblent
se rapporter à une lésion du cerveau
et do la moelle épinière; ce sont une
céphalalgie violente, une rachialgie
vive, continue, l’opistolonos,le typhus,
le coma, un délire furieux ou une
rêvasserie tranquille, la stupeur, la
fixité du regard, la dilatation des
pupilles, la contraction dunluurcuse
des muscles de la face, le vomisse¬
ment, la petitesse, la lenteur, l’irré¬
gularité du pouls. Pour comlialire
ces accidents formidables on emploie
les traitements les plus énergiques}
les saignées générales et focales, réi¬
térées et torgemenl faites, les appli¬
cations froides sur la tête, les pur¬
gatifs répétés, les révulsifs cutanés à
la nuque, au rachis, partout, tels que
vésicatoires, moxas; le camphre, le
musc,les frictions mercurielles, etc...
Mais, ô terreur! celte affection est
fatale pour tous les malades, en dépit
de toute méthode; ils meurent fou¬
droyés, quelques-uns en moins de
quarante-huit heures, le plus grand
nombre avant la fin du premier sep¬
ténaire. Trente malades d’une pre¬
mière série sont traités parM. Chauf¬
fard par ces métliodes présumées
rationnelles au point de vue de l’a-
natomisme : vingt-neuf sont morts,
un seul malade a échappé. On le
co'hçoit, notre honorable confrère
était désespéré de l’impuissance de
son art, il réclamait partout des lu¬
mières. Enfin il trouve un modifica¬
teur assez puissant pour arrêter ces
sidérations de l'arbre cérébro-spinal.
Et quel est cet énergique médica¬
ment? Celui gui, théoriquemeut, au
point de vue de l’école anatomique,
(levait être le plus contraire, un
agent proscrit par les idées classiques
de cette (æole, dans les phlegmasics,
et principalement dans celles de l'en¬
céphale : cet agent souverain, c’est
l’opium. A peine M. Cliaiiffard a-t-il
eu employé l'opium, qu’il a dû dé¬
plorer .ses fausses idées do localisa¬
tion de la maladie. Il s’attendait à
voir la somnolence augmenter, l’en¬
gorgement cérébral s’aggraver : au
contraire, ils diminuent sensible¬
ment. Il renonce dès lors à d’inuti¬
les saignées; l’opium est rapidement
porté à 30, 40, 50, 75 centigrammes
et davantage dans les vingt-quatre
heures; il le prescrit dans tous les
cas, dès le premier jour, quels <iue
soient les symptômes et le tempéra-
.inent; aussitôt la mortalité fléchit, et
les cures se font plus nombreuses à
mesure qu’il devient plus hardi. Tout
l'choiiait sans l’opium, avec lui tout
Est-il rien de saisissant comme ce
simple exposé? Est-il possible de
miiConnaUre que c’est à l’opium
qu’est dû le changement inespéré
qui s’est opéré dans la maladie, sur¬
tout quand M. Forget, à Strasbourg,
lui a reconnu une ^ale eflicacité, et
que tout en avouant que les effets de
l’opium dans culte affection dérou¬
tent ses idées classiques, il regrette
que l’inspiration de son emploi ne
( 72 )
lui soit venue qu'à la Un de l’épidé¬
mie, car il aurait sauvé un plus
grand nombre de malades?
MM. Forget et Chauffard n'ont en
pour point de mire dans leur traite¬
ment que la lésion cérébro-spinale,
qne tant d’autopsies leur présentaient.
Pour M. Cayol, et nous sommes tout
à fait de son avis, ces lésions n’é¬
taient point la maladie essentielle, et
le résultat l’a prouvé; celle-ci était
une lièvre nerveuse dont les all'ec-
tions du cerveau et de la moelle épi¬
nière ont été la conséquence. L’em¬
ploi de l’opium, cette médication hé¬
roïque dans les cas semblables, n’est
pasunedécouvertc, c’était l’indication
qu’ils avaient à remplir si leur prati¬
que n’avait pas été circonscrite dans
les théories étroites de l’anatomisine.
Le diagnostic médical ou thérapeuti¬
que n’est pas le diagnostic anatomi¬
que. Celui-ci peut bien nousapprendre
la lésion locale, mais ne nous dit pas
dans nue fièvre, dans une épidémie,
quel est le génie pathologique qui
domine la pneumonie, la pleurésie ,
lu méningite, etc.; en bonne méde¬
cine, il ne nous apprend pas s’il faut
saigner, purger, donner du quin-
<|uma, do l’opium, ou combiner en¬
semble plusieurs de ces médications.
Ces lumières nous sont fournies par
le diagnostic médical qui, par des
considérations plus élevées, tirées du
tempérament, des causes, des mala¬
dies aiitérieurc-s et surtout de la
constitution medicale, établit la na¬
ture de la maladie, la diathèse à la-
ipiclle répond tel ou tel modilicateiir
thérapeutique. M. Cayol cite à l'appui
de son jugement six observations re¬
marquables de lièvres nerveuses gué¬
ries par l’opium. Ces lièvres étaient:
1» avec métro-péritonite; 2° avec
pleurodynie ; 3” avec choléra-uiorbus ;
i» avec délire chez un ivrogue;
5» avec cécité et trismus. Ces six
maladies étaient tout .à fait différen¬
tes sous le rapport du diagnostic ana-
lomiuue, mais tout à fait analogues
sous le rapiiort du diagnostic théra-
l'euliqiie ou médical. L’opium a
opéré avec la même ellicacilé dans les
six cas, parce que c’clait la même
nature de lièvre, et qu’il y avait la
même indication thérapeutique à
remi>lir.
UEMOIIRBAGIE NASALE. iVb»-
veau moyen hémostatique. Quelque
singulierque puisse paraître le moyen
hémostatique suivant, il est de notre
devoir de le signaler aux praticiens.
puisqu’il est proposé par un confrère
bonorabie, M. le docteur Négrier,
(l’Angers, qui apporte d’ailleurs à son
appui la meilleure recommandation,
celle de l’expérience et de faits nom¬
breux. Laissons parler l’auteur lui-
même. « Je place le malade la tête
haute; avec l’index d’une main je
comprime la narine d’où coule le
sang, et pendant ce temps je lui fais
relever perpendiculairement le bras
correspondant à la narine; je lui re¬
commande de le maintenir ainsi
pendant deux minutes. »
M. Négrier a recueilli dix obser¬
vations qui lui prouvent l’infaillibi¬
lité du moyen hémostatique qu’il
conseille.
Quant à l’explication qu’il eu
doune, elle repose tout entière sur
les lois dynamiques de la circulation.
<( En supposant, dit-il, que la for¬
ce de l’agent d’impulsiou du sang à
l’extrémité céphalique |)uisse être
représentée jiar 6 lorsque les bras
sont dans leur situation naturelle,
situation telle que la circulation s’y
effectue en partie par les lois de la pe¬
santeur, cette force d’impulsion di¬
minuera nécessairement, le bras
étant maintenu parallèle au tronc;
elle diminuera pour la tète do tout
ce qu’elle dépensera à élever dans
le membre thoracique, et jusque
dans les doigts, la colonne sanguine
mue contre son propre |)oids.
Ou comprendrait alors comment
la circiilalion capillaire de la tête
s’opérerait avec plus de lenteur.
{Areh. générales de médecine, juin
18i2.)
HÊMOBRBAGIES UTÉRINES trai¬
tées avec succès par le tannin. Le
tannin est un médicament sur la va¬
leur duquel on est loin d’être d’ac¬
cord; c’est par les faits que son elli-
cacité oeut être définitivement jugée;
aussi laisserons-nous parler l’obser-
1. llémorihagie utérine iuterniil-
tento, durant depuis huit mois chez
une jeune fille de vingt et un ans.
Le tannin fut administré pour une
dernière perte qui durait depuis dix
Prescription :
Tannin.T ceiiligram.
Eilr. gom. (l’opium.5 ceolinr. t
UoDscrvc du rosus q. s. pour 30 pilules.
Une pilule par heure. A la septiè¬
me, l’hémorrhagies’arrêta; on lescou-
tbiua de trois heures en trois heures.
Depuis, la persouue a été parruilc-
raent réglée.
11. Perte très-abondante chez une
femme grosse de trois mois. Vaine-
mciit combattue par l’eau froide, le
vinaigre, et le tamponnement, elle
a>da à l'emploi du tannin.
Prescription :
Tannin.2 gram.
KSlrait d’onium.5 cenligr.
Conserve de roses q. s. pour 22 pilules.
Une par heure. La femme s’en¬
dormit; à la sixième, trois heures
après, l’hémorrhagie était presque
arrêtée. Le lendemain plus de perle.
Cette femme est actuellement grosse
de six mois, et sent ti-ès-bien les
mouvements de son enfant.
Dans le mémoire de M. Dumare,
de Montpellier, auquel nous em¬
pruntons ces deux faits, il .s’en trouve
trois autres qui contirment la puis¬
sance liémostatique du tannin.
Dans un cas de perte à six mois de
grossesse, la femme étant dans un
tel état d’affaibli.ssemenl qu’un ne
œ songer à lui faire prendre des
J on substitua à celles-ci la po¬
tion suivante :
Eau de cerises noires.9S grain.
de lleurs d’oranger. . . . li> grain,
do lilleul. 4 » grain.
sirop”diacode.‘ . .’ .' .' .’ .' .' .’ 48 gramf '
On fut obligé de se servir d’im
entonnoir pour faciliter la déglu li-
lion. La malade put conduire sa
grossesse à terme sans hémorrhagie
nouvelle. ( Journal (le la Soc. de
méd. de Ulonipellier, juin.)
HÉHSDITÉ de certains vices de
conformation. M. le docteur S. Pi¬
card a recueilli un exemple fort cu¬
rieux de la transmission liercdilaire
de plusieurs vices de conformation.
Il s’agit de l’enfant mélo d’un paysan
du département de Seine-et-Olse,
nomme Duchatel, né lu 9 mars 1839,
et qui a apporté en naissant de nom¬
breuses anomaliesdeconformation en
tout semblables à celles de son père.
Ainsi le père avait un bec de lièvre
double, l’enfant a un bec de lièvre
double. Le père a depuis sa naissance
un ectropion de la pauiiière supé¬
rieure des deux yeux ; le Dis a hé-
rilé de cette difformité. Duchatel
lière a les doigts annulaire et auri¬
culaire soudés à l’une et l’autre
main, la même disposition s’observe
chez l’enfant. Duchatel père n’a au
pied droit que deux orteils, le pre¬
mier et lè dernier; le pied droit de
l’enfant n'a également que le pre¬
mier et le dernier orleil. (/. des
Conn. méd.-chir., juin.)
KYSTE HYDATIQUE DU FOIE
ouvert avec le caustique de tienne
et le trocart. Il faut que les
pralicîcns apprennent toutes les
tentatives de l’art. Un peintre en
batiments, âgé de 25 ans, entra dans
les premiers jours de janvier 1812 à
i’hôpital de la Charité, dans le ser¬
vice de M.Cruveilhier;il fut constaté
qu’il portait un kyste hydatique
énorme, occupant toutrhypoconure
droit. Ce kyste, six mois auparavani,
n’avait que le volume d un œuf.
L’élat du malade était mauvais, les
forces nulles, il n’y avait pas d’ic¬
tère. Le 9 janvier, un applique sur la
tumeur, au niveau de l’ombilic et
trois pouces en dehors, de la pâle de
Vienne, dans une étendue de la
grandeur d’une iiiècc de 2 francs.
L’escliarre tombe le 17 sans ouvrir le
kvsle; le 20 nouvelle application.Le
26 l’escharre est tombée et la poche
n’est pas ouverte. On enfonce un
trocart dans ce point, et l’on donne
issue à trois litres d’une sérosité lé¬
gèrement citrine sans acéphalocystes.
Pendant un mois et demi, le malade
fut assez bien et sortit de l’hôpital;
mais le kyste se remplit do nouveau
cl les accidents se reproduisent. Ou
ouvre de nouveau avec le trocart, et il
en sort un litre de pus et des débris
d’hydatides. Le pus qui sort sponta-
néineut ensuite rend uneodeur fétide;
un dévoiement colliquatif se déve¬
loppe, et le sujet meurt dans le ma¬
rasme le 4 juin dernier. A l’ouver-
lurc, on a trouvé la portion droite du
foie énorme et deux kystes au lieu
d’un. Celui qui avait été ouvert au¬
rait contenu une tête d’adulte, et en
arrière, l’autre, dont on n’avait pas
soupçonné l’existence, avait le vo¬
lume'd’une tète de fétus. Le premier
contenait du pus cl des déliris d’hy¬
datides; le second était également
rempli de membranes hydatiques et
d’une seule hydatide iulacie de la
grosseur d’uuenoix.(Ga*. des Udp.,
juin 1812).
UQUEUR D’OPIUM acétique de
Iloulion.
Pr.opium pur.. 63gram.
Acide acétique concentre..... 29 —
Eau distillée. 263 —
^Faites digérei'pendantquatre jours
Chaque quatre gouttes de cette
teinture représente 5 centigrammes
(1 grain) d opium.
M. Buchner père, â qui l’on est re¬
devable de la publication de cette
formule, assure que l’action de ce
vinaigre est si remarquable, que des
médecins qui l’ont expérimenté dans
leur pratique ne peuvent assez le
louer.
Il calme et apai.se les mouvements
spasmodiques et les douleurs; il pro¬
cure du sommeil, mais sans occasion¬
ner de constipation, comme il arrive
après l’usage de l’opium pur et des
autres teintures de cette substance.
On le préscrit à la dose de deux à
huit gouttes dans une potion. {Jour,
de chim. méd.)
— Nous avons été dernièrement à
même de préparer la liqueur opiacée
de Uoultou, et voici les caractères
S u’elle nous a présentés : c’est une
queur d’un brun rougeâtre foncé,
otfranl à un haut dégre tous les ca¬
ractères organoleptiques qui sont
propres à l'opium brut lui-memc. Ces
caractères nous semblent peu propres
à donner la raison des effets pres¬
que merveilleux qu’on se plaît à
accorder à cette nouvelle préparation
thébaïque, à moins que l’on n’ad-
mclle, contrairement aux idées ac¬
tuellement reçues, que l’action médi¬
cale de l’opium résulte, non d’un ou du
plusieurs de ses ))rincipes chimitiues
g ris isolément, mais bien del’ensem-
le de leur réunion totale; auquel
cas la liqueur de Houlton devrait oc¬
cuper le premier rang 01111x3 toutes les
prcnaraUous d’opium, attendu qu’elle
renfernie très-certuiuement tous les
principes actifs de cette précieuse
substance. C’est donc à l’observation
clinique seule qu’il appartient d’as¬
signer â celle nouvelle composition
pharmaceutique le rang qu’elle doit
occuper. Mialue.
LUXATION INCOMPLÈTZ: de
l'extrémité supérieure du radius en
avant. Dès l'année 1837, M. Goy-
raud, d’Aix, publia dans la Gazette
médicale un travail sur celte forme
de luxation, qui n’est décrite dans
aucun traite de chirurgie, et dont
Boyer contestait la possibilité. Très-
commune, an dire de M. Goyraud,
chez les enfants de dix-huit mois à
trois ans, elle se produit lorsque
repfant, venant à perdre l’équilibre
en marcnaiii, on le relient par la
main; le membre placé en pronation
supporte ainsi tout le poids du corps.
Il en résulte une déduction des sur¬
faces articulaires que ne saurait pré^
venir le ligament latéral externe,
non plus que les muscles faibles et
peu développés à cet âge. Cette dé¬
duction une fois opérée, l’extrémité
articulaire du radius est portée eu
avant par le muscle liiceps, en même
temps qu’elle est tirée en haut par
tous les muscles qui du bras vont â
l’avant-hras et à la main, et est ainsi
fortement appliquée contre la petite
tôle de l'humérus.
Les signes de ce déplacement, ja¬
mais bien considérable, puisque la
forme du coude n’est pas même
changée, sont une douleur vive avec
immobilité complète du membre,
qui n’offre d’ailleurs aucune diffor¬
mité appréciable. La main est forte¬
ment en pronation, et ne peut être
ramenée en supination; l’avant-bras,
au quart de flexion sur le bras, re¬
pose sur le ventre, les doigts un peu
fléchis. Présente-t-on quelque chose
à l’enfant, il le saisit toujours de
La réduction est facile : le chirur¬
gien ombrasse de la main gauche le
coude, appuyant le pouce sur la tête
du radius; de la main droite, il
étend l’avant-bras par une traction
(|ui porte plus spécialement sur le
radius, ramène la main en supina¬
tion; puis, repoussaut avec le pouce
la tète du radius en arrière, il fléchit
brusquement le coude : au même
instant un bruit caractéristique est
déterminé par le rétablissement des
rapports normaux des surfaces arti¬
culaires.
L’expérience a démontré à M.
Goyraud l’inutilité de tout appareil
à la .suite de la réduction. Immédia¬
tement après, renfant se sert de sou
membre sans accuser la moindre
douleur. .Aussi cette luxation n’a-t-
elle rien degrave. Lors même qu’elle
est méconnue, ce qui arrive souvent,
les surfaces osseuses se rétablissent
dans leurs rapports naturels dès que
le spasme musculaire a cessé; auti’u-
nieut, dit JI. Goyiaud, ou ne pour¬
rait expliquer l’absence de toute dif¬
formité articulaire consécutive. C’est
à cette luxation du radius eu avant,
que le même observateur rapporte
les phénomènes décrits par SIM. Gar-
dener. Me London medical Gazette,
1837, et Rendu, Gaz. médicale,
mai 18(1, comme étant produits par
une pronation forcée, dans laquelle
( 75 )
la tubérosité bicipitalé du radius,
portée en arrière, aurait franchi le
bord externe du cubitus. M. Goyrand
s’est assuré sur le cadarre, que chez
les enfants l’espace inte^-ossellx est
trop large pour que la tubérosité bi¬
cipitale du radius puisse toucher le
bord correspondant du cubitus, et
s’opposer ainsi au retour de la main
en supination. La pronalion d’ailleurs
n’est pas aussi forte dans ce déplace¬
ment qu’elle le serait si cette tubé¬
rosité bicipitale était engagée derrière
le cubitus. Enfin, chez deux enfants
présentant ce déplacement, M. Goy-
raud a ramené la main en supina¬
tion, sans faire l’extension, et la ré¬
duction n’a pas eu lieu, ce qui serait
infailliblement arrivé s’il ne se fût
agi que d’un déplacement de la tu¬
bérosité bicipitale. [Atmalet de la
chirurgie, juin.)
MENSTRUATION [Influence de
la phthisie sur la). Dans sa Mono¬
graphie sur la menstruation, couron¬
née par l’Académie de médecine,
M. Haciborski a confirmé par de
nouvelles observations le fait, connu
du reste , mais non suffisamment
précisé, de l’influenee de la phthisie
pulmonaire sur la cessation ‘de la
menstruation. Sur 4i malades pré¬
sentant la phthisie à divers degrés,
il a noté chez 38 l’aménorrhée. De
l’étude attentive de tous ces malades,
il résulte en moyenne que dans l'af¬
fection tuberculeuse qui suit une
marche ordinaire, et qui offre dans
l’espace de quelques mois les signes
du ramollissement, la suppression
des règles arrive généralement vers
le quatrième mois de la maladie, et
le plus souvent, comme le dit AI.
Louis, au débutdela lièvre hectique.
Il y a une grande différence entre
l’inlliience qu’exercent sur la men-
striiation la phthisie et les différen¬
tes formes de catarrhe chronique.
La première donne presque constam¬
ment lieu à l’aménorrhée ; les affec¬
tions purement catarrhales occasion¬
nent rarement des suppressions per¬
manentes des règles. Ce caractère
distinctif pourrait par conséquent
servir de moyen de diagnostic dans
certains cas où les signes physiques
ne suffiraient pas pour décider la
question. Quant à l’influence de la
menslruatinn sur la phthisie, M. Ra-
ciborski ne pense pas, quoi qu’on en
ait dit, et nous sommes de son avis,
qu’on puisse citer un seul exemple
bien authentique de phthisie pulmo¬
naire jugée par l’évacuation mens¬
truelle. [Gax. tnéd. de Paris, juin
1842).
PARALYSIE CONVULSIVE. Il est
une névrose des mouvements sur
laquelle Parkinson, médecin anglaiSi
a attiré le premier l’attention eh
1817, et qu’il a désignée sousle nom
de paralysie convulsive. Cette affec¬
tion n’est pas la chorée, mais elle s’y
rapporte; elle n’est pasledéliretrem-
blant, ni le tremblement par intoxi¬
cation métallique de plomb, de mer¬
cure, etc. : les antécédents des sujets
peuvent l’établir. Le tremblement
sénile constitue un des degrés, mais
peu avancé de cette paralysie. Par¬
kinson a placé le siège organique de
celle maladie dans la partie cervicale
de la moelle épinière, qu’il a trouvée
durcie dans un cas ; mais des obser¬
vations ultérieures sont nécessaires,
car celle autopsie est la seule qui
ait été faite. Un médecin allemand,
M. Canstalt, a publié dans le Corres-
pondentz Blalt, trois observations de
cette rare maladie: chez un soldat
belge, l’affection consistait dans un
nioiiveinent convulsif de soulève¬
ment et do dépression du tronc, qui
cessait quand il se couchait ou s’as¬
seyait. L’agitation convulsive inté¬
ressait surtout la tète et les mains
chez un chirurgien de 70 ans; dès
(|it'il cherchait S soulever les mains,
elles entraient dans des mouvements
cloniquesinvolontaires cominesi elles
voulaient frapper ; la démarche était
vacillante. Enfin, une meunière de
60 ans, qui avait eu deux apoplexies;
lie pouvait plus se tenir debout tran-
qiitllcm marcher en ligne droite, elle
vacillaild’un côté à l’antre, et parais¬
sait boiter des deux jambes.
Les symiitômes généraux de la
paralysie convulsive sont les sui¬
vants ; ics premiers accidents sont
un sentiment de faiblesse, tendance
à trembler soit avec la tète, soit avec
les bras ou les mains; les malades se
souviennent rarement du début de
ces accidents, qui augmentent pro¬
gressivement; plus lard, d’autres
parties s’affectent, le sujet ne peut
tenir l’équilibre en marchant; à la fin
le corps entier est agité, toutes ses
parties sont dans un mouvement
conlibuel, les malades ne peuvent
pins rien tenir, ni faire un mouve¬
ment assuré, ni écrire, ni manger;
et ou est obligé de leur mettre les
aliments dans la bouche. Cetremble-
ment est quelquefois maîtrisé par.
( 76 )
la voloaté, mais il sâ t'opi'oduil bien tôt;
les malades ue peuvent marcber
tran(]uillement, leur démarche se
transforme en un saulillement inro-
lonlaire; excepté à son plus haut
degré, l'agitation cesse pendant le
sommeil; les muscles masticateurs
et ceux qui sen-ent à la parole s’af-
tectent; les malades bégayent et
inéchent difficilement; la maigreur
survient, les forces s’épuisent, les
facultés iulelleciuellcs s’affecicnt, la
paralysie s’empare des organes de la
dœlutition, enfin la mort arrive pré¬
cédée du délire. Tel est le tableau
des symptômes généraux de la pa¬
ralysie convulsive. Ce qu’il y a à re¬
marquer, c’est que la sensibilité n’y
est pas diminuée et que la paralysie
se borne à l’action musculaire. Quant
au traitement, il est nul et sans effet
chez les personnes âgées ou dans le
cas d’affections organiques ; chez les
sujets plus jeunes, les indications
sont de combattre les congestions
sanguines cérébrales, puis d’em¬
ployer les vésicatoires ou le cautère
actuel le long de la colonne verté¬
brale. Les bains avec l’hydrosulfure
de potasse, qui ont très-bien réussi
dans la choree, à l'Hôpital dos En¬
fants, entre les mains do M. Baudo-
locqiie, ont été employés avec succès
par M. Gaustatt cliez le chirurgien
dont nous avons mentionné le cas.
{Gaz. médic. de Strasbourg, juin
18 f 2 .)
PHTHISIE PULMONAIRE ( Iii-
fluencedu tabac sur la). Dieu veuille
qu’il nous arrive un jour un moyen
médicamenteux ayant la propriété
d’agir sur le développement des tu¬
bercules pulmonaires! Tous les es¬
sais, toutes les prétendues décou¬
vertes à cet égard, sont bientôt, on
le sait, réduites à néant. Voici en¬
core un agent prophyl.acli(|ue et cti-
ratlf qui est annoncé; il en sera pro¬
bablement de celui-ci comme des
autres. Un médecin honorable de
Strasbourg, M. le docteur Ruef,
signale les émanations du tabac, ar¬
rivant dans les poumons chez les
ouvriers des manufactures, comme
ayautune influence salutaire sur la
phthisie; il recueille des matériaux
pour établir la vérité de ce fait, dont
il est convaincu par plus de six ans
d’observations, et il demande que
les médecins des divers points de la
France portent leur attention sur ce
sujet. M. Ruelf assure que la phthi¬
sie est rare parmi les ouvriers qui
sont emplôyés depuis leur jeunesse
à la manipulation des tabacs, et que
cette maladie fait des progrès beau¬
coup moins rapides qu’à l état ordi¬
naire chez ceux qui apportent dans
les ateliers un germe déjà déve¬
loppé. {Gaz. méd. de Slrasb., juin
18 t 2 .)
RÉUNION d’une partie de la
face complètement séparée, par
M. Odeph., n. M. à Luxeuil. La
nommée Mourey, âgée de cinquante
ans, reçut un coup de corne de va¬
che qui pénétra dans la bouche,
jusque derrière les fosses nasales, et
arracha d’un coup, en venant ressor¬
tir au-dessus de la racine du nez,
tous le.s os et toutes les parties molles
qui concourent à la construction du
nez, des fosses nasales, de la voûte
palatine, du maxillaire supérieur,
de la paroi interne des deux orbites.
Toute cetle masse ne tenait plus que
par un très-léger lambeau de peau
de quelques millimètres d’épaisseur
vers la commissure droite des lèvres;
il y avait là une ouverture hideuse à
voir. Notre confrère croyant la ma¬
lade perdue, tenta, dit-il, un replâ¬
trage ; il lava celle masse charnue et
osseuse en respectant le petit lam¬
beau, et replaça du mieux qu’il put
les diverses parties daus leur place
naturelle, puis il maintint le tout par
quelques points de suture et plu¬
sieurs bandes agglulinalives. Aucun
accident no s’est manifesté, la cicatri¬
sation des parties molles était faite
le dixième jour; la consolidation des
parties dures demanda deux mois.
11 y a deux ans que l’accident est
arrivé, cette femme n’a pas d’altéra¬
tions notables dans la forme de la li¬
gure. ( J. des Conn. méd.-cMr .,
juin. )
SEIGLE ERGOTÉ {Sur les prin¬
cipes actifs du). Nous trouvons dans
r.Hi*foire médicale et toxicoloqigue
du seigle ergoté par M. Bonjean,
quelques narticiilarités qui contredi¬
sent les idées généralement re^iues,
touchant ce médicament, et qui par
cela même doivent être enregistrées,
en prévenant toutefois ciu’elles mô-
rilent vérilicalion. Ainsi l’ergolà cas¬
sure blauche est loulaussi énergique
que l’ergot à cassure violette; le seigle
ergoté, vieux, piqué ou vermoulu,
pulvériséetexposéà l’air depuis long¬
temps, neperd rien de ses propriétés
médicaleset vénéneuses, etilest,selon
cetauteur, inutile de prendre tant de
soinspoiirsaconsei'valion.M.Boniean
a reconnu dans le seigle ergoté deux
principes actifs distincts, un remède
et un poison; le premier est un ex¬
trait mou, rouge brun, très-soluble
dans l’eau froide, possédant au plus
haut degré les précieuses propriétés
obstétricales et hémostatiques; l’au¬
tre est une huile lixe qu’il faut ex¬
traire par l’éther froid pour qu’elle
ait ses propriétés énergiques. Plus
de cinquante observations recueillies
par des médecins éclairés de Cham-
lœry, établissent (quoique le docteur
Yfrigt ait voulu prouver précisé¬
ment le contraire, Journ. de pharm.
juillet 1841). que dans le seigle ergoté
l’huile est le poison, et l’extrait
aqueux le remède. Quelle que soit la
dose, et il a été pris à celle de 8 gram¬
mes dans des métrorrhagies fou¬
droyantes, suite d’avortement, ce qui
représente 36 à .10 grammes de seigle
ergoté, cet extrait n’a jamais causé,
suivant M. Bonjean, la moindre ac¬
tion nuisible.
— Nous avons vn l’extrait de seigle
ergoté à la pharmacie de M. Mialbe,
place des Italiens. Cet extrait, pré¬
paré par digestion dans de l’eau à 80
degrés, puis évai)oré au moyen de la
vapeur jusqu’à consistance pilulaire,
comme tous les extraits devraient
l’étre, pos.sède très-bien toutes les
propriétés indiquées par M. Bonjean.
L’extrait de M. Mialbe est seulement
plus actif, car il n’a pu obtenir en
extrait qu’un dixième du poids du
seigle ergoté, au lieu d’un cinquième
comme M. Bonjean. Ainsi 6 cen'igr.
d’extrait de M. Mialbe représentent
50 centigrammes do seigle ergoté,
au lieu de 25 centigrammes.
TUMEUR ÉRECTILE, traitée par
un procédé nouveau. C’est à la mé¬
thode par transformation (pi’appar-
tient ce procédé tout récemment mis
en usage par M. Bérard.
Ce chirurgien, dans le but de pro¬
voquer une vive inflammation dans
la tumeur, et d’obtenir plus sflre-
ment ainsi l’oblitération des vais¬
seaux sanguins qui la constituent,
propose d’utiliser les trous faits par
les épingles, en injectant dans plu¬
sieurs d’entre eux une liqueur irri¬
tante. On enfonce dans la tumeur un
nombre de grosses épingles propor¬
tionné à son volume; au bout de
cinq à six jours on les retire, et on
pousse immédiatement dans les tra¬
jets qu’elles se sont creusés une in¬
jection irritante. Pour cette injection,
M. Bérard adapte à une seringue cft
verre un siphon en platine du cali¬
bre d’une grosse épingle. On recon¬
naît à la sortie du liquide, entre le
siphon et l’orilice du trajet, que la
liqueur l’a parcouru dans toute son
étendue. La liqueur employée par
l’auteur de ce procédé, est le nitrate
acide liçiuide de mercure.
Le résultat de cette injection est
une inflammation pbiegmoneuse; au
bout de quelques jours ou voit le pus
sortir par les trous des épingles, ou
par des ouvertures sponlanées.
Il reste presque toujours, dit M. Bé¬
rard, des points suspects qui exigent
une seconde application du moyen.
L'observation relatée par M. Bé¬
rard, à l’appui de ce procédé, nous
apprend que chez la malade affectée
.d’une tumeur érectile à la lèvre,
l’inllammalion fut excessive an point
de produire la gangrène sur (luel-
ques points. La malade fut prise, le
soir même de l’opération, de vomis¬
sements opiniâtres. La maladie a
d’ailleurs récidivé doux mois après.
Si l’idée de ce procédé est théori¬
quement ingénieuse, il faut avouer
qu’elle est on ne peut plus fautive
dans son application. Il était facile,
de prévoir ce qui est arrivé, en te¬
nant compte des propriétés toxiques
du médicament mis en usage. Ne
sait-on pas (ju’il a quelquefois sufll
d’une cautcribaliou un peu trop
étendue à la surface d’un ulcère cu¬
tané, faite avec le nitrate acide liqui¬
de de mercure, pour donner lieu à
des symptômes d’empoisonnement?
fortiori cela devait être en in¬
jectant si imprudemment ce liquidq
dans des tissus bssêntiellement vas¬
culaires, et par conséquent on ne peut
plus favorables à l’absorption.
Il faudra donc, pour que cette in¬
novation soit déllnitivement acceptée
on pratique, que l’on substitue ati
sel mercuriel un autre liquide irri¬
tant, qui n’en ait pas les graves in¬
convénients. (ias. nécl de Pari»,
Juin.)
TUMEURS FONGUEUSES de»
deux mamelons, inoculées par
l'allaitement d'un agneau. L’on
s’est beaucoup occupé dans ces der¬
nières années des affections trans¬
missibles des animaux à l’homme.
Celle étude offre en effet la plus
grande importance, et fous les faits
qui peuvent la servir doivent être
soigneusement enregistrés,
lise développe quelquefois dans
(n}
sur les lèvres, une éruption débou¬
tons, une espèce de muguet appelé
muguet noir des agnecauB; cette
affection peut subir une dégénéres¬
cence fongoïde, et l’on a vu sur les
lèvres de ces animaux des tumeurs,
de véritables fongus de la grosseur
d’une noisette, et même d’un oeuf
de poule quand l’affection a été
abandonnée à elle-raème. La femme
Ségala, ègée du 29 ans, de Saint-
Guilhem-le-Désert, accoucba le 20
décembre 1810 de son quatrième
enfant, qui mourut quelques jours
après sa naissance. Cette femme ne
voulant pas faire passer rapidement
son lait, qui était abondant, confia
la succion de ses mamelles à un
agneau qui venait de naître, méthode
quelquefois en usage dans les mon¬
tagnes : au bout de (|uinze jours il
survieut à chaque mamelon de la
rougeur, une chaleur cuisante aug¬
mentant par la succion. On aurait
dû cesser ce mode d'allaitement, car
la bouche de l’agneau était déjà ma¬
lade depuis plusieurs jours. A des
taches d’un rouge plus ou moins
foncé, à des boutons miliaires vio¬
lacés ou d’un blanc sale sur le tissu
gengival et à la face interne des joues
ment, des tumeurs pédiculées plus
grosses qu’un fort pois chiche, d'un
caractère fongoïde, saignant au
moindre contact, et s’épanouissant
sous forme do champignon ; tel était
l’état de la bouche do l'agneau, lors¬
qu’au bout d’un mois on éloigna,
mais trop tard, ce contact impur des
mamelons de la femme. Mais le mat
chez celle-ci était déjà trop considé¬
rable; à la rougeur r à la cuisson
dont nous avons parlé, avaient suc¬
cédé des taches, des boutons livides,
grisâtres, iiui, comme chez l’agneau,
prirent le caractère fongueux, et se
pédiculèront à leur hase; eu six ou
sept jours ils acquirent les uns la
grosseur d'un pois chiche, d’autres
celle d’un grain de raisin; ils sai¬
gnaient au moindre attouchement.
Enlln le 21 janvier, moins d’un mois
àprès le commencement de l’allai¬
tement de i’agneau, sept boutons
fongoïdes existaient au sein gauche;
envmagés dans leur ensemble, ihs
avaient la grosseur d’une poire or¬
dinaire. Trois tumeurs existaient
seulement au sein droit ; elles avaient
commencé huit jours plus lard, aussi
ensemble n'avaient-elles tout au plus
que le volume d’une amande. Ga
n’est que le 9 février ISM que la
malade futconQée aux soins du doc¬
teur Nozeran. A cette époque, la
tumeur du mamelon gauche offrait
83 millimètres (3 pouces) de diamè¬
tre, et 40 millimètres à son pédicule;
la tumeur de droite avait le volume
d’une noix. ÏI. Nozeran a présenté
cette malade à Montpellier à M. le
professeur Oubreuil, et aux docteurs
Quissac et Nespoulous. La femme
s’étant refusée à l’extirpation par le
bistouri, il a employé, le 11 février,
pour l’enlèvement des tumeurs, la
ligature des pédicules au moyen d’un
cordonnet de soie, en même temps
qu'il a détruit la masse des tumeurs
par l’application répétée et journa¬
lière du caustique do Vienne. Le 10
mars, la cicatrisation était complète,
.solide, et presque pas apparente, et
le 12, la malade partait pour son vil¬
lage, parfaitement guérie. Elle est
accouchée, depuis, d^un enfant à ter¬
me, qu’elle nourrit elle-même en ce
moment, sans qu’on remarque aux
seins aucun symptôme. ( Jour, de la
Soc. de mid. prat. de Montp.; juin
URETRITE {Seigle ergoté dans
oertains cas d’). M. le docteur Des¬
ruelles, médecin du Val-de-Grâce,
signale les avantages qu’il a retirés,
chez plusieurs malades, de l’admi¬
nistration de l’ergot de seigle dans
certaines urétrites intenses siégeant
dans les portions prostatiques et mem¬
braneuses de l’urètre. Le seigle ergoté
a calmé lus envies fréquentes d’uri¬
ner, les chaleurs du col de la vessie
et les érections. Voici la formule qu’il
emploie :
Faire quarante pilules, dont on don¬
nera deux ou quatre toutes les deux
heures, suivant la dose du seigle
ergoté.
En injection dans le vagin et dans
le canal de l’urètre dans les cas de
vaginite et d’uretrite erithunoide,
l’usage de. ce médicament employé
d'après la formule suivante, a produit
de bons effets :
Cotte infusion peut être aussi em¬
ployée en bains locaux et en fomen-
( 79 )
tâtions autour du pénis et du gland.
Elie est utile principalement contre
lés érections dans les urétrites de la
portion de l’urètre qui traverse le
Les observations de M. Desruelles
sont encore trop peu nombreuses
pour qu’il puisse établir des règles
sûres pour l’administration de l’ergot
de seigle dans les urétrites aiguës.
Cependant il atteste dès à présent
que les praticiens pourront l’em¬
ployer pour calmer les érections,
éloigner les envies d’urinevj appaiser
les ardetirs du col de la vessie, èt
même pour agir sur les écoulements.
Il a noté quelques accidents légers
pendant l’adininistration de ce re¬
mède; ce sont le ralentissement du
pouls, une douleur de tête dans un
point lixe, des étourdissements lé¬
gers, la vue de bluelles, un trouble
passager de la vision. ( Gaz. êtes hôp.,
juin ms.)
VARIÉTÉS.
Candidatures à l’Jcadèmie royale des Sciences. — L’héritage
académique de notre très-rcgreltahle confrère, M. Douljle, sera, tout
le fait prévoir, chaudement disputé. Déjà les candidatures se pré¬
sentent noniljreuses, très-diverses, et embrassant les parties les plus
différentes entre elles de ce tout qu’on appelle science médicale.
Médecins et chirurgiens cultivant cl pratiquant les diverses parties de la
médecine; médecins et chirurgiens spécialistes, anatomistes, physio¬
logistes; d’autres enfin qu’il n’est pas possible de classer dans aucune
de ces divisions, frappent, à l’heure qu’il est, à la porte de l’Académie
des sciences, qu’ils espèrent tous voir s’ouvrir devant leur bagage scicn-
tificpie plus ou moins bien fourni. L’Académie sera, sans doute, fort
emban-assée, non-seulement pom- faire un choix parmi les personnes,
mais encore pour déterminer la nature des travaux qu’elle voudra ré¬
compenser et s’adjoindre dans le successeur de M. Double. Prenth-a-
t-clle un homme spécial, c’est-à-dire un homme connu par des travaux
dirigés vers un seul point de la science, cpii l’auraient conduit à quelque
decouverte importante? Ou bien donnera-t-elle ses sulfrages à un mé¬
decin qui, salisse livTcr à l'étude ou à la pratique d’une seule branche
de l’art, l’aurait cultivé dans son ensemble? 11 est dans ce moment im¬
possible de prévoir la decision de l’-Vcadémie. La nomination, selon
toutes les app.arenccs, sera différée de plusieurs mois à cause de l’ab¬
sence d'un ü'ès-gi'aiul nombre de ses membres, et surtout de l’absence
d'un membre de la section de médecine et de chirurgie. Nous revien-
drnns bientôt sur ce sujet, car l’éminenle distinction accordée à un de
nos confrères qui entre à l'Institut, est toujours une chose grave par l’in-
lluence que ce confrère peut exercer sur la direction de la science et sur
les récompenses que l’.Vcadémie des sciences accorde tous les ans aux
recherches et aux travaux qui ont notre science pour objet.
( 80 )
*— A l’Académie de médecine, une place est aussi vacante dahs la
section d’anatomie et de pliysiologie. Les candidats sont fort nombreux,
et la liste de présentation, arretée par la commission, quoiqu’elle n’ait
pas été rendue officielle, est cependant comme, et a soulevé de vives et
de légitimes récriminations. Ainsi, par exemple, MM. Foville et Mal-
gaigne, tons les deux aj'ant publié d’excellents travaux anatomiques,
s’en trouvent exclus au profit de quelques noms fort honoraltles, sans
doute, mais qui ne sont pas encore aussi bien connus du public médical.
— Au bureau central des hôpitaux, deux places de chirurgiens
étaient x-acanlcs. Après un long concours, qui a été fertile en inci¬
dents, .MM. (aülcricr fils et Marjolin fils ont été nommés. Plusieurs
compétiteurs ont sulû leurs épreuves d’une manière très-brillante. Il
est à désirer pour l’avenir de ces jeunes gens qu’ils ne rencontrent pas
toujours sur leur chemin des adversaires aussi redoutables que des fils
de professeurs.
Mort de M. Pelletier. — Nous apprenons à l’instant une nouvelle
et très-sensible perte qr.e vient de faire la science. IM. Pelletier, membre
de r.\cadémie des sciences et de l’-\cadémie de médecine, dont le nom
est à jamais célèbre par sa découverte, avec M. Caventoii, du sulfate
de quinine et de la plupart des alcalis végétaux, a succombé aujourd’hui
19 juillet, à la suite d'une longue et douloureuse nialailie. M. Pelletier
était le beau-frère de M. llouhle; il n'était âgé que de cinquante-cinq
Médecins députés. — Nous x oyons ax-ec satisfaction que les électeurs
ont enx'oyé à la nouvelle chambre des députés quelques médecins qui,
par leur talent et par leur position, pourront, s’ils le veulent, défendre
les intérêts de la corporation à laquelle ils ajipartiennent. Pour ce qui
nous regarde, nous comptons sur les libérales intentions et sur le carac¬
tère de notre confrère M. llouillaud, professeur de la Faculté, nommé
député à Angoulême, comme au.ssi sur M. Dezeimeris, bibliothécaire
de laFaculté, nommé à Bergerac (Dordogne), et surM. ledocteurTcrme,
maire de Lyon. A ces députés se réuniront, s’il y a lieu, nous en sommes
sûrs, deux autres médecins élus, l'im, M. Richoud-Debrus, au Puy
(Haute-Loire), et l’autre, M. Delavean, à La Châtre (Indre).
— Le conseil municipal x’icnt de voter une somme de 64,000 francs
pour réparations à faire à divers hôpitaux, tels que rHôtel-Dieu, la
Pitié et Bcanjon.
— AI. le docteur Goyrand vient d’être nommé inspecteur-adjoint des
eaux thermales d’Aix (Bouches-du-Rhône).
( 81 )
THERAPEUTIQUE MEDICALE.
SUR t,\ PROPOSITION d’uNE ENQUÊTE CLINIQUE POUR ÉTABLIR LE MEILLEUR
TRAITEMENT A APPLIQUER A H FIKARE TYPHOÏDE.
L’Académie de médecine vient d’être saisie d’un étrange projet, celui
de former une enquête clinique pour établir quelle est la meilleure mé¬
thode de traitement de la fièvre typhoïde. Cette proposition, quels que
soient les arguments par lesquels on a cru pouvoir l’appuyer, ne peut
donner aucun bon résultat. En effet, que suppose, en premier lieu, un
projet d’enquête? Il suppose le même point de départ essentiel, une base
d’investigations d’après laquelle on déterminera, d’une part, la nature
et la gravité de l’affection, et de l’autre, la méthode et les moyens cura¬
tifs les mieux assortis à la nature et au tlegré de la maladie. Maintenant,
pxiste-t-il une semblable base d’investigation, un critérium enfin, auquel
on s’accorde à rapporter les diverses appréciations des caractères de la
lièvre typhoïde? Interrogez les pi'aticiens de la capitale, pour ne parlci'
que de ceux-là, et vous ne tarderez pas à voir que chacun détermine cette
fièvre avec des principes et des procédés inverses ou dilférents. Pour les
uns, la fièvre typhoïde n’est autre chose encore qu’une gasü'o-entérite-,
pour les autres, elle est une entérite d’une nature particidière, qui n’a
rien de commun av-ec l’entérite vulgaire. Il y en a qui n’y voient pri¬
mitivement qu’une dégénération humorale, tantôt bilieuse, suivant les
idées de M. Delai-oque, tantôt sanguine, comme le veut M. Magendie.
Pour beaucoup d’autres, la fièvre typhoïde n’existe ni dans une altéra¬
tion humorale ni dans une lésion des intestins : poiu- ceux-là ces phéno¬
mènes morbides ne sont que des effets, et la fièvre tyqdioïde se présente
comme une lésion générale de l’ensemble des organes, dont le contre¬
coup seulement peut porter davantage sur tel ou tel système, tel ou tel
organe isolément. Enfin, des praticiens très-sages, se rappelant qu'il y a
à peine quelques années il n’y avait aucune maladie du nom de fièvre
t 3 'phoïdc, au moins comme maladie vulgaire, ont rejeté colleetivcment
toutes les vues localisatrices des médecins actuels, et ont lait renti-er la
fièvre dite typhoïde dans la catégorie des fièvres bilieuses, putrides ou
muqueuses, reconnues dans tous les temps. Nous demanderons donc aux
conuni-ssaires de l’enquête clinique, si on les nomme, auquel de ces sys¬
tèmes ils rapporteront leius investigations? car, encore une fois, jiour
■ipprécier les caractères d’une maladie et son traitement, il est indis¬
pensable de posséder d’avance une loi de détermination.
TOME XXIII. S'l.iv. G
Ail surplus, que l’Académie ne s’y trompe pas ; on lui denianJc une
enquête, non poiu- chercliei- à dccoiU-iir la vérité sur la thérapeutique
de la fièvre typhoïde, mais pour essayer' à établir, sous l’autorité de son
nom, tel ou tel ti-aitemcnt particldier. Si les résultats de celte investiga¬
tion, en supposant qu’elle lïit assez niai inspii'ée pour s’y liirer, ne se
trouvaient pas d’accord avec ces vues individuelles, ou peut être bien
assuré d’avance qu’on ne manquerait pas d’en infirmer les résultats.
Mais admettons, par impossible, que l’enquête en question fît arriver à
une conclusion positive, il resterait encore à Ibiunir les moyens de con¬
vertir' à la pratique préconisée les médecins étrangers aux motifs déter¬
minants de la commission. Et quel moyen pour cela ? Car chacun conser¬
vera toujoru's la liberté de les repousser ou de s’y conformer. Voilà
encore ime irouvelle série d’errU'aves à l’exécution de ce projet.
Sérieusement, nous ne comprenons pas que des médecirrs qui affrchenl
un mépris si superbe pour les travaux de leurs devanciers, se morrtrenl
disposés à accepter aujourd’hui, sur une question de clinique, les déci¬
sions de leurs contemporains. Ce qu’ils veiJcnt, eu poussant à une en¬
quête, c’est obtenir, si cela se peut, l’assenthnent de leurs confrci'es à
des prémisses regardées par eux comme l’arche sainte, tout en se réservant
de récuser leiu- témoignage, si par hasard il contrariait leur parti
pris. Nous résumerons en deux mots notre opinion à ce sujet, en décla¬
rant qu’une enquête clinique siu' le traitement de la fièvre typhoïde nous
paraît une chose impossible et inutile ; et pour' appuyer notre assertion,
nous renverrons à qui de di'oit l’argument qid a été employé, argument
que l’on ne devait pas s'attendi'e à voir soutenir devant une académie
de médecins, savoir ; que depuis deux mille ans d’études on n’a rien
appris, ou on n’a appris que peu de chose. Or, si deux mille ans de
travaux et d’observations n’ont pu nous conduire qu’à une ignorance
presque absolue de la natui'e et du traitement des maladies, comment
peut-on se prometti'e d’arriver à la connaissance d’une maladie telle
que la fièvre typhoïde par ime investigation de quelques mois, de la par t
de quatre ou cinq médecins, et avec quelques douzaines ou si l’on veut
quelques centaines de malades?
Les impossibüités que nous signalons jaillissent d’aillem's de la nature
même de la fièvre typhoïde. Pas plus que les autres maladies, elle ne
reconnaît pas une seule et même cause, et ne sam'ait avoir' ni la
même natiue, ni la même gravité, ni les mêmes symptômes. La fièvre
typhoïde offre des différences véritablement fondamentales, et la preuve,
c’est que les médecins ont senti la nécessité d’y introduire dés distinctions
essentielles ; en outre, les mêmes espèces diffèrent par l’àge, le .sexe, la
constitution des sujets, et principalement par la con.stifution médicale.
( 83 )
Qui jjelil dii-c feiiliu qilc les (lèvres typhoïdes observées dans la capitale
sont les mêmes que celles qu’oii observe dans le Midi, et qu’elles con¬
servent toujoüi-s à Paris les memés formes et les mêmes variétés? La
commission d’eilquêie peut-elle se promettre de rassenililer, dans un
nomlire nécessauement très-borné de malades, toutes ces formes?pourrr,-
t-elle voir passer sous ses yeux, dans l’espace de quelques mois, les cas
ilivers qui proviemient de la diversité de circonstances et de sujets? Et
comment ai'river à une conclusion sans cela?
Une dilBculté encore capitale de l’enquête proposée, tient au procédé
employé polir apprécier comparativement les succès des divers ü-aitc-
ments. Ce procédé, déjà jugé, n’est autre chose, comme on s’en doute, que
la méthode numérique ; or, ou sait cpie par cette méthode on est paiTenu
à justifier toutes les opinions, toutes les pratiques ; preuve non équivoque
lie la défectuosité delà méthode même. En effet, la méthode numérique
a étabU h la fois, entre les mains de M. Bouillaud, les succès des saignées
coup sur coup; cnti’e les mains de M. Delaroque, l’excellence des pur¬
gatifs; puis l’avantage des toniques; puis celui deschloriu-es; plus loin,
l’insullisancc de tous ces moyens, et la prééminence de la méthode expec¬
tante ; aillem'S encore, le danger des saignées et des pm'gatifs. L’énoncé
rapide de ces difficultés atteste donc l’impossibilité de ti-ouver ime base
de détermination pour la nature de la maladie, et le tort ipi’a eu l’Aca¬
démie de prendi-c au sérieux la proposition d’enquête.
Si l’on nomme une commission, ce qui ne nous paraît pas probable,
on peut pressentir déjà comliien il y aura de dissidence dans la niaiiièrc
de juger l’action des méthodes tliérapeutiques, quels que soient les juges
choisis pour cela. Mais en supposant que, par un artifice légitime ou
non, la commission nommée parvienne à classer en catégories toutes les
opinions, comment s’y prendi’a-t-elle, au lit des ipalades même, pour
s’assurer de la valeur relative des diverses méthodes de ti'aitcmcnt?
Sera-ce en plaçant dans une même salle cinquante ou soixante malades,
comme le veut M. Bouillaud, et en appliquant à des catcgoiies de huit
ou dix sujets chaque méthode particuliroe, sous la direction des divei-s
médecins composant la coimui.ssion d’enquête (sans doute? ), afin déjuger
par les effets définitils de rexcellence relative des diverses méthodes?
Sans parler de l’immoralité, du scandale même d’expériences faites de
cette façon, ne voit-on pas que tous nos arguments relatils à la constitu¬
tion médicale, à l’âge, à la saison, existent tout entiers? M. Rayer, que
nous avons été étonné de voir prêter im certain ajipiii à cette proposi¬
tion, car nous connaissons scs hautes lumières et’la sagesse de sou cspiït,
M. Rayer voudi-ait que la commission jugeât des malades et du traite¬
ment auprès des médecins des hôpitaux eux-mêmes cl en se transportant
(84)
dans leurs services, llcciserait niatériellement plus raisonnable ; mais les
memes objertioiis scicntilicjues existent toujours. En résumé, il ressort é\ i-
demment pour nous, d’après les impossibilités diverses que nous venons
de signaler, que k projet d’enquête est unecbimère, et que l’Académie
a eu tort de ne pas trancber la question par l’ordre du jour.
(jrEI.Ql)ES C.OXSIDÉR^TIOXS SUR RA GASTRALGIE ET SUR SON TRAITEMENT,
La gastralgie ne doit pas èti’c prise toujours et partout pour une ma¬
ladie identique, due à des causes pai'eilles et d’une nature invarialile.
Malgré la similitude des désordres fonctionnels qui la caractérisent, il y
a plusieurs sortes de ces douleiu s de l’estomac tpi’on nomme avec raison
gastralgies; et pour ai-river à une tliérapeutique raisonnable et heureuse,
il faut en distinguer avec soin les espèces dilférentes, chacune d’elles en¬
traînant des indications thérapeutiques toutes spéciales. Qui oserait traiter
de la même manière certaines douleurs épigastriques propres à une in¬
flammation de l’estomac, et celles qui se montrent chez les femmes tour¬
mentées p.ar des flueurs blanches, et celles qui apparaissent chez les
sujets affectés d’un squirrbe ou d’im cancer de l’estomac, et celles qui sont
propres aux sujets nerveux ou goutteux, et celles enfin qui res'êtent si
souvent la forme périodique intermittente? Dans tous ces cas, il y a
douleur à la région de l’estomac, doulem' souvent caractérisée par la
aivacité des sensations pénibles ressenties à l’épigasti-e, et en même
temps trouble plus ou moins prononcé des fonctions digestives avec bri¬
sement des forces, fit pourtant, sous cette apparence commmie, ilfaudi-a
pour chaque cas choisir un traitement intelligent si l’on veut qu’il soit
heureux; car l’énumération des tpielqucs variétés que je viens d’indiquer
fait comprendi'e tout d’abord que ce traitement aura besoin, pour réus¬
sir, de s’accommoder à l’espèce de la gastralgie.
Je n’ai pas l’intention de résumer la thérapeutique de toutes les
gastralgies dont je viens de rappeler l’existence. lien est seulement mie
dont j’ai l’intention de m’occuper ici, c’est la gastralgie proprement
dite, maladie beaucoup plus fréquente qu’on ne le croirait d’après les
traités généraux de pathologie.
Je laisse donc de côté pour aujourd’hui et la gastralgie inflammatoire
qui cède aux évacuations sanguines locales et à un régime convenable,
et la gastralgie des Icucorrhéiques qui ne guérit que par im bon emploi
des moyens capables de faire disparaître les Iluem's blanches, et celle qui
attaque les goutteux, et celles plus communes qui prennent une forme
intermittente et périodique. et par conséquent appellent surtout la qui-
( 85 )
nine, et je ne m’occupe que de la forme de gastralgie à laquelle peut
s’appliquer la description suivante :
Les malades se plaignent de ressentir brusquement une douleur ex¬
trêmement vive et aiguë à l’épigastre ; cette douleur, d’une natime très-
facile à reconnaître et dont la durée n’est pas toujours la même, vient
presque infailliblement après l’ingestion des aliments, quelle que soit
d’ailleurs la nature de ces aliments : il suffit qu’ils y soient introduits
pour que la douleur se développe, et le plus souvent un espace de dix à
trente minutes sépare à peine le retour du mal et l’ingestion des matières
alimentaires. En même temps que la douleur existe, il y a une notable
oppression, une sorte d’anéantissement des forces morale.s et muscu¬
laires , quelquefois des vomitiu’itions et même des vomissements, mais
presque toujours des régurgitations acides ou glaireuses. Ces accidents,
après avoir duré pendant un temps qui n’est pas toujours le même,
finissent par diminuer d’intensité, puis disparaissent tout à coup comme
par enebantement, pour recommencer de la même manière quand on
donne lieu à un nouveau travail de digestion. Dans tout cela, point de
fièvre, à peine un peu de vitesse, d’inégalité et d’agitation du pouls ;
point de chaleur à la peau, point d’enduit particulier de la langue, point
de couleur anormale : la langue reste humide, un peu blanche et pâ¬
teuse. Pendant la durée de la douleur, la physionomie a pris un aspect
particulier et une expression indicible, mais très-saisissable de douleur.
Cet état particulier de l’estomac, que je n’ai point jusqu’ici nettement
vu dans les livres, mais que la pratique m’a déjà montré nombre de foi.s
tant en ville qu’à mon hôpital, s’est toujom-s présenté à mon observation
avec les mêmes caractères, assez complets et assez tranchés pour qu’il
me fût impossible de le confondre avec d’autres maladies de l’estouiac
et d’y voir antre chose qu’une névralgie.
Sur un seid point on peut garder des doutes. 11 arrive souvent dans le
commencement d’un cancer à l’estomac, et pendant que tous les désor¬
dres matériels sont encore à l’état de squinhe et surtout de squirrhe peu
développé, que le malade présente des phénomènes analogues à ceux que
je viens de décrire. Dans les deux cas, tout est pareil ; les suites des deux
maladies me semblent seules devoir les distinguer.
Dans le squirrhe commençant, il n’y a point encore de tumeur appré¬
ciable à l’épigastre; on n’y trouve rien qui autorise un diagnostic
assmé : les vomissements noirs n’ont point encore eu lieu. D’une autre
part, les douleurs vives et le ü-oulile de la digestion sont les mêmes dans
l’un et l’autre cas; dans l’un comme dans l’autre, les vomissements et
les régurgitations glaireuses et acides sont également conmmns ; dans
les deux cas, les aliments ne sont pas tous vomis, et il arrive quelque-
; 86 '
fois que les lins sont rejetés et les antres eousenés [lar rcstoiuae; dans
certains cas même de névraltiies le mieux earactéi'isées, quelques vo¬
missements noii'âti'cs résultent de la matière colorante de la bile qqi se
trouve rejetée, et le faciès névralgique, l’espèce d’altération qije cette
maladie donne aux traits et à la couleur, leiidont à la faire confondre
avec le squirrbe ou le commencement du cancer. Tl n’y a donc, je le
rcpèîe, que l’issue ipii la juge, soit que la gastralgie ne soit dans cer¬
tains cas que le commencement d’un cancer, soit q|ic le cancer com¬
mençant signale son apparition par des douleurs de l’ordre des névral-
g'cs-
Dans l’ctat de perplexité où le médecin se trouve quelquefois jeté par
la persistance de ces douleurs et par la craipte (ju’eUes doivent lui imspi-
rei- sur la terminaison probable du mal, je ne connais rien de plus satis¬
faisant (|ne de pouvoir conserver encore des doutes sur la nature de
l’affection qui se présente, et en meme temps la certitude, quel que
soit le terme des deux chemins qui se présentent, de prcntb-c une bonne
direction pour celui des deux côtés qui laisse des ressources. C’e.st ce qui
m’est arriyé précisément dans quelques cas analogues. L’heureux succès
obtenu à plusieurs reprises dans des cas où des médecins ti'ès-recounnan-
dables et moi-meme avions craint un squirrbe à l’estomac m’engage à
insister sur ce point.
(lu’on ait ou non à craindre un cancer de l’estomac ou du pylore, ou
bien seidement qu’on ait affaire k une gastralgie, la thérapeutique ne
doit pas variei’; le pronostic, qui sera toujours tiès-réservé dans ces
sortes de cas, prendra, suivant la plus giande somme de projiabilités
d’uit côté on de l’auü'e, juie gravité plus ou moins grande. Mais les in¬
dications thérapeutiques restant les memes pour le traitement, il importe
donc beaucoup moins de constater qu’il y a ou non commencement de
siptirrhe ou présence seule de gastralgie.
Mais >1 faut se garder de confondre cette gasti-algic ayec certaines
autres dont la jhcrapentiqiie a ses lois particulières ; je veux parler des
gastralgies périodiques intcniiittçntes. Ij arrive souvent en effet que les
unes cqnnuc les autres sp reproduisent a)ix mêmes heures et se dissipent
régulièrement pour laisser ensuite un intervalle setphlable de rcpo.s.
Mais cette sorte de périodicité, qui, si elle était naturelle et fondamen¬
tale, aurait ses indications spécifiques de traitement, ne ù’ompera pas
le nfcdecin qui aura eu soin de constater que le refour régulier des dou¬
leurs dépend, dans la gastralgie npo périodique, du retour périodique
des repas. J’ai vu souvent des névralgies de la face rappelées ainsi par
les efforts musculaires de la làcc opérés pour la mastication ; j’en ai vu
qui occupaient exclusivement l’estomac, et qui pe manquaient pas de se
{ 87 )
montrer aussitôt qu'on obligeait ect organe à remplir sps fonctions d'une
manière active. Dans ces cas, il suffit de changer les heures d’alimen¬
tation pour voir des variations dans les apparitions do gasti'algie. Je
dois même dire qu’après une certaine étude des gastralgies, on n’a plus
besoin de cette épreuve pour apprécier la nature du mal. On le trouv.e
si constant pour répondre aux appels qui ont lieu dans l’estomac, que
presque toujours l’histoii'c de la maladie suffit pour édifier le médecin.
Si la névralgie gastrique est périodique, si elle arrive le malade éfant
à jeun aussi bien que quand il a mangé, si elle ne correspond pas néces¬
sairement aux repas, on doit la considérer comme intermittente pério¬
dique. Si elle s’éloigne de ces conditions, il ne faut pas lui opposer du
sulfate de quinine : ce médicament, qui aurait été dans le cas précité
comme une véritable ancre de salut, deviendrait au contraire une cause
d’exacerbation du mal, comme autrefois j’en ai vu des exemples.
La gastralgie simple étant bien constatée, je crois pouvoir ainsi dé¬
duire le traitement, d’apràs ce que j’ai vu.
Les malades affectés de gastralgie ne souffrent pas quand ils sont à
jeun. Presque toujoiu's on les trouve exténués par une longue diète à
laquelle ils se sont instinctivement soijinis pour ne pas souffrir. Malheu¬
reusement le soidageraenf que ce régime leur donne provisohement ne
fait ({u’empirer leur situation : lepr estomac en est devenu plus sensffile
à la présence du moindre corps étranger, et comme on ne vit pas sans
s’alimenter, ils arrivent, eje diètp exténuante en petits repas qui rappel
lent leur douleur, à un véritable état de consoraption qui les rend encore
plus acccfisffiles aux névralgies.
Il me paraît donc indispensable clc chercher surtout h prévenir cet
affaiblissement en même temps (jn’on cherche à modérer et à faire dis¬
paraître le mal. Or voici ce que l’expérience clinique m’avait démontré
avant que des recherches spéciales sur |a digestion vinssent m’éclairer
suffisamment à cet égard.
Les acides en général sont des irritants très-actifs pour le système
nen eux ; les aliments acides ou qui je deviennent beaucoup dans l’esto¬
mac rappellent plus vivement les douleurs névralgiques de cet organe.
La première indication thérapeutique doit donc consister à éloigner de
ralimentatioii des névropathiques tous les aliments acides ou ceux qui
le deviennent d’une manière plus spéciale^ soit par leur nature, soit
parce qu’il faut pour leur dissolution stomacale un degré plus marqué
d’acidité du suc gastrique. L’expérience clinique m’avait déjà conduit
à insister beaucoup, dans ces cas, sur le choix des aliments, avant que
des expériences directes m’eussent démontré les divers degrés d’acicÙté
que prennent à jeun, après un repas, et surtout après certains repas, les
sucs gastriques.
La première indication à remplir me paraît donc de recommander les
aliments les moins propres à mettre les parois stomacales en contact
immédiat avec des acides un peu développés, et cette indication me sem¬
ble fortifiée sinjçiilièrement de celte remarque, que l’estomac à jeun ,
c’est-à-dire dans l’état où il ne fait pas soiillrir les névropathiques, ne
contient que des liquides dont l’acidité est pour ainsi dire à peine appré¬
ciable.
Une seconde remarque faite auprès des malades est venue encore h
l’appui de cette première, c’est que des sujets m’ont souvent accusé
sentir dans la bouclie. quelque chose d’aigre, de sûr, comme s’ils
avaient sucé du citron ; c’est que dans leurs voinituritions ils ont pres¬
que toujoiu's senti l’aigre dans les gorgées qui leur remontent ; enfin, c’est
que dans beaucoup de cas il m’a suffi, pour ôter tout ce malaise et pour
diminuer la douleur, de faire avaler quelques gorgées d’eau tenant en
suspension un peu de magnésie décarbonatée et de faire rincer la bouche
avec le même liquide. J’insiste alors pour que la magnésie soit prhe
presque immédiatement après le repas, parce cpi’elle me présente ainsi
un double avantage : d’abord elle fait disparaître ces aigreurs et ces
vomituritions en même temps que le goût acide dont se plaignent les
malades ; ensuite elle produit l’effet d’un laxatif pris à petite dose, ce
([ui n’est pas à dédaigner chez ces sortes de malades, en général sujets à
une grande constipation.
Mais ces deux indications remplies, quelque importantes qu’elles
soient, ne suffiraient pas pour débarrasser le sujet de sa névralgie, si
on n’y ajoutait pas quelque chose de plus eflicace, et l’expérience a
prouvé pour moi que ce quelque chose c’est la morphine.
Le cas qui m’a conduit à faire de son usage une règle générale mérite
d’etre rapporté.
M. de M...., après avoir longtemps vécu dans les parties les plus
chaudes du Nouveau-Monde, en était revenu avec une disposition très-
prononcpe aux gastralgies ; il en avait déjà plusieurs fois ressenti les at¬
teintes, quand il fut pris à la région de l’estomec d’une douleiu- plus
intense qu’à l’ordinaire. Cette douleur se faisait sentir aussitôt que des
.aliments étaient introduits dans l’estomac. Elle allait quelquefois jusqu’à
arracher des ci-is au malade.|La digestion était lente et troublée, et après
((uelques heures tout rentrait dans l’ordre ; le malade cessait de souffrir,
jusqu’à une nouvelle introduction d’aliments, quels qu’ils fussent. D’ail¬
leurs point d’autres dérangements de la santé qu’une constipation opi¬
niâtre au lieu de la diarrhée habituelle que M. de M.... avait rapportée
des colonies. Point de fièvre, point de rougeur delà langue. J’essayai
d’abord plusieurs mo 3 'ens (je n’avais pas encore eu le temps de me faire
( «9 )
un plan de conduite raisonné dans des cas de ce genre). Des lavements
purgatifs rappelèrent la diarrliée supprimée, sans rendre au malade sa
santé habituelle ; des sangsues furent applitpiées à l’épigastre sans ré¬
sultat avantageux, quoiqu’elles y fussent mises en grand nombre et à
plusiem-s reprises ; des cataplasmes émollients et narcotiques sur la meme
région fiirent^inutilcs et on y renonça, ainsi qu’au sulfate de quinine,
qui fut tenté; des bains furent pris au moment de la digestion et n’ob¬
tinrent pas plus de succès. Enfin, le malade commençait à désespérer de
sa guérison, lorsque, considérant la natine de la douleur, l’absence de
symptômes fébriles, l’exactitude avec laquelle ce mal étrange revenait
aussitôt que l’estomac était sollicité à remplir scs fonctions spéciales, je
m’avisai de prescrire une pilule de 25 milligr. ( 1 /4 de grain) de chlor¬
hydrate de morphine, à prendre aussitôt que des aliments auraient été
ingérés. A compter de ce moment le malade se ti’oiiva guéri comme par
enchantement. Plusieurs jours de suite il termina chacmi de ses légers
repas par la prise d’une ou iiicmede deux de ces pilules, et il avait tel¬
lement cessé de souffrir que, se croyant définitivement guéri, il essaya ,
d’après mon conseil, de manger sans prendre de morphine. Immédiate¬
ment ses douleurs premières r evinrent avec toute leur intensité ; puis
elles cédèrent encore au même remède, administré comme la première
fois. Cette expérience, répétée à plusieurs reprises, nous donna long¬
temps, mais d’une manière décroissante, des résultats semblables, jus¬
qu’à ce qu’cnfin ayant continué pendant près d’un mois l’usage du chlor¬
hydrate de morphine à doses successivement moins élevées, M. de M....
en vint à digérer sans le secom's de l’art. Pendant tout le temps du trai¬
tement, qui dura en somme près de ti'ois mois, M. do M.... portait con¬
tinuellement sur lui une boîte de ses pilules, dont il ne pouvait se sé¬
parer impunément, siu-tout s’il lui arrivait de dîner eu ville.
Cette première obseiTation, qui m’avait paru assez remarquable pour
la citer à part dans un mémoire sur les névralgies présenté à l’Académie
royale de médecine, a été depuis lors suivie d’un assez grand nombre de
faits semblables pour que je me croie autorisé à en tmer aujourd’hui
des règles positives sm' l’administration du même médicament dans des
cas analogues, et voici comment l’expérience m’a prouvé qu’il fallait
se gouverner :
Après le repas pris, aussitôt que la douleur se fait sentii’, je prescris
une cuillerée à café d’une potion faite avec
Eau sucrée, 45 grammes,
Chlorhydrate de morphine, 10 centigi'am.
On renouvelle l’administration de cette cuillerée plus ou moias fréquem¬
ment, selon l’intensité et la ténacité de la douleur. On va, s’il en est
jiesoin, jiisqua consommer toute la potion ; mais presque toujours au
Itout de quelques cuillerées à café, prises de dix minutes en dix mjnutes,
l’effet sédatif est produit et le malade soulagé. Je. prélère la solution de
chlorhydrate de morphine aux pilules que j’avais employées pour M. de
M...., parce qu’on est plus maître de gouverner à volonté le médica¬
ment administré sous cette forme, d’aller jusqu’où il est nécessaire
pour supprimer la douleur, et de s’arrêter à volonté quand il n’est plus
nécessaire d’insister. Pour les enfants surtout, cette considération est
capitale, et l’importance m’en a été bien démontrée dans un cas dont
je crois utile de dire un mot.
Une jeune personne de neuf ans était prise pour la seconde fois d’une
névralgie de l’estomac tout à fait semblable à celle que je viens de dé¬
crire. 'Traitée comme je le conseille, elle avait cessé de le soufïrir. Les
parents avaient néanmoins cm devoir lui donner encore quelques cuille¬
rées de la solution de morphine. Cet excès produisit bientôt un véritable
narcotisme, avec rétention très-douloureuse de l’urine. Heureusement
on n’avait pas dépassé de beaucoup la dose nécessaire, et ces nouveaux
accidents, qui commençaient à m’inquiéter, cédèrent, avec quelques
heures de patience, à un long bain tiède , et, bien entendu, à la sup-
j)res.sion de tout narcotique. Je ne sais pas ce qui serait arrivé dans ce
cas, si au lieu de petites cuillerées de solution de morphine on avait
donné d’invariables pilules contenant toujours une beaucoup plus
grande quantité du remède.
Hans les cas que j’ai vus, je n’ai jamais rencontré d’autres accidents,
et toujours sous l’action coraltinée d’un peu de magnésie calcinée et de
la morphine, la digestion, horriblement pénible des gastralgiques, s’est
faite d’une manière satisfaisante.
On conçoit d’ailleurs quelle extrême restriction je dois mettre ici à
cette assertion, en ce qui concerne les gastralgies qui peuvent dépendre
d’une affection cancéreuse ou squirrbeuse de l’estomac. Dans ces cas, Iç
traitement que je conseille ici soulage toujours, et mieux que tout autre
moyen que je connaisse ; mais je suis loin de croire et de dire qu’il gué¬
risse. C’est néanmoins déjà beaucoup que de soulager les victimes dé¬
vouées à ce mal affreux. Ce serait bien plus encore si Ton pouvait
parvenir toujoiu-s à cette satisfaction que me donne un fait que j’ai
actuellement sous les yeux, de pouvoir douter de la réalité du
squirrhe ou du cancer. J’aime à rapporter ce fait pour encourager les
praticiens dans la même voie.
Une femme, qui sert maintenant comme infirmière dans une de mes
.salles, y est entrée, il y a plus de deux ans, dans un état tellement grave
qu’on a cru à un squirrhe ou à un cancer del’estomac. IJeuxpraticien.s
( 91 ;
très-çclaii’és, trçs-jndiçieiix, i[ui m’ont supplée pcndiuit quelque temps,
ont erp tofls les deux à la réalité de l’affection cancéreuse on sqnirrhçqse,
et cpiamf moi-même je x'is pour la premièi'c fois la malade, je partageai
complètement leur opinion. L’émaciation de la malade, sa coloration,
ses douleurs, ses Tomisseraents perpétuels, nous ax^aient amenés à cette
rroyancc, qui d’aillem’s ne s’était jamais élevée pour aucun de nous
jusqu’à la conviction, parce que nous ne sentions au palper aucune
tumeur distincte vers l’épigastre, et parce que, malgré ce que la malade
nous racontait sm- des vomissements noii’s qu’elle avait eus, nous n’a¬
vions point vu dans ce qu’elle vomissait ce dépôt comme du marc de
café ou de suie, qui aurait fixé notre diagnostic. D’ailleurs, excepte ces
deux conditions capitales, toutes les autres raisons de supposer la pré¬
sence de cette grax'e maladie se trouvaient réunies chez cette malade,
lorsque je la soumis au traitement indiqué plus haut. Au bout de trois
mois de traitement, la malade, dont l’état s’était successivement amé¬
lioré, pouvait digérer sans douleur des aliments raisonnables ; elle avail
repris autant d’embonpoint que sa constitution le comporte, et elle se
trouve si bien que je croirais ou qu’elle n’a jamais eu qu’une gastralgie,
ou que l’état plus grave primitivcinent diagnostiqué a été guéri, si de
temps en temps je n’étais pas obligé de la remettre à la magnésie ef à la
morphine, pour enrayer les accidents primitifs qui repullulent quelque¬
fois , mais toujoiu's dans un degré beaucoup moindre.
La morphine à l’intérieur n’est pas d’ailleurs le seul remède qu’on
puisse emplqyer contre ces gastralgies. Je me suis souvent très-bien
ti’ouvé de tenir sur l’épigastre des emplâtres de thériaque, d’extrait
aqueux d’opium ou meme de morphine. Presque toujours il est utilp
d’insister sur ces applications, même longtemps après que la médication
appropriée a fait céder les premiers accidents. Ces applications conti¬
nuent l’action sédative que les autres moyens ont exercée, et il est rare
que les petits retours de gastralgie auxquels les malades sont encore
exposés dans leur conx'alescence ne cèdent pas à cette médication suffi¬
samment prolongée. Mais je ne puis trop insister sur la ténacité qu’il
faut mettre à chasser jusqu’aux dernières apparences du mal > caP l'iep
n’est plus sujet à retour que les affections dpplouteuses du systèinc
nerveux.
Une dernière recoujtnandation qu’il importe enfin de rappeler aux
médecins, est celle de reneffe le régime alimentaire aussi régulier ej
aussi fortifiant que possible. Des aliments faciles à digérer et dans les¬
quels l’économie trouve une ample et réelle réparation sont j aussitôt
que les symptômes permettent d’y recourir, une des ressources ks plus
précieuses pour le üaitement ou plutôt pour l’expulsion définitive du
; 92 )
mal, amoiiidi'i pai' l’usage des narcotiques. L’espèce de débUité parti¬
culière aux névropathiques ne cède jamais mieux que quand on par¬
vient à les soutenir par un bon régime, aidé dans quelques cas de l’usage
des ferrugineux. Pom le traitement de la névralgie dont je parle, c’est
à ce rôle que je crois devoir borner l’usage du fer, car je ne l’ai jamais
trouvé utile que dans les cas spéciaux dont je viens de parler, et par¬
ticulièrement chez les femmes mal réglées, qui forment une notable
portion des névropathiques.
D' S. ,S.\?[Dn,\s.
CONSlUKR.tTIONS PRVl’HJtKS SUR i/eCZE.MA ET SOIN Tn.\ITE.M£NT,
Par M. K.MERT, médecin de l'hôpital Saint-Louis.
L'eczema est aux dartres humides cc que le psoriasis est aux dartres
sèches ; c’est la maladie la plus fréquente, et qui sans aucun doute tour¬
mente le plus les malheureux qui en sont atteints.
Toutes les causes excitantes de la peau peuvent le faire naître, et
souvent aussi il prend naissance sous des influences générales qu’il est
bien difïicilè de saisir. Ainsi au moment de la cessation des règles, on
voit des eezema de la tête, des aisselles, des parties sexuelles, qui vien¬
nent tourmenter les malheureuses femmes qui arrivent à cette époque,
et ordinairement ils résistent longtemps aux médications les plus ration¬
nelles. Les jeunes femmes d’une constitution lymphatique, qui, après
sept à huit ans de mariage, n’ont point eu d’enfants, et qui éprouvent
un peu de dérangement dans les règles, y sont très-sujettes ; mais à côté
de cela, il n’est pas rare de voir de très-jeunes filles, bien constituées,
être prises d’eczema avant et après l’an'ivée des règles , quoique rien
n’annonçât chez elles la moinch'e disposition lymphatique. 11 est des pro¬
fessions qui y prédisposent évidemment ; ainsi toutes celles qui forcent
à manier des substances pulvérulentes plus ou moins actives, ou bien
qui exposent à l’action d’une chaleur plus ou moins vive, font naître
des eczema sujets à récidive, si, après avoir- été guéri, on retourne se
mettre sous l’influence de la cause ejui les a déjà provoqués une première
fois. L’eczema est caractérisé par l’existence d’une foule de. vésicules
très-rapprochées les unes des autres, qui peuvent couvrir des siu'faccs
plus ou moins étendues, mais qui se montrent de préférence dans cer¬
tains lieux d’élection, comme le denière des oreilles, le front, les aissel¬
les, le pli de toutes les articulations, le dessus des mains, les intervalles
des doigts, en général les lieux où la peau est plus douce et presque
constamment humectée par la transpii-ation, et où les follicules sont
nombreux. Tous les âges y sont assujettis, l’extrême enfance même; mais
( 93 )
l’époque de la puberté che?, les femmes, et l’âge critique y prédisposent
davantage, et chez celles qui sont peu fortunées, à un âge avancé, l’u¬
sage des chaufferettes trop chaudes. Les hommes, qui y sont moins su¬
jets que les femmes, lorsque des travaux sédentahes les forcent à rester
les jambes pendantes, voient aussi cette maladie les atteindre, de même
que ceux qui ont des varices aux jamljes ; c’est surtout ebez eux que
les professions ont une grande influence : ainsi les perruquiers, les épi¬
ciers, les forgerons, les chapeliers, etc., sont souvent affetés d’eczema
aux mains. Des médecins très-recommandables ont cru que cette maladie
était contagieuse, et Biett disait avoir constaté que des eczema des par¬
ties sexuelles s’étaient communiqués par le coït. Une autorité aussi com¬
pétente est d’un grand poids dans la balance. J’ai, à cause de cela, mis
beaucoup de soin à rechercher si cette opinion était fondée, et je dois
dire que tous les résultats que j’ai obtenus, me portent à crohe que Biett
aura été induit en erreur ; bien que je ne pense pas que des faits négatifs
puissent infu-mer des faits positifs. Mais cette malaihe est si fréquente,
on a tant de fois l’occasion de l’observer sous toutes ses faces, qu’il est
bien cUflicile de se tromper. Alors, ou l’on doit regarder les faits obser¬
vés par Biett comme des exceptions, ou, mieux encore, l’on peut crohe
que l’inchvidu qui a contracté la maladie y était prédisposé, et que le
liquide qui suintait de l’cczema a agi comme l’aurait fait toute auü'e
cause hritante. Unesomxe de transmission bien plus sûre, selon beau¬
coup de médecins, est l’hérédité. Il faut encore (hre ici que, bien qu’il
y ait des cas qui laissent peu de doute sm' son mfluence, on l’a considéra¬
blement exagérée, et que sur cent cas d’eczema bien observés, il n’en est
pas dix qui reconnaissent poiu- cause une maladie de même natiu-e du
père ou de la mère, et que d’ailleius mie personne qui en est atteinte
par hérédité peut avoir eu des parents qui avaient ou des psoriasis, ou
des impétigo, ou toute autre maladie darü’euse. Comme mon but n’est
pas de faire un ti'aité de cette maladie, bien connue et bien décrite de¬
puis longtemps, soit qu’on la désigne sous le nom d’eczema ou sous ce¬
lui de squammeuse humide, conmie le faisait Alibert, je n’ajouterai plus
qu’un mot sur une des causes qui peuvent le fah-e naîtie, ou l’augmentei-
quand il existe : je veux parier des vésicatoires de précaution qu’on ap-
phque aux enfants et aux grandes persomies sous les prétextes les plus
Irivoles; fréquemment il se développe, autour, des eczemas intenses qui
quelquefois envahissent tout le corps. Cette méthode n’est pas plus ra¬
tionnelle quand ils existent déjà ; car, au heu de les fahe di.sparaître du
lieu où ils sont fixés, on les étend à toute la surface du corps. Les exem¬
ples d’eczema légers, qui auraient facilement cédé au traitement le plus
simple, et qui se sont étendus sous cette médication mal (hrigée, ne sont
jjas lai'ès. Il faut cHcorr ajoiitw qu’ils ont le gl-avi: iticou\-éiiletlt tlo
pi'oditire des engorgeiiients sous-maxillaires, qui se propagent de pl-otbe
en proche, et qui quelquefois, eu gagnant les ganglions bronchiques,
deviennent des causes de phthisie pubnonairc.
L’eczema a-t-il son siège anatomique dans les folbculcs sébUbés,
comme quelques médecins l’ont prétendu, où bien dans la membrane
\ asculairc de Eiebhorn, cominc le voulait Bictt? C’bst ce qui n’est nulle
ment prouvé, et tant que l’organisation de la peau ne sera pas niifeux
connue, il sera trcs-diflicilc, poim ne pas dù’e impossible, d’assigner
at ec exactitude le siège des maUdies (jui peuvent l’atteindi-c.
Tous lés eczema sont aigus ou chroni([ues, et se divisent en trois
espèces qui sont désignées par Willan sous les noms de sotate, intpëiiçji-
rlodes, et rubnnn; et parBiett sous ceux de simplex, à’impetiginodes,
et de rubrum. Gomme je préfère le mot simplex pour qualifier la pre-
tnière espèce, j’adopte la dernière classification. La première espèce est
Caractérisée par une éruption de vé.sicules plus ou moins étendîtes, agglo¬
mérées, petites, transparentes, qui surgissent tout à coup sans douleur,
dont le liquide est tantôt résorbé, tantôt detûent opaque, et qui, éns’ou-
vt’ailt, forme un petit disque d’écailles qui ne tardent pas à tomber ; sa
terminaison est souvent rapide, et en huit jours tout est fini. D’autres
fois la marche est pins lente, et le mal se propage par des éruplioiLs
succcs.sivcs, mais qui jamais ne donnent lieu à la formation de siu'faces
enflammées et suintantes, sur lesquelles les squammes se renouvellent
«•oiLstamment ; elles ne laissent aucune trace après elles ; borné lé plus
soux eut aux membres supérieiu-s, il existe fréquemment enti-e les doigts,
et a été pris pour la gale un grand nombre de fois. L’eczema simplex
est une affection bénigne, facile à guérii"; des boissons délayantes,
légèrement acidulées, des bains émollients, des lotions de même nature,
en triouiphent le plus souvent ; mais quand la maladie se prolonge et
s’accompagne de vives démangeaisons, je fais recouvrir les parties
malades de cataplasmes de fécule de pouuues de terre, j’augmeute la
diu'éc des bains, j’y joins de légers laxatifs, et rarement je suis obligé
tic recourir à d’autres moyens. L’eczema, par'un ti'aitement ûitcmpestif,
jmut aussi changer de cai’actère ; malheureusement beaucoup de méde¬
cins sont complètement étrangers au traitement des maladies de peau,
et aussitôt qu’ils y aperçoivent quelques écailles, ils recom'cnt aux bains
sulfureux, aux onguents plus ou moins actifs, dont le soufre et le mer-
cm e font la base, et changent ainsi une maladie bénigne eu une maladie
sérieuse, qui a non-seulement l’inconvénient de durer longtemps, d’oc¬
casionner de vives démangeaisons, mais aussi d’cmpèchcr ceux qui en
sont atteints de vacpier à leurs occupations.
( )
L’eczchia irapetigiiiodcs, bien que plus sél'ieux que le simplex, est
aussi une maladie qui peut céder dès le début, quand elle est traitée
convenablement : mais malgré lUie bonne direction dès le pl’inci))e, il
arrive qu’elle se prolonge un temps plus ou moins considérable.
Son nom indique sa nature ; ce ne sont pas seulement de simples vé¬
sicules, mais bien de véritaldcs pustules, qui forment enseinldc l’érup
tlbn. Ces dernières ne sont-elles que les vésicules du simplex ou du ru-
brum passées à l’état de suppimation, bu au contraûe leur origine
ést-ellé véritâblemcnt püstideuse ? C’est ühc question dont la solution
n’est pas donnée. Ce cpie je peux dii-e, c’est que je vois souvent à côté
de parties couvertes d’eczema impetiginodes, de véritables pustules
d’impetigo parfaitement isolées, recouvertes de croûtes comme dans la
mélitagi-e on impétigo figurata. Yoici au reste ce qu’on observe le
plus ordinairement dans l’eczema impetiginodes. Des vésicules nom¬
breuses agglomérées, jdeines d’uii liquide séro-piu’ulent, recouvrent
dans une certaine étendue des surfaces rouges et tuméfiées ; le liquide
qui en suinte s’épaissit rapidement, se concrète, et forme des squammes
composées de iliverscs couches superposées, au beu de lamelles minces
comme on l’observe dans l’eczema simplex. En tombant elles laissent à
découvert des surfaces enflammées d’où s’écoide un bquide roussâtre
qui reproduit bientôt des squammes semldables si l’on n’y porte remède;
quand le mal diminue, le suintement devient moins abondant et ne
forme plus que des squammes minces, des pellicules légères, la rougeur
s’affaiblit, et en quatre ou cinq septénaires la guérison est complète.
Mais il n’est pas rare de voir des points malades en voie de retour à
côté d’autres qui se couxTent de nouvelles vésicules séro-purulentes.
L’eczema impetiginodes peut passer à l’état chronique, mais comme il
se confond alors pai' scs caractères avec l’eczema rubrum, et qu'ati lieu
de pustules on n’aperçoit plus qu’une surface suintante d’où s’élève par
intervalles de petites vésicules, je les décrirai en même temps, car on les
guérit par le même traitement.
L’eczema rubrum est une maladie très-aigue, le plus ordinakement
accompagnée d’une fièvre assez vive à sou début. Il envahit de larges
surfaces et quelquefois tout le corps, comme je l’ai observé sur un jemie
médecm bordelais, où l’éruption fut prise pom- la gale par- un médecin
honorable, et pour Une variole conunençante par- im autre. Je le trou-
X'ai dans mes salles au milieu de galeux, fennement persuadé qu’il avait
la gale, d’après l’autorité compétente cju’il avait consultée. Sur mon af¬
firmation , il voulut sorte, malgi’é mes instances pour le retenir et le
placer dans un lieu plus convenaldc. Le lendemain, il revint couvert
il’ime éru)>tion générale tic vésicules qui se touchaient cl ne tardèrent
pas à s’ouvrii' pour laisser suinter un liquide séreux si abondant que j’é¬
tais obligé de le faire changer cinq ou six fois par jour de draps et de
linge. Je le fis saigner deux fois du bras. Je le tenais presque à demeure
dans des bains d’amidon, et quand il en sortait, je faisais recouvrir sou
corps de cataplasmes de fécule, car s’il était quelques instants sans en
avoir, il était en proie à des souffi-anccs vives , étant dépouillé par tout
le corps de son épiderme. Le derme était rouge écarlate et exü'èmement
douloureux. Une diète sér ère, de légers laxatif salins , des boissons aci¬
dulées , et des potions calmantes pour procurer un peu de sommeil, suf¬
firent pour le guérir en six semaines.
Quand l’eczema rubrum commence, la peau est chaude, rouge, enflam¬
mée et couverte de petits points saillants argentés, qui croissent pendant
trois ou quatre jours pour acquérû- la grosseur d’une tête d’épingle, et
former de véritables vésicules, qui, au bout de sept à huit jours, se
flétrissent et se terminent par exfoliation, en laissant au-dessous d’elles
ime sm’face rougeâti'e parsemée de petits points arrondis, entourés d’un
liséré blanchâtre irrégulièrement découpé. Cette heureuse ternuuaisonn’a
pas toujours lieu, surtout si on a opposé un traitement incendiaire au
mal. Alors rinflammation augmente au lieu de diminuer, les vésicules
gro-ssissent, se brisent, et laissent suinter un liquide séreux abondant
qui ne tarde pas à prendre une couleur laiteuse par suite du contact
de l’air sur une surface enflammée privée de son épiderme et excoriée
dans tpielipies points. Peu à peu la rougeiu' diminue, le liquide devient
moins abondant, des lamelles minces et humides se fonnent d’abord, puis
des squammes sèches tpii sont remplacées par d’autres plus minces, et
enfin, après quati-e, cinq ou six septénaires, la peau finit par reprendre
sa couleur accoutumée, en perdant peu à peu de sa rougeur de la cir¬
conférence au centre. D’autres fois enfin il passe à l’état chronique, et
devient une maladie rebelle, grave, cl souverainement incommode.
Tous les eczema peuvent passer à l’état chronique, soit parce que des
eru])tious successives ont épaissi le tissu de la peau, soit parce qu’il a été
irrité par l’éconlement d’un licpnde excitant, soit enfin par une influence
générale, comme une affection du foie, une phlegmasie chronique du
tube digestif, l’époque critique, ou toute autre disposition générale qui
échappe à l’observation. Sous ces diverses causes la peau, au lieu de re¬
prendre son étal naturel, s’enflamme, se gerce, s’excorie ; une sérosité
abondante s exhale ; il se forme des squammes de consistance, de couleur
et d’éteudue variées. La dméepeut être de quelques mois comme de pli:-
sieurs années, et au moment où on le croit à son terme, on voit les surfaces
malades se recouvrir d’une éruption nouvelle quelquefois très-considé¬
rable, mais ordinairement moindre que celle qui existait auparavant.
( !>y )
L’eczema chronique, souvent borné à une partie, peut envaliir toute
la surface du corps. C’est alors une maladie grave qui est fréquemment
liée avec ime altération plus ou moins profonde des viscères importants;
tantôt un écoulement de sérosité abondant s’y joint et affaibbt rapide¬
ment le malade, tantôt de larges squammes se forment et recouvrent
des surfaces d’iui rouge écarlate ; elles sont plus ou moins épaisses, sèches
ou molles, suivant l’abondance de l’écoulement. Dans les eczema impe-
tiginodes chroniques, ü n’est pas rare de voir des croûtes épaisses recou¬
vrir des points fort étendus de la peau, qui après leur chute restent d’un
rouge intense sur beaucoup de parties, mais d’un aspect violacé quand
ils occupent les jambes. J’ai vu des eczema chroniques qui atteignaient
le corps entier, et qui aux membres inférieurs étaient accompagnés de
pourpre hémorrhagique. Une autre forme de l’eczema est celle dont j’ai
en ce moment plusieurs exemples à Saint-Louis. La peau se coutTe de
squammes ressemblant à des écaiUes de poisson qui chevauchent les unc.s
sur les autres, dont l’éruption est bornée par un eercle rouge plus ou
moins foncé. Leur chute laisse apercevoir un tissu fortement enflammé.
Dans d’autres cas, derpoints de la peau ti'ès-rougcs sont recouverts
d’écailles extrêmement petites, blanches, et qui lui donnent un aspect
farineux. Les écailles sont plus ou moins épaisses et plus ou moins adhé¬
rentes , suivant l’intensité et la durée de la maladie. Dans les anciennes,
elles sont souvent sèches et recouvrent des parties qui n’ont aucun suinte¬
ment apparent. Elles ont alors une si grande ressemblance avec des
squammes de psoriasis, qu’il faut un œil très-exercé pour les distinguer.
Le tissu de la peau éprouve des altérations très-variées quand la ma¬
ladie a une longue durée ; il s’épaissit, se gerce, se fend, et les ongles
deviennent malades. D’autres fois, après un suintement abondant, il
s’ulcère, se boursoufle, et prend un aspect mamelonné.
Les eczema chroniques de la tête et du cou sont à coup sûr les plus
fréquents. C’est quand ils sont couverts de squammes blanches qu’ils
donnent à la tête l’aspect qui a été désigné sous le nom de teigne amian
tacée : très-rebelles de leur nature quand ils atteignent cette partie, ils y
sont marqués le plus fi'cquemment par im suintement abondant, surtout
derrière et autour des oreilles, dont fréquemment la peau s’épaissit au
point de les rendre hideuses, et de boucher complètement le conduit au¬
ditif. C’est dans l’eczema rubrinn clironiquc qu’on a nié l’existence des
vésicules ; mais c’est parce qu’on n’a pas assisté à son développement,
et s’il est vrai que le suintement vient de toute la surface à une époque
avancée, il n’est pas moins wai qu’il naît de vésicules agglomérées. et
qu’il s'étend par le même mécanisme.
Quand la maladie se guérit, on voit toujours le suintement eommen-
TOMR xxm. 5'' Mv. 7
( 98 )
cer k iliniinuor, les sqisammcs devenir de plus en plus sèches et min¬
ces , la rongeur diminuer d’intensité, cl la maladie s’effacer en allant
de la circonférence au centre.
Quoicjue bien des fois on ait confondu l’eczema simplex avec la
gale, il ne faut qu’un peu d’attention pour les distinguer : les vésicules
do l’iin sont groupées, sans démangeaisons ; les autres sont isolées ; des
sillons qui contiennent dcsacarus les accompagnent, et un prurit insup¬
portable les fait facilement distinguer. L’eczema rulirum ne peut èti'e
confondu avec aucune autre maladie sans un défaut d’attention inex¬
cusable. L’eczema impetiginodes à l’état chronique ressemble à l’eczema
rubrura, et l’absence de pustules isolées ne permet pas de le confondre
avec l’impétigo. Dans l’état aigu, les larges surfaces qu’il recoim-e,
l’état de ses pustules , qui ne contiennent qu’une sérosité purulente, et
qui sont la plupart du temps vésiculeuscs à leur début, et enfin le ré¬
sultat de la sécrétion, qui ne forme que des squammes minces, sont des
caractères qui diffèrent des pustiües isolées, pleines de pus et peu éten¬
dues de l’impetigo, et descroiilcs inégales, jaunes, chagrinées, épaisses,
qui sont le produit de leur sécrétion ; enfin l’eczema impetiginodes ne
laisse aucune trace apres lui, et des cicatrices très-apparentes peuvent
être la suite d'un impétigo.
Je l’ai déjà dit, l’eczema simplex est une maladie légère qui se ter¬
mine promptement par les moyens les plus simples ; le rubi nm cl l’im-
petiginodes peuvent aussi, quand ils sont convenablement traités, n’avoir
qu’une durée bornée ; mais quand ils occupent de grandes surfaces et
qu'ils s’accompagnent d’une lièvre intense, ils conslilucnl déjà une in.i-
ladie grave, qu'une bonne médication peut amener à bien en deux ou
trois septénaires ; mais si dès le principe on ne les a pas bien dirigés, on
doit s’estimer heureux si l’on peut les guérir en six semaines ou deux mois
de traitement ; Irequemment alors ils revêtent la forme chronique , et
leur terme ne peut cire assigné.
C’est surtout ceux quixicnnent chez les femmes à leiu'époque critique, et
les hommes d’un ceilain âge, qui, ax-ec beaucoup d’embonpoint, mènent
une vie sédentaire, que l’on voit facilement pa.s.ser il l’état chronique.
Quant à ce dernier, le pronostic peut en être très-grave, s’il occupe
une grande étendue , s’il dure depuis longtemps, enfin s’il est compli¬
qué d’une lésion profonde des organes abdominaux. Ce n’est pas quel-
quelois impunemcnl qu’on cherche à les guérir- et qu’on supprime un
écoulement abondant dont l’économie s’est fait une habil-.de, et qu’on
fait disparaître ce large cxutoii-e.
Pour traiter cette maladie, il faut en avoir une grande habitude, et
être médecin capable.
l 99 )
Le lichen agrius est aussi une maladie qui s'accompagne de vésicules
et de suintement; mais les papules sur lesquelles elles sont assises for¬
ment des aspérités qui le font facilement reconnaître.
Au reste, l’erreur ne serait pas gi-ave, car il se guérit par les mêmes
moyens que les eczema aigus.
Traitement. —11 est peu de maladies contre lesquelles on ait dirige
un plus grand nomlme de ti aitements que contre l’eczema ; voici ceux
qu’une longue pratique et que des ohservations faites avee conscience et
bonne foi sur plusiems milliers de sujets, m’ont engagé à adopter dans/j
les diverses espèces que je viens de décrire. J’ai déjà tracé en quelquest
mots le mode de traitement que j’emploie dans l’eczema simplex ; il est ei^.
tout conforme à celui" indiqué par mon ami le docteur Cazenavê ,'^
dans son excellent Traité des maladies de la peau. Des boissons dé- "
layantes, des bains simples, une tisane d’orge , de la limonade légère,
sulllsont dans le plus grand nombre de cas. Quand la maladie parait
s’étendre après quelques jours de durée, j’ai l’habitude de purger faible¬
ment , et même de rccoim-ir les parties affectées de catapla.smes dé
fécule.
Chez les jeunes gens cela suffit quaü'c-vingts fois sur cent ; mais sur les
fcnmies d’une quarantaine d’années, et sur les jeunes filles qui ont déjà
été atteintes de cette maladie, l’on Aoit les eczema revenir instantanément;
ceux surtout qui ont la forme de bracelets et qui envahissent toute la
circonférence des avant-bras, et près de la moitié de sa hauteur. Ils
vont en s’étendant, changent de caractère, et passent à l’état d’eczema
rubrum léger. Une application de sangsues au-dessus et au-dessous du
mal suffit ordinairement pour l’arrêter, et des cataplasmes émollients
achèvent la guérison. L’eczema rubrum, quand il débute en cnvahbsant
tout un membre, le cou en entier ou le front et les oreilles, s’accompagne le
plus ordinairement d'un gonflement douloureux et d’un mouvement fé¬
brile qui se calme au bout d’un, deux, trois ou quatre jom'S. Après vingt-
quatre heures de diu’ée, je fais saigner du bras, et si besoin est, poser vingt
à trente sangsues autour des pai-ties malades, qu’on recouvre de cata¬
plasmes de fécule. Je tiens les malades à une diète austère, à l’usage
des bains tièdes avec une deuii-livre d'amidon, et j’administre en¬
core deux laxatifs.
La tisane de pensée sauvage le matin, la limonade dans la journée,
composent la boisson ordinaire. J’ai rarement besoin d’une autre médica¬
tion. Mais il est des eczema qui débutent d’uno manière foudroyante ;
tout le corps est envahi en quelques heures ; aprè.s trois ou quatre jours,
répiderme s’enlève, un énorme suintement s’écoiüe d’une surface vive¬
ment colorée en rouge, très-enflammée et douloureuse ; du sang même
( 100 ,
•s’en échappe queltpiefois. Toujours dans ce cas je joins les saignées lo¬
cales aux générales ; je coinTe les parties de compresses froides que je
fais constamment renouveler, et il peut arriver qu’en quelques heures je
sois assez heureux pour arrêter la marche de la maladie. Des irrigations
d’eau froide m’ont également réussi dans quelques cas. Cependant j’aime
encore mieux, apres les compresses d’eau froide et souvent avant, faire
appliquer des cataplasmes de fécule tiède entre deux linges, et tenir les
malades pendant plusieurs heiu'es dans des bains de 23 à 27 degrés de
'’^^cmpératiirc, thermomètre ccntigi-ade. Toujours dans ces cas j’ai recours
cjwx purgatifs salins, à une diète absolue, à des lavements émollients,
à une tisane adoucissante et antiphlogistique dans les premiers temps,
légèrement dépurative après le premier septénaire. Malgré cette mé-
■ wdication, l’eczema, après avoii- paru céder, peut reparaître avec une
y intensité nouvelle ; j’ai alors recours aux préparations antimoniales, au
sulfure, par exemple; j'en administre 20 centigi-ammes par jour, avec
40centigrain. d’extrait de douce-ampre, et je reviens aux purgatifs tous
les trois ou quatre jours, en insistant en même temps sur le traitement
local. L’eczema impetiginodes peu intense disparaît rapidement avec des
applications de cataplasmes de fécule, des bains, des lavements émol¬
lients , des tisanes rafraîchissantes ; mais il n’en est point ainsi quand il
envahit la tête, le cou et les oreilles, les avant-bras et les mains. J’ai
vu cette éruption avoir l’air de céder aux médications rationnelles, et
sévir ensuite avec une nouvelle intensité.
Les douches de vapeur, et ajn-ès quelques faillies mochficateurs delà
peau, sont des médications dont on peut retirer de bons effets. Les lo¬
tions d’eau de son, d’eau légèrement savonneuse, des pommades com¬
posées avec un sixième de cérat soufre et cinq portions de cérat ordi¬
naire, ou bien ax'ec 20 ou 30 centigi-arames d’oxyde blanc de zinc avec
16 grammes de cérat, ou une pommade faite avec ime partie de gou¬
dron végétal et 30 d'axonge ou de cérat, qu’on emploie avec pru¬
dence, peuvent amener une prompte guérison.
Le traitement des eczema chroniques doit varier suivant l’état des par-
lip.s, les causes qui les ont produits et qui les entretiennent, et les com¬
plications qui viennent s’y joindre. En général, quand un eczema
présente de larges surfaces ronges et suintantes qui se recouvrent de
■sipiammes plus ou moins épaisses, je commence toujours par des cata¬
plasmes de férule, des bains généraux et une limonade végétale; après
quelques jours, je remplace la tisane par une infusion de seabieuse , de
pensée sauvage ; et si l’éroHlement est abondant, par une limonade mi¬
nérale. Si l’inllanmiation persiste quand le mal est borné, je fais faire
une ou deux applications .de .sangsues autour du point malade, et je
; loi )
pi’eici'is des bains gélatineux, des purgatils tous les sept à huit jours.
Quand ce traitement a tari l’écoulement séreux et apaisé l’inflammation,
je commence avec réseive l’emploi des modificateurs ; car si l’on agit
trop vivement, au lieu de diminuer le mal on l’augmente. Les pom¬
mades , les bains alcalins, les eaux d’Engliien ; les lotions d’eau et
d’extrait de Saturne, quand l’eczema a sou siège aux jaml)es et qu’il
•s’accompagne de pétéchies, produisent de bons effets.
Dans les cas d’eczema chi-ouiques qui ressemblent à des psoriasis, où
des squammes larges, nombreuses, recouvrent une peau rouge sans
suintement apparent, ainsi que dans les eczema de la tête et du cou, où
un suintement peu abondant forme des milliers de petites écailles blan¬
ches, après huit où dix jours d’un ti'aitement émollient, je fais oindi'e la
tête avec une pommade composée d’une partie de goudron végétal sur
vingt d’axonge, et je purge une ou deux fois. Le succès qu’on obtient par
cette médication mérite de fixer l’attention de médecins praticiens. J’ai
recueilli récemment vingt-deux observations d’eczema chronique datant
de quinze mois, deux ans, et de quinze ans chez une jeune femmè de
trente et un ans, qui en portait un epû,' ayant commencé à l’époque de
la puberté, avait successivement envahi la tête et le cou, la poitrme et
tous les membres supérieurs. J’ai été assez heureux pour guérir cette
dernière en six semaines de temps ; ches les autres, les eczema ont cédé
avec la même facilité. Eu général, lorsque les eczema suintent peu, cette
médication réussit à merveille.
Tous les eczema ne cèdent pas aussi facilement ; il en est de tellement
rebelles qu’ils font le désespoir des malades et des médecins. Parmi eux
il faut citer ceux qui atteignent les organes de la géuéi’ation et la marge
de l’anus. Les démangeabons cjui les accompagnent sont souvent intolé¬
rables, et forcent les malheureux patients à se gratter jusqu’au sang.
L’insomnie est presque continuelle ; il y a perte d’appétit et un décou¬
ragement incroyable. C’est aussi cette classe de malades qui a le plus
souvent recours aux charlatans, à l’homoeopathie, et à tous les arcanes
qu’on débite sin la voie publique. C’est après avoir passé par toutes ces
sources impures qu’ib recoinent à vous ; et si vous ne les guérbsez pas
en quelques jours, ils vous quittent encore pour chercher aUleiu's un
soulagement à leurs maux.
Quand on a à traiter des maladies de ce genre, il faut commencer par
des émollients, des narcotiques, et des préparations de plomb ; des bains
(le deux ou trois hem es deux fois par jom-, deux ou trois applications de
sangsues, des lotions d’une décoction de jusquiamc et de têtes de pavots;
pom-boisson une Innonade minérale et deux ou trob ven’cs d’eau de Sedlitz,
sont lés premiers moyens à employer; les lotions d’eau de Goidard, les
( loa )
bains et les douches de vapeur j les pommades au calomel et à l’alun, les
bains avec dix grammes de deuto-cblorm-e, que l’on peut porter jusqu’à
la dose de 16 grammes, viennent ensuite, ainsi que l’usage interne
d’eau d’Engbicn ou de toute autre eau légèrement sulfureuse. Il n’est
pas rare de voir cette maladie résister à toutes les médications les mieux
dirigées, quand auparavant elle a été exaspérée par des traitements peu
convenables.
Les potions calmantes sont quelquefois la seule ressource qu’on ait
pour apaiser les douleurs.
U est enfin des eczema qui couvrent toute la surface du corps ; l’aspect
de ces malheureux malades est hideux; une sm-face rouge, fisse, offre
partout des plaies ou des cicatrices, des écailles molles qui, en se détachant,
laissent suinter une quantité de sang quelquefois assez considérable. Le
corps est amaigri, les fonctions digestives souffrent, le foie est engorgé.
Une fiètTe lente les consume, le dévoiement est presque continuel, des
alcérationsintcstinalcsse développent sans qu’on puisse s’y opposer, et la
mort seule peut metti'e un terme à leur souffrance. Bictt, à qui la thé¬
rapeutique des maladies de la peau doit beaucoup , a essayé , contre les
larges eczema chroniques invétérés, la teinture de cantliarides et les
préparations arsenicales, dont il a obtenu plusieurs fois des succès re¬
marquables. Melim anceps quàm nullum. Pour moi, j’ai aussi em¬
ployé ces moyens énergiques dans ces cas désespérés, et dans les pem-
phigus chroniques qui couvraient toute la peau ; mais sous leur adminis¬
tration ou pendant leur emploi, jai vu un dévoiement colliquatU aggraver
la situation du malade, et je n’ai pas eu le meme bonheur que Biett. •:}
Lorsque sous l’influence d’un traitement un eczema vient à disparaître
subitement, et qu’il arrive des accidents graves dans l’un des principaux
viscères, ou des épanchements dans les séreuses, il finit à l’instant le
suspendre, recoutTir les parties malades de cataplasmes de farine de graine
de lin légèrement saupoudi'ée de moutarde, et agir rapidement sur les or¬
ganes malades , soit par des évacuations sanguines, soit par des laxatifs,
si l’on veut empêclier des accidents graves et prévenir quelquefois une
mort prompte. Les médecins qui sont étiangci-s au traitement des mala¬
dies de la peau ne sauraient trop se mettre en garde contre la facilité
qu’on a depreserfre des bains sulfureux, des pommades au soufre et au
mcrciu'c dans le traitement des eczema, sm'tout au commencement de
la maladie : ces moyens, au lieu de le diminuer, augmentent le mal. Dans
d’autres articles, je reviendrai sin cette maladie, parce que c’est celle
qui se présente le plus souvent à l’obseivation, et qu’il faut bien la
connaître ; et je passerai ensuite en revue les diverses maladies de la
peau. Émerv.
( 103 )
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DÊ l’emploi DÈ L’ÉLECTRO-PUÏfCTDIVE DANS LE TRAITEMENT DES SURDITÉS
TENANT A LA PARALA'SiE DD NERF ACOUSTIQUE.
La pathologie des organes auditifs, c’est un fait incontestable, a fait
depuis trente ans de notalilcs progrès. U est plusieui’s affections de
l’oreiUe dont la cause était jusqu’ici ou négligée ou inconnue, qui,
mieux appréciées aujourd’hui dans leur nature, guérissent assez faci¬
lement par l’emploi des moyens thérapeutiques qui leur sont propres.
De ce nombre sont certaines surdités catarrhales, et celles qui tien¬
nent à un état pathologique du pharynx, des amygdales ou de la trompe
d’Eustachc. Des gargarismes, des cautéiisations, le cathétérisme de la
trompe d’Eustache, l’injection de l’air dans l’oreille par ce conduit,
ü’iomphent assez souvent des altérations dont il est question.
Mais il n’en est pas de même des surdités par paralysie du nerf
acoustique. Ici, malgré les travaux remarquables des médecins distin
gués qui ont fait des maladies de l’oreille l’objet spécial de leur étude,
toujours même obscurité sur les causes, toujours meme impuissance des
moyens ciu’atils.
Mou but, dans cet article, est d’appeler de nouveau l’attention de
mes confrères sur une méthode pour ainsi dire abandonnée dans ces
cas, et à laquelle j’ai du, depuis quelques mois, des succès inespérés
dans la surdité par paralysie du nerf acoustique; cette méthode, ou
plutôt ce moyen, c’c.st rélcctro-puncturc employée, je crois, d’une
manière plus directe, plus rationnelle qu’on ne l’avait fait jusqu’à
présent.
Avant d’en venh <à la description de mon procédé, et aux obseiva-
tions particiüièrcs qui en montreront les avantages, dirai-je un mot
sur quelques-unes des causes qui avaient amené la paralysie du nerf
acoustique, et la surdité chez les malades que j’ai eu à traiter, soit à
l’hôpital Saint-Louis, soit en ville? J’ai noté, comme causes les plus
fréquentes chez ces sujets, l'exposition dans un courant d’air froid, la
commotion, la dentition. La paralysie du nerf acoustique, du reste,
peut être, comme toutes les autres, complète ou incomplète ; elle peut
SC borner h une oreille ou frapper les deux à la fois. L’on conçoit ti’ès-
bicn que, dans une secousse qui Aient ébranler violemment la tête,
le nerf très-mou qui conduit le son peut être décliii-é : alors la sur¬
dité est complète et incurable. Mais il est des cas, et j’en ai observé,
où la commotion n’a eu pour conséquence que l’ébranlement du nerf.
( 104 )
qui alors a bien subi une atteinte dans ses fonctions, mais n’a pas été
désorganisé. Dans cette dernière circonstance, la facidté auditive n’est
que pour un temps abolie ; elle se rétablit d’elle-même, ou peut être réta¬
blie par- le traitement. Le nerf acoustique peut être aussi paralysé par l’ac¬
tion des ondes sonores trop violentes. Itard a rapporté des exemples
d’artilleurs devenus sourds derrière leurs pièces. J’ai connu un indi¬
vidu qui avait été frappé de surdité par suite de l’habitation dans un
clocher où se trouvaient des cloches d’une grande dimension; cet
homme, devenu sacristain, ayant été enlevé à l’action de cette cause, a
recouvTé l’ouïe. La dentition peut aussi être une cause de la paralysie
du nerf acoustique : Itard le pensait. J’en ai observé, il y a peu de
temps, un exemple chez une petite fdle de l’hôpital Saint-Louis. L’on
peut comprendre comment, à la suite de l’inflammation des gencives et
de l’irritation du nerf dentaire, se manifeste cette paralysie, en réflé¬
chissant que le nerf acoustique s’anastomose au fond du conduit audi¬
tif interne avec le nerf facial, qui donne naissance à une branche que
l’on appelle corde du tympan, laquelle a des communications avec la
cinquième paire qui, comme on le sait, fournit le nerf dentaire.
Quoi qu’il en soit, ce que nous répétons ici, c’est que la cause la
plus ordinaire de la paralysie chez nos malades, a été l’exposition à
im courant d’air. Les sujets qui se sont présentés à nous avaient la
plupart commencé à éprouver les symptômes d’une irritation du con¬
duit auditif, de la caisse et de la trompe d’Eustachc, mais sans sup¬
puration; puis, peu à peu, après des bourdonnements dans les oreilles,,
après des douleurs fugaces dans la tête, ils avaient vu graduellement
l’ouïe perdre de sa finesse, et enfin, après un temps plus ou moins
long, et jamais instantanément, ils étaient devenus sourds.
Chez aucune des persoimes que nous avons ti-aitées, il n’y avait
aucun obstacle à la libre circiüatiou de l’air, ni des sons, ni dans le
conduit auditif, ni dans les trompes d’Eustache ; la gorge était nette et
les amygdales avaient leur volume normal.
Notis dirons encore que ce n’est qu’apres avoir soumis ces malades,
sans aucun résultat notable, aux divers ti-aiteinents ; qu’après avoir
employé inutilement chez eux les dérivatifs sm- le canal intestinal, les
vésicatoires derrière les oreilles, les moxas ; (ju'après avoir’ fait des in¬
jections dans le conduit auditif, dans la trompe d’Eustache ; qu’après
avoir usé de la cautérisation, que, n’apercevant chez ces différents su¬
jets aucune amélioration, ou tpte de très-légères, nous avons songé à
agir dir ectement sur l’orgarte de l’audition lui-même, au moyen de
l’électr-o-puncture, afin de réveiller la sensibilité du nerf acoustique.
Voici en effet la manière dont nous employoïrs l’électricité; l’on verra
( 105 )
tjue nous touchons au mécanisme lui-même, en vertu du(|uel le nerf
acoustique doit être rappelé à ses fonctions, quand elles ne sont pas
complètement perdues.
La sonde d’Itard est iiilroduite par la fosse nasale dans la trompe
d’Eustaclie, et dans cette sonde on fait glisser une longue aiguille fine à
acupuncture, de manière à venir l’implanter dans un point des parois
de la trompe d’Eustachc, tandis que l’autre extrémité sort en dehors de
la sonde ; une autre aiguille à acupunctm-e est implantée dans la mem¬
brane du tympan, on arrive dii-cctemcnt et siu-ement sur cette mem¬
brane, à travers le condnit auditif externe, en faisant élever le pavillon
de l’oreille par un aide. Cela fait, l’on passe l’un des fils conductem's
d’une pile galvanique, dont l’auge est préalablement chargée avec l’eau
et l’acide hydrochloriqiie, dans l’œil d’une des aiguilles, et au moyeu du
conducteur de l’autre pôle de la pile on touche l’aiguille opposée.
J’ai emplojœ d’abord en commençant huit paires de la pile, puis je
suis arrivé à dix, à douze panes, enfin j’ai été jusqu’à mettre dix-huit
pmres, et dans ce moment j’ai des malades à l’hôpital Saint-Louis'qui
ont subi plusieurs séances, et chez lesquels j’agis at cc la pile entière,
dont l’auge renferme quarante paires métalliques.
A l’instant on les deux pôles sont mis en communication, il y a un
ébranlement très-douloureux dans l’oreille et dans la tête, avec mouve¬
ments convulsifs de la face ; mais cette secousse et cette doulein cessent
immédiatement. Chez une sciUe malade, l’impression s’en est fait sentir
pendant huit jours, mais tout s’est borné à une légère douleur sans acci¬
dent , laquelle s’est éteinte d’eUe-mcmc. Il faut ajouter que les malades
qui sont soumis à l’électricité de cette manière sont pendant quelques
instants comme étourdis, et conservent quelque temps après rexpérieuee
un air étonné.
La séance se borne le plus souvent h une seule secousse, quand les
malades sont irritables ; j’ai donné deux et même trois seconsses chez les
personnes dont la sensiltilité est plus obtuse, et qui ont déjà été soumises
à l’électro-punctnre.
En général, je mets huit jours entre chaejue épreuve.
Parmi les faits que j’ai recueillis, je citerai les suivants :
Obs. I. Une jeune fille nommée Spenger, âgée de douzc'ans, demeu¬
rant rue du Faubourg-Poissonnière n° 10 bis, est entrée à l’bâpital
Saint-Louis le 8 juillet dernier, pom’ y être traitée d’une surdité de l’o¬
reille droite, résultant de la parah'sie du nerf acoustique de ce côté. Cette
paralysie datait desept ans, et était sm-venue sans qu’on pût eu dire la
cause. Depuis ce temps, cette petite fille ne pouvait percevoir aucun son
ar ticulé ; quand ou lui parlait, même très-haut, elle n’entendait de cette
( 106 )
oreille qu’un boiu'donnewcut confus. Il y avait eu, il y i quelques an^
nées, un écoulement puriforme par le conduit auditif extei-ne, mais il
avait cessé; la malade n’éprouvait aucune douleiu'. Les injections di¬
verses n’ayant en rien modifié cette surdité, qui était complcle à droite,
je pris le parti de recourir, le 23 juillet, à l’éleclio-punclure. J’introdui¬
sis, comme je l’ai dit, la sonde d’Itard, puis l’aiguille à acupuncture,
puis faisant élever le pavillon de l’oreille, j’implantai la seconde aiguille
dans la membrane dit tympan, et j’établis le courant électritpie. A l’ins¬
tant la malade eut des mouvements convulsifs des muscles de la face,
et ressentit dans rorcillccl dans la tête connue des coups violents très-
douloureux; je retirai les aiguilles et la .sonde, l’opération était terminée.
La malade resta qucbptcs instants comme étourtlie, puis elle se remit
complètement; je lui adressai alors la parole, et quel fut mon étonne¬
ment! la surdité avait complètement disparu par cette seule secousse
électrique, et la malade percevait, de la manière la plus distincte, tous
les mots qui étaient prononcés, tous les sons, ([iielque faibles (ju’ils fus-
Le lendemain et les jours suisants cette guérison se maintint; néan¬
moins, je voulus répéter faction électrûpie le 26 juillet ; tout se passa
comme la première fois ; mais cette expérience ne pouvait rien doimer
de nouveau, car la première avait complètement guéri la malade, ce
qui a été sulfisammcnt établi pour tous les assistants par un séjour de
plus d’une semaine qu’a fait encore cette jeune fille à l’hôpital.
Obs. IL Marquette, âgée de vingt-sept ans, avait eu une ouïe pai'-
faite jusqu’à l’àgc de dix-buitans, époque ou elle eut la petite vérole. A
la suite de cette maladie, celte femme vit ses facultés auditives diminuer
peu à peu, jusqu’au moment où elle devint sourde à peu près complète¬
ment. Lors(pi’elle vint me consulter à l'hôpital Saint-Louis, elle n’enten¬
dait qu’avec la plits grande peine, même quand on criait très-fort, et
encore confondait-elle ce qu’onlni disait. Cette malade présentait une par¬
ticularité qu’Itard a notée, c'est qu’au milieu du bruit, étant par exem¬
ple dans une voiture qui roulait avec fracas sur le pavé, elle entendait
ce qu’on lui disait, meme en n'élevant pas la voix, et qu'elle n’entendait
plus lorsque la voiture s’arrêtait et que le silence se rétablissait. Cette
singularité tient-elle à f ébranlement imprimé au corps, et par suite au
nerf auditif lui-même? Nous ne saurions le dire, cl nous nous bornons
seulement à noter ce fait.
Comme chez nos auti’os malades, nous avons constaté chez celle-ci
f absence de toute altération du côté de la gorge et du conduit auditif.
Nous avons donc songé dès lors à combattre cette surdité par l’élec¬
tricité, au moyen des deux aiguilles, l’ime dans la trompe d’Eustaclie,
{ 107 )
l’autre dans la membrane du tympan ; nous avons établi le courant gal¬
vanique ; deux secousses, presque coup sur coup, ont été données à cette
malade, et lui ont fait éprouver de vives douleurs ; elle est restée étour¬
die et étonnée quelques instants. Mais immédiatement elle a annoncé
elle-même qu’elle entendait U'ès-bien. En effet, elle a distingué aussitôt
avec facilité les paroles que nous lui avons adressées à voix basse. De¬
puis lors, et il y a plusieurs semaines, celte guérison ne s’est pas dé¬
mentie.
Obs. in. Uncuré de la Normandie avait éprouvé une douleur d’oreille
à la suite d’un comant d’aii- ; peu à peu son ouïe avait baissé, enfin il
était devenu à peu près complètement sourd, car il fallait crier ti’ès-fort
poiu'se faire entendi'e, même incomplètement. Il est venu àPai'is, où
je l’ai soumis à l’électricité. Deux secousses lui ont été données comme
à la malade précédente, dans une première séance, et autant dans une
seconde, qui a eu lieu huit jours après. Une amélioration très-marquée
a suivi chaque expérience. Ce prêtre a été obligé d’aller reprendre la
direction de sa cure, et n’a pas pu terminer son ti’aitemcnt ; néanmoins,
quand il est parti, il entendait assez distinctement. Cette guérison laisse
bien quelque chose à désirer ; néanmoins, nous avons appris que le
mieux que nous lui avons procuré s’est parfaitement maintenu.
Obs. IV. M. Le B..., demeurant rue Croix-des-Petits-Champs, a
reçu mes soins pom- une simdité par suite d’une paralysie des deux nerfs
acoustiques. M. Le B..., d’une constitution nerveuse, a vu graduellement,
sans cause connue, s'éteindre dans les deux oreilles la facidlé auditive,
n dit n’avoii-jamais eu de suppm ation du conduit auditif, ni éprouvé
aucune maladie de la gorge. Son état l’expose à des courants d’air- fré¬
quents. Lorsque ce malade s’est présenté à moi, il n’entendait que très-
dillGcileinent, et encore fallait-il crier à tue-tèteà sesorcilles. 11 a remarqué
aussi que dans la rue, lorscpi’il y avait beaucoup de bniit, il entendait
mieux que dans son appartement. Deux séances d’électricité qui ont eu
lieu à huit jours d’intervalle, et composées chacune de trois secousses
galvaniques, ont rétabli complètement chez ce malade la fonction de
l’ouïe. Cette guérison s’est également maintenue parfaite.
Je pom’rais augmenter le nombre de ces observations, mais comme
elles se ressemblent à peu près toutes, cela n’ajouterait rien au fait pra¬
tique que je veux établir ; il suifira dédire que j’ai traité jusqu’ici au
moins une cinquantaine de malades, présentant par suite de la paralysie
du nerf acoustique une surdité complète ou incomplète. Je puis assurer
que chez plus de la moitié de ces malades la surdité a été entièrement
enlevée, on considérablement diminuée.
Nous désirons que les faits rpie nous produisons ramènent les méde-
; 108 )
cins à l’emploi de l’électricité daus la surdité par paralysie du nerf
acoustique. Itard avait établi l’opimon que ce moyen était tiès-raremciit
utile; il déclarait n’en avoir retiré aucun effet dans les diverses circon¬
stances où ill’avait mis en usage. Mes nouvelles recherches contredisent,
comme on le voit, l’opinion d’Ttard. Quant à expliquer la différence
qui existe dans nos résultats, ou ne le pourrait que par la différence du
procédé employé par chaciui de nous pour mettre en jeu l’électricité ;
or, Itai’d ne dit p;is la manière dont il a utilisé cet énergique agent de
cimation.
Ce que nous pouvons aflirmer, c’est que l’élccU-o-puncture, employée
par nous comme il a été dit, a amené constamment une amélioration
marquée chez les individus qui étaient sourds depuis longues années, et
qui paraissaient complètement incurables ; et que par- son usage, nous
avons vu chez les personnes moins profondément atteintes, les facultés
auditives devenir aussi complètes que si le nerf n’avait pas été paralysé.
Nous ajoutons que les sujets que nous avons suivis assez longtemps
après leur guérison entendaient aussi complètement, aussi parfaitement
que le jour meme de l’emploi de l’électricité.
Ce procédé agit en effet avec beaucoup de force et d’énergie ; l’élec¬
tricité balaye pour ainsi dire toutes les voies de l’audition, elle ébranle
tout le système neiveux de l’oreille; sou action est portée par la corde
du tympan, qui traverse le tambour sur le nerf facial, et enfin par les
anastomoses sur le nerf acoustique paralysé.
Ajouterons-nous, en terminant, un mot relativement à l’action qu’a
pu avoir chez nos malades la piqîire de la memltrane du tympan? Nous
savons qu’on a prétendu av où- guéri quelques surdités, par la seule ou¬
verture de cette membrane. Nous ne rechercherons pas si ces faits sont
exacts, nous dirons seulement (pie chez nos malades il n’y a pas eu rup-
tm e de cette membrane, qu’il y a eu simplement pùjûre par une aiguille
exüêmementdéliée, qui n’a pu produiie aucune perte de substance. Du
reste, nous avions acupunetmé cette membi-ane chez plusieurs sujets,
avant d’employer chez eux l’électricité, et cela n’avait rien produit.
N’avons-nous pas vu, du reste, certains malades chez lesipielsil a fallu
recomir deux, trois fois, et même chez quelques-uns, six, sept, et huit
fois différentes à l’électro-puncture pour obtenir la guérison? Si la piqûre
.seule du tympan avait pu rendre l’ouïe, elle aurait été efficace à la pre¬
mière fois. Cette objection ne peut donc Être laite à l’action de l’électi-i-
cité, qui à elle seule a pos.scdé l’action cm'ative dans les cas tpte nous
avons rapportés consciencieusement.
JoBERT DE L.t.MBALLE.
{ 109 •;
np. I,\ r.AtTTÉRISATlON rBARYNGÉE AVF.C LF. NITRATE ACIDE DE MF.RCURE
DANS QCELQUES AFFECTIONS SPÉCIALES ,
Par M. Patax, chirurgien en chef de iTI61eI-Diea d'A« *.
L’aiTière-bouclie est une de ces régions du corps qui, thérapeutique¬
ment parlant, ne nous paraissent pas aA’oir encore suflisarameiit fixé
l’attention des pathologistes, bien que de fort habiles praticiens s’en
soient occupés. Le gosier est en effet une espèce de confluent où finissent
d’une part les fosses nasales et la bouche, ou commencent le larjnix et
l’oesophage, et aA'ec lequel Anennent communiquer encore les organes de
l’ouïe par le moyen des orifices pharyngiens des trompes d’Eustache. La
membrane murpieuse qui en tapisse la cavité, étant elle-même la conti¬
nuation de la muqueuse de la bouche et de celle des narines, va se porter
ensuite dans les conduits laryngés et œsophagiens pour les tapisser égale¬
ment et y éprouver les modifications vitales et sensoriales qui sont pro¬
pres à ces organes. *
■ Que d’autres parties importantes ne reinai-quons-noiis pas encore vers
la région pharyngée? C’est d’abord le plexus pharyngien, cet admii-able
entrelacement nerveux formé par les rameaux spéciaux que lui envoient
le pneumo-gastrique, le glosso-pharyngien, le nerf grand hypoglosse,
un rameau du ganglion cervical supérieur du grand sympathique, le nerf
laryngé supérieur et un filet du nerf spinal. Ce sont tons ces rameaux qui,
inextricablement unis entre eux, forment cette espèce de consensus ner¬
veux qui constitue une étroite et sympathique union entre les divers
organes auxquels leurs filets vont propager l’innenation et la vie.
C’est encore dans ce voisinage que cheminent le pneumo-gastrique, le
nerf spinal, le grand hypoglosse, le glosso-pharyngien, que se trouvent
les deux ganglions cen icaux supérieurs du grand symjiathiquc et le filet
de communication qui les unit l’im à l’autre. C’est dans le même voisi¬
nage que coulent librement les colonnes sanguines des artères carotides
internes et externes, ainsi cpie le sang noir des x'-olumineuses veines jugu¬
laires internes.
Voyez aussi combien sont nombreux les étals morbides qui se décla¬
rent en cette région. Nous troux-ons d’abord la phaiynigite franche avec
tous les phénomènes qui peuvent caractériser une inflammation de cette
nature dénuée de toute complication ; ensuite l’angine catarrhale ou ton-
■sillaii-e, l’angine aphteuse, l’angine couenneuse ou pseudo-membra¬
neuse, l’angine gangi’éneuse et l’angine syphilitique. Dans la xrariole, la
scarlatine, la rougeole, la muqueuse gutturale devient encore le siégé
' Eslrait «tu Mémoire
( 110 )
d’une pWegmasie que l’on pourrait avec quelque fondement dénommer,
selon le cas, angine varioleuse , scarlatincüsc, ruLéolique. —Dans les
maladies chroniques des poumons ou des hronclies, la muqueuse guttu¬
rale manque rarement d’être plus ou moins affectée. — D’étroites sym-
patliies lient la muqueuse gutturale avec la peau, ce qui occasionne par¬
fois des états maladifs en ce point provenant de répercussions intempes¬
tives de maladies cutanées.
Depuis que nous avons plus spécialement porte notre attention sur
cette partie du coi-ps, nous avons reconnu encore en elle d’autres états
maladifs qui restent souvent inaperçus et dont nous dirons un mot tout à
l’heure. Qui ne sait enfin que dans bien des affections .spasmodiques, des
phénomènes remarquables, et qui le paraîtraient bien davantage s’ils
étaient moins communs, se remarquent encore du côté du gosier? Qui
ne sait le phénomène encore Lien peu compris de la houle hystérique,
cette espèce de jugulation nerveuse? Et cet autre phénomène des éti-eintes
spasmodiques qui, dans certaines conditions nerveuses encore, chez les
femmes surtout, opposent parfois un obstacle invincible à toute déglu¬
tition, même des substances liquides, comme une de mes malades m’en
offre en ce moment un remarquable exemple ; étreintes spasmodiques
qui acquièrent leur summum d'intensité dans les cas d’hydrophobie?
Je disais qu'il existait quelques états maladifs peu étiubés, résidant en
cette région. Il n’est point rare en effet de trouver des sujets qui, tout
en ayant les apparences de la santé, se plaignent d’un certain état de
sécheresse de l'arrièrc-houche, et même parfois de douleurs confuses et
sourdes à peine perceptibles, qui les portent souvent à vouloir avaler la
salive, à expectorer des muco.sités que, par une fausse sensation, ils
croient y exister. Cet état détermine souvent aussi une petite toux sèche,
assez incommode. On n’attache pas généralement d’importance à ces
symptômes : on se, contente de conseils insignifiants; cependant ces
signes morbides méritent plus d'attention, car ils indiquent souvent le
début de maladies plus sérieuses. Je suis meme assez porté à croire que
parfois la phthisie peut bien être la conséquence de ces petites toux sèches
qui ne reconnaissent pour cause qu'une irritation pharyngée. Eh bien,
si dans ces cas la langue est abaissée par les doigts indicateurs et mé¬
dius apputéssur elle, tandis ipic le pouce appuie derrière le menton,
au-devant de l'os hyo'idc, ce ipii constitue le meilleur procédé explora¬
teur de la région pharyngée, et que l'on examine alors ce qui sc passe
dans l’arricre-bouchc, on sera étonné de trouver généralement quelque
altération dans ra.spect de la muqueuse qui la tapisse ; tantôt on la verra
pâle, tantôt d’un rouge très-intense, tantôt couverte d'une espèce de
pseudo-membrane, tantôt représentant un état comme variqueux, etc.
( 111 )
Je suis entré dans ces détails préliminaires pai'cc que j’ai eu souvent
recours à la cautérisation avec le nitrate acide de merciue étendu d’eau,
ou même pur, pour corriger plusieurs des états morbides dont il a été
question. J’ai relaté aussi les connexions les plus importantes qu’avait le
plexus pharyngé, car nous aurons à dire comment, par cette même cau¬
térisation, nous avons pu parfois stimuler des organes éloignés qui
avaient besoin de l’être. Comme c’est facile à comprendre, si une forte
stimulation, telle que celle qui résulte de l’application d’un caustique,
est produite siu- le pharynx, elle ne peut que se transmettre au plexus
pharyngé, caché et protégé par la muqueuse de cette cavité, lequel à
son tour la communique conmie une décharge électrique aux nombreux
fdets qui viennent commiiniquer avec lui ou qui en partent. Par là en
effet on peut exciter le poumon, l’estomac, la langue, etc. ; on peut
même, nous le croyons du moins, tendre de la sorte à régulariser cer¬
taines fonctions altérées dépendantes de la vie organique. Quelques
exemples, quelques observations serviront à démontrer ces assertions ;
mais avant d’en venir à l’indication des états morbides auxquels la cau¬
térisation pharyngée nous paraît devoir s’appliquer avec avantage,
disons un mot sur la maniéré de pratiquer celle-ci.
* Nous nous servons à cet effet, au moins le plus souvent, d’un mé¬
lange de cinq ou six parties d’eau, avec une-de nitrate acide de mer¬
cure pur, ce qui constitue un liquide doué encore de beaucoup de force.
Si plusieurs cautérisations sont necessaires, ce qui arrive assez souvent,
les proportions du caustique sont plus fortes ; ([uelqucfois même celui-ci
doit être pur. quand on se propose par exemple de produire une stimu¬
lation d’une très-gi'andc énergie. Pour porter le liquide caustique, nous
noussenons d’qn de ces pinceaux en poils de blaireau, ramassés en
faisceau, et fixés à l'extrémité d'un tuyau de plume à écrire, et tels que
les'marchaïuls de couleurs les vendent. Ce pinceau, étant préalablement
emmanché d’une lige quelconque, assez longue, nous le trempons dans
le liquide caustique, et, après avoir mis à découvert l’arrière-gorge, en
abaissant la langue avec les deux doigts, de la manière que nous avons
indiquée, nous promenons rapidement le pinceau dans la cavité pha¬
ryngée. La sensation jiremiere ipi'éprouve le malade est d’abord assez
pénible, mais elle se calme bientôt par un gargarisme aqueux, dont on
fait immédiatement usage. — Quelquefois ces cautérisations sont
suivies de iimisécs, de quelques vomissements même,- qui ne sont pas dé¬
favorables aux malades. — Trois ou quatre jours après une première
cautérisation, on peut en faire une seconde, etc. —Après la cautérisa¬
tion, la muqueuse pharyngée blanchit légèrement ; une excitation assez
vive est produite sur elle; beaucoup de mucosités sont par suite expec-
( 112 )
torées par les malades ; quelquefois même, dans leiu's eftbrts, ceux-ci
rendent de véritables débris pseudo-membraneux, surtout lorsque la
cautérisasion a été faite avec le caustique très-concentré. Dans la pre¬
mière journée, les malades sont comme atteints d’une véritable angine
gutturale ; mais tout ceci ne tarde pas à s’apaiser, et à laisser les mala¬
des dans un bien-être réel.
La cautérisation pharj-ngée avec le nitrate acide de mercure con¬
vient contre les angines qui entretiennent la toux ; c’est à nos yeux le
moyen le plus efficace pour en finir xite avec les irritations ebroniques
de l’arrière-bouclie, et avec les symptômes morbides qui en dépendent...
Appelons maintenant l’attention, par des faits, sur quelques autres
applications de la cautérisation pharyngée, par nous pratiquées contre
des états morbides où, certes, on ne se serait pas de prime abord avisé
qu’elle put convenir.
Irritation gutturale; hémoptysie; palpitations nerveuses; Insomnies, etc.
Cautérisation pharyngée; guérison.
M. H..., brasseur de bière, âgé d’environ trente-quatre ans, maigre, ve¬
nait d’avoir quelques accès d’hémoptysie, et avait été saigné deux fois. Son
médecin, à cause de ses nombreuses occupations, le négligeant un peu, il
me fait prier d’aller le voir. Je le trouve très-préoccupé de .son état, mai¬
gre, éprouvant des douleurs vagues çà et là dans l’intérieur de la poitrine,
croyant avoir un goût de sang dans la bouche, rendant cneore parfois des
crachats un peu colorés de sang, éprouvant fréquemment des mouvements
tumultueux du côté du coeur, qui passent ensuite; n'ayant que peu d’appé¬
tit. 11 me manifestait le désir que je le saignasse encore, ce à quoi je ne
voulus pas consentir, m’étant contenté de lui conseiller un régime léger et
restaurant, du repos, de la tranquillité d’esprit, quelques boissons adou¬
cissantes.
Je le revois quelques jours après; son état ne s'est point amélioré; tou¬
jours les palpitations nerveuses, les douleurs vagues de la poitrine, le som¬
meil agité, l’appétit incomplet, une toux sèche qui se produit fréquemment,
quelques picotements du côté du gosier. Le malade a une grande tendance,
à s’impatienter, et c’est alors, quand il cède à la colère, qu’il éprouve une
agitation générale qui lui était naguère inconnue, et qui se manifeste princi¬
palement dans la poitrine cl lui fait craindre quelque hémorrhagie bronchique
ou pulmonaire nouvelle.
Ce qui me paraissait le mieux indiqué dans cette circonstance, c’était de
régulariser l’action nerveuse de la poitrine, qui, chez ce sujet, était sur¬
excitée. Mais quel devait être le moyen d’y parvenir? quelques essais, dans
des cas analogues, de la cautérisation pharyngée me portèrent à recourir à
ce moyen, et la confiance qu’avait en moi le malade, qui comprenait fort
bien, du reste, que les autres moyens que l’on employait contre -son état,
même la digitale, dont j’avais omis de parler, n’.agissaient t|He comme de
très-impuissants palliatifs, le porta à consentir à ce moyen. Cautérisant, en
effet, le pharynx, j’agissais secondairement par là même sur le plexus plia-
( 113 )
ryngé, et par ce dernier et par la transmission do l'cxcitaiion qu’il devait
éprouver, je pouvais réagir sur le pueumo-gaslrique et môme sur le système
ganglionnaire, qui, lui aussi, concourt à la formation des plexus pulmo¬
naires et cardiaques. Ayant donc abaissé la langue, je promenai le pinceau
humecté du liquide caustique à un sixième dans le gosier; le malade se gar¬
garisa immédiatement après. M. U.cracha beaucoup dans le jour, rendit
beaucoup de glaires, pour me servir de son expression, éprouva de la cuis¬
son vers le gosier. — La nuit d’après fut des plus calmes : le malade dormit
d’un sommeil tellement tranquille, que depuis un mois il n’en avait pas
éprouvé d’aussi bienfaisant et d’aussi durable.
Je revois le malade deux jours après; son état est satisfaisant; il m’an¬
nonce que depuis la cautérisation il n'éprouve plus ces bouillonnements de
la poitrine, ces palpitations incommodes qui l’aifectaient péniblement; l’ap¬
pétit est aussi revenu; il se sent en un mot bien mieux; la toux est bien
diminuée aussi.
Quelques jours après, à la suite d’une émotion qui lui a été causée par une
colère, il se sent encore fatigué, agité comme auparavant, et demande lui-
mème une autre cautérisation. Je porte encore le pinceau jusque dans l’ar¬
rière-bouche. Cette nouvelle application du caustique fut la dernière. Comme
la première fois, il survint encore de la tranquillité et la cessation des symp¬
tômes d’agitation nerveuse. Pour empêcher cette fois une autre récidive,
nous recommandons au malade d’éviter tout ce qui peut lui occasionner
quelque émotion pénible; nous lui prescrivons de fumer des cigarettes de
feuilles de belladone, de porter de la flanelle sur le corps, de prendre des
crèmes au racabout, et même le lait d'ânesse, pour lui donner un peu d’em¬
bonpoint. Ces conseils furent suivis, et ce malade n’a plus eu d’hémoptysie ni
aucun autre des indices qui nous avaient fait redouter l’invasion d’une phthi¬
sie tuberculeuse.
Quelque étrange qu’il puisse paraître d’abord d’avoir employé la
cautérisation pharyngée pour’ combattre ces spasmes thoraciques, le
succès que j’ai obtenu, et sm’lequel je comptais, n’en justifie pas moins
ce moyen thérapeutique d’un nouveau gem-e, que je me permettrai de
recommander puissamment dans des cas analogues. Voici un autre fait,
qui pourrait au besoin encourager pour agir de la sorte dans de pareilles
circonstances.
M''® Del... avait offert pendant quelques jours les symptômes d’une lièvre
gastrique; mais nous voyons ensuite, avec quelque surprise, que la conva¬
lescence ne se déclarait pas franchement. Ainsi, la malade n’avait presque pas
d’appétit; la lièvre était presque nulle, mais il y avait parfois, souvent même,
des palpitations nerveuses qui n’existaient pas avant la maladie. Le sommeil
manquait, ou plutôt était fréquefnment interrompu : la malade se plaignait
de toux et de picotements vers le gosier, qui ne paraissaient pas étrangers à
la production de celle-ci. — Trouvant dans ce dernier symptôme une indica¬
tion à l’emploi de la cautérisation pharyngée, je fus d’autant plus enclin à
y recourir, que j’espérais qu’elle dissiperait l’espèce d’anxiété, d’agitation
nerveuse de la poitrine. Eu conséquence, sans prévenir même la malade de
ce que j’allais faire sur elle, je lui lis ouvrir la bouche et promenai rapide-
tohk xxiii. A' HY. 8
( 114 )
ment le pinceau dans l'intérieur de la région pharyngée. Il se passa alors les
phénomènes que nous remarquons dans ces cas : il y eut de ta cuisson, mais
modérément, dans rarrièrc-liouche; la malade crachota beaucoup de muco¬
sités épaisses, dans le jour; dans la soirée, elle fut saisie d’un sommeil très-
calme; toute la nuit, presque, se passa dans un sommeil peu interrompu. Le
lendemain, l’appétit s’était bien déclaré, la malade se sentait plus forte; elle
se leva, et cette fois la convalescence fut des meilleures. Rien autre chose
ne vint déranger la guérison.
N’est-ce pas, dans ce cas, à la régularisation de l’action nerveuse,
procurée par la stimulation du liquide caustique, qu’il faut attribuer l’a¬
mélioration survenue, et la cessation des palpitations? Nous croyons
qu’il n’y a pas lieu d’en douter.
J’ai employé, à l’exemple du doctem' Diicros jeune, de iVIarsciUe, qui a
surtout préconisé la cautérisation pharyngée dans une brochure qu’il a
publiée l’an dernier, ce moyen contre l’épilepsie ; mais moins heui-cux
que lui, car il prétend avoir de la sorte guéri plusieurs fois cette redouta¬
ble maladie, je n’ai obtenu que des améliorations, mais non des guéri¬
sons. 11 est vrai que dans les quatre cas de cette maladie que j’ai eu a
traiter, je n’ai pas insisté fort longtemps sur ce moyen. Chaque fois ,
pourtant, la maladie a été amendée pendant la durée des cautérisations.
M. le docteur Ducros jeune a aussi annoncé avoir obtenu d’excellenb.
résultats de la cautérisation pharyngée dans des cas de surdité, même
de surdi-mutité, cpi’il serait quelquefois parvenu à guérir par ce moyen.
Nous n’avons pas eu occasion de l’employer nous-mênic ; mais (piehptes
entrevues que nous avons eues av’ee le docteur Dueros ne nous permet¬
tent pas de refuser croyance aux résultats qu’il a annoncés. — Nous
concevons parfaitement, au reste, que la forte stimidation que la cauté¬
risation produit sur la muqueu.se pharyngée puisse sc propager, par la
trompe d’Eustache, jusqu’aux nerfs de l’audition, et exciter utilement
lem' action, lorsque la surdité ne tient qu’à un état de paralysie , de
stupeur des nerfs acoustiques.
Des expériences directes, faites par nous à l’aide de la cautérisa¬
tion pharyngée, nous ont démontré qu’il n’y a pas de meillciu- moyen
d’arrêter les accès d’asthme essentiels. Qui ne sait combien ces états
morbides de l’appareil respiratoire, qui pour la plupart des auteurs
sont des névroses, sont parfois insupportables par l’anxiété dans laquelle
ils mettent les malades, qui semblent à chaque instant menacés d’expi¬
rer par défaut d’air, etc., et combien sont généralement inefficaces les
moyens ordinairement employés, je ne dirai pas pour guérir cette ma¬
ladie, mais même poiu calmer les accès paribis d’ime durée ti’ès-fati¬
gante? Or, les résultats que j’ai obtenus pour calmer certains états ner
veux de la poitrine m’ont donné l’idée d’étendre ce moyen à l’asthme ; je
( m )
n’ai eu qu’à m’applaudir de son emploi. On peut en juger par l’obser¬
vation'suivante.
M”' M..., tapissière, âgée d’environ trenle-huii ans, mère de plusieurs
enfants, commença, il y a une dizaine d’années, à souffrir quelque peu d’ac¬
cès asthmatiques rares alors. Ces accès sont peu à peu devenus plus fré¬
quents, malgré une foule de remèdes pris et ordonnés par un habile méde¬
cin. Enfin, depuis une demi-année, elle ne passait pas de mois sans être
atteinte de quelque accès dont la durée est de plus de huit jours. — Elle
vint me consulter, pour la première fois, le 29 octobre de l’an dernier. Elle
avait alors un accès qui durait depuis huit jours et qui la fatiguait beau¬
coup. Je me contentai, pour cette fois, de lui conseiller un bain de pieds sl-
napisé, une infusion de lierre terrestre pour boisson, une potion àormétisée.
Le 2 novembre, la malade vient me revoir; elle n’avait, au reste, que la
rue à traverser pour se rendre à mon cabinet. Je la trouve toujours fort op¬
pressée, ne pouvant pas lier deux mots de suite par le besoin incessant de
respirer. Depuis treize jours, me dit-elle, elle ne dort pas, ou presque pas,
obligée qu’elle est, à cause de sa suffocation, de se tenir assise sur son lit.
La pâleur de sa figure, ses yeux cernés d’une espèce d’auréule noirâtre, In¬
diquent assez la fatigue produite chez elle par l’insomnie. Elle mé demande
instamment de lui procurer quelque soulagement. — Je lui déclare alors
franchement combien nous sommes peu avancés pour le traitement de cette
maladie; mais je lui fais entrevoir le calme que la cautérisation du pharynx
pourrait produire chez elle. Elle n’eut pas de peine h y consentir, tant elle
était ennuyée de cet état. Je la touche donc au pharynx avec le pinceau Im¬
bibé du nitrate acide de mercure étendu de cinq parties d'eau. — L’exçit?-
tioh locale fut vive; pendant une demi-journée la malade rendit beaucoup
de-glaires; bientôt elle comprit que sa respiration était plus libre : un besoin
pressant de dormir s’étant déclaré, elle fut se coucher, et pendant dix heu¬
res elle ne cessa de dormir. A son réveil, elle s’aperçut du grand calme
qu’elle avait recouvré, car sa respiration était devenue libre, et elle put re¬
prendre dès ce moment ses occupations comme avant son accès.
Le 6 novembre, je fais une nouvelle cautérisation, par pure précaution.
La malade resta sans nouvel accès jusqu’au 26 décembre suivant, c’est-à-
dire pendant un mois et trois semaines. Cette fois, la fatigue plus grande de
cette personne, à cause des fêtes de Noël, fit renaître une nouvelle atteinte
d’asthme, et, le 29 décembre, la malade, comprenant que sou accès, quoi¬
que moins fort que les précédents, se continuait, vint me demander d’em¬
ployer encore le pinceau. Je consentis donc à la cautériser encore, et cette
fois, comme la précédente, l’accès s’arrêta dans quelques heures, et un pro¬
fond sommeil s’ensuivit.
Cinq mois et demi se sont ensuite écoulés sans nouvel accès; c’est au
point que je considérais cette personne comme guérie, lorsqu’un nouvel ac¬
cès survint, qui fut encore arrêté, dès le deuxième jour, par une nouvelle
cautérisation. — C’était vers le milieu de juin.
EnBn, ces jours derniers, savoir le 1.5 septembre, un autre accès durant
depuis quatre jours, cotte malade est venue réclamer de nouveau la cautéri¬
sation, qui, comme précédemment, a été suivie prochainement, après l’expui-
lion de beaucoup de mucosités, dç la cessation de la suffocation et d’un som¬
meil réparateur des plus doux.
(116)
Nous avons remarqué chez cette malade : 1“ la cessation prompte des
accès toutes les fois que nous avons employé la cautérisation, et le retour
du calme et du repos ; 2“ un retard très-prononcé dans l’apparition des
nouveaux accès ; 3" moins d’intensité dans la manière d’cti-e de ces der¬
niers ; en un mot, une amélioration telle que nous n’aurions pu l’espérer
d’aucim autre moyen.
Chez une seconde malade, asthmatique encore, mais à un degré bien
plus intense, et dont la mère avait été aussi, pendant une vingtaine d’an¬
nées, incommodée d’une névrose pareille, j’ai encore employé la cau¬
térisation poiu- suspendi-e les accès. J’en venais réellement à bout, les
accès meme parai.ssaient d’abord moins rapprochés ; touteibis, n’obte¬
nant pas toute l’amélioration que j’aurais désirée, j’ai lini par abandon¬
ner la malade.
Nous avons, au reste, la conviction que lorsque l’asthme est essentiel,
c’est-à-dire qu’il n’est pas syn)ptomatiquc de quelque lésion organique,
la cautérisation pharyngée constitue un moyen sûi' de diminuer la durée
des accès et même de les faire cesser ordinaii’eincnt dans quelques heu¬
res ; à nos yeux, c'est même le seul moyen h peu près auquel nous ayons
confiance dans des cas semblables. Nous avons même étendu quelquefois
cette pratique à certaines gênes habituelles de rcspii’er, vulgairement
nommées courtes - haleines, et constamment axec une amélioration
sensible pendant quelque temps. Est-ce seulement à l’abondante ex-
puition de mucosités qui accompagne la cautérisation pharyngée qu’il
làut attribuer le mieux que nous obtenons dans ces cas de dyspnée? ou
bien cst-cc à l’excitabilité puissante qui est par là imprimée à l’innerva¬
tion pulmonaire ? Nous n’hésiterons pas à nous prononcer en faveur de
cette dcinière hypothèse. Dans l’asthme ou les dyspnées intermittentes,
comme dans les dyspnées continues, qui ne tiennent pas à des lésions
organiques, nous pensons que c’est le système nei-veux qui est affaibli
momentanément ou continuellement, et que l’indication la plus ration¬
nelle consiste à le stimuler par les moyens qui peuvent être à notre dis¬
position. Or, un des plus efiicaces à nos yeux, c’est la cautérisation pha¬
ryngée avec le caustique diffusible dont nous parlons.
Si nous avions plus de temps, nous donnerions plus d’extension à nos
idées sur la cautérisation pharyngée. I^a thérapeutique, qui est encore
trop incomplètement fixée siu- ce moyen, me paraît devoir en retirer
de précieux avantages. Attendons que l’avenir nous éclaire à l’égard de
cette médication, sur laquelle l’attention commence à peine à se porter.
11 nous semble qu’il y a là un vaste champ ouvert à l’investigation de
la pratique médicale. Encore une fois, attendons, et peut-être l’expé¬
rience démontrera que par ce moyen on pourra remédier à quelques-unes
( 117 )
de ces névroses pour lesquelles l’art de guérir est, il faut en Convenir,
encore bien inefficace.
Payais.
CHIMIE ET PHARMACIE.
SUR QUELQUES PRÉPARATIONS OFFICINALES AYANT
BASE LE CITRATE
Le Journal de Chimie médicale donne la formule suivante pour la
préparation du citrate de fer.
Prenez : Acide citrique cristallisé. . . 3 parties.
Peroxyde de fer hydraté. . . 2
Eau distillée.12
On fait bouillir jusqu’à la dissolution complète de l’oxyde ; on filtre,
et on ajoute assez d’eau pour remplacer ce qui a été évaporé, et complé¬
ter douze parties de liquide.
Si l’on veut avoir le ciü-ate sec, on n’a qu’à en verser une légère cou¬
che sur un carreau de verre que l’on porte à l’étuve bien chauffée.
Le citrate ferrique obtenu comme il vient d’être dit est d’un beau
rouge rutüant ; il se dissout très-bien dans l’eau, mais lentement. Sa sa¬
veur est fortement acide, astringente et même un peu styptique.
Depuis quelques années, c’est-à-dire depuis que ce sel a été décidé¬
ment introduit dans le domaine de la thérapeutique, on en rencontre
deux variétés bien distinctes dans le commerce de la dr oguerie : l’une de
ces variétés offre les caractères que je viens d’assigner au citrate de
peroxyde de fer pim; l’autre présente des cai-actères tellement op¬
posés, qu’il suffit de la plus simple inspection chimique pour se con¬
vaincre que l’on a affaire à un composé salin différent du premier. Ce
dernier citrate est d’un rouge verdâtre foncé ; il se dissout incomparable¬
ment plus vite dans l’eau que le citrate pur, et sa dissolution , au lieu
d’être d’un rouge jaunâtre, est d’im vert tirant sur le jaune.
Enfin, sa sax'eur est plutôt alcalûie que ferrugineuse : en un mot, ce
composé est une espèce de citrate double contenant, outre le sel ferrique,
une proportion plus ou moins forte de soude on d’ammoniaque. De là l’ex .
plication de la différence de saveur que présente le sirop de citrate ferri¬
que prépar é dans telles ou telles phar macies d’ailleurs également recom¬
mandables.
Or, comme il est incontestable pour moi que ces deux préparations
martiales doivent avoir des propriétés médicales différentes, les alcalis
c 118 :i
ne pouvant être impunémcnl introduits dans l'économie, je crois tju’d
serait convenable que les médecins désietnassent à l’avenir, d’une manière
toute spéciale, si c’est au citrate de peroxyde de fer acide ', ou bien au
citrate de fer alcalin auquel ils désii-cnt s’adresser. Voici comment il
conviendi-ait de régtdariser les fominles phârinaceutiques ayant pour
base l’oxyde ferrique uni à l’acide citrique.
Sirop de citrate de fer acide.
Prenez ; Sii’op de sucre. . . . 500 grammes.
Citrate ferrique sec. . 8 grammes.
Faites dissoudre à froid le citrate ferrique dans cinquante giaiiimes
d’eau ; cela fait, placez le sirop sm' le feu de manière à lui faire perdre
par évaporation juste la propoi-tion d’eau qui a servi à dissoudre le ci¬
trate , chose facile à obtenir en faisant usage de la balance, et ramenez
ensuite le sirop aii degré de cuisson primitive au moyen de la solution
ferrique.
Ce sirop renferme un demi-gramme de citrate de peroxyde de fer par
trënte grammes. Cette préparation offre une saveur martiale très-mar¬
quée.
Sirop de citrate de fer alcalin.
Prenez : Sirop de sucre. . . . 500 grammes.
Gtrale ferrique sec. . 8 gi'ammes.
Bi-earbonate de soude. 4 gr ammes.
Faites dissoudre le citrate, ajoutez le bi-earbonate, et opérez du reste
eoittntè ei-dessus.
Eau gazeuse ferrée.
Prenez : Eau. 695 grammes.
Citrate ferrique sec. ... 1 gramme.
Aride citrique. 4 grammes.
Bi-earbonate de smtde. . . 5 grammes.
Ajoutez d’abord le sel de fer et l’acide citrique, puis le bi-caiironatc de
soude, et bouchez immédiatement, en ayant soin d’assujettir convenablé-
nient le bouchon.
Ces deirx dernières préparations n’offrent presque pas de saveur ferr’U-
ginfcnse. Le sirop est bien moins désagréable an goût que le précédent,
1 Je propose de désigner sous le nom de dtrate de fer acide ie citrate
Jérriqu» des ^imistes, et sous le nom de gitrale de fer alealin le citrate de
fer pur, saturé par la moitié de son poids de bi-carbonato de soude.
( 119 )
et l’caii gazeuse, bien que contenant 5 centigrain. de citrate pai' 30 gram¬
mes , est au moins aussi agréable au goût que l’eau de Vichy ; mélangée
avec du vin, elle n’en trouble pas la transparence, comme cela a tou¬
jours lieu avec cette dernière. Enfin elle est très-certainement plus active
(|ue l’eau de Vichy ; aussi croyons-nous qu’elle pourrait la remplacer avec
quelque avantage.
nu PROTO-SULFURE DE FER HYDRATÉ, GOMME NOUVEL ANTIDOTE '
DU SUBLIMÉ CORROSIF, PAR L. MIALHE.
11 résulte de mes expériences que le proto-sulfure 'de fer hydraté,
corps tout à fait inerte, décompose instantanément le sublimé corrosif
en donnant lieu à du proto-chlorure de fer et à du bi-sulfure de mer¬
cure, c’e.st-à-dirc à deux substances totalement inoffensives, propriété
précieuse qui me porte à proclamer le sulfure ferreux à l’état d’hydrate
comme constituant l’antidote par excellence de ce terrible poison.
Je pubberai prochainement les détails de mes recherches chimiques,
ainsi que les résultats physiologiques des expériences auxquelles je me
propose de me livrer à ce sujet. Mais voici dès à présent une preuve
chimico-physiologique en faveiu de l’efficacité de mon contre-poison,
i|ui me pai'aît avoir une valeur bien réelle.
Lorsqu’on introduit dans Li bouche quchpics centigrammes de bi-
chlorure de mercure, on ne tarde pas à avoir cet organe infecté par la
saveur métallique insupportable qui le cai’aclérise. Eh bien, il suffit
alors de se gargariser avec de l’hydrate de suLfiu-e de fci' à l’état de
bouillie claire, c’est-à-dire tel qu’il doit toujoiu's être employé, poiu'
voir disparaître comme par enchantement la saveur mercurielle dont il
vient d’être question. Ce fait n’a besoin d’aucun commentaire ; il parle
assez de lui-même, sans «pt’il soit nécessaire d’en donner ici l’explica-
Le contre-poison que je propose ne borne pas son effet aux seuls
composés salins fournis par le mercure; il peut également servir à
annihiler l’action malfaisante de plusiem\s autres genres de sek métal¬
liques, et en particulier de ceux de cuivre et de plomb. (Cette note a
été coimnimiquée, en mon nom, par M. Soubeiran à l’Académie de
médecine.)
—Pour préparer le proto-sulfure de fer hydraté, on lait dissoudre une
quantité quelconque de proto-sulfate de fer pur dans au moins vingt
fois son poids d’eau distillée privée d’air par l’ébullition, et ou en opère
la précipitation au moyen d’une quantité suffisante de proto-sulfure de
( 120 )
isodium (hydro-sulfate de soude) également dissons dans l’eau distillée
non aérée. Ou laye ensuite avec de l’eau piu-e le proto-sulfure obtenu,
et on le conserve dans un flacon, bouché h l’émeri, jtlcin d’eau distillée
bouillie.
Bien que la préparation du sulfure ferreux soit des plus simples et
qu’elle puisse être exécutée en quelques instants, il convient néanmoins
de l’avoir toujours préparé à l’avance, afin de ne pas perdre des mo¬
ments toujours précieux quand il s’agit d’un empoisonnement.
La recommandation de conserver ce .sulfure hors du contact de l’air
doit être exécutée à la letti’e, ce composé ayant une très-grande tendance
à passer à l’état de sulfate.
Win-Eta-E FOEMUTIE POUn t,4 PRÉPARATION DU SIROP DE SAPONAIRE.
M. Coiisseran, pharmacien à Toulouse, a publié dans le Journal de
chimie médicale une bonne formule pour la préparation du sirop de
saponaire. Il recommande de se servir de la racine de saponaire recueillie
avant la iloraison.
Prener. : Extrait sec de racine de saponaire
préparé par l’alcool à 56“ c. . 60 graiiiines.
Eau distillée. 120
Sirop de sucre.1,000
On fait dissoudi’e l’extrait dans l’eau chaude, on 61tre, et l’on ajoute
la solution au sirop suffisamment concentre.
Chaque cuillerée de sirop contient les principes médicamenteux de
8 granimes de racine de saponaire.
CORRESPONDANCE MÉDICALE.
SUR UN ACCOÜCHE.WENT DE TROIS JUMEAUX VH ANTS -AVEC ENGAGEMENT
SIMULTANÉ DE DEUX TÊTES.
Irf 7 juillet 1842, à cinqhem'es du matin, je fus appelé par une
sage-femme, me des Prouvaires, 36, auprès d’une dame, mère de
cinq enfants vivants. Cette dame, arrivée au terme de sept mois et demi,
était en travail depuis la veille au soir, cinq heures ; les eaux n’avaient
cessé de s’écouler, les contractions utérines étaient languissantes et fai¬
bles; cependant une tête d’enfant était parvenue facilement jusque dans
; 121 )
l’excavation; mais arrivée là, elle n’avait fait aucun progrès. C’est dans
cet état que je trouvai les choses.
Je fus frappé tout d’ahoril de la forme particulière du ventre, et
atussi de son développcnient, qui ne me parut pas en rapport avec le
terme peu avancé de la grossesse ; le palper abdominal donnait aussi des
résultats qtii méritent d’être notés; les parties fœtales paraissaient
irrégubèrcment situées ; elles étaient très-mobiles, et semblaient en
plus grand nomltre que dans les cas ordinaires. Interrogée siu- le lieu
où elle ressentait les mouvements actifs, M™' B*** me répondit : « Par¬
tout. » Je devais croire à une grossesse gémellaire; l’auscultation cou-
finna tous mes doutes, mais j’avoue que l’idée d’une grossesseüiple ne
me vint pas à l’e.sprit.
I.es battements du cœur fœtal s’cntemhiieiit dans toute l’étendue de
l’alrdomen, mais sans isochronisme, et avec un caractère différent sui¬
vant le point où on les percevait. A gauche, en bas et en avant, les bat¬
tements étaient assez forts, mais cependant dépourvus de cette netteté
ipii caractérise les pidsations du cœ-ur fœtal ; on entendait comme plu-
.sieui's battements combinés; en haut et à droite, au contraire, les pulsa¬
tions , saiLS être plus fortes, étaient bien plus nettement déterminées.
Après ces investigations, je m’occupai de constater la cause qui s'oppo¬
sait à l’expulsion du produit.
La tête qui se présentait en position occipito-iliacpie gauche anté¬
rieure , était petite et n’était pas assez exactement serrée dans l’excava¬
tion pour que les contractions, quoique faibles, n’eussent du depuis
longtemps l’expulser ; il dex ait donc exister un obstacle au détroit supé¬
rieur. Ma main droite, introduite assez facilement dans la concavité du
sacrum, pénétra jusqu’au détroit supérieur. Je reconnus alors la cause
du retard de l’accouchement. Une seconde tête se présentait immédia¬
tement après la première, et était fortement fixée au détroit supérieur.
Elle s’était logée dans l’espace compris entre la tête et l’épaule du pre¬
mier enfant, et s’opposait à l’engagement des épaules de ce premier fœ¬
tus. Je parvins à soulever un peu cette tête, puis j’adminLstrai à la mère
un gi'amme de seigle ergoté fraîchement pidvérisé dans un demi-verre
d’eau sucrée. Sous l’influence de ce médicament, les contractions se rani¬
mèrent; au bout d’un quart d’heine le premier enfant franchissait le dé¬
troit inférieur, suivi immédiatement du second. Il était sept hem-es du
matin. Ces deux enfants, tous deux du sexe masculin, étaient asphyxiés ;
cependant, après quelques minutes de soins soutenus, à l’aide de l’ex¬
position à un air fi’ais, des ablutions froides et des frictions sur la poi¬
trine , la respiration s’établit, tons deux jetèrent les cris accoutumés.
De retour auprès de la mère, je ne fus pas médiocrement smpris de
( m )
trouver encore rabdomeu très-développé ; j’auscultai, et j'entendis
très-distinctement, en haut et à droite, les liattements du cœur d’un
ü'Oisieinc enlanl. Je praticpiai iininédiatement le toucher, et je sentis au
détroit supérietu- une poche amniotique volumineuse ; je la rompis, et je
pus constater la présence de l’extrémité pehiennc en position sacro-
iliaque droite postériem'e, et même amioncer aux assistants que ce troi¬
sième enfant était du sexe masculin ; j’eus soin toutefois de dissimuler à
la mère la naissance prochaine de ce troisième enfant. Cette extrémité
pelvienne s’engagea peu à peu, et à huit heures moins dix minutes l’en¬
fant , très-bien portant et bien plus fort que ses frères, respira et cria
immédiatement. LadélixTance ne s’effectua que vingt minutes après l’ex¬
pulsion du dernier produit. J’aurais pu la rendre plus rapide, mais je
me suis bien gardé de hâter l’expulsion du placenta par des tractions
prématm'ées et trop énergiques ; 1“ afin de laisser à l’utérus, qui avait
une si grande distension, le temps de revenir gi-aduellement sur lui-
même , et de prévenir ainsi l’inertie de cet organe, et l’hémorrhagie qui
en est la conséquence; 2“ parce que je désirais obtenir ce placenta cu¬
rieux aussi intact que possilile. Tout se passa au gré de mes désirs; l’uté¬
rus se réti'acta foitement après la sortie du placenta, qui lui-même ne
subit aucune lésion.
Cette observation présente plusicius circonstances qui ne sont pas sans
importance :
1° La présence de trois jmueaux du même sexe, venus -vivants à sept
mois et demi.
2“ Le résultat de l’auscultation, qui, aidée du palper abdominal, me
permit de constater d’une manière certaine l’existence d’une grossesse
gémellaire ; de reconnaîti’e aussi la position occipito-iliaque gauche an¬
térieure du produit supposé seul, et la présentation du pelvis ainsi que
la position sacro-iliaque droite de l’autre enfant *.
3° L’engagement simultané de deux têtes, ce qui^constitue un cas de
dcstocie peu commim à cause de la rareté des grossesses gémellaires ou
les produits ont tous les deux la tête placée inférieurement, et surtout
par suite de la difficulté que deux têtes d’un volume ordinaire éprou¬
vent à s’engager simiütanément. Cependant on conçoit que deux têtes
‘ Dans le diagnostic de celle dernière posiiion, il ne m’a pas été possible
de reconnaître que c’élait une position sacro-postérieure; je l’avais prise
pour une antérieure. Ce fait vient encore confirmer ce que j'ai depuis long¬
temps avancé, c’est-à-dire que s’il est possibio de distinguer une position
gauche d’une droite, une présentation du siège d’une présentation de la
face, il est presque impossible de distinguer une position latérale d’une po¬
sition postérieure.
( 123 )
d’enfant bien développées puissent s’engager dans un bassin dont le dé¬
troit supérieur’ serait très-large, et dont le détroit inférieur n’aurait que
des dimensions normales. Cette circonstance serait alors fort gi’ave ; heu¬
reusement jamais les jumeaux, à pins forte raison les trijumearrx, n’at¬
teignent lem- Tolume normal.
Üans le cas présent, la tête du second enfant était logée dairs le creux
du cou du premier; il m’a sufB, pour favoriser l’expulsion de ces deux
enfants, de soulever un peu la deuxième tête, et d’activer les contrac¬
tions utérines ; mais si M“' B*** eût été primipare, si les enfants eussent
été plus voisins de leur terme, l’introduction de la main entre les parois
du bassin et la première tête eût été impossible, et par suite la répidsion
de la deuxième tête n’aurait pu être effectuée. Sans doute, des contrac¬
tions énergiques poiui-aient encore ti-iompher de cet obstacle ; mais ce¬
pendant s’il en était autrement, quelle conduite l’accoucheur devi'ait-il
tenir? Après avoir ranimé les contractions utérines , et avoh-, malgré
cela, constaté leur insuffisance, l’accoucheur, ipi’il ait ou non diagnos¬
tiqué la présence de deux jumeaux, dans l’impossibilité où il est de
constater par le toucher la nature de l’obstacle , devrait appliquer le
forceps sur la tête qui a pénétré dans l’excavation. Souvent les tractions,
qui devront dans ce cas avoir’ un certain degi’é d’énergie, suffiront à
détei’miner l’extraction du premier enfant, dont les épaules glisseront
entre le déti’oit supérieur et la tête du second produit. L’extraction si¬
multanée des deux produits, s’ILs n’étaient pas trop volumineux, poiu’-
rait encore avoir’ lieu à l’aide de ces tractions, et dans ce cas les
épaules du premier seiTiraient à extrair’e la tête du second exactement
(qu’on me passe cette comparaison) comme la corde à nœud k l’aide de
laquelle on retire un bouchon de l’intérieur d’une bouteille.
EnGn , ce qui ne peut guère être supposé dans ce cas, si le forceps
était insuffisant, on n’am’ait d’auti’e recours que dans un moyeir ex¬
trême , qui consisterait à aplatir la première tête à l’aide du céphalo-
tribe , potm frayer un passage à la main jusqu’au détroit supériem’, et
permettre à cette main de constater la nature de l’obstacle. Cette main
tenterait la répulsion de la seconde tête, si elle n’était pas impossible ; en¬
fin , dans ce dernier cas, il faudrait extraire la tête brisée du produit
par la détroncation, afin d’exti’aire celle du second àl’aide du forceps.
Mais je le répète, la nalm e, dans ces cas, se suffit le plus ordinaire¬
ment à elle-même, parce que les enfants, presque toujours d’un petit
volume, s’engagent et se dégagent simiütanément. C’est ce qui aurait
probablement eu lieu tôt ou tai’d dans le cas qui nous occupe, si les
contr actions avaient été énergiques.
Cependant la compression de ces deux têtes était assez forte. En effet,
( 124 )
le coronal du second enfant était déprimé longitudinalement et oblique¬
ment, et l’on remarquait un sillon rougeâtre assez profond qui s’éten¬
dait de la racine du nez à la fontanelle antérieure, et qui résultait de
l’impression de la mâchoire inférieure du premier enfant.
La délivrance , que j’ai conservée, présente deux placentas bien dis¬
tincts, entièrement séparés, sans commimications vasculaires, mais
unis par les membranes. A l’un de ces placentas s’insère un seiü cordon,
lequel appartient au foetus solitaire, qui était plus fort que ses frères ;
l’antre en possède deux, qui prennent naissance au même point ; celui-
ci appartient aux deux fœtus que j’appellerai jumeaux.
D’après la disposition des membranes , chacun des trois fœtus était
contenu dans un ainnios isolé, mais les deux jumeaux ne possédaient
qu’un seul choriou, tandis que le fœtus solitaire avait son amnios et son
chorion parliculiei’.
Une seule caduque enveloppait les œufs, car il ne fut pas possible, ni
h M. Coste, ni à JI. Devilliers fds, ni à moi, d’en trouver des vestiges
dans les cloisons séparatives des œufs.
La cloison qui séparait l’œuf du fœtus solitaire des deux autres n’é¬
tait formée que d’un amnios, d’mt chorion, d’un chorion et d’un amnios.
La cloison séparative des deux œufs des jumeaux n’était constituée que par
les deux amnios accolés.
Ces trois enfants, assez forts pour des enfants de sept mois et demi,
suçaient facilement l’eau sucrée qu’on leur présentait. Ils furent enve¬
loppés de coton et exposés à une chaleur douce. Malgré ces soins, le plus
fort succomba le premier, le lendemain de sa naissance ; puis mourut
le plus fort des deux jumeaux ; quant au plus petit, il ne survécut qu’un
jour à ses frères.
J’ai regretté qu’on n’ait pas exécuté dans cette circonstance le conseil
que j’avais dormé d’avoir une nourrice pom' allaiter ces trois enfants, et
qu’on se soit contenté d’eau sucrée ; car ces enfants étaient dans des con¬
ditions de viabilité qui devaient laisser beaucoup d’espoir de les con-
senœr.
Chailly-Honobé,
Ei-chetde clinique d’accouchements de la Faculté de Paris.
ON MOT DE RECTIFICATION RELATIVEMENT V LN FAIT DE GUÉRISON
DU RAMOLLISSEME.NT CÉRÉBRAL.
Dans le mémoire sur la guérison du ramollissement cérébral que
vous avez bien voulu insérer dans votre numéro de mai 1842, il s’est
glissé une erreur de diagnostic, que je. m’empresse de rectifier, aujour-
( 125 )
jourd’hui qu’une ouverture cadavérique m’a permis de la reconnaître.
Il s’agit de la femme Guérineau. Cette femme avait éprouvé, il y a
trois ans, une attaque apoplectiforme, accompagnée de cirronstances
telles, qu’il nous avait paru impossible d’attribuer à une liémorrbagie
cérébrale les accidents qu’elle présentait : ainsi, augmentation graduelle
de l’hémiplégie pendant deux joins ; immédiatement après l’attaque,
crampes douloureuses, fourmillements, puis secousses convulsives dans
les membres paralysés; fièvre assez forte dès le second jour... Cette
femme avait été vue alors pai- tous les médecins et les internes de
l’infirmerie de la Salpêtrière, et tous avaient prononcé le nom de ramol¬
lissement ou d’inflammation de la pulpe ccràirale. Depuis, la dispari¬
tion graduelle de ces accidents, qui n’avaient laissé qu’un peu de fai¬
blesse dans les membres di-oits, avait du me faire croire à la guérison
d’mi ramollissement ; et c’est dans ce sens que j’avais publié cette ob¬
servation.
La femme Guérmeau est morte, ces jours derniers, d’mie seconde
attaque, mais dont la marche plus régulière a permis de diagnostirpier
une hémoiTbagie cérébrale.
J’ai assisté à son autopsie, grâce à l’obligeance de M. Belin, interne
du service de M. Bouvier, où elle a succombé : voici ce que l’on a
La couche optique gauche formait un vaste loyer hémorrhagique,
plein de sang noir demi-liquide, comprenant un peu de la partie ex¬
terne du corps strié, s’oimant par une étroite perforation dans la
cavité du ventricule latéral, et se prolongeant, mais plutôt sous forme
de sang infiltré qu’épanché, dans la partie antérieure du pédoncule
cérébral gauche et de la moitié gauche de la protubérance.
Dans la substance médullaire qui est en dehors de la couche opti¬
que, sous les cûconvolutions qui sont en arrière du lobule du corps
süié, on trouva une poche dont les parois étaient en contact l’ime avec
l’autre, sans aucune adhérence. Elle avait l’étendue d’une pièce de deux
francs. Elle était tapissée d’une membrane lisse, d’un jaimc d’ocre assez
foncé, épaisse, mollasse et facile à soulever, contenant, dans son épaisseur,
de petits vaisseaux fort déliés. Au-dessous d’elle, les parois de la poche,
dans ime épaisseur difficile à apprécier, moins d’un millimètre, offraient
un peu de dureté et de coloration jaune ; puis au delà, elles étaient par¬
faitement saines.
Dans la partie gauche et postérieure de la protubérance, à l’endroit
ou les fibres s’écartent pour former le pédoncule, on trouva une cica¬
trice allongée, ayant de quatre à cinq millimètres de longueur sur deux
de largeur et d’épaisseur, blanche et très-dure au centre, jaunâtre
( 126 )
tout alentour. Au centre de la moitié droite de la protubérance, ramol¬
lissement gri.sàtre, avec structure un peu celluleuse, dans une étendue
un peu plus grande que celle d’im noyau de cerise.
11 n’est pas permis de douter de l’origine de cette cavité de l’hémi-
splicre gauche, certainement contemporaine des accidents auxquels
nous avons assisté il y a trois ans (Guérineau a en alors une hémorrha¬
gie cérébrale). D’où vient donc cette physionomie insolite qu’üs ont
présentée, cette physionomie tellement inaccoutumée, que je n’ai ren¬
contré ni parmi mes observations ni parmi les faits si nombreux réu¬
nis dans la science, aucun fait qui puisse être comparé à celui-ci?
Il est probable que cela est dû aux lésions que nous avons trouvées
dans la moelle allongée : dans la moitié droite de la protubérance,
cette trace incontestable d’un ramolli.ssement ancien; à l’origine du
pédoncule cérébral gauche, cette cicati'ice sur l’origine de laquelle je
ne veux pas me prononcer ici. Je le crois d’autant plus volontiers, que
Guérineau nous avait allirmé n’avoii- jamais éprouvé de sa vie au¬
cun accident de ce genre, et que, depuis le mois de septembre 1839,
je suis certain (pi’ellc n’a rien présenté de semblable. Or, conune il est
difficile d’admettre que ce ramollissement et cette cicatrice aient pu se
développer, dans une telle région, d’une façon latente, il faut bien
supposer que c’est la coïncidence de ces lésions midtiples qui a
donné lieu à ces phénomènes si remarquables et .si difficiles à inter¬
préter.
Je regrette beaucoup, monsiem- le rédacteur, de m’être ainsi trompe
dans l’analyse de ce fait ; mais peut-être est-il temps encore de répa¬
rer mon erreur : et d’aillems, cette circonstance sera un nouvel, et non
pas inutile exemple de la réserve avec laquelle il faut diagnostiquer
les affections cérébrales en général, et de l’obsciuité qui règne, eh
particulier, dans un grand nombre de cas, sur le diagnostic différen¬
tiel de l’hémorrhagie et du ramollissement cérébral.
Agréez, etc. Max. DüRANn-FABDEt.
BIBLIOGRAPHIE.
Précis analytique sur le cancer de l’estomac et sur ses rapports
avec la gastrite chronique et la gastralgie, par le docteur
Bahbas, 1 vol. in-8“.
M. Barras, dont le nom se rattache si honorablement à la réaction de
la philosophie médicale contemporaine contre la théorie de l’irritation,
( 127 )
poursuit ayec un zèle digue des plus gi-ands éloges scs intéressants tra¬
vaux sur la maladie du venti’icnle gastrique. Après avoir forcé la très-
grande majorité des médecins, peut-on dire, engagés dans une fausse
route, a distuiguer les affections nerveuses et atoniques de eet organe
d’avec la gastrite chronique, et avoir formulé d’une manière large les
bases du traitement dilTérentiel de ces diverses maladies, M. Barras a
pris pour objet d’études nom elles le sejuirrhe et le cancer de l’estomac.
L’auteur ici se propose un double but. 11 cherche d’abord à distinguer
de celte affection, plus sévèrement qu’on ne l’a fait avant lui, la né-
XTOse et la phlegmasie chronique du principal organe de la digestion.
Quand la maladie est à son début, qu’elle n’a point encore imprimé à la
phj'sionomie cette teinte et cette habitude si caractéristiques des maladies
cancéreuses, quand elle n’est point encore arrivée à ce degré ou qu’elle
n’affecte point cette position où le mal peut être saisi par un palper exercé,
il ne disconvient pas des difficultés qui entoiu-ent le diagnostic. Cepen¬
dant en analysant rigom-eusement les symptômes, en tenant compte
des dispositions héréditaires, en .suivant avec attention la marche des
symptômes, on peut, même dans les cas les plus difliciles, arriver à un
diagnostic au moins très-probable. A cet égard, l’auteur signale du côté
de la circulation périphérique luie expression symptomatique qui nous
paraît bien saisie : ainsi dans la gastrite chronique, il y a une petite
lièvre lente, qui redouble le soir ; une teinte violacée des lèvres, des
conjonctives, des joues mêmes, plus prononcée pendant les digestions et
les paroxysmes fébriles que dans les auti-es moments. Cette teinte est le
reflet de l’inflammation chronique de la mutpieuse de l’estomac, comme
le teint blême, plombé, est celui du cancer gasti-ique, de telle sorte que,
sauf les exceptions, ces deux maladies sont peûites sur la figure des sujets
ipti les éprouvent, et que la différence des couleurs qu’elles y produisent
peut ayer à les distinguer l’une de l’autre.
Après ces tentatives de diagnostic différentiel, M. Barras aborde l’im¬
portante question du traitement. Ici l’autem- ne partage point le pessi¬
misme désolant auquel, il faut bien en convenir, nous inclinons tous.
Suivant lui, quand la maladie est reconnue à son début, ou même lors¬
que déjà elle e.st arrivée à un certain degré de développement, il ne
faut point encore s’envelopper dans son manteau et faire de la médecine
élégiaque à la manière des médecins dont Asclépiade se moquait en les
appelant médicateurs de la mort, l’out n’est point désespéré; la science
a eircore des ressomres dont une inteUigeuce sagace peut tirer grand
parti. Les moyens que l’auteur préconise d’aillem-s ne sont point nou-
r eaux ; ils ont leur place depuis longtemps dans la vieille science : ce
sont les fondants et les apéiâlils : « Il suflit, dit-il, que le praticien
( 128 )
soupçonne l’existence du mal pour qu’il doive se décider à en tenter
l’usage. » n y a ici, comme en toute quc.stion de thérapeutique, un
choix intelligent à faire. 11 ne faut pas choisir des apéritifs stimulants,
comme les gommes-résines et les ammoniacés : au lieu de dissoudi’c le
squirrhe, ils deviendraient une cause d’irritation pour les tissus malades
et accéléreraient la marche du mal. L’iodurc de potassium (c’est là un
médicament bien nouveau), l’oxyde blanc d'antimoine, la ciguë, le ca¬
lomel, l’acétate de potasse, l’eau de Vichy, émoussés avec des adoucis¬
sants, si l’on craint que leur action ne soit trop vive, paraissent à
M. Ban’as les substances les plus propres à faire la base d’une médica¬
tion fondante. « Autour de ces moyens principaux, ajoute-t-il, on
groupe des moyens accessoires, tels que le jus et les cataplasmes de ca¬
rottes, les frictions et les emplâtres mercuriaux iodurés, cicutés; de
petites évacuations sanguines, des exutoires et des bains ; des émollients
s’il y a quelque apparence de phlcgmasie aux environs de la tumeur ; des
narcotiques dans les cas de douleur et de névrose. » Tels sont les moyens,
joints à un régime sévère, ipie l’auteur propose pour conjurer le mal ;
et ce ne sont pas là de simples conceptions diéoriques basées sur la science
du passé : AI. Barras cite des faits où la guérison a été le résultat d’une
méthode thérapeutique ainsi instituée. Vous n’oserions dire que l’auteur
s’est un peu hâté à conclure ; mais nous n’hésitons pas à donner un en¬
tier assentiment à ces généreuses tentatives. M. Barras a déjà beaucoup
fait ; lui est-il donné encore de reculer les bornes de l’art dans une affec¬
tion aussi grave que le cancer de l’estomac? Qu’il continue à marcher
dans la voie où il est entré : s’il nous y rencontre, ce sera certainement
pour encourager ses clforts. C’est avec un grand sens que Percy a dit ;
M On a nié trop longtemps, et en cela on a beaucoup nui aux progrès
de l’art; car l’homme ne traite guère ce qu’on lui a fait considérer
comme impossible. »
Traité sur l’art de restaurer les difformités de la face, selon la
méthode par déplacement, ou Méthode française, par M. Sebhe,
professeur de clinique clûrurgicale à la Faculté de médecine de Mont¬
pellier, etc., 1 vol. in-S" avec atlas.
Les plaisanteries, les sarcasmes, aus.si bien que les objections sérieuses,
n’ont pas manqué à cette tentative hardie de la chirurgie; mais on peut
le dire hautement aujomd’hui, l’autoplastie est sortie t ictorieuse de cette
lutte acharnée qui, en somme, a touimé au profit de l’art, en forçant
celui-ci à creuser plus avant, pour établir d’ime manière plus solide ses
principes. Il est juste de le reconnaître tout d’abord, dans cette lutte à
C 129)
laquelle les chirurgiens les plus célèbres ont pris part, M. Serre se place
au premier rang, non-seulement par la constance de scs efforts pour
assurer le triomphe d’idées saines et vraies, mais encore par l’origina¬
lité de ses conceptions, et les découvertes réelles qu’il a faites dans cette
voie pendant si longtemps abandonnée. A lui donc il appartenait sm'-
tout de produire un traité dogmatique de l’autoplastie faciale, et de
faire l’inventaire de la science sur ce point important : aussi bien le
professeur de clinique de la Faculté de Montpellier n’a-t-il point manqué
à sa mission, et nous ne craignons point de le dire, il a rempli celle-ci
d’une manière brillante, en publiant le livre dont il s’agit en ce moment,
Voici d’ailleurs le plan bien simple suivi par l’auteur dans cette impor¬
tante publication.
Après avoir, dans une esquisse historique rapide, mais substantielle,
indiqué les phases diverses par lesquelles est passée l’autoplastie, depuis
son origine jusqu’à nos jours, M. Sêrre, dans des considérations géné¬
rales qui portent le cachet d’une science profonde, développe les prin¬
cipes sm lesquels s’appuie celte nouvelle branche de la chirurgie, et
montre les heureux résiütats dont celle-ci a le droit de se glorifier.
Après ces considérations générales, qui initient à la science nouvelle les
médecins qui n’auraient porté sur celle-ci qu’un regard distrait, l’auteur
expose, avec l’ampleiu- de détails nécessaire à la conception d’idées
qui ne sont point encore monnaie courante dans la science, l’ensemble
des règles qui doivent diriger la pratique de l’autoplastie faciale. Ici,
M. Serre établit d’une manière péremptoire, suivant nous, la supério¬
rité de la méthode par déplacement, sur toute autre méthode. Par un
sentiment de -patriotisme qui n’éclôt plus guère que sous le soleil du
Midi, il s’attache h démontrer que cette méthode est d’origine fran¬
çaise, et qu’en général, sur la question de l’autoplastie, la France n’a
rien à envier à l’Allemagne ; pour nous, qui sommes tout à fait étranger
à ces débats, nous ajouterons, pour être juste, le mot que la modestie
de M. Serre n’a point laissé échapper, la chirurgie française doit faire
au chirurgien de Montpellier une large part de la gloire qui lui revient
dans la création et le perfectionnement de cet art ingénieux. C’est ici
surtout que l’auteiu- expose les idées qui lui sont propres dans la pratique
de l’autoplastie : il serait trop long d’analyser ces idées, nous nous con¬
tenterons d’observer que M. Serre, fidèle aux principes de la bonne
école en chirurgie, ne se borne point à fair e de la menuiserie de pelle
humanâ, il a égard aux diathèssc, aux forces des sujets, aux dispositions
actuelles de l’organisme, et n’agit que dans des conditions favorables.
Ces préceptes généraux posés, l’auteur passe ensuite aux détails, et traite
successivement de la cheiloplastie, de la stomoplastie, de la rhinoplas-
TOMË XXIII. i‘ Liv. 9
( 130 )
de la gëilopkstic, de la blépliaroplastic, de la restauratioh dn sac
lacrymal. Il termine enfin par la kératoplastie et l’otoplastie, ou art de
restaurer les difformités de l’oreille. Tout ceci est traité de main de maî¬
tre j on sent là partout l’homme dont la conception originale a fait en
pal tic la science qu’il expose, cl le praticien qui a fait ce qu’il a dit. Ceux
donc qui ne savent pas, ne peuvent point choisir un meilleur livre
pour apprendre ; ceux qui s.avcnt, chercheraient vainement un meil¬
leur guide pour la pratique. Il y a donc fort peu de hibliothcques dont
le traité du ehirurgien de l’hôpital Saint-Éloi ne doive finir par ap¬
prendre le chemin.
BULLETIN DES HOPITAUX.
Cheiloplastie de la bouche et de la vulve par un procédé «ou-
vettU. —Dans les cas d’atrésie partielle ou complète de la bouche et du
vagin, qu’elle soit accidentelle ou congénitale, on sent combien il est dif¬
ficile d’obtenir isolément la cicatrisation de cbacnn des bords de l’inci¬
sion , et par conséipient d’cmpécber la reproduction de la difformité:
Presque tous les ebirurgiens se sont préoccupés de ce point de médecine
opératoire ; elleplus souvent, il faut le dire, leurs efforts ont été insufii-.
s-mts. M. Dicffeiibach, en recouvrant les Icvi-cs de la plaie avec la mem¬
brane muqueuse préalablement disséquée et rcnvpr.séc en dehors, a le
premier posé une règle opératoire généi’alement adoptée aujourd’hui.
C’est à cette règle que se rattache le procédé mis en usage avec succès
par M. Jobert ; identique quant au fond à celui du chirurgien de Berlin,
ü n’en diflere que par la forme : il est d’ailleurs d'une exécution pluS
làcüe.
Obs. I. A la salle Saint-Augustin se trouve une femme de trente-sis
ans, qui présente une atré.sie incomplète de la vulve. Les gramles lètTCS,
réunies entre elles dans une étendue de cinq ccntinièlrcs, laissent en avant
et en arrière de l’espèce de pont qu elles constituent par leur fusion, un
péitiiis; le perluis antérieur, ovalaire, déprimé, présente à son ccutic
une houppe de poils. Le pertuis postéi leur est allongé, cl a nue longueur
de deux centimètres dans son plus grand rliametre. L’urine sort par ces
deux parties. Lh.aqnc époque menstruelle est marijuée par l’accumulation
du sang dans le vagin, où il se forme'en cailloLs qui couipi iineut le i ec-
lum, et donnent ainsi lieu à une constipation par cause directe et tente
mécanique. Le sang ne coule que lentement par le pertuis postérieur, qui
est aussi la voie d’écoulement habituelle d’une sécrétion muqueuse asscï
«diondante. Celte di^osition anatomique anormale de la vulve paraît
( iâl )
avoir etc produite par des brûlures fort anciennes dont la femme n'a pas-
g.irdé le souvenir, mais dont il existe des traces sur les cuisses et sur la
vulve clie-nicme, car les lèsTcs, à leur point de jonction, offrent une
surfaceblancliAlre et d’aspect inodulairc.
Une sonde cannelée introduite par un des pertuis ressort facilement
par l’autre ; les parties situées en avant de la sonde ont une épaisseur
assez grande, il est évident cpi’cllcs sont constituées par la peau, le tissu
cellulaire et la membrane muqueuse. C’est sur une sonde ainsi disposée
que M. Jobert incisa d’un seul coup le pont formé par l’union des deux
lèvr es. On put immédiatement constater l’intégrité parfaite de l’hymen,
et la fraîcheur de l’orifice du vagin conservé pour ainsi dû-e à l’état natif,
derrière l’espèce de voile qui le protégeait.
Immédiatement après que cette incision eut été faite, la surface sai¬
gnante de scs deux lèvres s’agi’andit par le retrait de la peau et de la
membrane muqueuse en sens contraire. A’’oHlant, comme cela a lieu dans
l’état normal, ramener ces deux memlrrancs-en contact bord à bord, ef
empêcher ainsi une cicatrisation inodulairc plus ou moins propre à repro¬
duire la difformité, ûl. Jobert eut recours au procédé suivant : ij plongea
d’avant en arrière et horizontalement dans la raeniln-ane muqueuse une
épingle dont la tête est tournée vers le vagin, et dont la pointe ressort à
l’extérieur ; puis il fait exécuter à l'épingle un mouvement de bascule
qui ramène sa tête en dehors, de façon qu’après avoir décrit un demi-
cercle sans abandonner la muqueuse qu’elle attire avec elle, l’épingle se
trouve horizontale en sens contraire. Une fois que le renversement de la
membrane muqueuse est assez étendu poiu- couvi'ir entièrement la surface
saignante de la lèvre de l’incision, le chirurgien enfonce l’épingle d’a¬
vant en arrière cette fois, en traversant toute l’épaisseur de la lèvre, et
en faisant ressortir la pointe à l'intérieur de la vulve, tandis que la tête
reste en dehors. La muqueuse est ainsi traversée une seconde fois, et on
obtient une suture en forme d’ourlet de cette même membrane muqueuse.
M. Jobert pratiqua ainsi deux points de suture sur chaque Icwe de la
vidvc.
Dès le deuxième jour il enleva les épingles, et la guérison eut lieu
promptement, sans rétrécissement de l’orifice vulvaire.
06s. II. Ce même procédé a été mis en usage avec un égal succès
pour un rétrécissement de la bouche consécutif à l’ablation d’une tu¬
meur cancéreuse de la lèvre. Après avoir prolongé la commissure dans
l'étendue de 3 centimètres à gauche,M. Jobert, saisissant avec scs pinces
les lèvres de la plaie, tailla chacune d’elles en biseau, aux dépens de
leur face cutanée, à l’aide de ciseaux; ainsi la muqueuse n’avait subi au¬
cune perte de substance, tandis que la peau fut enlevée dans une éten-
( 132 )
duc de 7 à 8 millimètres en hauteur sur toute la longueur de la plaie.
L’opération fut ensuite achevée d’après les principes que nous avons dé¬
crits plus haut, et sur lesquels nous croyons inutile d’insister. Plusieurs
points de suture furent pratiqués; et, au bout de quelques jours après
l’exti'action des épingles, on constata que la muqueuse adhérait partout
à la peau; seulement la bouche reste un peu entr’ouverte dans le point où
la muqueuse a été ainsi renversée : faible inconvénient, si on le compare
à celui dont le malade était atteint.
lodure de potasshim dans les ulcères atoniques. — Plus nous
allons, plus nous reconnaissons l’excellence de la médication par l’iodure
de potassium dans les cas assez nombreux déjà où ce précieux médica¬
ment trouve ses appheatious. La supériorité de ce moyen dans les acci¬
dents syphilitiques secondaires et tertiaires est aujourd’hui incontestable
pour tous les praticiens qui y ont eu recours dans cet ordre de symp¬
tômes ; mais ce qui n’ast pas encore sullisammcnt connu, sulTisamment
établi, c’est la propriété corroborante que possède l’iodure de potassium
chez ces indmdusmalingi-es, à constitution épuisée ou molle, qui portent
aux jambes, depuis des années, des ulcères atoniques considérés comme
incuralrles. C’est sur ces faits que nous voulons porter l’attention; l’on
verra la vertu cicatrisante du médicament dont il s’agit.
Au n® 24 de la salle Saint-Louis, à l’hôpital de la Pitié, dans le ser¬
vice de M. Lisfranc, a été reçu, vers le milieu du mois de juin dernier,
un vieillard cacochyme, épuisé, d’une maigreiu’ étique. Cet homme,
âgé de soixante-huit ans, portait depuis huit ans h la jambe gauche
deux grands ulcères atoniques rebelles à tous les traitements employés
dans les hôpitaux. L’un de ces ulcères occupait le côté interne du mem¬
bre, dont il prenait plus de la moitié de la circonférence, il avait cinq
pouces de longueur ; l’autre ulcère avait deux pouces de diamètre dans
tous les sens et était situé en arr ière et un peu en dehors. 51. Lisfranc a
simplement traité ce malade par un pansement simple avec le cérat, les
compresses trouées et la charpie, et par l’iodure de potassium à l’inté-
rieiu', d’abord à la dose d’un gi-amme par jour, en trois prises, puis en
augmentant de trente centigr-arnmes chaque six jours. Le résultat a été
des plus merveilleux. Au bout de six semaines la constitution du sujet
avait subi une amélioration des plus rrotahles ; la coloration avait suc¬
cédé h la pâleur, la peau n’était plus molle et flasque, il avait repris
un certain embonpoint. Qnarrt airx ulcères, le moins grand a été cica¬
trisé complètement en vingt-cinq jours, et aujourd'hui les neuf dixièmes
du grand ulcère sont guéris et cicatrisés. Il y a deux mois que le malade
( 133 )
est à l’hôpital, et il ne tardera pas à en sortir' ; il prend deux grammes
d’iodure de potassium par jour.
ün homme de trente-six ans, d’une constitution qni n’est pas trop
mauvaise, a été couché au n“ 5 de la salle Saint-Antoine. Il portait de¬
puis trok ans deux ulcères rebelles, de la largeur de la paume de la
main, l’un sur le tiers inférieur de la jambe di-oite , l’auü-e à la même
partie de l’autre jambe. Il a été mis à Tiodure de potassium et au pan¬
sement simple, comme il a été dit; en douze joui-s les deux ulcères
étaient complètement cicatrisés. Ce malade est encore en ce moment
dans les salles.
Voici un fait encore plus remarquable. Un jeune homme de vingt-
trois ans ayant en dans sa première enfance une nécrose du tibia, et un
travail élimininatoire ü'ès-prononcé qui avait donné lieu à la sortie de
plusieius pièces osseuses de la jambe, est enti-é à l’hôpital de la Pitié
dans la première semaine de juillet dernier, et a été couché au n° 28 de
la salle Saint-Ijouis. Ce jeune homme, dont la constitution était profon¬
dément détériorée, portait depuis plusiem’s aimées un ulcère occupant
les neuf dixièmes de la jambe di'oite. Cet ulcère était sale, grisâtre, sa-
nieux, présentait de gros boiu’geoiis chai'nus, mous et saignants. La
jambe avait doublé de volume. M. Lisfranc a administré l’iodure de
potassium, d’abord à un gramme par jour, et puis à dose croissante par
trente centigrammes tous les six joins, de façon qu’aujourd’hui, qua¬
rante-deuxième jour de son entrée, le sujet prend trois grammes de mé¬
dicament. Il ii’y a eu qu’un pansement simple de l’iilcèrc. En ce mo¬
ment la jambe est revenue à son état normal, et il ne reste à cicatriser
de l’ulcère que la largeur d’une pièce de un franc. La constitution est
aujourd’hui très-bonne. Ce résultat est si merveilleux que c’est à n’y
pas a-oire.
Une chose fort importante qu’il faut noter, c'est que la cicati'ice qui
SC forme sm’ les ulcères par suite de l’administration de l’iodure de po¬
tassium, indique l’action tonique corroborante de ce niédicament sur la
partie même. Ainsi, ces cicatrices blanchissent au moment meme OÙ
elles se forment, cl elles ont l’aspect de celles dont la formation a ru
lieu depuis six semaines, deux mois.
Sur un cas de pellagre obsercé à l’hôpital Saint-Louis. —
Un fait pathologique rare et curieux a été obs-erve à l’hôpital Saint-
Louis, dans le senice de M. Gibert: c’est un cas de pellagre, maladie
endémique chez quelques paysans de certaines conü'ées de l’Italie, aux
environs de Milan. de Pavic, de Mantoue, mais qu’on n’avait vue’ eu
( 134 )
France qu’une seule fois, et encore sur deux soldats étrangers venus à Paris
en 1814 et traités à la clinique d’Alibcrt. Cette affection, nommée aussi
érythème, endémique, à cause des sjnnptômcs extérieurs qui la çaraeté-
risent, est, suivant l’opinion de Biett et de AI. Brierre de Boismont, qui
l’ont tous deux étudiée en Italie, symptomatique des lésions de divers
organes intérieurs, lésions qui ont km- source dans le système nerveux,
et siu-toiit dans les voies gastriques. L’éruption cutanée n’est donc que
le retentissement, la conséquence d’affections graves internes. Aussi la
pellagre est-elle souvent mortelle, et cnti’aînc-t-clle aussi, dans un grand
nombre de cas, l’altération du cerveau, et une folie nommée folie pcllw-
greuse, dont les exemples ne sont pas rares dans la Lombardie. Ceci
posé, disons un mot sur la malade que nous avons vue à l’hôpilal Saint-
Louis. Cette malade, âgée de 23 ans, appartenait à une famille très-
pauvre de Brie-Comte-llobert, département de Seinc-et-AInrne. Au prin¬
temps de 1840, elle avait eu de l’inappétence, des nausées, des vomis¬
sements, des douleurs d’estomac et de la diarrhée. Bientôt sur le dos
des (leux mains et sur le front apparut un érythème, qu’on attribua à
l’action du soleil. Ces rougeurs étaient indolentes, et, à part le dévoie¬
ment , qui persista, la malade ne fut pas trop mal juscpi’au mois de mai
1841, époque où elle devint enceinte. Les maux d’estomac, les vomis¬
sements et le dévoiement revinrent; l’ciytlième du front et des mains
n’avait pas fait de progrès, mais une rougeur nouvelle s’était montrée
à la partie supérieure du sternum. En décembre 1841, elle accoucha
avant terme. En avril 1842, la pellagre fait de notables progrès; les
forces se perdent; elle s’alite. Transportée à l’hôpital Saint-Lcui; le 13
juin, elle est dans l’état suivant : amaigrissement considérable; pouls
petit, faible, fré({uent; abattement, tristesse. La peau est rude, sèche,
chaude dans toute l’étendue du corps; la partie moyenne du front, la
racine du nez, le pourtour des orbites, sont comme couverts d’une
rougeur terne et hvide. En ces points, le tégument paraît fendillé,
comme gercé; des fragments d’épiderme grisâtres, épais et ternes s’en
détachent. Le dos des mains est le siège d’une rougeur plus intense, plus
foncée, luisante comme celle de l’érysipèle, mais sans goiiUcmcnt. L’é¬
piderme paraît se détacher par une sorte d’exfoliation; sur les doigts la
couche épidermique offre un aspect parcheminé; au niveau des articula¬
tions, elle forme des plis profonds, semblal)les à des gereurcs ; une des-
quammalion semblable existe sur la plaque du sternum, qui est d’un ronge
pâle. Les pieds ofl’rent du gonflement autour des malléoles, et une rougeur
érythéraoïde légère sans desquammation. Cet état a persisté, sans aucun
changement, jusqu'au 26 juin, on la malade a été prise d’un délire vio¬
lent et loquace, qui a commué le 27 et le 28; puis la malade est tomliée
( 135 )
4anj l’affaissenieiit, suivi d’uue agonie paisüjle, et elle est mort» 1« S9
juin. A l’autopsie, faite avec le plus gi'ancl soin, on n’a noté qu’un ra¬
mollissement de la muqueuse gastrique qui avait une couleur gris-verdâtre
avec quelques arborisations ; un peu d’injection de la pie-mère, un ra¬
mollissement de la masse cucéplialique, et principalement de la substance
grise ; voilà tout.
Qui ne remarcjuera avec nous, dans ce fait, la disproportion entre
l’intensité de l’affection cutanée et celle des phénomènes nerveux etgaï*
triqr.es? Assurément la pellagre est une maladie générale et non une
affection locale. Une autre réllcxion naît encore de l’insignifiauco des
lésions anatoraûjues en présence de l’appareil des S3™ptôme5 de celte
maladie mortelle.
HhumaCisme et fausse ankilose de la mâchoire infêi'ieurey
occasionnés par Vapplication de glace sur la tête. —11 a été ap¬
porté , il y a quelques semaines, à l’bôpital de la Pitié, salle Saint-
Antoine, n“ 19, service de M. Lisfranc, un jeune homme de singt-
deux ans, qui avait fait une chute d’un lieu très-élevé. Ce malade
a présenté les symptômes graves d’une commotion cérébrale, puis ceux
d’une méningite. Ces accidents ont été traités énergiquement par les
antiphlogistiques et par l’application de la glace sur la tète qu’il a fallu
maintenir pendant douze jours. Après avoir présenté des accidents coma¬
teux et couru les plus grands dangers, ce malade a fini par guérir-de
l’affection cérébrale. Mais il s’e-.t développé un rhumatisme violent de
l'articulation temporo-maxiilairc, qu'il a liillu combattre. Malgré les
moyens employés, le mal a persisté, et il y a en ce moment une fausse
ankilose de l’articulation maxillo-temporale; le malade reste toujours la
bouche cntr’ouvcrtc. 11 ne faut pas dése.spércr de triompher de cotte
nouvelle affection, qui tient évidemment à la longue application de la
glace sur la tête. Ce sujet n’avait jamais eu de rhumatisme.
Hémorrhagie mortelle par suite de l’extraction d'une dent.~^.
Il est des personnes qui ont l’appareuce d une constitution robuste, et
qui au fond n'ont aucune force de réaction. On voit tons les jours ces
singularités dans la pratique, qui ne peuvent du reste être établies cpie
p.ar l’expérience. Nous avons vu des forts de la halle qti’tuje petite sai¬
gnée abattait pour plusieiu'S semaines j nous avons cité un garçon de
ferme fort bien musclé, et en apparence d’une bonne sanguification,
moiu'ii’ d'hémorrhagie par la piqûre d’une seule sangsue, tons les hémos¬
tatiques (sauf le fer rouge qui n’avait point été employé) ayant été im^
( 136 )
puissants. Ces exemples ont leur utilité et donnent être cités; car on
peut vouloir rendre les médecins responsables dans les cii’constanccs
surtout où une terminaison fimeste vient suivre le cas le plus simple.
Est-il rien de plus inoffensif que l’ai-racliement d’une dent? et cepen¬
dant voici un exemple de mort par suite d’hémorrhagie après cette
petite opération. Il prouvera l’importance de coimaîti'e les antécédents
des sujets, "quand il s’agit d’agir sm- eux d’une façon quelconque, ün ou¬
vrier anglais, dont le dernier numéro du London medical Bewiew
rapporte l’histoire, âgé de trente-un ans, fort bien constitué, et ayant
toujours joui d’une excellente santé, se fait arracber une dent ; cette
opération est suivie d’une hémorrhagie assez inquiétante qu’on arrête
néanmoins par la cautérisation. Quatre ans après , cet homme ayant
une dent de sagesse cariée, et en soufQ’ant beaucoup, sc présente chez
le docteur Roberts. Celui-ci, igiiorantThémorrhagie précédente, arrache
la dent. Une hémorrhagie très-forte a lieu ; on emploie inutilement tous
les hémostatiques, y compris le fer rouge et la compression; l’hémorrha¬
gie continue tout le joiu'. Le lendemain, nouvelle compression, à deux
reprises cautère actuel sur la partie, solution concentrée d’acétate de
plomb, solution d'alun. Diminution de la perte de sang, mais elle con¬
tinue ; on a beau administrer à l’intérieur les pilules alumineuses, le car¬
bonate de fer, la limonade minérale, le quinquina , prendre, cesser
et reprendre le fer rouge et la compression avec de l’éponge préparée.
L’hémorrhagie cesse pendant quehiues heures, pendant une demi-
jomnée , mais reparaît ensuite. Le malade est épuisé, exsangue, tombe
eu syncope, revient à lui ; enfin , après de pareilles alternatives, qui
durent vingt jours, le malade uieiut par' suite des pertes du sang qu’il
a subies.
UKPERTOlllE MEDICAL.
ACCOUCHEMENTS. Cu4 d’étioi-
tisse simple (ht bassin, sans cour-
bure ni déformation des os. Vue
(lifformité pelvienne qui n’est jws
aussi rare qu’on l’avait dit, est celle
qui consiste dans un bassin rétréci
dans tous ses diamètres, mais régu¬
lier, sans courbure, sans déforma¬
tion des os. M. Nichet, chirui'gien en
chef de l’hospicé de la Charité de
Lyon, en a publié quatre faits dé¬
taillés qui doivent lixer l’attention
des accoucheurs. Voici les dimen¬
sions du bassin chez une des femmes
dont il est question.
Detroit supérieur,
Uijmèlrc sacro-pubien..
— oblique.
Detroit inférieur.
Iliaiuètre Iransyersc.....
Excavation.
Uianièire anléro-poslér..
L’on eonçoit l’imporlance d’avoir
l’oeil ouvert sur de semblables arrêLs
de développement de bassins parfai¬
tement réguliers dans leurs formes.
( 137 )
car un pareil vice de couformaiion
éiant reconnu pendant la grossesse au
moyen de la mensuraiion extérieure,
oui, i|uoiqu’on dise, donne un degré
d’exaclilude presque rigoureuse, fe¬
rait nécessairement recourir à l’ac-
coucliemenl prématuré provoqué, qui
trouve toutes ses indications dans ces
cas où le bassin entier est trop petit
pour pouvoir être traversé par un en¬
fant vivant à terme. M. Stoltz dit qu’il
faut provoquer l’accouclicmenl toutes
les fois que ie rétrécissement est au-
dessons de 8 centimètres 7 millimè¬
tres au diamètre antéro-postérienr
du détroit supérieur. Les bassins
rétrécis et réguliers, connus jusqu’à
présent, ne sont pas descendus au-
dessous de 8 centimètres dans leur
diamètre sacro-pubien ; mais le prin¬
cipal rétrécissement peut porter sur
le diamètre transversal, comme l'a
vu M. Nichet, dans un cas où il fut
obligé de pratiquer la cràniotomie.
Lorsque le rétrécissement du bassin
n’est constaté qu’au moment des
douleurs, c’est au forceps qu’il faut
avoir recours. Baudelocque a lixé à
8 centimètres de diamètre sacro-pu¬
bien la limite au-dessous de la¬
quelle il n’est plus permis d’em¬
ployer cet instrument. Mais à 8
centimètres, il a souvent réussi à
extraire l’enfant vivant. Dans un des
cas qu’il cite, M. Nicbet a cru néces¬
saire de pratiquer l’accoucliement
premattire artiliciel; mais comme les
dimensions le permettaient, c’est avec
le forceps qu’il a accoucbé la femme
du bassin de latiuelle nous avons
donné les mesures; il a amené un
enftnt mâle très-vigoureux qui a
continué à vivre. Dans les bassins
réguliers et rétrécis dans toutes leurs
parties, on pourrait pratiquer la sec¬
tion pubienne, dont les dangers, se¬
lon M. Nicbet, ont été peut-être exa¬
gérés. Cette opération, pour 5 cen¬
timètres 4 millimètres d’écartement
qu’elle permet entre les pubis, donne
une augmentation de 9 millimètres
dans le diamètre transversal, et une
plus grande pour le diamètre obli¬
que; elle agrandit en même temps
I excavation et le détroit inférieur.
Beaucoup du femmes, dit-il, ont
survécu à la symphiséoluniie, et il
faut mettre une bonne partie des
événements funestes dans ces cas,
sur le compte des tentatives d’ex¬
traction faites avec le forceps, ou
d’autres complications. En obstétri¬
que, les conditions sont plus fâ¬
cheuses que dans la chirurgie pro¬
prement dite: s'il y a une affection
interne, un chirurgien prudent peut
renvoyer une opération, et ramener
l’économie à des conditions plus fa¬
vorables au succès; un accouche¬
ment , au contraire, s’accomplit de
toute nécessité, à une épo(|iie fixe, et
les opérations qu’il faut faire quand
cet accouchement s’écarte de la rè¬
gle, ne permettent des préparations
que dans des cas fort rares. {Journal
de méd. de Lyon, juin 18t2 )
ALIÉNATION MENTALE ( Du
Traitement de V). La folien’cst pas
toujours, comme le voulaient Brous¬
sais et queltiues médecins encore de
notre époque, une affection matérielle
dépendant d’une lésion du cerveau,
dont les ouvertures des cadavres peu¬
vent révéler la nature: elle reconnaît
quelquefois pour cause une perver¬
sion de l’intelligence, une aberration
des facultés de l’entendement, étran¬
gères aux lois générales de la matière.
Dans ces dernières circonstances, qui
ne sont lias rares, et où la folie peut
être considérée comme une maladie
c.ssentiellu, les agents physiiptcs ne
peuvent rien contre les passions exa¬
gérées ou contre les idées perverties;
il faut s’adresser a un aulre ordre
de moyens : c’est le fraitement mo¬
ral qu’il faut mettre en usage, trai¬
tement qui consiste dans l’emploi rai¬
sonné de tous les moyens (|ui agissent
directement sur l’intelligence et sur
les passions des aliénés. C’est ainsj
qu’agit avec le plus grand avan¬
tage a Bicêlre, depuis quelques an¬
nées, M. le docteur Leuret, qui a la
gloire d’ètre le rénovateur de celte
thérapeutique morale, depuis trop
longtemps oubliée. Mais il s’en faut
que cet habile médecin néglige les
symptômes physiques que présentent
les malades; il n’oublie pas qu’il y a
deux éléments, la matière et l’intelli¬
gence, qui souvent jouent un rôle dans
la folie; comme les médecins systéma¬
tiques, il ne combat pas les idées
fausses, les opinions délirantes des
aliénés par les évacuations sanguines,
les exutoires, les purgatifs, etc. Dans
les cas où le désordre moral seul
existe, le traitement moral seul lui
suffit; quand il y a des désordres
physiques, tels que la paralysie, la
lièVre, etc., il s’occupe d’abord de les
combattre par le traitement physi¬
que seul ; de même qu’il a|tpiiquc un
traitement mixte, c’est-à-dire le trai¬
tement moral, secondé par les moyens
physiques, quand aux symptômes psy-
( 138 )
pVililiies viennent se joindre desphé-
tels que l’apalhie, l’agiia-
lion, la loquanté, etc. Le trailuiiienl
ninraliiecon-is eiiassenlenieiit, pour
JU. Leiu’el, dans l'unqddi des travaux
maiiiiels, clans les ciffels de la musi¬
que, dans les hienfails de l’ins'riic-
tion, dans la crainte des douches;
itar la pitissance de la logiqite, par
Ja force du raisnimenieni, il faut
tpte le médecin engage et soutienne
vigoureusement la Inlle contre les
liassions et les idées fausses, et les
delrni.'C. Pour M. Leuret, le Irailc-
menl moral tic peut cl tie doit pas
être regarde comme auxiliaire du
Iraiteineiit |>li>sique; si l’im des trai-
lemeiils doit être considéré comme
auxiliaire de rautre, c'est iiidiibilr.-
11^
et pîibliï"-s
ni physiipie
J
1 iVmplô-
1 1
lil qu'il
(lui no^dé-
t aille et
d’un
1 me'';!"s
érc, de
M. Parcliappc. de Uniieii. hiir Ireiilc-
1 l I I 1 le folie
1 I les al-
tcra'imis elaieiii milles ou presque
milles. Cl dans onze antres cas les
alicraiioiis. siiiiplemeiil livpéréiiii-
qiies. ne pouvaient rendre compte
ci I I I f I 11 a plus,
il résulte ilii resiiiiie desoh.'Crvalions
I lie, que
éreiites chez la
et qu’il n’exisle
folie chronique
Ile, une allera-
.—, .. isciilielle et ca-
ractéris'j | | i | t consi-
démi cominu la condition organique
materielle ne ces firmes ou degrés
de la maladie. (Gai. méd. de Farts.
Juillet 1812,.
de cet a
les li^io
plupart dis
pas plus, pi
que pour in fl
ANASARQUB, .niile de scarlatine;
mort par sn/picalion. Voici un fait
observe à l’hopilal di‘s Enfants, par
M. Barrier, aiicieti ittterne des liùpi-
taux, et consigné avei-de longs et nii-
nitlieux details d'autopsie, dans le
n? de juillet dn Journal'des Con¬
naissances midico - chirurgicales.
C'est dans la marche do la maladie,
c’est dans la nature de la mort, et
non dans roiiverlnre du cadavre que
nous trouverons, nous, noire ins¬
truction. Que voyons-nous'? Un en¬
fant âgé de sept ans et demi, qui, le
3 mai 1838, est pris, il l'hôpital, des
symptômes d’iiiio scarlatine Icgèi’j
dont l’éruption pâlit le 5 mai, len-
dumaiii de sou a|iparition, et dis¬
paraît le qiialricnie jour. La des-
qiiammatioii s'opère; reiifanl, mal
surveillé, s’expose à un refroidisse-
menl; le 10 mai, (cdénie de la face,
1 11 1 —L f lo t
t I lâ t
I Q III
d I ir J 1 I cl t
t'M^ I
plileginasies uenerales et rerentes
arer fièrre de la naiiire de celle-ci.
il est toiijo I X I 11 V r
les bains du vapeur: ils aiiguicnient
certaineim 11 i I
ils feriuenl les eiiioncioires naiiirels
au lieu de les ouvrir. Le iraitemeiit le
plus enicace c nsisle. dans ces cas,
dans remploi dus diiircliqiies enur-
giqiies, des purgatifs cl des vomitifs'
( 13 ? )
qni donnent dn ressort, de rônerqie
aux fonctions internes, et par l’acii-
vilé (les excrélions cpi'ils aint'n.ent,
ouvrent une voie rapide à l’expulsion
de la st'i'osilé (jui gorpe ions lus
tissus. Nous avons miscetlenudhode
en usage avec le plus grand Ijon-
lieur dans une foul(\ de circonslaii-
ces, et nolaunneni, il u’y a pas deux
mois, chez, la je.Hneiille,'ftgi e de huit
ans, do M. Joiiliannet, tapissier, rue
do la Micliodü-.re. Celle enfant ('tait
certainement plus malade quand
nnus lavons vue (lue le sujet mort à
riiôpilal des Eufanis. Dans la conva-
leseeiice d’une lü-vre scarlaline, elle
avait él('î prise d’une leucopldegmasie
generale. Celte iietilc malade était
mmstrueuse; sa tête, soii corps, ses
]a peau était parnnil tendue, comme
un tambour, blauclie. ironie, lui-
L''\’uubVet''n^')ell ' dauru"(*11!^^^
plevres; tout le cuir elievelii était
a'demale.iix ; les [laiipieres. trauspa-
rmiles et iiilillree.s, ava eiit le voliiuiu
(1 un petit (eut et iermaieut coiuple-
leiuuiit les veux : les lèvres et le ne/,
ctaieul egalemeul houilis uuli'c me-
eiiiharra.ssee. et s euleiidail peu dans
lapnilniie. I.a paroi postérieure «ii
jdiarvnx . les piliers du voile un na-
amvifdalesqiiise linicliaieiil et eiaieiii
lulidiies. iiiisuiileseld ou liuiiic nacre,
comme Iraiispareiit. tli bien; ceiiu
malade a été complctement g.
en moins de huit jours, par un irai-
lemeiil fort simple. J'ai cou
le premier jour par lui doiiiie!
tigraiiimus de tartre sliliie coinnic
vomitif, pour désobstruer les nre-
müires voies et faciliter la v
.lion, effet qiié l'eu oblieiit coiisiain-
inent du ce moyeu dans ces cas. ei
le soir, j’ai donné 30 ceiiligr
de calomel (pii ont amené pli
selles. J'ai fait coiivri.' Incor|is ou lia-
iiulle, reeomiiiaudé des friclii
elles et douces sur la peau pli
fois par jour, et dès le leudemain j ai
commencé lusdiiiretiques. llsoul uni-
quemenl consiste en un litre de dé¬
coction de hoiiiiUm dans lequel on a
fait dissoudre 3 grammes d'acétatu de
potas.se les deux premiers jours,
jiiiis i grammes les deux jours siii-
vaiiis; enfin, 5 giainmes. Ce litre
était bu en entier dans les vingl-
qiialre heures, et la petite malade
('tait tenue à la diète. Avant lu trai¬
tement, il n’y avait qu'une ou deux
cuillerées d urine épaisse expulsée
avec douleur dans les vingt-quatre
heures. Voici l’effet oblenii. Le pre¬
mier jour, deux litres d’iiriiie claire,
puiiit de selles; deuxième jour, deux
litres d’urine, deux selles aqueu¬
ses ; troisième jour, deux liti'es
et demi d’iirine, nue selle; qua-
trième jour, un litre et demi d'iiriiip,
trois selles. Jiisiiu’au septième jeur,
la quantité d’urine a été à peu près
la même, et il y a eu une ou deux
.selles diarrhéiques par jour. 11 a été
bien intéressant de suivre la (U'crbi.s-
saiice de l’Iiydropisic et de l'aiiasar-
que jour par jour, et l’on peut même
dire Imure par heure. En voyant les
yeux s’ouvrir, l’expression des traits
revenir, les formes du corps repa¬
raître du milieu de relie niasse hi¬
deuse, ou aurait dit comme une
statue riante et aniiiu'e (|iii soiXait
d'un bloc, informe. Au (lemenianl,
comme nous l'avons dit, celle jeune
l'iifaiit lie présentait (dus, le hiiilièmo
jour, la luuiiidre trace de son aim-
sarqiie, ni des di*ers épanclienicnls
qu'elle avait aiiparavaul ; idlu était
cuiiiplclemenl guérie. V(dlà ir Ire
ANGINE ECAIU.ATINEGSE épf-
itémiqiie. Une lièvre cr(i| live épidé-
mi(|uu, (le nature scailatiiieiue, a ré¬
gne peiidaiit cinq mois, du l'C juin
au l'V novembre 18H, dans douze
cuuimuiies du caillou du Lion-il’An-
g(;rs ..Maine-et-Loire) 51. le docteur
Giu relin a eu à liailor dans sa seule
clientèle quatre-vingt-dix malades,
de tout âge, aileinis de celte affec¬
tion, dont le syiniiléme prêdumiuaut
( 140 )
a été une angine pultacée. Parlant
de celle lésion iocaic et de la cause
générale qui dominait celle-ci et fai¬
sait sa gravité, notre confrère a dési¬
gné celte affeclion par le nom d’an-
gine scarlatineuse.
Il est reconnu des bons praticiens,
et M. Gnéréliu est de ce nombre,
ne le mouvement insurrectionnel
e l’organisme, dont la jetée à la
peau, dans toutes les lièvres érupti¬
ves, est la conséquence, est indépen¬
dant de celte crise, de cette éruption ;
en d’autres termes, que itendaiu le
règne d’épidémies spéciales, il peut
exister une lièvre rubéoleuse sans
rougeole, une lièvre varioleuse sans
variole, une lièvre scarlatineuse sans
scarlatine. C’est là un des faits que
M.Guérétin a constatés chez un assez
grand nombre de sujets pendant ie
cours de la maladie dont il s’agit.
L’épidémie, dont M. Guérélin a
tracé le tableau, a présenté divers
degrés d’intensité, qu'il a désignés
sous les noms de forme maligne,
forme moyenne, fbrme simple. Dans
la forme légère tout s’est borné à l’an¬
gine , et les symptôme généraux,
(juand il y en a'eu, ont consisté seu¬
lement dans un peu de lassitude, un
lieu do malaise général, une légère
céphalalgie; et malgré l’angine, les
enfants continuaient leurs jeux. Ex¬
ceptionnellement chez quelques su¬
jets il est survenu des rougeurs
scarlalineusesordinairement fugaces;
tout dis|)araissait par quatre ou cinq
'ours de diète et de buissons émol-
La scène change (|uand il s’agit de
la forme moyenne, et surtout do la
forme maligne de l’épidémie. Disons
d’abord, comme caractère capital de
ces deux degrés, que l’éruption a
manqué dans la moitié des cas de
la forme moyenne, et que même
celle éruption avait aussi souvent le
caractère exanlhémateux, miliaire,
paptileux, que scarlatineux; au lieu
que dans la forme maligne, l’éruptiou
cutanée a été constante, et presque
toujours scarlatineuse. Du reste, l’an¬
gine a été l’accident général commun
a tous les cas, soit légers, soit gra¬
ves. Voici, danslescas sérieux, quelle
a été la marche ordinaire des svmp-
tômes. Après trois ou quatre joui’s
de frisson, de lièvre vive, de cépha¬
lalgie, de chaleur brôlante à la peau,
quelquefois de délire, survenait l’an¬
gine qui, en vingt-quatre ou qua¬
rante-huit heures, prenait toute son
intensité ; gonOement des ganglions
sous - maxillaires et cervicaux; les
amygdales, l’arrière-gorge, d’abord
d’un rouge vif, se gonflent comme
par une iutillralion sous-muqueuse,
et viennent obstruer presque entiè¬
rement l’islbme du gosier; gêne de la
déglutition. Bientôt, le second ou le
troisième jour, des flocons pseudo¬
membraneux caseiformes, peu adhé¬
rents, pulpeux, ou bien des plaques
d’un blanc jaunâtre, envahissent les
amygdales et les autres parties do la
bouche, et se prolongent jusque dans
les fosses nasales; au-dessous des
fausses membranes les parties sont
comme excoriées et saignantes ; quel¬
quefois la surface des amygdales est
déchiquelée, comme coupée à pic,
et les fausses membranes qui la ta¬
pissent sont comme enfoncées dans
l’organe. Presque toujours, et du dé¬
but à la lin de l’afl'ection, l’haleinc
est fétide. Quoique dans quelques
circonstances il y ait ou un peu d’en¬
rouement, une légère douleur au la¬
rynx, une toux seche, la re.spiration
embarrassée, et conséquemment un
peu de phlogose dans les voies aérien-
iKîs, il n’a pas fallu croire à l’existence
du croup et agir en conséquence. Cet
état de la gorge, i|ue nous venons de
décrire, est commun à la forme ma¬
ligne et à la forme moyenne de l’af¬
fection. Ce qui les distingue, c'est
l’ensemble des autres symptômes.
Dans la forme moyenne, la réaction
générale, quoique vive, est toujours
franche, et (luand l’éruption survient
presque en môme temps que l’an¬
gine, ce qui est heureux, la maladie
est bientôt terminée ; dans les autres
cas même, aucun malade n’a péri.
Mais il n’en est pas de même dans la
forme maligne : quelquefois la mar¬
che est lente; les synqjiômes locaux
ne paraissaient pas graves, mais il
leur succède un état de prostration,
et comme de décomposition des li¬
quides, et les sujets succombent du
huitième au quatorzième jour. Dans
d’autres cas, la marche de la forme
maligne est plus aiguë; dès le dé¬
but, il y a du délire, des alternatives
d’excitation et d’accablement, et du
troisième au cinquième jour, en mê¬
me temps qu’un abattement extrême
des forces, un délire continu et plus
violent se déclare; il y a des sou-
bre.sauls dans les lenüous, de la
carphologie, et la mort arrive du
troisième au neuvième jour. Sur
six malades présentant ia forme
maligne lente, quatre ont suc¬
combé; et sur huit atteints de la for-
( 141 )
me maligne aigui",qiiatre sont morts.
En général, les enrants ont résisté
mieux à la violence des symptômes
généraux : chez eux l’éruption s’est
faite plus facilement, et leurs angines
ont été moins graves. Lorsqu’au dé¬
but d’une recrudescence de l’épidé¬
mie un ceriuin nombre de malades
n’étaient affectés que légèrement, on
pouvait bien augurer pour ies ma¬
lades qui devaient suivre. Le degré
de l’angine annonçait assez exacte¬
ment l’intensilé ultérieure des phé¬
nomènes généraux. L'absence de i’é-
ruplion pendant quatre .à six jours,
avec une lièvre très-violente, était
d’un mauvais augure; une réaction
générale insidieuse ou capricieuse, la
lièvre persistant, après l’éruption
achevée, aussi vive qu’auparavant,
était d’un fheheux pronostic.
M. Guérétin a essaye de toutes les
méthodes : quelques saignées géné¬
rales et locales modérées lui ont été
utiles; mais il déelare que la seule
médication qui lui ait paru parfois
avoir quelque prise sur l’état géné¬
ral inconnu de ces scarlatines épidé¬
miques, est celle qu’a recommandée
M. Bretonneau, et (lui consiste dans
l’emploi des purgatifs .à dose fraction¬
née pendant tonte la durée de la pé¬
riode fébrile. Trois, rpiatre ou cm((
fois par jour, dans la forme maligne,
il donnait un paquet composé de 10
centigrammes de calomel et de 15
à 25 centigrammes de jalap, de façon
à obtenir deux à quatre selles par
jour. Si les selles étaient plus fré-
(|uentes, il suspendait le remède.
C’est à l’emploi prolongé de ce pur¬
gatif qu’il attribue les meilleurs ef¬
fets dans CCS cas. Chez les enfants, la
dose était moindre. Au début de l’é¬
pidémie, quoique le traitement de
l’angine ne fftt pour lui que bien se¬
condaire, notre confrère, craignant
la propagation des pseudo-membranes
dans les voies aériennes, cautérisait
fortement avec le nitrate, d’argent cl
l’acide hydrochlorique; mais ces cau¬
térisations ne faisaient qu'entretenir
la phlogosc de la gorge, et ([u’aug-
menter les gonflements ganglionaires
du cou et la fétidité de l’haleine; il
y renonça d’autant mieux qu’il avait
vu rinuoeiiitéeomplèle do l’affection
du côté du larynx et de la trachée.
Dès lors il en vint à ne s’occuper de
la gorge que très-secondairement;
même quand le pharynx, les pi¬
liers, etc., étaient laptsscs presque
partout de pseudo-membranes, il se
nornait à des gargarismes émollients
tièdes, alternés avec les gargarismes
légèrement a.stringenls, qu’il rendait
quelquefois détersifs par l’addition
de 4 à 6 grammes d’alun dans 200
grammes de liquide. Aussitôt que
la lièvre était tombée, l’angine s’amé¬
liorait promptement. Dès Tors il ces¬
sait tout traitement antiphlogistique,
il suspendait les purgatifs, et pour
rendre la convalescence plus prompte
il mettait les malades à un régime
analeptique et fortiliant, et à l’usage
des amers et des ferrugineux. {Ar¬
chives de médecine, juillet 1842.)
ANOS ARTIFICIEL, suile d'une
hernie crurale étranglée; guérison
spontanée.\o\c\ un Lait bien extra¬
ordinaire , publié par le docteur
Garbe de Forst. Une pauvre vieille
femme portait depuis plusieurs an¬
nées une hernie crurale, qui s’étran¬
glait parfois. Un jour ni'i elle souf¬
frait beaucoup, la hernie n’étant pas
rentrée spontanément comme précé¬
demment, car elle n’avait jamais
consulté personne, celte femme s’a¬
visa d’un singulier'expédient : pen¬
sant se soulager, elle enfonça à plu¬
sieurs reprises dans la tumeur une
lame de ses ciseaux; il sortit à l’ins¬
tant, par trois ouvertures qu’elle avait
pratiquées, des matières fécales, ce
qui l’clfraya beaucoup et la décida
à consulter M. Garbe. A son arrivée,
ce médecin trouva une partie dos tii-
gnments de la hernie gangrènes,
deux replis de l’iléum étaient à jour,
et c’est de ces replis nii’on voyait
sortir les matières fécales, par les
trois trous faits par l’instrument; les
bords des plaies présentaient des
liourgeons charnus trè.s-animés. La
malade s’étant refusée ,à toute es •
pece de traitement, force fut à
M. Garbe de se borner .à quelques
compresses trempées dans une infu¬
sion de camomille, après avoir, tou¬
tefois, excisé les parties gangrenées,
ce qui fut fait sans douleur. L’art*
n’intervint donc en aucune façon
dans ce cas, par suite de l’opposition
de la malade; néanmoins, trois mois
après, M. Garbe trouva les ouvertu¬
res de l’intestin presttue entièrement
oblitérées ; depuis, la guérison est
devenue radicale et complète par les
seuls efforts de la nature. {Cnsper's
irochenschrift, juillet 18t2.)
BANDELETTES (lÿÿ/Hfinn/ieci en
caoutchouc. L’on étend à plat sur
une table la toile qu’on veut prépa¬
rer, Pt par-dessus on met un petit
( 142 5
inorcèau dè caotilchoiic que Von fait
f. luire en une masse molle en le
toticliiiiil dans tons les points avec
un cau'.t'TO rotisii ii hlaiie; un verre
à vitre de la granileiir de la toile est
alors applique sur le eaoiilelioue, et
par la pression sur ee wirie, le
caiilileluiuc s'étale en coiirlie niinre
sur la toile et y adlit-re rorleuieut.
Le verre se sépare raoilemeiit de la
subslaiii-e eiiiplastiquc. M. Keimtie-
rer se sert d'empiatres et de hande-
lelles de celle iialiire. I.a préparation
eu est iminéiliale, et ils conservent
toujours la même mollesse. On peut
satipuuilrer lus emplâtres ainsi laits
de poudres diverses, ou les arro.ser
d'Iitiile de croton, etc. {J. des Conn.
méJ.-chir., juillet.)
des). Comme toutes les déc. ..
d'origine récente, l’histoire patholo¬
gique des liourses mnipieuses snus-
culanées von cha(|ue piiir eclore de
nouvelles oh.scrvaiions qui tendent a
la compléter, surtout au point île vue
ptei
mémoire qui a Irait plus spéciale¬
ment au dianiiosiie dillereutiel e
trailemenl de celle alleciion.
Il inip I I I t I r
de la suiv I t i I
depuis l'I I I 11 I I
inllamuialion. I hemalocele. iii.sqn a
Vahcès, lit II 1
chronique, un mode de traitement
spécial se ratiachani a chacun iieccs
étals en I ri
â l'evam II si
da menilire iiitcricur. et en premier
lieu de ht Oo'/rsa mitgneese ttorhan-
lUieiini'. il Cite une ohservalion de
ciriedili II I I r
hygroma, M. Veh-equin, d’accord
avec Sanson , conseille l'emploi du
séton métallique : i’aigtiille de Dc-
mottrs lui parait le meilleur procédé;
elle détermine autour d’elle une lé-
I I
al e
cnnstiluce par une liemaiocele dont
l’origine est, en général, traiimali-
3 lie, la ponction et l’injection iodée
ans la caiisule ont été suivies de
succès.
Uércnie, l’hématocèlc peut dispa-
raiire par l’emploi du miiriate d’ani-
moniaqneaidé de la compression, et
parfois du large, vésicatoire volant.
Plus tard , le liquide épanché ac¬
quiert de la consistance, se solidifie
en grumeaux lihrinciix, ce qui exi¬
ge, outre la ^uuictioii et l’injection
'souvent alors insiinisantes, l’incision
du kyste, et son innammalion adhé-
sive iirlilicielieineiil développée.
La liniirse muqueuse quelquefois
s’enflaiiime et se rompt en divers
points; le pus s’infiltre dans le tissu
cellulaire, et la maladie olfre ainsi
1 I I lo avec le phleg¬
mon dilliis. A iiti degré avancé, le
mmnii olTre mie luiiiefactiou telle¬
ment considiTiihle qu’on iioiirrait
croire a iiiie arthrite avec epanche-
1 1 t tihio-fcmorale.
On a parle de la récidivé du la m.a-
II 1 1 1 ; de .M. Ollivier
. que h
nde fo
le li(|uide
cueilli lini
jiroiivem i
B détruire des son nimiiie.
Pour rhydrop'sio simple de la
io'irse muqueuse pri-rotuHenne ou
I iiorte deux cas
lion des bourses
llciile interne it
decolleiiient do la
du iicroiié cn-
L iiijeciioii irri antc avec la tein¬
ture d’iode, la cautérisation des
bords de l’ulcère, aidee de la eoiii-
pression, parvinrent .à guérir celle
lésion,ipti efll infaillibleiiient envahi
l'ar.iculuiion si elle fût re.sice nias
{ 143 )
Ce fut par ces mêmes moyens de découvert dans le (luinrtnina Jaën du
traitement que l’auteur parvint à ci- commerce,qui oslaus.-i lequinqiiina
calrisi'i' deux ulcères calleux prove- blanc de l,a Coiulamine et i’ecorco
nanl l’un de l'mtlamiualmu suppii- du chincnna ovala de la Hure du
raiive de la bourse muipieuse sens- Pcruu, une base vcqclale nuuvelle
uiélalarso-phalanmeune du gi-os or- qu’il a nommée rinc/iovine ou qui-
leil, l’antre de celle du lalnu. novine, en raison du nom do ce
M. Pelreqiiin fermiue son Iravail quinquina ( Ciuchona ou quina
par l’examen pallioloHiquo de la ncafa). Ce qinnquina, qui a clé ru-
bourse muqueuse im ialarso-plialan- jeté de la pratique médicale à cause
qieniie latérale du glus orloil, re- de ses faibles preprii tes fcbr fuges, no
conuaissaut pour cause la pression conlieul, en elfel, ni quinine ni cin-
exercéeparlescliaussurestropelroi- ebonine; M. Manzini l’a verilié do
les. La maladie de celte bourse nui- nouveau, l.a iireparalion de la cin-
queuseesl cmiiiue sous le nom vul- cliovine est exaclement la même que
gaire d’oiguoiis du pied. I.’auteiir celle de la quinine. Llle se présen e
adniel irois iiériodesdans l’évolution sous forme do cri.siaux pii'-nialiqiies
de celle alfeclion. I,a première c^t allongésiilancs, in ulores, d’une sa-
consliluée par un opaiicliemenl de veur amère, mais longue à sedève-
sérosileou de saiigqiii, eu se coagu- lopper, vu son peu'do solubililé.
l.ini, eu parue, laisse la Icieduiiié- L’alcool la dissout liès-bicnî rèllier
lalarsieii plus vidumiiicuse. La moins bien; elle esl près lue insolu-
’le i.rième prrwuc e.-l iiianpiée i>ar lilo dans l’eau, Irès-soiiiblo dans
1 inflammaiioii proïoi|iice par la per- les acides élcndiis, avec, lesquels elle
a I qui ont forme des sels qui cristallisent fa-
preside a 1 invasion ou la luiiieur: il eileineut. l.a solution alcoolique de
f I 1 lliiiretiui cincliovine est Iré.s-amère; elle ra¬
il ' I loureiix mène au bleu le tonriiesid rougi par
en raioai de 1 épaisseur et de la les acides, et verdil lesiropd'evio-
consislanrecoriieeduderiiiequi.s’op- leltes. Reste a savoir quelles seront
posem a .sou developpenieiii par iiiiB les applications Ihérapeiiliques de
sorte d ciranglemeiit. Dans la troi- celle substance. [Bull, ne
siriue P'no le, les parois de la cap- des Sriem-cs.)
I
I il
iiiiiqiieases. soi.qii on lésait iiicisius,
soilqii 011 V au poussiMiuelqiieiiijec-
lioiinri aii.o. [.lourn.des ( onnniiS.
tnéd.-elitrurg , juillet 1812.)
OINCHOVIHE, imtrel alcali ex¬
trait du quinquina. M. Manzini a
veincn! la jinderence a l.assa-leclide.
« Bien que je sois fort éloigné, du-.l
daiisson iiiemoire(/éni7j/<)i de l’assc-
fmti'lu dans la roqueluclie. JSrua el-
les. 1S12), de regarder 1 assa-fuMida
comme un spécili.iiie dans la coqiie-
liicjie, j’ai acquis iiéaniii iiis l.a ci n-
aiciion la plus iidiniequ’il ronsiiiiie
un des meilleurs niedicaiiieids que
possède la maliere medicale cou re
ce'le maladie. Je puis assurer con-
seieiirieiiscmeiil que iion-seidemi'lit
jeii’aipliiseinidepl re la perle d eii-
ciiii éliront atluiiit decoqueiuch -, en
faisant un emploi liardi del as.a-lteli-
m dicameiit.» Plusieurs médecins do
l’Allemagne et du la Reigiqiie oui
expériuienté l’assa-feelida et lui ont
( 144 )
trouvé la même efficacité. C’est à
uos confrères de France ù vérilier,
de leur côté, les resulials du méde¬
cin belge, présentés peut-être d’une
manière trop avantageuse.
M. Riekeii administre l’ussa-fœtida
à ses petits malades en lavements,
habituellement à la dose de 50 cen¬
tigrammes par jour, dissous à l’aide
d’un jaune d’œuf daus 120 grammes
d’eau pour deux lavements, dont
l’un est administré le matin et i’autre
le soir. Il est bon de faire précéder
l’injection du médicament d’un la¬
vement à l’eau de guimauve ou
d’une petite injection dliuile d’aman¬
des douces pour établir la tolérance
de l’intestin. Il faut continuer tous
les joura ces deux lavements jusqu’il
la disparition presque totale de la
toux. Même dans le régne des épi-
demies, fll. Rieken, généralement,
n’a été obligé de continuer cette mé¬
dication que pendant trois semaines
ou un mois, et jamais aucune co¬
queluche traitée par lui n’a duré deux
mois. Il faut, quelques jours encore
après la disparition des symplémes,
donner uu lavement par jour pour
prévenir les rechutes; iiuelques to¬
niques sont bons à la fin de la ma¬
ladie. M. Rieken recommande ex-
pres.sément ipie l’enfant no soit pas
sorti, même en été, si ce n’est au
milieu du jour; pondant l'iiivcr, il
faut qu’il no sorte pas du tout, et
que la chambre soit constamment
maintenue à une température douce
et égale. D’après I expérience de
M. Rieken, l’assa-fœtida convient
surtout dans la seconde période de la
coqueluche, alors qu’on a combattu
les accidents fébriles et rinilanima-
tion broneliiqiic tpii raccompagnent,
ce qui a lieu du huitième au qua¬
torzième jour de l’affection.
ItSTOMAC {Perforalions sponta¬
nées (le /■). Il est aujourd’hui éta¬
bli par un grand nombre de faits que,
sans que les sujets aient présenté d’it-
vance quelques symptômes qui pus¬
sent présager de semblables lésions,
des perforations de l’estomac peuvent
survenir spontanément et amener la
mort en ({uelques heures. M. Oha-
brely rapporte deux observations de
ce genre (/fu/I. méd. de flordeaux,
juin 1812,'. Un charron, Sgé devingt-
buit an.s, sujet au pyrosis, à des dou¬
leurs gastralgiques, à des coliques
fréquentes, est pris tout à coup d’une
douleur subite atroce vers la région
épigastrique, et meurt le cinquième
jour, dans d’horribles tortures, des
suites d’une péritonite suraiguë. A
l'autopsie, dans l’epanclieinent abdo¬
minal caraclcristi(|uedela péritonite,
on trouve de l’huile de ricin qu’on
avait donnée au malade, et l’on dé¬
couvre une perforation de la gran¬
deur d’un franc, à bords épais, indu¬
rés, tailles à pic dans l’estomac, à six
centimètres au-dessus du pylore. —
Un serrurier, âgé de vingt-neuf ans,
se couche bien portant; il se réveille
vers minuit avec une douleur déchi¬
rante à l’épigastre, et meurt le jour
même avec les symptômes de la pé¬
ritonite la plus intense. A l’ouverture,
on trouve une perforation arrondie,
de la largeur d’une pièce de quinze
sous, ê bords épais, commesquirrheiix
et coupés à pic à quehiues centimè¬
tres au-dessous du cardia.
Voilà bien des perforations spon¬
tanées de l’estomac, qui ont eu lieu
du vivant des sujets, et qui ont ame¬
né la mort ; il ne peut y avoir le
moindre doute à cet égard. Mais il
est des circonstances, cl elles ne sont
lias très-rares, où à l’auiopsie on a
trouvé des perforalions de l’estomac
sans que les sujets, même à leur
dernière maladie, aient offert aucun
symptôme du côté de cet oi^ane. La
grande question, dans ces circon¬
stances, est de savoir si ces perfora¬
tions ont été produites par une ac¬
tion vitale morbide avant la mort du
sujet, comme l’ont pensé Chaussier,
Broussais, et comme le profe.ssent
M.M. Cruveilhier et Louis, ou si elles
sont le résultat de l’action chimique
et dissoivanle du suc gastrique sur
les parois de l’estomac, après la mort,
comme l’ont dit Spallanzaui, Jean
Hunier, Adams, Cooper, etc.
M. .V. Millet soutieiitcettc dernière
opinion dans un mémoireenvoyé à la
Société medicale de Tours, et sur le¬
quel M. Haimea fait un lumineux rap¬
port. {/(ectieil de la Soc. mé.L d'In¬
dre-et-Loire, l'V trim. 1812.) M. A.
Millet rapporte trois observations
qu’ilarecueilliesdansles hôpitaux de
Paris. Voici l’analyse des deux plus
saillantes. Deux malades, un jeune
maçon, ùgé de dix-huit à vingt ans,
et une jeune lilie de-quinze à seize
ans, entrent presque le même jour à
la clinique de M. Fouquier, à l’bd-
pilal de lu Charité. Ils sont tous deux
atteints de lièvre typhoïde, et sont
traités, l’homme par les .saignées et
les purgatifs, la jeune üUe par les
ptirgaiils seuls; ils meurent tousdeux
au vingt-cinquième ou vingt-sixième
( 143 )
jour, après avoir présenté toute la
série des symptômes graves de la
fièvre typhoïde, mais sans Jamais
s’ètre plaints ni l’un ni l’autre de
l'estomac. On fait l’autopsie des deux
cadavres le même jour, vingt-sept
heures après la mort, et l’on trouve,
outre les ulcérations de l’intestin,
chez l’homme, un épanchement ver-
dittre dans le péritoine, sans signe
de phlogose, et trois perforations,
deux de la dimension d’une pièce
d’un franc et une d'une pièce de dix
sous au grand cul-de-sac de l'esto¬
mac; et de plus, une perforation du
diaphragme dans l’étendue d’une
pièce de trente sous. Citez la jeune
tille, l’estomac était perforé en cinq
ou six points: l’une do ces perfora¬
tions , de la largeur d’une pièce de
cinq francs,;élait au grand cul-de-sac;
les autres, vers la grande courbure
de l'estomac, n’avaient que la dimen¬
sion d’une pièce de cinq sous. M. A.
Millet croit fermement que la disso¬
lution chimique des parois de l'esto¬
mac, après la mort, est la seule cause
qui puisse etre invoquée dans ces
cas. Ces malades ne s’étaient jamais
niaiuts d’aifection de l’estomac ni à
i’Iiopital, ni avant d'y entrer, et ce
n’est ni la lièvre typhoïde, ni le trai¬
tement qui a pu produire ces perfora-
sions. Le suc gastricfue, devenu acide,
aura exercé son action sur l’estomac,
l’aura ramolli et détruit en plusieurs
points. Du reste, on a trouvé des
perforations de l’estomac sur des in -
dividus morts par accident ou subi¬
tement, et dans un parfait état de
santé; et dans ces differents cas, on
n’a vu aucune trace d infiammation
autour du rammoliissement ou de la
perforation, ce qui aurait dft arriver
si ces lésions avaient été produites
par une cause pathologique ayant agi
pendant la vie.
FIÈVRES PERNICIEUSES pnen-
moniijues. Pendant combien d’années
a-t-on jele à la face comme une in¬
jure le nom iVontologistes aux mé¬
decins qui voyaient line essentiellitc
quelcoiiquo dans certaines maladies,
et admettaient en dehors de la textu¬
re grossière de nos organes une
cause spécifique, une enlilê morbide,
nous tranchons le mot, qui devait
constituer pour le médecin la véri¬
table maladie! Mais un a eu beau se
débattre, il a fallu admettre avec
toute leur puissance de tels faits,
qui, à eux seuls, montrent la fausseté
des principes sur lesquels les écoles
TOME XXIII. 4" LIV.
physiologiques et anatomiques ont
voulu faire reposer la science. Les
fièvres iiilermittentes pcrniciiuses,
avec alfections viscérales quelcon¬
ques , munirent dans tout leur jour
l’importance secondaire des lésions
locales eu egard au trouble général,
.à la diathèse, à la fièvre, sous la dé¬
pendance desquels elles se trouvent
placées; trouble général, diathèse,
(pie le médecin doit considérer avant
tout dans le trailement qu’il appli¬
que. Nous le disons avec assurance,
il n’est plus qu’un petit nombre
d’encroûtés systématiques qui nient
aujourd’hui (ju’il y ait une véritable
lièvre pernicieuse péripneumonique.
Il n’est presque pas de mois où les
journaux de médecine n’enregistrent
quelques observations nouvelles.
Avant d’aborder un mémoire inté¬
ressant publié sur ce sujet par
M. Marcé dans le dernier numéro du
Journal de la Soc. rie Méd. rie la
Loire-Inférieure , 82= livr., disons
un mot sur un petit article publié
parM. Corbin, d’Orléans,surle même
sujet [Gaz. Mél. de Paris, 2 juil¬
let 1.842). M. Corbin a eu à traiter
une demoiselle de 28 ans, ayant une
pneumonie des deux tiers inférieurs
du poumon gauche : crachats san¬
glants, oppression, fièvre,etc.; i5sang-
suessur le côté; les crachats sanglants
disparaissent, etc. : le troisième Jour,
la convalescence s’établit. — Mais le
(luatrième jour, fri.sson , retour de
1 oppression, de la toux, des craehats
sanglants ; sull’ale de quinine qui e.st
coiitimié le lendemain ; disparition
des accidents. Au jour correspon¬
dant, nouvel accès, nouveaux symp¬
tômes vers la poitrine : toujours sul-
fatede quiniue; guérison.—.M. Corbin
s’est moins occupé de l’état iiiflam-
■laloire que des phénomènes géné¬
raux, et il a bien fait. Mais savez-
vous comment il raisonne? Le voici ;
la criliiiuc sera faite par la seule
exposition de ses idées. — La ma-
laiie était convalescente de sa pneu¬
monie , lorsqu'elle a été prise d’une
lièvre intermittente qui régnait : à
l’époque de cliaque frisson, le sang
était concentré à l’intérieur, con¬
gestionnait momentanément le pou¬
mon, et faisait reparaître la toux et
les crachats sanglants ; lu frisson
passé, la congestion diminuait de
nouveau et les crachats disparais¬
saient. Latente dans les intervalles,
la pneumonie redevenait apparente
dans les accès ; et l’on avait ainsi, par
suite de la complication de la fièvre.
10
; 146 )
line pneumonie tnlennil/enle, nom
t|u’il donne à la maladie.—Le leclenr
n’a pas liosoin qu’on lui monire le
danger de celle manière de raison¬
ner ; en considéranl la pneumonie
comme primilive et l’alleclion inter¬
mittente comme secondaire, on doit
nécessairement commencer par une
ou nltisieurs saignées avant d’ad¬
ministrer le quinquina, façon de
procéder qui, le plus souvent, peut
tuer les malades immédiatement, ou
faire perdre un temps précieux dans
cette maladie que nous appelons,
nous, pàvre pernicieuse pneumoni¬
que, et non pneiimciiie inlermitlenle.
Du reste, M. Corliinest dans l’erreur
en pensant que les accidents conges-
lintincls ne persistent pas après le
mouvement fébrile. On dirait que
M. Marcé a voulu nous fournir de
nouveaux faits par h publication de
Son mémoire pour combattre celle
opinion. Par plusieurs observations
qui lui sont propres, appuyées d’un
certain nombre d’autres recueillies
par des auteurs modernes, M. Marcé
établit que l’intermitlonee des acci¬
dents par.)xyslique3 n’entmlne pas
l’intermittence de la fluxion viscé¬
rale; l’auscultation et la percussion
pratiquées pendant la rémission c.liez
trois malades lui ont constamment
montré qu'au milieu même de cette
rémittence fébrile, la congestion
pneumonique persistait au degré
même de l’Iiépatisation. 11 a reconnu
seulement que dans les paroxysmes
les accidents congeslionnels devien¬
nent plus intenses ; dans chaque
exacerbation, la toux, l’oppression,
la douleur de côté, le râle crépitant,
l’expectoration roiiillée se caracté¬
risent davantage. -Vinsi, les lièvres
rémittentes ou intermittentes perni¬
cieuses pneumoniques résultent de
deux éléments essentiels : un élé¬
ment fébrile et un élément conges-
tîonnel. La marche de ces deux
facteurs d’une seule et même mala¬
die est différente ; l’on affecte une
allure périodique intermittente, l’au¬
tre est persévérant au milieu môme
des oscillations paroxystiques. C’est
du premier ou de la diathese fébrile
que ressortent les principales indi¬
cations curatives. La valeur de l’élé¬
ment viscéral est grande assurément;
mais elle est secondaire et subor¬
donnée au type fébrile qui doit régler
la condiiito du médecin. La fluxion
pneumonique ne cède qu’après la
lièvre, et SC comporte comme l’en¬
gorgement splénique dans les lièvres
intermittentes. Sous l’influence de la
quinine, les accidents paroxystiques
disparaissent d’abord ; mais la réso¬
lution complète de la fluxion pulmo¬
naire ne se fait queidus tard et avec
beaucoup plus de lenteur. Dans la
fièvre pernicieuse pneumonique,
M. Marcé a trouvé bien plus sou¬
vent le [loumon gauche pris que le
droit; il a fait des relevés dans les
auteurs, et il a trouvé la même
chose : il conclurait de là à la prédi¬
lection de la pneumonie fébrile pour
le côté gauche do la poitrine, fait
qu’il rattacherait à une loi plus gé¬
nérale, à la convergence qui pousse¬
rait vers le côté gauche du corps
toutes les fluxions de nature inter¬
mittente. Cette moitié du corps se¬
rait particulièrement le département
des affections périodiques, et la rate
n’aurait pas ainsi le privilège exclusif
do manifester celte diathèse fébrile;
ce mémo privilège appartiendrait
aussi aux organes situés dans son
atmosphère. Cette opinion, qui (leut
avoir sa valeur, n’est émise par ce
médecin (|u’avec réserve. Il n’en est
pas moins vrai que cette pensée le
domine dans sa pratique, et que
toutes les fois ipie, dans le cours
d’une maladie, il voit une douleur,
une fluxion , une convergence, soit
Immorale, soit névralgique, vers la
moitié gauche du corps, il ne peut
se défendre do penser à l’inlermil-
lencc, et cette préoccupation, dit-il,
a été souvent utile aux malades.
GOURMES chez les enfants tUn
mot sur le traitement des). Tout le
monde sait qu’à l’époque de la den¬
tition les enfants sont sujets à pré¬
senter à la face, au cuir chevelu et
souvent même sur diverses irarties du
corps, des éruptions pustuleuses,
impétigineuses , accompagnée.s de
croûtes. C’est cet état qui vulgaire¬
ment est ilésîgiié par les noms de
gourmes, d’éruption des dents, de
croûtes de lait. La question pratique
est de savoir s’il faut respecter cette
éruption; et, la considérant comme
une fonction supplémentaire à l’a¬
vantage de l’individu, comme une
dépuration naturelle, s'il y a désa¬
vantage, danger à la guérir. Non
selon M. Trousseau ; il faut traiter et
guérir l’affection, fût-elle chronique,
et le flux étant depuis longtemps
établi vers la peau de l’enfant. Dans
ce cas seulement il convient d’appii-
quer au bras un vésicatoire à de¬
meure, de purger l’enfant de temps
; )
«U tenip», et do donner les jours,
matin et soir, une ou deux cuille¬
rées à soupe de sirop aniiscorbnti-
que, selon l’ége. Il y a deux temps
distincls dans la manifestation des
gourmes; la première éruption, à la¬
quelle il ne faut pas plus s’opposer
qu’on ne le fait à la marche des liè¬
vres éruptives, car les gourmes suc¬
cèdent souvent à un malaise général
dont elles semblent être la crise :
alors il n’y a qu’à combattre l’inten¬
sité des pbüuomèn»s de réaction;
niais lorsque l’ériiption eczémateuse,
impétigineuseou érythémateuse n’est
plus accompagnée de lièvre, que rien
n’annonce plus la nécessité d’une
dépuration, il ne faut point hésiter à
traiter et à guérir la maladie, qui
passerait à l’état chroni(|ue et pren¬
drait unegrandeextension. M. Trous¬
seau trouve en général cette gué¬
rison assez facile. Si l’alTection
cutanée est toute locale, au cuir che¬
velu, ou aux joues, par exemple, il
faut ramollir cl faire tomber les
croûtes au moyen de cataplasmes,
puis enduire la partie avec une pom¬
made au précipité rouge de mercure,
ou au calomel, dans la proportion
do 1 gramme de médicament, sur 10
ou 15 grammes d’axonge; ces pom¬
mades nioililient rapideineot l’étal
local, et amènent presque toujours
une guérison rapide. On peut rem¬
placer ces pommades mercurielles
par une pommade sulfureuse, com¬
posée avec 2 grammes de suivre de
calcium, de sodinm,ou de potassium,
pour 30 grammes de cérat. Quand la
maladie s’étend h toute la surface du
cor|is et qu’elle tend à passera l’état
chronique, 31. Trousseau a retiré
une grande utilité des bains de su¬
blime donnés tous les jours, jusqu'à
ce que l’afTcction de la peau soit sur
le point d’être guérie. Il n'est pas de
jour 011 il ne donne des teins de su¬
blimé à l’hflpital Necker, à plusieurs
fommes et à plusieurs enfants à la
mamelle, atteints de syphilis consti¬
tutionnelle. Malgré son expt'rience,
aussi longue (lu’élendue, JI. Trous¬
seau assure n’avoir jamais vu d’acci •
donls par suite de l’ateorptinn du sel
mercuriel, même quand il y avait de
nombreuses ulcérations à la peau.
Malgré celte assurance, nous n'use¬
rions de ce moyeu qu’avec précau¬
tion. Du reste, voici la formule du
bain qu’il emploie pour un enfant :
Sublimé. aàj graïu.
Sel ammoniac.î4s —
Eau.60 à 80 litres.
Mêlez et faites dissoudre.
On peut encore se servir des teins
suivants ;
m. Même quantité.
{J. desConn. méd.-chir., juillet.)
LUXATION DU STERNUM. Cette
luxation , nulle part mentionnée
dans les auteurs classiques, et dont
la science ne possède qu’un seul
exemple, publié en 1773 par Auran,
chirurgien de Rouen, vient d’èire
l’objet d’un mémoire lu à l’Aca¬
démie de Médecine par M. Maison¬
neuve. Celle question de chirui^ie,
complélemont neuve, mérile de lixer
l’atlention, surlout au point de vue
pathologique.
Celle luxaiion a conslammcnt lieu,
suivant l'auteur, au niveau des
deux première.'! pièces du siernum,
enire les(|uelles existe une ain-
pbiarlhrose dont la soudure ne s’ef-
feclue pas même dans un âge très-
avancé, et plus souvent encore,
comme de nombreuses disseclions
l’ont montré à M. Maisonneuve, une
vérilalilc articulation diartbrndialc
susceptible de mouvements appn--
ciables. Les surfaces articulaires sont
mainlemies en rapport par deux sur-
toiits libreux, l’on anterieur formé
de fibres transversales et obliques,
l’autre postérieur, conslUiié au con¬
traire par des libres longitudinales.
M. Maisonneuve fonde l'iiistoire
palhologiquc de celte luxation sur
cinq observations : les deux pre¬
mières lui sont propres; la Iroisieme
a été publiée parM. le doctciirMan-
noury, interne des hôpitaux ; et la
quatrième porte exclusivement sur
nne pièce d'anatomie palbologiqne
empruntée au musée Dnpuyircn, qui
offre l’arliculalion sternale supé¬
rieure luxée. Quant à la cinquième
et dernière, la seule qui ait réelle¬
ment une valeur pratique incontes¬
table, nous nous réservons de la
donner in extenso à la lin de cet
article.
De la lecture des quatre premières
observations, il rèsiillcque la luxa¬
tion sternale a lieu par cause Indi-
recie le plus sou venf, et qu’une force
eapable de briser le squelette en
plusieurs endroits est nécessaire pour
la produire. Ainsi, nous voyons deux
des malades atteints de cette luxa¬
tion présenter à l’autopsie des frac¬
tures du crâne, de la colonne verté¬
brale, des clavicules et des côtes. —
Chez un autre, le sacrum était brisé
ainsi que le racliis, et, de plus, il
existait une diaslase des symphyses
sacro-iliaques. Les deux premiers
avaient fait une chute d'un lieu
élevé sur la télé et les épaules ; le
dernier était tombé sur le bassin. —
L’examen anatomiciue montra le
sternum brisé vers son tiers supé¬
rieur, les deux fraitments chevau¬
chaient l’un sur l’autre, l’intérieur
était projeté en avant, le suitérienr
était déprimé en arriére. L’existence
des cartilages d’encroûtement sur les
bords correspondants des deux pièces
du sternum, et celle des facettes
articulaires, ne permirent aucun
doute sur la nature de la lésion, qui
était réellement constituée par la
luxation du corps de cet os en avant.
Quant à la situation relative des
côtes et du sternum, M. Maisonneuve
a constamment vu les preraié.res et
les deuxièmes côtes rester adhérentes
â la poignée de l’os, tandis que son
corps conserve ses rapports normaux
avec les troisième, quatrième, cin¬
quième , sixième et septième côtes.
Le chevauchement des fragments
peut être assez considérable pour que
le supérieur soit eu partie recouvert
par l'inférieur, comme le prouve la
pièce anatomique décrite à la qua¬
trième observation. Dans cette luxa¬
tion, le surtout ligamenteux anté¬
rieur se brise au niveau de l’articu¬
lation, taudis que le postérieur se
décolle seulement de la face imsté-
rieure de la seconde pièce dans une
étendue de quelques lignes.
Quant au mécanisme de ce dépla¬
cement ainsi produit par une cause
indirecte, il est facile à déduire de la
situation du sternum relativement
aux côtes, à la clavicule et au ra¬
chis. Dans une chute sur la nuque,
par exemple, le scapulum touchant
le sol le premier rencontre une ré¬
sistance qu’il transmet, au moyen de
la clavicule, à la partie supérieure du
sternum, tandis que les côtes trans¬
mettent à la partie inférieure de cet
us la pression énorme du poids du
corps, accrue de toute la vitesse
qu’il acquiert eu tombant d’un lieu
elevé. Ainsi pressé entre deux forces
qui agissent à‘ses extrémités, le
sternum, naturellement convexe en
avant, se courbe davantage et cède
dans le point culminant de sa con¬
vexité, qui est précisément le niveau
de l’articulation des deux premières
pièces. Dans la chute sur la partie
inférieure du rachis, le mécanisme
est exactement le même.
Les fractures nombreuses et les
lésions viscérales profondes qui ac¬
compagnent cette luxation, offrent en
tout un accident pathologique moins
grave en lui-même que par les cir¬
constances dans lesquelles on l’ob¬
serve, circonstances dont la mort a
été jusqu’ici le corollaire obligé.
Aussi, d’après les faits relatés par
M. Maisonneuve, est-il à craindre
que la découverte de la luxation du
sternum par cause indirecte ne reste
dans la science que comme monu¬
ment élevé à l’anatomie pathologi¬
que; nos musées pourront en proliter
et s’enrichir de quelques pièces de
plus; quant à la thérapeutique, qu’y
gagne-t-elle antre chose qu’une cer¬
titude plus entière de son impuis¬
sance en présence d’un fait qui vient
s’ajouter à tant d’antres qui placent
en dehors des conciitions de curabi¬
lité le malheureux dont le corps a
ainsi subi une sorte d’attrition gé¬
nérale ?
La luxation par cause directe se
présente sons un aspect plus conso¬
lant : un seul fait existe dans la
science, et c’est un fait de guérison;
oublié dans un âneien recueil de
médecine, il a été mis en lumière
dans le travail de M. Maisonneuve,
et c’est un service qu’il a rendu à la
thérapeutique en l'éclairant sur la
marche à suivre dans le cas où un
faitanaloguesereproduirait. Voici ce
fait tel qu’il a été publié par Auran
au tome XXXYD du Journal de
Médecine.
Un homme étant au haut d’une
échelle tomba avec elle. Un des
échelons enfonça la première pièce
do sternum sous la seconde. Pour
replacer ces deux ns, je iis mettre
un traversin un peu élevé sous le
dos du blessé , et, appuyant mes
mains tout à la fois sur la symphyse
du pubis et sur celle du menton,
j’excitai la contraction des muscles
droits du bas-ventre et du sterno-
mastoïdieu, ce qui dégagea les frag¬
ments de l’os et les mil de front.
Pour maintenir cet effet pendant le
temps nécessaire à la réunion, il me
suOSt de mettre un bandage com¬
pressif sur la seconde pièce qui teu-
( 149 )
dait toujours à s’éloigner de l’autre,
et de coucher le tualaae les geuoux et
la télé élevés, pour prévenir la con¬
traction ultérieure des muscles sus¬
dits, ce qui aurait détruit l’alTronte-
menl. Le malade fut, parce moyen,
guéri en vingt jours. (Arch. gin.
de méd., juillet 1812.)
OFHTHALMIE des nouveau-nés
(Emploi extérieur du calomel dans
l’}. M. le docteur Laner, médecin
de riiôpital de la Charité de Berlin,
recommande comme très-efficace
l’emploi local du calomel dans
rophthalmieblennorrhagiqucdes en¬
fants nouveau-nés. Cette médica¬
tion est, dit-il, définitivement adop¬
tée nar les praticiens de l’hèpilal de
la Charité de Berlin, et à Gœtlingue,
par le professeur Siébold. On charge
un petit pinceau à miniature de ca¬
lomel réduit en poudre impalpable,
et par un petit choc du lûnceau sur
l’ongle, on saupoudre la conjonctive,
l’œil étant maintenu largement ou¬
vert. Une seule application par jour
suffit le plus ordinairement; cepen¬
dant un en fait deux si l’affection
est très-intense et la sécrétion abon¬
dante. Demi-heure après, on baigne
l’œil dans de l’eau fraîche. Il est bon
d’administrer aux petits malades qui
présentent des cas graves, un quart
de grain, matin et soir, de calomel,
comme purgatif. Le terme moyen des
guérisons, selon M. Laner, est de
quatre à dix jours. M. le professeur
Kluge, et son collègue, M. Knipfer,
médecin d’état-major, ont fait, pen¬
dant une année tout entière, des
expériences avec le calomel, dans
l’ophthalmiedont ilestquestion; c’est
aux excellents résultats qu’ils ont
obtenus, que celte médication doit
l’extension qu’elle a prise à Berlin.
( Berliner mediziniscke Zeitung ,
juillet I8t2.)
PÉRICARDITE. Malgré les lumiè¬
res qu’ont portées sur la péricardite
les éludes de ces dernières années
quant aux ^mptômes et aux lésions
de celle affection, il n’en est pas
moins vrai qu’elle passe souvent en¬
core inaperçue, confondue qu’elle
peut être avec une pleurésie, une
pneumonie, une fièvre typhoïde. Ce
qui le prouve, c’est qu’on voit fré¬
quemment, dans les autopsies, des
adhérences, des fausses membranes,
et d’autres lésions sur l’enveloppe du
cœur, qui accusent l’existence rfus
ou moins reculée de la péricardite.
Il n’est donc pas étonnant qu’anté-
rieurement à l’époque moderne,
Bayle ait déclaré à peu près impossi¬
ble le diagnostic de cette affection,
et que Corvisart en ail considéré le
diagnostic comme très-difficile et
très-obscur. Néanmoins, avec de
l’altenlion, il est possible d’éviter
toute méprise. Lorsqu’aux svmptô-
mes généraux d’une lièvre inflam¬
matoire aiguë, il y a vers le cœur
des battements insolites, et quelque¬
fois, mais, il s’en faut, pas toujonrs,
des douleurs vers cet oi^ane, que le
pouls est fréquent, très-dur, irrégu¬
lier, et qu’on ne trouve rien dans les
plèvres, ni dans les poumons, on peut
déjà établir le diagnostic de ia péri¬
cardite, surtout lorsque l’affection
coïncide ou succède à un rhuma¬
tisme arliculairc. Mais l’auscultation
et la percussion donnent bientôt des
signes plus positifs de l’affecliou : il
V a matité à la région du cœur, et
bruit de frottement ou de craque¬
ment de cuir neuf à l’oreille; plus
lard, enfin, il y a voussure de la ré¬
gion prècordiale, et effacement des
espaces intercostaux. Mais la maladie
ne se présente pas toujours avec cet
étal de simiiiicité et avec cet ensem¬
ble de phénomènes, comme cela a eu
lieu chez un boulanger âgé de vingt-
sept ans , couché à l’Hôtel-Dieu,
n» l-t de la salle des hommes, ser¬
vice de M. Rostan, et qui a été guéri
par un traitement antiphlogistique
très-énergique. — L’on sait que pour
Corvisart le pronostic était presque
toujours funeste. M. Rostan trouve
ce jugement infiniment trop sévère:
on doit au contraire, selon lui, con¬
sidérer aujourd’hui la péricardite
comme une maladie peu grave, et
dont la guérison est le cas le plus fré¬
quent. Il fonde cette opinion sur les
cas de guérison spontanée des sujets
chez lesquels, par l’absence de symp¬
tômes, la maladie a été méconnue
pendant la vie, et n’a été établie que
par les altérations matérielles trou¬
vées plus tard à l’autopsie. La péri¬
cardite, dans ces circonstances, a été
méconnue, et l’on n’a dirigé, consé¬
quemment , contre elle aucun traite¬
ment; cependant les malades ont
guéri. — Cela prouve-t-il exactement
cequeveul M. Rostan? (Gazelle des
hôpitaux, juillet 1812.)
PHTHISIE PDEMONAIRE (Em¬
ploi de la vapeur d’iode dans la).
Encore un moyen proposé pour la
guérison de la phthisie pulmonaire au
( 150
second et an troisième degré. C’esi la
vapeur d’iode, qu'a employée cher, un
de scs malades, avec succàs, le doc¬
teur Oefiiisseaux. médecin militaire
belge. L’appareil dont il s’est servi
est celui du docleur Dixon. Au-des-
sHs d’on vase en porcelaine contenant
de l’eau maintenue en rhiillition au
moyen d’une lampe à esprit-de-vin,
se trouve maintenu un llacon ren¬
versé , renfermant do la teinliire
d'iode; un bouchon troué ferme ce
Dacon , ut au moyen de ({uelqucs
brins du colon qui iraversunt le bou¬
chon , il s’écoule incessamment par
gouttes de la teinture d’iode (cinq
goiiltes environ par minute). Cette
teinture d’iode tombe dans l’eau en
ébulliliun, et se vaporise en même
temps (|nc l’eau. Cet appareil est
placé dans la chambre du malade,
qui respire ainsi ini air chargé de
vapeur d’iode. L’inhalation s’opère
ainsi sans efforts, progressivement et
sans gène. Voilà le (trocédé. Mainte¬
nant croirons-nous qu’en trois semai¬
nes de son us,ige, dans im cal)inet
maintenu à 13 degrés de température,
.M. Defiiisseanx a ftiit disparaître les
symptômes de la phthisie cher, un
soldat de vingt-cinq ans, qui, aux
signes généraux , joignait ceux du
ramollissement de la matière tuber¬
culeuse, et (le la formation de caver¬
nes, nialiU’ sous les clavicules, gar-
garguulllenient, et un 1*11 de pocto-
ritoqnie? Nous avouons irôlre pas
convaincu par ce fait, d’ailliMirs uni-
iiue. I)(>s leclicrches nouvelles doi¬
vent donc ('Hreilemantlées. U faut, dn
reste, prévenir que ces vapeurs
(I iode »H! pmirraienl être conlinnées
«ans inconvénients. Elles activent la
circulation, excitent le cerveau, oc-
casionneut la toux, l’insomnie, des
douleurs épigastriques, abdominales.
On a conseillé, pour constater la
présence de l'Iode dans réconomic, de
verser de la solullon d'amidon dans
l’urine. Ce moyen ii’a pu faire décou¬
vrir d’iode elles plusieurs malades de
M. Defuisseaux, qui en avaient pris
de fortes doses. [.-Innales tie la Soc.
Hemid. âe Gand, juin 1812.)
pieruxi damb l’üiietiii: nn ê-
tieà fa sintede la Uthotritie.—2^ou-
vean procédé de désoôslniclion du
canal. Quelque ingénieux et efficaces
que soient les moyens généralement
usités pour prévenir les accidents
3 ni résultent de l’arrêt et du séjour
es calculs dans rnrètre à la suite de
la Htholritie, l’observation vient de
proavor leur insuffisance sur quatre
malades lithoirlles par M. Bon¬
net de Lyon, qui, en présence de
difficultés imprévues, a su trouver
des ressources nouvelles, dont la va¬
leur pratique a été chaque fois sanc¬
tionnée par uu succès complet.
Chez uu premier malacie Sgé de
(|uaiaiite ans, et atteint d’un rétré¬
cissement de l’urètre depuis t826, la
lithoti'itic fut pratiquée au mois (le
mai 1811 après diliitalion jiréalable
du rétrécissement. Les cinq pre¬
mières séances de litliolriiie fiireul
suivies de l’écoulement, par les
urines, de plusieurs fragments peu
solides, blancs et composés de phos¬
phate (le (’liaux. tîne lois seulement
l’ariét des pierres dans le canal de
l’urèlre fut suivi de très-vives dou¬
leurs et d’une si'crétioii purulente
provenant du canal lui-iiiéme. Ce uo
fut qu’après seize jours qu'il fut pos¬
sible de rendre au canal sa liberté.
Après la sixième séance, les mê¬
mes accidents sé renouvelèrent avec
plus d’intensité; pendant dix jours,
aucune tentative d’extraction ne
réussit. Dans cette situation difficile
qui s’aggravait d’un instant à l’autre
au point de mettre les jours du
malade en danger, M. Bonnet, re-
inaninant la composition chimique
des fragments de pierre qui étaient
constitués par du phosphate calcaire,
sel soluble dans l’acide chlorhydri¬
que très-affiiibli, songea à dissoudre
les fragments qui obstruaient l’urè¬
tre, en y injectant un mélange d’eau
et d’acide dans des proportions telie-s
qu’il pût être mis en contact avec ia
langue sans inconvénients. Toutefois,
avant de faire celle injection, M. Bon¬
net s’assura de l’action dissolvante dn
liquide, en y laissant séjourner pen¬
dant douze heures l’un (les fragments
de calcul les plus volumineux (lui
eussent été rendus par le malade,
.éprès ce temps, le fragment était en
partie dissous; ce qui en restait était
si friable, qu’il suffisait d’agiter ie
vase pour le réduire en poussière.
Fort de ces données cxpénmentales,
M. Bonnet introduisit une petite
sonde de gomme élastiiiue, ouverte
par le lient, jusque sur le calcul, et
injecta dans le canal une petite quan¬
tité de limonade chlorhydrique; celte
îoieclion, suivie d’une sensation
très-pénible, ne imt être retenue
plus de deux minutes. Le lendemain
00 la renouvela, et le soir du même
jour, les urines entraînèrent plu¬
sieurs fragments, tous assez friables
( 1»1 )
^ui-Be riiduire un poussière par une
faible pression des doigts. I.e sur¬
lendemain, nouvelles injections aci¬
des: et, deux jours après, lecanal était
parfaitement libre, ce qui permit de
broyer et d’extraire quelques frag¬
ments qui reslaieut encore dans la
vessie. — Chez trois autres malades,
desfragmenls de pierre formée d’oxa-
lale de chaux s'arrêtèrent eu arrière
de la courbure de Turèire, et y sé¬
journèrent pendant plus de trois
semaines, chez l’un d’eux, qu’un
catarrhe pulmonaire très-iutense
avait surpris dans le cours de l’opé¬
ration, sans qu’il fût possible d’ex¬
traire ou do repousser ces fragments
par les moyens connus. Ayant con¬
staté l’insolubilité de ces calculs dans
la limonade chlorhydri(iue, M. Bon¬
net songea à substituer è la sonde
ordinaire ouverte sur les côtés, une
sonde largement ouverte à son ex¬
trémité vésicale, et munie à son ex¬
trémité externe d’une boite eu cuir
.à laquelle pût s’adapter une serin¬
gue. A l’aide de cette modification
apportée au procédé d’injection, dès
la première tentative, toutes les
pierres qui encombraient le canal
rentrèrent dansla vessie, où la sonde
pénétra immédiatement.
Ou conçoit sans peine la supério¬
rité do la sonde proposée par
M. Bonnet, sur colle iiui est jour-
neilement employée.—Ayante mil¬
limètres de diamètreenviron, couitée
perpeudiuuiairemeut à son extrémité
vésicale, de manière à présenter une
ouverture égale à son diamètre, elle
permet d’agir .sur les fragments par
un jet direct et considérable, cir¬
constance qui manque aux sondes
ouvertes sur les côtés, dans le.s-
queiies la force d’impulsion du
liquide s’épuise en partie contre les
parois de rurètre ou elle se brise,
de sorte qu’elle n’agit sur les frag¬
ments que par un véritable reflux.
Aussi comprend-on que l’injection
soit Impuissante à refouler l'obstacle
opposé par un fragment depuis long¬
temps en contact avec le même point
de l’urètre, cl y adhéraut par des
concrét ions pseudo-niemitraneuses,
produit d’une sécrétion muco-i>uru-
lente, comme celle qui eut lieu dans
le cas (pii nous occupe.
En résumé, M. Bonnet vient de
prouver (|uc si la litbolrilie, en rai¬
son du degré de perfection qu’elle a
atteint, n’est psstiscepliblede modi¬
fications fontianieniales sons le rap-
yiort de l’instrumentation et du ma¬
nuel opératoire, il est possible encore
(ie découvrir des moyens de détail
propres à faire disparaître quelques-
uns des accidents inliéreitls à son
emploi. {J. (le méd. de Lyon, juin.)
POUDRE DENTIFRICE. M. le doc¬
teur E. Kemmerer a reconnu à la
poudre denlifrice suivante des avan¬
tages qu’il refuse aux autres prépa¬
rations de même nature.
Poudre de suie tamisée. 30 grain.
Poudre de fraisier.20 —
lîau de Cologne, quelques gouttes.
line pincée suffit pour maintenir
la blancheur des dents et tonifier
les gencives. Selon ce médecin,
celle poudre conserve les dents et
arrête la carie. [J. des Conn. méd.-
chir., juillet.)
QUININE (.S'ur le lactate et le va-
lérianate de]. Le prince Lucien Bo-
naparle a fait administrer par plu¬
sieurs médecins le lactate et le va-
lériaiiate de quinine dans diverses
maladies à type intermillent spécia¬
lement fébrile, et dans les lièvres
quartes, qui sont endémiques dans la
campagne de Rome.
Le lactate a, dit-on, produit de
bons effets dans les cas où l'actioa
du sulfate est trop viulente et trop
vivement sentie pur les organes, sa
prompie solubilité le rendant plus
assimilable.
Le valérianate de quinine élant
trés-soluble dans l’eau, moins désa¬
gréable au goûl, moins amer, moins
coûteux que le laclale el le sulfate,
railleur pense qu’on devrait en pro.»
pager l’emploi surtout dans les cam¬
pagnes.
— Ces essais iliérapeiiliques sont
très-louables, sans doute, mais leS
coiiclusiiius en sont tout à fait contes»
tables. Il n’est millcuient prouvé que
l'action du sulfalc de quinine est
plus violenle et est moius bien sup-
porlée par les organes que le lac-
(ale. Le sulfate de quinine est, il est
vrai, plus actif, parce que, à poids
égal, il coiitienl une plus grande
proportion de quinine que le laclale.
1-a différence de solubilité ne saurait
être un inolif d'cxctiisinn pour le
sulfate, allendu que les alcalis végé-
laux trouvent toujours dans le suc
gastrique plus d’acide qu’ils n’eu
ont besoin pour s’y dissoudre, leur
capacité de saliiralinn étant des plus
faibles. Quant au valérianate de qui¬
nine , sa moindre amertume ne mé-
( 152 )
rite pas d’être prise en considération,
et il est inesact de dire que ce sel
est moins citer que le siiffate: le prix
de i’acide suifuriqtte est iniininienl
moindre que celui de l’acide valiv
rianiqne; donc iin poids quelconque
de quinine, coniliiné avec l’acide va-
lérianique, constitue un médicament
d’im prix plus élevé que le sulfate
dequinine. {.fourn. de chimie mid.,
août 18i2.)
BÉTENTIon D’ÜRINE causle par
rasage du vin. Il est des faits bi¬
zarres et incnmprélionsibles tuu-
cbant la susccptiliilité spéciale de
certains organes citez qttelqttes in-
dividits. En voici un cxetnple re¬
cueilli par M. le docteur Deville. Il
s’agit d’ttti ntarcitand ferrailleur, an-
ciett niiiilairc, aujourd’hui itgé de
cini|uanle httit ans, qui depuis l’tlge
de iiiiit ans n’a pu boire du vin, et
surtout du vin blanc , sans avoir un
ténesme vésical très-douloureux , et
une rétention d'urine. Malgré les si¬
tuations diverses où cct homnte s’est
trouvé, il a donc dû toujours ne boire
3 lie de l’eau. Deux fois seitlemcnt
ans sa vie il a commis l’impru¬
dence de boire un peu de vin, et il
l’a payée cher. Eit 1839, il enfreint, à
la barrière du Trône, sa réserve ha¬
bituelle, il boit environ detix verres
de vin blanc. Peu d’instants après,
envies pre.ssanles et douloureuses
d’uriner, mais intpossibililé de rem¬
plir cette fonction ; il faut le sonder,
et l’on retire île sa vessie trois litres
d’urine limpide. Au mois de décem¬
bre dernier, maiCTé celte leçon qui
l’avait tenu dix jours à l’usage des
bains, des émollients et des cala-
pla.'jmes , pour calmer les douleurs
qu’il avait au col delà vojssie chaque
fois qu’il urinait, il se laisse entraî¬
ner dans un cabaret, où il boit del’cau
rougie et tout au plus un demi-verre
^•sclarent; pendant trois heures il
cûerche vainement, en éprouvant les
plus vives douleurs, à rendre quel¬
ques gouttes d’urine; dans son an¬
goisse, il se roule sur le carreau. A
sept heures du soir, M. le docteur
Deville relire par la sonde trois li¬
tres d’urine, ce qui le soulage; mais
à une heure du matin, les envies
d’uriner et les douleurs recommen¬
cent; il faut le sonder de nouveau, et
quoiqu’il n’ait pris que quelques
gouttes de liquide depuis la pre¬
mière opération, on trouve encore
trois litres d’urine dans la vessie. A
ept heures du matin, M. Deville est
encore forcé d’employer la sonde pour
soulager le malade; il sort encore,
quoiq'n’il n’ait rien bu, deux autres
litres d’urine. .Mnsi voilà huit litres
d’uriiie claire, limpide, sans odeur,
retirés dans l’espace de douzebenros,
de la vessie de ce malade qui n’avait
pas bu en tout deux verres de li¬
quide dans cet espace de temps.
Cüinnie fait saillant, ce qu’il faut no¬
ter, c’est l’excitation spéciale portée
par le vin chez cet homme sur les
reins et sur le col de la vessie. Il a
fallu appliquer vingt sangsues au pé-
rinc, cmiiloyer les Itainsel les adou¬
cissants, et'lout est rentré dans l’or¬
dre en trois ou quatre jours. {Itevve
médicale, juin 1812.)
RBEMATISME AltTlCDEAIRE (De
( l'emploi de l’iodare de potassium
dans le). \ l’exemple do queh|nes
médecins anglais, italiens et alle¬
mands, M. le docteur Bouyer, do
Marennes, a voulu expérimenter l’iu-
dure de potassium dans l'arthrite rhu¬
matismale. Un premier succès qu'il
avait publié avait été attribué par
quelques confrères à ce qu'il existait
chez son malade un principe syphili¬
tique; M. Bouyer a recueilli quatre
nouveaux faits, et il veut établir que
le médicament réussit également cl
dans les cas où il n’y a pas de com¬
plication syphilitique, etdansceuxoù
cette complication existe, lors même
que les Irailcmcnts antisyphilitiques
ordinaires ont échoué. L’iodure de
potassium réussit particulièrement
dans le rhumalisnie articulaire chro¬
nique et la périostite chronique; il a
aussi de bons eifets dans ie rhuma¬
tisme articulaire aigu, niais seule¬
ment quand le traitement antiphlo¬
gistique a été constaté impuissant
ou incomplètement curatif. Ce trai¬
tement a échoué dans le rhumatisme
musculaire et dans la sciatique.
M. Bouyer cite une dame de to ans,
atteinte deimis plusieurs années de
douleurs aux poignets, aux genoux
etaux articulations tibio-tarsiennes,
et d’une périostilq non syphilitique
du tibia gauche, qui a clé guérie en
vingt-ciiK) jours par l’iodure de po-
las.sinm. Une autre dame a été gué¬
rie en quinze jours, (lar le même
moyen, d’un riiiimalisme aux genoux
et aux lombes cxti’êiiiumeiit doulou¬
reux, dont l’état aigu avait été inu¬
tilement combattu pendant deux se¬
maines par des émissions sanguines
générales et locales, un régime an-
( 153 )
tiphlogislique puissant et un vésica¬
toire aux lombes. M. Boiiyer aiJmi-
nislre l’ioiiiire de polassium à close
progressive, eu commençaiU par 25
ou 40 cenligrammes et en angnien-
tanl chaque cinq jours de 25 ceuli-
gramines jusqu’à la dose de 2, i ou
même 6 grammes; il associe à la pre-
paralion d’iode une pulile quaulilo
d’opium dans le but de diminuer
l’action sur la muqueuse gaslri(|ue,
et de s’opposer à l’action alrophianle
du médicament sur les glandes. Voici
la formule de la potion indurée dont
il se sert; il va sans direque la pro¬
portion d’iodure de potassium y est
augmentée successivement :
lodure (le potassium.Q5 cenlig.
Bail^üisdtlée'.°.*...!?!!60®
M. Bouyer a ajouté, chez un do
ses malades, au traitement intérieur,
l’action localede la pommade indurée
suivante :
lodurc ne polassium. i gram.
Iode. ■ 2 r, cenligr.
C’est chez un ancien militaire,
M. B., âge de 3t ans, avant des don-
leursarticulairesaux deux genoux ex¬
trêmement tenaces et (|u aucun trai¬
tement n’avait pu guérir complète¬
ment depuis trois ans. Le genou
droit était extrêmement tiiméiié, la
peau n’offrait aucune trace d’inflam¬
mation; il y avait une fluctuation
profonde, due à une supersécrétion
de synovie. Les frictions, faites deux
fois par jour, ayant amené au neu¬
vième ou dixième jour la disparition
de la tumeur articulaire, furent sus¬
pendues. Le traitement intérieur fut
continué. Il procura en moins d’un
mois et demi la guérison complète
(le M. B.; depuis cinq moiscettecure
ne s’est point démentie. {Gaz. mé'I.
de Paris, juillet 1842.)
STATISTIQUE. Elle ne conduit
qu'à des erreurs en thérapeutique.
Nous donnons place à l'extrait sui¬
vant d’une leçon de M. Trousseau,
à l’hôpilal Necker; l'on v verra net¬
tement exprimée l’opinion du pro¬
fesseur de thérapeutique de la Fa¬
culté, sur la valeur de la statistique
dans la prali(|ue. Les saines idées
que nous professons depuis dix ans
dans ce journal trioinpnent de tou¬
tes parts.
« N’êles-vous pas frappés, mes¬
sieurs, d’abord de cette grande vérité,
sibautement, si universellement pre-
clamt'e par nos devanciers, savoir:
que les maladies (|nc nous désignons
par la même appellation sont bien
pou semblables à elles-mêmes, quel¬
quefois le même jour, à la mên:e
heure, mais à plus forte raison lors¬
qu’on les observe dans des consti-
tuliniis médicales différentes? Voyez
la coqueluche du premier semestre
de 181-1; ses formes violentes, son
intensité, ses compreations; com-
parcz-la à celle du deuxième semes¬
tre, et jugez si les deux maladies
sont identiques.
« Et maintenant, si vous vouliez
faire de la statistique, dans quelles
déplorables erreurs ne resteriez-vous
pas? Essayez des moyennes dans
votre première épidémie; coniparez-
les aux moyennes de la deuxième,
et voyez à quel stupide résultat vous
arriverez ! Les gens à statistique ne
se souviennent pas assez de l’im¬
mense erreur de rilippocrale des
temps modernes, du grand Syden¬
ham. Ce praticien, auquel on ne
peut reprocher (jne d’avoir un peu
trop mis du côté les travaux de ses
devanciers, était arrivé à la lin d’une
longue carrière sans avoir vu de
graves épidémies de scarlaline, et il
disait de celle redoiilablo pyrexie :
« P'ix nomen morbi meretur. »
C’était le résultat de sa pratique. Et
peu d’annt'es après qu’il eut fermé
les yeux, on signalait, dans la
Grande-Bretagne, des épidémies
de scarlatine plus graves que la
peste, et qui dépeuplaient des iiays
entiers. Et les faiseurs de stalisti-
(pie ne voient pas que ces faits se
renouvellent tous les jours. Tandis
que dans leurs hôpitaux de Paris
ils comptent minutieusement les
jours de durée d’une maladie, et
que, après deux années, et souvent
après six mois d’observations, ils
établissent ce qu’ils appellent une
LOI, voici que, dans un départe¬
ment de la France, la loi n’est déjà
plus applicable; la morlalité qui,
dans la lièvre dite typhoïde ou pu¬
tride, n’était que d un cinquième
ou (l’un quart, frappe la moitié des
malades, et ailleurs en épargne les
dix-neuf vingtièmes. Et des faits
semblables se passent à Paris, sous
leurs yeux, dans leurs hôpitaux ;
mais ils refusent de voir. Ils traitent
deux ans de suite cent (lèvres puer¬
pérales si légères qu’elles cèdent
avec une facilité merveilleuse aux
( m )
éracuantSf A la diète; et voilà <|ue
tout à coup la maladie revêt les foc'
mes les plus leirihles ; des plileg-
ijtons, des phlébites de rulériis, des
plilegmasies du péritoine, du la plè¬
vre, de raracbnoïde, de rovaire, du
tissu cellulaire du liassin, des vais¬
seaux lymphatiques, des articula-
üons, viennent se jeter au travers
de nos moyens thérapeutiques qui
échouent misérablement. Et pour¬
tant c’est la lièvre puerpérale d’hier,
comme la scarlatine des élèves de
Sydenham était la scarlatine de Sy¬
denham Ini-mème; mais des com¬
plications uonvelles ont surgi, qui
ont pe.sé dans la l)alance et renver.sé
vos i)rétendues lois , auxtpielles il
manque la sanction de la nature. »
(Goî. des llàpit., juillet.)
SUCREHIES COLORIÉES. Il serait
nécessaire, dans l’intérêt de la santé
publique, que l’administration fit
connaître, et imposât aux coniiseurs,
pastilleurs, etc., qui habileut les dé-
partcincuts, l’emploi des couleurs qui
ne peuvent pas nuire à ceux qui font
usage des sucreries coloriées. Les
visites incessantes faites sans frais
chez les coniiseurs, par le conseil
de salubrité, ont fait pre.sque entiè¬
rement cesser dans la caidtale les
accidents occasionnés par l’einplnides
couleurs vénéneuses; les saisies et
las condamuations y sont aujourd’hui
fort rares. Mais il n’en est pas de
même dans les deparlemenls, ou la
surveillance des sucreries n’est pas
faite de la même manière. Les au-
iysuns, MM. Chevallier et Habert,
signalent des accidents graves, et
même la mort, occasionnés, dans ces
dernières années, par les substances
vénéneuses colorantes des bonbons
ou des papiers qui les envelopiwnt,
à Besançon, Rouen, Épinal, Beziers,
iivreux, Orléans. Userait donc de la
plus grande utilité qn’on fit faire en
l>roviiice par des pharmaciens habi¬
les, quand il n’y a pas dans la ville
de conseil de salubrité, une visite
annuelle des magasins el laboratoires
des coniiseurs, aiiii de voir si dans
leur fabrication ils u’empioient pas
des suhslauces susreplihies de nuire
à la saulé. Ce doiu il faut être pré-
vemi, c'est que quelques coniiseurs
des dépariemenis reçoivent les pra¬
lines et des sucreries tonies prt'--
(larées de Paris, cl que le conseil
de salubrité a trouvé chez un conii-
sevr pralines difiereutes, les
unes vénéneuses, avec du cinabre,
pour la province, et d’autres pour
Paris, avec le carmin. En Allemagne
et un Angleterre, les mêmes abu?
sont commis et doiveul être surveil¬
lés. Au lieu de se servir de sucs de
plantes et de matières inolfeasives
servant aux teintures, comme la co¬
chenille, le safran, la gaude, le cur-
cuma, le tournesol, l’indigo, etc., les
coniiseurs, pour donner plus d’éclat à
leurs couleurs, ou par économie, em¬
ploient des substances dangereuses
pour la santé ; ce sont principalement:
la gomme-gutte, le chromaie de
plomb, le cinabre, les oxydes de
cuivre, l’arsénite de cuivre (vert de
Schweinfurt), elc. C’est aux chimis¬
tes à constater les divers poisons
employés dans celle fabrication, et à
employer tous les moyens de per¬
suasion possibles pour faire renon¬
cer à leur emploi en province.
MM. les préfets devraient aussi pren¬
dre un arrêté pour rendre applicables
aux fabricants de bonbons de pro¬
vince les mesures prises par le pré¬
fet de ])olice de Paris. {Annales
d’hygiène, juillet 1842.)
TREMBLEMENT MERCURIEL. Il
semblerait (|uc dans les maladies
mercurielles, par cela seul que l’éco¬
nomie a été lroul)léc un grand nom¬
bre de fois par l’absorption du mer¬
cure , elle est plus apte à être
influencée par ectagent.il est entré,
le 8 juin 1842, à l’bépital de la Cha¬
rité , salle Sainl-Fcrdinand, service
de M. Oiiveilhier, un rairoilier,
François Aubry, dont voici Phistoire.
Après trois ans d’exercice de sa pro¬
fession qui l’expose aux émanations
du mercure, ii fut pris, en 1826, de
Irembleinents mercuriels qui la niel¬
laient dans l’impossibilité de mar¬
cher; le côté gauche même était
comme paralysé. Il entra à l’bôpital
de la Charité, oà il fut traité et guéri
par les bains sulfureux. Il abandonne
son état jusqu’en 1833, el il n’éprouve
rien. Il repi'eud sou métier de mi¬
roitier; au bout de six mois, nou¬
veau tremblement que les bains
sulfureux guérissent comme la pre¬
mière fuis. En 183.3, après cinq mois
de travail, nouveaux accidents: même
trailemeut ; guérison en six semai¬
nes. En 1838, après quatre mois de
travail, relourde la maladie; guéri¬
son par les bains sulfureux en deux
mois. Eu 1389, après deux mi.is et
demi de travail, encore môme mala¬
die, guérie par le même moyeu à
: 16 Ô )
Saint-Louis, en deux mois et demi, plus tard. Plus de la moitié des per'
En ISiO, nouveau retour, inéiiie gué- sonnes atteintes ont succombé, et le
rison. Euiln ce malade a eu deux re- petit nombre de cellcs quî ont sut’.»
ebutesen 1912, en m^rs dernier, et vécu sont restées soit amaurotique.s
en juin. Les bains sulfureux l’ont soit sourdes, soit atteintes de lièvre
guéri comme la première fois, et il licclique. Les raédecius italiens ont,
sortira parfaitement rétabli, un de ces comme M. Chauffard , essayé avec
jours. Il est évident que ce sujet de- désespoir, de toutes les méthodes de
vinit alxindonnersa profession. Deux traitement; ils out pratiqué large-
choses sont à remarquer dans ce cas, ment des émissions sanguines, géné-
la guérison eonslaiite, dans les huit raies et locales, qu’ils dirigeaient,
recTiuies de tremblements, par les selon leurs idées, contre la conges-
bains sulfureux, et le retour de plus lion, et non, comme en France, cou-
en plus rapproché des accidents, trerinllammation; ils ont échoué. Ils
toutes les fois qu'il s’expose à leur n’ont pas été plus heureux avec les
cause. [Gaz. des hôpitauæ , juil- épispasliqiies, les bains, les laxatifs,
let 18i2,) les applications froides, le tartre sli-
_ _ , . blé, le musc, le caslorenm, l’assa-fo».
TVPBns CONVDI.SIF ÉFIDÉMI- tida, la jiisquiamo, le camphre, le
QVE. Tel est le nom donné par les sulfate de quinine; toujours les mala-
médeeins italiens à l'affection que clos mouraient, ou allaient de mal en
nous avons décrite, dans notre dor- pis. On ne trouve qu’un seul méde»
nier Répertoire, à l’arlicle/îéorener- cin, le docteur Elepbanli, à Eboli,
mujte. Pendant que Strasbourg , qui, regardant la maladie comme un
Avignou , Versailles, La Rochelle, véritable tétanos, l’ait traitée, non
Meta,etc., étaient ravagés par cette par l’opium, mais par la morphine,
épidémie, appelée ici par quelques- dans laquelle il trouva, dit-il, un
uns cér(!6ro-.spiBit«, méningite en- remède souverain et trés-efflcace, qui
céphalo-rachidienne, Cl& VAVilTa ciAii guérissait en se|>t ou neuf jours,
des Alpes, les docteurs Semmola, Après avoir débarrassé les premières
Spada, Julapi,’Elepbanli et de Renzi voies, combattu la complication la
observaient, dans lesprovinces méri- plus importante, ouvert la veine, etc.,
dionales de l’Italie, une affection il donnait au malade d’un quart de
identique avec la nôtre par les grain à deux grains de morphme dis¬
symptômes, la marche et la lermi- soute dans le sirop diacode, ou bien
naison rapidement funeste. Nos en potion dans de l’eau distillée; il
confrères d’Italie, en désignant la relira aussi quelque avantage des
maladie sous les noms de typhus frictions sur l’épine avec la pommade
convulsif épidémique, de typhus de ninrpbiiic. Slalheiircusement, ces
apopleclico-tétanigue, ont été diri- expériences, commencées vers la lin
ges par des idées dIus médicales de l’épidémie, furent faites sur un
jue nos confrères françaLs; car ils trop petit nombre de malades.{/faeue
indiquent ainsi un élatgénéral, une médicale, juin 18i2,)
flèvre avec diathèse nerveuse, et de ---
plus, ils la caractérisent par les plié- VIDANGEDHS (iV'bfe sur les). S’il
pomènes vitaux qu’elle a présentés, est une profession qui mérite deiixer
et non par les altérations anatomi- l’atleulion des liygiénisles, c’est as-
ques. Nous ne tracerons pas de surément celle des vidangeurs. En
nouveau le tableau de la maladie effet, l’extraction des matières féca-
d’après l’excellent article de M. De- les des fosses, par des hommes ex-
viliiers fils, que nous avons sous les posés à respirer des émanations mias-
yeux ; qu'il siiflise à nos lecteurs de niatiques et quelquefois à être as-
savolrque partout, quelque soit le phxyiès.constUiie une profession tout
nom qu’on a donné à celleaffeclion, a fait incomniude et en apparence
elle a préseulé les mêmes symptô- très-insalubre. Eli bien! il résulte de
mes, offert la même gravité, fait le recherches finies par MM. Briche-
mème nombre de victimes, donné à leau. Chevallier et Furnari, près îles
peu près les mêmes altérations coda- maîtres vidangeurs de Pans, que
vériqoes.En Italie comme en France, cette profession n’est pas aussi iusa-
toutes les médications ont échoue, lubre qu’on le pense. Le service de
et la mort a eu lieu, soit dans les la capitale est fait par deux cents h
premières vingt-quatre, ou quarante- deux cent cinquante ouvriers vi-
huil heures, soit à la Un du premier dangeurs, qui gagnent de 3 fr.. 80 c.
éti du second septénaire, rarement à 5 w. par jour; ils sont en général
( 166 )
d’un tempérament bilieux; l’exer¬
cice de leur profession ne les empO-
clie pas de Irouver à se marier. D’a¬
près les rcnsei^nemenls pris auprès
de maiiresqui exercent depuis x’ingt
OH trente ans, les ouvriers vidangeurs
suit sains, forts, vigoureux; ils tra¬
vaillent jusqu’à un ùge fort avancé,
jusqu’à soixante-cinq et qucl(|uefois
soixante-dix ans; leurs enfants et
leurs pelits-eufauts premieut volon¬
tiers la profession de leurs parents,
et ont des enfants robustes. La mal¬
propreté tlii inélier et l’odeur des ma¬
tières ne leur a jamais paru nuisible
à letir saute; aucun vidangeur, ou
cliarretier, ou ouvrier à la poudreite
de Monllàucon, n’est mort du cho¬
léra. Il est con.slant,deplus. que plu¬
sieurs individus se sont faits vidan¬
geurs pour guérir d( s maux de la
peau, dont ils étaient at'eiuts. Un ou¬
vrier qui avait profondément altéré
sa santé dans une fabrique de plomb
laminé, l'a recouvrée entièreivent en
travaillant aux vidanges : avisa ceux
qui ont constaté les bons elfels des
nréparatioiis sulfureuses dans les ma¬
ladies de plomb. La mille, opbthal-
mie causée par les vapeurs ammo¬
niacales. oblige les vidangeurs à ces¬
ser pendant quelques jours leur tra¬
vail, mais n’a aucune conséquence
fâcheuse; ils ont aussi bonne vue que
les autres, et n’ont aucune inlirmilé
des yeux. La mille est plus fréçiuente
encore chez les ouvriers en laine, en
coton, qui sont au milieu de corps
légers voltigeant dans l’air. Les vi¬
dangeurs, (|uoiqu’on en ail dit, ne
sont pas sujets à l’apoplexie. Leur
accident le plus grave, c’est l’aspliyxie
connue sous le nom de plomb; mais
même cet accident est aujourd’hui
fort rare, par les précautions de ven¬
tilation qui sont prises. Un maître
vidangeur qui emploie huit à dixou-
vriers par jour, d’un bout de l’année
à l’autre, a répondu qu’aucun de ses
ouvriers n’avait été asphyxié de¬
puis vingt ans; un autre, employant
le même nombre d’individus, n’en a
vugu’un; un troisième, enlin, n’a ja¬
mais eu aucun de ses ouvriers as¬
phyxié, et il en emploie journelle¬
ment quîtize. Il résulte de ce travail,
(|u’eii général la profession de vidan¬
geur, quoique sale et dégoûtante, est
moins insalubre qiiune multitude
d’autres qu’on pourrait citer,ctqu’on
y trava'lle aussi longtemps que dans
beaucoup d’autres. ( Annales d'hy¬
giène, jniÜKt 1813.)
VARIÉTÉS.
Sur une panique répandue depuis quelques jours dans Paris.
— Des liniits sinistres ont circulé dans les quartiers populeux de la ca¬
pitale et ont jeté la terreur dans la classe oim’ière, pins particulière¬
ment appelée à venir se faire soigner dans les hôpitaux. Il n’était ques¬
tion de rien moins que de la peste, selon les uns , ou du choléra,
selon d’autres, qui se seraient développés à Saint-Louis et à l’IIôtel-
Dien, hôpitaux sur lestpicls on mirait arboré le di'apeau noir et dont
on aurait interdit l’entrée à qui que ce fût. Ces bruits n’ont aucun
fondement, et doivent être démentis avec d’autant plus d’empresse¬
ment que déjà ils prennent créance dans un monde plus élevé et qu’ils
sont répétés par la presse des départements et de l’étranger. Ce qu’il y
a de certain , c’est que l’état sauit,au-c de tous les hôpitaux est des plus
satisfaisants.
Funérailles de M. Pelletier. —A peine
lis s’était écoulé de-
( i57 )
puis la mort de M. Double, que l’Institut et l’Âcadémie de médecine
avaient encore à déplorer la perte d’un de leurs membres les plus distin •
gués, d’un de nos savants les plus modestes et les plus recommandables,
de M. Pelletier, dù-ectciu-adjoint de l’École de pharmacie, l’illustre au¬
teur de la découverte du sulfate de quinine.
Fils de Bertrand Pelletier, membre de l’Institut, professeur à l’École
Polytechnique et pharmacien distingué, M. Pelletier, qu’animait un ar¬
dent amour pour l’étude des sciences naturelles, avait embrassé la même
carrière que son père, et, comme lui, il s’y était placé an premier rang.
Tout jeune, car il comptait à peine vingt-six ans, quand il reçut les hon¬
neurs du professorat à l’École de pharmacie, sur la doidjle présentation
de l’Institut et des professeurs de cette école, il sut justifier le choix de
ces deux corps savants par l’éclat qu’il jeta sur renseignement de l’his¬
toire natm’eUe générale, et en particulier sur la minéralogie, dontila’éa
la chaire.
Élève du célèbre Vauquelin, ses travaux, comme ceux de son maître,
avaient toujours un but pratique, et c’était dans le noble désir d’êti e utile
qu’il se livrait à la recherche des corps nouveaux, dont il a eu le bonheur
d’eiu'ichir la science.
Mais dans aucune de ses recherches il ne s’était proposé un plus noble
but qu’en analysant, avec M. Caventou les quinquinas, l’ipécacuauha, la
fève Saint-Ignace, la noix vomique, le colcldquc, etc., afin d’en extrah’e
les principes actifs, dégagés de tout ce qui pouvait rendi’e dégoûtant l’em¬
ploi de ces médicaments héroïques, et d’arracher à une mort imminente
les malheureux qui répugnaient à de tels remèdes. ,
Laissons parler M. Dumas dans le magnifique discours qu’il a pro¬
noncé au nom de l’Institut sur la tombe de son collègue :
« Pelletier s’est fait, dans la science, une place qui ne peut pas
s’amoiiuh'ir. Ses découvertes sont de celles qui ne sauraient ni s’effa¬
cer ni s’atténuer, car ce sont des découvertes absolues. Il a trouvé des
corps nouveaux ; il a doté la science de sulistances inconnues ; et tant
que la chimie viwa elle-même dans la mémoire des honunes, le nom de
Pelletier sera cité avec respect, avec reconnaissance.
U Ce que Paracelse et ses disciples avaient rêvé, ce grand art d’ex¬
traire des métiicaments leurs quintessences, de réduire sous un volume
à peine appréciable de grandes masses de produits pharmaceutiques
rebutants, Pelletier s’était attaché à l’accomplir, et dans un grand
nombre de cas il y avait réussi ; mais jamais, il' faut l’avouer, d’une
manière plus heureuse et plus complète que lorsqu’d paivint à ex-
[ m )
tfaii» Irt quinine du quinquina, dans le travail célèbre qui a fixé sâ ré¬
putation et celle de son collaboratciu' M. Caventou.
cc Le nom de Pelletier demeurera inséparable de l’invention du sul¬
fate de quinine, et il ne faut rien de plus pour se présenter avec bott-
neur à la postérité.
« Demandez à nos soldats qui s’exposent aujourd’hui aux inclé¬
mences du climat de l’Afimjue, demandez à ceux de leurs devan¬
ciers qui allèrent porter à la Grèce la liberté et une cnilisafion nou¬
velle , demandez-leur s’ils ratifient cc jugement, et vous vcivez
quelle sera leur réponse; c’est par milliers qu’il faut compter les
hommes aivachcs à une mort certaine par cc médicament vraiment
héroïque.
« Et quand on se rappelle que les inventeurs du sulfate de quim'ne
ont fait à l’humanité l’abandon complet d’une découverte qui aurait
pu devenir pour eux l’occasion d’une immense fortune, quand on
sait (pie M. Pelletier, grâce à cette générosité même, a ni un mo¬
ment son patriotisme compromis par une concurrence ingrate, on
trouve dans la beauté de cette découverte, dans le sentiment philan¬
thropique qui a présidé à sa publication, dans la fermeté avec laquelle
Pelletier a su conserver à la fabrication du sulfate de quinine sa voie
droite et loyale, tous les caractères qui autorisent en effet à le ranger
parmi les véritables bienfaiteurs de l’humanité. »
M. Pelletier était l’homme bon par excellence ; son âme était droite
et pure, son cœur dévoué et fidèle ; le connaître, c’était l’aimer, c’était
l’aimer toujours, comme l’a dit AI. Dumas.
Longtemps il avait su concilier Ses études et ses recherches avec la
direction d’une pharmacie importante ; mais depuis dix ans, absorbé
tout entier par ses travaux de laboratoire et par les diverses fonctions
qu’il avait à remplir, il avait cessé de s’occuper de sa pharmacie, et il
avait choisi comme associé, parmi les jeuues pharmaciens ses élèves,
celui qui lui avait paru le plus digne de soutenir son nom et sa réputa¬
tion. Ce choix a été des plus heureux, nous devons le dire, et c’est avec
satisfaction que nous avons vu AI. Duclou venir sur la tombe de son
bienfaiteur et de son maître, payer un juste tribut à la reconnaissance
qu’il lui devait.
AI. Pelletier était âgé de cinquante-quatre ans : il était membre dé
l’Institut, de l’Académie de médecine, du conseil de salubrité, direc¬
teur-adjoint de l’école de pharmacie, officier de la Légion-d’IIon-
nenr, etc., etc. Ses obsèques, auxquelles se pressaient en foule des
savants de tous les ordres, des hommes do tous les rangs, les élèves
l 159 )
deâ écoles de médecine et de pharmacie, ont eu lieu à l’église Saint-
Germain-des-Prés.
Quatre discours ont été prononcés sur la tomhe de cet homme de bien,
de ce sarant modeste : le premier par M. Dumas, le deuxieme par
M. Gaventoti, le troisième par M. Soubeiran, et le quatrième par
M. Duclou.
— Mort de M. Larrey. La chirurgie française vient do perdre une
de scs plus grandes illustrations. Le bar on Liu-rey n’est plus. Celui que
l’empereur a glorifié, dans son testament, du titr-e « du plus honnête
homme qu’il eût connu » ; celui qui, d’Héliopolis à Waterloo, a si di¬
gnement représenté noti'c art sur tous les champs de bataille, est mort
le 25 juillet, à Lyon, à l’àge de 76 ans, au retour de l’inspection médi¬
cale qu’il avait été chargé de faire en Afrique. Son corps a été trans¬
porte à Paris par les soins de son fils, M. Hippolyto Larrey, qui l’avait
accompagné en Afrique. Les obsèques ont été dignes de l’illustre dé¬
funt. Les cordons du poêle étaient tenus par le comte de Kamlruteaii,
préfet de la Seine, le général Petit, eomniandant l’iiôtcl des Invalides,
M. Breschet, membre de l’Institut, et M. Aloizin, membre du Conseil su¬
périeur de santé militaire. M. Larrey était ancien chirurgien en chef de
l’armée d’Égypte , inspecteur général du service de santé, membre du
Conseil supérieur de santé, membre de l’Institut et de l’Académie do me
decinc.
— Cne place était vacante .à l’Acadéniie de médecine dans la sec¬
tion d’anatomie et de physiologie. Les candidats présentes par la sec-
bon étaient MM. Poiscuille, Longet, Manec, Nonat, Denonvillicrs et
Foville. Au second tour de scrutin , M. Poiscuille a obtenu la majorité
des suflrages. Les candidats qui, après lui, ont eu le plus de voix sont
MM. Nonat et Longet.
— Un concours a eu lieu pour la nommation à quatre places de mé¬
decins du bureau central. Il n’y avait pas moins de dix-huit coinpéti-
teius. Ont été nommés MM. Gillette, Marotte, Gueneau de Jlussy fils
et Baron fils.
— M. Begin, cbinirgien en chef, premier professeur <lu Val-de-
Grâce , vient d’être élevé au grade d’inspecteur, membre du Conseil dé
santé des années, en remplacement du baron Larrey.
— M. Edwards, membre de l’Institut et de T Académie de méde¬
cine , est mort à Versailles le 23 juillet dernier.
( 160 )
— Voici quelques particularités sur les accouchements qui out eu lieu
en Prusse clans l’espace de douze ans, de 1826 à 1837 inclusivement,
n y a eu, dans ce laps de temps, 6,128,953 naissances. Sur ce nom¬
bre, on a eu 6,057,200 accouchements d’un seul enfant, 70,867 ac¬
couchements de deux jumeaux, 871 accouchements de trijumeaux , en¬
fin , 15 accouchements de quadrijurne.aux.
Résultat des revaccinations pratiquées en Prusse. — Dans le
courant de l’amiée 1841, les revaccinations ont continué à avoir lieu
en Prusse, sur une large échelle : 44,941 soldats de l’armée ont été
soumis à cette opération. Parmi eux, 36,132 présentaient des signes
incontestables d’une première vaccine; 6,192 des signes douteux , et
chez 2,567 il n’y avait aucun signe. —L’cinption vaccinale s’est mon¬
trée et a été régulière chez 23,383 soldats; irrégulière chez 8,035; le
résultat a été nul chez 13,523. —On a soumis à une seconde revacci¬
nation les sujets chez lesquels elle n’avait pas réussi, et l’on a obtenu
encore des pustules vaccinales sur 2,254 autres soldats. —D’après ces
résultats, M. le docteur Lolimcyer établit la proportion des rcvaccina-
tions fructueuses, pour 1841, à 52 pour 100. D’après le tableau que
ce médecin dresse des revaccinations des années précédentes, il est
porté à penser que cette proportion augmentera encore. Ainsi, en 1833,
la proportion des revaccinations fructueuses a été de 31 pour 100; en
1834, de 37; en 1835, de 39; en 1836, de 43 ; en 1837 et 1838,
de 45; en 1839, de 46; et en 1840, de 48.—Dans le courant de
1841 on n’a observé dans l’armée prussienne, malgré le règne des épi¬
démies qui ont frappé la population, que 15 cas de varicelle, 34 cas
de varioloide et 10 cas de variole.
École de pharmacie de Montpellier. — Une chaire de physique
est vacante dans l’école de pharmacie de Montpellier, par suite de la
promotion de M. Balard à une chaire de chimie à la Faculté des Sciences
de Paris. La nomination à cette chaire doit être faite par le ministre de
l’instruction publique, sur une double liste de présentation de deux
candidats, fournie, l’une par l’école de pharmacie, l’auü-e par l’Aca¬
démie des Sciences. Le candidat choisi par le ministre sera nommé pro¬
fesseur-adjoint et jouira d’un tiaitement de 1,500 francs et des droits
de présence aux examens.
( 161 )
THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE.
ÉTüDES STO l’action pathogéniqüe DE l’ioddre de potassium, pour
SERVIR A RÉGLER l’ADMINISTRATION DE CE REMÈDE.
Les beaux résultats que donne l’iodm-e de potassium dans le traite¬
ment de la syphilis, et l’emploi général de ce moyen, depuis nos pu¬
blications, par le plus gi’and nombre des médecins qui s’occupent de
l’étude des maladies vénériennes, m’engagent à signaler quelques-uns
de ses effèts, qui pourraient devenir des causes d’erreur dans le coui-s
d’un traitement, ou constituer de véritables complications capables d’en¬
traver ou de comprometti'e la cure.
J’ai déjà fait connaître, dans ce journal, les chconstances dans les¬
quelles l’iodm’e de potassium doit être employé, c’est-à-dhe la période
des affections syphilitiques à laquelle il convient le mieux, et dont il est
en quelque sorte le spécifique ; comme aussi, j’ai indiqué les doses et les
formes pharmaceutiques auxquelles il fallait donner la préférence. Au¬
jourd’hui , pour compléter l’histohe de ce puissant agent thérapeutique,
c’est de son action pathogéniqüe dont je vais m’occuper. Et d’abord,
sous ce point de vue, disons que l’iodure de potassium a ime action très-
prononcée sur les sécrétions en général, qu’il excite et active. Que ses
effets sur la peau, sur les muqueuses et sur les reins sont très-remai’-
quables. Que la circulation et le sang lui-même sont quelquefois influen¬
cés, ainsi que le système nerveux et musculaire ; mais qu’il existe dans la
production de ces phénomènes un certain ordre de fréquence dont nous
avons cru devoir tenir compte, et d’après lequel nous allons successive¬
ment les étudier. Toutefois, il m’importe de faire observer que, bien
que ce qui va suivre soit déduit d’un grand nombre d’observations, je
ne dois encore le donner qu’avec réserve, en attendant du temps et
d’une plus longue expérience des autres praticiens, soit une entière con-
lirmatioh de mes remai-ques, soit au contraire d’utiles rectifications.
Action sur la peau. La peau est incontestablement un des tissus les
plus facilement impressionnés par l’iodure de potassium. Rien de plus
couunun en effet que de voir les malades qui sont sous son influence, être
affectés d’éruptions diverses, et plus partieuhèrement d’éruptions de
formes psydraciées, ressemldant assez aux pustules d’acné, avec cette
différence, que les limites habituelles de l’acné sont le plus ordinaire¬
ment franchies ; aussi, non-seulement on voit ces éruptions avoir pour
TOME XXIII. 5' LIV. il
( i62 )
siège la face, les épaulesj mais encore on peut les rencontrer sur toute
l’habitude dll biifj)»; Jîllis febëptidll;
U n’y a presque pas de formes des éruptions aiguës de la peau, que
l’iodure de potassium ne puisse êibltëi', Suivant les prédispositions. Chez
celui-ci c’est un eczéma, chez celui-là de l’herpès, chez d’autres ce sont
dmplenlënt dë§ fitythctiles. Ori d fu Vbtf ëfttîoïè rébbhlitleilt, dans mou
senûce, deui ibàlBfles qtii, à dëiix fllfffitbntfeé fdjlWéeS, oilt jitésenté une
éruption d’eiythème papulciix dans quelques points, et i’erythenia
twdosurti dâhs d’attffes ; fchtz illi nialadfc àh'eCfé de cdlitiér db la face,
âti^uël l’iiJrtltrt: dë pbtassitihi a èi( fldinté à assez fortë dosé, tious avons
vli .H plttsielns repriSës éfe dévélopjit'r ItUë étti{)tlbil d’impétigo sur le
fctlll- fcltevcUi, utl r^la offl-aitt Ifes carâetferés dit f üpia cachectique sur
leS janlltcS et stléléS àfatil-llràs, âccidéhtS qUl cessaient presqiie aussitôt
tpié le remède était suspendu, polir l-eparaltté aussitôt aussi qu’on en
reprenait l’usage. J’ai vu jdusieurs fois l’ioditre de potassium donner
liètià untéfiiidile pdiii-pl-e hélllori-liagiqlte. Chez tlU monsieur surtout
aütjliel j’di dollhé réceihmbnt dés soiiis, à ibois reprises différentes, ce mé-
dibaliièilt, après llhé qniliitàiiic de joui-s d’adiUinistratlon, a déterminé sur
lesjUiilbeS une véwtalile lUaladic tàehètée de Warloff. J’aî observé nli
cas à peu près seittldable shr iltie dame qité j'ai tüe conjointement avec
iliun hmiSMliie etiiifrèl'6, M. le profcàsëiir CrüVeilhier, et chez laquelle
l’iôdtll-c de poia.Sslüiii, ijhi avait produit des effets iùiracillcili dans tiu
ckS de syphilis lerlIairC des plus graves, délerliiina vers là flii de la cure
üiie éruptioii pétéc-blalë des incriiiuTS itiférietirs, du reste sans aucune
éspèee de gi-avlté. Quelques iua!ade,s li’éprouVcnt du côté de la peau
qu’Ull seutihieilt (îfe cliàîeür, de piëôtcmeht, et qUelipiefois uii prurit
plii.s dit liiOlhs pi’OnoUcé. Oh conçoit combien il est important de con-
liSltre ees dllîéréfits effets de l’iôdUre de potassltiin sur le derttie, afin
dé iibpàs les t'oufoildrb avec les àécidchb aiiVqticls On voudrait opposer
lé remède, bl surtout pomtS’en Shstenii- momentanément chez ceux qui
anraiétit déjà des hiatâdiës aiiaîôgues, ou des prédispdsitiohs telles qite
iMbdube de polaSsilini dût ou IcS cxaspà'ër, bu leS développer.
ÀcUm sur ïeé fofietiôh's digestiveê. l^fobs avons été à même de
constater, et le plus grand hdtiibre de ceux qtii oUt eipérimenté l’io-
dUi-ë de potassium sont d’âccord àVCc nous sur cb point, que les fonc-
tlbhs digestives sont en général activées, éxcitécs dans Uh sens favorable ;
leà individus gagtieut de l’âppétit, Ira fonctions se font ttieuV, et l’cm-
Bbiipbiht, t’est un fait toUstant, en est la conséquence là plus ordinaii’c.
Cependant, il est des circonstances dans lesquelles ce médicament
péùt produire sur les voie.à digéstiVês des effets pathologiques. Un de
cbs effets, très-remarquable et assez constant, consiste en tinè douleur
( 163 )
tjhi a |3f)lir riégè lë gl‘àttd 8ul-dé-Sàfc de l’esldhiar, 6t ^U5, jJàl' !a fflàulèté
dttiit les inaladw rexpriittent, JxJiTrrait ati-i: pl-isfc , ftu pïBiiiii’r âbfil’d,
potu' une doiüeur plcurodynicpie de l’hypocoiicU-e gauche. Cette dtJlilfclii-
est qiiclqlietbis tl'ès-tivëj èâns qlie la soif soit augmentée, sahs i}he l’ap¬
pétit suit en Suetme fitçdil dérangé, Sans t}ue la langue exprime aücutlfe
soufBmice de l’eStomac, et saiis sUHOnt qu’il y ait lu riiOihdi'ë téilctioil
sUr la circulatiDll. La pression n’augmente pas celte dbtdellt-, la dignS-
tion n’a sur elle aucune Influence ; elle semble entièrement due à ilii état
gastralgique. Chez quelques indiridUs, l’appétit, d’abord actril d’tiiie
manière satisfaisante, dericill excessif, exagéré, et Unit par tohstittier uli
état inorllide. Nous aVoiis eti, à l’hôpital, des malades que le doublé de
la plus forte ràtibn né pouvait satisfaire. Enfin, cher, un petit nombre
de personnes, l’emplui de l’iodure de potasailinl est suivi de vérltaldcS
plileguiasies, soit de l’esloinac séul, soit de l’eiisenible du caUal intesti¬
nal ; de lit des vomissements, des diarrhées j et enfin tous les plténu-
lUènes d’empoLsohliemeiit. Cependant, nous devons noter qite l’àction
de cet agent sur la muqüeusc intestinale à pour résultat plus fréquêht
Un Ilux sélo-hiuqUcux. On verra qU’il a Un effet analogue stir les aiitl'cS
muqueuses.
Plyalitfné. A prupos de l’actioil pathogéniqtié de l’iodure de po¬
tassium sur les voies digestives, je dois insister sur un phénomène ljUè
j’ai ll-équcmment rencontré ; je wiix parler iVtme salivation parllcu-
licre que peut déterminer ce mcilicameut. Cher un assez grand nolhliié
de Sujets, ce remède amène un véritable ptyalistuc, qui peut être très-
coiisidérahle et aus.si fort que le ptyalisme luercitrlel le plus prononcé.
Ce phénomène particulier est importaiit à connaître, afin de ne pas lé
confondre avec l’effet analogue qUe peut déterminer le merciire, 'dah§
le cas stu'tout où un traitement mercmiel est administré coilciiii'einmënt
avec riodure de potassium. Il Uic suffira d’indiquCr les caractères pro¬
pres au ptyalisme iodique, sans rappeler ceux produits par le tnercui’e,
polir qu’on puisse les distingtter l’nn de l’auhe.
La sàlivatioii à laquelle petit donner fieu riodure de potassium rés-
scmhlc beaucoup au ptyalisme des ffimlnes enceintes. IlaiiB cesbâS, la
salive est peu visqueuse ; elle semble iioh-senlement venir dé la caxdlé
imrcale, mais encore cire le produit d’urte sorte dé régurgitation. La
muqueuse buccale peut ctreim peu excitée, un peu œdémateuse; mais
. il n’y a pas de signe d’inflaimuatiort comnlc dans la stomatite mercu¬
rielle, et surtout on n'y observe aucune tendance à l’ulcération parti¬
culière à cette dernière. Dans la plupart des cas mêtile, il estimpos-
sildc de noter une altération appréciable quelconque de tissu. Les glandes
salivaires ne sont le siège d’ancmi gotillement ; les malades se plaignent
( 164 )
que leui- salive est salée, ou qu’elle leur rappelle le goàt de l’iodui’c de
potassium ; de plus, dans aucun cas la bouche ne fournit d’odeur par¬
ticulière.
Action sur les reins. La sécrétion de l’urine est souvent augmentée
par l’iodure de potassium. En général, les malades qui sont soumis à
l’influence de ce médicament urinent beaucoup plus que dans l’état or-
dinaû'e. Cette augmentation de sécrétion peut, dans quelques circons¬
tances, constituer im véritable état pathologique ; on a pu voir, dans
mon service à l’hôpital des Vénériens, un malade qui fut pris d’une
diurèse, sous l’influence de l’iodure de potassium. Chaque fois que le
remède était administré, l’émission de l’iirine augmentait d’une ma¬
nière considérable. Ce malade a rendu de quarante à cinquante litres
d’urine par vingt-quatre heures ; il buvait, du reste, dans la même pro¬
portion , et rendait pour ainsi dire litre par litre les boissons ingérées.
Chaque fois que l’iodm'e de potassium était suspendu, cette supersécrétion
accidentelle cessait ; mais elle se reproduisait dès qu’on reprenait le médi¬
cament. Du reste, dans ce cas particulier comme dans ceux où la sécré¬
tion urinaire était infiniment moindre, comme aussi chez les sujets dont
l’urine n’était pas sensiblement augmentée, ce fluide n’a jamais présenté
autre chose de notable, si ce n’est qu’on y a retrouvé l’iodine de po¬
tassium.
Action sur la circulation. Le mouvement circulatoire ne nous a
pas par u sensiblement influencé par Tiodure de potassium ; en général,
le pouls n’est ni accéléré ni ralenti. Dans quelques circonstances, on a pu
croire à une action particulière sur la circulation, parce que certains in¬
dividus, étant sous l’influence d’un mouvement fébrile avant l’adminis¬
tration du remède, ont vu ce mouvement diminuer ou s’éteindre pendant
son usage ; évidemment pour nous, dans ces cas, la modification du
mouvement circulatoire n’est point le fait de l’iodure de potassium, elle
résulte uniquement de l’action médicatrice qui a fait cesser l’accident
dont la ficATe était un symptôme. Qiez quelques sujets cependant, mais
comme exception rare à la règle que j’ai formulée, la circulation a été
activée ; mais ici encore, c’est moins par l’action directe du médicament
sur la cii'culation, que par l’excitation quelquefois un peu trop forte qu’il
a pu produire sur les voies digestives, soit qu’il ait déterminé de toutes
pièces une inflammation gastro-intestinale, soit qu’il eût été administré
à des malades chez lesquels les voies digestives étaient déjà en mau-
A'ais état.
En tenant compte encore de l’action de l’iodure de potassium sur le
sang lui-même, il nous a semblé que, dans quelques cas, comme nous
avons eu l’occasion de le dire en parlant de ses effets sur la peau, l’io-
( 165 )
dure de potassium rendait le sang moins plastique, et disposait ainsi
aux hémorrhagies. Nous avons obserx'é des hémorrhagies nasales, des
hémorrhagies pulmonaires, et même quelquefois des hémorrhagies in¬
testinales pendant l’administration de l’iodure de potassium chez des
individus dont le sang était déjà appauvri, soit à cause d’un état chlo¬
rotique , scorbutique, scrofuleux, soit enfin par le fait d’une syphilis
ancienne qui avait déjà porté une atteinte profonde àleim constitution.
jiction sur la conjonctive. A la suite des phénomènes que nous ve¬
nons de noter, il en est un qui se rencontre souvent, et qui pourrait don¬
ner d’assez vives inquiétudes aux médecins qui n’ont pas l’habitude du
maniement du remède dont il est question : ce phénomène a trait à ce
qui se passe sur la conjonctive.
Les accidents qui ont lieu sur cette membrane muqueuse peuvent se
manifester seuls, ou bien se trouver liés à ceux qui se passent sur les fosses
nasales et sur les bronches. On voit fi’équemment, chez les malades qui
sont sounlis à l’iodure de potassium, les conjonctives d’un côté, ou des
deux à la fois, se prendre. A une injection vasculaire plus ou moins gé¬
nérale, plus ou moins rapide, ne tardent pas à s’ajouter une tuméfaction
de la membrane muqueuse et une infiltration ordinairement très-pro¬
noncée du tissu cellulaire sous-muqueux, qui donnent lieu, du côté de
l’œil, à un chémosLs quelquefois très-considérable, et, du côté des pau¬
pières, à un œdème le plus ordinairement très-prononcé. Cette espèce
d’ophthalmie, qu’on pourrait appeler catarrho-œdémateuse, présente
encore le cachet particulier des effets généraux de l’iodure de potas¬
sium sim les muqueuses, c’est-à-dire que la sécrétion est accrue, sans ten¬
dance, ou avec fort peu de tendance à la suppuration. Il m’a semlilé que,
chez un grand nombre de malades, ces accidents survenaient plutôt dans
les premiers jours de l’admirdstration du l’emède que quand ils en
avaient déjà fait un assez long usage. J’ajouterai qu’il me paraît que
quand ce phénomène a eu lieu une fois, il est rare qu’on le voie se re¬
produire sur le même sujet une seconde ou une troisième fois. Cet effet
de l’iodure de potas.siura sim les yeux est ti-ès-important à connaître,
parce que l’ophthalmie particulière qu’il détennine pourrait souvent être
prise pour un accident vénérien, et plus particulièrement pour une oph-
thalmie blennorrhagique, avec laquelle elle peut avoir quelque analogie.
Mtion gur la respiration. Nous avons pu noter, dans un grand
nombre de circonstances, des effets très-remarquables de l’iodure de po¬
tassium sur les voies respiratomes. Chez un certain nombre d’individus,
dès le pi'craier septénaire de la médication, et chez quelques autres, seu¬
lement après un temps beaucoup plus long, on voit survenir un coriza
particulier, qui pourrait en imposer soit pour un coriza simple, soit pour
( lëg )
une exaspération de syniptpmea syphilitiques du côté des fosses nasales.
Pans les cas pailicidjevs d’action de l’iodure de potassium sur la luembranc
de Schneider, ij sunient, comme dans le coriïa .simple, de l’entharras
dans les fosses nasales, de l’cjichifrcnpiucnt, très-rarcnient des étorniic-
inejjts; la sécrétion muqueuse est cnnsidérablcmcnt accrue; mais le l|iix
a cela de particulier qu’il est nrdinah-oment heaucoup moins visqueux,
‘ t qu’il u’a aucune tendance à passer à l’état purulent. Ce rhimie d’io-
(liire de ppta.ssiinu ne nuuit pas, popr nous spiTir d’une expression vul-
;;aire ; pt inêine, si, antérieurement à radmiuisti’ation du remède, i| exis¬
tait uuP scevétiuu purulente des fosses nasales, sous son influence, la
piirulcnce, à moins qu’elle n’ait poiu- origine uiie carie osseusp, ne larde
pas à diminuer et quelquefois à disparaître.
^efiqn sur les bronches. Chex quelques malades moins noiuhreux,
c’est sur la mu(|uei)se bronchique (pie se passent les effets ipio nous t e-
itons de uienlionnei' pour I3 membrane pituitaire. On voit alors se ipa-
uifester des syuqitômcs d’une bronchite particulière : la toux ici est peti
prpnqttpée; il pst rare qu’on observe de la fièvre symptomatique; mais
Ips inaladcs éprouvent ordinairement une gépe assez, prononcée de la
respiration, et rendent une assez grande (piautité de «'achats scmblahles
à roux qu’pn observe dans la première période de la bronchite simple;
il y a toutefois cette circonstance particulière, que ces «achats ressent
cnnnnp ils avaient commencé, c’est-à-th’re sans passer à l’état purulent.
Dit reste, à tiès-pep de chose près, les phénomènes stélhoscopùpies cl
ceux fournis par la percussion sont les ntèmas qpe dans la brourhite
simple.
ytetion sur le syslèine nerveux- Comme effets encore moins fré-
ipicnts, mais dont il faut tenir compte chez les sujets soumis 3 riodurc
de potassium, noiis dirons qqe tious avons vu (pielqnefois survenir un
peu d’excitation cérébrale; des signes de légères congestions ipii ont
donné lien à quehpie chose d’aualogup à l’ivresse produite pai’ les bois¬
sons alcooliques; cette ivTcsse, du rpste, a déjà été notée par d’antres, et
a été dé.signée sous le nom d’inressc iodique. Dans ces cas particidirrs,
nous avons aussi observé, chez (pielques malades, une certaine inllncn.rc
de la médication sur les agents de la locomotion : quehpies sujets ont
présenté des inouvcnicnts spasmodiques, de légers soiilu'esauts (|ans le.'i
tendons. SJ. le docteur Gnilfon m’a dit qn'im de nos conû'èrcs croyait
avoir observé tme amaurose double sur un homme, dont la feimnc pré¬
sentait le meme acridcnl, sous rinflucncc de l’iodime de potassium ; mais
fies faits de CPtte nature opt besoin d’une analyse sévère avant d’etre
aceneiflis.
Ration sur les organes génito-uriuaires. L’action fle l’iodnrc de
( 167 )
potassiMm paru poitev sqr )a pmq(i8M5B qpptrple. 4’4 PW) (iW?
quelques pii'constapces, atpil)uej- à cette pjédjpatiqp Ip petpur çjp }?leanqp-
rhagies mal éteintes, ou l’exaspération de celles qpi pjcistaippt déjà; dç
telle façon qufi la présence d’pjie blepnpïpljpgip, e]: sprtpuf 4’upp blcn-
norrhagip yoisipe de l’état aigp, est pour p}qi pne çpntre-indiqptiqq njq-
mentaqéfi à l’eipploi do cet qgpnt tjiprap.qutiqiie. Qp popçoit Çepgpdapt
que, dans quelques ca^ particuliers dç blçppqiqjtée, on c]qif popvQÛ' tjrpr
un bon parti de J’iodnfp de potasâujn.
Ce que nous venons de dirp de l’action de pe rpjocdc sur l’urptfe pçut
j)arfaitement s’appliquer à la p^uqueuse yagiqale et ntpfjpq. Çbpz quel¬
ques malades traités par J’iqdure de pqtassiuu} pf affectés de catS^'IlF
utérin ou utéro-vaginal, j’aj vu la sperétipn jitqrbide s’accroîti’c ppuai-
dcrablement. Il s’ensuit que l’pxistpncp d’un catanbp ptéfo-vaginaj aigp,
ou qui est près de PÇt état, co|istituo également une ppntpp-ipdjcatjpi} à
son emploi.
Si je votdais maintenant indiquer la proportion dsna laqilpjlg les ac¬
cidents que je x'icns de signaler se sont luputrés rpjatiyeinpnt aU PR!)lt>ra
de malades qne j’ai soiuuis à l’usage de cp ppissant agent tltérapcutjgttp,
je pourrais dire qne p’est inpontestablemeut clipz le plus petit nptpbi’p ;
j’ajouterais qu’on voit des ecutaincs de malades trajfés par pe uiPtUca-
ment, et qui sept ponduils à une guérisqn complète sapa qu’pn ait pq
noter aucun des effets palbologiqucs que je yieps de déppipe. ,1’ai hâte
de dire aussi qu’il n’est pas un de ces accidepts, mfine ceux en appa¬
rence les plus grayps, qui résiste ait delà 4’nn spptépairc, quand pp sus¬
pend à temps Iq ptédicatipn, pu qu’pn la pipdiri.e dans SS .dqsc. Je n’ai
pas rencontré jusfjn’à présent plus de cinq à six tnalatlp-? fbez Ips.quçla il
m’ait fallu délinitivemcnt renoncer au } e|nèdp à pausp de l’action patljp-
génique constante qu’il prodiusait. Cltpf un gran^ P.oipbi'.a j’aj dû .cp
mo^fier leq doses ou pn suspendre moinPldsqénaent l’emploi, splajrp
que j’étais pap la ponnaissance des effets que je signale auje ppatlciepa,
effets qui, c.qqjme ceux que prpduit !p merçurp, d.oivent être pqq}- pous
comme autant de régulateurs. Dans l’emploi de l’iodure de potassium,
ou peut se régler sur ce principe banal, qui veut tpie les doses soient
MiHisantes pour modifier et guérir le symptôme que l’on veut combattre,
sans arriver à produire aucun des effets fâcheux que nous avons fait
ronnaître.
Du reste, un fait pratique que mou expérience me perniel d’établjr
eonipie positif, c’est que les phénomènes morbides, qui dépendent piu’e-
mciit et uniquement (le l'action de l’induré de potas.siuin, ne (Içmandcp^
jamais, pour (lLspargîl| e eu peu de joiu's, d’autre traitcnicnt que la spp-
pressipi} du m^içamfnt, ou ja diminution 4® ses doses. Les eljetspjtbo-
( 168)
logiques de ce remède sont moins permanents et persévérants que ceux
produits par le mercure ; ils cessent presque aussitôt qu’on supprime la
cause qui les a produits.
Bien que l’esquisse qui précède soit sans doute très-incomplète, elle
servira, je l’espère, à faire ressortir certaines contre-indications dont on
ne tient pas ordinaii-ement assez de compte. Elle fera connaître aussi
que, dans quelques cii’constances, avant d’administrer l’iodure de po¬
tassium, il faut faire disparaître certaines complications, ou combattre
certaines prédispositions qui auraient pour effet d’empêcher le remède
d’agir- convenablement. De plus, la connaissance parfaite de l’action
thérapeutique de l’iodiu-e de potassium et de son action pathogénique
encouragera, j’en suis sûr, les praticiens timides à employer des dosc.s
assez élevées et convenables, comme aussi elle imposera, je l’espère, un
frein à ceux qui ont ime malheureuse tendance à les exagérer.
C’est en procédant de cette manière que nous sommes arrivé à trou¬
ver les doses auxquelles l’iodiire de potassium doit être administré. Dans
la majorité des cas, pour ne pas perdr e un temps précieux en des tâton¬
nements inutiles, on peut admirrLstrer ce remède à la dose de 1 gramme
50 centigrammes par jour, en trois fois. Il faut ordinairement ciirq à
six jours de l’administration delà même dose, pour juger de l’effet pro¬
duit. Si les symptômes que l’on veut combattre ne s’amendent pas, si on
n’aperçoit aucun des accidents que nous avons signalés, on augmente
chacune des doses de 50 centigrammes, ce qui fait 3 grammes par- jour.
On continue de la même mairière pendant cinq ou six jours, et, selon
les effets produits, on augmente encore dans les mêmes proportions, on
reste dans le statu quo, ou l’on diminue. Aujourd’hui que mon expé¬
rience siu- ce point est très-étendue, je puis dire qu’on a rarement
besoin de dépasser 3 grammes par joiu-, pom- arriver- comme maximrun
à 6 grammes, de même qu’il est excessivement rar e qit’on soit forcé d’cit
doimer moins de 1 gramme 50 centigrantmes par -vingt-quatr-c heures.
J’emploie beaucoup, dans la pratique privée, le sirop suivant :
Prenez : Sirop de salsepareille. . . 500 grammes,
lodure de potassium. . . 16 grammes.
Mêlez.
D’abord 3 cuillerées à bouche par jour, puis 6, puis 9, puis 12 ; —
dose moyenne, 6, à prendre en trois fois dans la journée.
Ce sirop est pris dans une décoction de feuilles de saponake, de hou¬
blon ou de squine.
Lorsque le tr-aitement doit se composer en même temps de mercm-e et
d’iodure de potassium, je préfère 4onner ces substances isolément, que
( 169 )
de les faire prendre combinées, soit sous forme de pilules, soit sous forme
de sirop. D’abord, parce que d’un jour à l’autre la médication doit être
surtout changée : tantôt il faut suspendi-e l’un des deux médicaments, en
diminuer seulement la quantité, ou bien au conti'aii'é l’augmenter, d’où
la perte des prépai-ations faites d’avance; et ensuite, parce que les ma¬
lades supportent en général moins bien les composés d’iodure de mer¬
cure et de potassium que ces iodures pris séparément, et siu'tout à une
distance l’un de l’autre, deux Heures, pai' exemple.
Ce que je viens de dire de.l’iodure de potassiiun s’applique en ü'ès-
grande partie à l’iodure de fer, médication puissante, que j’ai expéri¬
mentée déjà depuis longues années, et de laquelle j’ai également tii-é un
excellent parti ; médication aussi à laquelle j’aurais donné la préférence
siu- l’iodure de potassium, si sa composition chimique avait été généra¬
lement plus régulière et plus fixe. Mais je puis dire, quant à présent,
([ue dans la grande majorité des cas, essayé sur une très-grande échelle,
l’iodure de potassium l’emporte, comme résultats favorables, de cinquante
pour cent au moins. Si l’iodure de fer doit être préféré dans quelques
circonstances, bien qu’il soit moins facilement supporté parle plus grand
nombre de malades, c’est alors qu’il existe des complications scorbuti¬
ques chez les individus anémiques, chez ceux, comme on le dit vulgai¬
rement, qui ont le sang pauvre, et dans les chconstances où les prépa¬
rations ferrugineuses se trouveraient indiquées, et aussi dans les cas où
l’iodure de potassium est suivi d’effets anti-plastiques par ti-op prononcés.
Ricord.
nE LA POLYSARCIE, CONSIDÉRÉE COMME IMMINENCE MORBIDE Oü COMME
MALADIE, ET DE SON TRAITEMENT.
Suivant les recherches de Bédard, et qui paraissent assez rigoureuses,
chez un homme d’un embonpoint médiocre la graisse forme environ le
vingtième du poids du corps entier. L’obseivation de tous les jours dé¬
montre d’ailleurs qu’un embonpoint de beaucoup supérieur, et en même
temps de beaucoup inférieur à ce chiffire, est compatible avec une santé
parfaite. Toutefois, même alors que chez un individu abondamment
chargé de graisse on examine successivement les diverses fonctions, et
qu’on voit celles-ci s’accomplir avec la plus parfaite régularité, au moins
quant à leurs résultats physiologiques, déjà on remarque qu’un senti¬
ment de gêne très-réel accompagne le jeu encore parfaitement normal
pourtant des principaux organes. Là sans doute ne commence point
encore la maladie, mais là déjà certainement commence la nécessité
( m )
d’imq hygiène spéciale. La pplysarcie pu rflccmijujaticu f}e ja gcaissiç
dans les vésicules adipeuses à un degré qi|i niepape l’éponopjie (Japci-r
dents plus ou moins graves, et qui constitue par lui-même une affepjion
morbide ti'ès-réellej suit immédiatement pet étqt tpii est encore la santé.
Noü-e intention n’est point de faire ici pne mquograpljie complète de
la pplysarçici) nous lions proposons sepjpnteut de fpii'e sip' ce sujet quel¬
ques remarques qui aillent dçoit à la pratique,
Relativement à l’étiologie de |a pplysgrcic, nous ayons cpu obsera'pr
que l’hérédité exerce sur ceUe maladie la plus puissante influence. Mais
pour bien saisir ce résultat, il faut savoir pTioisir, qn’on nous passe cette
expression, les sujets de son pbservatioii. fanpi les aptitudes, les yir-
hialités physiologiques .spéciales, que pous imprime le sceau fie l’héré¬
dité, il en est un certain nombre qu’use évidemment le frottement de la
vie, qui s’effacent au eontact souvent rude des ehpses et des hommes.
Cela arrive surtopt pour l’aptitude physiologiipip dont il s’agit en ce
moment. Au milieu 4u tpurbillon quj constitue aujourd’hui la vie de la
société, il est bien peu d’eiifants qui soient appelés à vivre dans les con¬
ditions au sein desquelles leurs pères ont vécu ; les mis s’élèveront au-
dessus, les autres tomberont au-dessous du niveau de leur origine ; de là
des ebangements profonds dans les habitudes moralps comine dans les
habitudes physiques, dans les aptitudes morbides même, dont l’héfédité
posa le germe dans l’organisine. jljalheureusement, cp |iimi' cment qui
entraîne ainsi la société tend le plus souvent à agir dans le sens même
des aptitudes congéniales les plus funestes, telles sont les aptitudes scro¬
fuleuses, tuberculeuses, et la prédisposition à la polysarcie reçoit au
contraire, de ces conditions générales, une influence qui tend à l’effacer.
Aussi, pour saisir ici la loi de transmission héréditaire, faut-il observer
non pas au sein des gi-aiides cités, où ces causes de perturbation des
prédispositions congéniales existent à leur maxiniiim d’intensité, mais
dans les campagnes éloignées des grands pentres dp populatipns, où la
yic rencontre moins d’pbstaplps à son développement dans |p sens dps
aptitudes priginclles de furganisme. Le champ tlp l’observation aj/tsi
limité, on voit éclater d’une manière pvjdenle l'influencp de l’hérédité
fm' la production de l’obé-sité à ses (livers degrés. Il pst encore quelques
fiasses dp la société qu sont religieusement observées ccHajnes tradi-
{ions séculaires, et où l’on voit encore se maflilpstpr cette puissante in¬
fluence. Nous connaissons une famille fort ancicmie, dont Ips derniers
incmbresj pomme le premier qui la fonda, présentaient tous un véritable
état de polysarcie, ipi’pn a sonvent, mais vaipemeui, essaye dp com-
battpp.
Upe phosfi égalemept Ippt reniaïquablp reladyeiiient à lëtiologie de
( m )
4 maladie (Ipjjt il est icj questiqn, c’est qu’on la Vpjt quelquefois sunreT
pir àla suite d’affectiops plus pu moins graves, et qui opt porté une
a^eipte plus ou moins profonde à Tovganisme. Daas le cercle de notre
plrservation, et nous spinmes forcé ici de n’ep point sortir-, par les au^
teprs se taisept pomplétement sur cette question, la fièvre typhoïde scr
rait une do* maladies à la suite desquelles on verrait le plus souvent
la graisse s’accumuler ainsi suralrondammcnt dans les vésicules adipeur
ses. Nous avpns vu également survenir une polysarcia véritablement
iporliide, à la suite d’une fièvre intermittente tierce; nous rapporterons
plus Ippi cette qbsQi-vation.
JjSS phénomènes par lesqiiels la polysarcie se manifeste, se rangent
dans flen? ordres bien distincts, spivant que le fluide gi-aisseux est accii-
raulé dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou dans les vésicules du même
tissu, à la surface, pp dans l’ppaissem- d’organes internes, au jeu normal
desquels tout l’organisme est intéressé-, Nous allons successivement, mais
brièvement, exapmierla maladie sous ces deux fqrnics.
Quand c’est dans le tissu pellulan-e sous-cutané que s’est opérée l’hy-
pcrsécrélion morlnde du fluide giaisseiiîc, les membres finissent par- su¬
bir une véritable déformation : les muscles entre les fibres desquels
s’est également interposée que quantité plus ou moins grande de gi-aissc,
se epotractent difficilement, empêchés qu’ils sont à la fois par la masse
énorme qu’ils ont à inouvob-, et l’obstacle direct que cqs jetées graisseu¬
ses mettent à leur ponti-actipu ; aussi les malades ont-ils une répugnance
invincible popr le paouvemeut. L’abdomen prend une ampleur- extraoi'r
dipaire ; Ips ppnebes épaisses de gr-aisse dont sonf surchargés ainsi les
u)uscles qui circpnscrjyeirt cette cavité, agissent pour errtraver la respi-
ratipn, comme la masse d’eau cjpi pè^e sur le vcnlre et la puibine lors¬
que l’on p-epd tpr boin- Mais l.a gepe de la respirafiop devient bientôt
e|lc-mê)ne un obstacle à la fibre circulation du sang, qui tend à stagner
dans les organes, et à y déterminer des désordres pins ou moins gr-aves.
Lors même qpn la polysarcie n’est point arrivée au degré que nous ver
npps d’indiquer, elle est déjà une cause de trouble potable pour cepe
iinportapte fonction, pf c’est de là, sans aucun doute, qne partent Ips
ipiiniireuces morbides les plus sérieuses chez les personnes pbpses. Dans
la plppar-t des cas, ce ir’est que lentement que les malades arr-jvpnt à une
lelle polysarcie ; clans quelfjpes cas cependant on est étonné de la rapi¬
dité avec laquelle la graisse s’accumule ainsi d’une manière bypernor-^
male dans les vésicules adipeuses. Voici un fait intéressant, que npp?
croyons devoir citpr avec quelques détails.
i\I. N**'*', d’une constitution sanguipe, d’imc fqrcp ordinaire, jopis-
sajit bab|t!iell.emept d'une bonne saplé, fist atteint 4’upe bèVFe jatermiL
( 172 )
tente tierce, qui, après avoir para et disparu plusieurs fois, finit par
céder complètement à l’influence longtemps continuée du sulfate de qui¬
nine. Pendant les premiers mois qui suivent cette guérison, le malade
ne présente rien d’anormal à l’observation ; puis, dans im espace de
temps fort com’t, il acquiert un embonpoint qui déjà étonne les person¬
nes qui le retrouvent après l’avoir perdu de vue. Peu à peu cet embon¬
point augmente d’une manière vraiment effrayante ; pour nous, quand
alors nous revoyons M. N***, nous ne pouvons nous défencfie d’un sen¬
timent profond d’étonnement : la face a presque doublé de volume, les
joues rebondies, font pcrdr-e aux yeux une partie de leurs dimensions
apparentes, ils paraissent aussi plus enfoncés ; les seins sont de véritables
mamelles ; le ventre, très-proéminent malgré les sangles qui l’entou¬
rent, touche presque les cuisses ; celles-ci présentent à lein partie snpé-
riem-e et interne un érythème dû au contact, au frottement des parois
abdominales, surtout dans la situation assise ; les bras, les cuisses, les
jambes, offrent également des dimensions considérables, mais non en
rapport toutefois avec l’accroissement de volume des autr-cs parties que
irons venons de désigner. Dans cet état de choses, M. N*** peut à peine
marcher ; à peine a-t-il fait quelques pas, qu’il est essoufflé et forcé de
s’arrêter. Dans le mouvement, la face, habituellement colorée d’une
manière intense, devient vultueuse, on dir’ait que le sang va sourdr’c à
travers les pores de la peau. Les fonctions digestives n’offrent rien d’in¬
solite. Consulté par ce malade, qui ne s’inquiète nullement de son état,
nous lui conseillons, autant qire cela se peut, l’exercice, un régime ex¬
trêmement ténu, et desboissoirs alcalines abondantes. Garçon, nous lui
conseillons de se marier. Ces divers moyens, jusqu’au mariage inclusi¬
vement, ne produisent absolument aucun effet, à moins que nous n’at¬
tribuions à leur influence la suspension an moins de la progression rapide
du mal. Chose remarquable même, M. N*** épouse une femme jeune,
belle, riche, qu’il avait ardemment convoitée ; eh bien, au bout de quel¬
ques mois de mariage, il tombe dans une véritable Jindifférence ; et ce
n’est point là seulement de la satiété morale, c’est presque de l’impuis¬
sance physique ; lui, qu’autrefois le simple frôlement d’une robe de
femme suffisait à exciter, reste froid, glacé, auprès d’une femme prête
à lui prodiguer toutes ses caresses. Nous avons depuis quelque temps
perdu de vue le malade, mais nous savons qu’il est toujours à peu près
dans le même état, heureux que la maladie ait au moins suspendu ses
progrès effrayants.
C’est là le cas de polysarcie le plus remarquable que nous ayons ob¬
servé ; nous avons cm qu’il méritait d’être cité avec quelques détails.
Ces sortes de cas sont asseï rares, mais ceux qui le sont beaucoup moins.
( 173 )
ce sont ceux dans lesquels l’hypersécrétion adipeuse se localise dans une
surface plus ou moins étendue ; il est en effet des individus chez lesquels
la graisse s’accumule ainsi d’une manière anormale, soit sous la peaii de
l’abdomen, soit à la surface de la cage thoracique, soit même simple¬
ment à la face ; dans ces cas, les autres régions du corps sont sans doute
également chargées abondamment de fluide adipeux, mais ce fluide n’est
point réparti d’une manière uniforme ; il est abondamment versé surtout
dans certaines régions déterminées, de façon à former, si nous pouvons
ainsi dire, des lipomes de vaste dimension. Nous ne rapporterons point
ici des faits de ce genre, ü n’est pas de praticien un peu éclairé qui
n’en ait observé et étudié dans sa pratique. Ces sortes de polysarcie par¬
tielle sont la source de troubles divers pour la sauté, et ces accidents
Varient suivant les régions du corps ous’estfaite l’accumulation insolite.
Mais si la polysarcie, soit générale, soit partielle, n’entraîne ordinaire¬
ment que des imminences morbides plus ou moins gi’aves, et dans les¬
quelles les congestions cérébrales tiennent sans contredit la première
place, il n’en est pas de même des polysarcies internes, qui consistent
dans l’acciunulation du fluide adipeux autour d’organes plus ou moins
importants, tels que le cœur, les médiastins, les reins, le mésentère, le
mésocolon, etc. Dans quelques-uns de ces cas, la mort peut résulter du
fait seul de ces iufarcinations graisseuses. On lit dans le journal de Cor-
visai’t un exemple bien remarquable d’obésité générale, compliquée
de dépôts adipeux dans divers organes internes. Le cas suivant, rapporté
par Wade, médecin de Lisbonne, et analysé par Macbride', mérite
d’être consigné ici. « Le malade, après avoir présenté tous les signes
qui caractérisent une pulmonie, en offrit d’autres qui donnèrent lieu de
soupçonner un anévrysme du cœur, ou des gi-os vaisseaux, ou quelque
épanchement dans le péricarde ; enfin il mourut, longtemps après avoir
été tourmenté non-seulement par la gravité des ^rmptômes qui se suc
cédaient, mais encore par nombre de remèdes, qu’on cherchait à oppo¬
ser àune cause qu’ils ne pouvaient vaincre. On trouva, à l’ouverture du
corps, l’espace médiastinal rempli d’une prodigieuse quantité de graisse;
aucun épanchement notalfle dans les cavités pectorales et péricardines.
Le cœur était, pour ainsi dire, également enseveli dans la graisse, dont
les prolongements s’étendaient jusqu’aux moindres ramifications des
vaisseaux coronaires ; il y en avait dans l’espace du thymus ; le mésen¬
tère, le mésocolon en étaient sm’chargés prodigieusement. » Malgi’é les-
méthodes nouvelles dont la science diagnostique s’est enrichie de nos
jom's, il est douteux qu’aujom-d’hui on parvînt à saisir cette sorte d’alté
* Introduction méthodi^e d la théorie et à la pratique de la médecine,
1.1, p. 1S6.
t )
ratio» âanS lés dtçaneâ iitlirieBM Î}iiî pëllVftiil la JJïgâehlét J fcë tpii
ést du cœur cepëbdànt, U fest possible qub dalis lès cas où lih dépôt dé
glaisse aussi considérable tpië danS l’obSerntioii précédêntè èé sërait
efifectué à la sürfkcè de Soh tissu, Ori pût arrirei' à éecOnhâîtré cétté lé¬
sion, qüi peut eh àltéïerleS bruits norhiaüx soit en lés éldigilârit, soit
ihême en les tiiodifiant dahs lem- timbte d’ünè hiâniëtè pal-ticilllête.
C’éStlà hhC chose ItitûresSàntC à rechètcilBr. Mais aloh (jûe par la pBt-
cüSsioil bit l’aliscdllâtiOh oii serait amené à técOlihaître bette ràalâtllé,
quels moyens, dans l’état àctuël dé la science, l’ali: pouh-àit-il lui oppS-
sèr? C’est ce qui nous leste à dire d’ühe manière silccihcte.
Autant qu’il est permis de généraliser èil paiiant d’une alfectioii qui
jüsqu’iel a été légèrement étudiée, et sur laquelle nUds n’àVdlls nouS-
même que des indices fort cîfcohscrits, nous crBÿons que là thérapeu¬
tique pâr laquelle il contient de la combattre doit s’appuyer sur deux
éléments principaux qil’oll trouye aU fond de cette lUaladie ! lé prewlcr
de ces éléments, auquel on arritë par la toie de l’inductioh, c’est la
diathèse tpii commande forcément cette hypersécrétion adipeuse inso¬
lite ; le second est atteint par robsCi-tàtion directe, c’bst l’état d’iiiertic
dans lequel tombent la plupart des organes sécrétem's de l’écohomie
pendant que la sécrétion adipeuse jouit d’itne si prodigieuse activité.
Nous croyons en effet avoir obsert'é cet état d’antagortisme reldarquabie
dahs la simple obésité, et dâits soh exagération morbide, la pOlysareic.
ta plupart des sécrétions jouissent d’ime activité moins grande que dans
l’état normal. Sans doute l’immobUité relative & laquelle Sont eotidattl^
nés les individus placés dans de telles conditions, a sa pat'tdatiS cet effet
phjrsiologique ; mais cette cause ne suffit point séide à eipliqüèr le ré¬
sultat que nous signalons. C’est ainsi que chex le malade dont nous àvons
précédemment reh'acé l’histoire, les organes spelUnatiques étâiéht frap¬
pés d’une inertie remai-quablë. Sij quand faisant effort pour mataihér,
oü voit les personnes obèses suer si abondamment, dans la plupart des
cas cela n’implique point contradiction aved ce qUe nous cherchons à
établir ; c’est là un phénomène provoqué. Mais la transpiration inseilsi-
ble, qui est mie des sécrétions par lesquelles nous perdons le plus, est
très-peü abondante; les sécrétions intestinale, biliaire. Sont fort peU àc.
tives; aussi, dans cet état de l’économie, Vemarque-t-on le plus Ordi¬
nairement qu’d y a constipation opiniâtl-e. L’urine nous a paru égale¬
ment sécrétée en moindre quantité que dans l’état rigourcuscnieill
physiologique. H n’est pas jusqu’à la sécrétion des làrmês elles-mêmes,
qüi n’ctttre également en antagonisme àvec l’hypersécrétion adipctlsc
de la polysarcic. Et ce n’est pas sans fondement qu’on suspecte d’égoïsme
les personnes chargées d’un grand embonpoint ! Observez-le j les indi-
( i75 )
Ÿîdbs grbs plëiitèlit fort Hiénieiit. Gàlrimé dâlls bèâücoâp de Kiàlàdiéé,
oli -Voit donc dans la polysarcie se roinpre cette ldi d’eijütlilire, de bà-
lanlcement qlii, dans l’état nortntll, existe entré les diverses sécrétions.
Mais ici, pins qlt’diUeürs, ott voit se détlatire eèt éqililibrë, parce que là
maladie qui amène Celte rttptUi’ë est üiië lésion secfétoil-e. Sans l’orga¬
nisme vivant, l’antagonisme morbide se produit surtout entre les actes
homogènes.
Par quels moyens maintenant remplir la double indication qui sort
dé la considéràtlbn de ces éléihbiits essentiels de la polysàrCle? tà llàtul'e
dé la diathèse soiis là déjfiehdance de la qübllé se trohve cette lilaladie
ne peut être que soupçonnée ; nous croyons, d’après l’ensemble dés jihé-
nomènes qui la traduisent, qu’elle est le plus oCdihancmélit sthénique.
Le régime ténu, maigi’e, est donc positivement indiqué ; l’exercice, au¬
tant qtl’il est possilde, doit féconder ce régime. Sans oser prétendre
qtié, dans le cas précédemment rapporté, nous devions attribuer à l’u¬
sage des alcalins la suspension des progrès de la maladie , nous peiisons
pourtant qué ces moyens, comme altérants, pein eut être mis en usage
avec qüelqués chances de succès. La seconde indication à remplir, c*est
de réveiller les sécrétions engourdies. Ici viennent se placer les princi¬
paux agents de la matière médicale, qu’il faut, en pareil cas, savoir
manier, combiner avec sagacité : ce sont les diurétiques , les diaphoré-
tiqUes, les émétocathartiques, les aphrodisiaques, etc.
Quant à certains moyens qui ont été proposés par divers auteurs, tels
que les acides, le mercure, l’iode, etc., on peut en effet par là faire
disparaître la polysarcie, mais en créant des états morbides plus graves
encore ; de tels moyens doivent donc être proscrits au nom du principe
que nous ne devons jamais oublier : primo non nocere.
Il n’est personne qui n’ait eu occasion d’obseiver dans le monde des
intliridus qiii, sans nlaladieproprement dite, sans trouble appréeiable,
au moins dâns le jeu des fonctions les plus importantes de l’organisme,
perdent rapidement leur embonpoint, leur brillant coloris ; un chagrin
profond, celui surtout qui résulte de la perte d’une fortune laborieuse¬
ment amassée, est la cause la plus ordinaire de ce changement, dont
on chercherait vainement le point de départ, nous le répétons, dans
quelque localisation morbide. il résulte de ce fait un enseignement pour la
tiiérapeutique de la polysarcie ; c’est qu’une finie préoccupatldn nmralc,
habilement provoquée dans cette maladie, peut exercer la plus heureuse
influence : ce n’est point du reste une main vulgaire qui peut tendre un
ressort aussi délicat ; le médecin a besoin ici de la plus gi’ande sagacité,
et d’une supériorité d’intelligence réelle qui lui permette de dôminer
son malade. Mais il n’est pas douteux pour nous, qu’une idéê dirëèté dti
( 176 )
une passion dépressive mise au cœur d’un individu surchargé d’un em¬
bonpoint morbide ne devînt un des moyens les plus sûrs de guérison.
Cependant en face de cette maladie, tout incommode qu’elle soit, toutes
graves que soient même les conséquences qu’elle peut entraîner, n’ou¬
blions pas qu’il faut sm’tout prendre garde de nuire.
Max. SiMon.
DU TRAITEMENT DES EYDROPISIES PASSIVES, ET PARTICDMÈREMENT DES AVAN¬
TAGES DE l’emploi d’un vin DIURÉTIQUE PARTICULIER DANS CES AFFEC-
Par M. Dbbbetîie , D.-M. à la Grande-Trappe (Orne)
Nous avions, en 1820, fait un petit trat'ail sm’ la thérapeutique des
hydropisies, uniquement dans le but de rendre plus complète l’instruc¬
tion pratique de nos élèves. Cet opuscule manuscrit, d’une cinquantaine
de pages envhon, renfermait les différents traitements de toutes les
hydropisies, avec les modifications et les combinaisons appropriées à
toutes les complications et à toutes les nuances diverses des collections
séreuses, ainsi qu’aux dispositions individuelles des malades. Ces mé¬
thodes de traitement étaient particulièrement fondées sur noli'e pratique ;
car alors déjà nous avions eu occasion de traiter bon nombre de ces ma¬
ladies, et de presque toutes les espèces.
Yingt années d’expérience nouvelle et toujours croissante, qui ont
passé sur ce premier travail, ont dû, ce semble, en augmenter et la va-
lem- pratique et l’étendue matérielle ; porter, pai- exemple, cette der¬
nière à cent ou deux cents pages. Il n’en est cependant pas ainsi pour
ce dernier pomt, car ces vingt années d’observations et d’expérimenta¬
tions nouvelles n’ont fait que réduire les cinquante pages au nomlire fort
modeste de quatre ; quatre pages ont seulement conservé le principe ou
la base fondamentale de tout ce travail. Or, cette base ou ce principe
de thérapeutique, dans les hydropisies passives, se réduit pour nous à
n faut toujours s’assurer une des voies de décharge dont la nature se
sert d’ordinaire pom- expulser les sérosités épanchées dans les cavités
splanchniques. Comme dans la curation des hydropisies les évacuations
séreuses ont beu le plus souvent par les voies urinaires et les voies intes¬
tinales, il faut donc combiner les excitants des sécrétions urinaires avec
les excitants des évacuations intestinales ou alvines, c’est-à-dire les diu-
t Extrait du Mémoire qui a obtenu le premier accessit au concours du Bul¬
letin de Thérapeutique.
( 177 .)
rétiques avec les purgatifs ou les drastiques (hydragogues des anciens),
sous une forme rapprochée et concentrée. De ce principe du mode ou
de la forme pharmaceutique découle la conséquence que le régime ali¬
mentaire doit être sec, absorbant et tonique, essentiellement composé de
viandes grillées, rôties, de pain grillé, etc. ; d’un peu de vin blanc pour
boisson, ou de vin rouge si le malade le préfère. D’après cela donc,
nous retranchons et nous proscrivons toutes les boissons aqueuses, et gé¬
néralement toutes les tisanes et tous les apozèmes réputés apéritif et
diurétiques. Nous recommandons toujours aux malades de ne bone que
le moins possible, et de tromper plutôt la soif, si elle devient impé¬
rieuse, au moyen de quelques fruits rafraîchissants, des oranges, des
citrons, etc., d’un peu de vin blanc léger, un peu de poiré, de bière, etc.
Quant aux moyens pharmaceutiques, nous n’en connaissons pas de
meillem’, de plus sûr et de plus efficace que le vin médicinal suivant :
Prenez : Jalap concassé.- .... 8 grammes.
SciUe concassée. 8 grammes.
Nitrate de potasse. . . 15 grammas.
Mêlez.
On fait tremper ces substances dans un litre de vin blanc pendant
vingt-quatre heures. Cela fait, on en prend trois cuillerées à bouche
par jour, une matin, midi et soir, et deux heures avant les repas. Au
bout de deux jours, on en prendra six cuillerées, deux matin, midi et
soir ; et encore deux jours après, on portera la dose à neuf cuillerées :
également en trois fois. On continue ainsi si l’estomac supporte bien ce
remède ; c’est-à-dire si l’on n’éprouve point trop d’irritation dans les
voies digestives, ni vomissement, ni colique trop forte, ni enfin un trop
gi'and nombre de selles. Il faut que le nombre des garde-robes ne dé¬
passe jamais sept ou huit en vingtquatre heures.
Nous le répétons, de toute la matière médicale ce remède est pom-
nous le plus sûr, le plus efficace, le plus promptement et le plus cons¬
tamment suivi de succès. Nous le prescrivons ordinairement plusieurs
fois par semaine, et quelquefois même plusieurs fois par jour. Fréquem¬
ment il agit par les urines, c’est la meilleure voie ; d’autres fois il porte
son action évacuante sur le canal intestinal, et fl. opère par les selles
séreuses ; quelquefois par ces deux voies en même temps. Dans tous les
cas donc, une voie é limin atoire est assurée par l’action double et com¬
binée de ce puissant agent thérapeutique, et le soulagement par con-
sétpient est généralement certain.
Nous pourrions citer, à l’appui de cette médication, un grand nom¬
bre de faits de guérison d’hydropisies passives plus ou moins géné-
TOME XXIII. b' LH'. 12
( 178 )
raies, d’anasarques avec on sans ascite; nous a’entendonS parler i« que
de l’ascite légère commençante au premier et même an second degré, et
de celle qui est essentielle et survient chez les sujets jeunes et exempts
de tout engorgement ou obstruction viscéi-ale. Quant à l’ascite considé¬
rable au troisième degré, effet ordinaire d’une affection organique ab¬
dominale grave, nous n’avons par devers nous que très-peu de cas de
guérison solide et durable ! on ne sait que ü-op, d’ailleurs, que ces sortes
de maladies l’ésistent presque toujours à toutes les médications internes,
et que pour le traitement on est réduit à l’emjjloi de mojfens purement
mécaniques, comme le bandage ou la ceiaUu-e élasûque abdominale, et
enfin à la ponction ou à la paracentèse. Pour les auti'es cas, hors ceux où
il y avait ascite considérable et à la dernière période, nous les avons vus
céder ordinairement, quoique quelques-uns d’entre eux fussent aban¬
donnés comme incurables., nous les avons tnts céder, disons-nous, en
moins de deux ou trois semaines ; c’est-à-dire à la deuxième bouteille de
ce vin diiu-étiqne, qui ordinairement ne commence à agb- qu’au second
litre. Il est inutile de faire observer que dans ce genre de médication,
comme dans tous les traitements internes actifs, il faut avoir l’œil con¬
stamment ouvert sur l’état des organes digestifs, afin de suspendre, mo-
(bfier, dimûiuer et approprier le remède à la susceptil)ilité des organes
et à l’irritabilité des sujets ; et, par-dessus tout, il ne faut pas le com¬
mencer s’il existe une notable irritation générale et surtout locale, c’est-à-
dire gastro-intcsünale. Nous appelons ce remède vin diurétique majeur,
par opposition à un autre d’une bien moindre efficacité, désigné soas le
nom de vin diurétique mineur. V oici la formule de ce dernier :
Prenez : Nitrate de potasse. . . 12 graimiies.
Baies de genièvre. . . 60 grammes.
On fait tremper ces substances dans une bouteille de vin blanc pen¬
dant vingt-qnalre heures. Au bout de ce temps, on en prend un verre
par jwir en trois fois, un tiers matin, midi et soir, et une heure avant
les repas. Nous employons ce vin mineur seulement contre les enflures
œdémateuses des pieds et des jambes et les hydropisics commençantes.
Dans les cas rares où notre vin majeur demeure impuissant ou insuf¬
fisant, ou lorsque les malades éprouvent nnc trop grande répugnance
à le prendre, nous le remplaçons pai’ les pilules diurétiques suivantes :
Prenez : Poudre de digitale. ... 12 grammes.
Scammonée. 6 grammes. ^
SciUe pulvérisée. 6 grammes.
Extrait de genièvre, quantité suffisante pour 120 pilules.
( 179 )
Une pilule le premier joui-, deux le second, et l’on augmente ainsi la
dose d’une pilule chaque jour jusqu’à six, que l’on' prend en trois fois,
un tiers matin, midi et soir, et deux heures avant le repas. Sur chaque
dose de pilules on prendra trois à quatre cuillerées de vin Uanc dans
une bouteille duquel on aura fait fondre 12 grammes de nitrate de po¬
tasse. Ces pilules sont encore .spécialement employées dans les cas d'hy¬
dro-péricarde, et alors on applique ordinairement un large vésicatoire
snr la région du cœtu' ; dans l’anasarque, suite d’affections organiques
du cœur, à moins toutefois qu’ü ne se rencontre des cas exceptionnels; et
enfin dans l’hydrothorax annoncé ordinairement par l’augmentation du
volume du thorax, le décubitus sur le côté de l’épanchement, la dyspnée
ou l’opprc.ssion plus on moins considérable, la toux sèche, la matité,
l’absence du bruit vésiculaire, le souffle bronchique tubaire, le tremble¬
ment de la voix; plus l’état général, la faiblesse, la pâleur et laflacci-
ilité de la figure, l’œdème des paupières, la petitesse et la faiblesse du
pouls, la diminution des urines, etc.
Malgré l’efficacité incontestablement reconnue de ces médications,
nous devons convenir que malheureusement trop souvent les cures ne
sont que palliatives et temporaires, c’est-à-dire qu’elles n’ont très-sou-
\ eut qu’une dimée de quelques mois, ou tout an plus d’un à deux ou trois
ans ; et cette guérison, trè.s-précairc, est encore entrecoupée de fatales et
fréquentes rechutes. Cette réflexion nous fait rappeler, entre un grand
nomltre d’autres faits, celui d’un homme atteint depuis longtemps d’ana-
sarque et d’ascitc légère qui avaient résisté à tous les traitements que les
médecins de son pays lui avaient fait subir; enfin, abandonné des
hommes de l’art, il se fit transporter cher, nous. Quelques bouteilles de
vin majeur le firent désenfler promptement, et le malade parut guéri
[leiidant quelques mois. Au Imiit de ce temps, retmir de l’hydi-opisie gé¬
nérale : nouvelle administration du vin diurétique, suivie d’une prompte
disparition de l’anasarque ; en un mot, il y eut encore phisieiirs atiü'es
rechutes, mais aussi toujours cflicaceraent combattues par le même re¬
mède. A'ers le même temps, on nous considta pour un homme que l’on
disait être atteint d’enflure et d’hydropi.sie de poitrine : on ajoutait que
les médecins, après de longs et inntile.s traitements, avaient fini par l’a-
liandonner comme im vieillard usé et aux prises avec une maladie abso¬
lument incuralile. C’était le sentiment de tout le monde. Le malade ne
pouvait être transporté ; il gardait le lit et était nrthopnéique. En dés¬
espoir de cause, nous hasardâmes le vin majeur, après toutefois nous
être eiiquis comme nous pûmes de l’intégrité des organes digestifs, et,
sur ce que l’on nous dit que le malade ne souffrait pas du venti'c, que
le peu (le nourriture qu’il prenait ne l’inroiimiodait pas, qu’il n’accusait
( 180 )
absolument qu’une extrême oppression qui ne pouvait tarder à le faire
périr, et qu’enfin il n’avait pas de fièvre, le vin diurétique fut adminis¬
tré. Au bout d’environ une quinzaine de jours, le malade était infiniment
mieux et se disait guéri, au point que, tpielques semaines après, il vint
nous voii-, fit dix à douze lieues malgré son grand âge et sa faiblesse.
Quelques mois après, U y eut une récidive qui disparut sous l’influence
de la même médication. Bref, nous pensons que ce malade a prolongé
encore sa vie de deux ou trois ans à travers bien des récidives qui se dis¬
sipaient toujours à l’aide du vin majeur, dont à la fin il lut obligé de
faù'e un usage presque continuel.
Nous avons eu à traiter, il y a peu de temps, une ascite, laquelle ,
pour être assez récente, n’en était pas moins grave et au troisième degré,
à ne considérer que le volume énorme du ventre. Cette hydropisie nous
a paru essentielle, c’est-à-dire sans lésion organique viscérale. Elle était
survenue après une maladie aiguë chez une jeune femme de vingt-cinq
ans, dont la mère est morte d’hydropisie ascite. La malade a été parfai¬
tement guérie à l’aide de deux bouteilles de vin majeur, c’es-à-dire dans
l’espace de douze à quinze jours. La ciise s’est faite particulièrement par
les urines. Une autie femme de soixante ans, atteinte d’ascite commen¬
çante, et d’enflure aux jambes, en a été très-promptement débarrassée
par le même vin diurétique.
Nous pourrions résumer une’foule d’anttes faits de guérison ; mais la
nature de notre sujet ne comporte pas ce genre de détails, qui, d’ail¬
leurs, seraient peu utiles et n’apprendraient rien de nouveau aux prati¬
ciens. Nous amions volontiers rapporté un fait ou deux de guérison
d’ascite grave primitive et à la troisième période , si sur ce point nos
souvenirs étaient moins confus et moins vagues ; nous préférons donc
garder un silence absolu plutôt que de nous exposer à être narrateur
inexact.
Nous ne proposons pas ces médications comme spécifiques ; elles ne
sont à nos yeux que spéciales, et ne doivent avoir une valeur réelle que
dans les hydropisies passives que l’on n’a pu guérir plus rationnellement,
c’est-à-<fire par la destruction de leur cause ou par les moyens qui pa¬
raissent les plus propres à atteindre ce but.
Debrevne.
( 181 )
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
MÉMOIRE SUR LE STAPHYLÔME PELLÜCIDE CONIQUE DE LA CORNÉE ( CONICITÉ
DE LA CORNÉE ) , ET PARTICULIÈREMENT SUR SA PATHOGÉNIE ET SON
TRAITEMENT , ATEC QUELQUES REMARQUES SUR LES STAPHYLÔMES EN
GÉNÉRAL.
La maladie qui fait le sujet du présent mémoire est rare ; son origine
et sa nature ont été jusqu’ici enveloppées d’épaisses ténèbres. Le trai¬
tement a nécessairement dû se ressentir de la même incertitude ; en¬
tièrement empirique, il n’a pu avoir que des résultats d’une nullité
désespérante. Les recherches que nous avons faites sur cette maladie
nous semblant avoir éclairé sa pathogénie et posé des indications cura¬
tives plus précises , noti-e travail, malgié les [détails pathologiques qui
n’en ont pu être exclus, ne paraîtra pas déplacé, nous l’espérons,
dans un journal plus spécialement consacré à la thérapeutique.
I. Quelques, remarques sur les staphylômes en général. — On a
confondu, sous le nom de staphylôme, des maladies oculaires tiès-hé-
térogènes qui n’ont de commun entre eUes qu’un seul caractère, celui
d’une saiUie, d’une élévation au-dessus du niveau des membranes ex¬
ternes du globe. Le staphylôme de la choroïde, par exemple, ne res¬
semble en rien au staphylôme de la cornée. En revanche, le staphy¬
lôme de l’iris, qu’on regarde généralement comme tout à fait différent
de ce dernier, à une certaine période de[son développement, est parfai¬
tement identique à certains staphylômes de la cornée , chose qui jus¬
qu’ici a entièrement échappé à tous les observateurs, et que par cette
raison nous allons signaler en passant. Lorsqu’un staphylôme de l’iris
a existé quelque temps et a acquis un volume considérable, sa sm-face,
continuellement UTitée par le contact de l’air ambiant et le froissement
des paupières , se recouvre d’une matière exsudative fibro-albumineuse.
Gitte matière se convertit en fausse-membrane acquérant peu à peu une
épaisseur et une consistance très-notables , et dont le tissu, blanchâtre
ou blanc bleuâtre, lisse et quelquefois vascularisé à sa surface , repré¬
sente une espèce de pseudo-cornée , semblable en tout au tissu du sta¬
phylôme cornéen. Le diagnostic alors devient souvent très-difficile, si
on n’a pu suivre la marche de la maladie dès sa première origine.
II. Du staphylômepéllucide conique de la cornée. —Le staphylô¬
me pellucide conique de la cornée, objet particulier de cet article, comme
( 382 )
l’indique son nom, diffère ti'ès-notablcment des auti’es staphylômes,
qui sont tous opaques. 11 sc distingue) en ooere, du staphyldme opaque
de la cornée par la sti-ucture de la membrane malade, qui, à l’exception
de ses dimensions et de sa forme, n’a subi aucun changement, taudis
que dans le staphj'lùmc opaque elle est profondément altérée. Par
cette raison, le nom de cmicité de la cornée, assee généralement
adopté aujourd’hui, nous paraît de beaucoup préférable.
III. Ses caractères pathognomoniques. —^ Le caractère pathogno¬
monique le plus marejuant du staphylôme pellucide de la cornée suffit à
lui seiü ])our en assurer le diagnostic ; c’est une saillie plus ou moins
conique de celte mcmlffane , placée le plus souvent à son centre, mais
fréipieniment aussi un peu latéralement. Cette saillie peut atteindre un
volume plus ou moins con.sidcrable, et occuper même quelquefois la
presque totalité de sa surface; elle affecte toujom-s une forme conique.
C’est à cause de cette forme que la maladie a aussi reçu les noms de
staphÿlôme pellucide conique de la cornée, eonicité de la cornée,
cornée conique ou cornée en pain de sucre [sugar-loaf cornea,
conical formed comea), noms qui lui ont été imposés en Angleterre,
où cette maladie a été obsenée le plus souvent, et où eUc scmlile en ef¬
fet être beaucoup plus fréquente tpre sur le continent. Les autres déno¬
minations qu’on lui adonnées sont : ochlodes, ceratoconus, procidence
de la cornée, hyperkeratosis, etc., sm- quelques-unes desquelles nous
aurons occasion de revenir. Quels que soient la durée et le Tolume de
cette saillie (et je parle ici d’après un assez grand nombre de cas de
cette maladie rar-e que j’ai observés moi-même), dlc conserve toujours
la forme d’un cône qui ne fait que s’agrandir et devenir plus olitus et
comme tronqué à son .sommet. La forme du cône est aussi quelquefois
un peu plus ir régulière .sur ses Iras côtés et près de sa base, iorsijn’elle
occupe les jiarties latérales de la membrane.
A ce caractère anatomitjue cor respond d’une nranière tout aus,si con¬
stante, dans rmtlre des symptômes physiologiques, une myopie plus
ou moins cotLsidérablc.
IV. Symptomatologie. — Nous avons indiqué comme le symptôme
padtognomonique principal l’élévation de la cornée en forme de cône. Ce
cône, qui peirt avoir jusqu’à quatre miUimetres (deux lignes) d’éléva¬
tion an-dessus du nivean de la cornée , hauteur qu’il ne dépasse qu’ex-
eeptionnellcment, paraît tanùrt superpose au centre de la membrane ,
tantôt s’étend umlbrrnément jusqu’à sa circonférence. Lœrsqn’il acquiert
son plus grand vidiime, on l’aperçoit quelquefois à travers les paupières
fermées, surtout lor.squ’dles sont très-minees ; il estbieurato que le
rapprochement des paupières en soit gêné. La drambre antérieure est
( t8S )
agrandie en raison'du volume delà conicité ; dans un seul cas (Textor)
le toucher a donné la sensation d’nne fluetuation. Le sommet de la
proéminence, toujoiu-s plus ou moins obtus, présente un éclat luisant,
quelquefois étincelant, comme un morceau de cristal ; mais ce phéno¬
mène n’est ni aussi général, ni tonjoiu’s aussi prononcé que l'ont pré¬
senté quelques anteins, et n'a toujours lieu que dans certaines poshions
et en face d’une vivo lumière solaire. 11 est surtout erroné de ci-oirc ,
comme l’a dit Léveillé, que par suite de cette concentration des rayons
liunineux la pupille se resserre considérablement; je l’ai en général trou¬
vée de sa largem’ normale , et, en face même d'une lumière directe et
très-forte, je n’ai pas vu qu'elle se contractât plus que sur des individns
sains, ou que le scintillement empêchât d’apercevoir facilement la pu¬
pille et l’iris, qu’en général on voit mieux de côté qu’en fece, à cansc
de la plus grande difformité de la cornée k son centre et d'une légère
opacité du sommet de la saillie, dont nous parlerons dans le paragraphe
suivant. Le reflet luisant m’a sm'tout paru moins marqué lorsque le som¬
met de la tumeur était plus obtus ou plus opaque. Regardée de profil,
où sa forme conique se dessine beaucoup mieux, la tumeur présente,
dans sa partie antérieure et dans une étendue plus ou moins grande ,
une coulem- jaunâtre tirant sur l’opale ; elle ressemble quelquefois à de
la come jaime mince et transparente, on à un morceau de topaze pâle.
Son aspect est difficile à décrire, et encore plus difficile à dessiner; tous
les efforts de l’habile M. Beau, qui a appris à mi si haut degré d’allier
l’art à la vérité dans la représentation graphique des maladies oculaires,
y ont échoué jusqu’ici.
Nous n’avons pas observé d’antres symptômes dans ectle maladie.
Toutes les antres membranes de l’oeil sont saines, et nous regardons
comme des complications accidentelles et très-rai es celles observées par
quelques auteurs, telles ipie le tremblement de l’iris, sa position anor¬
male en forme de concavité, le changement de sa cmdeur, sa vasculari¬
sation , un trouble dans la pupille, une cataracte commençante on com¬
plète, l’amaurose, etc. ün cas décrit par M. Mueller, où il y avait une
tendance au staphylôme du corps ciliaiie, nous paraît avoii’ été plutôt
une hydiophthahnie antérieure qu’une véritable conicité de la cornée.
L’ophthalnrie concomitante n’a été obswvée qu’à Ja suite de l’emploi de
moyens irritants. Je n’ai point rencontré chez mes malades d'état pa¬
thologique général capable d’être regardé comme la snite ou la cause de
l’aflèction locale, abstraction faite de la dysménon-liée et de légères con¬
gestions cérébrales dont il sera question plus tard.
En rabon. de i’ahsence de toute complication , la vnie en général ne
subit «uxm changement autre qu’une myopie plus ou moins grande ,
( 184 )
proportionnée au degré de déformation de la cornée, ets’expliquant faci¬
lement par le changement que celle-ci doit faire subir à la réfraction
des rayons lumineux. Comme tous les myopes, les malades sont forcés de
clignoter, pour voir avec plus de netteté à distance. Au plus haut degré
de la maladie, lorsqu’elle occupe également les deux yeux, la myopie,
portée à son maximum et empêchant les malades de se conduhe seuls,
même à l’aide de verres concaves, équivaut à la cécité. La vision est
meilleure à une lumière douce et pour les objets placés latéralement, à
cause de la plus grande déformation de-la cornée à son centre et de la
légère opacité du sommet du cône. Elle gagne notablement lorsqu’on
fait regarder le malade à travers un petit trou pratiqué dans une carte;
mais au plus haut degré de l’affection cette amélioration est nulle ou peu
sensible. D’après M. Wardrop et plusieurs autres médecins, les corps
lumineux distants seraient vus doubles ou multiples, ce qui s’explique¬
rait, d’après sir D. Brewster, par la présence sur la cornée de petites
éminences sphériques et de petits creux, éminences et creux dont ce
savant distingué croit l’existence démontrée par- des expériences de phy¬
sique qu’il a faites, sans assurer qu’U les ait aperçus à l’oeil nu ou à la
loupe. Pour ma part, dans aucune de mes^nombreuses observations je
n’en ai vu, bien que généralement j’aie examiné à l’aide d’un verre
grossissant le sommet du cône, à cause de ses opacités .superficielles.
Aussi aucun de mes malades n’a-t-il accusé spontanément le phénomène
de la diplopie ou polyopie, et ceux à qui j’ai adi'essé des questions sur
ce point ont toujom’s répondu négativement. Cette circonstance ne peut
donc être regardée comme constante. U en est de même de quelques cas
dans lesquels les objets ont été vus colorés, décolorés ou défigurés.
V. Sur une légère opaeité qui se trouve constamment, selon
nous, au centre de la conicité de la cornée. — Les auteurs qui ont
écrit sur cette maladie ont en général signalé le cône de la cornée
comme entièrement transparent. Quelques-uns d’entre eux ont cepen¬
dant indiqué , comme existant quelquefois accidentellement ou comme
se formant consécutivement à la conicité et pendant son progrès , des
points opaques sur cette élévation. Pour ma part, j’ai constamment vu,
et j’en ai été fi’appé dès mes premières observations remontant au delà
de quinze ans, une opacité d’ordinaire très-limitée , peu profonde et
d’une teinte très^!laire, située au sommet du cône ou sur ses côtés, plus
ou moins près du sommet. Toujours je l’ai reconnue à l’œil nu ; les per¬
sonnes auxquelles je l’ai fait voir, lorsque d’abord elles en doutaient,
ont toujoiu-s fini par- la reconnaîtr e à l’aide de la loupe. C’est une petite
taie ou dcaUice superficielle blanc-bleuâtre ou blanchâtre, peu foncée
à son centre et [s’effaçant peu à peu à sa circonférence, dont l’étendue
( 185 )
est variable. Quelquefois il y en a plusieurs, contiguës les unes aux
autres ; quelquefois aussi la couleur de la taie est plus foncée ; M. Textor
l’a vue blanc-jaunâtre. Toujours, je le répète, elle est placée sur le
sommet ou près du sommet ^jamais je n’en ai vu située plus près de la
cil-conférence. Je ne l’ai pas non plus vue très-épaisse et foncée, de ma¬
nière à supposer qu’elle ait pu êü’e la suité d’une ulcération pénétrante,
bien que, selon M. Schmidt, quelques auteurs disent avoir vu une cica¬
trice fine dans la membrane de l’humeur aqueuse. De bonne heure j’ai
pensé que cette opacité ne pouvait être l’effet d’un simple hasaid, et
qu’elle devait avoir quelque influence sur la production de la conicité.
Des observations ultérieures sont bientôt venues me montrer la justesse
de ma supposition, comme nous allons le voir dans le paragraphe
VI. Pathogénie. — Personne jusqu’ici n’a expliqué comment se dé¬
veloppe cette singubère maladie, et quelle est l’altération de la cornée
qui la produit. Les uns l’ont attribuée à une espèce d’hydrophthalmie
antérieure, les autres à une action défectueuse des vaisseaux noiuriciers
de la cornée, ou à l’amincissement et à la distension de cette membrane;
d’autres encore à son induration; d’autres enfin à son épaississement et
à son hypertrophie, ou à une espèce de végétation de son tissu. Cette
dernière opinion, émise d’abord par Adams, a été adoptée par Himly,
auteur d’une des monographies les plus complètes sur cette maladie, mais
qui, chose singulière et preuve suffisante de sa rareté, surtout dans cer¬
tains pays, n’en a jamais observé lui-même un seul cas, malgré l’étendue
très-grande de sa clientèle ophthalmologique. Ce célèbre professeur a
imposé à l’affection, fort mal à propos, à notre avis, le nom i’hyperke-
ratosis, expression formée par analogie des mots hyperostosis, hyper-
sarcosis, etc., se fondant sur une simple hypothèse qui depuis a été
réfutée positivement par l’anatomie pathologique. Nous croyons au con¬
traire que la saillie de la cornée dépend de son amincissement et de sa
distension, et se développe toujours à la suite d’une ulcération plus pro¬
fonde au centre, s’effaçant peu à peu vers la circonférence, ulcération
dont la cicatrice, étant toujours plus mince et moins résistante que les
parties saines de la cornée, cède successivement à la projection des hu¬
meurs de l’œil produite par le jeu des muscles, et finit par former une
protubérance. Cette protubérance, plus forte au centre, c’est-à-dire à
l’endroit de la cicatrice, où la membrane est toujours plus mince et plus
faible, doit nécessairement, avec le temps, prendre une forme conique.
C’est au sommet ou dans son voisinage immédiat que doit se trouver, et
se trouve en effet toujours, selon mon expérience, une petite cicatrice, la
perte de substance de la membrane étant toujom-s plus considérable au
milieu. L’opacité est légère parce que l’ulcération est peu profonde, et
( 186 )
qije, lojn d etie taillée à pic, ellç se perd insensiblement vers la (riroearfé-
rence. Souvent même, comme nous le verrons plus tard, la maladie passe
par la forme dukéralocèle avant de revêtir celle de la conicité de la cor¬
née; or, les kératocèlcs sc guérissent fréquemment avec fort peu d’opa¬
cité, semblables, sous ce rapport, aux ulcères en facettes.
. Cette explication, basée sur l’existence constante, selon noua, d’une
ptite opacité sim le sommet de la tumeur, est extrêmement importante
pour la thérapeutique. Établie depuis longtemps, elle est entièrement
confirmée par le résultat d’une autopsie, dont je n’ai eu connaissance que
depuis peu, et pai' des observations que j’ai eu occasion de faire, et qui
n’avaient point été faites auparavant, tant sur la première période du
développement de la conicité de la cornée, (jnc sur la marche de certains
kératocèlcs (|ui selransforment en staphylômespellucides coniques, et sur
la conicité partielle de la cornée. Enfin cetlo Üicorie peut s’étayer d’une
guérison radicale, d’un cas de conicité très-avancée, obtenue par un^trai-
tement dirigé d’après des iudications qui nous ont été fournies par- ces
idées siu’ la pathogenie de la maladie.
Occupons-nous successivement de ces différents points.
V^I. Anatomie pathologique. La seule dissection qui ait été
faite a été pratiquée en 1830 par feu Jaeger, prufesseiu- de clinique
chirurgicaleà lafaciilté d’Erlangeu, et par M. Wagner, alors prosecteur
à la même faculté, et actuellement profcsseiu' de physiologie à celle de
Gottingue. (Schmidt, thèse sim l’byperkoratosis. Erlangen, 1830, §5.)
I.ÆS deux yeux d’un homme de cinquante-neuf ans étaient affectés de
conicité de la cornée. Sur l’œil droit il y avait une cicatiice évidente
superficielle et non également opaque partout, se dirigeant de haut en
bas ; la distension de la cornée était presque sphérique et plus forte en
lias. Une légère pression, exercée sur le globe oculaire avant la dissection,
rendait la cornée saillante. Lorsque, après la ilisscctioii, on saisissait cette
membrane entre les doigts, on voyait au milieu de sa lace postérieure
une excavation évidente, entourée d’un épais bourrelet. Le tiers moyen
(le la cornée, c’est-à-dirc son centre, était trois fois plus mince que d’or¬
dinaire, semblable à du papier à lettre ; ses deux autres tiere, formant
sa circonférence, étaient cimsidérablement épaissis, et cela étidemment
dans les lames moyennes, ses lames externes et internes, c'est-à-dire anté¬
rieures et postérieures, étant restées normales; la substance des lames
moyennes était homogène. L’épaississement de la circonférence se perdait
insensiblement dans la paitic amincie, de sorte que cette dernière avait
une étendue égale à celle d'une pupille modérément dilatée. A la surface
ûitaaie de la cornée on n’apcrcevait aucune cicatrice; la mombrane de
rhumeur aqueuse était normale et non épaBsie.
{ 187 )
La cornée gauche présentait une cbnicité plus prononcée. La convexité
sè dirigeait presque directement du boixl de la cornée vers .son nùlicu, et
le point le plus élevé semblait être un peu au-dessus du centre, à quel¬
que distance au-dessous duquel commençait également une légère opaci¬
té, plus forte que celle de l’autre œil, et semblable à une escarre de pieiTe
infernale. La dissection de cet œil monti'ait la cornée un peu épaissie
dans sa circonférence, et amincie de moitié environ dans son mUieu.
Cet homme était aveugle de naissance ; une soeur et un fl’èi'e, morts
avant lui, l’avaient été également. Ses yeux présentaient les mouve¬
ments involontaires ordinaires dans les cécités congéniales ou anoiennes.
la» iris étaient légèrement concaves, ce qui tenait sans doute aux suites
d’une ancienne ophthalmie interne, dont quelques traces furent trouvée^
lors de la dissection ; car- dans les cas non compliqués, comme nous l’a¬
vons déjà dit, la position de l’iris est normale. Sur l’œil gauche, la
ponction avait été Ëdte sans aucun résultat.
De cc rapport de M. Schmidt, nous tuons les conclusions suivantes :
1“ La tonicité de la cornée est l’effet de l’amincissement et de la dis¬
tension du centre de cette mcmln-ane, consécutils à une ulcération non
perforante. 2" Le pourtoiu de la membrane peut être épaissi. 3® Le
même amindsseinmit arec distmision peut donner beu à un staphylôme
pcllncide d’une forme pfos sphérique, lorsque la partie amincie l’est ^
un moindi'e degré, dans le cas d’ime cicati'ice pins opaque et plus ferme
par exemple, ou que l’usure des lames de" la cornée occupe une plus
grande étendue ou est plus nniforme.
VIIÏ. Caractères de la conicité pendant sa première période. —
Lors de son début, la conicité de la cornée se montre comme une saillie
à peine jwrceptible, comme une petite papille conique tran.sparente un
pen opalescente sur scs côtés, opaque et d’un blanc bleuâtre à sa pointe
un peu émoussée. On dirait d’une taie de la cornée qni connnence à de¬
venir saillante à son sommet. La teinte opaüne, lorsque la maladie
u’existe pas depuis longtemps, s’étend jusqu’à sa base et même un peu
au ddà, «n allant toujours en s’éclaircissant, de sorte que, pour la re¬
connaître à la circonférmice et an delà, il font quelquefois le secom»
d’une loupe. En regardant l’œil en faee, un observateur peu exercé ne
reconnaît pas la saillie ; tout an plus y voitril une espèce de focette de
la cornée, eonune celles qui résultent des ulcérations superficielles lais¬
sées par des phlyctèncs^ mais cette facette e.st surmontée d’une petite
opacité. Examinée de profil, la cornée présente «ne conicité bien pro¬
noncée , Biais très-peu élevée et très-choonsoiite, ocempant le plus sou¬
vent son centre. Placée à une hnnière vive et dans nue positioi conve¬
nable, eik foit v«ir un certain degré, au sommet du petit £ône, cH
( 188 )
éclat luisant, qui est si caractéristique pour les périodes plus avancées
de la maladie. En outre, il existe déjà un degré très-marqué de myopie
que des limettes concaves très-fortes ne corrigent qu’incomplétement,
myopie qui devient surtout très-frappante quand un œü est seul affecté,
et qu’avant la maladie le foyer visuel était normal. A cette période,
l’affection est très-souvent méconnue même par des hommes spéciaux
et exercés dans le diagnostic des affections oculaires.
On ne peut se refuser à voir, dans cette phase de l’affection, une cor¬
née amincie et superficiellement cicatrisée, qui commence à se soulever
dans sa-partie centrale.
IX. Kératocèles se transformant en conieités de la cornée. —
On sait que le nom de kératocèle (hernie de la cornée) a été donné à
une élévation diaphane, vésiculeuse et plus ou moins étendue de la cor¬
née, formée par la protrusion d’ime ou de plusieurs de ses lames, lorsque
les autres ont été détruites par'une ulcération de la surface externe ou
interne de cette membrane.
Lorsqu’un kératocèle a existé un certain temps sans se réduire et se
cicatriser, la partie amincie de la cornée qui le forme peut parfois s’é¬
paissir dans quelques parties, par suite de l’imtation qu’y exercent d’un
côté l’air ambiant et le froissement des paupières, et, d’autre part, la
pression incessante exercée par les humeius de l’œil, poussées vers la
membrane affaiblie pendant chaque contraction des muscles. Mais que
cet épaississement existe ou mon, toujours la portion distendue de la
membrane devient de plus en plus saillante, et finit peu à peu
par prendre une forme et un aspect tout à fait semblables à ceux de
la cornée conique; seulement le cône, lorsque le kératocèle a été volu¬
mineux, est beaucoup plus large et plus plat à son sommet. Ceci s’ex¬
plique facilement par les considérations suivantes. Dans le kératocèle
d’une étendue limitée, une portion mince (et peu résistante, mais cir-
consa-ite de la cornée est entourée d’une autre partie de cette mem¬
brane, dont l’épaisseur va toujours en croissant, les bords de l’ulcéra¬
tion primitive ayant d’ordinaire été taillés en biseau. La pression des
muscles et des humeurs incessamment chassées vers la membrane la
moins résistante agira sur chaque partie de la cornée en raison de ses
dimensions ; donc la portion centrale, la plus mince, doit supporter la
distension la plus forte, devenir beaucoup plus saillante, et former le
sommet plus ou moins pointu d’un cône. J’ai été à même plusieurs fois
d’obseiver quelque chose de semblable dans des ulcérations de la cornée.
Encore tout récemment j’ai_ vu sur l’œil d’un enfant nouveau-né une
idcération assez étendue et plus profonde au centre ; après vingt-quatre
heures il y avait à la place de Fulcération une protrusion conique de la
( 189 )
cornée. Dans le kératocèle étendu, au contraire, occupant la presque
totalité de la surface cornéenne, la pression de dedans en dehors, l’im-
petus à ter go des anciens, en agissant sur une membrane également
amincie dans une grande étendue, la soulève presque uniformément
dans tous ses points, et produit tantôt un cône à sommet tronqué ou
aplati et d’une forme moins régulière, tantôt même une élét'ation plus ou
moins sphérique. Lorsqu’une ulcération a été précédée d’infiltration in-
terlamellaii’e, et que celle-ci persiste en partie après la formation d’un ké¬
ratocèle, la circonférence de la cornée peut être épaissie dans le pourtour
de la hernie et de la conicité qui y succède ; c’est ce qui a eu lieu dans le
cas décrit dans le paragraphe vu.
Nous voyons de temps à autre à notre clinique une femme chez
laquelle un staphylôme pellucide de la cornée, formé depuis plusieurs
années à la suite d’un kératocèle, trahif encore aujourd'hui son origiue
par quelques caractères qui lui impriment un cachet particulier. Ainsi
la proéminence de la cornée est moins régulièrement conique et ressemble
moins à un morceau de cristal massif qu’à une élévation à parois vitrées
minces. La transition de la partie saine de la cornée en sa partie dé¬
formée est plus brusque, et on peut encore à un certain degré recon¬
naître à la base de la tumeur les bords de l’ancienne ulcération qui
l’encadrent. Un dessin que nous conservons n’a pu qu’imparfaitement
rendre ces caractères.
En parcourant, pendant la rédaction de ce mémoire, les auteurs qui
ont traité le même sujet, j’ai trouvé avec une grande satisfaction un
nouvel et puissant appui à l’opinion que je viens de développer, dans
celle d’un opbfhahnolopste distingué, M. Benedict (de Breslau). Nous
ne pouvons nous empêcher de traduire textuellement ce qu’il dit(rrat<é
d’ophthalmologie pratique, t. ni, p. 237) sur l’origine et la nature du
staphylôme pellucide de la cornée. « Le nom àe procidence de la
cornée [fprolapsus corneœ) nous semble préférable à celui de sta¬
phylôme pellucide conique de la cornée, par les raisons suivantes. Cette
membrane n’a subi aucune ulcération notable dans sa stnicture, et géné¬
ralement aucune de ses parties n’a éprouvé pai’ la phlegmasie une des¬
truction considérable. La maladie, au contraire, consiste essentiellement
dans le changement de la forme convexe de la surface de la cornée en
une forme conique, et en ce que cette membrane, la cohésion de ses
lames et fibres étant diminuée, est réellement poussée en avant et forme
pour ainsi dire procidence. La maladie se développe de deux manières.
Tantôt elle est la suite d’une kératite qui a produit une ulcération au
milieu delà surface de-la memb/'aue. C’est probablement cette idcération
qui, en frappant le centre de l’organe dans lequel se réunissait et sm-
( 190)
lequel s’appuyait pouv ainsi dire la convexité dh reste de la membrane,
donne lieu au cbangeraont successif delà forme convexe en conique. L«s
quelques cas de prolapsus [o’est-h-dire tonicité] de la cornée que
j'ai observés avaient tous été développés de cette manière. La
phlegmasie était éteinte depuis longtonps ; mais la petite cicatrice cir¬
culaire du milieu de la cornée restait comme suite de l’idcération, et la
proéminence conique présentant à son sommet la cicatrice mentionnée
s’était peu à p«idéveloppée sous ces circonstances. Tantôt, selon l’asser¬
tion de plusieurs médecins, la maladie survient sans aucune trace d’in¬
flammation.»
La phrase que nous avons soulignée est pour nous de la plus hante
importance. Quant au nom de la maladie, nous avons déjà dit que nous
«royons préférable celui de conicité de la cornée, les mots de proci¬
dence ou de prolapsus de cette membrane étant synonymes de celui de
kératocèle. Or, tout kératocèle ne se tiansforme pas nécessairement et
constamment en staphylôme pellucide conique.
Dans un prochain article, après avoir tertainé ce qui a trait à la pa¬
thogénie de cette singulière affection, nous nous occupeinns de son étio¬
logie , de sa marche, et surtout du traitement rationnel qu’elle nous
semble exiger. Sichf.l.
SUR LE TRAITEMEJiT OE l’hYDROCÉPUALE CHRONIQUE, PAR LA PONCTION
Le docteur Ch. West ayant remarqué que toutes les opinions et tous
les faits relatifs à la ponction du crâne, dans l’hydrocéphale interne,
étaient demeui-és jusqu’ici complètement isolés, a entrepris de les
réunir-, afin de pouvoir- coiLstater avec certitude les résultats de l’expé¬
rience que la science a actuellement acquise siu- ce sujet '.
M. West a recueilli 63 cas de poiicliori du crâne dans l’hydr-océ-
pliale chronique. Dans deux de ces cas, la ponction fut accidentelle .
produite une fois par un clou, une autre fois par un coup de corne de
vache. Cinq autres faits sont trop incomplètement rapportés pour pou¬
voir être appréciés. D reste donc 56 cas.
Parmi ces faits, 16 ont été donnés comme exemples de guérison,—
40 fois la mort est suiTcnue à la suite de ropération : cela fait une pru-
portion de 1 guérison sur 2,5 morts. Ce résultat doit paraître fort satis-
* London medical Gazette, for april 18i2. An enquiry on to lhe results
of pnneture of thehead, in cases of chronic internai hydrocephalns, by Char¬
les West, M. D.
( 191 )
faisant au premier abord ; mais malhemieusetnent l’cxameii des faits par¬
ticuliers en amoindrit singnlièremcnt l’importance. En effet, comme
le fait très-justement remarquer l’auteur de cette note, l’hydrocépliale
mterne étant une maladie lente et graduelle dans ses progrès, souvent
intermittente, s’arrêtant quelquefois des mois et même des aAnésS,
pour s’accroîti-e ensuite sans cause évidente, on ne peut admettre la
guérison, dans tm cas donné, que lorsque les malades ont pu être ob¬
servés longtemps après l’opération. Or, sur nos 16 cas de guérison, 4
seulement se ti’ouvent ilans de semblables conditions. En voici une ra*
pide indication.
ün enfant de quatre mois, dont la tête était volummeuse depuis sa
naissance, sans [qu’il paraisse avoir présenté d’autre symptême, fol
ponctionné onze fois en six mois. On put [con.statcr, dix-neuf mcrts
après, son entière guérison. (Graefe.)
ün enfant de vingt mois fut ponctionné une ibis ; la tête s’ëlait dé¬
veloppée gi-aduellement depuis six mois. Deux ans et demi après, la
santé et l’intelligence étaient en bon état. (Ginquest.)
Enfant de cinq mois, hydi'océphale congénitale, boquet, vomisse¬
ments, rcgai'd hébété : une ponction. 11 se portait bien huit ans aju’ès.
(Conquest.)
Un enfant fut ponctionné cinq fois. 11 était bien portant cinq aUs
après. (Conquest.)
Voici, dans 5 autres cas, les seuls renseignements qui sont donnés sur
les suites de l’opération.
ün enfant de quatorze mois fut ponctionné neuf fois en quati-e mois.
Une grande amélioration suivit la première ponction ; les autres le lais¬
sèrent dans un état très-satisfaisant. Il mourut, plus d’un au api-ès,
d’ime pneumonie. (D' Bédor.)
Un enfont de douze semaines paraissait avoir une assez bonne 'santé ;
mais depuis sa naissance il présentait du strabisme, des mouvements
continuels des yeux, et sa tête était volumineuse. Tl fut ponctionné
quatre fois en trois mois. Il était bien portant quatre mois apins la
dernière ponction. (D' Russell.)
Enfant de quatre mois et demi. Depuis l’âge de six semaines, accès
convukifs, élaigissement de bi tête, strabisme, regard idiot. Dix-huit
ponctions en «piatrc mois. Mais l’observation est datée du jour de la
dernière ponction. (I> Lizars.)
Dans un quatrième cas, il s’agit d’un enfant de onze à douze ans ;
l’hydrocéphale était smvenne à la suite d’une chute ; une seule ponction
lût pratiquée; il s’écoula six livTes d’eau en vingt jours. D est dit seu¬
lement ; « Le malade lut sauvé. » (Monro.)
( 192 )
Enfin dans un cinquième, où une seule ponction avait été pratiquée
chez un enfant de dix mois, hydrocéphale depuis sa naissance, on
s’exprime ainsi : « Bien que le petit malade fût pendant quelque temps
dans un état précaire, il recouvra la santé, et c’est maintenant un
très-bel enfant, n’ayant jamais éprouvé le moindre retom- de sa ma¬
ladie. » (M. Marsh.)
J’ai rapporté textuellement ces indications, pour mettre le lectem- à
même de juger du degré de confiance que mérite chacun de ces faits.
Or, il est évident que si une observation datée du joiu- de la dernière
ponction est tout à fait insignifiante, que si un inteivallc de quatre
mois ne semble pas suffisant pour assurer la guérison, que si les termes
de l’observation du docteur Bédor ne paraissent pas assez explicites,
d’un autre côté la manière dont s’expriment Monro, et surtout M. Marsh,
peuvent autoriser à considérer leurs obseivations comme des cas de lé¬
gitime guérison.
Restent maintenant sept cas appartenant au docteui- Gonquest, rap¬
portés comme exemples de guérison, mais sans aucun détail ni aucune
date. Le docteur Gonquest a pratiqué dix-neuf fois la ponction du crâne,
et il prétend avoir obtenu dix fois la guérison de l’hydrocéphale. Sur
ces 10 cas, 3 seuls présentent des détails suffisants. Quant aux autres,
ils ne sauraient inspirer beaucoup de confiance, et il est fort probable
que ce médecin se sera laissé abuser par des cas où l’opération aura été
suivie d’une amélioration passagère.
M. West a présenté un tableau détaillé et ti-ès-bien fait de ces cin¬
quante-six observations, et a consigné avec soin toutes les circonstances
un peu importantes qu’il a trouvées mentionnées. Mais malheureuse¬
ment la plupart de ces observations sont incomplètes , non-seulement
sous le rapport des suites de l’opération, mais encore sous celui de l’ori¬
gine de la maladie, des phénomènes présentés par les petits malades, etc.
Ces tableaux n’offrent donc pas toute l’utihté qu’on aurait pu y trouver
s’ils avaient été faits sur des observations complètes. Voici cependant un
résumé rapide des principales cfrconstanccs qui ont pu être indiquées.
Le sexe est noté 42 fois : on trouve 24 garçons et 18 filles.
Parmi 32 cas suivis de mort, l’âge est ainsi réparti : moins de six
semaines, 2 cas ; de deux à trois mois, 7 ; de quatre à six mois, 8 ; de
sept à neuf mois ,11; seize mois, 3 ; deux ans, 1.
La date de la maladie est indiquée dans 27 cas terminés par la mort.
Elle était congénitale 7 fois ; elle a débuté dans les deux premiers
mois, 9; dans le troisième mois, 6; dans le quatrième mois, 4; dans le
cinquième mois, 2.
Je dois faire remarquer que ce tableau indique, pour la plupait des
( 193 )
cas, l’époque à laquelle la maladie a été reconnue, mais non pas celle à
laquelle elle a réellement débuté.
Voici quel a été le nombre des ponctions dans les 40 cas suivis de
1 ponction dans 15 cas ; 2 ponctions dans 7 ; 3. ponctions dans 2 ;
4 ponctions dans 5 ; 5 ponctions dans 5 ; 6 ponctions dans 2 ; 7 ponc¬
tions dans 1 ; 8 ponctions dans 1 ; enfin, 10 ponctions dans 2 cas.
Dans les 16 cas donnés comme exemples de guérison, nous trouvons :
1 ponction dans 7 cas ; 2 ponctions dans 2 ; 3 ponctions dans 2 ; 4
ponctions dans 1 ; 5 ponctions dans 1 ; 9 ponctions dans 1 ; 11 ponc¬
tions dans 1 ; 18 ponctions dans 1.
Dans 30 cas on a indiqué l’espace de temps écoulé entre l’opéra¬
tion et la mort ; la mort est survenue, après la première ponction :
6 fois, 4 joiu-s; moyenne, 53 heures.
6 14 jours; 6 jours 8 heures.
3 1 mois ; 20 jours 16 heures.
9 3 mois; 56 jours 10heures.
Pom- les 6 auti-es cas, la moyenne a été de 3 mois, 4 jours, 12 heures ;
I .seulement a été jusqu’à 6 mois.
Chez 18 de ces 30 malades, il y a eu plusieurs ponctions. Aucun n’a
survécu à la dernière ponction plus de 35 jom's (moyenne, 12 jours
22 heures).
« Les cas où la vie aurait été prolongée par l’opération sont donc bien
peu nombreux. Ceux où, une semaine après l’opération, ü pouvait res¬
ter quelque espoir de succès, bien moins nombreux encore.
« L’opération a été quelquefois suivie immédiatement d’une aggrava
tion des symptômes cérébraux et de la mort. Habituellement cependant
un certain degré d’amélioration snivait la première ponction ; mais
l’épanchement se reproduisait, et la deuxième ponction était suivie d’une
moindre amélioration.
« Dans l’hydrocéphale chronique, la vie se termine habituellement
par mie fièvre légère, avec émaciation générale, à laquelle succèdent
des convulsions et un coma fatal. Or, ce sont précisément des phéno¬
mènes tout semblables qui se sont montrés à la suite des opérations, si
ce n’est que les symptômes cérébraux avaient ime violence que, sans la
lésion mécanique, ils n’eussent sans doute pas présentée. »
Enfin, après ce résumé, que je ti-aduis textuellement, M. West ter¬
mine son travail en (bsaut : « Les faits mentionnés ci-dessus ont con¬
duit l’auteur à se former une opinion défavorable à l’opération de la
ponction de la tête, comme moyen de guérir l’hydrocéphale chro-
( 194)
Je ne veux pas précisément nte déclarer ici le partisan de cette opé¬
ration; cependant je crois que, s’il a été juste de ne pas accepter sans
examen cette apparente proportion de 16 guéiisons sm- 40 morts, il
n’importe pas moins peut-être de se tenir en garde contre l’impression
fâcheuse que pourraient laisser les conclusions de ce travail.
Ce que l’on appelle hydrocéphale chronique n’est pas une maladie
unique et toujours scmhlahle à elle-mcpic, D y a plusieurs espèces d’hy¬
drocéphales bien différentes. Or, au point de vue du pronostic et de la
possibilité d’obtenir de hoiis résidtats d’un traitement quelcpnque, ce
sont précisément ces différences qu’il ijiipprlp le plys de considérer. Je
crois pouvoir, sous ce point de vue , diyiscr les faits d’hydrocéphale
en quatre groupes.
1° Il y a un vice de conformation de l’encépjiale, une anencéphalie
partielle ;
2° On constate une disparition coniplète de tpielque partie de l’en-
céphalc, sans qu’il soit toujours po.ssible de reconnaître si cette altéra¬
tion est primitive et tient à un vice de développement, ou si elle dépend
d’un travail pathologique ;
3“ Le cerveau e.st complet quant n ses parties essentielles, mais
aminci par l’épanchement du liquide dans ses cavités, à tel point qu’une
grande partie de sa substance a réellement disparu ;
4“ Que le licpiide épanché ait son siège dans les ventricules ou à l’ex-
téficur du cerveau, eehli-ci n’est pas tellement altéré dans sa forme et
sa consistance, qu’il ne hii soit matériellement possible .de revenir à
son état nornwj-
Il est de la plus entière érâlence .que, pour Les faits compris dans les
trois premiers gi’oupes, l’art est tout à fait impuissant, et la guérison
absolument intpossible. Aussi je prétends que), n’eussicz-vous guéri par
la ponction que 4 enfants sur 50, si chez tous ou presque tous ces der¬
niers vous trouvex le ceneau dans un état tel qu’il fut matériellement
inipossibk de le ramener d’aucune manière à son état normal, vous ne
dewz pas yous repentir d’avoir pratiqué cette opération- L’hydrpcé-
pbalc chronique sera toujours ime maladie .que l’op ne gjjérij'a que très-
rarement J mais etjfin il n’est pas juste de mettre en balance des cas
alrsolument impossibles à gnérir et des .cas où il est permis d’espérer que
l’emploi d’un traitement quelconque ne soit pas sans une possible efli-
caâté. Ce sont ces derniers faits seulement qu’il faut comparer entre
eux. Que si leur exacte appréciation n’est pas toujonrs très-aisée, il n’en
est pas moins certain qu’avec un peu d’attention xm arrivera à des don¬
nées fort approximatives.
Voici maintenant ce que nous trouvons dans les tableaux présentés
par le docteur West :
{ 195 )
Les lésions onçépLaliques sont décrites dans 25, cas : tjpe Ibis en
termes trop pçii claii's pour qu’elles puissent ê|re appréciées ; jes 24
autres cas peuvent être rangés dans les trois groupes suivants :
'1" L’absence presque complète du cerveau dans 8 cas.
La maladie e.st notée congénitale 4 fois ; 3 fois son débuj est fixé çlç
1 mois à 6 semaines, 1 fois au (juatrième mois. Saiw doute H faut en-
teneb-e par ces dates l’épo^ie où pu s’est aperçu de l’altération 4e l’em
cépbale , et non celle où elle a véritajfiement commencé.
2“ Dans 7 autres cas une grande partie de la substance céré|)ra!e
avait disparu par suite de l’amincissement des bémispbères, considéra¬
blement distendus par le llnide épanebé dans les ventricules ; la sub-
.stance céi’ébrale était comme macérée dans la sérosité, les parois des
^ cntricules, leur plancber surtout, plus ou uiojns compléteinen|; désor¬
ganisés, souvent à peine reconnaissaliles.
Cliez la plupart de ces enfants, les phénomènes caractéristiques de
l’bydrocépbalc s’étaient montrés vers 3 ou 4 mois ; chez quelques-uns
l’origine en peut être suivie jusqit’à la naissance.
3“ Enfin, restent 9 cas dans lesquels le cerveau m’a paru moins pro¬
fondément altéré que dans les précédents : dans presque tous cependant
il était encore fort malade ; les ventricujes cojisidérablement distendus,
la substance cérébrale ramollie, etc.
Peut-être les faits contenus dans ces deux dernières catégories n’of-
frent-ils que des différences du plus au moins j mais ce qu5} y a de
certain, c’est que ceux renfermés dans Ja première doivent eu être ex-
pre.sséincnt distingués. Si n.oiis supposons inajnfenant que dans les Ifi
autres observations suivies de mort, et sans autopsie, les lésioiis analo-
iniques se soient présentées dans une seinblajrjç proportion, nong fi-ojivc-
rons qu’il y en a 13 apparjenant à .des vices de conformation )’ea-
( épbale, et dont jl est par conséqueiit impossibjc tenir compjfi.
Re.stent donc 27 cas. Nous poufTÎons en sép.arpr encore 12, dans
lestpicîs les altérations du ceivyaii, plus profondes que dans les antres,
scinjjlaient rendre toute idée ,de gnérisoja impossible. IVIais ne pouvant
établir entre ces différents faits une ligne d.c démai-catipn certaine, nous
les comparerons en masse aux cas de guérison.
Rappelons tpie sur Je cliilTre de JÇ cas de guérison donné par Jes au¬
teurs, nous en ti’ouvons :
4 où la guérison est certaine pour nous ;
2 où eUe e.st inliuiment probable ;
2 ou nous ne pouvons constater (pi’une amélioration d’une certaine
durée,
Et 8 autres où nous sommes privés de tous renseâgnem.çuts qui nnns
pennettent de contrôler les résultats indiqués.
( 196 )
Eh bien ! je dis que ce résultat thérapeutique tel qu’il est ici présenté,
avec tous ses doutes, n’est pas sans importance, lorsqu’on le compare
surtout au nombre des cas suivis de mort, tel que nous avons cru devoir
le réduire, et si l’on songe à la gravité de la maladie appelée hydrocé¬
phale et à la nature des lésions trouvées chez tous les sujets autopsiés.
Je ne saurais donc admettre la conclusion suivante, ainsi formulée par
l’auteur du travail que je viens d’analyser : « Si les symptômes observés
durant la vie n’encouragent que faiblement à pratiquer l’opération, les
lésions trouvées après la mort (c’est-à-dii-e les altérations organiques
et les vices de conformation) fournissent im puissant ai’gument contre
elle. »
Si l’examen des cadavres nous montre le plus souvent des lésions
irremédieiles dans l’encéphale, nous ne risquons donc rien de pratiquer
une opération qui ne saurait par elle-même apporter des chances défa¬
vorables dans des cas où il n’y a aucune ressource, et qui, d’un autre
côté, a plusieurs fois réussi dans des cas d’une natm'e nécessairement
différente. Je m’exprime ainsi, parce que, excepté lorsqu’il existe un
vice de conformation très-étendu de l’encéphale, les phénomènes obser¬
vés chez ces petits enfants sont en général loin de répondre exactemnit
à la nature et à la gravité des lésions de l’encépbale, et par conséquent
ne permettent pas haljituellement de porter durant la vie ni un diagnostic
ni un pronostic certains.
Suivant M. Breschet, une condition essentielle pom’ que l’hydrocé¬
phale soit curable est que le fluide épanché ait son siège dans la cavité
extérieure de l’arachnoïde ' : « La connaissance de l’état anatomique
des parties, dit-il, démontre qu’on ne doit rien espérer de ce moyen
dans les hydrocéphales congéniales, soit que le cerveau n’existe qu’en
partie, soit que le liquide distende les cavités ventriculaii-es. Cette éva¬
cuation amène la mort plus ou moins promptement, et, en désespoir de
cause, rien ne peut excuser la pratique d’une opération qui accélère la
fin des malades et qui leur fait souffrir des douleurs inutiles. » (p. 545.)
Nous savons maintenant que cette opération ne mérite point un juge¬
ment aussi sévère, puisqu’elle a pu dans plusieurs cas être suivie d’mie
guérison certaine, et je ne crois pas que l’on puisse présenter comme
une objection sérieuse la douleur causée par la ponction du crâne chez
un petit enfant. Cependant nous nous trouvons natiuellement amenés à
‘ Breschet, Dict. de méd., 2® édit., t. XV, p. 5i3, art. Htobocéphale
CHRONIQUE. Suivant cet auteur, l’hydrocéphalie interne, ou des ventricules,
appartiendrait toujours à un vice de conformation originelle, et l’hydrocé¬
phalie chronique arachnoïdienne extérieure, serait un des phénomènes de
l’arachnile chronique, et dépendrait de cetic inflammation (p. 540).
( 197 )
étudier les eflfcts immédiats et les suites de la ponction du crâne chez les
enfants qui y ont été soumis, afin de juger quelle gravité elle paraît
avoir par elle-même et comme opération.
Je vais présenter sous forme de tableau une analyse rapide des faits
dans lesquels ces circonstances sont mentionnées :
Effets immédiats de l’opération, c’est-à-dire observés après
la première ponction.
(Nous les trouvons indiqués dans 24 cas.)
On n’obsei"ve rien de particulier.6 fois.
Amélioration.7
Accidents insignifiants.2
Accidents légers, consistant en vomis.sements, pâleur de la
face , cris.4
Accidents plus graves, consistant en quelques convulsions. 1
Accidents les plus graves qui aient été observés, tels que col-
lapsus, affaiblbscment considérable comme s: l’enfant allait
mourir, refroidissement. 4
Suites de l’opération.
(Elles sont indiquées dans 25 cas.)
Les malades paraissent avoir succombé sans avoir offert d’ac¬
cidents spéciaux, seulement un affaissement graduel.4 fois.
La mort est survenue à la suite d’une amélioration notable,
.sans que l’on parle des phénomènes qui ont pu la précéder. . 1
Dc,-> accidents graves, tek que violentes convulsions, stu-
pem', sümennent à la suite d’une amélioration manifeste, dans
deux cas plusieurs jours, dans trois cas plusiem-s mois après
la première ponction ; dans deux de ces derniers, deux jours .
après la dernière ponction.5
La mort n’est précédée que d’accidents légers.3
La mort est précédée d’accidents cérébraux dont la nature
ni l’mtensité ne sont indiquées. 1
Des accidents graves ont précédé la mort, consistant à peu
près uniquement en des convukions, puis du coma. De gran¬
des variétés exktent enti’c l’époque de leur apparition, leur
dwée, le nombre des ponctions pratiquées.11
.Suites de l’opération dans les cas indiqués de guérison.
Dans 3 cas de guérison bien constatée :
1” Chaque ponction (onze) était suivie d’affaissement, de pâleur, d’af
( 198 )
lâibli'sseinent de l’action du cœur pendant plusieurs heiues, d’insomnie
pehdànt une ou deux nuits. (Graeife.)
2“ Une convulsion suivit la ponction, puis survinrent d’auti'cs symp¬
tômes 'â’iiTitation des méninges. (Couipicst.)
3° L’intensité des divers .syniptôines (hoquet, vomis.sements, mouve¬
ments convulsifs des yeux) diniinuc peu à peu. (Coüquest.)
Dans un cas de guérison constatée seulement jusqu’au quatrième mois
après la dernière ponction :
Il y eut un peu de fièvre après la première ponction, point après les
aütfps (quatre). L’enfant alla mieux.(Russell.)
11 n’y a sur les autres faits que les)brèves indications que j’ai mention¬
nées précédemment.
Il me semble que ces faits prouvent (juc l’opération de la ponction
du crâne n’est pas une opération très-grave en elle-mcmc, puisque, dans
le plus grand nombre des 'cas, elle n’est immédiatement suivie d’aucun
accident, et que souvent meme elle eommcnce par déterminer une véri¬
table amélioration ; puisque enfin la ponction a pii être très-fré<piem-
ment répétée chez, un meme individu et en particiib'er dans des cas de
guérison.
Cette operation ne peut être suivie de succès ipie dans un petit nombre
de cas : il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil sur les au¬
topsies des individus chez, qùi elle à été p’ratiqnée. Ces aiitopsics mon¬
trent en même temps que la véritable cause de là] raoii n’est pas dans
l’opération', mais dans l’état du cerveau ; que l’opération a pu seiilement
la hâter, parce que le fait seul d’un changement brustpiement siuvchù
dans des cerveaux pai'eillcment désorganisés doit suffii’e potu’ déveloji-
per des accidents graves. Maïs une telle conséquence est-elle en réalité*,
d’une très-grande importance dans des càs du genre de ceux que noiis
étudions? Enfin il est bien certaïn que cet état du cerveau a précédé et
non suivi l’opération, puisque dans les cas on la mort est survenue foit
peu de temps après cette dernière, on trouve exactement les memes
lésions (pic dans ceux où elle a tardé de plusieurs semaines ou de plu-
siciu's mois. On trouve en outre notée dans la plupart de ces autopsies
l’absence de toute inflariimation et de toute àpparencè de lésion récente. ’
Si l’opération de la ponction du crâne dans l’hj'ih'océjihale chronique
ne paraît pas aussi riuisilile en elle-même qu’on^le répète souvent, est-ce
une opération utile? Pour pouvoir répondi'e à cette question, il faudrait
compai-er les résultats obtenus à l’aide de la ponction du crâne avec
ceux qu’ont fournis d’autres méthodes de traitement; mais nous ne
voulons pas sortir du cadre ti-acé par l’auteur du mémoire que nous
avons examiné, et ïioiis devons nous coiitéhter d’avoir bien constaté
( 199 )
l’efiicacite de la ponction du crâne dans un certain noiuljre de cas d’hy-
drocéphalê chronique.
Max. Duhand-Fardel.
CHIMIE ET PHARMACIE.
SUR DE RÉCENTES SOPHISTICATIONS DE l’hYDRO-SULFATE DE SOUDE
ET DE h A CODÉINE.
Les nombreuses falsifications que l’on fait joiü’nellement subir à di¬
vers produits pharmaceutiques ont porté tout dernièrement les rédac-
leiu'S du Journal de Chimie médicale à engager les pharmaciens amis
de leur art à lisTer à la publicité ces inanœuxTcs frauduleuses, nui¬
sibles à la fois aux transactions commerciales et à la santé publique.
C’est pour répondi’e à ce louable appel que je m’empresse de faire
connaître deux substitutions aussi coupables que grossières : la première
a rapport au sulfhydi-ate de soude , et la seconde a ti-ait à la codéine.
Le prétendu sulfhydi-atC sodique, .soïimis à l’analj'se, s’est ti-ouvé for¬
mé, en presque totalité, par du carbonate de soude; il ne renferme
que des traces de .sulfure de sodium ; pour se convaincre de cette vé¬
rité, il suffit de le traiter par de l’acétate ou du nitrate acide de plomb ;
la proportion de sulfure auquel il donne naissance est pre.sque in¬
signifiante.
L’addition au sel pomlnque d’un assez grand excès d’acide est une
chose indispensalile , sans quoi la proportion dé sulfure métallique,
quelque fadile qu’elle soit, suffit néanmoins pour communiquer au pré¬
cipité de carbonate de plomb, que le sel sodique occasionne, une co¬
loration U'ompeuse capable d’indune ai errem- les personnes peu ha¬
bituées à ce genre d’expérimentation.
Comment a été fabriqué le produit salin qui nous occupe ? Est-ce
en ajoutant un peu de sulfhydrate de soude à du caibonate de la même
hase ? Nous avons peine à croire qu’un falnicant de produits chimi-
(jucs tel que M. P... ait pu songer à une pareille sophistication. Se¬
rait-ce en faisant passer un courant d’acide sulfliydrique dans une dis¬
solution concentrée de carbonate sodique, en place de soude caustique?
Nous le croirions volontiers, si une telle ignorance pouvait être soup¬
çonnée chez un lauréat de l’Ecole de phannacie de Paris, l’expé-
ricncc nous ayant démontré qu'une partie de la soude que ce composé
renferme s’y ti'ouve à l’état de bi-c;ubonate.
{ 200 )
Quoi qu’il en soit de nos explications, cette sophistication est des
plus condamnables; elle doit être signalée à l’attention de tous les phar¬
maciens qui voient dans leur profession un autre but tpie celui de
tromper.
La fraude qui concerne la codéine n’est pas moins grave que la pi é-
cédente, et les motifs qui ont pu amener à mettre en œim’e une sem¬
blable sidjstitution sont encore peut-être plus difficiles à explicpicr.
Comment peut-on avoir eu l’idée bizarre et coupable de remplacer un
alcali végétal par un composé salin inorganicpie, par l’arséniate de ]ifi -
tasse ? car la pseudo-codéine que j’ai soumise à l’examen de la Société de
pharmacie n’est autre chose que de l’arséniate potassique.
Je ne chercherai pas à faire ressortir ici tout ce que des substitulioii'
de cette nature peuvent avoir de fâcheux , ce sont des faits qui pailciit
d’eux-mêmes; il suffit de les signaler pour que chacun puisse aisémcu.t
en apprécier les tristes conséquences.
Miai.he.
NOTE SUR UES PILULES DE CALOMEL ET LEUR TRANSFORMATION EN SUBLIMi:.
Par M.Deschamps, d’Avallon.
Beaucoup de médecins pensent que les pilules de calomel ne doivent
point constituer un médicament officinal paixc qu’elles contiennent .
disent-ils, lorsqu’elles sont anciennes, du chlorure mercuricpie. Ils aji-
puient leur croyance sur les sjTnptômes qui se manifestent chez quelijues
personnes apres l’administration de ce médicament. M. Deschamps a
désiré savoii- si cette manière de vol- était fondée, en admettant que Ic.s
pharmaciens préparent les pilules de calomel, comme cela doit être,
d’après la formule suivante :
Prenez clilorure mercureux. 10 grammes.
Gomme adragant. 30 centigrammes.
Sirop simple.Q. S.
poiu’faire 200 pilules qui représentent chacune O*''- 03 de chlorure.
51. Deschamps a fait différentes espèces de pilules : avec du calomel,
de la guimauve et du sirop ; avec du calomel, de la réglisse et du .sirop ;
avec les mêmes sub.stanccs et du miel; avec du calomel et du miel ; avec
du calomel et de la conserve de roses. Il a pris des pilules préparées
d’apres la formule iiulicpiéc, et des pilules préparées avec une partie de
calomel et deux parties de jalap, faites depuis très-longtemps ; et seu¬
lement après quatre-vingts jours de préparation de ces pilules, il les a
( 201 )
traitées avec de l’eau distillée seule, et avec une petite quantité d’eau
et de l’alcool ; et, dans aucun cas, il n’a pu découvrir la moindi’e trace de
sublimé.
H conclut de ces faits : que ce serait commettre une erreur que de per¬
sister à publier que les pilules de calomel préparées depuis quelque
temps contiennent du sublimé ; que l’on ne doit pas penser que les
symptômes alarmants qui se manifestent après l’ingestion de ce médica¬
ment sont provoqués par du chlorure mercurique existant dans les pilules,
si ces pilules n’ont point été préparées avec des extraits, etc., etc., con¬
tenant des chlorures. Du reste, le médecin ne doit plus adminisü-er le calo¬
mel à un sujet qui a éprouvé des accidents fâcheux de ce médicament, car
il e.st présumable qu’il se forme alors dans l’estomac de ces malades, sous
une influence idiosyncrasique, une grande quantité de cblorure mercu-
ri([ue. L’on sait, d’après les belles expériences de M. Mialhe, que la
mcinbrane muqueuse de l’estomac laisse suinter du chlorhydrate ammo¬
niaque , (|uc dans ces cas les chlorures mcrcureux, après avoir- été trans¬
formés en chlorure mercurique, peux-cnt agir comme poison. 11 faut
donc que le médecin se souvienne qu’il ne doit point faii-e entrer dans la
composition des pilules de calomel des extraits ou d’auti-es principes qui
contiennent des chlorures.
DE l’emploi du peroxyde de fer hydraté , COMME CONTRE-POISOiX
DE l’aRSEIXIATE DE POTASSE.
On lit, dans le Jomrnal de Chimie médicale, la relation d’un casd’ein-
poisonnement par l’arséniate de potasse (60 centigrammes), traité avec
le plus grand succès par l’hydrate de peroxyde de fer (environ 90 gi-.).
Le fait de la réaction de l’hydrate ferrique sur l’arséniate de potasse
m’ayant paru douteux, l’expérience est venue confirmer ce cpie la théorie
me faisait pressentir, c’est-à-dire que la réaction, en cette circonstance,
est complètement nulle. — Cette observation, examinée à la légère,
tendrait à faire conclure que rien ne se passe dans le corps de l’homme
qui puisse être comparé aux réactions que le chimiste opère dans son la¬
boratoire, ainsi que le proclament encore un bon nombre de praticiens
on ne peut plus estimables. Mais par bonheiu- poiu- les esprits jaloux de
faire marcher à la fois l’expérience et la théorie, que l’explication du
fait chimique relaté plus haut est des plus faedes à donner : il suffit pom-
cela de se rappeler que le liquide de l’estomac est acide, (pi’il renferme
au moins les acides chlorhydrique et lactique, lesquels, après ax-oir été
saturés par l’oxyde ferrique, ont pu déterminer ensuite la décomposition
( 202 )
de l’arséniate potassique, en donnant lieu, par double décomposition, à
deux nouveaux sels à base de potasse, et à de l’arséniate ferrique.
Toutefois, malgré l’heureux résultat obtenu par M. Josse, auteur de
l’observation qui nous occupe, nous ne conseillerions point aux prati¬
ciens d’avoir recours à ce peroxyde en pai cille cil-constance; l’emploi du
perchlorure de fer bien neutre, ou meme un peu basique, nous paraît
incomparablement préférable. L. M.
BIBLIOGRAPHIE.
Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec
l’éducation sociale et privée, morale et physique. Essai d’un
nouveau système de recherches physiologiques et pathologiques sur
tes rapports du physique et du morale par le docteur Cerise.
1 voliune 10-8°.
Depuis que l’anatomie, poursuivant jusejue dans l’intimité des organes
les ramifications les plus déliées du système nerveux, a montré l’organisme
enveloppé dans une sorte d’atmosphère nerveuse, toutes les questions
de la physiologie et de la pathologie se sont compliquées de questions
plus ou moins ardues sur cet élément si important’de l’organisme himiain.
A partir de ce moment, le système nerveux est devenu de tous côtés
l’objet d’études plus ou moins sérieuses, de travaux plus ou moins éten¬
dus. Mais la plupart de ces ti-avaux, conçus au point de vue matéria-
hste, ont constamment isolé l’appiireil qu’ils étudiaient de l’ensemble des
conditions qui exercent sur lui la plus puissante influence. Quand, nous
dépouillant des halntudes matérialistes' qu’iuie mauvaise direction scien¬
tifique nous a fait conU-acter à tort, il nous sera devenu plus facile de
nous occuper des réalités qui ne tombent point sous les sens, nous au¬
rons peine à comprembe comment on a pu entreprendre d’aussi nom¬
breux travaux sur le système nerveux, sans étudier en même temps
l’atmosphère spéciale, si nous pouvons ainsi dbe, dans laquelle res¬
pire , vît ce système, c’est-à-dii'e l’ensemble des idées et des institu¬
tions qui régissent le monde des intelligences. Le livTC de M. Cerise,
se brâmât-il à signaler cette lacune immense dans les études relatives au
système nerveux, et à insister sur la nécessité logique de rattacher l’é¬
tude de ce système à celle des -s icissitudes vai-iées de son excitant normal,
qu’il sufibait, dans notre opinion, de cette conception originale pour
a'Murër à cet autciu- une place distingftéc parmi les homtncs-ipii pensent
( 203 )
que lé scalpel n’est point le seul insti’ument applicable à l’étude des
sciences pnysiologiqucs. Qu’on n’aille point supposer, d’après ce qui pré¬
cède , qu’à force d’élargir ainsi le cadre de scs éludes sm le système ner¬
veux , iVt. Cerise n’ait fait que de la métaphysique à propos de physio¬
logie ou de pathologié. Il y a dans cet auteiu- nu esprit éminemment
pratique, qui constamment le ramène aux réalités palpables et aux ap¬
plications. Ainsi son travail débute par une analyse profonde du phé¬
nomène d’impressionnabilité et d’innervation, considérées dans leiu-s
éléments. Ces éléments sont : l’élément affectif, l’élément sensorial et
l’élément intellectuel. Ce n’est point là une distinction nouvelle assiu’é-
ment, elle se trouve dans tous les traités élémentaires de physiologie; ce
qui est nouveau, c’est l’analyse des actes de la vie dans lesquels inter¬
viennent ces éléments, et la part qu’on y lait à chacun d’eux. Dans le
jeu normal delà vie, ces éléments sont rarement isolés dans leur action,
et les sympatliies n’expriment qu’un des accidents les plus simples de
eétte vie composée ; ils s’associent presque toujours de la manière la plus
intime, ils se meuvent d’une seule pièce, si nous pouvons ainsi dire. Le
granà moltile, le levier puissant de ces virtualités physiologiques diver¬
ses, c’est l’idée. Si vous faites abstraction des appétits, qui disposent
d’appareils spéciaux doués chacun d’un sens egalement spécial, toute
impression sensoriale et ganglionnaire chez l’homme s’associe forcément
à fidéc qui la détermine, la complète. Mais, sans nous engager dans une
discussion tpi nous condunait trop loin, qu’est-ce que l’idée au point de
vue ou nous nous plaçons en ce moment? C’est l’honime mteUigent et
moral, tel que le fait l’enseignement par le langage et par les institutions
sociales. Nous avons dit que M. Cerise, tout en faisant largement usage
de l’induction, ne quitte jamais terre, n’abàntlonne jamais les laits ma¬
tériels et pàlpables. Voici,pour justifier convenablement cette assertion,
un passage de l’auteur, qui va montrer mieux que tout ce que nous poiu-
rions dire , comment la tiiéorie qui précède se rattache aux faits de l’or¬
dre physiologique, tel que nos conceptions étroites l’ont fait : « Ainsi
se trouvent représentés dans le système nerveux de l’homme, et par des
appareilsdistincts, les trois ordres d’influences qui interviennent dans les
fonctions et les maladies neiveuses. Les influences de l’organisme, dési¬
gnées par les noms de tempérament, de prédispositions générales, origi-
ginellcs ou acquises, de troubles fonctionnels de la vie, de nutrition, de
besoins, de penchants, etc., sont représentées par l’appareüganghon-
naii-e. Les mfluences du monde physique, ou les sensations qui ont joué
un si grand rôle dans la théorie des sensuahtés, sont rejrrésentées par¬
les appareils sensoriaux ; les mfluences du monde spirituel ou les idées
sont représentées par l’appar-erl psycho-cérébral, darrs lequel chacune
( 204 )
d’elles imprime une modification distincte. Ces trois appareils concourent
à la production des phénomènes de la vie morale et intellectuelle, au
moyen de connexions établies entre eux, et avec l’appareil dé la loco¬
motion par la centralité méso-cépbalo-racbidienne ou sensorio-mo-
trice. »
Ces préliminaires posés, l’auteur poursuit l’analyse de l’influence
exercée sur les fonctions et le développement du .système ueiTCUx, au
moyen des signes du langage d’abord, puis au moyen des institutions so
ciales. Ici s’ouvrait devant l’auteur une carrière immense ; il a dû néces¬
sairement limiter le champ de scs recherches. Pour M. Cerise, cette in¬
fluence est toute-puissante ; pour lui l’individu qui serait complètement
et dejmis son enfance soustrait à l’action évolutrice du milieu soical, ne
pourrait arriver à l’état d’organisation achevée. Non-seulement le sj's-
tème nerveux, manquant de son excitant normal, avorterait, mais, les
irradiations sympathiques étant presque nulles, cet arrêt de dévelop¬
pement s’étench'ait jusqu’aux systèmes musculaire et osseux eux-mêmes.
Bien qu’il y ait, dans les nombreux chapiti-es que nous résumons par la
proposition qui précède, un gi'and nombre d’aperçus des plus intéres¬
sants, une multitude d’idées qui séduisent, nous l’avouerons, nous crai¬
gnons que l’auteur n’ait ici un peu trop abandonné le commerce des faits
pom- suivre la marche logique de l’induction. On rencontre non-seule¬
ment dans les hospices d’aliénés, mais çà et là dans les campagnes, des
individus atteints d’idiotisme congénial, et dont l’organisme, malgré les
conditions physiques défavorables dans lesquelles ils ont été'souvent pla¬
cés, est arrivé à un développement complet. Les obseivations de M. Itard,
dont M. Cerise s’étaye, sont loin, d’un autre côté, d’avoir la signification
étendue qu’ilscmble leur supposer dans le]sensde son idée. Quant aux cré¬
tins , qui sont un exemple bien remarquable de l’influence pernicieuse
que l’absence de tout enseignement peut exercer sur l’organisme, il nous
semble que dans ce résultat il est clifflcile de distinguer rigom'eusement
les effets de cette influence de ceux qui appartiennent aux mille condi¬
tions fâcheuses qui pèsent sur ces pauvres êtres dégradés. Pom- nous
donc , sans aucun doute, il y a dans l’instruction, dans l’éducation, dans
les institutions sociales, des moyens puissants d’action sur les fonctions
et le développement du système nerveux ; mais nous ne pensons pas que
cette influence, toute puissante qu’elle est, aille aussi loin que le suppose
l’auteiu: : nous croyons que la force plastique, la force évolutrice, qui
commande le développement du foetus durant la vie intra-utérine , con¬
tinue d’agir pendant un temps fort long encore dans le milieu nouveau
où l’enfant se trouve placé , et que, de même qu’avec le sang maternel
cette force a conduit le système nerveux comme le reste de l’organisme
( 205 )
à un certain degré de développement, ainsi, pendant longtemps encore,
avec le secours des seuls agents physiques de la vie, elle pomTa achever
le développement de l’organisme.
Séduit par la profondeur des idées de M. Cerise, autant que par la
forme élégante qui les revêt, nous nous sommes laissé entraîner au delà
des limites dans lesquelles nous aurions dû nous renfermer pcut-êti-e : il
ne nous est plus permis que d’indiquer d’une manière générale les
pointsprincipaux qui sont traités dans le reste du livre. Nous signalerons
principalement ici le chapitre où l’auteur traite de la coordination des
phénomènes généraux de l’imprcssiomiabiUté et de l’innervation, puis
celui où il propose un nouveau système de coordination des phénomènes
généraux de l'habitude. C’est surtout dans ces deux chapitres, aussi
riches d’idées que de faits rigom’cusement interprétés, que les médecins
pourront apprendre qu’en dehors de l’amphithéâtre ou peut encore fane
delà science, et de la science qui va droit à la pratique. Du reste tout
ceci n’est qu’un pitoyable parlageà propos d’un des ouvrages les plus mé -
thodiques et les mieux écrits qu’on ait faits depuis longtemps : qu’il nous
soit permis, manquant du temps qui nous serait nécessaire ponr mieux
faire, de terminer eu rapportant textuellement la conclusion générale
de l’auteur : sa pensée sera là plus au large :
« L’éducation publique et privée, morale et physique, intervient
dans les fonctions et les maladies nerveuses ; 1” d’une manière générale,
en se confondant avec toutes les influences natm'elles et sociales qui nous
entourent, en se mêlant intimement et nécessairement à l'atmosphère
spirituelle et matérielle dans laquelle nous vivons ; 2“ d’une manière spé¬
ciale, en dirigeant les faits de ch'culation, de déperdition et de nutritiou
générales ou partielles , qui sont placés sous l’enlphe du régime et des
exercices, en dirigeant les phénomènes d’impressionnabilité et d’inner¬
vation qui sont placés sous l’empire des idées et des sentiments. »
_ S.
Muséum d'anatomie pathologique de la Faculté de médecine de
Paris, ou Musée üupuytren, pubhé au nom de la Faculté. 2 vol.
in-8“ avec aüas.
Bien que l’anatomie pathologique soit une science qui se compose de
données dont la valeur est encore loin d’être nettement déterminée, les
faits nombreux, intéressants qu’elle a péniblement recueillis, méritent,
sans aucun doute, la plus sérieuse attention. La publication dont il s’a¬
git, et qui est en grande partie due au tèle éclahé de M. Orfila, a donc
un droit bien réel au suflrage bienv'eillant du public métUcal. Le plan
( 206 )
que jusqu’ici les auteurs ont suivi, est celui tjiii, dap^ l’état actuel de la
science, nous paraît le plus rationnel. Il ne préjuge ep rien la valeur
des matériaux scientiflques qu’ils InTcnt à l’étvidé et à la méditatiop
des médecins ; c’est purement une description gra]plii(pe des altéra¬
tions que-les maladies laissent dans les divers tissus ejui entrent dans la
composition de l’organisme humain ; c’est la géo^’aphie physique , si
nous pomons ain-si dire, du microcosme pathologi(|ue. Il est fort peu
de livres, depuis vingt ans surtout, cpii, traitant une question (juelcon-
que en médecine, n’accordent une large place à l’anatomie moihide, et
cette science nouvelle se trouve ain.si presque tout entière dissémiqée
dans de nondn-f-ix et vohmiineux ouvrages ; mais là, partout les don¬
nées intéressantes de cette science sont en quelque sorte passées à la
fiüèrc des théories, et sont soumises <à toutes les fantaisies des exjjjî-
cations arhitraii-cs. Dans les quelques livres ex professa meme que
nous avons sur cette matière, cette cause d’erreur, de sophistication
s 3 ''stématique, éclate presque à chaque page : U n’en |)ouvait d’ailleurs
être autrement ; ces auteurs, que nous nous plaisons du reste à raeltj-e
en première ligne, sont des médecins <pii ont formé leur théorie, leur
doctrine ; il était impossible qu’ils s’en séparassent en faisant l’iiistoire
d’une science qui touche par tant de points à la théorie générale de Ja
pathologie. Les auteurs du ÎMiisée d’anatomie pathologique ct^ienjt à cet
égard heaucoup mieux placés ; ils ont pu aborder, dégagés de touje
préoccupation systématique, le travail dont ils s’étaient ch^gés : cette
circonstance répond de leur fidélité dans la description des altérations
qu’ils ont à exprimer. Les deux premiers vohnnes qui commencent cet
important travail sont consacrés à la desciiption des altérabons mor¬
bides du squelette humain : la précision des termes, ^i, loin d’j^pê-
cher, favorise au contraire une certaine lai-geur de description ^ an¬
nonce dans les auteurs une tpralité qui était ici essentielle, c’està saygir
une grande habitude de l’anatomie pathologique. Ce sera là, sans aucun
donte, un ouvrage des plus intéres.sants, et nous ne doutons pas qu’il
ne fasse rapidement son chemin dans le monde savant, si les volumes
suivants sont confiés à des plumes aussi exercées, et si, en même temps,
on y joint des planches d’une exécution aussi soignée que celles qui
accompagnent ces deux premiers volumes.
( 207 )
COIWESPONnANCE MÈDIGALB.
UN MOT d’explication SUR UNE FORMULE DES PJEIILES DE LARflffUE
CONTRE LA GOUTTE.
Monsieiu’ le rédacteur, j’ai à vous signaler une difficulté qui intéresse
eu ce moment la prfitique de plusieurs médecins du département que
j’habite, relativement aux pilules de Lartigue, médicament que votre
journal m’a fait connaître, et dont j’ai constaté les avantages dans un
article que vous avez bien voulu msérer dans le BulleHn de thérapeu¬
tique. J'ai d’autant plus de confiance que vous répondrez à l’appel que
j’ai l’honnem- de vous faire , que votre publication a rempli jusqu’ici,
avec conscience et avec zèle, la mission qu’elle a prise, celle d’éclairer
les médecins sur la valeiu' des médications proposées.
Or, je vous dirai qu’après avoir obtenu pendant longtemps les plus
beaux résultats des pilules de Lartigue, j’ai eu depuis quelque temps des
mécomptes tellement constants chez tous les malades auxquels je les ai
ordonnées, que j’ai été stupéfait de la différence des effets, et que j’ai
eu à en rechercher la cause avec soin. Je n’ai pas tardé à me convaincre
que mes malades avaient reçu, non des pilules confectionnées par M. Lar¬
tigue , comme les précédentes, mais bien des pilules faites dans les
phaiTiiacies même, d’après une formule puliliée par M. lloucbard^t,
pharmacien en chef de riIûtel-Dieu de Paris, dans son Annuaire de
thérapeutique de l’année deniière, formule qui est la suivante : extrait
de coloquinte composé, 20 grammes ; extrait alcoolique de semences de
colchique , 1 gramme ; extrait alcoolique de digitale, 1 gramme. Faites
des pilules de 15 centigrammes.
Il est de mon devoir de vous transmettre ces particularités et de vous
demander, dans l’intérêt des médecins qui ont copfiance aux pilules de
Lartigue, quelques éclaircissements propres à diriger leur conduite ulté-
Ces pilules sont-elles réellement les pilules de Lartigue, comme dwis
leur bonne foi les phai'macicns qui les préparent en sont convaincus?
Et, dans ce cas, comment expliquer leur différence totale d’action? Si
M. Lartigue a réellement donné sa formule à M. Bouebardat, .celui-ci a
réellement commis quelque eiTeur capitale en la transcrivant , car elles
n’ont aucune action curative, et déterminent, sans aucmi profit poul¬
ies malades, des superpurgations suivies d’une inflammation gastro-in¬
testinale plus ou moins rebelle, comme je m’en suis convaincu tout ré¬
cemment chez deux personnes auxquelles je les ai administrées comme
essai. Nous devons nous attendre à une rectification à ce sujet : votre
position à Pai-is, vosjrelations avec M. Lartigue et avec M. Bouchardat,
vous mettent, mieux que tout autre, en mesure d’avoir une explication
catégorique, que j’attendrai, pour ma part, aveci mpatience.
Veuillez agi-éer, etc.
Crodigneau (de Fronsac),
Chirurgien à l’hôpilal mililaire de La Rochelle
(Charente-Inférieure).
P. S. Ce n’est pas seulement à La Rochelle que des mécomptes ont
eu lieu avec la formule de M. Bouchardat. A Libourne, plusieurs con¬
frères ont eu à se repentir de les avoir administrées chez des goutteux.
Je citerai, enti-e autres, M. le docteur Liarès, qui s’est vu forcé de re¬
noncer à leur emploi.
Vous verrez encore l’importance de corriger la formnle de M. Bou¬
chardat dans le sens de la préparation suivie par M. Lai-tigue, par la
lettre que j’ai reçue de M. le docteur Senné de Siu-gères, votre abonné,
que j’ai l’honneur de vous atb’csser.
Eûcplications données par M. Bouchardat au sujet de la lettre
précédente.
Mon cher confrère, voici tout ce que je puis répondre à la lettre de
M. Crouigneau et à toutes celles de même nature que vous avez reçues.
M. Lartigue ne m’a pas communiqué la formule de ses pilules contre
la goutte. Ce n’est pas non plus la sienne que j’ai voulu donner dans
mon Annuaire de thérapeutique; il n’y a qu’à lire ce tpie j’en dis
pour en être convaincu.
Ma formule est intitulée pilules anti-goutteuses, et non pilules de
Lartigue.
Ce n’est pas ma faute si le Journal de Chimie médicale et plusieurs
journaux de médecine ont induit en erreur quelques médecins et quelques
pharmaciens, en publiant ma formule sous le titre de pilules de Lar¬
tigue. Je ne suis pom' rien dans cette publication.
Si M. Lartigue n’avait pas tenue secrète jusqu’ici la formule de ses
pilules, tpte je reconnais être un bon médicament, je n’aurais pas pu¬
blié celle que j’ai donnée. J'espérais, par cette insertion, le déterminer
à nous faire connaître la véritable composition de son remède.
Les pilules dont j’ai doimé la formule ne sont dune pas l)?s pilules de
Lartigue; mais elles sont au.ssi des Ridules anti-goiit'teuses, jouissant
d’une ellicacitc constatée par un grand nombre d’expériences.
Quant aux inconvénients et au défaut d’action que quelques-uns de
( 209 )
vos abonnés vous ont signalés dans l’usage de ces pilules, je dirai qu’a-
près de nouveaux essais j’ai cru moi-même devoir modifier la formule
précédemment publiée ; qu’au lieu d’un gramme d’extrait de colcLique,
j’en mets aujourd’hui 20 grammes, et que j’ai supprimé l’extrait de
digitale pour le remplacer par ime égale propoilion d’exti-ait d’opium.
J’espère que ces notables changements rendront plus constante l’effica¬
cité de ces pilules, dont voici la nouvelle formule :
Extrait de coloquinte composé. 20 grammes.
Exü’ait alcoolique de semence de colchique. . 20 —
Extrait d’opium. 1 _
Faire des pilules de 15 centigrammes.
Ce 14 septembre 1842.
Bouchardat,
Pharmacien en chef de l’IIOlel-Dieu de Paris.
SUR l’association du sülpate de quinine a l’acide carbonique dans
LE traitement des FIÈVRES DES MARAIS.
Le quinquina a été reconnu, jusqu’à ce jour, le plus efficace des re-
incdes qui ont une action spéciale sur le prmcipe des fièvres intermit¬
tentes et rémittentes marécageuses. Parmi'ses différentes prépai'ations,
le sulfate de quinine est celle dont on fait le plus souvent usage ; mais
cette préparation, indépendamment de son action curative, exerce sur
l’estomac et les intestins une action locale d’autant plus sensible, que
ces viscères sont souvent, chez les fiévreux, dans un état d’irritation et
de susceptibilité qui contrarie les effets de ce précieux médicament au
point qu’il faut, dans ces circonstances, en procurer la tolérance avant
de l’administrer, en employant des tempérants, des anti-spasmodiques,
et surtout l’opium.
La plupart de nos fièvres des mai'ais sont accompagnées, dans la pre¬
mière période du paroxysme, de vomissements spasmodiques que l’on
combat avec succès par la potion anti-émétique de Rivière ; cette po¬
tion, donnée toutes les deux ou trois heures, a souvent guéri seule des
fièi res intennittentes chez des individus d’un tempérament nerveux :
sous ce point de vue, on pourrait la regarder comme un excellent fébri¬
fuge , avec d’autant plus de raison, qu’il arrive quelquefois qu’en dé¬
truisant l'état inflanunatoire gastrique ou nerveux qui complique les
lièvres d'accès, celles-ci cèdent aux forces de la nature sans l’adminis¬
tration dn quinquina.
tome XXIII. 6' LIV. li
( 210 )
J’exei'cc, depuis longues années, la médecine dans une contrée ma¬
récageuse, où les fièvres intermittentes sont endémiques. J’ai doimé le
quinquina sous toutes les formes ; mais dans certains cas, voyant que le
sulfate de quinine ne répondait pas à mon attente, j’ai associé ce set
avec le gaz acide carbonique, pour combatti'e avec plus d’avantage les
effets de l’infection paludéenne qui se compliquent d’un état spasmodi¬
que; dans ce but, j’ai fait un mélange d’acide tartrique, de sulfate de
([uiniue, de bi-caibonate de soude et de sucre ; j’ai fait prendre dans
l’intervalle des accès, et à plusieurs reprises, cette poudre aérophore fé¬
brifuge dans le temps de l’cffcn esccncc, après l’avoir délayée dans un
demi-verre d’eau ; les malades la boivent sans répugnance, et les accès
disjiaraissent ordmaircmeiil apres trois ou quatre prises de cette poudre
gazeuse.
En la mettant dans un litre d’eau, je composais aussi une eau miné¬
rale gazeuse ipii avait une vertu assurée contre les fièvres intermittente.s.
(le mode d’employer le sulfate de quinine m’a pain rationnel, et l’ex¬
périence est v enue conlirmer la propriété de ce médicament pour aii-
niliilcr l’action toxique du miasme pyrogénétique, non-fcidcmcnt dans
les lièvres intermittentes simples, mais cneorc ilans toutes les lièvres du
plus mauvais caractère, tirant leur origine du principe délétère des ma-
J’ai obsen é, dans ma pratique, que le sulfate de quinine, rendu so¬
luble par les acides sulfurique, tartrique ou citrique, agit avec plus d’é¬
nergie, et à bien inoindi'e dose, que le sulfate de quinine ordinaire.
Voici la préparation de la poudre aérophore fébrifuge :
Prenez ; Acide tartrique. 9 grammes
Sulfate de quinine.10 centigrammes.
Triturez bien ensemble et ajoutez au mélange :
Bi-carbonate de soude. 1 gramme SOcentig.
Sucre en poudre. 2 grammes.
Pour une dose à prendi-e dans un demi-verre d’eau à l’instant de
l’effervescence. Ou bien on dissout séparément,'dans 30 grammes
d’eau, les mélanges de l’acide tartrique, du sulfate de quinine et de
sucie; on mêle les deux solutions, que l’on boit au moment de l’effer¬
vescence.
Voici la composition de ïeau gazeuse fébrifuge ;
Prenez ; Sulfate de quinine. 60 centigrammes.
Acide tartrique. 4 grammes.
Bi-carbonate de soude. 5 grammes.
( 211 )
Sueie en poudje.30 gi aininos.
Eau. 1 litre.
U faut avoir .soin d’introduire d'abord dans la bouteille le sucre, le
sulfate de quinine dissous dans l’acide tartrique, et innnédiatement après
le bi-earbonate ; on bouche aussitôt hermétiquement, poui- empêcher la
sortie du gaz. Cette eau se prend à la dose d’un demi-verre ou d’un
verre toutes les deux heures.
Dans les établissements d’eaux minérales artificielles gazeuses, il serait
facile d’en faire préparer une plus simple que celle que j’ai employée,
en ajoutant à un litre d’eau de 50 centig. à 1 gram. de sulfate de quinine
dissous préalablement dans une égale quantité d’acide tarti-ique ou citri-
(pie, et charger ensuite cette eau de cinq à six fois son volume d’acide
carbonique.
N'ayant pas à ma disposition un appareil pour la faltrication des
eaux gazeuses, j’ai guéri dernièrement un individu atteint d’accès de
lièvre, avec une faible solution de sulfate de quinine tartarisé, 30 ccu-
tigi’aniraes , pris dans l’intemlle du paroxysme , et mélangés avec
de l’eau de Seltz. Cette dernière manière de prendre le sulfate de
([uinine comme moyen prophylactique ou cm-atif des lièvres intermit¬
tentes serait peut-être plus a la portée de beaucoup de monde ; elle n’a
rien de désagréable.
11 est plusieurs autres substances médicamenteuses que l’on pourrait
l'aire prcndi’c ainsi associées avec l’acide carbonique, et on offrirait par
là à la thérapeutique un nouvean procédé de guérison ; mais je me
borne pour le moment aux combinaisons gazeuses que j’ai indiquées.
Je n’ai pas cru nécessaire d’énumérer dans cette note tous les cas nom¬
breux de guérison que j’ai obtenus par cette méthode. J'ai voulu seu¬
lement engager les praticiens h employer mes moyens et à en observer
les effets.
MEmiEüpère, D. M.,
Médecin de t’taospico do Saint-Gilles (Gard).
ex MOT SITH t.A TR.\XSMIS.SION DES DARTRES DE l’aXIMAL A e’hOMME.
Depuis que nous avons publié dans ce journal que les dartres des
animaux pouvaient se transmettre à l’homme, beaucoup de faits sont
seniis corroborer notre opinion, et prouver que les bases sur lesquelles
était appuyée la .science dermatologique pouvaient présenter entre
elles de nombrcuse.s dissidences. Je ne sais si les auteurs du .siècle der¬
nier, qui ont admis que le principe herpétique entraînait avec loi la con¬
tagion, n’avaient pas, pour valider leur opinion, l’observation ; il n’e»
( 212 )
est pas moins vrai que ces opinions contagionistcs se sont transmiscsparmi
les préjugés vulgaires. Mais, quel que soit le peu de confiance que l’on
doive ajouter à ces opinions, quelle que soit la'grossièrcté des procédés, il
est certain qu’elles ont toutes poiu- point de départ la matérialité d’un
fait, et qu’elles sont le reflet d’opinions médicales qui ont existé dans un
temps plus ou moins éloigné.
Je ne viens pas, dans cette circonstance, proclamer que la contagion
doive être la compagne inséparable des darü-es, comme le virus syphili¬
tique de la syphilis, et l’acarus de la gale ; je ne viens pas, dis-je, me
montrer l’adversaire des auteurs qui ont le plus contribué à détruii’e que
le principe de contagion, pour les dartres, était tout hypothétique et
spéculatif, et prouver pie Willan et Bateman, AlDiert et Biett, ont faussé
et mal interprété les faits. Ce n’est pas dans les contradictions et les
dissidences sans nombre qu’existe la médecine ; elle prend sa force dans
une manière plus sûre et plus eertaine, l’observation. En procédant
ainsi seulement, elle peut arriver au progrès ; aussi dois-je me contenter
de rapporter les faits, sans chercher à les commenter.
L’historique des maladies, malheureusement, n’a pas toujom-s le degi'é
de véracité que les observateurs seraient en droit d’exiger : obligé de s’en
rapporter au souvenir des malades, leur peu d’intelligence dans la plupart
des cas, dans d’autres leur indifférence, nuisent à ces comptes-rendus
nosologiques, qui ont pom’tant une gi-ande valeur. Ce que je relate, je
Au mois de mars dernier, un enfant d’une ferme voisine me lut ap¬
porté, ayant sur la ligure, le dos, les mains, en un mot sur toutes les
pai’ticsdu corps, une affection herpétique. Après avoir examiné la na¬
ture de cette affection, il me fut facile de pouvoir la rapporter à cette
variété d’Alibert, désignée sous le nom à'herpes furfuraceus cir-
einnatus, l’eczéma de quelques auteurs. A l’aspect, d’après ce que j’a¬
vais observé dans d’auti-es circonstances, il me fut facile d’en reconnaître
la cause. Je le questionnai sur le début; cet enfaut avait à peu près
onze ans, et était pàti’e, conmie ils le sont tous à cet âge-là ; il me dit tpie
dans leur éciuie il existait un veau, nouvellement introduit, et couvert
d'une éruption dartreuse, et qir’obligé de liri donner des soins, c’était là
qir’il avait contracté le germe de cette maladie. Les remèdes vulgaires,
dont se servent ordinairement les gens de la campagne, avaient été sans
effet ; amssi verrait-il réclamer les secours de la nrédecirre. Inutile sans
doute d’entrer dans tous les détails thérapeutiqrres pour une affectiorr si
simple dans sa forme.
Cet enfant ne fut pas la seule victime ; ils étaieirt nombreux darrs cette
làmillc, et ils firrent presque tous obligés de pay’er le tribut à la conta-
( 213 )
gion. Son père et ses frères fiu-ent pris; mais ce qui devrait ébranler
l’opinion des anti-contagionistes, c’est qu’une toute jeune enfant, cou¬
chant avec sou père et ne s’exposant pas aux mêmes causes que ses pa¬
rents, en fut aussi atteinte. En im mot, cette maladie produisit dans cette
famille la même chose que produit la gale quand un des membres en
est atteint.
(iomme il nous était facile de pouvoir examiner ce jeune veau, qui
avait aussi transmis cette maladie à ses voisins de crèche, voici ce que
nous ohsen'àmes. Cette affection herpétique existait principalement au
cou et sur le dos de l’animal, et les dartres, qui étaient à l’état rudimen¬
taire, présentaient une tumeur assez élevée qui disparaissait pour
s’étenche. Elles étaient identiques à Vherpes circinnatus de ce jeune
enfant.
Ce n’est pôint dans les idées spéculatives que nous devons rechercher
l’explication de l’obseiTation compliquée que nous venons de signaler,
mais bien dans les faits matériels. En effet, il ne doit pas rester de doute
aux esprits les plus sévères sur la nature de cette affection. Cet enfant,
jouissant d’une bonne santé, et ne présentant aucune trace de vice scro¬
fuleux , est atteint d’une dartre par le contact obligé d’un animal ma¬
lade ; la même affection se reproduit sous la même forme ; en un mot, il
y a identité parfaite dans la cause et dans les effets.
Pour moi, comme je l'avais déjà signalé, ce fait avait une x^aleur cer¬
taine et palpable ; mais une chose qui peut occasionner du doute, c’est
l’intoxication générale. C’est à la région palmaire qu’a eu lieu la pre¬
mière trace de la maladie, et de là elle s’est portée sur toutes les parties
du corps. Pour l’explication de ce fait, il ne faut pas croire que cela est
arrivé par continuité de tissus et extension de la maladie, car ce n’est
pas au point de départ du mal qu’elle s’est produite à la figure d’abord,
et au dos ensuite. Ainsi, il faut donc qu’il y ait eu absorption, je ne dis
pas de virus, puisque rien ne prouve qu’il en ait existé, mais bien du
germe de la maladie ; c’est-à-dire, pour se servir d’un langage plus
médical, la maladie a été locale dans le principe, est devenue générale,
et a réagi sur tout l’ensemble de l’économie.
. D'après cela, la transmission des dartres doit être un fait palpable et
appréciable, et dont la véracité ne peut être mise en doute. Les observa¬
tions des praticiens sont identiques, et si ces faits n’ont pas été déjà pu¬
bliés, clcst indifférence des obserx’atem's. Ainsi, toutes les fois que, par un
hasard quelconque, un individu a donné ses soins à des animaux atteints
de dartres, malgré les précautions qu’ils ont pu y apporter, rarement
ils ont évité la contagion. Cette affection, il est vrai, est légère dans sa
forme et dans son essence, mais comme variété morbide elle doit être
inscrite sm- les tableaux nosologiques.
( 314 )
Jusqu’à présent, dans tout ce que nous avons dit, nous avons pro¬
cédé du connu à l’inconnu. Pour compléter nos réflexions, il nous reste
à examiner une dernière question qui présente un ti-cs-grand degré d’in¬
térêt, c’est la transmission des dartres du père à la fille.
Une question qui semblait à jamnis résolue, et qui ne devait plus prc-
■•■enter de controverse, c’était la non-contagion des dartres : tant que
l’observation, cette pierre de touclic de toute opinion médicale, n’est
pas venue nous montrer le contraire, nous y avons ajouté une très-
grande confiance; mais les faits s’opposent à y croire d’une manière ab¬
solue.
La cause de l’affection herpétique de cette jeune fille présente un si
grand degi-é de simplicité, qu’elle n’a pas besoin d’être commentée. Eu
effet, que l’on rroie à la contagion herpétique, ou que l’on suppose que
ce n’est qu’en forçant les analogies qu’on peut l’expliquer, il n’en est
pas moins vrai que le fait est patent et évident. Ce n’est pas dans la
constitution de cette jeune fille qu’il faut en recberchcr le gaune, ce
n’e,st point dans une idiosyncrasie qu’on doit en trouver le principe,
puisqu’elle présente une affection identique à celle de son père, dont la
cause était palpable et matérielle. Ainsi les dartres ont été contagieusc.s
de l’animal à l’homme pour le père, et du père à la fille. Je livre ces
faits h la sagacité et à l’observation des dermatologues. Quant-à nous,
notre devoir médical nous imposait l’obligation de les signaler: nous
l’avons fait.
F. Dassjt, D.-M.
A Confolens (Charenlo).
OBSERVATIOS d’aBOÈS FISTÜLEÜX PNEU.UO-SOÜS-TÊGUMENTAIBE.
Les oljservations d’aljcès fistuleux pnenmo-sous-tégnmentaires, que
M. le docteur Senné a publiées récemment dans votre journal, m’ont
d’autant plus intéressé que j’ai eu, l’an passé, un cas analogue dans
ma pratique. Permettez-moi de présenter les principales circonstances
de ce fait, qui aima un plus grand intéi'êt par son rapprochement avec
ceux de M. Senné.
Paul Garrouticy, de la commune de Saint-Pié-de-I.Ærcn, canton de
Salies, âgé do vingt-quatre ans, et doué d'im tempérament sanguin
fortement prononcé, était domestique chez un de ses parents , (piand ,
dans la première quinzaine d’avril 1841, il fut subitement pris d’un
violent accès de fièvre. Malgré mi traitement antiphlogistique des plus
énergiques, la fièvre dtma trois jours avec la même intensité, sans que
je pusse en aucune manière en connaître le point de départ. J’étais dans
( 215 )
un vague pénible, et croyais avoir affaire à une de ces anciennes fièvres
inflamraatoû'es, lorsqu’une douleur qu’accusait le malade à l’aisselle
di'oite attira mon attention vers cettepai'lie. J’y trouvm, en effet, une
petite tumeur d’un rouge violacé et très-sensible au toucher ; des sang¬
sues en gi'and nombre furent appbquées à deux ou trois reprises, ainsi
que des cataplasmes emoUients ; mais le mal, loin de décroître, s’ag¬
grava de jour en joiu-, gagna toute la pai'tic latérale de la poitrine,
s’étendit jusqu’à l’épaule, et causait au malade de vives souffi’ances, La
fluctuation, que j’attendais avec impatience, se manifesta enfin ; je fis
l’ouverture de l’abcès, et une gi’ande quantité de pus de bonne nature
s’écoula.
En même temps epic l’abcès se formait aux parois de la poitrine, il
■se déclarait ime toux fréquente avec point pleurétique ; le patient ex¬
pectora même des crachats rouillés. L’auscultation m’ayant appris que
l’inflammation était arrivée jusqu’au poiunon, deux nouvelles saignées
furent pratiquées, et l’émétique à haute dose fut adminisU'é pendant
trois jours. Vains efforts ! Bientôt après, une quinte de toux si forte se
déclara, qu’on crut pendant (pielques instants que le malade allait s’as¬
phyxier. Cotte quinte se termina par une expectoration très-abondante
de véritable pus. Dès ce moment, je ne me dissimulai ni la gravité
du mal, ni les dangers que courait le malheiueux Garrouticy. Je vis
clairement que l’inflammation avait gagné les detix feuillets de la plèvre,
le tissu même du poumon ; qu’un al^cès énorme s’était formé dans toutes
ces parties, et qu’il s’était fait jour et à l’extérieur et dans les bronches.
Depuis ce jom-, qui était la fin d’avril, juseju’au mois d’octobre, où
Garrouticy partit pour, les eaux, il fut toujom's dans un état de débilité
alarmant. Quand il crachait beaucoup, rouvertiu’e pratiquée aux parois
ne donnait rien ou presque rien, et ipiand cClle-ci donnait beaucoup, la
toux et les cracliats dispai'aissaicnl. A cela se joignait une fièvre conti¬
nue avec accès (piolidiens, des sueiu’s noctutnes et une diarrhée colli-
quative. Ce cortège effrayant de symptômes n’était pas de nature à
rassurer. En désespoir de cause, il me vint dans l’idée de l’envoyer
aux eaux de Bastennes. Le jom- est fixé, il part avec sa mère. Pendant
(juiuze joins, il se trouva à merveille de ces eaux. Sa toux, ses crachats
et la suppination du côté avaient disparu ; son appétit était revenu, et
avec lui im embonpoint reraarqualile. U voyait donc avec délices son
état changer et ses forces revenir, il se croyait même guéri, quand un
mouvement fébrile assez intense le jeta dans son fit. Un médecin expé¬
rimenté, aux soins duquel il fut confié, le saigna deux fois, et diminua
ainsi son étal de phloguse ; la fistule se rouvrit, et les crachats reparu¬
rent. Le malade quitta les eaux, rentra chez lui, et, liien qu’il ait été
( 216 )
convalescent pendant quelques jours, il s’est remis tout à fait, et se
trouve aujourd’hui dans un état j)lus que rassurant. Tous les fâcheux
symptômes qu’il a présentés pendant si longtemps ont disparu ; depuis
longtemps il n’y a plus de suppm’ation ni par les parois de la poitrine,
ni par les bronches; toutes ses fonctions se font parfaitement bien; il a
déjà repris les ti'avaux pénibles de la campagne, et tout m’annonce (|ue
sa guérison est radicale.
Je lie saurais reconnaître assez haut l’action xTaiment miraculeuse
qu’ont eue chez ce malade les eaux de Bastennes. Quand il est parti. je
lui donnais quel(|ues jours à vivre, et voilà que dans deux semaine' il
passe pour ainsi dhe de ti’épasà vie. Je ne connais pas d’analyse de ces
eaux. M. Pâtissier les mentionne bien dans son tableau statistique de-
eaux minérales de France, mais n’en donne, dans son ouvrage, ni la
composition ni les effets. Tout ce que je saLs, c’est que Bastennes est n
petit village du département des Ijaiides, à six lieues de Saint-Sca cr. Je
crois que ses eaux sont sulfurenses froides, et analogues aux eaux d’Eu-
ghicn et d’üriage.
Ala.man, D. M.,
A LabasUde-Villefrancho (Basses-I’ïrénéej •.
BULLETIN DES HOPITAUX.
De l’aménorrhée causée par l'engorgement deVutérm. —S’il est
un axiome en pratique, c’est assurément que pour guérir une maladie il
faut combattre la cause qui l’entretient. On doit donc porter toute son
attention à apprécier cette cause. Rien n’est plus commun que de voir
raménonhée exister chez les jeunes filles : il en est qui à seize, dix-huit,
vingt ans même, n’ont pas eu leurs règles. Les toniques, les eraménago-
gues ont été donnés à pleines mains, et, loin d’avoir amené le résultat
désiré , ils ont au contraire occasionné des accidents d’irritation géné¬
rale, des irritations des organes digestifs, de la fièvre. Dans ces cas, ([ue
fait un sage praticien ? il s’ai-rête, il se borne à combattre les syuqttômes.
G’est bien sans doute, car ainsi il ne fait point de mal; mais on doit exiger
de lui plus que cette abstention de remèdes ; on attend de son art le rét:i-
blissementcïe l’équilibre fonctionnel troublé. Nous devons donc signaler
comme une des causes les plus souvent méconnues de l’aménorrhée chez
les jeunes filles, l’engorgement de l’utérus. Nous en avons en ce moment
un exemple sur une jeune fille âgée de vingt-un ans, couchée ati n" B?
delà salle Saint-Augustin, à la Pitié. Cette fille n’a encore jamais eu ses
règles ; elle en a eu les prodromes à plusieurs reprises différentes ; depui -
( 217 )
longtemps elle a des pesantem’s, des donleurs dans les reins qui aug¬
mentent par la marche, de la sensibilité à l’hypogastre par la pression.
Malgré cela on a insisté pendant plusieurs années sur les toniques et les
emménagogues. Le flux menstruel n’est point venu. Entrée à la Pitié, on
a constaté, en outre de ces symptômes, un écoulement blanc par les
organes génitaux. Comme cette fUle n’était point vierge, M. Lisfranc l’a
touchée, et comme il en avait la pensée, il a trouvé un engorgement con¬
sidérable de l’utérus qui avait plus que doublé de volume. C’était là la
cause de l’aménorrhée ; le traitement qui avait été fait avait dû aug¬
menter rùritation et l’engorgement. On a combattu par les moyens
appropriés l’affection utérine, on a détruit l’engorgement, et l’iiTuption
menstnielle s’est effectuée. L’engorgement de la matrice comme cause
d’aménorrhée n’est pas assez généralement apprécié. Il faut le combattre
avant tout, car un organe (pii est malade ne peut remplir scs fonctions.
Hydropisie dans la gaine du jambier postérieur traitée par
l’injection iodée. —Depuis quelcpie temps M. Velpeau a attii-é l’atten¬
tion de ses élèves sur une maladie dont les auteurs ne parlent point, et
dont l’existence à l’état aigu n’est pourtant pas très-rare. Cette affec¬
tion pourrait bien être, dans certaines circonstances, le point de départ
de CCS collections synoviales qui se font dans les gaines des tendons, et
qu’on observe si souvent aux doigts, dans la paume de la main, au poi¬
gnet; Dupuyti'en les a décrites sous le nom de tumeurs en bissac. La
grande analogie qui existe entre ces tumcins, auxquelles on n’ose point
toucher, et l’hydropisie inflammatoire, sous l’influence rhumatismale ou
autre, des gaines des tendons, nous engage à présenter à nos lecteurs l’ob¬
servation suivmite ;
Le nommé Defrance, âgé de ti-ente-six ans, journalier, couché à la
salle Sainte-Catherine, n” 14, est entré à l’hôpital de la Charité le 8 sep¬
tembre 1842. Huit ou (bx jours avant son entrée, ce malade, dans un
état de transpiration consklérable, s’était étendu presque nu sur le sol.
A la suite du refi'oi(bssemcnt subit qui en fut la conséquence, il éprouva
une lassitude générale, des douleurs dans les articulations, une. soif ar¬
dente; les douleurs se fixèrent principalement aux genoux et aux pieds.
Il fut obligé de suspendre son travail. Un repos de trois ou quatre jours,
(juelques bains, firent disparaître le gonflement et la douleur des genoux.
Pourtant, comme le gonflement et la doiilem’ persistaient aux pieds, et
qu’il ne pouvait marcher, il se décida à entrer à l’bôpital. A son entrée,
on put constater un gonflement notable placé en arrière de la malléole
interne; à gauche, le gonflement était plus considérable qu’à droite; la
fluctuation était manifeste. Par une pression alternative des doigts le
c 218 3
long du trajet du tendon du jambicr postérieur, on produisait un dépla¬
cement du liipiide avec sensation de crépitation, qu’on doit attribuer à la
coUectioii sjTioviale qui, en se concrétant, avait donné beu à la formation
de petits grains analogues au riz cuit. La tumeur, des deux côtés, était
sans changement de couleur à la peau; la douleur existait à peine. Des
cataplasmes émollients fiu-cnt prescrits; le malade garda le lit. Mais
comme la timieur no diminuait point, siu'tout à gauche, où elle était plus
étendue, M. Velpeau se décida, le 12 septembre, à pratiquer avec le
trocart une poncüon qui ne laissa sortir par la canule que quelques
gouttes de synovie. Une petite ([uantité de teinture d’iode au tiers fut
injectée. La douleur dîna jusqu’au soir; un cataplasme fut appliqué. Le
lendemain il n’y avait point de douleur; le gonflement était un peu plus
considérable. Depuis la résolution se fait, quoique lentement. Il existe
encore un peu de fluctuation à droite comme a gauche; de sorte qu’il est
dinicile de dire si l’injection iodée pratiquée à gauche a été utile, puisque
la maladie ne marche pas plus vite vers la guérison que du côté droit, où
les seuls émollients ont été employés. Mais ü est important de constater
ce fait, que l’injection d’iode faite dans une gaine tendineuse a été sans
inconvénient. Nous attendrons d’autres faits pour conclure.
Accouchement prématuré artificiel. — Ce n’est pas une question
tout à fait résolue encore dans l’esprit d'un certain nombre d’accoucheurs
français, que celle de savoir s’il est permis, s’il est utile de provoquer
prématurément l’accouchement, dans les cas où les dimensions du bas¬
sin ou quelque diffonnité ne doivent pas permettre le passage d’un en¬
fant à terme. Les accoucheurs anglais et allemands professent cependant,
depuis longtemps, la doctrine des accouchements prémalmés, et les
excellentes raisons qui légitiment, qui commandent même cette manœuvTe
ont été présentées avec force et talent par IM. Stoltz, de Strasbourg ;
MM. les professeiu's Paid Duliois et Velpeau ont à leiu' tour soutenu la
légalité et la moralité de cette opération, ipù avait été blâmée et re¬
poussée par nos anciens accouchem-s Baudelocque, Gardien, Capuron.
Aujourd’hui donc, lorsque l’enfant estvialile, c’est-à-dire après le sep¬
tième mois, et tpt’il y a un rétrécissement du bassin, on peut provoquer
l’accouchement ; il est même des médecins ipii ont votilu étendre cette
pratique à tous les cas où une maladie tenant à la grossesse compromet-
ti-ait prochainement la vie de la mère. Du reste, l’on peut dire que,
lorsque l’accouchement prématuré artificiel est fait dans un temps con¬
venable, et que toutes les précautions voulues ont été prises, le résultat
e.st le plus souvent hem'eux. En voici un nouvel exemple récemment
publié. Une femme d’nne trentaine d’années, qui avait été déjà délivrée
( 10 )
Quatre fois d’enfants morts par la version, entre enceinte pour la cin¬
quième fois à la clinique de Gœttinguc. On constate chez cette femme
(jiie l’angle sacro-vertébral est trcs-saillant, surtout à gauche, et (pie le
diamètre antéro-postérieur du bassin n’avait que trois pouces et un quart.
On était dans la trente-troisième semaine de la grossesse. M. le profes¬
seur Siebold pensa, avec raison, qu’il fallait aussitôt recourir à l’accou-
chement prématuré artificiel. Il fiit pratiqué au moyen de l’éponge
préparée au mucilage de gomme arabique, introduite dans le col de la
matrice. Une fois que l’orifice fut complètement dilaté, on s’assura que
l’enfant avait une position vicieuse, et qu’il fallait faire la version par les
pieds. Avec beaucoup de soin on le conserva vivant. Encore aujour¬
d’hui , la mère et l’enfant se portent bien. — Nous avons vu pratiquer
deux accouchements prématurés au terme’de sejit mois et demi, ou même
de huit mois de grossesse, et toujours l’enfant est venu vivant, et il n’y
a pas eu d’accidents pom' la mère. Quelques détails sur la manière dont
nous avons vu employer réjmnge dans ces cas ne seront pas inutiles.
Après avoir, pendant quehpies jours, fait prendre des bains émollients
tièdes à la malade, recommandé des injections vaginales et des lave¬
ments i après avoir’ vidé la vessie et le rectum au moment de l’opération ,
on introduit dans le vagin im spécidmn plein, qui embrasse le col uté¬
rin. Avec de longues pinces, on porte alors dans l’orifice de là matrice
un cône d’éponge préparée, ayant de ô à 6 ccntimèü’es de longueur, et
1 centimètre et demi de diamètre à sa base. On introduit la petite ex¬
trémité du cône dans l’orifice de la 'matrice, et on pousse lentement
dans le col ; pendant cinq ou six minutes on le maintient, puis on retire
les pinces et le spéculum, et l’on garnit le fond du vagin pour mainte¬
nir le cône en place, soit avec de la charpie, soit avec tmc grosse éponge
douce î on soutient le tout avec lui bandage sous-cuisse. L’éponge pré¬
parée s’imbibe des sucs sécrétés, se dilate, excite et ouvre le col de la
matrice, et détermine, au bout de cinq à six heures, des contractions. On
peut, si le travail ne se car actérise pas, et si la dilatation n’est pas suffi¬
sante, mettre tme plus forte éponge ; il e.st rare que cette seconde appli¬
cation n'amène pas le résultat voulu.
Kyste de la thyroïde traité par l’injection d'iode- — L’injection
d’iode, substituée avec tant d’avantages au vin chaud dans le ti’aite-
ment de l’hydi’ocèle par M. Velpeau, devait nécessairement conduire
ce praticien à utUiser ce médicament pour la cure des kystes synoviaux,
des bourses muqueuses, des hygroma, des kystes du sein, etc. C’est
une véritable conqu('’to pom la chirurgie que ce nouveau mode de trai¬
tement de ces tiuneurs, qu’on était obligé d’enlevei- en totalité, ou de
( 220 )
faire suppurer pour les guérii'. La teintui’e d’iode injectée dans l’inté¬
rieur de ces kystes y déteimine une inflammation adhésive qui amène
l’oblitération de la carité séreuse. Des succès nombreux ont établi l’in¬
nocuité de cette méthode, et ont prouvé que l’injection d’jpde n’a aucun
des inconvénients qu’aurait incontestablement une injection vineuse. Le
ü-aitement dont il c.st question -vient d’être appliqué, U y a peu de jpurs,
aux kystes de la glande thyroïde.
Un maçon, âgé de vingt-deux ans, d’une bonne constitution, n’ayant
jamais en d’engorgements strumeux ni au cou ni aillems, éprouva, il y a
un mois environ, un peu de raideur dans le cou du côté droit, et s’a¬
perçut en même temps de l’existence d’une petite tumeur, cpii fut prise
pour un engorgement ganglionnaire. N’ayant du reste aucune dou¬
leur, il s’en occupa peu, et continua ses travaux. Cependant, voyant
la tumeur augmenter ainsi que la gêne dans les mouvements du cou, il
entra, le 2 septembre dernier, à l’hôpital de la Charité, et fut couché au
n“ 17 de la salle Sainte-Vierge, sei-vice de M. Velpeau. La tumeur, située
nu bas du cou, était assez volumineuse et soulevait le muscle sterno-mastoï-
dien, qu’elle débordait en avant ; elle était sans changement de couleur à la
peau ; au toucher, on sentait très-distinctement les impulsions artérielles,
l’œil même apercevait des mouvements de soulèvement tpti auraient pu
en imposer pour des mouvements d’expansion, et faire croire à im
anévrysme ; mais l’oreille, ne distinguait aucun bruit anormal, et en em¬
brassant la tumeur latéralement avec les doigts, on sentait bien encore
les mouvements de soulèvement, mais on n’éprouvait point le choc la¬
téral d’une véritable expansion. La tumeur se déplaçait bien un peu ,
pourtant sa base était large, et, en engageant fortement les doigts à .son
côté interne, il était impossible de l’Lsoler de la partie inférieure du
larynx. Une fluctuation des plus évidentes indiquait la présence d’un
bquide ; il était impos.sible de croire à l’existence d’un ané-vrysme; l’ab¬
sence de tons symptômes inflammatoires, de douleurs, d’élancements,
le développement rapide de la tumeur, ne permettaient point non plus
d’admettre comme probable l’inflammation suppurative d’un ganglion
- lymphatique.
Pour éclairer la que.stion d’une manière incontestable, M. Velpeau
prativjua une ponction exploratrice avec une aiguille droite en fer de
lance : l’introduction de l’aiguille permit d’apprécier l’existence d’une
cavité assez grande ; il sortit par la piqêire quelques gouttes d’un liquide
séreux, de couleur brune assez foncée ; une certaine quantité de liiptide
s’infiltra dans le tissu cellidaire, ce qui diminua un peu les dimensions
de la tumeur. Au bout de quelques jom-s, elle avait recouvré son volume
primitif. La ponction exploratrice n’avait amené aucune douleur. Le
( 221 )
12 septembre dernier M. Velpeau a vidé la tumeur au moyen d’un
trocart lin; il en est sorti environ quatre onces d’un liquide d’une couleur
brune. Une injection iodée a été portée dans le kyste, où une par¬
tie du liquide injecté a été laissée. La matière de l’injection contenait,
pour un tiers de teinture d’iode, deux tiers d’eau. La douleur n’a pas
été très-vive ; cependant elle a dm’é quelques heures, et a occasionné un
peu de céphalalgie. Le lendemain matin, la tumeur avait dépassé le vo¬
lume prmutif; elle était pourtant peu doulom'euse, et seulement au tou¬
cher. Depuis ce temps, la tumeur marche vers la résolution, et se com¬
porte exactement comme il arrive dans l’hydi'ocèle traitée par cette
méthode ; le malade est, aujourd’hui 19 septembre, en voie de prochaine
et parfaite guérison.
Conduite à tenir àVégard des esquilles volumineuses. — On ne
saurait assez rappeler les saines règles de pratique, ni les appuyer par
trop de nouveaux exemples. Uncouvrem-, âgé de trente-six ans, tombe
delahautem' d’un troisième étage sur le pavé, et est apporté à l’hôpital
de la Pitié avec des désordres très-gi-aves. Il présentait une luxation en
arrière des os de l’avant-hras di-oit sur le bras; elle a été réduite, et il en
est guéri ; ü avait une entorse ti’ès-forte du pied di'oit, il en est guéri ;
mais l’accident le plus sérieux était tme fracture comniinutive, existant
à l’union du tiers moyen de la jambe gauche aA'CC le tiers inférieur,
avec épanchement sanguin considéralde dans le membre , et étrangle¬
ment inflammatoire ; les saignées largement faites et répétées, le ré¬
gime antiphlogistique, la diète, ont conjuré le danger. Mais le point sur
lequel nous voulons fixer l’attention, c’est l’existence, à la partie anté¬
rieure du membre, d’une esquille du tibia de la longueur de cinq centi¬
mètres sur trois centimètres de largeur. Cette esquille, qui était tout à
faitmobile, devait-elle être enlevée? Non, car cUe atait encore quel¬
ques adhérences avec les parties molles, et elle était assez volumineuse
pour reprendre vie et se consolider. C’est en effet ce qui est arrivé ; au-
jom-d’hui l’épanchement du membre et l’inflammation ont disparu, la
consolidation de la fracture est très-avancée, l’esquille est parfaitement
soudée au reste de l’os, et forme sous la peau une légère saillie. Ce ma¬
lade guérira sans raccoincissement delà jambe.
Gangrène amenée par la rougeole dans une partie de la peau
déjà infiltrée. — Lorsqu’une inflammation spécifique vient à se dé¬
velopper sur un tissu infiltré, et qui a déjà subi une atteinte dans ses
propriétés vitales, la gangrène peut à l’instant s’emparer de ce tissu.
Nous en avons vu un cas singulier au n” 8 de la salle Sainl-Ixtuis, h la
( 929 )
Pitié, ün jeune enfant de cinq ans est renversé par une voiture dont la
roue lui passe sur le pied; il n’y a ni fracture, ni luKation, ni entorse.
Cet accident n’a pour conséquence qu’une bosse sanguine du volume d’un
œuf de poule, située sous la malléole, et s’étendant également en avant
et en arrière ; du reste point de douleur, point de signe marqué d’in¬
flammation. On se borne à des applications d’eau-de-vie camphrée, et
en quarante-huit heures la résolution était presque complète. Sur ces
entrefaites l’enfant est pris, le troisième jour de son entrée, d’une rou¬
geole assez intense avec forte fiewe. Le cinquième jour, la totalité de la
peau qui entrait dans la composition de la tumeur est frappée de gan¬
grène. 11 en est résulté un vaste ulcère qui se cicatrise en ce moment.
RÉPERTOIRE MEDICAL.
ACGOUCBEMENT. De Vauscul-
ttttton pour déterminer les pré¬
sentations du fœtus, Qui ne sait
aujourd’hui qu au moyen de l’aus-
culiation l'on peut roeonnaltre une
grossesse douteuse; que des balle-
ments doubles entendus à travers les
parois d’un utérus développé indi¬
quent la présence d’un fœtus vivant;
une l’existence de ces battements
uansdes points opposés et leur défaut
d’isochronisme sont l’indice d’une
grossesse multiple ; enlin que ces bat¬
tements ne peuvent être confondus
avec un autre bruit appelé bruit de
soulQe, que quelques-uns pensent se
passer dans le placenta ? Mais un point
plus important et qui n’est pas en¬
core, il s’en faut, complètement
éclairci, consiste à faire de l'auscul¬
tation, à une époque rapprochée de
l’accouchement, un moyen de diag¬
nostic des présentations et positions
du fœtus dans la matrice; chose im¬
portante, car le loucher peut ne pas
fournir les renseignements néces¬
saires dans certains accouchemeuls
laborieux où l’art devra intervenir.
C’est à préciser par de nouvelles ex¬
périences quel est le parti que l’on
peut tirer de ce moyen; à voir dans
quelles limites il faut le restreindre;
enOn, à examiner la valeur des opi¬
nions émises par plusieurs accou¬
cheurs modernes, qu'est destiné le
Mémoire de MM. les docteurs Devdl-
liers üls, et Chailly-Honoré.
Le fœtus étant presque toujours
courbé sur la face antérieure dans le
sein de la mère, c'est par sa région
précordiale postérieure que se trans¬
mettent les battements doubles du
cœur. Ces battements seront perçus
à leur summum d’intensité dans le
point de l’abdomen où cotte région
correspondra. Un autre fait, c’est que
l’oreille seule ou armée du stéthos¬
cope ne peut percevoir ce bruit de
manière à le localiser convenable¬
ment qu’autant que les régions du
fœtus qui le fournissent se trouvent
contiguës avec le segment antérieur
de l’utérus; car vers les flancs et à la
région postérieure ou lombaire, il est
impossible de le bien distinguer, à
cause de l’épaisseur des parties et de
l’éloignement de la matrice.
Tirez deux lignes sur la partie an¬
térieure de l’abdomen d’une femme
enceinte. Tune perpendiculaire de
l’appendice xipboïde jusqu’à la sym¬
physe pubienne, en suivant la ligne
blanche et en passant sur l’ombi¬
lic; l’autre transversale d’un flanc à
l’autre en passant également sur
l’ombilic; vous aurez deux quarts
supérieurs, l’un droit, l’autre gauche ;
deux quarts inférieurs de même
droit et gauclie. Si le summum d'in¬
tensité des battements s’entend
dans un des quarts Inférieurs, le
fœtus se présente par la tête; si le
bruit est perçu dans les deux quprls
supérieurs, ce sont les pieds qui
tendent à sortir les premiers, Le
summum du bruit entendu à droite
ou à gauche de la ligne indique les
positions droites ou gauchesdufœtus,
que la présentation soit par la tête on
les pieds. Plus le summum des
( 223 )
battements se rapproche de la ligne
blanche, plus on doit croire que la
position est antérieure; plus il s’en
éloigne, plus on a lieu de penser
qu’elle est postérieure.
Néanmoins ces données ne sont
point absolument certaines, elles ne
donnentquedes probabilités; il faut,
pour un diagnostic plus exact, appré¬
cier par l’inspection et le palper les
inclinaisons de rutérus, apprécier le
sié^e et la nature des mouvements
actifs du fœtus, enfin quelquefois
s’aider du toucher vaginal.
Il est des cas où l’épaisseur des
parois abdominales est peu considé¬
rable, où la quantité du liquide am¬
niotique est peu abondante ; dans ces
cas, en exerçant d’abord une pression
modérée, puis plus forte sur l’abdo¬
men avec les doux mains, on peut
saisir, même asscu distinctement, les
formes du fœtus. Un corps rond,
plus dur que les autres, impossible
ou très-dilBcile à déplacer, indique
la tête; un autre corps à surface plus
étendue, d’une courbure plus large,
d’une résistance un peu moindre,
peut être le tronc.
Il ne faut pas négliger le siège des
mouvements actifs du fœtus. Lorsque
la main appliiiuée sur l’abdomen sont,
non pas un mouvement de totalité,
mais de petits mouvements brusques,
on doit jienser que là sont les extré¬
mités inférieures ou supérieures. Du
reste, la femme a elle-même la per¬
ception du lieu où se passent les mou¬
vements de l’enfant; si dans les der¬
niers mois de la grossesse clleéprouve
de la pesanteur dans le bassin tandis
qu’elle ressent dans l’un ou l’autre
côté, à l’hypocondre, de petits coups
précipités, brusques, douloureux,
on doit supposer que ce sont les
pieds qui produisent ces derniers
mouvements et que la tête est à la
partie inférieure.
Au demeurant, ces signes, auxquels
isolément on ne peut accorderqu’une
confiance restreinte, prennent une
plus’ grande valeur quand ils con¬
cordent avec les données fournies
par le stéthoscope. Le toucher vagi¬
nal, dans quelques cas plus obscurs,
vient compléter le diagnostic.
Ainsi, chez une femme enceinte
l’auscultation fait-elle entendre le
summum du bruit de battements
doubles dans le quart gauche et infé¬
rieur de l’abdomen, on peut penser
que le fœtus présente le sommet,
parce que le summum des battements
s’entend en bas, et de plus qu’il est
en position occipito-lliaque gauche,
parce que ce bruit s’entend à gauche ;
si le summum du bruit se fait enten¬
dre au contraire dânsle quart supé¬
rieur, mais toujours à gauche, on a
lieu de penser que le fœtus se pré¬
sente par le siège, en position sacro-
iliaque gauche. Ces deux diagnostics
auront ensuite plus de certitude si
le développement de l’abdomen est
à gauche, si le palper y trouve des
formes solides, arrondies, volumi¬
neuses, tandis que cos formes sont
petites .et mobiles à droite et en
haut, où les mouvements sont forts et
fréquents, tandis qu’ils sont lents et
circulaires en bas. Dans le second cas
de présentation, au contraire, la main
trouvera le corps arrondi et dur en
haut et à gauche, et les petits mou¬
vements seront en bas. Ce que nous
venons do dire fera facilement com¬
prendre le diagno.sticdans lés autres
points du côté droit pour les présen¬
tations du sommet et du siège.
Nous n’entrerons pas dans l’exa¬
men des nombreuses observations
particulières renfermées dans le long
Mémoire do MM. Devillicrs et Gbail-
ly ; il nous suffira de dire que dans le
tableau qu’ils ont drossé de 38.5 ac¬
couchements, la terminaison a con¬
cordé 233 fois avec leur diagnostic,
tandis qu’il s’est trouvé on opposition
avec lui dans 68 cas. Los erreurs por¬
tent principalement sur les positions
et non sur les présentations. car sur
13T présentations do l’extrémité cé¬
phalique annoncées, ils ont rencon¬
tré juste 133 et se sont trompés 4 fois ;
et sur 6 présentations du siège, juste
4 fois, et faux 2 fois. On peut bien
aussi discerner les positions droites
on gauches du fœtus, car sur 98 posi¬
tions droites ou gauches annoncées,
ils ont rencontré 79, et ne se sont
trompés que 18 fols. Mais là où ont
été les plus nombreuses erreurs,
c’est lorsqu’il s’est agi de distinguer
les positions antérieures des pos¬
térieures du même côté. L’auscul¬
tation ne peut suffire pour établir ce
jugement.
D’après cet exposé, l’on volt l’uti¬
lité dont peut être l’auscultation dans
les accouchements. Seule, ello ne
peut indiquer exactement les pré¬
sentations du fœtus, comme l’onl
prétendu certains observateurs. Aidée
des autres moyens, elle trompe
même assez souvent; car non-seule¬
ment dans le dernier mois de la gros¬
sesse, mais même à un moment très-
rapproché deraccouohemont, le fœtus
( 224 )
peut changer de position dans la ma- serré, constipation, matières grises
trice, soit par un mouvemenl de ro- et décolorées, urines safranées. Les
tation sur son axe qui change sa po- flancs, ies hypocondres, la région
sition, soit, ce qui est beaucoup ptiis ombiiicale et l’épigastre sont le siège
rare, par une véritable culbute qui d’une tumeur qui soulève fortement
modifie sa présentation. Néanmoins, les dernières côtes et l’appendice xi-
il est incontestable que l’ausculta- plioïde. En palpant cette tumeur,
tion aidée de l’examen du ventre, évidemment formée par le foie, on
du palper, de l’appréciation du siège croit sentir, au premier abord, un
des mouvements du fœtus, fournit corps dur et solide dans toute son
des données précieuses que l’homme étendue ; mais en examinant plus at-
de l’art ne doit pas négliger :’il faut tentivementon découvre, à une assez
surtout recourir à ces ressources grande profondeur, une abondante
pour le diagnostic, lorsque peu de collection de liquide. Dans toute l’é-
temps avant l’accouchement ou pen- teudue de la tumeur, qui donne à
dant le travail, le toucher, ce moyen la partie supérieure du ventre de ce
par excellence, laisse des doutes, ou malade le volume de celui d’une
ne permetpasdedistinguer la position personne atteinte d’hydropisie ascite,
de l’enfant, connaissance qu’il est si rauscultation ne fait percevoir ni la
important d’avoir dans ce moment. respiration ni aucun bruit. Le cas
(Rev. méd., juin et Juiltet 1812.) était des plus graves. Vingt sangsues
- et des cataplasmes émollients sont
ABCÈS et hydatides du foie; gui~ appliqués sur le centre de la tumeur
Hson par l’ouverture artificielle, sans amener aucun changement. Le
Voici un beau fait de pratique re- mal empire à tel point, que le 30 avril
cueilli et publié par M. Obeix, mé- le malade est à toute extrémité; ni
decin à Savenay. Jean Hémery, la- les opiacés, ni les émollients, ni qua-
boureur, aujourd’hui ügé de trente- tre nouvelles applications de sang-
quatre ans, tomba tout à cmi|), sans sues n’ont diminué les douleurs ni
cause connue, à l’âge de vingt-deux arrêté la marche rapide du volume
ans, dans un état tel, qu’il paraissait du ventre.
aux médecins être au dernier terme Le 31 août, deux morceaux de
de la phthisie pulmonaire. Toux sè- potasse caustique, du volume d’une
che,hémoptysiesintercurrentes,dou- petite noisette, sont appliqués au
leur au côté droit du thorax , fièvre centre fluctuant de la tumeur, à
hectique, maigreur extrême, rien n’y droite de la ligne blanche et à 15
manquait. Cessation de tous les re- centimètres au-dessous des der-
mèdes ; usage exclusif du lait de chè- nières côtes. Le lendemain, l’es-
vre; point d'arrêt dans le mouvement carre, qui avait 10 centimètres de
de dégradation qui emportait cet iu- diamètre, est fendue cruclalement.
dividu. Enfin, retour à la convales- Le 3 septembre on enlève l’escarre,
cence et guérison qui coïncident avec et au fond de la plaie on applique un
l’expectoration, tous les jours, de nouveau morceau de potasse caustl-
plusicui's livres de matières purifor- que. Les forces du malade diminuent
mes, fétides, nauséeuses. de jour en jour. Le 5, ablation nou-
Jusqu’à la fin d’avril 18H, c’est- velle de l’escarre, troisième applica-
à-dire pendant plus de dix ans, la tion dans la plaie delà pierre à cau-
santé de cet homme fut parfaite. Il tère. Le6, l’etat dusujet est des plus
commença â ressentir alorsdansl’hy- alarmants.On enlève l’escarre, mais
pocondre droit ime douleur vive, on n’ose renouveler la potasse caus-
fixe, exacerbante, qui le quitta et le tique. On se borne à pratiquer plu-
reprit quatre fois pendant les mois sieurs scarifications au fond de la
de mai, juin et juillet, sans qu’il fit plaie avec une lancette, et les 8, 9 et
autre chose que de garder quelques 10 septembre on panse avec de Tou¬
jours de repos au lit. Une nouvelle guenisuppuraiif.Enfin,leil,IU.Oheix
attaque, mais bien plus violente, le enfonce perpendieulairement au cen-
déciua à appeler, le 8 avril, après si tre, déjà creusé par la pnlasse, un bis-
jours de douleurs atroces, les secours’ touri à lame iMroite à la profondeur
de M. Oheix. Notre confrère constata de 7 à 9 centimètres; il fait seulement
l’état suivant : amaigrissement géné- une ponction; il sort aussitôt, en jet
rai, traits altérés par la souffrance, rapide , deux litres environ d’un
cris perçants, peau sèche et brûlante pus clair et séreux. On introduit une
sans coloration ictériqiie, cépbalal- mèche de charpie entre les lèvres de
gie frontale, pouls fréquent, petit et la plaie, que Ton recouvre avec un
( 225 )
énorme morceau de sparadrap. Le
lendemain et les jours suivants, il
sort par cette ouverture du pus par
litres, une grande quantité de débris
d’hydatides, et plusieurs centaines
de ces acéphatocysles entiers, allant
du vdurae d’un grain de millet à
celui d’une aveline; plus tard, quand
on a agrandi l’ouverture pour leur
donner passage jusqu’à donner à la
plaie une étendue de 9 centimètres,
il en sort de plus considérables, quel¬
ques-uns ont la grosseur d’un œuf.
Un mieux manifeste avait suivi l’ou¬
verture de la tumeur, mais il se carac¬
térise encore mieux le 14 et le 15 sep¬
tembre. Le 19, la fétidité du pus en¬
gage à pratiquer des injections d’eau
miellée dans la cavité du foie : pour
la remplir, il faut introduire près de
trois litres de liquide. Il sort ues by-
datides jusqu’au 6 octobre, jour où
on en extrait deux du volume d’une
orange et des poches ayant apparte¬
nu à d’autres plus volumineuses en¬
core. A partir de ce moment, la sé¬
crétion diminue jusqu’au 15 novem¬
bre, où eile est tarie complètement.
Il ne restait qu’une listule biliaire
dans laquelie on pratiqua des injec¬
tions avec une solution de nitrate
d’argent; elle ne fut fermée qu’en
janvier 1842. 11 y avait une dépres¬
sion profonde au point de la cica¬
trice ; elle a üni par disparaître ; au
commencement d’avril 1842, la santé
d’Uémery était aussi bonne que ja¬
mais elle eût été. {Jour, de Méd. de
la Loire-Inférieure, 83” liv.)
AlilÉNÉS {De la tuméfaotion des
oreilles chez les), tar suite de la
paralysie générale qui frappe certains
aiiénes en démence, la circulation
est beaucoup moins active dans les
extrémités; de là le froid qu’on ob¬
serve aux pieds, aux mains, au nez
et aux oreilles chez ces individus;
de là encore une tuméfaction parti¬
culière des oreilles, qui survient, l’é-
quilibrecirculatoire étant rompu, soit
à la suite de coups ou de chocs sur
ces parties, soit encore par suite des
tractions du pavillon de l’oreille par
les gardiens. C’est sur ce phénomène
déjà observé en Angleterre, que
M. le docteur Belhomme iixe l’atten¬
tion de ses confrères de France, en
leur présentant quelques faits de sa
pratique. Ces tumeurs, dont le vo¬
lume varie depuis la grosseur d’une
noisette jusqu’à celie d’uue noix, se
forment dans le tissu cellulaire en¬
vironnant le cartilage de l’oreille, et
toujours à sa partie externe; ce sont
de véritables poches ind oIentes,dures,
qui se remplissent de liquides; la
peau qui les recouvre est rouge,
violette, fortement tendue, il y a de
la chaleur. M. Belhomme a pratiqué
la ponction chez un entrepreneur de
maçonnerie en démence et paralyti¬
que, qui présentait une tumeur du
volume d’une noix , en dehors du
pavillon de chaque oreille; il en est
sorti d’abord de la sérosité sanguino-
fente, puis par la pression du sang
pur et caillé. L'a plaie s’est cicatrisée
et la poche s’est remplie de nouveau ;
une nouvelle ouverture a donnéissue
à un liquide séreux d’une odeur
forte et nauséabonde. Une troisième
ponction et trois semaines de temps
ont été nécessaires pour obtenir la
cicatrisation, qui s’est accompagnée
d’un plissement, d’une sorte de 0é-
trissure du paviilon, dont les anfrac¬
tuosités ont disparu. Ce malade étant
mort, on a constaté que cette affec¬
tion avait eu pour conséquence une
véritable hypertrophie des cartilages
des oreilles, surtout de la gauche. Le
tissu cellulaire était dense, épaissi,
serré, etee^n’était qu’aveepeinequ’on
pouvait le séparer des cartilages.
( Bull, de VAcad. de méd. , août1842).
BLENNORRHAGIE {Stir le traite¬
ment abortif de la), par les injec¬
tions de nitrate d’argent d haute
dose. Il est une méthode qui compte
un certain nombre de partisans et
S îonsiste, au début de la blennor-
ie, à arrêter le développement de
ammation spécilique au moyen
d’une irritation artiticielle produite
dans le canal de l’urètre par une ou
plusieurs injections d’une solution de
queiques centigrammes de nitrate
d’argent cristallisé par 30 grammes
d’eau. Cette|méthode, qui est celle de
MM. Ricord et Serre, de Montpellier,
et qui a été préconisée par eux au
commencement de l’urétrite blennor-
rhagique et dans quelques cas d’uré¬
trites chroniques de même nature ,’
n’a pas pris, malgré l’autorité de ces"
deux chirurgiens, une très-grande
extension dans la pratique de ieurs
confrères; ceia tient à la répugnance
des malades pour ce moyen, et aussi
peut-être à la timidité de certains
praticiens qui craignent les consé¬
quences ultérieures de ces injections
sur le canal de l’urètre. Ceux qui ont
cette appréhension vont conséquem¬
ment frémir lorsque nous leur dirons
qu’il s’est rencontré un médecin qui.
( 'âS6 )
rfiprcHarit les injneiiohs eaiistlqiie!4
Pl'ejiosêes fa** C&rmicliaël, elilt’iirKlen
eh chef üe l’hospice des vénérichs
de DübliO, ne craint i)as d’annoncer
qu’il emploie codrammont et sans
hésiter eniniections, dés le Commen¬
cement de la maladie comme h la
lin, dans l’état aigu comme dans
l’état chronique, non pas duelqnes
cénilgrammes de nitrale d ai'gent,
niais 00,70,80 céniigrammes de ce sel,
par 80 grammes d’eau distillée; ()ui
assure iiue même à un gramme et
plus du médicament,"ces inleclioua,
pratiquées h toutes les périodes do
la blennorrhagie, sont sans danger,
rt’amcnent aueunaccident conséentif,
et éteignent iininédiateinent l’in-
Bammalton.
Ce médecin, c'est M. lo docteur
Debeney, cliirnl^ien aide-major dn
12» de ligne. Nous l’avouerons, c’est
avec prévention que nous avons ou¬
vert son mémoire; si nous l’analy¬
sons ici, c’est (ine nous avons trouvé
dans la lecture des faits qu'il contient
un intérêt pratique réel, et un cacliel
do bonne foi qui nous a séduit. Or,
comme en thélaipeiitiquo slirlout on
ne petit Juger que par l’expérience,
noua en appelons h celle de nos luo-
Jcls alleints de hlonnorrhagieit diB’é-
rentcs iMîi'iodes, mais présentant des
cas simples et sans coitiplicailnns, et
chez tons 11 a employé cimihie moyen
uni((Ue les injeetions avec lu nilratu
d’argent cristallisé, h la dose do 00
ccnligrammesd’aliordparao grammes
d’eau distillée. puis porté chez cer¬
tains malades a 70, h 80 centigram¬
mes. C'élüloni (les officiers ou des
soldats ieiinos et vigoureux, cl con¬
séquemment dans les conditions les
plus favoraltles à la réaction inllam-
matoîre. M. Debeney ne rapport!;
pas toutes les observations, mais il
eii diyine vingt assez détaitiéos pour
bien mire juger de l’emploi de la m»'-
dicatlon et de ses effets. Sur ce.s
quatre-vlngt-trois malades, Il n’y a
en d’accidents consécutifs (jue chez
un seul, qui a eti un buiion, lequel a
coïncidé avec rinjection, et que, à la
rigueur, on peut rapportera l’irrila-
tlon sympathique des ganglions in-
æ ' aux (lélerminéeparl’nrétritear-
elle produite parla cautérisation.
Quel but se propose-t-on par les
injecHons dans la Idenuorrhagie ? de
changer le mode de vitalité de la
membrane. Or, pour M. Debeney il
n’est pas de modltlcataur plus puis¬
sant et plus sOr t(üe l'injectioii caus¬
tique qu’il emploie. Par les Injections
à Ihibles doses quand l’écoulement
est accompagné de douleur, l’irrita¬
tion estaligmentéo, et l’on Ostobligé
à diverses reprises de suspendre le
remède, do donner des bains, d’ap-
n uer des sangsiios, ut même quand
’y a pas de douleurs on n’obtient
la guérison que dans un espace de
temps varlabledo six, douze ou (juinze
jours. Par l(>s injections à forto dose
on évite ces suivxcitations succes¬
sives et les longnetirs qu’elles en-
iratnent; on fait disparaître subiie-
iiieni les traces de pblogose, les
malades ne sont pas exposés à celle
oxagératinn morbide dans la sensi¬
bilité de la mliqtieiise signalée par
plusietirs praticiens.
Voici l’effet de l’injection cansli-
qtie, tel que l’a observé sur lui-
mème M. le docteur Debeney :
A neufhenres du soir, la membram;
miiqueiiseélant à l’état normal,ce mé¬
decin s’est fait dans le canal de l’ii-
rèlro une injection à la dose de so
ccnllgramnics do nilialu d’argent
pour 30 grammes d’eau distillée.
Voici ce tiu’il a noté : l’inlroduclion
do l’injection ne produit d’autre sen¬
sation que celle d’un liquide froid ;
an boni de trente à quarante se¬
condes une douleur atroce éclate
tout à cou|> et retentit dans les lesti-
cule.set lo long des cordons; cllediire
prf-s do cinq minutes avec la même
violence; alors elle commence à dé¬
croître, et au bout d’une heure elle
est parfaitement supportable, et I(;
sommeil arrive. La matière d’une sup¬
puration épaisse et blanche coule pen¬
dant la nuit. A sept heures du malin,
les urines rendues avec gêne et une
três-forle cuisson, expulsent devant
elles en débris do pellicules l’escar¬
re de la muqueuse. X dix heures,
il reste un peu d’écoulement; l’émis¬
sion des urines a lieu librement et
sans douleur, ce qui annonce que
tout gonflement a ce6S4:>el que l’irri¬
tation est terminée. A midi le canal
est sec, l’étal normal est rétabli et
persiste.
Cet effet a été constamment celui
que nous venons de décrire aux
divers degrés de la phicgmasic
chez les sujets que M. Debeney
a traités; seulement l’inflammation
a été plus ou moins violente, plus
ou moins vivement ressentie, sui¬
vant le d^é de sensibilité des indi¬
vidus; mais elle s’est dissipée com-
( 2 ^
lilélemenl amès lioiiüe ou ((uiiizo
liaui'us, no faissanl aucune Iracu bi
il’ellc-hifime, ni des siaites aigus de
la plilogose sur laquelle elle s’i'tait
(léTeloppée.
Pour faire apprécier les résüliats
delà mclbode, nous allons présenter
les séries des malades soumis aux in-
’les périodes de la maladie, et indi¬
quer le nombre d’injections qui ont
été nécessaires pour la guérison.
Les injections causticiuos ont été
faites du premier au qunlriêmo jour
de la blennorrhagie chez 23 mala¬
des; du cinquième au buitième Jour
riiez 12; du huitième au qidnzième
chez 15; du quinzième au ifentième
jour et au delà chez 17 ; enlin les in¬
jections ortl été faites chez seize su¬
jets qui ont été perdus de vue pour
cause de départ : chez ceux-ci on n’a
pu constater qu’une chose, c'est qu’il
n’y a pas oit d’accidents immédiats ;
total 83.
12 malades do la pi’cmière série
fdu premier au quatrième jour) ont
été guéris par une seule injection
caustique à 60 centigrammes: cliez
l il en a fallu deux à ringt-qilatre
heures d’intervalle; chez 5 sujets
trois injections; quatre chez 1 ; enfin
sept chez lin malade qui a eu trois
reproductions do l’écoulomont.
Dans la seconde série (du cinquième
au huitième jour), nous voyons 3
blennorrhagies guéries par une seule
injection ; 2 par deux injections, tou-
ji urs à vingt-quatre heures d’inter-
vaile; 2 par trois ; 2 par trois, plus les
astringents; 3 par cinq injections,
dont deux avec 70 centigniinnies de
Dans la troisième série (du huitiè¬
me au quinzième jour), nous voyons
iiiiesculc injection guérir un malade;
il en faut deux chez 2 autres; trois
dont une à 70 centigrammes chez i ;
trois, plus les astringents, chez 3;
quatre chez 2; cinq, dont deux à 70
■centigrammes à dix heuros d’inter¬
valle, chez 3.
Enfin dans la quatrième série (du
(juinzième au trentième jour et au
delà), nous trouvons 2 guérisons par
une injection ; 2 par deux ; 3 par trois,
la troisième faite dix lieures après la
sei nnde; 2 par trois, plus les astrin¬
gents; 2 par quatre, dont une plus
forte et les astringents; i par cinq
injections, dont les deux dernières à
dix heures d’intervalle, et les astrin¬
gents. Chez deux seuls sapeurs la mé¬
dication n’a pas amené la guérison.
/ )
Les dslriugetlts employés cK Ifijec-
tions et edinine adjiivdhfspdrm. Di‘-
beney, sont le plils srtbveilt, l’édt)
blaiiühie rtvec l’extrait de saluèbe. ht
dans quelques cas la sdhdioli dbStil-
faie de zinc.
Nous ne pouvons donner que des
résultats géfiéraux, rioüs scriditë èp-
tralné trop loin si boUs voûtions dtei’
des observations individiielles. OûaUl
au temps qu’il à fallu pour là gué¬
rison, il peut être calculé à peu près
exactement par le noriihi-è des injec¬
tions, car généralement elles ont été
faites à vingt-quatre hedreS d’inter¬
valle. Les cas ofi on a ou recours aux
astringents ont demandé pluS de
temps, cal- cet ordre de thoyehs
était continiié trois ou quatre jours
avant de revenir aux Ihjectidhs catis-
^Une chose que nous avons notée,
c’est que chez Un certain nombre de
malades, dont le chiffré s’élève ati
dixième des cas, il y a eU, quelutied
heures après l’injeclion, exptilsidn
de quelques gdhttes de sang par l’ti-
rètre. M. Debeney s’est coiivaiiicti
que cette circiinslance b’avail rien
(le iàcheux; il ne l’a jamais Vue siii-
vie d’accidents ; il no la regardé- pas
comme sérieuse.
Quant à la crainte des rétréci; e-
mentsqUe pourraient amener ces in¬
jections caustiques, noire confrère là
regarde comme n’étant iiülleineht
fondée. 11 est admis, dit-il, que les
iH-trécissemcnls provieiiuent de l’é-
paissîssemenl de la inuqiietise uré-
trale; de riiiflllration on de l'endtir-
cissemeiit du tissu cellulaire sous-
muqueux, oit bitm de la cicatrice ré-
sttUabt de quelque iilcéràtlon. tous
cesrésullats sont produits par la plilo¬
gose chronique, et suivant lui le
meilleur moyeh de prévenir la chro¬
nicité et de supprimer les plilæmà-
sies (l’injection caustique) est aussi
le plus puis-sani moyen de prévenii-
les rélrccissemenls.
M. Debeney n’ajainais pris la pré¬
caution de comprimer le périné aü
moment de l’injeefion, et il n’â ja¬
mais vu d’accidenlssiirvenir par suite
de la pénétration du liquide causti¬
que dans la vessie; les faits d’ischurie
et de straiigurie qu’on a cités comme
suite des injections à faibledose, se¬
raient pour lui une nouvelle preuve
que le nitrate d’argent en petite pro¬
portion agit comme stimulant, et
qu’au degré caustique il agittoutau-
trement.
Cest à nos confrères à juger du
{ -228 )
mérite de la médluatiun proposée par
M. Debeney. Historien lidêle de la
marche journalière de l’art, nous nous
bornons à leur présenter aujourd’hui
l’analyseexacte de son travail, (/ourn.
de Méd. de Lyon, juillet 18i-2.)
BonCBC {Sur une affection mor¬
bide nouvelle de la) produite par le
contact du chanvre. Un grand nom¬
bre d’auteurs, Morgagny,Ramazzini,
Juneker, 'NVickemann, Bertrand,
Gosse de Genève, d’Adruu, etc.,
ont écrit des traités sur les maladies
des artisans ; d’autres, tels que
Berti, Rigoli, Marcandier, Nuvo-
lone, Calvini, etc., se sont occupés
plus particulièrement des ouvriers
qui travaillent au chanvre; mais au¬
cun de ces auteurs n’a parié d’une
lésion particulière occasionnée sur
la langue et la muqueuse buccale par
le contact prolongé du chanvre. C’est
sur cette affection, non décrite jus¬
qu’ici, que M. Toulmouche,-pro-
tes-seur à l’école de médecine de
Rennes, vient iixer l’attention de ses
confrères.
M. Toulmouche est médecin de la
maison centrale de détention de
Rennes, oit les prisonniers de l’un et
de l’autre sexe sont principalement
occupés à la fabrication des toiles à
voiles. Cette industrie comprend
trois opérations, 1» le peignage et le
pliage du chanvre; 2° son blage;
3» son tissage au moyen des métiers.
Dans lesateliers de peignage et de fi¬
lage, les ouvriers respirent aü milieu
d’une atmosphère ctiargée de pous¬
sière et d’aigrettes fines irritantes
qui qxcrcent une fkcheuse influence
sur les organes respiratoires. Les in¬
dividus les plus robustes résistent
seuls à ces fâcheux effets. Chez un
grand nombre d’autres il survient
des bronchites aiguës et surtout
chroniques, des pneumonies, des em¬
physèmes pulmonaires. Les récidives
de ces irritations de la poitrine y en¬
tretiennent un état fluxionnaire qui
finit par développer l’affection tu¬
berculeuse chez plusieurs prison-
Quoique l’affection spéciale de la
bouche dont il va être question ait
été observée chez quelques ouvriers
pileurs et chez quehiues femmes qui,
par la nature de leurs travaux, n’a-
v.dent pas besoin de porter la filasse
à leur bouclie, et que dans ces cas
la maladie fût évidemment produite
par l’action locale de la poussière ir¬
ritante et délétère se dégageant du
chanvre, néanmoins on doit établir
que c’est au contact continuel sur la
muqueuse buccale et sur la langue
de cette substance végétale qu’est due
l’inflammation spécifique observée
par M. Toulmouche, et dénommée
par lui inflammation érosive des
papilles et de V épithélium de la
langue, et érythémateuse de la mu¬
queuse palatine et staphylienne de
la bouche.
C’est dans les ateliers de filage du
chanvre, où plus de deux cent cin¬
quante femmes détenues sont sans
cesse occupées, que cette maladie est
presque exclusivement observée. Les
causes qui la développent sont, d’une
part, l’action du chanvre lui-môme,
donttoutes lesiiarties sont très-âcres,
et qui est porté à la bouche pour y
être insalivé, puis l’action mécanique
et continue des doigts sur la langue
dans l’acte du filage. Il résulte de ces
actes une excitation continuelle des
glandes salivaires, l’éréthisme, la
rougeur et l’état douloureux de la
muqueuse qui tapisse la face interne
des lèvTes, des joues, la voûte et le
voile du palais, et la paroi posté¬
rieure du pharynx ; et sur la langue
une destruction partielle ou totalcde
l’épithélium qui en recouvre la face
dorsale. Ces accidents seraient évités
si on pouvait déterminer les fileuses
à se servir d’une éponge mouillée au
lieu de leur salive pour façonner leur
Les symptômes les plus constants
de cette maladie, sont : une saliva¬
tion abondante, de la chaleur dans
toute la bouche, de la douleur avec
ou sans sentiment de brûlure dans
l’action de mâcher, dans celle d’ava¬
ler soit la salive, soit les aliments,
ou celle de parler, surtout le soir,
une sensibilité exquise de la langue
allant jusqu’à la souffrance dans ses
mouvements et son contact avec les
arcades dentaires ; dans quelques cas
la douleur s’étend du pharynx jus¬
qu’à la partie inférieure du cou, et
donne une sensation de constriction
à la gorge. — Si l’on examine l’inté¬
rieur de la bouche, on trouve la face
supérieure de la langue d’un rouge
vif, scs papilles de même couleur, hé¬
rissées, très-douloureuses lorsque les
aliments, les dents ou les doigts les
touchent. Il y a diverses érosions de
l’épithéiium de ces organes; quelque¬
fois elles sont triangulaires, en com¬
mençant à la liase et s’élargissant à
la pointe; d’autres fuis elles forment
de l’un Pt de l’antre cftté de la ligne
{ 229 )
médiane deux bandes rouges. Quand
l’affection est à un faible degré, les
papilles sont seules enflammées,mais
la membrane muqueuse est intacte
ou seulement érodée par petits points ;
mais dans les cas les plus graves, l’é-
pilhélium est en majeure partie dé¬
truit ; la langue est fisse, d’un rouge
vif, sans aucun velouté, cl çà et là
elle est labourée par des fissures su-
perlicielles ou plus profondes.—L’in-
llammation commence toujours par
la langue et s’étend ensuite au reste
de la muqueuse buccale. Alors on
voit à la voûte palatine une rougetir
érythémateuse consistant en une
quantité, innombrable de petites émi¬
nences miliaires ou points d’un rouge
vif, s’étendant presque toujours au
voile du palais; la paroi postérieure
du pharynx et les amygdales sont
fréquemment rouges, de même que,
mais plus rarement, la face interne
des joues. Les gencives sont généra¬
lement saines. Jamais cette affection
n’a été accompagnée de lièvre.
M. Toulmouche a reconnu quatre
degrés à cette affection; le premier
est caractérisé par l’érythème et l’in¬
flammation des papilles sans érosion
de l’épithélium ; dans le second il y
a destruction partielle de l’épithé¬
lium; le troisième se distingue par
l’aspect lisse général de la face dor¬
sale de la langue, dû à la totale des¬
truction de son épithélium ; enfln le
quatrième est caractérisé par la des¬
truction générale ou partielle de l’é¬
pithélium, et des fissures plus ou
moins nombreuses.
Du reste, cette maladie n’est point
grave ; sa durée moyenne a toujours
été de trois à cinq jours; jamais elle
n’a été moindrede trois, mais, excepté
dans quelques cas exceptionnels, elle
n’a pas dépassé sept jours. M. Toul-
moucho a expérimenté les gargaris¬
mes émollients avec l’eau d’orge et
le miel, les gargarismes avec lesous-
boratc de soude à la dose de i à 8
gramm. par .500gramm. de liquide;
ceux avec le sulfate acide {l’alumine
et de potasse à la même dose;
enfin des gargarismes opiacés tantôt
avec 2i gouttes de laudanum, tantôt
avec 30 ou 60 centigrammes d’extrait
gommeux d’opium. 11 donne la pré¬
férence aux gargarismes opiacés et
aux gargarismes émollients, quoi-
3 n’il n’ail observé qu’une Irès-faible
iffércnce de durée avec les antres.
Les récidives sont fréquentes si
les lileuses qui ont été atteintes de
l'affecJion continuent à porter la fi¬
lasse à leurs lèvres et leursdoiglssur
leur langue; elles n’auraient plus à
craindre de rechute, ou du moins
beaucoup plus rarement, si elles évi¬
taient de le faire, en se servant d’une
éponge mouillée ; mais il est difficile
de les y assujettir, car sur un relevé
de 318 malades, M. Toulmouche a
noté 161 cas de récidive. [Gaz.Méd.
de Paris, août 18i2.)
CALCULS D£LAFItOSTATE(/Jef).
Sous ce litre M. Velpeau vient de
faire publier un arlicle qui résume
très-exactement les diverses circon¬
stances pathologiques dans lesquelles
on observe les calculs de la prostate,
en même temps qu’il fait connaître
l’opinion de l'auteur sur les moyens
généralement usités pour obvier aux
graves inconvénients que ces calculs
(léterminent: c’est là un travail essen¬
tiellement pratique, et l’extrait que
nous en donnons mérite de fixer l’al-
tention de nos lecteurs.
On rencontre dans la prostate plu¬
sieurs espèces de calculs qui se loca¬
lisent, soit dans son tissu lui-même,
soit dans une caverne, ou seulement
dans la portion dite prostatique de
rurètre. Leur dt'pôt dans ces parties
ne s’effectue pas toujours de la même
manière. Ils peuvent directement
provenir de la vessie et s’engager
dans la prostate i)ar l’effort d’impul¬
sion (jui leur est communiqué par
les urines au moment de leur émis¬
sion. On les observe non moins
frè(|uemment après l’opération de la
taille, surtout lorsque la pierre est
friable et qu’on n’a pas pu l’extraire
en entier : il est possible dans ce cas
que quehiucs parcelles écailleuses
restent enfermées dans la prostate;
troischoses alors pourront arriver : ou
la plaie se fermera complètement et le
fragment deviendra ainsi le noyau
d’un abcès dans le tissu de la glande
qui le contient ; ou la plaie de la pros¬
tate ne se cicatrisant que dans une
portion de son étendue, s'e convertira
eu fistule ; ou enfin celte plaie se ci-
côtés et enserrera de toutes parts le
calcul, qui s’accroîtra lentement au
pointdenedécelersoncxistencequ’au
bout de dix ou quinze ans, terme
dont Louis a cité plusieurs exemples
dans un mémoire à l’Académie de
chirurgie. Notez que le fragment de
pierre a d’aulant plus de tendance à
s’engager dans le tissu même de la
prostate, que c’est cette glande tiui
est surtout divisée dansla lithotomie.
( 230 ;
î-es cî||culspi’oslaiiques pauvent en¬
core se (lévoloppor par le procédé
spiïanl : mi individu a subi l’opé¬
ration de la taille; la plaie n’est pas
cicatrisée au périnée; il y a alors là
une espèce de cul-de-sac dans Iciiiiel
l'urine va stagner; il peut s’y former
iiu dépôt des sels urinaires comme
dans la vessie, ou une [larcelle du
calcul extrait s’y fixera : dans les
deux cas il en résulle un calcul qui
proéminera bientôt du côté de l’u¬
rètre oi( du périnée. Kntin on trouve
encore dans la môme région les cal¬
culs qui s’accumulent dans le petit
creux qu’on trouve sur les côtés du
vérumnnianum.
Ën résumé, les calcids prostatiques
forment trois classes principales :
1» Les calculs qui y sont arrêtés
alors qu’il y a destruction et altéra¬
tion de la glande;
a» Ceux qui résultent de l’opéra¬
tion do la taille, soit (pi’ils se déve-
iuppeni dans le tissu même do la
3° du (pi’ils soient retenus dans la
Iiortinn prostatique do l’iirètro sans
i|u’aucune altération do la glande
coïncide avec cette rétention.
Pour extraire ces calculs, les pro¬
cédés varieront suivant les cas.
On incisera le périnée nu même le
rectum, si le calcul proémine vers
ces parties; s’il est au contraire ac-
ce.ssible par l’urètre, on tôchera de le
saisir avec les pinces de Hunier, ou
antres semblables. Dans le ras où
celte extraction devient impossible,
lits praticiens sont partagés entre
deux procèdes, qui consistent l’un
à pratiquer une boutonnière au canal
de l’urètre , l’autre à repousser le
çalculdaus la vessie, ainsi que le con¬
seille M. Ségalas; M. Velpeau pense
(pie la boutonnière ne doit être ac¬
ceptée que comme pis-aller, et qu’en¬
tre elle et le second moyen il n’y a
pas à hésiter, quoiqu’il soit souvent
très-difficile d’agir sur ce fragment de
Î lierre, une fois qu’on l’a rejeté dans
e réservoir urinaire.C’est là un incon¬
vénient très-minime en comparaison
des accidentsde la boutonnière; aussi
(vartageons-nous l’opinion du profes¬
seur de la faculté. (Gai. des Udp.,
août 1812.)
SIABÉTÈS SUCBÉ. M. le docteur
Combes, profe.sseur à l’école de. mé¬
decine de Toulouse, rapporte une ob¬
servation de diabétès sucré remar-
((uable par la cause qui l’a produit et
(lar la rapidité de la guérison. Un
curé ôgu de trente-quatre ans, grand
et bien constitué, et n’ayant jamais
eu le moindre accident du côté des
voies urinaires, but une grande quan¬
tité d’un vin qu’on appellel'i'n doua:
dans le pays, et qui consiste dans le
suc de raisin soutiré et rais en fu¬
tailles avant lu fermentation. Veu de
jours après il éprouva une indispo¬
sition dont voici les symptômes prin¬
cipaux : bouebe sèche, pharynx brû¬
lant, soif vive, appétit assez prononcé,
sommeil court, lassitude spontanée,
faiblesse musculaire générale. Bien¬
tôt la soif devint de jour en jour plus
ardente, la sécrétion urinaire et l’é¬
maciation augmentèrent d’une ma¬
nière effrayante. Le malade buvait
en vingt-quatre heures S kilogram¬
mes de liquides, et rendait dans le
même espace de temps 6 kilogram¬
mes 1/2 d’urine d’une couleur légè¬
rement ci trine, n’ayant pas l’odeur
caractéristique de ce iluide, et ayant
une saveur manifestement sucrée.
Les procédés chimiques démontrè¬
rent dans cette urine une notable
quantité de sucre. Le malade fut sou¬
mis à un traitement tonique et nu¬
tritif; son régime fut complètement
animal; à peine lui fut-il permis du
manger 50 grammes de pain avec des
viandes rôties et grillées; il fut mis
à l’usage du vin de Bordeaux, et nu
prit pour boisson ordinaire qu’une
décoction concentrée de gentiane, do
Colombo et desubstoncesastringunles.
On proscrivit absolument toutes les
substances dans lesquelles entrulesii-
cre et les fécules diverses. Au bout de
six jours du traitement il y avait déjà
une grande diminution dans la sécré¬
tion des urines, dans la soif et dans
l’appétit ; l’urine avait son odeur ca¬
ractéristique et une couleur jaune
paille prononcée. Déjà, par les réac¬
tifs, on y trouvait de l’urée qui n’y
était pas auparavant. Par la conti¬
nuation du même régime, l’amélio¬
ration fnt croissante, et ce prêtre,
était, au bout do six semaines envi¬
ron, en ki bon état de santé, qu’il
voulut reprendre les fonctions de son
niinislère. Ayant voulu, à la lin du
carême, observer les lois d’abstinence
que prescrit l’Église, la suif et les
autres symptômes diabétiques repa¬
rurent; il fallut qu’il revint promp¬
tement au régime tonique pour faire
disparaître les accidents et obtenir
un retour graduel à la santé, qui est
aujourd’hui parfaite. — Les change¬
ments survenus dans rurino chez ce
malade ont complètement confirmé
( 2 »! )
CBlluossiiilion cieM. Bmidiarilal.quo
chez les diabétiques comme cliez les
personnes en santé, la proportion
d’urée contenue dans l’iirine est
relative à la quantité d’aliments azo¬
tés dont ils font usage. L’on y a vu
aussi que la soif des malades, la
quantité de leur urine et sa compo¬
sition sont en rapport avec la quan¬
tité des aliments siiorés et féculents
dont ils font usage; que si on dimi¬
nue ou que l’on supprime ces ali¬
ments, la soif et les autres symptômes
suivent immédiatement une marche
rétrograde. (Oai. méd. de Paris,
umH 18ta.)
HERMIE ÉTBANeï-ÉE {Corps
étranger dans l'intestm mettant
obstaoleau cours des matières après
le débridement d’une). Il est peu de
((uestions en chirurgie qui aient été
plus étudiées que celle des hernies;
rétranglement do ces tumeurs sur¬
tout a été le sujet de recherches si
nombreuses (lu’il semble que l’ob¬
servation ne puisse plusrien y ajouter.
Voici cependant un tait signalé par
M. Denonvitliers, chirurgien sup¬
pléant de riiôpital Saint-Antoine,
fait dont la pralitiue pourra s’éclairer
dans un cas analogue.
Un homme de soixante-di.v ans se
présente leasjuilletà l’hôpital Saint-
.Vntoine; il porte depuis trois jours
dans l’aine une tumeur survenue
après des efforts infructueux pour
aller à la garde-robe; eette tumeur
est rouge, dou|nureu.se, s’accompagne
(le voinissemeols de matières ver¬
dâtres, et les selles sont complète-!
ment suspendues depuis son appari¬
tion; la présaînee d’une hernie cru¬
rale étant constatf'u, et toutes les
lunlativesderéduction ayant échoué,
l'opération du débridement fut prati¬
quée le â9au matin; il porta d’abord
sur le collet du sac, que le ebirurgien
attira le plus possible au dehors à
l’aide de deux pinces à disséquer;
la réduction tentée après ce premier
debridement fut tout à fait impossi-
bln ; le doigt porté dans l’anneau
crural apprilque le cureté qu’il forme
était fort étroit et très-rràislant. Une
sonde cannelée fut alors introduite
entre l’intestin et le ligament do
Gimhernat, qui fut à deux reprises
dill'éreutes incisé dans l’étendue d’un
centimètre, pour parvenir à réduire
rintestin. Le malade succomha dans
ht soirée avec tous les symptômes
d’une péritoniie, sans qu’un ait pu
nblenir une seule garde-robe, malgré
l’administrai ton du calomel et d'un
lavement purgatif.
L’autopsie permit de constaier
l’cxistenced’adbérencescouenneuses
entre l’anse intestinale réduite et les
parois de l’abdomen : l’anse herniaire
répondait à l’union des deux tiers su¬
périeurs de l’intestin grêle avec son
tiers inférieur; toutes les anses intes¬
tinales supérieures étaient gorgées
de matières fécales, gonflées, en¬
flammées, couvertes de pseudo-mem¬
branes : les anses inférieures étaient
modérément tendues, sensiblement
moins volumineuses et se laissant
dé|)rimcr facilement ; dans l’anse lier-
niaire avant qu’elle fût ouverte, et à
travers ses parois, on sentait un corps
globulaire résistant, du volume d’une
bille ordinaire. L'anse ayant été ou¬
verte, on en vit sortir une petite
masse, arrondie, jaune, lisse et dans
laquelle on reconnut une cerise en¬
tière qui paraissait avoir été préparée
par la macération dans l’eau-de-vie,
et à laquelle manquaient la queue ut
le noyau. Ce corps étranger était
placé précisément vers le point le
plus inferieur do l’anse herniaire, et
forinait là une sorte de bouchon em¬
brassé par la iiartie correspomlantn
de l’intestin. Nul doute qu’il n’ait
contribué beaucoup par sa présence
à empêcher le rétablissement du
cours des matières, otiiu’il n’ait été
en grande partie cause de leur rélen-
tion.
Ce fait ne sera pas perdu pour les
praliciens; ils y trouveront undnubie
enseignement: d’abord, pour ne par¬
ler que de rétranglement, chez le
malade qui fait io sujet de celte oli-
sorvation, il n’est pas douteux qu’il
n’ait été produit à la fois par le collet
du sac et parl’anneau crural. Quepen-
ser dès lors de l'opinion de cerlains
anatomistes qui ont nié que les an¬
neaux aponévrotiquos pussent ôtre
une cause d’étranglement dans les
hernies? — Si maintenant nous nous
reportons à la présence du corps
étranger dans l’anse intestinale, en
supposant qu'il s’y trouvèl au mo¬
ment do la réduction, le précepte sera
d’attirer au dehors le plus possible
de la partie inférieure de l’intestin,
et d’y engager par des pressions mo¬
dérées ce corps étranger, pour peu
<|u’cn mison do son volume ou de go
consistance on soit porté à craindre
qu’nprès la réduction de la tumeur
herniaire il ne puisse, par les seuls
efforts de l’intestin, franchir le point
de l’anse intestinale sur |eqaef l'é-
( 232 )
Iranglemcnt aura plus particulière¬
ment agi.
Dans l’observation gue nous avons
rapportée, il paraîtrait que la cerise
ne s’est engagée dans l’anse intesti¬
nale herniaire que consécutivement
à la réduction. C’est un cas que le
chirurgien ne pouvait prévoir et au¬
quel il lui était impossible de remé¬
dier. {Gaz. des Udp., août 1840.)
PaiLOSOPHIE MÉDICALE. La
manière de raisonner en médecine est
bien différente. Les uns ne veulent
faire consister la science que dans
une théorie, dans un système, dans
une doctrine capables de rallier tous
les faits; ils pensent qu’il ne peut y
avoir de médecine ni de vrais méde¬
cins sans la condition d’une loi au¬
tour de laquelle viendraient se grou¬
per les cas pathologiques, qui, géntV
ralisés ainsi, permettraient de re¬
chercher leurs rapports commtms et
de remonter alors des effets atix cau¬
ses. Nous nous plaisons à reconualtre
que le but de ceux (lui raisounent de
cette manière est noble et élevé, qu’il
serait beau de le poursuivre s’il était
possible d’espérer d’atteindre un jour
celte perfection si désirée de la
science médicale, savoir, une doc¬
trine irréprochable, ayant des lois
Bxes comme l’astronomie et la chi¬
mie, d’après lesquelles l’on pût tout
connaître, tout expliquer. Mais en
peut-il être ainsi, loi-sque nous voyons
depuis tant d’années des systèmes si
opposés se succéder les uns aux au¬
tres, se renverser mutuellement et
ne laisser après eux que des décom¬
bres? Force a été à la génération ac¬
tuelle, après tant de mécomptes, de
revenir à la philosophie médicale an-
tiçiue, étouffée depuis q^uaranle an¬
nées sous ce pèle-méle d’idées et de
doctrines, du choc desquelles il a pu
résulter quelques vérités de détail,
mais non une seule idée mère et fé¬
condante.
Ces réflexions nous sont venues à la
lecture d’une discussion iiui a eu lieu
dans l’intérieur de laSociétéde méde¬
cine de Gand, Société connue dans
le monde médical par la distinction
de ses membres, le 13 juillet dernier,
à l’occasion d’un mémoire sur les
Systèmes en médecine, envoyé par
un des correspondants de cette Com¬
pagnie, M. le docteur Jourdain. Nous
nous associons complètement, nous
qui nous adressons aux praticiens,
aux sages paroles suivantes, pronon¬
cées dans cette occasion par M. le
professeur Guislain ;
« Eh! messieurs, à coup sûr l’au¬
teur n’a pas éprouvé encore au lit du
malade ces mécomptes par lesquels
nous sommes tous passés au début
de notre carrière, quand, la tête far-
ciedesystèines,nouscroyions pouvoir
tout comprendre et tout expliquer.
C’est la pratique qui tue le système,
quelque brillant qu’il soit, et qui le
tuera toujours du moment qu’on
voudra trop le généraliser. C’est la
pratique qui a renversé les pompes
de Boerhaave, qui a renversé l’inci-
tabilité de Brown; c’est la pratique
qui a réduit à sa juste valeur le sy.s-
tème de l’irritalion....
«Ondiracequel’on voudra,la seule
voie de progrès se trouve dans la
marche qu’ont suivie les médecins,les
hommes de la pratiipte et de l’expi -
rimentalion : elle réside dans l’accu¬
mulation des faits et dans leur sage
interprétation....
»On aura beau proclamer que la
théorie est l’ancre de salut du mé¬
decin, on au ra boa u vanter les systèmes
généraux, toujours nous trouverons
la bonne médecine d’observation de¬
bout, et elle écrasera toujours de tout
son poids ceux qui croient qu’il y a
une médecine possible en dehors des
faits; elle écrasera ceux surtout qui
sont allréhés jiar la nouveauté et la
facilitéque peut présenter un système
à vues générales. J’aime à le répéter :
dans les systèmes généraux se trou¬
vent uos fables, nos romans médi¬
caux; dans l’appréciation des faits
isolés se rencontre l’histoire, le VTai
de notre science....
«Voilà plus de vingt-deux siècles
((ti’il y a une science médicale, et on
prétendrait que le raisonnement en
a été exclu jusqu’ici! On voudrait
peut-être me faire dire qu’il n’y a que
l’empirisme qui puisse faire avancer
la science. Non, messieurs, le méde¬
cin raisonne, mais il a un raisonne¬
ment à lui, distinct du raisonnement
suivi dans la plupart des autres scien¬
ces. Il est plutôt artiste, appréciateur
intelligent des faits qui se passent
sous ses yeux, qu’homme argumen-
tateur et tôle métaphysique. Et que
l’on envisage la question comme on
le voudra, en médecine tout doit,en
dernière analyse, venir aboutir à ce
point artistique, savoir : guérir. Or,
qu’on raisonne anatomie, physiologie,
pathologie, thérapeutique, le dernier
mot sera toujours celui qui a trait à
la guérison du malade; et parlant, le
( 233 )
raisonnement des succès ou des in¬
succès des remèdes employés sera
toujours celui qui préoccupera le plus
souvent le vrai médecin, le médecin
qui traite des malades et sait les gué¬
rir. Qu’on ne s’y trompe pas; au dé¬
but de sa carrière on est bien plus
scientifique qu’après quelques années
d’observations; on connaît un bien
plus grand nombre de faits généraux;
mais à mesure qu’on s’attache davan¬
tage au lit du malade, les faits géné¬
raux se perdent, mais la connaissance
des détails augmente dans les mêmes
proportions. A la fin, le médecin ne
connaît plus que des détails, il ne
connaît plus que le raisonnement de
l’expérimentation. » [Annales de la
iSocUti de médec. de Gand, juillet
18i2.)
PHTHISIE PDIMONAIRE (litude
comparative de la) chez l’homme
et les animaux. M. Rayer, dont les
nombreux travaux offrent toujours
un cachet original et une incontes¬
table supéiiorité, s’est occupé de cette
grave et importante question dans un
mémoire (|u’it a lu récemment à l’A¬
cadémie des sciences. En attendant
(pie le mémoire de M. Rayer soit pu¬
blié et que nous puissions porter à
la connaissance de nos lecteurs les
faits qu’il renferme, nous croyons
devoir donner quelques-unes des
conclusions (pii se rapportent le plus
directement à l’étude de la phthisie
chez l’homme; les voici :
La phthisie tuberculeuse est de
toutes les maladies chroniques la plus
généralementrépanduechezl’homme
et chez les animaux.
Les concrétions tophacées ou cal¬
caires (principalement composées de
carbonate et de phosphate de chaux
et d’une matière animale) qu’on ob¬
serve dans les poumons chez l’homme
et les animaux ne doivent pas être
considérées, ainsi qu’on l’a fait jus¬
qu’à ce jour, comme étant presque
toujours une dernière modification
du tubercule ; elles sont souvent chez
l’homme, et très-souvent chez le che¬
val, le résidu d’un petit dépôt de pus.
La phthisie est héréditaire, mais
elle n’est (iresque jamais congéniale,
même à l’état rudimentaire.
Chez les phthisiques, le sperme
contenu dans les vésicules séminales
offre peu ou point d’animalcules
spermatiques;
Les ulcères du larynx, de la tra¬
chée et des bronches n’ont pas la
même signification chez l’homme et
chez les animaux; chez le premier
ils indiquent presque toujours la
phthisie pulmonaire et parfois la sy¬
philis; chez les quadrumanes une
affection tuberculeuse générale; chez
les solipèdes, presque ioujours la
morve.
Nous regrettons de ne pouvoir, à
cause de leur étendue, donner les
autres propositions dans lesquelles
M. Rayer résume ses études sur la
phthisie étudiée chez les divers sujets
de l’échelle animale ; néanmoins nous
devons reproduire quelques aperçus
généraux sur lesquels M. Rayer a ap¬
pelé l’attention, en finissant la lec¬
ture de son beau travail.
«La continuité que l’anatomie et
la physiologie démontrent dans la
série animale se manifeste aussi par
la pathologie; c’est en vertu des com¬
munautés d’organisation que la
phthisie tuberculeuse se propage
dans tant de vertébrés, jusqu’à ce
qu’enlin, les oiganismes s’abaissant,
les caractères du tubercule se con¬
fondent et cessent, dans l’état de nos
connaissances, d’être appréciables.
Une cause prépondérante dans la
production du tubercule chez les ani¬
maux, c’est la captivité ou la domes¬
ticité, et plus généralementim chan¬
gement notable et prolongédans les
conditions naturelles d’existence.
—Le renne venant du Nord, le singe
venant du Midi, arrivent tous deux,
mis en captivité, au même terme,
quelque opposés que soient les points
do départ. Cette cause peut être com¬
parée, en raison delson intensité,
aux mauvaises conditions de nourri¬
ture et de gîte qui, chez l’homme,
déterminent si énergiquement la
phthisie tuberculeuse. Captivité et
domesticité pour l’animal, misère ou
fatigue pour l’homme, causes eflS-
caces de phthisie.
Enfin, dans cette vaste série de
lésions tuberculeuses variables dans
leur aspect, mais toujours les mêmes,
chez des animaux éloignés les uns
des autres, on reconnaît que la phthi¬
sie est le terme commun où abou¬
tissent des perturbations variées de
la nutrition, et l’on peut entrevoir
que la science, qui, à l’égard du tu¬
bercule, est absolunient impuissante
à guérir, excepté dans de rares oc¬
casions, ne doit pas être insignifiante
à prévenir. [Bull, de l'Acad. des
Sciences, août, 18t2.)
SANGSUES [Sur les moyens d’éco¬
nomiser les). Autrefois remploi des
( 234
«qngsues elnit nioiiis tm|uuiil ul
moins considérablo, aussi ùlaienl-
elles moins chères, ot les jetait-on
presque toujours lorsqu’elles avaient
servi. .Vigourd’hui qu’elles coftient
quelquefois 10 ou 50 centimes cha¬
que, on cherche h les faire servir do
nouveau; pour cela il faut Unir faire
dégorger le sang qu’elles, ont sucé,
plusieurs procédés de dégoigemeiil
sont employés; le premier consiste
dans une poudre irritante ((ii’on jette
sur la sangsue; quelques-uns em¬
ploient le sel, d’autres le. tahac, et
lorsque la sangsue a rendu tout le
sang qu’elle, avait pris, on la met
dans de l’eau, où elle reste jusqu’à
nouvel emploi. Un autre moyen a
été mis en usage; c’est un moyen
inérani(|iie iiiii consiste à pres.ser for¬
tement les saiigsims entre les doigts
et à opérer cette pression siiccessive-
inent à partir du disque (losterieiir
jusqu’à la houclie; de cette façon le
sang contenu dans les cæcums et les
rcnllenients ou poches iionihreiises
qui entourent le canal intestinal est
refoulé vers la partie antérieure, sur¬
monte l’obstacle que lui présente
d’abord le sphincter de cette partie
du canal, ensuite l’obstacle formé
par le sphincter do l’iesophago, et sort
eufln par la bouche.
M. Derheims, pharmacien à Saint-
Omer, qui a fait de nombreuses re¬
cherches et a publie uu ouvrage sur
l’histoiro naturelle et médicale des
sangsues, s’est convaincu par do
nombreuses expériences que ce der¬
nier mode, celui de la compression,
est de iieaucoup plus avantageux.
Ce pharmacien a envoyé à l’Acailemie
de médecine une note à ce sujet, sur
laquelle AI. Iluzarda faituii rapport.
C’est par le dégorgement mécanique
qu’on vide le mieux la sangsue du
sang qu’elle contient, qu’on la rend
le plus promptement apte a une nou¬
velle succion , et qu’on en perd le
moins; c’est encore i>ar cette ma-
na>iivro()u’onnietcesanimaux le plus
complètement hors d’etat de dégor¬
ger du sang sur les morsures nou¬
velles qu’ils sont appelés à faire.
Pendant quelune temps les sangsues
sont malades des .suites do ce vomis¬
sement forcé, elles ne cherchent
point à mordre; mais bientôt elles re¬
viennent à |a santé et elles se trou¬
vent dans la même position que si
elles n’avaient point servi à l'usage
médical. Si l’on vent chercher à uti-
li^r les sangsues pour de nouvelles
mjccjons, la méthode que nous ve¬
nons de faire coimallre est donc in-
liniment préférable à la plupart de
celles qu’on emploie ordinairement.
(/iii/l. (le l’y/cail. rotj. l’e méd.,
août 18 ta.)
SUBITE (Sur quelques ras île)
obsenr's à Paris. M. le docteur Ala-
l'otte signale trois cas de suette ((u’il
a observés h l’Hélel-Dieii dans le
service de Al. Honoré. Celle affection
épidémique, qui a régné celte année
sur plusieurs points de la France
où elle a frappé un grand nombre
d’individus, est extrêmement rare
à Paris. Al. Honoré, dans le cours
do sa longue pratique, ne l’a jamais
rencontrée, et Al. Rayer, qui con¬
naît [larfailement cette affection
puisqu'il la observée et très-bien
décrite, ne l’a jamais vue. Est-ce que
celte affection tendrait à.se dévelop¬
per dons la capitale? c’est là la ques¬
tion (lue l’on peut s’adresser à la lec¬
ture de ces faits. Cependant nous
n’avons pas connaissance que de
nouveaux cas aient été signalés de-
puis que ceux-ci ont été observés.
Le premier maladealtointde suette
est entré à l’Ilôtel-Dieu le 2B juillet
dernier; c’était un homme de grande
taille, garde-magasin cher, un pape¬
tier; il était âgé de vingt-trois ans.
1.0 second malade, entré le 13 août,
était un imprimeur, âgé de irenie
ans, ayant plus do six pieds et des
plus vigonrmisement constilués. Le
troisième, un charretier, ùgo de viugt-
(luatro ans. Tous trois ont présimlé
I ensemble des phénomènes qui ca¬
ractérisent la suette. Après quelques
jours lie malaise et d'inappétence ils
sont pris tout à coup do céphalalgie,
d’abaitcmentconsidérableavecQèvre,
de soif vive, qui les forcent à s’aliter;
à cela se joignent bientôt des sueurs
qui accompagnent dès le début ces
symptômes, ou ne tardent pas à s'y
joindre, de l’anxiété épigastrique et
une lassitude générale. Après cinq à
sept jours de maladie on observe une
véritable exacerbation des symptô¬
mes ; c’est alors que les sueurs de¬
viennent véritablement profuses et ne
ces.sent de couler avec la même abou-
dapce la nuit et le jour; c’est alors
que l’abattemeutdesiorces, la somno¬
lence signalés par les auteurs comme
plus particuliers à celle période, se
montrent dans toute leur intensité;
qu’on voit une éruption dp papules
rouges élevées, irrégulièrement dis¬
posées, qui (lonueut à la |mau
un aspect ctuigriné, éruption ana-
( ?35 )
logue il celli! uii'onl ciiicrilc Tes- el ([u’il croit avoir reçu un coup sur
sier (épidémie tl'Hardeviiiiers, 1773), lemollel, M. Laroche indiquecomme
et M. Bayer (épidémie de 1821). Chez signes d’ime rupture incompiéte les
aucun de ces malades les sueurs ni symptômes suivants :
l’éruption n’ont eu le caractère véri- A âceiitimètresau-dessus du talon,
lablerpent critique. Les symptômes il existe une dépression transversale
ont conservé pendant huit à di.x de 15 à 18 millimètres de largeur
jours au moins toute leur gravité, sur 9 millimètres de profondeur;
L’anxiété épigastrique et l’oppros- au-dessus do celte cavité il y a un
sion ont existé en môme temps que gonflement léger.L’extension dupièd
les sueurs, ce qui est un des signes n’est pas douloureuse, el diminue à
cpraclérisliques de la suette. Enfin, peine l’étendue de la cavité; dans la
les symptômes n’ont commencé à flexion au contraire cette cavité aiig-
s'amehder que deux septénaires au mente ainsi que la douleur,
jiioins à dater de l'invasion, et En saisissant le tendon d’Achille
les sueurs constituaient encore un au-dessus et au-dessous de la dé¬
dos phénomènes principaux à la lin pression, on remarque que cette dé-
de la troisième semaine; circon- pression change de place et suit le
stance notée par tous les médecins tendon dans les mouvements lalé-
qqi ont observé la siiolle. Tous ces raiix qu’on liiiimprime, si bien qu’on
malades ont passé rapidement de peut la rendre oblique si l’on pousse
la maladie à la convalescence, et l’on en sens contmire les deux extrénii-
a noté chez eux l’influence heureuse lés du tendon partiellement rompu :
qira eue la ventilation du point de la le doigt couché dans la dépression ou
salle où ils étaient placés sur la tli- sillon transversal sent une résis-
minuliop des sueqrs et (a rapidité de tance élastique qui cède, et revient
leurrélablissement. (Gqs.dwJïdp., lorsqu’on cesse décomprimer. Nous
auflt 18i?,) pensons avec M. Laroche que le
- changement do forme do la jambe
TGNpON D'AGHII,I,|! {De ta rup - sur le trajet du tendon d'Achille est
(lira incomplète du). La possibilité bien le résultat de la rupture incein-
delaruptiirecomplètedu tendond’A- plèle do celui-ci; que les signes en
chiite, quoique vivement contestée sont évidents, et que la dépression
à réplique ou J.^L. Petit en publia horizputale qu’il indique est due à
|a première observation, est un fait )a rétraction en sens contraire des
maintenant acquis à la science; il libres tendineuses qui se sont rom-
n’en est iigs de même de la rupture pues; quelle autre cause, en effet,
inooniplèle; bien qu’indiquée dans pourrait-on lui assigner? serait-ce
possibiiifé, el maigré l’autorité de dont i’existence d’ailleurs ne repose
Bpyer, qui dit eii avoir observé doux sur aucune prouve anatomique, ne
cxepipics, l’opinion du premier fait nous parait pas une explicationad-
encpi’c lui pour beaucoup de chirur- ipisaible des symptômes qui précè-
giens. c'^t donc là un point de pa- dent ; ajoutons qu’au point de vue
lliologie à examiner en môme temps du pronostic, la rupture incomplète
qu’une question de diagnostic à ré- du tendon d’Achille est plus grave
soudre, et c’est dans ce double but que la rupture complète. Cette re-
d’utilile ^tique que nous repro- marque n’a point échappé à Boyer,
duisonslestraits principaux d’un tra- et elle se trouve justibée par les
vaii que vient de publier M. Laroche, deux malades de M. Laroche, no-
professeur à l’école d’Angers. Pour tamment le second, qui cinq mois
ce praticien la rupture incomplète après son accident continuait à boi-
dli tendpu d’Achille est le résultat ter et pe pouvait marcher qu’en
d’un violent effort produit par ta con- s’appuyant sur toute l’étendue do la
Iraclipn des muscles trèsTTenergiqués surfaceplantaireetentenantla jambe
du mollet; il l’a observée chez deux à demi fléchie,
individus qui en furent atteints en Quant au mode de cicatrisation des
dansant. libres tendineuses qui ont été rom-
Outreladonleuryiveetinstantanée pues, M. baroche constata sur le
qui,comméd^ns|a'riipturcrnmpléte, trajet de la dépression horizontale
surviepi immédiatement aprèsque le qui les avait remplacées t une petite
bjessé à entendu gq fort rraqueinept Ipmeur- de S oentimôtres d’étendue,
A. Pal'o, el puis lard demoutree par la rupture du plantaire grêle, ainsi
l.-L. Petit, elle est loin d’ôtre gène- que l’ont avancé MM. Sanson et
râlement admise. Sabatier en nie ia Bégin? Pour nous cette rupture.
véritable sorte de cal qui n’avait pas
été indiqué avant lui : aussi cet ho¬
norable confrère a le mérite d’avoir
contribué à prouver par des faits
l’existence d’une lésion anatomique
contestée à tort par quelques patho¬
logistes. ( Bulletin de la Soc. médi¬
cale d’Angers, 1812.)
TRACHÉOTOMIE faite avec suc¬
cès dans un cas d'angine scarlati¬
neuse. La scarlatine a régné épidé-
miquemcnt à Boulogne-sur-Mer
pendant les premiers mois de 18i2.
Il y a eu des angines graves ; mais
aucune n’a présenté un danger aussi
prochain ([uc celle dont a été atteint
le lils, Jaé do sofit ans, du conser¬
vateur des hypothè(iues de cette
ville. .V la suite de la scarlatine, qui
a débuté le 13 janvier, une angine
générale épouvantable est survenue;
ni les saignées générales, ni les sang¬
sues, ni les fumigations, ni les pur¬
gatifs n’ont pu rien contre elle; les
amygdales proéminent fortement en
dehors des piliers; leur tissu est
ferme, résistant au toueher; elles
sont le siège d’une exhalation abon¬
dante de mucus iilant. Le 20 janvier,
la déglutition est impossible, la res¬
piration est très-bruyante, et telle¬
ment gênée qu’il y a quatre-vingts
inspirations par minutes. Le 2i jan¬
vier, l’enfant est sans connaissance,
la face violacée, livide, l’anxiété de
la respiration extrême, le pouls irré¬
gulier, petit : la mort était immi¬
nente. c'est alors que M. le docteur
Gorré, chirurgien adjoint de l’hôpital
de Boulogne, qui soignait cet enfant,
proposa, comme la seule planche de
salut, l’opération, quoique chanceuse
et très-incertaine, de la trachéoto¬
mie. Il la pratiqua le jour même en
présence des docteurs Rouxel et
Gros. La trachée fut ouverte facile¬
ment et sans accidents; une canule
d’assez fort calibre fut laissée dans
la plaie. Bientôt la respiration dimi¬
nua de fréquence et le pouls se régu¬
larisa; le lendemain, la connaissance
n’étant pas revenue et l’affaissement
continuant, M. Gorré, pour stimuler
le malade, crut utile de faire arriver
plus d’air dans les poumons; à cet
effet, il adapta à la canule trachéale
l’extrémité d’une forte seringue, et
il en Ut jouer le piston à dix à douze
reprises. L’enfant entr’ouvrit les yeux
et sembla Bxer les objets ; la même
manœuvre avec la seringue fut ré¬
pétée chaque demi-heure pendant
trois jours, l'état du malade ne cessa
pas de s’améliorer. Lequatrième jour
aprèsl’opération, la respiration s’exé¬
cutait librement par la partie supé¬
rieure du tube aérifère; la connais¬
sance était entière, la déglutition
exempte de gêne. La résolution de la
phlegmasie gutturale étant complè¬
tement effectuée par la seule force
médicatrice de la nature, M. Gorré
retira la canule devenue inutile. Pas
un accident n’est venu entraver la
convalescence. Un moiss’étaità peine
écoulé depuis l’opéralion,’que l’enfaiit
jouissait d’une santé excellente; la
plaie était presque cicatrisée et la
voix avait repris son timbre naturel.
{Journ. des Conii..mêd.cAir.,juillet
18t2.) _
ÜECÉRATIOW de l'artère tliuroi-
dienne inférieure. Le fait pathologi¬
que que nous lâgnalons n’enipruule
pas son intérêt seulement à sa ra¬
reté, il est encore la source d’un en¬
seignement pratique.
John Redmond entre à l’hôpital de
New-York pour s’y faire traiter d’un
engorgement ganglionnaire du cou
dont il est atteint déjl depuis quel¬
que temps. Des abcès se sont ouverts,
il en est résulté des trajets fistuleux
indolores. L’état du maladq est assez
mauvais; d’une maigreur assez avan¬
cée, il a perdu l’appétit. Pendant le
traitement, dont la base est l’iode à
l’intérieur, une inflammation' s’em¬
pare des masses ganglionnaires, de
nouveaux abcès se forment, et plu¬
sieurs clapiers s’établissent sous la
peau qu’ils décollent.
Le malade était dans cette mau¬
vaise situation, lorsque le 8 novem¬
bre 18t0 une hémorrhagie légère se
fait jour par une des fistules les plus
profondes, située au côté gauche du
cou et vers le milieu de cette région.
Dans la matinée du 9, nouvelle hé¬
morrhagie plus abondante; lesangest
rouge, mais ne jaillit pas par saca-
des : compression légère, suspension
de l’hémorrhagie.
Le 10, hémorrhagie si violente,
qu’on dut soupçonner la perforation
d’un vaisseau important.
Compression méthodique en atten¬
dant qu’on prit un parti définitif.
Dans une consultation de plusieurs
chirurgiens, et pendant qu'on se li¬
vrait à l’examen des parties, le sang
jaillit avec force du fond de la plaie
aune distancedesix pieds|:ie malade
devint pâle et son pouls Uliforme. Le
docteur Prost procéda immédiate¬
ment à la ligature de la carotide.
( i»
L’inctsion des téguments fut faite dans
le point correspondant à ce vaisseau,
où existait une masse de librine réu¬
nie et confondue avec les tissus en¬
vironnants ; après une dissection mi¬
nutieuse et très-difficile, on arriva sur
la gaine de l’artère, que l’on incisa ;
un corps cylindrique, du volume et
de la couleur de celle-ci, fut alors re¬
connu par tous les chirurgiens pour
Être l’artère, nonobstant l’absence
de pulsation. Le 111 fut serré autour
de ce que l’on crut être l’artère, mais
l’hémorrhagie continua, on comprima
vainement; le lendemain, le malade
avait succombé.
Unedissection altentivemonlra que
la ligature avec laquelle on avait cru
embrasser la carotide avait été serrée
autour d’une masse de fibrine, à la
vérité contenue dans la gaine du
vaisseau : ce caillot s’étendait en ar¬
rière et en bas du côté de l’artère
sous-clavière ; au fond de la plaie se
reconnaissait la-glande thyroïde ainsi ‘
que l’artère thyroïdienne'inférieure,
détruite par ulcération dans l’éten¬
due d’un pouce. Cette artère était
oblitérée au-dessous de l’ulcération
par le travail inflammatoire. Les au¬
tres artères étaient saines. {JYew-
Fork, Medical Gazette, fév. 1842.)
—Cette observation renferme poul¬
ie praticien plusieurs indications pré¬
cieuses : d’abord elle le prévient du
danger auquel on s’expose en lais¬
sant subsister dans le voisinage de
vaisseaux importants une pbtegma-
sie ganglionnaire dont le progrès lent,
mais incessant, peut déterminer une
lésion anatomique promptement mor¬
telle. De là, en thèse générale, le
précepte d’extirper le ganglion lym¬
phatique du cou et desautres régions
dès que l’on ne peut plus rationnel¬
lement en espérer la résolution.
La persistance de l’hémorrhagie,
après l’opération pratiquée sur le
cou en vue de l’arrêter, ne doit pas
surprendre ; comment, en effet, pour
un vaisseau aussi volumineux que
la carotide, et placé à si peu de dis¬
tance du cœur, un chirurgien peut-il
se décider à faire une ligature sans
avoir préalablement constate l’exis¬
tence des pulsations artérielles, et à
fortiori quand il s’est assuré qu’elles
n’avaient pas lieu? L’état de faiblesse
dans lequel se trouvait le sujet de
l’opération ne nous semble point une
raison siiDisanle pour couvrir la mé-
priseduchirurgien. Lemalade n’a-t-il
pas encore vécu jusqu’au lendemain
nonobstant cet état de prostration?
7 )
Aussi cebit, faussement interprété,
à notre avis, dans sa partie opéra¬
toire, n’infirme aucunement le pré¬
cepte fondamental de la ligature des
artères, qui prescrit de ne jamais lier
définitivement le vaisseau sans en
avoir à plusieurs reprises exploré et
reconnu les battements.
UTÉRUS (Des injections dans V).
Les injections intra-utérines ont
donné lieu, dans ces derniers temps,
à une vive controverse. Les faits à
l’appui de cette médication ont été
combattus par des faits opposés, et,
après discussion, chacun a emporté
ses convictions, se promettant bien
sans doute de les appliquer à la pre¬
mière occasion. C’est donc là une
question de thérapeutique dont la
solution est encore à trouver; or,
pour arriver dans cette voie à un
résultat utile, il nous suffit de laisser
parler l’observation.
La fille L..., âgée de vingt-trois
ans, accoucha, le 14 août, très-péni¬
blement et dans des circonstances
telles que l’intervention de l’art fut
à plusieurs reprises necessaire. (Lais¬
sant de côté les détails de l’observa¬
tion, passons au point qui nous in¬
téresse.) Tout allait bien, lorsque le
12 octobre, à la suite d’une injection
vaginale dans laquelle l'olive de la
canule fut portée très-haut, et le li¬
quide poussé brusquement, la fille
L... ressentit aussitôt dans les lombes
une horrible et accablante douleur.
On fut obligé de la transporter dans
son lit, tant les forces l’avaient aban¬
donnée.
La figure était froide et d’une pâ¬
leur violâtre, les pieds et les mains
étaient glacés, le pouls était imper¬
ceptible; la malade pouvait à peine
articnler quelques plaintes. (Potion
éthérée, vin chaud, sinapismes sur
les bras et les jambes.)
Le lendemain, tension de l’bypo-
gastre avec très-vive douleur à la
pression la plus Ifeère, ballonne¬
ment intestinal, faiblesse extrême,
pouls filiforme et rapide.
Le troisième jour, le poids se re¬
lève, 130 pulsations. Sous l’influence
des purgatifs et des frictions mercu¬
rielles, la fille. L... échappa à un
danger imminent. Au huitième jour,
l’accident avait disparu.
Chez la femme P..., le résultat ne
fnt pas aussi satisfaisant. Nouvelle¬
ment accouchée, elle fut soumise à
des injections intra-utérines, avec
une légère infusion de quinquina et
( MÈ }
(le camonilllu, dans le Inii de d(*baN
rasser I’uIim'us des caillots titi’il fon-
fei'inait. M. Nd^rier pcaliqilü liii-
nulme la troisième ihjectiori; la ca¬
nule fut introduite ù la ((COfondetir
de 2 centimètres dans le col, et le
liquide fut poussé par une pression
vive et assez forte. La quantité de
liquide injectée peut être estimée à
60 grammes.
La malade ressentit instantané¬
ment une dotileur lombaire et un
extrême accablement, sensation d’un
froid intérieur subit, et tremblement
général très-pénible. Elle répéta plu¬
sieurs fois qu’elie allait mourir. Les
traits du visage se grippèrent, la res¬
piration s’embarrassa presque aussi¬
tôt, et la malade, malgré tous les
soins qu’on lui aonna , succomba
vingt-neuf heures après l’injection.
Ou constata des traces d’une in¬
flammation modérée de la matrice et
du péritoine pelvien.
En présence de ces deux faits rap-
f tories par un honorable confrère,
ongteni|)s partisan lui-même des
injections intra-ut(M'ines, il n’est
pins permis de douter des chances
funestes qu’elles font courir aux ma¬
lades. Aussi doit-on les proscrire
d’une manière absolue, surtout pour
les femmes nouvellement accouciiées
chez lestiuelles, en outre des trom¬
pes utf'riiies où l’injection peut pt‘-
nétrer pour être de là portée dans le
péritoine, l’ouverture bt'anlo des si¬
nus utérins permet aussi le passage
du' liquide et de l’air dan.s les vei¬
nes, autre source d’accideuLs iiromp-
tement ntortels, et qu’on ne peut ré¬
voquer en doute depuis les expé'-
riences de M. le docteur Nélaton.
(Bull, de la Société, médie. d'^dn-
gers, 18i2.)
VIHIUTÉ i^Exempleremarquable
de la perte des insignes de la). laî
virus syphilitique a d’étranges elfols,
maisnousn’enconnaissonspas de plus
extraordinaires que ceux qui se sont
montrés chez Un graveur, âgé de
trente ans, nommé Charles Prince,
conclié au n» 1 de la salles, à l’hôpi¬
tal du Midi, dans le service de
M. Puche. Cet homme, fort, vigoti-
reux, bien développé, dont la barlie
était noire, longue et bien fournie,
a servi sept ans et n’a (■u son conge
qu’à la lin de 1839 en revenant d’A-
uâque. La jeunesse de cet homme a
été fort orageuse ; adonné aux fem¬
mes, il a pris successivement et pres¬
que chaque année depuis 1830, de
l’hOpitsl du Midi et au ,
Ce Sont d’abord des cilàncre.? au glhilii
et au prépuce éti iSsid et en 1832,
puishn bubon etdesciidricresehlSSS,
suivis d’uicéfhtidns â la gorge eli
183.S, en 1836 de syphUides sur id
peau; enlln eli lS98, â l’iiôllltal dil
Dey, à Alger, il est pris d’ühe céphà-
latgie d’une acuité extrême, suivit;
plus lard d’une exostose dÜ fi'onial
et d’une carie avec ramollissement
des os propres du nez.
C’est bien là un exempie de sy¬
philis constitutionnelle îles mieux
cohdilionuées. Mais voie! des jihé-
domèttes insolites et des plus cu-
riclix. Au bout d’un mois de la cé¬
phalalgie dont nous vehohS de parlot,
les formes athlétiques que présentait
ce malade ont disparu: ses mem])re.s
sont devenus chétifs et grêles, ses
cheveux , sa barbe, ses favoris, ses
moustaches s’en sont allés pOil par
poil; les poils du pubis tombent éga¬
lement tous sans exception; la verge,
les testicules, autrefois d’Une dimen¬
sion normale, s’atroiihicnt mitre mi>-
Enlréle 26 janvier dernier à l’hôpi¬
tal du Midi pour la cinquième fois, Cet
lioinhte, qu’on avait connu bien dé¬
veloppé, vigoureusement constitué,
olfre les formes et les allures de la
femme; sa podü est d’iiite blancheür
parfaite, douce au touclier; un léger
duvet recouvre à peine les régions
oit le système pileux était atttmra-
vant fort développé ; sa dépiarcfie est
nonciialante, ses roouvemettls lents et
mesurés, son regard craintif : à ne
voir que la main et les gracieux con¬
tours que donne à tout son corps tilt
tissu cellulaire abondant, on Uleràll
le sexe. Les organes génitaux sont
ceux d’un enfant de cinq ans; leur
blancheur, leur forme, leur volunle,
tout le ferait croire; le loücher per¬
çoit deux apparences de testicules de
la grosseur d’une noisette. Le moral
s’est montré esclave du physîqué
chez ce sujet ; en perdant les organes,
il a perdu les sentiments; son ca¬
ractère est doux, soit tnlciligonce
obtuse; il n'a plus de mémoire. C’est
le type du tempérament lymphatique.
Par suite du traitement qui a été
fait depuis six mois à ce malade,
entré avec des douleurs ostéocopes
générales, une tumeur lacrymale et
une carie des os du nez, sa constitu¬
tion s’est améliorée. Les progrès ef¬
frayants de cet étiolement général
( m )
ont été arrêtés; le léger duvet qui
recouvrait les régions autrefois abon-
daiiiinenl pourvues de barbe et de
poils devient plus touffu et noircit ;
cela se remarque surtout aux mous¬
taches. Les organes génitaux eux-
mêmes reviennent un peu de leur
inertie; il y a eu deux érections, les
seules qtl’il ait éprouvées depuis son
bon temps. Du reste, toutes les dou¬
leurs ont disparu, et la carie dos os
du nez s’améliore. On a obtenu ce
resullal par une bonne alimentation
et l’usage journalier de 2.5 à 100
grammés d’un sirop dont les médica¬
ments actifs sont indiqués dans la
formule suivante:
lodhydrargirate neutre de po-
lode pur. 1 —
Proloiodure de potassium... 100 —
Eau distillée. 398 —
600 gram.
{Bull, de l’^cad. deméd., août
181.2.)
VOMIQUE, suite d’apoplexie pul¬
monaire. L’on a révoqué en doute
qu’il pût se faire au milieu même du
parenchyme pulmonaire des collec¬
tions purulentes, suite de l'inflam¬
mation, qiû, trouvant tout à coup une
issue dans les bronches, donnêt lieu
à une expectoration subite et très-
abondante de pus. On a dit que les
vomiques, dont les auteurs anciens
nous ont laissé de nombreux exem¬
ples, ne pouvaientêtrelaconséquence
du tissu pulmonaire enflammé et de
la gangrène, ni le résultat de la fonte
d’une grande niasse tuberculeuse ag¬
glomérée dans un seul point : car dans
ce dernier cas c’est successivement
que les tuberculesdoivent se ramollir
et se fondre, et la matière se faire
peu à peu, et successivement, jour
au dehors ; l’on a voulu donc établir
l’opinion qu’il n’y avait de véritables
vomiques que celles qui se consti¬
tuaient de l’expulsion d’une niasse
puriforme ramassée dans la plèvre et
se faisant jour dans les bronches.
Cette opinion de nos modernes pa¬
thologistes était trop absolue. Voici
un fait bien authentique, bien clair,
dont nous allons présenter l’analyse,
qui, joint à ceux que l’on possède
déjà, prouvera la fausseté du principe
qu’on a voulu établir.
A riiûpital de la Charité, dans le
service de M. Rayer, a été reçu, le
17 mars 18f2, Baptiste Moreau, ma¬
çon , âgé de trente ans, et d’une ex-
cellenteconstitutinn. Étant au travail
et parfaitement bien portant le 12
mars, il but, ayant très-chaud, un
verre d’eau froide. Aussitôt il fut pris
d’un vomissement de sang pur, dont
la quantité est évaluée par lui à deux
grands verres; il suspendit son tra¬
vail et se mit au lit. L’hémorrhagie ne
reparut pas. Le 17, se sentant plus
malade, il salit apportera la Charité.
Le 18 il avait une fièvre violente
avec délire; il avait de l’oppression
et une douleur dans tout le côté gau¬
che de la poitrine. L’auscultation ne
fit rien reconnaître à droite; à gau¬
che, pour tout phénomène, on ne
hota, dans tout le cours de la mala¬
die, que l’absence de sonoréllé an¬
térieurement et extérieurement à la
partie moyenne; le sommet dupou-
monestd’ailleurssain.Pendant vmgt-
cinq jours la médication antiphlogis¬
tique la plus énergique (six saignées,
quarante ou cinquante ventouses sca¬
rifiées et plusieurs vésicatoires sur
la poitrine) n’avaient nullcmentamé-
lioré l’état du malade; il y avait là
quehiue chose d’anormal et d’insolite
qui rendait le diagnostic irrésolu.
Enfin, le vingt-sixième jour dans la
nuit, ce sujet qui, malgré sa toux et
ses douleurs, n’avait que fort peu
maigri et ne présenlait aucun des si¬
gnes ni physiques ni rationnels de la
phthisie pulmonaire, fut pris tout à
coup d’une expectoration abondante,
ou plutôt d’un vomissement de pus;
il eu rendit dans cette nuit une bas¬
sine [ileine. Pendant les douze jours
(jui suivirent il remplit encore chaque
jour de pus plusieurs crachoirs. Dans
les cinq ou six derniers jours que
dura cette abondante expectoration,
le pus changea de nature; il devint
jaune, vert ensuite, et il fut mêlé de
détritus, en morceaux assez considé¬
rables quelquefois pour égaler la
grosseur d’un haricot. A peine le pn^
eut-il commencé à être rejeté qu’une
amélioration des plus frap[ianUis se
manifesta dans l'état du malade; la
lièvre cessa; la douleur ne tarda pas
à devenir moindre, puis à disparaître;
l’apimlit commença à revenir peu à
peu, les forces se rétablirent, l’expec¬
toration cessa, et le malade ayant re¬
couvré la santé, sortit de l’hôpital. La
poitrine auscultée et percutee avant
la sortie ne présente aucun signe de
tubercules; 1 état general était extrê¬
mement satisfaisant, cet homme pa¬
raissait plein de force et de santé.
( Gazette des Uôp., août 18i2. )
( 240 )
VARIÉTÉS.
Ordonnance de police sur la morve. — Une ordonnance de po¬
lice qui prescrit des règlements sanitaires en vue de s’opposer à la con¬
tagion de la morve, et de préserva- de cette hori-Dde maladie les in¬
dividus qui font leur état de panser les chevaux, a été rendue en date
du 21 août dernier. Cette amélioration était lugente, et a été vivement
et longuement sollicitée par les médecins qui, dans ces derniers temps,
ont vu de si tristes et de si nombreux résultats de l’incm-ie qui régnait à
cet égard. Il faut espérer que les mesures prescrites auront l’eflicacité
qu’on en attend, et que les hôpitaux de Paris ne présenteront plus le
d^lorable spectacle d'individus en proie à toutes les horreurs d’une
affreuse infection pour laquelle l’art est jusqu’alors stérile et impuissant.
Fraudes des drexistes. — Le tribunal de police correctionnelle
vient de condamner à 500 francs d’amende un droguiste-pharmacien
de la rue des Lombards, dans l’officine duquel se commettaient les
fraudes les plus coupables. Ainsi, il a été reconnu que le laudanum
ne contenait pas un atome d’opium, que l’onguent mercuriel était com¬
posé d’axonge et de noir de fumée, que la farine de graine de lin n’é¬
tait cpie de Ta sciiue de bois, que tous les sirops étaient adultérés, etc.
La sévérité du tribunal sera, nous l’espérons, d’un bon exemple, et
mettra im terme à ime .spéculation si complètement immorale. Les fraudes
commises par les pharmaciens-ih-oguistes sont d’autant plus dangereuses,
que c’est chez eux que se foiu-uissent de médicaments la plupart des phar¬
maciens et des médecins rm-aux.
Modifications aux examens et aux concours. —D’après un arrêté
récent du conseil royal de l’instruction jniblique, le troisième examen
pour le doctorat en médecine comprendra, à dater du l'' avril prochain,
outre les épreuves déjà en vigueur, une épreuve de médecine opéra¬
toire.
D’après un autre an-êté, à l’avenir, lorsque dans les concours de l’a-
p'égation le nombre des concurrents sera double du nombre des places
à donner, le jury dressera une üste, après la première épreuve, d’après
laquelle seront seuls aptes à subir les autres epreuves du concours ceux
que le jiu-y y aura inscrits.
Retraite de M. Rihes. — De gi-andes mutations viennent d’avoir
lieu dans le persoimel des médecins et cliirurgicns des hôpitaux mili-
tah-esi Un fait qui a étonné et douloureusement impressionné le pnbbc
médical, c’est la mise en retraite de l’honorable M. llil)cs, qui occupait
très-dignement le poste de médecin en chef des Invalides. On ne se rend
pas compte de cette tlisgrâce imméritée, qui frappe un des plus dignes
représentants de la médecine militaire, et un hoimnc qui pouvait encore
rendi-e à la science et à l’humanité de nombreux services.
( 241 )
THÉRAPEUTIQUE MEDICALE.
QUELQUES RÉFLEXIONS SUE l’aBUS DES MEDICAMENTS OU POLYPIIAEMACIE.
RAPPEL A LA SIMPLICITÉ DES FORMULES.
Le mot polypharmacie, qu’on emploie toujours en mauvaise part,
exprime l’usage où sont quelques médecins d’administrer beaucoup, ou
pour mieux dire, trop de médicaments. Cet abus, si répandu dans la
pratique, peut s’offrir sous plusieurs formes ; il consiste : 1° à donner des
médicaments très-composés, tels que ceux dont on rencontre encore les
formules dans les recueils les plus modernes, voire même dans le Codex;
2“ à prescrire des remèdes simples, mais en gi aiid nombre à la fois ;
il est tel praticien qui se croit obligé de grever régidièrement son ma¬
lade 1“ d’une tisane, 2“ d’une potion, 3” de pilules, 4° d’un lini-
ment, etc. ; 3® à cbanger souvent les remèdes, simples d’ailleurs, qui
sont mis en usage. Le peuple estime particubèrement le médecin cpii
chaque jour varie les prescriptions, et nous savons tel praticien qui
croirait voler ses honoraires et porter atteinte à sa réputation s’il ne
modifiait à chaque visite les prescriptions précédentes.
Pour facUiter la narration, nous conviendi-ons de désigner ces trois
formes sous les noms de polypharmacie 1“ complexe, 2“ multiple,
3“ changeante.
Les gi'ands praticiens de tous les temps se sont élevés conti'e l’abus
des médicaments. La polypharmacie complexe était ignorée des médecins
de l’antiquité, de ceux de l’école hippocratique en partieuher, lesquels
n’employaient guère que des substances simples. Ils usaient également
fort peu de la polypharmacie multiple, car ils mettaient toute leur gloire
à tirer de profonds pronostics et à guérir lem-s malades. Quant à la po¬
lypharmacie changeante, elle est déjà slygmatisée dans les œuvres d’Hip¬
pocrate, et notamment dans l’aphorisme ui de la section H® : « Quand
votre conduite est rationnelle, et cependant sans succès, ne vous hâtez
pas de passer à d’autres moyens, tant que subsiste ce que vous avez vu
dès l’origine, n {^phor. d’Hipp., trad. de Paiiset.)
Celse condamne impheitement la pol}'pharmacie en posant cet axiome :
« Un aliment administré à propos est un excellent remède. » (üe re
med.)
Galien, au rapport de Botal, a parfaitement signalé le principal incon¬
vénient de la polypharmacie, au point de vue scientifique : « Il n’e.st
TOME xxin. 7' LIV. 16
( 242 )
rien, dit le médecin de Pergaine, qui rende la médecine plus conjecturale
que la quantité des médicaments, » (Botal; de Curât, per sang, miss.,
cap. XXIV.)
La polypharmacie, en général, fut une mvention propre des Arabes
et des chimistes des siècles passés. Le mordant Guy-Patin désignait les
polypharmaques de son temps sous le nom de cuisiniers arabesques.
« Ce sont surtout les médecins aralies, dit Gliirac, qui, par un charlata¬
nisme indigne de notre art, ont appris à leurs successeurs à multiplier
et à prodiguer de petits rcmèdts dont le succès se réduit à amuser le
caprice des malades ml à les assen ir {dus longtemps à une avidité
honteuse. » (Qiirac, Fiêv. malig.)
Néanmoins l’époque de la renaissance, eu rétahlissitnt le libre arhitre
scientifique et le culte de la raison, n’a pas détrôné la polypharmacie.
Ce phénomène paradoxal dérive de deux causes : c’est tpt’en t-enversant
les théories surannées ou mystiques des siècles passés, on a cru devoir
conserver les drogues dont 1.1 routine, déguisée sous le hean nom d’ex¬
périence, avait, dit-on, sanctionné l’elllcacité. En second lieu, les au¬
teurs, tout ch fulminant contre la polypharmacie, n’y sacrifiaient pas
moins eux-memes, soit par imitation, soit pour satisfaire à leurs propres
théories, soit ciicoii; pour suppléer à l’iiisuflisance des remèdes plus ra
tionnels. Aussi sera-t-on peut-être étonné de voir figurer, dans l’exposé
qui va suivre, des noms qui se rattachent à des compositions bien et dtl-
ment réputées polypharmaques.
C’est ainsi ipte le grand Sydenham, si prodigue d’apozèmcs, de pou-
dies, de teintures, pourrait fournir des armes pour et contre la thèse
dont il s’agit : en donnant l’efiVayant catalogue des substances compo¬
sant son Éleetuaire antigoutteux, l’illusUe praticien anglais laisse
échapper cette hérésie ; « Je crois que toutes ces plantes opéi’cronl mieux
si l’on eh mêle plusieurs ensemble que si on ne se sert que d’one à la
Ibb...... Quand il s’agit, pour guérir un malade, de remplir telle ou
telle indication, chaque ingrédient y contribue de son côté, et plus il
en entre dans un remède-, plus ce remède â de vertus!!! » Mais comme
Correctif de celte déplocablé etreur, l’honUne de génie ajoute bientôt :
« Il est Vrai que les renièdes qui ont une vertu spécifique sont d’autant
plus efficaces qu’ils sont moins associés à d’autrès. a (Sydenham, Mêd.
pra<., p. 460.) Et, àpropos de spécifiques, Sydenham exprime ailleurs
sa pensée en ces termes i U Si l’on m’objecté qu’il y a beaucoup de re¬
mèdes spécifiques, j’avoüe sincèrement qu’ils me sont inconnus, et je
crains fort que ceux qui les vantent ne soient aussi ignorants que moi. »
{Ibid., de la Goutte.)
Hnxham est plus explicite aU sujet de la polypharmacie : « Le méde-
( 243 )
cin, dit-il, peut faire choix, pour son usage, d’un petit nombre de mé¬
dicaments qu’il croira les plus ellicaces, et s’y borner, plutôt que de
parcourir un immense fati’as de drogues dont certains médecins font
parade.J’ai vu, dans la pratique de quelques médecins et dans
quelques auteurs, des formules où l’on avait entassé tant de drogues,
qu’Apollon lui-nicme aurait été cml)arrassé de deviner le but qu’on
s’était proposé. » (Des Fièvres, préface, p. xxxiij.)
Nous avions besoin de faii'e précéder de pareilles autorités pour pro¬
duire le jugement d’un auteur qu’on n’apprécie guère aujourd’hui ;
O On doit, dit Chirac, regarder les inventeurs de ces remèdes si compo¬
sés, non comme des médecins, mais comme des cmpinques qm ont ras-
seralrlé des di-ogucs dont la raison, ni la physique, ni l’expérience, n’ont
jamais dicté l’assemblage, et dont l’eflct est toujoui-s incertain.La
multiplicité des remèdes et lem-s différentes combinaisons marquent bien
moins In connaissance distincte de la cause qu’une idée très-confuse de
l’état des organes, etc. » (Chirac, Fièvr. malig.)
Guy-Patin, qui avait trop d’esprit pour acquérir le renom de prati¬
cien, mais à qui on ne refuse pas le titre de médecin philosophe, répé¬
tait, après Bacon, que « la quantité et la variété des métlicamenls sont
filles de l’ignorance. » Et il ajoutait, pour son propre compte, que t; les
médecins sages et dociles aux lois de la nature savent avec des moyens
simples opéi-er des effets multipliés. » (Lettres.)
Puisque, chemin faisant, nous nous permettons de rectifier les réputa¬
tions antiques, l’envie nous vient de célébrer un vieil auteur de pharma¬
copée qui n’est plus guère connu que des érudits, et dont pourtant les
préceptes généraux sur l’art de formuler sont ce que je connais de mieux
pensé, voire même do plus complet, n’en déplaise à nos modernes. Un
seul trait suftira, nous le verrons, pour accréditer ce jugement ; auteur
d’un Formulaire, Gaubius, il y a un siècle, ne cessait de pi-êcher la sim¬
plicité dans les formules ! Nous eraindi ions, en le traduisant, d’altéicr la
beauté du texte suivant : « Simplicitati quàm maxime in pr<escribcndis
remediis studeat medicus, nec adeo molem et numcrinn, sed concisam
brevitatem, non pompant sedcflîcaciam affectet. » (Ganbius, de Meth.
concimmdi formai., prop. 31.) A ce pas.sage, nous pourrions en
ajouter vingt autres; nous nous bornons au suivant, que nous recomman¬
dons aux modernes empiriijucs : « N’opposex pas de remèdes à tous les
symptômes, mais bien aux symptômes urgents, dont l’amendement fera
cesser les antres. » (/6(rf.,prop. 45.)C’estlà,jecrois,dupurphysiolo-
gisme; voilà le douloureux mobile de Broussais.Mais n’allotis pas,
pour exalter Ganbius, nous mettre sur les liras la Franrc piélendue ré¬
générée.
( 244 )
Ce nom nous en rappelle un aub'e non moins vénérable, celui de Mur¬
ray, qui dit, avec sa naïve candeur ; « Accuser nos pharmacopées de pé¬
cher plutôt par excès que par défaut de remèdes, est une récrimination
ancienne et méritée. » {Apparat, meliic. prœfat.) Nous regrettons de
ne pouvoir produire ici ses profondes considérations sim l’eXpéricnce en
thérapeutique.
Ün autre pharmacologue, implacable ennemi de la polypharmacie,
car il fut en même temps un médecin illustre, Cullen, dans sa Matière
médicale, fait une guerre acharnée aux drogues compliquées, aux ar¬
canes, aux spécifiques et à tous les médicaments à réputation douteuse et
usurpee. A propos de la thei’iaque, il rappelle cet anathème du vieux
Pline, pom’ qui le mithridate était « manifestement un monstrueux pro¬
duit de la vanité de la science et de la jactance de l’ait. » (Pline, Hist.
nat,, lib. XXIX.) Et lui, Cullen, tance vigoureusement le collège de
Londres pour avoir, dans sa Pharmacopée de 1746, admis la panacée
d’Andromaque. Combien peu de pharmacologues se sont élevés, depuis,
à la hautem- philosopliique de Gaubius, de Murray, de Cullen, vénérable
trinité thérapeutique qui tira notre science du chaos vers lequel elle sem¬
ble incliner de nouveau !
Dans maint passage de sa Médecine raisonnée, Frédéric Hoffinann
prodigue le mépris à l’abus des drogues; bornons-nous à quelques fi-ag-
ments : « En général, dit-U, il faut être persuadé qu’ily a une infinité de
médicaments simples et composés qui sontinutiles. » (T. Il, p. 360.) « Les
boutiques sont remplies d’une si grande quantité de médicaments, qu’on
en peut aisément supprimer la moitié sans faire tort à la médecine. Cela
est surtout vrai des compositions ^e les anciens nous ont laissées, parce
que, comme ils ne connaissaient pas exactement les vertus des remèdes,
ils faisaient entrer dans une préparation une infinité de choses mal as.sor-
ties. » {Ibid., p. 355.) « Il faut rejeter des boutiques, avec les inepties
des anciens, tous les remèdes qu’on ne prescrit pas une fois en deux ans. »
{Ibid., p. 356.) Voici, vous en conviendrez, un ancien qui traite ses
prédécesseurs avec bien peu de révérence! Il devait avoû peu d’amis
parmi les pharmaciens, non plus que parmi ses confrères : « Bien des
médecins, dit-ü, s’imaginent que la multiplicité des formiJes leur fait
honneur à proportion. Les apothicaires ne se plaindront jamais que le
médecin soit dans cette idée, mais elle est une preuve que la science
Il est pas bien solide. » {Ibid., p. 351.) Mais il ne sulllt pas de conspuer
les drogues, il faut encore légitimer la réprobation : or, Frédéric Hoff¬
mann justifie la sienne avec une hauteur de vues où l’œil du vulgaire des
praticiens ne peut guère atteindre : « Le principal caractère d’un méde¬
cin éclairé et qui raisonne, dit notre auteur, est d’écarter la multiplicité
{ 245 )
et la vai'iété d^emèdes, et de clioisir dans mi petit nombre ceux qui
sont appropriés à la maladie qui se présente.Les causes des maladies
ne sont point eu grand nombre ni très-Tariées; elles sont simples et en
petit nombre, bien que, suivant les différentes parties qu’elles attaquent,
elles produisent des effets très-differents. Il n’est donc pas besoin d’une
si grande abondance de remèdes, pom-vu qu’on les administre dans l’or¬
dre, le temps et de la manière convenables. » {Ihid., t. III, p. 299.)
Passons rapidement, car la matière est dilatable à l’infini : « En méde¬
cine, dit Baglivi, U faut beaucoup savoir et agir peu. » « Souvent c’est
faire preuve d’babileté que de ne rien fane », a dit Tissot. « S’unaginer,
dit le même auteur, qu’un remède est inutile parce cpi’il ne déti-uit pas
la maladie au gré de notre impatience, et le rejeter pour en prendre un
autre, c’est casser une montre pai-ce que l’aiguille emploie douze heures
h fane le tour du cadran. »
Le célèbre Debaën est un de ceux qui ont fait à la polypharmacie la
guerre la plus acharnée : dans sou chapitre de Medic. in morb. août.,
il combat avec chalcin les remèdes composés et violents; il fait une sortie
r igoureuse contre les drogues recherchées, les arcanes, les spécifiques du
dispensaire de Vienne : « Nous vivons, dit-U, dans un siècle trop éclairé
pour ajouter foi à ces vétilles. Mais, chra-t-on, l’expérience nous a dé¬
montré l’utilité de ces remèdes ! Et la mienne (répond Debaën) m’auto¬
rise à les traiter de billevesées. » (Et nos experientià didicimus bæc cre-
pundia vituperare.) « Le médecin avec sa cuisine fastueuse (ciun fastuosâ
suâ cidinâ) pèse plus sur le malade que la maladie elle-même. » [Ratio
medendi, part. I.)
L’illustre successeur de Dehaën à la clinique de Vienne, Stoll, a dog¬
matisé dans le même sens : « De nos jours encore, dit-ü, on voit quelques
médecins qui s’efforcent mal à propos de rassembler dans ime même for¬
mule les substances opposées à tous les symptômes d’une maladie : assu¬
rément celui-là ne connaît pas la maladie. » [Méd. prat., 1.1, p. 6.)
Dans maint endroit de ses œuvres, StoU insiste beaucoup sm' le précepte
d’Hippocrate, de ne pas changer les remèdes sans nécessité, car, dit-il,
certaines maladies ont une marche déterminée; principe dont les obser¬
vateurs superficiels ne peuvent se pénétrer, non plus que de l’inutilité et
même du danger des remèdes nombreux et violents dans certaines mala¬
dies chroniques, à l’égai-d desquelles, ditStoll, le praticien sera sobre de
médicaments, dans l’intérêt du malade et de sa propre réputation : « Que
ceux-là, dit-il ailleurs, formulent dès prescriptions apprêtées, qui sont
forcés de flatter le palais des femmes ou de donner des médicaments
dont le haut prix fait tout le mérite. » (Méd. prat.)
Médecin et naturaliste, Linné a proféré ces paroles sévères ! « Celui
( 246 )
qui peut guérir par des moyens simples et qui en cherche de complnpiés,
se donne une peine inutile, ou agit avec foiu-herie (dolosè). » {Censura
simplic.)
Nous n’en finirions pas si nous voulions reproduire tous les anathèmes
lancés par l’auteur du traité de l’Expérience, le rancunier Zimmer¬
mann, lequel s’épuise en sarcasmes eontre l’ignorance et l’improhité qui
déshonorent notre profession, c’est-à-dire contre les empiriques, les po¬
lypharmaques et les charlatans de tout genre.
Joseph Frank, dont les œuvres sont classiques encore aujourd’hui, it-
vient fréquemment sur les avantages des médications simples : « llare-
ment, dit-il, nous associons plusieurs remèdes ensemble, car nous avons
horreur des mélanges.» « Les médicaments composés, outre la ré¬
pugnance qu’ils inspirent et leur prix élevé, sont mauvais, surtout en
ce qu’il devient impossible par eux de déterminer l’effet de telle sub¬
stance en ce qu’il aura été nuisible ou avantageux.Changer dans le
milieu du jour les médicaments ordonnés le malin, rejeter le soir ceux
prescrits en dernier lieu...., dénote bien l’ignorance ou la pusillanimité
du médecin. » (Joseph Franc, Méd. pral.)
Notre sage Pinel a dit : « Les remèdes simples, si conformes d’ailleurs
aune saine doctrine, ontdumoinsravantagedc produire les effetslcsplus
directs, de ne point compliquer l’histoire delamaladie. » (Nosographie)
A ce témoignage du père de l’école française moderne, nous pouri ions
ajouter ceux de la plupart de nos plus illuslros contemporains; en vain
s’agiteront le savoir-faire et la médiocrité, ces principes ont été, sont
et seront toujoiu’s ceux des amis éclairés de la science et de l’humanité.
Qu’il nous soit permis de terminer cette esquisse historique par un ex¬
trait emprunté à l’homme dont il y a, aujourd’hui, quelque courage à
proclamer le nom : « Celui qui guérit une maladie sans avoir apprécié
avec justesse les modifications physiologiques au moyen desquelles il a
opéré cette cure, n’a pas la certitude de reconnaître ni de guérir la meme,
maladie lorsqu’elle se présentera de nouveau ; d’où résulte que ni les
succès ni les revers des empiriques ne peuvent servir, ni à les rendre
praticiens, ni à leur donner des moyens d’en former d’autres. » (Brous-
•sais, prop. 467.) Le principal inconvénient et l’inévitable résultat de la
polypharmacie sont, en effet, d’éterniser les ténèbres.
On voit quel édifiant accord a régné de tous temps panni les prati¬
ciens les plus illustres à l’égard de la polypharmacie, dont, effective¬
ment, les vices et les dangers sautent aux yeux de la raison.
ÎAi hasard, dit-on, nous a révélé les remèdes les plus efficnees. Ce
paradoxe peut être vrai pour quelques-uns des remèdes simples que nous
ont légués les siècles passés ; mais, à coup sur, il ne l’est pas pour les
( 247 )
remèdes complexes, lesquels sont, presque de nécessite, le produit d’idées
préconçues. La polypharmacie, que Bacon, ainsi que nousl’av'ons vu, a
fait naître de l’ignorance, est au moins fdlo de l’incertitude et de l’iiy-
polhèso. En associant une foule de substances, le praticien espère qu’une
d’entre elles, au moins, atteindra le but : c’est une sorte de décharge à
mitraille dont quelques éclats pourront frapper l’ennemi. Tel fut le prin¬
cipe avoué qui dicta la monstrueuse panacée d’Andromaque. Mais en¬
core faut-il bien que les éléments ne se neutralisent pas, et celte neutra¬
lisation est, au dire deFréd. Hoffmann, ce qui existe pour la thériaque
clle-mcme. {Méd. rais., tom. II, p. 355.) La polypharmacie prit nais¬
sance dans les siècles ténébreux, où la composition des agents médicinaux
était aussi profondément voilée que la structure de l’homme. « L’igno¬
rance des lois de l’économie animale et de celles de la nature a enfanté
tous les remèdes superstitieux », dit Zimmermann. Le cerveau d’un
prétendu savant, phus ou moins renommé, fermente sur les causes plus
ou moins hypothétitjues d’une maladie donnée ; un remède complexe
surgit do celte associalion'd’éléinents imaginaires, et voilà le médicament
en vogue ! On s’en sert d’abord sur la foi de l’auteur, et plus tard, bien
que la théorie qid l’a fait naître et que l’auteur lui-même soient oubliés,
on en continue l’usage, en invoquant ce mot magique et mensonger
Yexpérience, qui trop souvent n’est que la routine consacrée par la vé¬
tusté. Telle est, on ne peut en douter, l’origine de la prcs(juc totalité des
remèdes complexes. Nous ne voulons point examiner ici à quelles con¬
ditions nomltreuses, délicates, souvent impossibles, on pourrait être en
droit d’invoquer l’expérience ttram à l’égard de ces remèdes; nous nous
bornons à faire observer que, dans les cas d’associations multiples, même
en admettant leur eflicacité souvent contestable, il reste presque tou¬
jours à décider si la maladie n’eût pas aussi bien, ou même mieux guéri
par un ou plusieurs des éléments constituants isolément administrés ’.
Il reste donc démontr é de par l’histoire et la raison, que la polyphar¬
macie est à la fois le produit et la source d’une foule d’erreurs ou de
préjugés thérapeutiques. On pourrait réduire à trois chefs principaux les
inconvénients qu’elle présente en application :
1“ Dans certains cas, les amalgames dont il s’agît donnent lieu à des
dégagements volatils, vaporeux, à des décompositions patentes ou in¬
aperçues qui dénaturent le remède et le transfonnent en un produit nou¬
veau d’action inconnue, inerte ou même dangereux : c’est ce que nous
appellerions inconvénients chimiques.
> Voir noire Mémoire : De la réalité (le la médecine, et de les dogmes
fondamentaux, et celui sur les obstacles aux progrès de la thérapeutique.
Chez J.-B. Baillière.
( 248 )
2® D’autres fob, on y voit figurer des substances réfi’actaires au mé¬
lange, insolubles les unes dans les autres, et donnant lieu à des troubles,
des coagulations, des dépôts, enfin à des magmas de toute espèce qui
révoltent tous les sens à la fois ; tels sont les inconvénients ‘pharmaceu¬
tiques.
3“ Le genre d’inconvénients le plus grave et le plus commun peut-
eti'e, et que nous désignerions sous le nom d’mconvénients thérapeuti¬
ques, se subdivise en deux espèces : dans la première, le praticien associe
des substances d’actions diverses ou même opposées, lesquelles se neutra¬
lisent plus ou moins complètement. La seconde espèce consiste dans la
combinaison d’éléments tellement nombreux, que les effets deviennent,
en quelque sorte, indéchiffrables et sans aucun profit pour l’art et la
science. N’oubliez jamais que le critérium d’une bonne formule est de
laisser clairement apercevofr l’intention rationnelle qui l’a dictée. Or, ce
précepte du bon sens est violé presque à chaque page des foimulaires,
officiels ou non , et Dieu sait ce que couvrent les mystères de la pratique
journalière! Les mélanges sont presque toujours à titre de spécifuincs,
c’est-à-dû e qu’on se garde bien de les soumettre aux analyses physique
et physiologique, de sorte que le pharmacologiste et le médecin demeu¬
rent éternellement dans l’ignorance et des agents réels qu’ils adminis¬
trent, et des effets organiques qu’ils vont produire. A ces ai-cancs appar¬
tiennent les anti de toute espèce, sirops, élixirs, électuafres, pilides, etc.
Personne ne niera que l’association des médicaments ne réclame, de
la part du médecin, de profondes connaissances en histoire naturelle, en
chimie, en pharmacie, en physiologie pathologique, etc. Or, combien
sont rares les praticiens qui réunissent au degré voulu toutes ces connais¬
sances ! Donc, plus les formules seront simples, moins les-médications
seront variées, et plus elles offriront de lucidité, de sécurité, de
chances de succès ; moins aussi elles compromettront la santé, la vie des
malades, sans parler des sacrifices dispendieux que nécessitent les médi¬
cations fastueuses; moins encore elles exposeront la réputation de l’hon-
jicte praticien qui cherche à édifier sa renommée sur d’autres bases que
le vulgaire charlatanisme des drogues.
Cependant ici, comme en toutes choses, l’excès est un défaut : In
vitium ducit calpai fuga. La simpbeité thérapeutique, de même que
tous les principes les plus généraux et les plus salutaires, comporte des
exceptions basées sur la science et sur l’art eux-mêmes. Certaines for-
mides complexes peuvent être justifiées par des considérations ration¬
nelles, impérieuses, auxquelles un habile médecin sait sacrifier à propos ;
telles sont les suivantes :
1® Une cûconstance qui domine tontes les considérations scientili-
( 249 )
ques, est celle où l’expérience bien et dûment constatée a sanctionné la
prééminence d’un composé médicamenteux en opposition aux remèdes
simples. Mais combien de fois n’a-t-ou pas confondu l’expérience réelle
avec la routine et les préjugés théoriques !
2° Les mélanges sont indiqués, lorsqu’on associant des substances di¬
verses ou veut et l’on peut obtenir l’ensemble des effets partiek propres
à chacune d’elles. C’est ici surtout que la pente est ghssante, car les po¬
lypharmaques de tous les temps ont invoqué ce principe, lequel étant
fondé sur les idées dominantes de l’époque, repose, en effet, sm' la base
la plus mobile. Dans tous les cas, il n’est jamais certain que la natiu’c
voudi’a bien se prêter au départ que supposent vos théories, et que vos
éléments prendront les chemins divers que vous leur assignez. Quoi qu’il
en soit, veillez à ne pas associer des ingi'édients qui se combattent et se
neutralisent ; veillez surtout à ce qu’ü n’en résulte pas d’effets contraires
à ceux que vous attendez.
3“ Plusieiu-s substances peuvent être associées, lorsqu’on veut obtenir
un produit ou un effet mixte, différent de la composition et de l’action
de chacim des ingrédients isolés. Encore est-il préférable d’employer
d’emblée le produit mixte lorsqu’il existe tout prépai-é dans les oflicines.
Ainsi, je n’ai jamais bien compris poiuquoi l’on ne préfère pas l’eau
gazeuse à la potion de Rivièi’e, et peut-être aussi le carbonate de fer aux
pilules de Blaud. Il me semble qu’à l’égard de ces remèdes, et autres
analogues, on n’a guère émis que des suljtilités.
4“ 11 est pai’fois convenable de chercher à favoriser r'acliou de cer¬
tains remèdes : c’est ainsi qu’il est des menstrues qui facilitent le déga¬
gement de quelques principes fortement combinés ; c’est ainsi que cer¬
tains coiTectifs font supporter un médicament auquel les organes sont
réfractaires ; exemple : l’acide sulfurique favorise la solution du sulfate
de quinine, que l’extrait d’opium empêche de produire la diarrhée. Or,
dans bien des cas, on prétexte ce motif pour associer des agents pm’e-
ment congénères, alors qu’il suffirait tout simplement d’augmenter la dose
de l’agent principal : à quoi bon, par exemple, associer l’absinthe ou la
gentiane au quinquina, la jusquiame à l’aconit, etc. ?
5“ 11 peut être utüe, au contraire, de mitiger un agent trop actif : il
est évident, par exemple, qu’il faut étendre ou diviser les substances
vénéneuses sous un petit volume, l’arsenic, les acides minéraux, etc.;
mais encore ici abuse-t-on souvent du précepte en usant de correctifs
superflus, alors qu’il suffirait de diminuer simplement la dose du médi¬
cament. C’est ce que Quarin fait très-bien observer : « Afin, dit-ü, que
les malades puissent prendre une plus forte dose d’acides minéraux,
quelques médecins les combment à la gomme. Mais est-il raisonnable de
( 250 )
modérer les forces d’un médicament, afin de pouYoii- le donner en plus
grande quantité? » (De Febreputridâ.)
6" Le motif le plus ordinaire, et en quelque sorte obligé des associa¬
tions médicamenteuses, c’est d’abord de faciliter la préparation du re¬
mède : il est clair, par exemple, que pour obtenir la solution d’une sub¬
stance résineuse, il est nécessaire d’employer un dissolvant approprié ;
que poiu- donner à un produit sec ou liquide la consistance pilulaire, il
faut user d’un intermède quelconque. IjCs mêmes considérations s’appli¬
quent à la nécessité de produire le médicament sous une forme accommo¬
dée à l’état pt au gofit du malade.
Voilà poim ce qui concerne la poljqdiarinacie complexe ; quant à la
polypharmacie multiple, elle est encore autorisée dans de certaines
bornes :
7° C’est ainsi qu’on peut prescrire en même temps, nu même malade,
soit une tisane adoucissante et un loocli, à part les saignées, dans une
inflammation de. poitrine ; unefboisson tempérante, un cataplasme et un
lavement dans une irritation abdominale, etc. Ce sont là des procédés
rationnels, et qui ne justifient pas ces médicastres qui se croient obligés
de mettre à contribution toutes les formes pharmaceutiques à la fois. La
science et la conscience médicales étaldissent parfaitement la limite entre
l’art et la jonglerie.
La polypharmacie changeante, elle-même, peut s’autoriser de cer¬
taines exigences créées par la pratique :
8“ Ainsi, l’on reconnaît que l’action de certains remèdes s’use par
l’habitude ; il est alors indiipié de les changer pour d’autres dont l’action
analogue converge au même but.
9“ Ou bien les malades se lassent, se dégoûtent des mêmes médica¬
ments : force est bien alors d’obtempérer à ces répugnances. C’est ce qui
arrive dans les maladies de longue durée, chez les inciuables, les hypo-
chondriaques, etc. C’est alors que brûlent les ressources réelles du tlié-
rapeutiste : « Il est, dit Gaulmis, un juste milieu entre ropiniâtrclé
stupide et la frivole inconstance. » (Formulaire.)
Telles sont, je crois, les circonstances principales qui peuvent ration-
naliser la polypharmacie. En dehors de ces préceptes, dont pourtant en¬
core il est si facile d’abnser, il n’y a plus qu’ignoranre ou calcul. Ce¬
pendant de graves auteurs, et ce même Gaubius, si sévère à l’égard du
charlatanisme, admettent naïvement quelques autres motifs, que nous
reproduisons pour le plaisir plutôt que pour l’édification du lecteur, car
nous n’hésitons pas à les stygmatiscr comme des procédés se rattachant
à ce qu’tm appelle honnêtement le savoir-faire ; a H faut parfois, dit
notre auteur, suWr l’exigence du ten^ et des opinions, car il y a des
( 251 )
gens qui exigent de longues formules. » Eh bien ! à ces gens-là le pra¬
ticien ferme sur scs devoirs répondra qu’il ne sait point transiger avec
sa conscience ; et si celle-ci lui ordonne de lutter conü-c l’cntiaîneinent
général, il prendra la devise de Caton : Fictrix causa diis , etc.
L’axiome : Fulgus viiU deoipi, decipialitr, plus politique que moral,
peut d’ailleurs avoir do trop graves conséquences pour qu’il soit permis
de l’ériger en prmeipe. Aussi blâmons-nous également cette autre né¬
cessité admise par Gaubius, fondée sur l’obligation où se trouve le pra¬
ticien de SC conformer, par prudence, aux usages reçus dans la localité ;
pessimè quidem, ajoute l’auteur, pour corriger l’humoralité du pré¬
cepte. A cette nécc-ssité nous sacrifierons moms encore qu’à la précédente,
car pour celle-ci, l’individualité seule était en cause, tandis que dans la
dernière il y va de la santé des popidalions.
Si l’on a bien saisi l’esprit de ce travail, on verra que, loin de nous
ériger en réfonnateur, nous ne sommes que l’écho des législateurs de la
science, et que nous restons dans les limites posées par l’illustre Jos.
Frank [Méd. prat., préf.) : « Je désirerais, dit-il, une thérapeutique
déduite de l’expérience, tenant le milieu entre une méthode trop active
et compliquée, et une méthode trop molle et trop simple ; qui serait
fondée sur des indications tirées du diagnostic, autant que la chose est
po.ssihle; (jui cxclm'ait les formules médicales trop nombreuses; qui
inculquerait plutôt la défiance des remèdes nouveaux, vénéneux, prô¬
nés comme spécifiques, et qui placerait en première ligne le régime
diététique. «
Fouget.
DES AVANTAGES Qu’oNT PRÉSENTÉ LES ÉMÉTO-CATHÀRTIQDES ET LES
PURGATIFS DANS LE TRAITEMENT DES ÉRYSIPÈLES BILIEUX QUI ONT
RÉGNÉ rXT ÉTÉ.
Tous les praticiens ont rcmanpié le gi'and nombre de maladies ame¬
nées celte année par la longue sécheresse ef la grande chaleur de l’été.
Sans nous arrêter aux affections de toute sorte mises sur le compte de
cette constitution atmosphérique, et ipiiontété fort diversement jugées,
nous parlerons en particulier des érysipèles, dont le règne survit encore
aux aub-es maladies. Les érysipèles dont il s’agit se sont reproduits en
très-grand nombre à côté des affections fébriles suscitées par l’été ; ac¬
compagnés eux-mêmes de fièvre, ils ont offert beaucoup de dangeis
s’ils ont été mal traités ; mais ils ont guéri, au contraire, avec une facilité
extrême si on leur a appliqué le traitement convenable. Citons qudques
exemples parmi ceux que nous avons vus en ville et dans les hôpitaux, ce
( 252 )
sera le meilleur moyen de laii’e juger de la natime de ces affections et
de leur thérapeutique.
Obs. I. M..., apprenti menuisier, d’un tempérament lymphatique, et af¬
fecté d’une carie scrofuleuse des os du métatarse, pour laquelie on avait
employé mal à propos d’abord un traitement antiphlogistique, mais qui
s’était amendée depuis par l’emploi de l’hydriodate de potasse, l’usage des
bains lixivielsel un régime tonique, fut atteint dans le mois de juillet dernier
d’un gonflement érysipélateux de la face. Appelé auprès du malade, après
deux ou trois jours à dater des premiers symptômes, nous apprîmes que la
maladie de ce sujet avait débuté par plusieurs jours d’un malaise général ac¬
compagné de dégoût, de nausées, de mal de tête, de fièvre, et d’un commeu-
cenient d’angine. A notre arrivée, nous constatâmes un gonflement érysipé¬
lateux de la face, avec tous les caractères locaux de cette phlogose spécifique,
et en outre l’existence des signes d’un embarras saburral. Une fièvre vive
complétait cet ensemble de symptômes; il s’y joignait un mal de tôle in¬
tense très-voisin du délire. Sans nous arrêter à l’inteu.sité du mal de
tête, mais pesant mûrement les circonstances de la constitution régnante,
sècbe et chaude, qui Ihvorisait de tous côtés le règne des affections bilieuses,
de quelque nom qu'on veuille la qualifier, nous avons procédé immédiate¬
ment d’après cette considération importante, et nous avons prescrit l’usage
de la limonade pour boisson, dix centigrammes de tartre stibié à prendre
dans trois verres d’eau à titre de vomitif, et une diète absolue. L’adminis¬
tration du tartre stibié a provoqué des vomissements réitérés de matières
bilieuses extrêmement amères, d’une couleur verte et jaune, ainsique
plusieurs garde-robes liquides. Après l’eflet de ce remède, la tumescence
de la face est tombée, la lièvre a cessé, la céphalalgie elle-même a entière¬
ment disparu, et la convalescence a été décidée. Le lendemain, une potion
purgative composée avec trente grammes de sulfate de soude, deux grammes
de follicules de séné et trente grammes do manne en larmes pour un verre,
a secondé l’effet de rémétho-cathariique employé la veille, et le malade a
été parfaitement guéri le lendemain de la médecine.
Les réflexions suggérées par cet exemple ressortent d’elles-mêmes. On
a sous les yeux un érysipèle de nature bilieuse comme ils le sont pres¬
que tous plus ou moins, et comme l’étaient eu 'particulier tous ceux
qui ont régné pendant le long été de 1842. Les preuves du caractère bi¬
lieux de ces érysipèles se déduisaient, en premier lieu, de l’action spé¬
ciale des chaleurs atmosphériques sèches et'longues, de l’ensemble des
symptômes gastriques, du type même de la fièvre continue-rémittente,
si aucune compUcation ne s’associait au caractère büicux de cette ma¬
ladie; aussi, ce qu’il y avait de mieux à faire était d’attaquer de front
ce caractère, sans se laisser intimider par la céphalalgie, ni par la
crainte chimérique d’une méningite ni d’une gastrite; c’est le parti
que nous avons pris, et bientôt un succès prompt a justifié notre
diagnostic. Supposons maintenant qu’au lieu d’obéir à l’indication que
nous venons de signaler, on se fût borné à poursuivre localement l’éry^
( 253 )
sipèle, à le traiter par des applications réitérées de sangsues, à le con¬
sidérer, eu un mot, comme le point de mire du traitement. Que serait-il
résulté d’une semblable méthode? On peut aisément le prévon, la fièvre,
entretenue par l’affection bilieuse, aurait acquis plus de force ; avec
l’accroissement de la fièvre, la céphalalgie serait devenue plus intense ;
quelques points d’in-itation se seraient développés en même temps
dans le trajet de la muqueuse gastro-intestinale; et, si l’on avait persé¬
véré dans une méthode désastreuse, bientôt le délire se serait mis de la
partie, et l’on n’aurait vu autre chose dans une affection primitivement
simple et bénigne, qu’une fièvre grave, une fièvre typhoïde. C’est jus¬
tement ainsi que se forment la plupart des affections qualifiées de fièvres
typhoïdes, faute de les reconnaîti'e pour ce qu’elles sont dès leur dé¬
but, et faute de leur appliquer de prime abord le traitement qui doit
en faire justice. Nous n’hésitons pas à le dire, parce que nous en avons
été souvent témoin dans la pratique ; bon nombre des fièvres appelées
typhoïdes ne sont, en piincipe, qu’une fièvre simple et bénigne, le plus
souvent bilieuse, muqueuse ou gastrique, qu’un traitement mal entendu
fait dégénérer bientôt après, et rend graves et pernicieuses. Les cha¬
leurs opiniâtres de cet été nous ont offert de nombrenses occasions de
constater ces faits. Presque toutes les affections observées pendant sa
dm’ée avaient une empreinte profonde des affections bilieuses propres à
l’été ; et la plupai’t des fièvres typhoïdes dont on a tant parlé cette an¬
née n’étaient que des affections de ce gciu-e, mal ti-aitées et très-forte¬
ment exprimées.
Obs. II. La sœur du même sujet, jeune ülle de dix ans, lymphatique et
scrofuleuse, ne tarda pas à éprouver la même maladie. Son érysipèle affecta
pareillement la face, et s’accompagna aussi de symptômes gastriques avec
une lièvre continue rémittente; la céphalalgie; la douleur épigastrique, l’agi¬
tation fébrile, les douleurs intestinales, offrirent à peu près la même intensité,
et les conséquences de ces symptômes auraient été les mêmes, si on ne les
avait pas enrayés par les mêmes moyens. Le tartre stibié fut administré
ici comme dans le premier cas, dès l’apparition de l’érysipèle, à la dose de
deux grains aussi. Le surlendemain, un purgatif composé de la même ma¬
nière suivit l’administration du tartre stibié. Les effets de ce traitement
n’eurent pas moins de succès chez la sœur que chez le frère : après les vo¬
missements provoqués par l’émétique, le gonflement de la face tomba, la
rongeur érysipélateuse pêlit, sa surface se dessécha, et la desquamniation
commença. Ou s’étonnera peut-être de la dose des médicaments employés
dans ces deux cas, surtout chez la jeune fille êgée de dix ans à peu près;
mais il faut remarquer que les deux sujets dont il s’agit étaient d’une consti¬
tution molle, lymphatique et scrofuleuse, chez lesquels il y a généralement
peu d’irritabilité. Or, chez les malades ainsi constitués, et c’est là une re¬
marque pratique qu’il est permis de généraliser, les médicaments n’opèrent
communément qu’à des doses supérieures à celles qui leur conviendraient
( 2Û4 )
s’ils n’étaient pas frappés d'une sorte d’inertie. Les sujets de ce tempéra-i
ment et de cette structure organique se rapprochent de la condition des in¬
dividus dont on a ciu pouvoir dire qu’il laliait les écorcher pour les cha¬
touiller.
Nous n’avons cité jusqu’ici que des cas d’érysipèle dont les càmplica-
tions, si l’on en rencontre, réclament la meme thérapeutique que l’érysi¬
pèle bilieux; mais il en existe d’autres où, indépendamment des contre-
indications à l’usage delà méthode antihiheuse, la méthode en question île
réussit pas avec le même bonheur. Cependant, dans lés cas mémo où le
traitement préconisé ici n’opère pas avec itn égal succès, il est aisé de Voir,
lorsqu’il règne une constitution aussi fortement bilieuse que celle de l’été
dernier, <pie la méthode évacuante est encore la plus efficace. Un
exemple établira ce nouveau fait.
Obs. III. J. B., ùgée de quatre ans, faible et maladive, portant coiislam-
ment un gros ventre, signe de l’engorgement des glandes mésentériques,
fut atteinte, à la Un du mois d’août, d’engorgement érysipélateux de la tète
et de la face. La maladie débuta par la lièvre, par des vomissements spon¬
tanés, et par une grande agitation. Appelé auprès de ce sujet, nous avons
trouvé la face rouge, gonflée outre mesure, tondue, la langue sèche, les
yeux fermés par le gonflement, le ventre tendu, mais sans douleur, la peau
sèche, brûlante, le pouls accéléré et très-petit, et un commencement de dé¬
lire; quelques garde-robes liquides se joignaient à ces symptômes. L’irrita¬
tion générale ne nous permit pas do songer momentanément è l’emploi de
l’émétique; nous procédâmes, en conséquence, pendant vingt-quatre heures,
par une boisson délayante et des topiques émollients sur le ventre. Le jour
suivant, la langue s’humecta un peu et se chargea d’un limon épais. C’est
alors que nous administrâmes soixante grammes do sirop d’i|)écacuanhn, de
peur que le tartre stibié n’augmentât l’irritation du tube digestif. Quelques
vomissements suivirent l’emploi du sirop; dès lors, l’érysipèle glissa do la
tète et de la face vers le cou, le dos et la poitrine; mais le ventre restait tou¬
jours ballonné d’une manière alarmante. Une infusion de rhubarbe pour
boisson détermina quelques garde-robes sans diminuer le ballonnement du
ventre.Lesjours suivants, l’assoupissement se reproduisit,etavec ce symptôme,
le pouls, toujours accéléré, devint de plus en plus faible; enfln, la petite
malade parut dans l’imminence d’une congestion céphalique mortelle. Dans
ce péril, le plus pressant était de détourner la congestion. On remplit cette
indication en promenant sur les membres plusieurs cataplasmes sina-
pisés, qui réussirent parfaitement à dégager la tète. Une nouvelle prise de
sirop d’ipécaeuanba, administrée le lendemain, assura, à l’aide de vomis¬
sements réitérés, la marche rétrograde de la maladie : l’érysipèle continua
dès lors à glisser vers les parties inférieures, et disparut au Iwut de quelques
jours, après avoir envahi successivement la tète, le cou, la poitrine et le
dos. Un seul symptôme survécut au reste de la maladie, c’était le gonflement
du ventre, gonflement non douloureux, mais qui gênait la respiration, et
simulait une hydropisie ascite. L’usage du petit-iait .aiguisé de quelques
centigrammes de nitrate de potasse, joint â celui du raisin bien mér pour
( 255 )
tonte nourriture, triomphèrent onfln de ce ballonnement au bout de sept à
huit jours.
Nous n’avons pas osé recourir inunédiatement sur cette petite malade
à l’administration du tartre stibié en vomitif, et nous avons eu tort.
L’expérience acquise depuis nous a donné la conviction que nous aurions
eu bien meilleur mai'ché de cette maladie avec ce médicament qu’avec Id
sirop d’ipécacüanha. Le tal'tre stibié, en effet, quoique agissant commd
l’ipécacuanlia à titre de vomitif, ne détermine pas le vomissement de la
même manière que le tartre stibié; Sans nous engager dans une étude
comparative de leur action respective, nous retnarquerons seulement que
le tartre stibié est le médicament le plus approprié au traitement des af¬
fections bilieuses, dont la maladie actuelle portait aussi les ti-aitS; Tou¬
tefois, l’ipécacuanba a eu ici un bon effet ; mais il a été moins prompt
et moins efficace que le tartre stibié dans les deux premiers cas cités. 11
estA'i ai que chez le dernier sujet la maladie était beaucoup plus intense,
et que d’ailleurs nous avions affaire à une constitution bien plus délabrée.
Néanmoins, nous persistons à dire que, dans tous les cas analogues, le
tartre Stibié se montre ici plus efficace que les autres vomitifs. Hésumon^
maintenant les caractères des érysipèles dont nous venons d’offrii’ quel¬
ques exemples particuliers.
Les érysipèles de cet été commençaient par quelques jours de fièvre,
avec de la céphalalgie, des nausées ou du dégoût, un brisement général,
des coliques ou de la diarrhée. Cette fièvre préliminaire redoublait assez
souvent dans l’après-midi, et s’amCndait i-égulièremciit dans la matinée.
Bientôt apparaissait la plilogose érysipélateuse : elle af fectait préféra¬
blement la face, où elle débutait par une rougeur diffuse et doulou¬
reuse, avec gonflement et tension, comme tous les érysipèles. La phlo-
gose augmentait ensuite par degrés, envahissant de proche en proche le
nez, les joues, le front, la face et toute la tête. Sur ces entrefaites, la
fièvre s’exaspérait, ainsi que le brisement des membres, des douleurs va¬
gues traversaient le corps, et une faiblesse universelle accompagnait toits
ces symptômes. A l’apogée delà maladie, il n’était pas rare de voir sul-
venir le délire; la langue était en même temps rouge aux bords et à la
pointe, chargée d’uii enduit blanc jaunâtre, très-épais ; la peau brû¬
lante et aride; le pouls fréquent, dur et développé. Au bout de cinq ou
six jours, lorsque la maladie mardiait régidièrement, l’érysipèle s’affais¬
sait, pâlissait en contractant une teinte jaunâti-e, pendant que les phlyc-
tènes, s’il s’en était formé, s’ouvraient spontanément, et que la surface
de l’inflammation s’en allait en écailles plus on moins larges. Alors la
fièvre tombait, et le ventre, jusque-là resserré, fournissait coup sur
coup plusieurs garde-robes en consistance de purée; une moiteur géné-
( ?56 )
raie, et plus rarement la sueur, accompagnaient la solution de la mala •
die. Bientôt après les malades entraient en convalescence. Telle était la
marche ordinaire de ces érysipèles, quand rien n’embarrassait leur déve¬
loppement régulier. Mais tous n’avaient pas cette simplicité, surtout
quand on en troublait la marche : dans ces circonstances, la tête s’af¬
fectait de plus en plus et un délire doux on frénétique se déclarait, ou
bien le ventre se météorisait, des points d’irritation s’établissaient du
côté de la fosse iliaque droite, ou enfin les deux ordres de lésions, ccUes
de la tête et du ventre, se rencontraient ensemble. Ces coïncidences fâ¬
cheuses redoublaient la fièvre, qui prenait dès lors tous les attributs des
fièvres du plus mauvais caractère, s’accompagnant de soubre-sauts des
tendons, d’une aridité extrême de la peau, de la décomposition des
traits, de l’abattement des forces. Nous n’avons pas besoin de remar¬
quer que le danger était alors urgent, et que, à moins d’une très-grande
habileté de la part du praticien, la plupart de ces malades succombaient;
et ceux qui parvenaient à se relever tramaient une convalescence si labo¬
rieuse, que beaucoup ne sont pas encore rétablis. Ce tableau abrégé
montre l’analogie de ces érysipèles avec les fièvres dites typh&ides, et
cette analogie est d’autant plus vraie, qu’im grand nomlire de malades
ont été atteints de tous les phénomènes de la fièvre éiy-sipélateuse, sans
avoir eu d’érysipèle.
Le traitement convenable était tout tracé dans l’histoire des éiysipèles
laissée par les grands maîtres. Il comsislait à négliger entièrement la
phlogose érysipélateuse, qui n’était jamais que symptomatique, pour
s’attacher à combattre la fièvre même. Quant à l’indication fondamen¬
tale de cette fièvre, elle résultait de sa nature essentiellement bilieu.se.
Aussi les éméto-cathartiques au début, suivis bientôt après des purga¬
tifs , en étaient-ils les remèdes par excellence. Cette indication fonda¬
mentale n’exduait pas toujours la présence d’autres indications; mais
celles-ci n’intervenaient qu’à titre secondaii'e, ou comme auxiliaires de
la première. Par exemple, au début de la maladie, si les malades étaient
forts, jeunes ou pléthoriques, une ou deux saignées préparaient l’admi¬
nistration du tartre stibié. Mais malhem' à ceux qui considéraient le trai¬
tement antiphlogistique comme la base de la méthode curative ! D’autres
fois, quand l’irritation pouvait faire appréhender d’qn venir immé¬
diatement à l’éméto-cathartique, un ou deux joins de l’usage d’une eau de
chiendent nitrée ou de limonade végétale froide suffisait pour abattre
l’excès d’iivitation et frayer la voie à l’ingestion du sel émétique. Quand
le tartre stibié avait été indiqué, un seul émétique ne suffisait pas tou¬
jours , et l’on se trouvait bien de le répéter le lendemain. Nous avons eu
occasion de procéder plusieurs fois ainsi, non-seulement sans danger,
( 257 )
mais avec le plus gi-and succès. Le point important dans l’administration
d’un médicament c’est son indication ; tant que cette indication est con¬
statée , il n’y a que profit à y satisfaire largement.
La purgation réitérée était un complément de l’exhibition des éméto-
cathartiques ; mais il fallait bien se garder, comme on le fait encore en
ce moment, de commencer le traitement de la maladie par la purgation.
Le plus petit inconvénient de cette méthode vicieuse, c’est de ne pas en¬
rayer le mal ; très-souvent même l’emploi prématiué des pm gatifs exas¬
père tous les symptômes et provoque les plus graves accidents. C’est à
tort qu’on placerait sur la même bgne l’action des émétiques et des pur¬
gatifs , sous le prétexte ridicule que les uns et les autres produisent des
évacuations. De quelque manière qu’on veuille expliquer les effets de ces
deux ordres d’agents, un fait expérimental incontestable, avoué et pro¬
clamé par les praticiens de tous les lieux et de tous les temps, c’est que
les émétiques et les 'purgatifs ne sauraient se suppléer réciproquement;
cette expérience atteste au conti-aire que les émétiques pris au début des
affections hSicuses réussissent à merveille quand ils sont appbqués à
propos ; au beu que les purgatifs manquent presque toujours le but du
praticien, alors même qu’ils ne sont pas nuisibles, quand on y a recours
à la période initiale de ces affections.
Fuster.
UN MOT SUR LA CHLOROSE AIGUE ET CHRONIQUE, ET SUR SON TRAITEMENT
PAR UN NOUVEAU MODE DE PRÉPARATION FERRUGINEUSE.
n n’est plus permis aujourd’hui de restieindre, avec Gullen, Sauva¬
ges, Gardien, Pinel, Roderic à Castro, Mercatus, Primerose, etc., etc.,
la dénomination de chlorose à une affection qui serait caractérisée par
la décoloration de la peau, avec détention, suppression ou diminu¬
tion des règles; mais on doit, avec Frédéric Hoffmann, considérer la
chlorose comme une affection générale, cai-actérisée par un chan¬
gement survenu dans tonte l’habitude du corps par la coloration
blanche, verdâtre ou jaunâtre de la peau, l’altération des humeurs, le
trouble de la circulation, de la menstruation, des accidents nerveux,
l’atonie des viscères et une prostration plus ou moins marquée. A cet
ensemble de sjrmptômes qui la distingue déjà des autres affections du
cadre nosologique, nous devons encore ajouter la flaccidité des tissus et
des muscles, la décoloration des muqueuses, les modifications survenues
dans la composition du sang, et les suffusions séreuses.
On a cru pour les besoins de la théorie, ou pour faciliter l’intelligence
TOHE XXIII. 7 ' LIV. 17
(258 )
et l’élude de cette affection, deroir créer des espèces et des variétés diffé¬
rentes de chlorose, suivant que les symptômes neiTcux se développaient
sur tel ou tel organe. D’après notre observation, rienn’aiitoriseuneparcille
distinction ; car nous voyons que la chlorose, affection essentiellement
générale, n’éveille la souffi-ance de tel ou tel organe que parce que
celui-ci, par une prédisposition individuelle, ou à cause d’antécédents
particuliers, souffre plus qu’un autre de l’influence qu’il reçoit.
C’est pour éviter cet écueil que nous nous rattacherons aux faits prin¬
cipaux les plus ordinah'cs, et partant les plus saillants, et qn’ainsi nous
établirons de prime abord une division de la chlorose en aiguë et en
chronique, ou, si l’on veut, avec Marshall-Hall, en confirmée et en in¬
vétérée . Coock, M. Hlaudet d’auti'cs auteurs avaient reconnu des chloroses
aiguës, mais ils entendaient pay là une chlorose qui débute subitement
après une cause appréciable, comme ime frayeur, une émotion, etc.
Pour nous, l’observation nous monti'ant tous les jours qu’il existe beau¬
coup de chloroses qui dans l’espace de quinze jours ou trois semaines se
dévelopjieut et se confirment, tandis qu’elles s’amendent et disparais¬
sent dans un temps à peu près égal sous l’influence d’une médication
convenable ; qu’il en est d’autres, au contraire, qui surviennent lente¬
ment avec des phénomènes insensibles'et graduels, minant sotmdement
et profondément la constitution, éveillant plus particulièrcraeut les sym¬
pathies nerveuses de divers organes, et ne cédant qu’à ime ti'ès-longuc
et très-persévérante médication. Ne voit-on pas, en outre, que toutes
ces névroses suivent la chlorose et ne lui préexistent, ou peut dire jamais?
Or, nous ne saurions admettre la pensée de M. Monneret et de notre an¬
cien camarade de Laberge, que la chlorose varie suivant la part qu’y
prend tel ou tel organe. Pour nous, il peut y avoh- des anémies et des
hydroéinics sjTnptomaliqucs ; mais il n’y a pas de chloroses de cette
natiue. De telles idées repousseraient la science dans les ténèbres dont
elle cherche à sortir. 11 y a du reste assez de causes qui peuvent faire
varier la durée comme la forme de la chlorose : l’âge, la constitution des
sujets, la persistance de la cause qui l’a produite, les conditions hygié¬
niques, les influences morales, les moyens thérapeutiques, etc. Mais notre
division en aiguë et en chronique ne préjuge rien; elle ne fait que tra¬
duire exactement les faits, et avertir le praticien de la conduite qu’il aura
à tenir selon telle ou telle drconstance ; c’est l'essentiel à notre avis, car
le but de notre science est avant tout d’assurer et de déterminer, autant
que possible, nos moyens et leur application. Tenir en éveil contre l’er¬
reur, c’est la prévenir.
Ne pouvant faire ici l’histoire de la chlorose, ni présenter les nom¬
breuses observations intéressantes que nous avons recueillies, nous nous
( 269 ;
houieioiir, irinrher à iiiditjilci' lo tfaitenienl qui nouâ est pni ti-
culier et qui nous a toujours réussi, à di i‘C qUel(|ucs mots siir les principaux
caractères dilfcrcnliclsdc la chlorose aiguB cl de la chlorose chronique.
Le premier caractère différentiel de ces deux états consiste dans le
temps que la maladie met à se développer et à ai-river- à un certain degi-éj
mais une fois le sang altéré dans scs proportions chimiques à un point
déterminé, peut-être alors identique dans l’un et l’autre cas, les symptô¬
mes sont souvent analogues. .4insi même pAlcur, mêmes essoufilementsj
mêmes palpitations, mêmes inquiétudes, tristesse et lassitude, Toutefois
il existe tin caractère trairaent important à noter, et qui d’ailleurs est
commun à toutes les maladies chroniques, c’est que l’habitude des souf¬
frances, on leur établissement successif et gradué, rendent l’état chro-
niqr.e bien jdus facilement supportable.
Dalis la chlorose aiguë, l’inappétence, le dégoût est .subitement
porté ([uelquefois h ne pouvoir supporter l’idée des aliments. Les lassitu¬
des sont exü-êmes et vont souvent jusqU’à la défaillance. Dans la chlo¬
rose chronique, au contraire, la marche n’est pas toujours pénilde ; la tris¬
tesse est moins profonde, etc. ; tandis que les douleurs névralgiques, les
trouilles fonctionnels, gastriques, intestinaux, les douleinsutérines, en¬
céphaliques , sont plus fréquents et surtout plus fixes et plus rebelles > les
attaques d’hystérie sm viennent fréquemment i je né les ai jamais obser¬
vées dans la chlorose aiguë.
En analysant plus profondément ce sujet , nous trouvons encore îa
même coucordaitce dans les phénomènes j ainsi dans la chlorose aiguë
les palpitations sont plus tumultueuses, pluslai-ges, plus étendues, Je
n’oserais pas allirmbr si le bruit du sonfile les accompagne plus souvent,
mais je puis dire que dans la chlorose chr onique on entend plus ordi¬
nairement le bruit de diable des ar-tères, et surtout divers bruits musicaux
plus aigus, plus sifflants.
—11 est des médicaments qui résistent à tous les chocs des révolutions
médicales, à toutes les frénésies des systèmes ; leur action bienfaisante
est devenue tellement populaire que les doctrines qui les réprouvent ne
peuvent les repousser entièrement. Le fer est donc demeuré dans la pra¬
tique médicale malgr é la réprobation générale qu’avait portée an* toni¬
ques la médecine phy.siologique, Cependant, Comme tout ce qui touche à
la thérapeutique, il en avait éprouvé une influence fâcheuse, soit parce
qu’il avait été administré avec plus de timidité, soit jiarcc qit’on en avait
restreint l’nsage, ou qu’on ne se décidât à y recourir que lorsque les moyens
de prédilection avaient échoué. Tous ces motifs avaient donc retardé les
progrès de nos connaissances sm' les ferrugineux. D’ailleiurs, soit par le
manque d’observations précises slir la nature des maladies auxquelles
( 260 )
ils conviennent, soit par le défaut de connaissances suffisantes sur la
composition cliiinique des sels de fer et du sang lui-même, les médecins
étaient restés dans une erreur funeste, celle de regarder le fer comme un
emménagogue. Ce point de vue complètement faux, et d’autant plus
ttompeur qu’il paraissait plus certain, avait empêché longtemps même
la recherche de la vérité, et était tellement établi dans l’esprit des mé¬
decins , qu’aujourd’hui que des travaux nombreux mais disséminés ont
démontré le contraire, beaucoup de médecins de province, même les
hommes les plus recommandables, ne peuvent se départir de ces idées qui
pour eux avaient toujours passé comme une vérité thérapeutique la mieux
établie. Ainsi, dans le cas de chlorose aménorrhéique, c’est moins à la
chlorose qu’on adresse les préparations ferrugineuses qu’au défaut de
flux cataménial, et la preuve, c’est que tous les jours la chlorose est
méconnue ; ou bien on voit administrer le fer dans des cas de dysménor¬
rhée ou d’aménorrhée sjTnptomatique d’une lésion organique.
n résulte donc de ce manque d’idées bien arrêtées, que non-seulement
on a adressé les préparations ferrugineuses à des maladies qui ne les récla¬
maient pas, mais que, dans certains cas, on s’est privé d’une ressource
précieuse et que rien ne pouvait’remplacer.
Une autre conséquence d’une première erreiu’, c’est la croyance où l’on
était que le fer activait la circulation utérine, qu’il augmentait par con¬
séquent la congestion de l’organe, et pouvait ainsi devenir funeste dans
le cas d’une lésion organique dans le tissu ou les aimcxes de la matrice. Or,
le fer n’a aucune action spéciale sur l’utérus ; s’il est effectivement très-
efficace dans plusieurs de ses affections, c’est poiu- combattre des phéno¬
mènes particuliers, tels que l’hémorrhagie et l’anémie qui les accompa¬
gnent d’ordinaire ; mais il demeure sans action sur la lésion organique
elle-même, qui marche indépendante du remède, dont elle n’éprouve l’in¬
fluence que d’une manière générale. Aussi, loin d’être défavorable, l’ai-je
vue aussi concourir à l’amélioration du mal.
On a cru pouvoir établir que les préparations ferrugineuses, étant des¬
tinées à rendre au sang des matériaux et des propriétés qu’il avait per¬
dus, devaient .être solubles pour être plus facilement assimilées. Cette
idée adonné naissance à une foule de préparations, depuis afGrmer ici
que j’ai expérimenté toutes les préparations ferrugineuses sur de grandes
proportions, et que je n’ai nullement trouvé que leur action fût en rai¬
son directe de leur solubUité.
Disons, du reste, que toutes les préparations de fer guérissent la chlo¬
rose ; que par conséquent il ne reste plus que deux questions à résoudre ,
la substance étant là, c’est 1“ d’établii- quel est le mode qui amène le
plus promptement ce résultat, 2" qui fatigue le moins l’estomac.
Ainsi ii s’agit donc, non de trouver le remède pour guérir la chlo¬
rose, mais d’indiquer un mode d’administration qui puisse, sans obstacle,
être administré à diverses susceptibilités, et qui triomphe du mal avec
une rapidité suffisante pour ne pas dégoûter les malades, fatiguer leur
estomac ou les exposer à une chlorose chronique.
En jetant un coup d’œU sur mes nombreuses observations, et en cher¬
chant à me rendre compte de ma pratique de tous les jours, j’ai vu que
les sels de fer s’assimilaient moins par leur solubilité que par l’action que
paraissaient avoir sur eux les acides et les sucs de l’estomac. Je me suis
convaincu que le carbonate ferrique, malgré ses inconvénients, est en¬
core celui dont les effets sont les plus avantageux. J’ai pensé dès lors
que s’il était possible d’administrer le carbonate ferreux en empêchant
sa rapide oxydation, tout le problème serait trouvé. Mon ami le doc¬
teur Gerdy jeime m’ayant appris que M. le docteur Derouet-Boissière
avait incorporé, après sa précipitation, le carbonate ferreux dans de la
pâte de froment poiu en faire du pain, et que ce mode avait réussi chez
un grand nombre de malades de la capitale, je songeai à utiliser ce ren¬
seignement en province. En effet il fallait renoncer à ce mode d’ad¬
ministration par le pain, comme complètement impraticable. Je ne tardai
pas à penser que si l’action du gluten dans la pâte s’opposait à l’oxy¬
génation du carbonate ferreux, un mucilage de gomme adragant très-
consistant aurait la même propriété. Je chargeai donc M. Narsan, phar¬
macien haltile, d’incorporer, de suite après la précipitation et la filtra¬
tion, la pâte du carbonate ferreux avec le mucilage, puis d’y ajouter la
quantité de sucre nécessaire pour faire des pastilles aromatisées avec uj,_
essence. J’obtins ainsi des pastilles très-agréaliles, contenant chaque 18
centigrammes de carbonate ferreux hydraté, ou 9 centigrammes anhy¬
dre. Ces pastüles se conservent sans altération. J’en ai qui datent de
plus de cinq mois, et qui ont toujours à la cassure la même couleur ver-
dâti’e, et la même âpreté stiptique qui rappelle le goût de l’encre. Ce¬
pendant je dois dire que, si après quelques jours ou plusieurs mois, on
fait fondre ces pastilles, le carbonate ferreux se précipite sous la forme
d’une poudre volumineuse encore verdâtre, mais n’ayant plus l’éclat de
la blancheur première d’un précipité instantané. Cette coloration dé¬
pend probablement d’une certaine quantité d’oxygène que l’oxyde fer¬
reux a soustrait à l’eau interposée pendant la dessiccation des pastilles,
quantité pourtant de beaucoup insuffisante pour le faû-e passer à l’état
ferrique, car ce n’est que plus tard, et à l’exposition à l’air, qu’il passe
au rouge safi'ané. Du reste, dans cet état il parait être encore suffi¬
samment soluble dans les acides de l’estomac, qui se l’approprient plus
facilement que toute autre substance. Ce moyen a la propriété de préser-
( 262 )
ver, jusqu'ici, mieux que tout autre, le carbonate ferreux de sa prompte
oxygénat-.on ; il fournit un remède facile pom- la préparation pLarmaceii •
tique, et surtout pour ses applications thérapeutiques; il est agréable au
goût des malades, qui le mangent comme des bonbons ; je n’ai trouvé
encore personne, pas même les plus difiScilcs, et qui n’avaient pas voulu
continuer les autres traitements, qui manifestassent la moindre répu¬
gnance. Sans action irritante sur l’estomac, il peut être donné à jeun, ce
qui, d’après mon observation, en double aumoûis l’effet. Ajoutons cpic
par la rapidité de son assimilation il dispense des doses élevées qui sont ren¬
dues nécessaires avec les autres moyens, doses élevées qui ne laissent pas
que de finir par fatiguer l’estomac, et toujoiu’s par dégoûter les malades.
Siir trente-trois observations de chloroses aiguës recueillies avec soin,
dix-buit malades ont été traitées après deux mois et demi à trois mois
d’invasion, et ont été guéries après avoir’ pris 260 pastilles à la dose de 6
par jour ; quatre autres malades, après un mois et demi d’invasion, ont
été guéries avec 150 pastilles, toujours prises à la même dose. Des onze
dernières, chez lcs(jHelles la chlorose datait de trois à cinq mois, et qui
avaient fait, pour la plupart, divers traitements antérieurs, cinq ont été
entièrement guéries après 300 pastilles. Les six autres ayant cessé leur
traitement à diverses reprises, sont aujourd’hui sous l’empire d’une
chlorose clu’oniqu'e dont nous n’avons pu jusqu’ici déterminer la durée.
De sorte que l’on peut dire que, dans la grande majorité des cas, 200
à 260 pastilles de carbonate ferreux suffisent pour guérir la chlorose
’ië. Ajoutons néanmoins qu’en nous appuyant sur le tableau com¬
batif qui précède et sur nos observations de chaque jour, nous ne
pourrions établir une moyenne rigoureusement exacte de la durée
du traitement de cette maladie, pai’ce que cette durée est en raison
directe de l’ancienneté de son invasion ; que d’ailleurs, si l’on ne s’culcnd
pas bien sur la valeur des mots, on peut faire varier cette moyenne
d’une manière entièrement favoralile à la durée du traitement, si l’on
considère comme guérison la cessation des accidents de la chlorose. Or,
nous l’avons déjà dit, pour nous la guérison n’existe qu’alors tpie les trou¬
bles nerveux et circiüatoires ont disparu depuis longtemps, et que la
coloration de la peau a repris ses caractères normaux et même la fraî¬
cheur de la santé.
Un antre avantage des pastilles de carbonate ferrènx qu’aucune pré¬
paration martiale n’a encore possédé, avantage qui simplifie beaucoup
leur administration et les rend précieuses surtout poim les praticiens des
campagnes, qui ont plus besoin que tons autres de précision pour être
compris de leurs malades, c’est qu’il n’est pas nécessaire de donner celte
préparation à doses successivement croissantes. Elles ne fatiguent jamais
( 263 )
l'estomac, on n’a donc pas besoin d’babituer ccl organe à les tolérer.
Aussi je lés administre toujours de la même manière et pour toute la
durée du traitement. Je donne tous les jours 6 pastilles, 2 le matin à
jeun, 2 dans le courant de la journée, et 2 le soir en se couchant, après
les digestions. Mes malades prennent ainsi par jour 90 centigrammes de
carbonate lèrreux hydraté, qui correspondent, d’après les calculs faits,
à 45 centigrammes anhydre. Cette dose m’a paru tonjom-s suffisante.
J’ai reconnu d’ailleins qu’une plus forte ne conduisait pas à des résultats
meilleurs ni plus prompts. Serait-ce parce que l’économie ne peut s’ap¬
proprier dans un temps donné qu’une quantité de fer déterminée, et
que tout ce qui s’éloigne de cette proportion devient du superflu? J’inter-
rogci-ai l’olworvation, elle seule peut me répondre. Je dois ajouter en
terminant que, comme tous les praticiens, j’ai cherché à aider l’action
des feiTugineux, quelquefois par l’usage simultané des toniques, mais
toujours par une noinriture succulente, généreuse et réparatrice, et par
réloigncmont de toutes les causes affaiblissantes qui avaient pu concourir
à l’établissement du mal.
A. Dauveroxe,
médecin de l’hospioe do Manosque (Dasses-Alpes),
thérapeütioüe chirurgicale.
rO.-NSinÉnATIONS sur QU.VTRE fOUYPES nu RECTUM OBSERVÉS SUR DE
JEÜSES GARÇO.XS DE DEUX AXS ET DEMI A SEPT ASS, BT SUR LEUR
TRAITEMENT.
Les polypes du rectum chez l’adnltc, sans être très-rares, ne sont ce¬
pendant pas une affection qu’on rencontre fréquemment; ils doivent être
encore moins communs chez l’enfant, car les auteurs que j’ai pu consul¬
ter à cet égard, même le mimitieux Boyer, qui s’est occupé, en quelque
sorte, spécialement des maladies chirurgicales de l’anus, ne citent aucun
cas de ce genre, C’est ce qui m’a engagé à publier quatre observations de
tumeurs polypeuscs rectales que j’ai été h même de rencontrer depuis
dix-huit mois chez de jeunes enfants du sexe masculin. Les tumeurs
avaient entre elles la plus parlàite analogie. Trois de ces enfants étaient
d’une excellente constitution; le troisième offrait seul une organisation
lymphatique et légèrement viciée. Tous quatre appartenaient à des pa¬
rents sains, n’avaient jamais eu de maladies, ni d’accidents analogues.
Le plus âgé avait sept ans; les trois autres n’avaient pas passé trois ans et
( 264 )
demi; chez tous, et sans cause connue, il survint, après les évacuations
alvines, un écoulement sanguinolent, d’abord léger, qui ne tarda pas à
augmenter, et fut suUi, chez un d’eux au bout de quelques jours, chez
les trois autres après quelques semaines, de la sortie d’une tumeur rouge,
offrant l’apparence d’une fraise, qui ne se présentait qu’après les selles,
et ne rentrait quelquefois qu’au bout d’une heure. Dans aucun cas le sang
n’était combiné aux excréments; jamais non plus l’écoulement sanguin
ne devint inquiétant par son abondance. Ces tumeurs ne paraissaient pas
détermina’ de douleiu’, et la santé des petits malades n’en fut jamais
affectée d’une manière apparente; mais, on le concevra facilement, les
parents étaient vivement toimmentés de la maladie de leurs enfants.
La tumeur a constamment présenté une forme aiTondie, légèrement
aplatie latéralement ; son segment inférieur ou externe était plus volu¬
mineux que celui qui correspondait à l’intestin; sa face supériem’c offrait
dans son centre l’insertion du pédicule, toujours assez étroit. La gros¬
seur du polype était celle d’une fraise ; sa surface, d’un rouge vif, sur¬
tout à sa paierie inférieure, était comme papilleuse, et avait beaucoup
d’analogie avec le fruit dont je viens de parler; sa consistance était
ferme. Après avoir divisé le polype avec le bistouri, on reconnaissait
que son organisation était fibro-cellulcusc, peu vasculaire, d’un blanc
grisâtre. Trois fois le pédinde mince a offert 4 à 5 centimètres de
longneur ; son tissu était dense, sa couleur blanchâtre ; son extré¬
mité supérieure allait s’implanter sm’ la muqueuse rectale, au-dessus
du spliincter interne, au niveau du bas-fond de la vessie. Dans le qua¬
trième cas, ce pédicule, rouge, plus vasculaire et plus épais que les pré¬
cédents, n’avait qu’un centimètre de long, et s’insérait en arrière du rec¬
tum, entre les deux sphinctere.
Quelle a pu être la cause du développement de ces excroissances? Il
est assm-ément difficile de le préciser. En effet, chez nos quatre malades,
nous ne trom'ons aucune affection morbide][analogue : trois d’entre eux,
je l’ai dit plus haut, étaient d’une santé excellente, et n’avaient, que je
sache, jamais été dérangés d’une manière notable; le quatrième, bien
que sujet à la diarrhée, à des éruptions herpétiques, n’a rien eu non
plus qui pût expliquer le développement de l’affection qui nous occupe.
Comment se fait-il qu’une maladie qui s’est offerte quatre fois à mon
observation dans un laps de temps assez court, ne soit pas signalée
d’une manièi’e spéciale par les auteurs? On ne peut assurément en
donner la raison que par cette singulière coïncidence, qu’on pourrait
presque appeler loi du hasard, qui fait que lorsqu’on vient à rencon¬
trer en médecine, et surtout en chirurgie, im cas rare et extraordinair e,
il est pi’esque constant d’en voir bientôt plusieurs d’une même nature,
( 265 )
ou de nature analogue, se présenter simultanément à l’observation, bien
que ces faits ne reconnaissent aucune cause générale qui ait pu leur donner
naissance dans le même temps. Je ne ebereberai pas non plus à expli¬
quer d’une autre manière la présence de ces pol 3 q)es chez de jeunes gar¬
çons seulement ; car il est très-probable que les deux sexes y sont éga¬
lement prédisposés.
Le diagnostic de cette affection devi’a presque toujours être facile;
lorsque la tumeur est sortie, il est impossible de la méconnaître à sa cou¬
leur rouge, à son isolement complet du pourtour de l’anus, à sa forme
même, à sa disposition pédiculée, et à l’absence complète de douleur. On
ne poniTait guère la confondre avec des tumeurs hémorrboïdales. Mais,
outre que ce gem-e de mal est tiès-rare dans l’enfance, il occasionne ba-
bituellcment une vive douleur ; sa coloration est livide, sa surface lisse,
et sa forme beaucoup plus irrégulière, et elle n’est pas ou très-rar-ement
pédiculée. Quant aux autres tumem’s de cette région, telles que rhagades,
condylomes, etc., la plus légère attention suffira pour éviter toute mé¬
prise ; et d’ailleurs on sait que les enfants sont encore plus rarement at¬
teints de ces dernières excroissances que des bémorrhoïdes : je ne parle
pas du renversement du rectum, toute confusion est ici impossible. Lors¬
que le polype n’a pas encore Irancbi l’ouverture anale, que l’enfant
éprouve un simple suintement sanguinolent pendant et après les garde-
robes, on pourrait croire à l’existence d’un flux bémorrboïdal. Dans les
deux cas, eu effet, il y a écoulement sanguin, absence de tumeur ; le
sang n’est pas combiné aux matières; mais dans le flux bémorrboïdal,
presque toujours il y a un sentiment de pesanteur dans le siège, un état
de malaise, un molimen enfin qu’on n’observe pas dans la maladie qui
nous occupe ; et puis, le flux dont nous venons de parler est aussi peu
commun dans l’enfance que les tumeurs du même nom. L’exploration à
l’aide du doigt ferait facilement reconnaître la présence du polype, si les
efforts de défécation ne venaient pas, en poussant le mal au dehors ,
éclairer d’une manière certaine son diagnostic.
Cette maladie, abandonnée à elle-même, finirait-elle par devenir
dangereuse? La tiuneur acquerrait-elle un volume considérable? Les ob¬
servations que j’ai faites ne me permettent pas de répondre d’une ma¬
nière absolue à ces questions ; pourtant je ne crois pas que ce mal soit,
en raison de l’âge des sujets affectés, susceptible d’aucune dégénéres¬
cence fâcheuse; je ne suppose pas non plus qu’il puisse acquérir un dé¬
veloppement considérable. Un inconvénient qu”il pourrait peut-être
entraîner serait le renversement de la membrane interne du rectum;
mais dans tous les cas, je ne pense pas que le pronostic puisse jamais en
être fâcheux.
( 266 )
Le ti'aitement de ces polypes consiste, connue celui des tumeurs du
meme genre, dans leur ablation. La première fois que j’eus occasion d’en
rencontrer, n’ayant pas de précédents pour nié guider, je crus devoir
recourir à la ligature, dans la crainte d’uije béraorrbagie plus ou moins
abondante. Ainsi, après avoir fait coucher le petit malade sur le ventre,
les fesses écartées par un aide, je saisis le polype avec une pince, puis
je tirai dessus afin d’agir le plus haut possible sur le pédicule ; l’enfant
fit alors un inouvcmcnt, et cclui-oi se rompit à quelques millimètres du
corps de la tumeur. Un léger écoulement sanguin eut lieu ; il s’arrêta
spontanément. Curieuï de savoir ce qu’était devenu ce pédicule, jeportai
le doigt dans l’intestin, et malgré mes recherches, je ne pus le retrouver.
Depuis ce temps, l’enfant n’a rien éproin é qui pût faire croire h l’exis-
tenre d’aucune excroissance dans le rectum. Ce fait m’engagea à suivre,
dans les autres cas, une règle de conduite que le hasard m’avait tracée.
Ainsi je me contente depuis de faire l’extirpation do ces polypes à l’aide
des doigts. Pour cela, l’enfant étant fléchi à angle droit, le devant du
tronc appuyé sur les genoux d’un aide vigoureux qui lui écarte les fe,«scs,
je glisse l’indicateur droit, enduit d’un corps gras, entre l’excroissance
et le pourtour do l’anus ; puis je le recourbe en tirant sur le mal, que
je saisis simultanément avec le pouce, et, par un seul effort do traction
et de torsion, je romps le pédicule, qui se sépare à une distance plus ou
moins considérable du corps charnu ; un léger écoulement sanguin suit
cette rupture, et tout revient bientôt dans l’état natiu’cl. Tel est le mode
opéi-aloire qui me semble le plus convenable lorsque la tumeur est sortie,
ce qui a lieu oïdinah ement après les évacuations alvines. Dans le cas où
le polype ne se présenterait pas au dehors, on chercherait à déterminer
sa sortie à l’aide de lavements simples, et môme laxatifs ati besoin. Si on
n’y parvient pas par ce moyen, et qu’on ne puisse attendre, il faut aller à
la recherche du mal, copime j’ai été obligé de le faire une fois, et tôcher
de l’amener à l’extérieur, ou bien reporter un second doigt dans l’in¬
testin, le saisir' entre ces deux organes, et rompre le pédicule en tirant à
soi. Je ne pense pas que l’hémorrhagie soit vraiment à craindre en pareil
cas ; si le sang coulait en certaine abondance, quelques lavements froids
sufl'u'aicnt pour s’en rendre maître. On conçoit du reste qu’il n’est besoin
dans ce cas d’aucun régime diététique ; le petit malade peut reprendre
de suite ses habitudes.
Obs. I. Le nommé Bénard, âgé de sept ans, bien constitué et bien
portant, rendait depuis quelque temps, en allant à la selle, une cer¬
taine quantité de sang sans paraître souffrir do cet écoulement. Con¬
sulté sur sa position, je ne savais trop à quoi l’attribuer, lorstpio, au
bout de deux ou trois semaines, la mère aperçut une excroissance char-
( 267 )
nue, d’im rouge vif, (jiii sortait après la défécation cl rentrait au bout
d’un certain temps. L’enftmt m’étant présenté de nouveau, je reconnus
de suite un polype sujiporté par un pédicule long de quatre à cinq
centimètres-, qui allait s’implanter sui- la pai-tic anterieure de l’intestin
rectum ; je conseillai l’extirpation dtimal, et je la pratiquai le 1" fé¬
vrier 1841. N’ayant aucun prérédeiit pour me guider, j’eus l’idée
d’attirer le plus possilde au dehors le polype pendant qu’il était sorti, et
do faire la ligature de son pédicule. Pour cela, je fis placer l’enfant
dans la position indiquée plus haut, tandi.s qu’avec une pince à polype
nasal, que je pris de la main droite, je saisis la tumeur, et eu cher¬
chant à l’attirer à moi avec un certain effort, son pédicule se rompit
et rentra de suite. Un peu de sang s’écoula par l’anus, et il fut impos¬
sible de constater ce qui restait du mal. Quoitpt’il en soit, l’enfant ne
s’est ressenti de rien depuis cette époque.
L’examen de la tumeur polypeuse me fit reconnaître un corps charnu,
arrondi, un peu aplati latéralement, à surface papilleiise, d’un rouge
vif, surtout à sa partie inférieure ; sa face sirpérieure offrait une légère
dépression avec perte de substance, correspondant à l’insertion du pé¬
dicule; sa gros.sciir était celle d’une forte fraise ; son tissu, d’un blanc
grisâtre, était dense, peu vasculaire, presque céllulo-fibreux.
06s. n. Le nommé Charpentier, de la commune de Dannemois,
enfant de deux ans et demi, fort et bien constitué, rendait sans dou¬
leur, depuis quelque temps, une certaine quantité de sang après avoh’
été à la selle, lorsque sa mère, alarmée, s’aperçut qu’il lui sortait par¬
le fondement une grosseur d’un rouge vif, qui rentrait seule peu de
temps après la défécation. Les parents me prièrent alors d’aller visiter
leur enfant; je m’y rendis le 5 avTil 1841. La grosseur n’étant pas
sm'tie, je lui fis administrer sans succès plusieurs lavements simples et
même rendus laxatifs à l’aide d’un peu de savon. N’ayant pu réussir à
faire sortir l’excroissance, je fis placer l’enfant comme dans le cas pré¬
cédent , et j’introduisis l’indicateur dans l’anus, ce qui me permit de
sentir la tumem- qui flottait dans l’intestin, appendue à sa face antérieure,
au niveau du bas-fond de la vessie, au moyen d’un pédicule long de plu¬
sieurs centimètres ; ne pouvant l’amener au dehors avec le seul doigt in¬
dicateur, je glissai le medius à côté de celui-ci, ce (pii me permit de le
saisir entre ces deux doigts et de l’arraeber en tirant modérément. Un
peu de sang s’écoula ; l’enfant ne parut pas soufirir, et retourna même
jouer immédiatement. 3’ai appris depuis qu’il n’avait rien éprouvé de
nouveau vers-lc lieu primitivement malade. L’absence de tout accident,
après l’opération du petit Renard, m’engagea à agir de la manière ,què
je viens d’indiquci-.
Le polype était de même forme et de même grosseur que le précé¬
dent; sa surface également rouge et comme papilleuse ; son tissu cellulo-
fibreux ; le pédicule s’était déchii’é à quelques millimètres de son
insertion.
Obs. m. Le jeune Hubert, âgé de trois ans et demi, d’une constitu¬
tion lymphatique, ayant eu une dentition assez dilîQcile, fut pris, vers
le commencement du printemps dernier, d’un écoidement sanguinolent
assez abondant chaque fois qu’il allait à la selle ; au bout de quelque
temps, on s’aperçut qu’alors il lui sortait par l’anus une grosseur arron¬
die , d’un rouge cerise, d’une sm-face légèrement granideuse, ressem¬
blant assez exactement à une fraise ; cette tumeur restait sortie pendant
une demi-heure environ, puis rentrait spontanément. La mère de l’en¬
fant me pria un jour de l’examiner, et ayant reconnu de suite un polype
absolument de même nature que les précédents, j’en pratiquai l’extii'-
pation le 28 juin 1842. L’excroissance étant sortie, je fis, comme dans
les deux cas précédents, placer l’enfant le ventre appuyé siu' les genoux
d’un aide, qui, avec ses deux mains, lui écartait les fesses; puis j’intro¬
duisis l’indicateur droit, huilé, dans l’anus, à côté de la tumeur, dont
le pédiciüe, étroit et long de plusieurs centimètres, prenait naissance
sur le devant du rectum, au niveau du bas-fond vésical : je tii’ai un peu
sm- le poljqje, saisi enü-e ce doigt et le ponce, et le pédicule se rompit à
quelques millimètres de son corps. Sa texture, sa forme et sa couleur
étaient complètement identiques à celles des précédents. Un léger écou¬
lement sanguin suivit ; l’opération à peine terminée, l’enfant se remit
à jouer, et depuis lors il n’a rien ressenti vers le point malade.
Obs. IV. — Lejeune Robillard, âgé de trois ans et demi, garçon
fort et bien portant, rendit tout à coup, en allant à la selle, il y a quel¬
ques semaines, une assez grande quantité de sang ; sa mère s’aperçut
bientôt qu’il lui sortait par l’anus une espèce de cerise, comme elle
l’appelait. Depuis ce temps, cette gi-osseur s’est toujours représentée dans
les mêmes circonstances ; elle restait sortie ime demi-heure ou une heure,
puis rentrait d’elle-même ; elle ne s’accompagnait, du reste, d’aucune
altération dans la santé de l’enfant. Le 29 jnUlet dernier, j’en pratiquai
l’extirpation de la même manière que dans les autres cas ; ü y eut ce¬
pendant cette différence, qu’ici le pédicule était court, assez épais, et
qu’au lieu de s’implanter dans la partie antérieure de l’intestin, il se
fixait en arrière de celui-ci, entre les deux sphincters de l’anus. Au lieu
de le rompre, je le coupai avec l’ongle du pouce ; l’enfant ne jeta pas
un seul cri; le peu de sang qui sortit s’arrêta bientôt; depuis lors, il ne
s’est rien manifesté de nouveau. La tumeur était en tout semblable aux
( 269 )
Comme on vient de le voir, la ressemblance la plus frappante existe
entre les quatre observations que je viens de décrire; dans tous les cas,
la tumeur a la même forme, la même organisation, le même volume ;
une seule fois, elle dilïèrepar son insertion, quia lieu en arrière. Tous
les enfants sont du même sexe ; rien, chez eux, ne peut faii-e reconnaître
la cause de la maladie ; la marche de celle-ci présente également, chez
tous, une ressemblance complète. Comment se fait-il qu’une affection
que j’ai rencontrée quatre fois dans un assez court espace de temps ne
se trouve décrite nulle part? Doit-on attribuer le silence des auteurs à
l’innocuité du mal, ou à sa rareté? Dans tous les cas, j’ai pensé qu’il ne
serait pas sans intérêt de faire comiaître les faits qui précèdent, et le trai¬
tement qui m’a toujours réussi. Sans doute que d’autres praticiens auront
été à même d’en recueillir d’analogues sur les deux sexes ; je serais heu¬
reux de les voh également publiés, dans l’intérêt de la science, et pour
compléter une lacime dans les maladies de l’anus chez les enfants.
Bourgeois,
chirurgien en cher de l’hdpilal d’Ëtampei.
MÉMOmE SUR LE STArHYLOME PELLUCIDE CONIQUE DE LA CORNÉE (cONICITÉ
DE LA cornée), et PARTICULIÈREMENT SUR SA PATHOGÉNIE ET SON TRAI¬
TEMENT, AVEC QUELQUES REMARQUES SUR LES STAPHILOMES EN GÉNÉRAL.
( Suite. )
X. Du staphylôme pellucide partiel. —11 existe une espèce de
staphylôme pellucide qui n’a pasjune forme conique bien prononcée, qui
n’occupe qu’une portion de la surface de la cornée, et que par ces rai¬
sons on peut appeler staphylôme pellucide partiel. Cette affection n’est
qu’une modification de la conicité' de la cornée, et se forme comme elle
à la suite d’une inflammation ulcéreuse de cette membrane, lorsque la
cicatrice ne devient pas assez ferme pora' résister à l’action des muscles
et à l’impubion qu’elle donne aux humeurs. L’observation suivante en
donnera une idée fort nette.
R...., homme de peine, âgé de quarante-deux ans, a été traité à ma
diniqne en 1835. Affecté depuis longues années d’une ophthalmie pro¬
duite par sa constitution lymphatique, et étant sorti sans amélioration
considérable de différents services d’hôpitaux, il ne distingue plus le
jour de l’œil gauche, le plus malade'des deux. La partie supérieure de
la cornée présente des vascularités. A la jonction de ses deux quarts su-
péiieurs on voit une cicatrice transversale étroite, formant une bande-
( 270 )
lette presque linéaire, d’une eoideur blanc-bleuâtre assez foncée. L’iris est
adhérent par son bord pupillaire supérieur à celte cicatrice qui est assez
épaisse, mais nullement élevée au-dessus du niveau de la cornée. Au-
dessous de cette cicatrice foncée et étroite ou en voit une antre occupant
environ les deux quarts moyens de la membrane, plus claire et plus
large, d’une teinte bleu-blanchâtre lactescente, un peu plus foncée au
centre et se perdant inserrsiblement à la circonférence. Regardée en
face, elle paraît un peu élevée et d’un aspect opalescent qui a quelque
chose de particulier ; un oeil exercé y recomiaît même quelque arralogie
avec le staphylôme pellucide de la cornée ; mais il est impossible de pré¬
ciser davairtage cette analogie ou de l’exprimer par le dessin.
Mais, examiné de profil, l’ceil change cntiàement d’aspect. On voit la
partie supérieure de l’iris s’avancer en forme de petit toit et adliérer for^
tement, par sa marge pupUlaire supérieure, à la cicatrice épaisse et
étroite. Elle est tellement tiraillée en avant, qu’en regardant de bas en
haut on peut voir sa face postérieure uvéenne ; les fibres ii’idicnncs sont
tiraillées de bas en haut, vers l’adhérence ; ce tiraillement change nota¬
blement leur couleur. Les deux quarts moyens de la cornée, dans toute
l’étendue de la cicatrice large et superficielle, ne se présentent plus opa-
cpes et plats, mais transparents et élevés au-dessus du niveau normal de
la cornée : ils forment une e.spèee de cône aplati dont la base Com¬
mence en haut an bord inférieur de l’opacité transversale et étroite, et
se termine en bas dans la circonférence inférieure de la cicatrice snpcrfi-
cielle ; les côtés de cette espèce de pyramide aplatie s’élèvent très-insensi¬
blement; sa base, mesurée de haut en bas, de profil, est de cinq milli¬
mètres (deux lignes et demie) environ, tandis que son diamètre antéro¬
postérieur, du sommet à la base, est d’un peu plus de deux miUitnètres
(une ligne) au-dessus du niveau normal de la cornée : le sommet est
apUti ou arrondi. Yoici pourquoi nous avons dit que dans ce cas il n’y
avait pas ime conicité proprement dite de la cornée. Tonte Cette pmHie
saillante, regardée,de profil, avait une teinte jaime-doré un peu opaline
et un reflet luisant comme dans la conicité ordinaire, sauf l’éclat étin¬
celant, qu’on ne pouvait produire dans aucune position ni à aucune
lumière ; chose facile à expliquer, cette forte réflexion des rayons lumi-
nenx ne pouvant avoir lieu que quand le sommet du cône est plus ou
moins pointa, et non quand il est aplati. Cet aspect de l’élévation a éié
très-bien reproduit par le dessin ; c’est le seul cas où l’affection ait été
raprésentée d’une manière satisfaisante par l’artiste.
U est évident qu’ici le staphylôme pellucide s’est formé dans toute l’é-
tenthie de la cicatrice mince, tandis que la bandelette opaque et presque
linéaire dans le trajet de laqiielle la cornée a acquis de la feimeté a
( 271 )
sisté à l’impulsion donnée aux humeurs par les muscles, et est testée
aplatie malgré son adhérence avec l’iris, Ces circonstances, en Confim
mant notre opinion sur l’origine de la conicité, sont en opposition avec
la théorie de Beer sur le staphylôme de la cornée, théorie dans laquelle
l’adhérence entre cette membrane et l’iris est regardée comme essentielle;
or, c’est juste dans la partie adhérente que la cornée a conservé tous ses
caractères normaux, à l’exception de sa ti’ansparence.
Le malade qui fait le sujet de l’observation ci-dessus rapportée a été
traité pour l’oidithalmie chronique ; mais, vni la cécité complète de l’œil,
dépendante d’une altération des membranes internes, rien n’a été tenté
contre la conicité partielle delà cornée.
XI. Quelques niots sur le staphylôme pellucide sphérique de la
cornée- —Ce que quelques auteurs ont décrit sous ce nom a été regardé
par d’autres comme une hydrophthalmie antérieure. Je doute que cette
dernière maladie existe réellement sans que la chambre postérieure de
l’œil y participe à un certain degré. Il me paraît Irès-vraê emblable que
les tumeiu's de cette natiue, où la cornée augmente de voluiiie selon son
diamèn-e antéro-postérieur, sans accroissement de sa circonférence et des
autres diamèti-cs du globe oculaire, n’appartiennent point à la classe des
hydrophthalmies, mais bien plutôt à celle des simples distensions de cette
membrane par l’amincissement de son tissu. NouS’avons déjà prouvé,
en traitant de l’anatomie pathologique et du kératocèle, que la cornée,
an lieu de devenir conique, peut, en s’accroissant selon son diamètre
antéro-postérieur, prendre, dans certaines conditions, imc forme Voisine
de la sphérique, surtout lorsepie l’amincissement de sa substance occupe
une plus grande siu'face. Pourquoi, lorsque plusiem's de ses lames sont
usées et détruites presque uni formément dans toute son étendue, sans avoir
beaucoup perdu de leur transparence, nefmmerait-elle point un staphy-
lôme pellucide complètement sphérique? La présence d’une légère opa¬
cité plus ou moins apparente de la membrane malade poiurait servir à
confirmer cette opinion. Nous n’entrerons point dans des détails ultérieurs
sur ce point qui sort de notre sujet, et qu’il suffira d’avoir signalé à l’at¬
tention de nos confrères, on nous rapportant à ce que nous avons dit
dans le paragraphe X.
Xn. Causes. —D’après ce que nous avons dit jusqu’ici, l’on voit
que nous ne devons admettre que deux causes directes ou occasionnelles
de cette affection, savoir : 1® la kératite ulcéreuse, l’amincissement de la
cornée qui en résulte, et la formation d’nne cicatrice trop peu ferme
poiu’ résister à l’impulsion donnée aux humeurs de l’œil par la contrac¬
tion de ses muscles, et 2° le kératocèle. M. Chélius a fort bien reconnu
la première de ces deux causes ; mais il attrilme à tort, selon nous, une
( 272 )
part dans la production de la maladie à la pression de l’humeur aqueuse
trop abondante et à une espèce d’hydropisie de la chambre antérieure.
Quant à l’ulcération et à l’opacité de la cornée, les malades nient en gé¬
néral avoir eu des ophtbahnies ; mais ils ont pu en être affectés dans
leur enfance et n’en avoir pas eu connaissance, comme cela arrive jour¬
nellement pour des taies non accompagnées deconicité. C’est ainsi que le
malade de Demours père n’a éprouvé les premiers symptômes du sta-
phylôme pellucide que quinze ans après la variole. Le staphylôrae pel-
lucide conique se développe souvent longtemps après cette première
ophthalmie, probablement sous l’influence d’autres causes locales et gé¬
nérales encore inconnues. Ainsi, un travail assidu, l’habitude du cli¬
gnotement , une irritation accidentelle des yeux produite, par exemple,
par la présence d’un coips étranger, en sollicitant une conti’action forte
et continue des muscles oculaires, pourraient donner lieu à la distension
d’une ancienne cicatrice accompagnée d’amincissement de la cornée, et à
la formation de la conicité de cette membrane. Sous de pareilles circon¬
stances, la maladie parait quelquefois pouvoir se développer rapidement.
C’est ainsi qu’on rapporte que, dans un cas, la maladie s’est formée brus¬
quement par suite de l’aspect d’un mur vivement éclairé et de la con¬
traction très-violente des muscles de l’œil ; que, dans d’autres, des ef¬
forts faits pendant le vomissement et la toux l’ont fait augmenter rapide¬
ment. Peut-être que l’observation si singulière d’une distension énorme
des deux cornées sur le cadavre d’un criminel exécuté par la corde,
rapportée par Bmgman (dans Haller, Disput. chirurg., t. I), où ces
membranes pendaient sur la joue en forme de longues cornes, trouve¬
rait son explication dans l’existence antérieure d’une cicatrice peu ferme
ou d’un kératocèle.
Des causes générales, en donnant lieu à une congestion cérébro-ocu¬
laire, semblent favoriser le développement de la maladie. Plusiems fois
j’ai vu des personnes du sexe affectées en même temps de conicité de la
cornée et de dysménorrhée; j’aurai à revenir sur ce point à l’occasion
du traitement. Toutes les circonstances capables de produire ime inflam¬
mation de la cornée, avec idcération ou kératocèle, peuvent d’ailleurs
devenir des causes éloignées de conicité. D’après mon expérience per¬
sonnelle, je dois me ranger de l’avis d’Adams, qui pense que cette mala¬
die n’appartient en propre à aucun âge. Bien qu’il soit le seul qui ait vu
cette affection sur une femme septuagénaire, et que pour ma part je n’en
aie trouvé atteintes que des persoimes âgées de moins de cinquante ans;
bien que je l’aie plusieurs lois observée sur de jeunes filles à l’âge de la
puberté, et jamais, comme le dit fort bien Phipps, avant l’âge de quatorze
ou quinze ans ; je ne puis néanmoins admettre, comme semble l’avoir
( 273 )
fait ce dernier, qnc la maladie soit plus particidièrement l’apanage de
l’époque de la puberté ; elle m’a d’ailleiu-s paru à peu près également fré¬
quente chez les deux sexes et chez les personnes jeunes et âgées. Adams
l’a vue plus souvent sur des femmes et sur des individus peu âgés. On
comprendra .au reste qu’il est difficile de fah-e de la statistique sur des
affections en général aussi rares.
XIII. Marche. — La maladie, qui se voit quelquefois au même de¬
gré .aux deux yeux, débute d’ordinaire dans un seul œil, ce qui fait que
le plus souvent on la trouve beaucoup plus avancée d’un côté. Elle mar¬
che très-lentement et reste souvent stationnaire pendant un grand nombre
d’années, comme nous avons pu voir, peut-être même quelquefois pendant
toute la vie, à l’état de petite proéminence peu prononcée, de la nature
de celle décrite dans le paragraphe VIII. Sa marche, à part quelques
faits isolés et exceptionnels d’un développement rapide, déjà mentionnés
dans le paragraphe précédent, est toujours très-lente, mais assez géné¬
ralement continue; quelquefois la maladie semble s’arrêter en entier, au
moins pendant longtemps. Plusieurs .auteurs disent qu’elle s’arrête tou¬
jours lorsqu’elle est arrivée à une certaine périodejdc son développement;
d’autres, qu’après un certahi temps de son existence elle est suivie de
l’opacité du sommet du cône. Je crois qu’il est dangereux de se fier à la
première de ces assertions, par la raison que, lors de l’arrêt spontané de
la marche de l’affection, la myopie sera le plus souvent devenue l’étjui-
valent de la cécité. Quant à la seconde, je la crois basée sur une erreur :
j’ai déjà dit que l’opacité du sommet s’est montrée à moi constante ; ja¬
mais je ne l’ai vue augmenter, ce qui ne pourrait guère avoir lieu que
par suite d’une nouvelle ophthalmie. Il est probable que, dans les cas
mentionnés par les autem's, l’opacité exbtait dès le commencement et
u’ax'ait été reconnue que plus tard ; ou peut-être l’opacité existante aug¬
mente quelquefois par suite d’une phlogose chronique produite par l’ex¬
tension incessante de la membrane. Il a été dit, dans le paragraphe V,
rpie nous n’avons pas to de cas où cette cicatrice lut épaisse ; mais en
rappelant bien nos souvenirs, noms en avons cependant trouvé deux, dans
notre pratique, où le sommet de la conicité se terminait par- un véritalde
leucôme ou albugo, et nous en avons rencontré un troisième depuis la
publication de la première p.irtie du présent travail.
Quelle que soit la mitrche de cette maladie, elle n’est suivie d’oph-
thalmie que dans le cas d’un volume extoordinaire de la tumeur, où les
paupières ne peuvent se fermer qu’imparfaitement et en froissent conti¬
nuellement le sommet; dans celui de l’emploi de moyens irritants capa¬
bles de produire de l’inllaramation, ou enfin lors de l’action accidentelle
d’autres causes de phleginasie. Je ne puis admettre qtie l’opacité du som-
TOME xxni. 8' I.IV. 18
. ( 374 )
met dont j’ai parlé plus haut puisse aller jusqu’à la transformation de la
tumeur en slaphylôme opaque ordinaire. Sous ce rapport, Demours a
commis une faute en disant (t. I, p. 316) : « La protubérance augmente
dans quelques cas rares, se montre accompagnée d’oplithalmie, et sort
de cette classe particulière pour entrer dans le nombre immense des sta-
phylomes de la cornée (t. Il, p. 430). » Dans l’observation sur la¬
quelle Demours se base ici, la nature de l’affection n’était bien constatée
ni lors de son début, ni lors de son entier développement. Quelle con¬
fiance, d’ailleurs, peut inspirer un auteur qui, dans une maladie aussi
rare que celle dont il s’agit, après avoir dit (t. I, p. 316) posséder « dans
les journaux de son père et dans lcs siens des notes relatives à plus de
cent cas de lésions de cette c.spèce », n’en donne pas une seule observa¬
tion complète et bien faite ipii lui soit propre, et se borne à communi¬
quer l’histoire obscure d’un cas racontée par un malade et envoyée au
père de l’auteur près d’un siècle avant la publication de son ouvrage (en
1747)!
Il n’est pas probable que jamais le véritable staphylome pellucide co¬
nique de la cornée, à l’état simple, se termine par la rupture de cette
membrane. Dans un cas de cette terminaison, rapporté par Demours, la
maladie n’était point une conicité de la cornée bien avérée.
XIV. Des différents moyens employés jusqu’ici contre la coni¬
cité de la cornée. — Si l’on consulte les auteiu-s sur le traitement du
staphylome pellucide conûpie, on trouve que l’empirisme le plus dé¬
solant règne dans leur thérapeutique, comme le vague a régné dans leur
théorie. Les moyens employés par eux peuvent se réduncaux catégories
suivantes que nous allons successivement passer en revue.
1“ Topiques irritants, surtout les irritants narcotiques dont l’action
est transitoire et ne produit qu’une injection passagère de l’œil sans
phlegmasie. Ces agents tiennent lemilieu entre les simples irritants et les
narcotiques. Ce sont surtout F infusion concentrée de feuilles de tabac, par¬
ticulièrement vairtée par Ware, qu’on emploie trois on quatre fois par
jour, et le laudanum de Sydenham ou la teinture d’opium, instillés une
à deux fois par jour dans l’œil malade. Le premier de ces moyens avait
probablement été choisi dans le but de stimuler localement la résorption
et de diminuer la quantité trop abondante de l’humeur aqueuse, cause
supposée de la maladie. M. Bénédict a mis en usage lapomraade d’oxyde
rouge de mercure, d’autres ont employé celle de précipité blanc. On a
essayé de rendre plus actif le laudanum par l’addition d’éther sulfurique
alcoolisé, etc.
2“ Les astringents, tels que les fomentations d’eau froide, les bains
d’yeux froids, la solution plus ou moins concentrée de sulfate de zinc, de
( 275 )
ciii\Tc, de fer, de eadmiiilti, celle de pierre divine, et, dans des deriiiei 'î
temps, celle de nitrate d’argent. Gilwnn a particulièrement vanté nue
solution d’alnn dans une décoction d’écorce de chêne.
3“ La compression, employée auti-efois contre le staphylôme opaque
de la cornée, moyen inefficace et dangereux, jugé depuis longtemps,
bien qn’on ait tenté de nos jours de l’introduire de nouveau dans la pra¬
tique, la compression a aussi été mise en usage contre la conicité. Demours
a indiqué et figuré un bandage particulier destiné à cet effet. D’après ce
que nous avons dit sur la pathogénie de la maladie, on comprend faci¬
lement qne la compression la plus méthodique ne saurait exercer d’ac¬
tion durable. Aussi n’en a-t-on retiré aucune utilité; peu de malades,
d’ailleurs, comme l’a constaté M. Bénédirt, et comme on le conçoit faci¬
lement, .supportent une pression continue exercée sur un organe aussi
délicat. M. Desmarres m’a cependant dit avoir observé, dans un ou
detix cas, une diminution très-notable et presque la disparition de la tu¬
meur; mais comme il n’a pas revu depuis longtemps scs malades, il n’a
pu se convaincre si la guérison s’est maintenue. Nous pensons donc que
la compression, employée avec les ménagements nécessaires et associée à
d’antres moyens rationnels, pourra avoir quelque utilité.
4" I^es caustiques, surtout la cautérisation du staphylême avec le ni¬
trate d’argent en sulistancc. Elle a été employée de bonne heure, mais
sans méthode.
5“ Im ponction de la cornée, pratiquée avec une aiguille à cataracte
droite et large, ou avec la pointe d’un kératotome, et répétée à plusieurs
reprises à des intervalles plus on moins longs. La lame de l’aiguille oti
la pointe du kératotome doit être laissée pendant quelques instants entre
les lèvres de la plaie, et être touniée doucement de côté et d’antre, afin de
1 es écarter un peu et de faciliter l’écoulement de l’humeur aqueuse. On peu t
aussi se servir dans ce but d’une petite spatule mousse introduite après que
l’instrument tranchant estretiré. Ceux qui connaissent la prodigieuse rapi¬
dité avec laquelle ce licpiide se reproduit en peu de minutes quand il s’est
écoulé complètement, n’auront que peu de foi dans son évacuation comme
mo3'cn de guérison de la maladie qui nous occupe. Aussi se plaint-on
généralement de son inefficacité ou de son action trop passagère, même
comme moj'en palliatif, action que la compression et les astringents,
employés comme auxiliaires, n’ont pas rendue plus puissante. Au moins,
pour en obtenir les bons effets que M. Bau seul dit en avoir retirés, fau¬
drait-il suivre son exemple, et fane des ponctions fréquemment répétées
pendant longtemps, ou, selon le conseil de M. Chélius, pratiquées jonr-
nellcment ou tous les deux jours. Alors, on le conçoit bien, ce n’est plus
l’évacuation du liquide qui produit l’effet principal, mais la phlegma.sie
( 276 )
traumatique et exsudative de la partie amincie de la cornée qui, en
épaississant cette partie de son tissu, la fait contracter et lui donne de la
résistance, de sorte que l’impulsion des liquides ne peut plus la distendi-e
de nouveau. La vacuité presque constante de la chanibrc antérieure et
l’affaissement de la cornée peuvent tout au plus coopérer, en modérant
la pression que subit cette membrane. Ainsi employé, ce moyen devien¬
drait l’analogue de la cautérisation, pratiquée d’après le mode que nous
allons exposer plus loin. Pour ne pomt aggraver le mal au beu de l’a¬
mender, il faut éviter la procidence ou l’adbércuce de l’iris, l’extension
de l’opacité et la blessure du cristallin et de sa capside, infailliblement
suivies de cataracte. Ces accidents, et surtout le dernier, priveraient le
malade du peu de vision qu’il conseiTC, lorsque l’affection n’a pas en¬
core atteint son plus haut degré. Pour les éviter, il faut ponctionner la
proéminence au sommet, comme le conseille M. Ghélius, ou, mieux en¬
core, ail centre de la petite cicatrice, ou à sa partie lajplus opaque. Par
ce moyen, on évitera non-seulement les dangers signalés, mais encore
on agû-a lürectement sur la portion de la membrane dans laquelle la réac¬
tion inflammatoire est nécessaire, et au delà de laquelle elle ne doit
point s’étendre. Mais la plupart des médecins, d’après une théorie erro¬
née, n’ayant eu jioiir but que de vider la chambre antérieure, ont pé¬
nétré à une distance plus ou moins gi'ande du sommet, et n’ont, par
conséquent, pu retner aucun avantage considéralilc de l’opération. Par
des raisons faciles à concevoir, il est inutile et meme dangereux de sub¬
stituer à la simple ponction l’incision simple ou cruciale de la proémi¬
nence, proposition purement théorique jusqu’ici, à ce qu’il pai-aît, et
qu’on semble avoir faite d’après l’analogie inadmissible du staphylôme
cornéen opaque.
Pour terminer ce mémoire, il nous restera à examiner, dans un der¬
nier ailicle, pai-mi les différents moyens employés jusqu’ici contre la
conicité de la cornée, quelle a été l’action des ré\Tilsifs, des moyens
internes, de l’expectation, de l’ablation du ci'istallin ; et enfin, dans un
dernier paragraphe, à exposer quelle est la méthode curative ration¬
nelle appuyée par’ notre expérience.
SlCJlEL.
NOUVELLES RECHERCHES SUR LE TRAITE-MENT DE L’AM.iüROSE
OU GOUTTE-SEREINE.
Je me propose, dans cette note, d’exposer la suite de mes études pra¬
tiques sur le traitement de l’amaurose. La première pai'tie de mes re¬
cherches (voy. Bull.de Thérap., t. XV, p. 28 et 286) avait pour objet
( 277 )
d’apprécier l’influence des préparations de noix vomique et de strychnine
dans cette affection ; j’ai fourni plusieurs observations pour préciser les
indications pratiques. Cette seconde partie de mes recherches aura pour
but l’étude des cas de goutte-sereine où cette médication ne convient
pas, et qui exigent une méthode toute différente. C’est pour n’avoir pas
bien compris les détails précis de diagnostic différentiel et de thérapeu¬
tique spéciale, que j’ai vu depuis quelques praticiens, venant à l’usage
intempestif de ces moyens, les employer sans résultat. Le meme remède
ne convient pas dans tous les cas; il faut bien se garder d’appliquer les
préparations de noix vomique dans toutes les especes d’amaurose, on ne
saurait trop le répéter : j’en produirai ici de nouveaux exemples.
11 faut le dire nettement : toutes les amauroses ne sont point identi-
tiques et ne doivent pas se traiter de même. Au fond, c’est une paralysie
de la vue ; mais rarement elle se présente dans un état de simplicité :
tantôt il y a complication d’anhémie ou d’hyperhémie oculaire ; tantôt
c’est une sulnnflammation chronique de la rétine, ou une asthénie-visuelle
(jui survit à une congestion ou à une phlegmasie; tantôt c’est une névrose
dyscrasique de la rétine qui entraîne une amaurose toipide, etc. Ce sont
là autant de variétés morbides, et autant d’indications spéciales dont j’ai
eu soin de donner des exemples. C’est donc, je le répète, à dégager la
goutte-sereine de ces complications, à la réduire à son état de simplicité
en décomposant et détruisant à mesure les divers éléments morbides qui
s'y combinent, qu’il faut s’attacher avant d’attaquer l’amaïu'ose elle-
même. Cette distinction fondamentale ne doit jamais être perdue de
La symptomatologie spéciale guidera; je noterai seulement qu’il y a
contre-indication si la maladie tient à un ramollissement du cerveau, à
ujie altération des os, à l’état variqueux de la rétine, à une tumeur or ■
bitaire, à une phlegmasie latente, surtout chez les sujets pléthoriques
à une iodiosyncrasie inflammatoire ou apoplectique, etc.
Citons quelques exemples nouveaux pour servir de guide et de com¬
plément aux huit observations que j’ai déjà fait connaître.
01)s. I. Amaurose traumatique complète, avec commotion cérébrale à
la suite d’un éclat de mine; guérison. — André Salomon, trente ans, mi¬
neur, de Tirange (Hadle-Loire), fort et sanguin, est apporté le 27 mai 1838,
blessé à Couzon (Rhône) par un éclat de mine qui l’a renversé et jeté à
quinze pas, lui a brûlé la figure et la poitrine avec ses vêtements, et a fait
des plaies contuses aux deux bras, avec œdème des paupières et ecchymose
de la conjonctive; il y a cécité complète. (Saignée, lavement et tisane laxa¬
tifs, diète, compresses d’eau blanche, cataplasmes.) Je préviens et détruis
toute complication cérébrale.
Il juin, amaurose complète de l'œil droit, iMîrsislanl, avec douleurs dans
( *278 )
le front et l’orbite; la vue est un peu revenue à gauche. (Seize sangsues ii
l’oreille droite.) La vue s’éclaircit, mais n’est pas encore égale, le 17, à celle
de l’œil gauche, qui est revenu à peu près à l’état normal. Pupilles inégales,
iris bleu tacheté (laxatif); la vue s’améliore et égale celle de l’œil gauche
le 20. État général bon; appétit, fonctions normales. Le malade sort le 2i,
en très-bon état, et voyant bien.
Je n’ai eu garde d’employer ici les préparations de noix voniitjuc,
qui me semblaient contre-indiquées. On a vu par quels moyens j’ai triom¬
phé de la lésion vitale produite par le traumatisme. Je passe à un
exemple d’un autre genre.
Obs. IL Ambhjopie double, précédée de myopie et compliquée de sur¬
dité; guérison. — Auguste More], chapelier, âgé de quarante et un ans,
entré à l’IIôtel-Dieu le 29 janvier 1838, dans le service de M. Coirat. Lus
moyens employés n’amenèrent pas de changements sensibles dans la goutte-
sereine.
Le 12 février, M. Pétrequin, chargé du service par intérim, constata ce
qui suit :
La vue a toujours été peu étendue, mais elle était nette; depuis trois ans,
surtout, elle s’est beaucoup affaiblie, et, depuis dix mois, elle s’est trou¬
blée; les brouillards ont augmenté au point que le malade, ne distinguant
plus, a pris la physionomie des aveugles. Un affaiblissement de l’ouïe est
survenu et a fait des progrès dans ta même proportion.
Los yeux sont gros et saillants, la cornée très-convexe, l’iris d’un roux
brun, et la vue^très-attérée. Il voit encore un peu de très-près, mais à deux
pas de distance il ne peut recounattre une personne; la vue est non-seule¬
ment myope, mais encore trouble; il ne peut pas se conduire seui dans les
rues; des brouillards grisâtres voltigent devant ses yeux et s’épaississent du
plus en plus; il n’aperçoit pas même les objets (pd lui sont ie plus familiers.
Du reste, pas d’inflammation ni de douleurs dans l’œil, point de pholnpsie
ni de ebriopsie; mais parfois des étourdissements, des éblouissements; le
sommeil est troublé; il y a des rêves pénibles. La constitution du malade est
forte, son tempérament légèrement sanguin. Surdité progressive et inleiise.
Pour qu’il entende, il fhut qu’on lui parle très-fort et qu’il soit prévenu
que c’est à lui qu’on s’adresse. État général bon; digestions normales.
1+ février, potion purgative avec une once et demie de sulfate do souile;
selles nombreuses. (Tisane de veau; deux pilules d’aloès.)
16, peu de sommeil; rêves pénibles; quelques maux de tête. (Saignée ilu
bras de 1+ onces.) Le lendemain, état et sommeil plus calmes; la vue no
s’améliore pas; les brouillards persistent; le malade perd l’espoir.
18, frictions sur te front et les tempes avec un demi-gros d’onguent napo¬
litain en deux fois, poiu' un jour; petit-lait tamariné; une pilule d’aloès et
une de calomel.
20, la tête est dégagée, le sommeil tranquille; la vue commence à s’éclair¬
cir un peu.
22, les brouillards diminuent; il commence à distinguer lus objets; il est
dans la joie.
2t, la physionomie perd sa stupeur, les yeux reprennent leur jeu naturel;
( 279 )
la portée do la vue s’agraudil. Lui qui, à son euü’éo, ne reconnaissait pas
une personne à trois pas, et n’entrevoyait qu’une ombre confuse, commence
à distinguer à trente ou quarante pas de distance.
25, les progrès sont rapides; les brouillards disparaissent; la tête et les
yeux se dégagent, la vue devient de plus en plus nette et étendue; il lit
bien. La surdité elle-même a beaucoup diminué. Des aCfaires pressantes do
famille l’obligent à se rendre à Châlons-sur-Sa6ne. On peut présumer que
la guérison eût été plus beile encore et plus complète sans ce départ préci¬
pité, qui vint le soustraire au traitement. (Recueillie par l’interne.^
On remarquera que cette heureuse terminaison fut très-rapide, sur¬
tout eu egard à l’ancienneté de la maladie. Outre l’effet des frictions
napolitaines, je dois faire observer que, d’apres les évacuations sanguines
ou purgatives, les pilules de calomel et d’aloès ont une action dérivatrice
très-avantageuse dans l’amblyopie congestive. Je ne devais pas ici re¬
courir aux prépai’ations de noix vomique, non plus que dans le.cas (|ui
suit.
Obs. III. Amblyopia congestive; guérison. — Michel Joannès, ûgé de
quarante et un ans, cordonnier, est entré à l’IIôtei-Dieu do Lyon, salle d’Or¬
léans, service de M. Pétreiiuin, le 29 septembre 1839; il est natif de Saint-
Symphorien-sur-Oise (Rhône), et demeure à Saint-Ktlcnne (Loire); sa con¬
stitution est forte, son tempérament lympbatique-sanguin. Il y a quinze
mois environ qu’il fut atteint d’une opblhalmie catarrhale, laquelle dura
quarante jours, et fut suivie d’une guérison radicale après ce laps de temps.
Vers le milieu du mois do juin dernier, ce malade étant occupé à coudre
des souliers, fut pris, sans cause connue, d’un aDaiblissement subit du la
vue, ce qui ne lui permit pas do continuer son ouvrage. Cet affaiblissement
nu fut précédé ni de pesanteur ni de douleur de tète, et apparaissait pour la
première fois; depuis qu’il existe, jamais aucun de ces symptômes ne s’est
présenté jusqu’à ce jour; la vue a constamment faibli, mais d’une manière
lente. Le malade voit tout d’une manière confuse, à travers un nuage jaunâ¬
tre; il ne peut pas reconnaître le malade qui occupe le lit placé en face de
lui, à huit pas; il n’aperçoit jamais d’étincelles; l’iris est mobile, la pupille
peu dilatée, régulière; la sclérotique est sillonnée de quelques vaisseaux
variqueux. Point de couleur anormale dans le fond de l’œil; toutes les
fonctions s’exécutent d’une manière régulière.
Le 2 octobre, quinze sangsues à l’anus; diète; bains de pieds avec la
moutarde le soir.
Le 3, amélioration marquée; le malade distingue des objets qu’il n’aper¬
cevait avant que d’une manière confuse. Bouteille d’eau de Sedlitz, autre
bain de pieds.
Le i, le malade assure y voir comme avant sa maladie. Il reste encore deux
jours à l’bôpilal, et huit jours après son entrée, il demande a sortir, en se
servant de celle expression pittoresque: «Je vois si bien, que ce serait pé¬
ché que de manger davantage le pain de l’hôpital. » (Recueillie par M, Per¬
ret, interne.)
I.Æ traitement de la goutte-sereine est Inen loin d’avoir dans tous les
( 280 )
cas line terrainaisoii aussi prompte que dans l’obserration qui précède.
Elle fournit une nouvelle preuve déjà portée d’un diagnostic précis, et
montre à quels cas on doit restreindre l’usage des préparations de noix
vomique, qui se trouvaient ici conü-e-indiquées. L’exemple suivant, où
une première erreur fut commise par un autre praticien, montre quel
avantage on peut retirer des principes que j’établis. Il s’agit d’une dame
que j’ai traitée conjointement avec M. le docteur Piéron, qui en a lui-
même recueilli l’iiistoire.
Obs. IV. Amaurose double, d'origine congestive-, guérison. — Madame
M., propriétaire, demeurant à la campagne, d’un tempérament nervoso-san-
guin, a été affectée, au mois d'aoftt 1837, d’une fièvre typhoïde grave; elle
s’aperçut dès lors que sa vue faiblissait. Elle ne pouvait plus travailler à la
lumière; des brouillards se formaient devant ses yeux. Un éiysipèle à la
face, qui se manifesta vers la fin d’avril 1838, fit encore faire des progrès
plus rapides à cette maladie, et bientôt elle ne put plus lire de gros carac¬
tères, ni reconnaître à une distance rapprochée les personnes qui l’entou¬
raient. A cette époque, huit sangsues, que j’ordonnai d’appliquer aux tem¬
pes, amenèrent une amélioration sensible, mais de courte durée, ce qui
n’empêcha pas madame M. de se livrer pendant tout l’été aux pénibles tra¬
vaux qu’exige l’exploitation d’une vaste propriété. L’état de sa vue, qui do
jour en jour diminuait, lui donnant enfin de sérieuses inquiétudes, elle
consulta un médecin de Lyon, le 22 août 1838, qui, entre autres choses,
ordonna des pilules avec la strychnine et un vésicatoire, ammoniacal sur le
synciput. Ce traitement, peu rationnel, n’eut aucun résullat avantageux.
Le 17 septembre, je conduisis madame M. auprès de M. Pétrequin, dont
je désirais avoir l’avis; elle éprouvait alors des douleurs dans les tempos;
des brouillards de couleur grisûtre sont sans cesse devant ses yenx, tout lui
liarait plus sombre. Souvent, le soir en se couchant, elle voit des étincelles
rouges, le soleil la fatigue; le soir et au clair de lune la vue est plus nette ;
elle distingue mal les couleurs, les objets lui semblent plus éloignés qu’ils
ne le sont réellement, elle ne peut reconnaître des lettres de quatre lignes
de haut. Les pupilles, très-bleues, sont étroites, inégales et angulaires.
Nous prescrivîmes dix-huit sangsues à la marge de l’anus; le lendemain, un
purgatif avec le sulfate de magnésie, douze pilules d’un grain d’aloès et
douze pilules de 2 grains de calomel, à prendre une de chaque tous les
soirs; des frictions sur les paujiières et les tempes avec onguent napolitain,
quatre parties, extrait de belladone, une partie; un régime doux, l’usage
de bouillon aux herbes tous les matins, et le petit-lait.
Le 19 octobre, nouvelle consultation avec M. Pétrequin. Nous constatons
moins de douleur frontale et temporale, moins de resserrement aux pu¬
pilles, qui se contractent encore inégalement et forment trois angles mar¬
qués; la vue n'est guère plus étendue, mais il y a un peu moins de brouil¬
lards. Nous prescrivons encore vingt sangsues au fondement, deux purgatifs
à trois jours d’intervalle, un collyre avec eau de roses, i onces, extrait de
belladone, 6 grains, eau de laurier-cerise, demi-once; des pilules d’aloès et
des pilules d’extrait de ciguë d’un gimn; après les deux purgatifs, l’applica¬
tion d’un vésicatoire camphré à la nuque. Le 22 octobre, après l’application
des sangsues, il n’existe plus de douleurs aux tempes, presque plus d’étin¬
celles; mais il y a encore des brouillards. La malade reconnaît des lettres
de 4 lignes de haut, et à l’aide de lunettes elle en voit de 2 lignes. Elle dis¬
tingue parfaitement toutes les couleurs d’une tapisserie. Il est des jours où
la vue est plus nette; elle l’est toujours davantage le soir, surtout au clair
de la lune. Le 28 octobre, lors de l’application du vésicatoire, les brouillards
deviennent très-rares.
Le 2 novembre, nous trouvons que la pupille forme encore deux angles
obtus, mais peu sensibles; la malade, du cabinet de M. Pétrequin, découvre
les maisons de l’autre côté du Rhône et les distingue les unes des autres ;
dans les rues, elle lit les enseignes. Nouvelle prescription de sangsues à l’a-
niis, (lu collyre, des pilules de calomel et d’aloès; deux bouteilles d’eau de
Sedlitz. Le 4 novembre, après les sangsues, madame M. distingue pour la
première fois un village distant d’un quart de lieue de son habitation. Elle
fait remarquer que presque tous les jours après avoir mangé, elle y voit
moins; il est des jours où la vue est plus nette que d’autres.
Examinée de nouveau le 30 novembre, nous trouvons que madame M. a
les pupilles moins contractées, mobiles, irrégulièrement ovales transversa¬
lement, n’a point de douleur autour des orbites, point d’étincelles; elle voit
encore des brouillards grisâtres, et les objets qu’elle fixe lui paraissent plus
sombres; si cette attention] se prolonge un peu, ses yeux se remplissent de
larmes; elle déchilfre avec peine des caractères de deux lignes, distingue
assez bien les personnes qui passent sur le qiiai et la couleur de leurs vête¬
ments: elle reconnaît quelques fenêtres de l’autre côté du Rhône, l’impres¬
sion (le la lumière et du soleil n’est plus douloureuse; elle distingue les
nuances des couleurs, paraît voir mieux qu’il y a un mois. État général
meilleur qu’au début.
Le 7 décembre, les sangsues aux tempes ont peu saigné, douleurs de tête
et douleurs dans les yeux. Deux bouteilles d’eau de Sedlitz sont prises du 6
au 10 décembre. Les douleurs de tête et des yeux ont cessé; les pupilles sont
moins ovales que le 30 novembre, cependant elles le sont encore un peu. La
vue est de même.
Depuis, madame M. a cessé toute espèce de traitement et a repris son
genre de vie habituel; l’amélioration obtenue par le traitement qu’on lui a
fait subir s’est à peu près maintenue jusqu’au 25 décembre 1839 >. (Rédigée
par M. Piéron, D. M. P.)
La médication lut ici basée sur un diagnostic précis, dont les élé¬
ments avaient échappé au premier médecin. M. Piéron a lui-meme
tiré pai-ti de ces principes dans le cas suivant, qu’il m’a communiqué.
Obs. V. Amaurose double complète; guérison. — Mademoiselle Deviego,
âgée de neuf ans, à la suite d’une terreur panique occasionnée par la mort
de sa grand’mère, qu’elle s’imaginait voir revenir dans la clarté vive d’un
rayon solaire passant par un trou du plancher, fut tout à coup frappée de cé¬
cité, au point qu’elle ne pouvait discerner le jour d’avec la nuit, et que tout,
autour d’elle, lui semblait également noir, sans qu’elle pût recoimaltre la
' Cette dame est morte en 1842, d’une attaque d’apoplexie.
( 282 )
forme d'aucun objet. Eu meme temps les pupilles étaient très-dilatées, et il y
avait céphalalgie.
Je la vis dans cet état le deuxième jour, et j’ordonnai huit sangsues à l’a¬
nus, des pédiluves, la diète, le repos au lit : dès que les sangsues eurent
saigné, la vue commença à revenir, et quatre jours après il n’existait plus
aucun accident. Depuis celte époque, aucun trouble ne s’est manifesté du
côté des yeux.
J’ai lieu de croii-c que la méditation de ces faits, ajoutes à ceux qui
précèdent, pourra conduire à l’emploi rationnel des méthodes spéciales
qui coneeraent les différentes espèces d’amaurose.
Je terminerai par un fait où l’amblyopie arait, par suite de la sensi¬
bilité exagérée de l’œil, favorisé le développement d’une ophtbalmic ca¬
tarrhale. Le tout, ici, est de distmguer ramaïu-ose de l’ophthalmie inter¬
currente. 11 n’est pas diilicile de concevoir ce mode de complication, et
l’on doit se tenir en garde contre une erreur de diagnostic qui, en
trompant le malade sur son vérital)le état, pourrait conduire à InLsscr
exaspérer l’affection plus grave de la rétine, qu’il porte concomitain-
inent.
Obs. VI. Amaurose double, compliquée d’ophthalmie catarrhale; gué¬
rison .—Madame F., cinquante-cinq ans, propriétaire, demeurant à la campa¬
gne (Isère), sentait depuis longtemps sa vue s’affaiblir; cet état s’était ag¬
gravé surtout depuis quelques mois et l’incommodait beaucoup, lorsqu’elie
vint me consulter dans le courant de juin 1839. Elle est d’une constitution
sèche, mais assez bien conservée; la vue s’est tellement affaiblie qu’elle ne
peut plus vaquer aux occupations de son ménage: dos brouiiiards grisâtres
lui semblent envelopper les objets; l’impression du grand jour lui est de¬
venue pénible, elle ne peut supporter l’éclat du soleil ni celui d’un fou ai’-
dent; à la longue, les yeux sont devenus douloureux ; il y a actuellement
une double ophthalmie catarrhale; le grand air impressionne péniblement
la malade comme le grand jour; les pupilles sont contractées, très-mobiles,
du reste, mais irrégulières. La muqueuse, surtout aux paupières, est rouge
et injectée; il y a larmoiement; de plus, elle ressent dos pesanteurs sus-or¬
bitaires, quelquefois de la céphalalgie, des étourdissements, etc. Je diagnos¬
tiquai une amaurose congestive; ne regardant l’ophthalmie que comme une
complication consécutive, je soumis madame F. au traitement suivant ; pen¬
dant une semaine elle prit le malin des bouillons aux herbes; le troisième
jour quinze sangsues furent placées au fobdement; le cinquième, elle but
une bouteille d’eau de Sedlitz; une seconde médecine fut prise le douzième
jour. Je la mis ensuite à l’usage du petit-lait, et prescrivis tous les deux
soirs un bain de pieds à la moutarde. En même temps on pratiqusit quatre
fois par jour, dès le principe, des instillations d’un collyre composé de 15
centigrammes de sulfate de cuivre et 10 gouttes de laudanum sur 133 gram¬
mes d’eau de roses. Sous l’inQiience de ce traitement, l’opbthalmie catar¬
rhale ne tarda pas à disparaître, l’amblyopie elle-même diminua peu à peu,
s’effaça entièrement, une guérison complète fut obtenue. J’ai revu la malade
en janvier 1810, la vue était en bon étal.
( 283 )
Ces divers exemples me semblent suffisantspoiu’ éclairer les praticiens
sur la conduite à tenir dans les cil-constances analogues. Les principes
que je formule ici sont d’une application générale; je les ai développés
et discutés plus amplement datis un jMémoire spécial sur le ti-aitement
des paialysics, et en particulier sm- les indications à l’emploi des prépa¬
rations de sü-ychnbe et de noix vomique (Voyez Bull, de Thérap., mars
1840, t. XVni, p. 143). A côté des cas qui en réclament l’emploi, j’ai
pris soin de noter ceux qui doivent en contre-indiquer l’usage : c’est à
cette dernière catégorie qu’appai-tiennent toutes les observations qui
composent cette note. Mon but a été de différencier nettement ces deux
ordres de faits, dont la tliérapeutique doit êti-e aussi vai-iée que l’étio¬
logie.
Pétrequin.
CHIMIE ET PHARMACIE.
HOTE SUR LES PROPRIÉTÉS HÉMOSTATIQUES DU SEIGLE ERGOTÉ
ET DE l’eau de MOHTEROSSI.
En continuant mes recherches sm- l’action des sels les uns sur les
autres, envisagée au point de vue de l’art de formuler, je suis arrivé à
découvrir des règles générales relatives à l’absorption animale, dont j’ai
déjà communiqué les principales bases à l’Académie des sciences ; règles
générales dont j’aurai à déduire ppochainement les applications théra¬
peutiques qui en découlent.
Avant de parler de l’action hémostatique du seigle ergoté et de l’eau
de Monterossi, je rappellerai qu’il résulte de mes recherches que la plu¬
part des substances iiiti-oduites dans l’économie agissent chimiquement
siu- le sérum du sang, soit immédiatement, soit médiatement ; les unes
coagulent l’albumine que cettehumeiu- renferme; les autres, au contrair e,
la fluidilient. Dans la première classe, ou les coagulants, se trouvent
tous les agents toniques, astringents et hémostatiques; ainsi, la plupart
des acides minéraux, un gi-and nombre de sels métalliques, le tannin,
la créozote, le seigle ergoté, etc., font partie de cette classe,
La seconde classe, on les fluidifiants, renferme tous les agents véri¬
tablement diurétiques, un gi-and nombre d’altérants et d’excitants géné-
raïuc, etc.; ainsi la plupart des acides végétaux, l’ammoniaque et ses
sels, les iodures, suUures et chlorures alcaUns, et autres composés à la
base alcabne, etc., fout pai-tie de ce groupe de corps.
( 284)
Un fait bien digne de remarque, et que je crois fertile en applications
thérapeutiques, c’est que certaines sidjstances coagiüantes, au moment
où on les administre, rentrent plus tard dans la classe des fluidifiantes;
tel est, par exemple, le sublimé coiTosif; tandis que d’autres, qui n’ont
d’abord sur le sérum aucune action apparente alors qu’elles sont intro¬
duites dans la circulation générale, deviennent, quelque temps après
leur introduction, des coagulants très-marqués, et constituent une classe
de corps digne au plus haut degré de fixer l’attention des praticiens ; tel
est le seigle ergoté.
La connaissance des faits qui précèdent, outre qu’elle donne la clef
d’un grand nombre d’anomalies physiologiques relatives à l’alîsorption
animale, ouvre aux thérapeutistes une voie nouvelle, appelée à jeter le
plus grand jour stir le traitement des maladies. Ainsi, par exemple,
c’est à la classe des fluidifiants qu’il faudrait, selon moi, s’adresser pour
enrayer le travail plastique qui caractérise-le déhut de certaines affec¬
tions, telles (jue la phthisie et les scrofules; tandis que cette même classe
de corps, administrée à une époque plus avancée de la maladie, loin
(l’amener de l’amélioration, hâtera au contraii'e le travail désorganisa-
leur que l’on sait être l’indice certain d’une terminaison fâcheuse.
Seigle ergoté. Les propriétés hémostatiques du seigle ergoté étant
pour moi incontestables, c’est une des premières substances que j’ai sou¬
mises à nies investigations, et, ainsi que mes théories me le faisaient pré¬
voir, j’ai constaté, à ma gi-ande satisfaction, (pi’il exerce sur l’albumine
une action très-remarquable : au premier abord, l’action semble nulle;
puis il y a épaississement très-sensible, puis enfin coagulation réelle,
ayant cependant plutôt l’air d’une sorte d’organisation que d’une simple
coagulation. De là l’explication des effets physiologiques et thérapeuti-
(jues de l’ergot de seigle.
Que l’on ne pense pas que le champignon du seigle soit le seid qui ait
de l’action sur les dissolutions albumineuses : la fausse oronge {agaricus
pseudo aurantiacm) possède aussi un pouvoir coagulant des plus remar¬
quables. Enfin, je me suis assuré que le champignon de couche {aga¬
ricus erfitiis) jouit aussi de la propriété d’agir sur l’albumine, quoiqu’à
un degré incomparalflement moindre. En conséquence, je me crois au¬
torisé à penser que la plupart des espèces du genre agaricus et autres,
renferment une certaine proportion d’une sulrstancc agissant sur l’eau
albumineuse à la manière des ferments en général, et de la présure en
particulier.
Eau hémostatique de Monterossi. — Si mes données physiologiques
sont exactes, il devient évident que toutes les eaux hémostatnpies doi¬
vent faire partie de la classe des coagulants. Or, M. Guibourt ayant
( 285 )
donné dernièrement la formule de l’eau hémostatique de Monterossi, j’ai
dû me hâter de m’assurer, par la voie de l’expérimentation, si mes pré¬
visions théoriques étaient réellement fondées.
Voici tout d’abord la formule un tant soit peu bizarre de l’eau de
Monterossi, employée, dit-on, avec succès, contre toute espèce d’hémor¬
rhagies.
Prenez : Menthe poivrée (if/enifea pipm‘<a). . . 250grammes.
Balsamine {Momordka halsamina). . . id.
Herbe forte (7’eucrmmînarMm). id.
Calamiis aromaticus {Acorus calamus). . id.
Diclame de Crète {Origanum dictamus). id.
Catake (Nepete cataria) . 1,000
Pouliot {Mentha pulegium) . id.
Romarin (Rosmariniis ofjicinalis) ... id.
Sauge {Salviaojfiçinalis) . id.
Athanasie (Diotis candidissimd) .... id.
Eupatoire {Eupatorium canabinmi. . . id.
Sanicle {Sanicula europea) . id.
Mille-feuille {Achillea mille-folium). . . id.
Centaurée mineure (fîrÿ<hrcafe/i<ajtnwm). id.
Cyprès {Cupressus sempervirens). ... id.
Sumac {Rhus coriaria) . id.
Plantain (Plantagomajor et lanceolata). id.
Ortie {ürtica dioîca) . id.
Écorce de chêne (Quercus robur) .... id.
Racine de grande consoude [Sympkitum
officinale) . id.
Racine dehistorte {Polygonum' bistorta). id.
Racinedetormentille (l’orwienh'Haerecêa) id.
Bois de Campcche {Hœmatoxilum cam-
pechianum . id.
Poix noire. id.
Agaric blanc (Boletus laricis). ' . id.
Toutes ces matières, réduites en une poudre grossière, sont mises dans
la cucurhite d’un alambic, et arrosées avec une sufiisantequanlitéd'eau.
Après quarante-huit heures de macération, cette eau se trouvant ab¬
sorbée, on en remet une nouvelle quantité, et l’on clistiUe lentement jus
qu’aux deux tiers du liquide. I^e produit est l’eau antihémoribagique, que
l’on conserve dans des bouteilles bien fermées.
Si l’on veut rendre le médicament plus efficace, il faut distiller d’abord
( 286 )
]es substances jusqu’à siccité, et ensuite faire une .autre opération arec
les mêmes doses de substances, et en ycrsant l’eati hémostatique dans la
cucurbite pour faire une cohobation.
J’ai fait préparer cette eau, dans mon laboratoire, avec toute la
ponctualité désirable, mais en en supprimant l’athanasie, qu’il m’a été
impossible de me procurer. C’est im liquide légèrement roussâtre, d’une
odeur vive, empyreumatique, et d’une saveur fortement créosotée.
Prise à l’intérieur, elle cause un sentiment de gêne, une sorte de spasme
difficile à décrire; phénomène qu’elle emprunte sans aucun doute à son
action sur le sériun du sang ; car, de même que le seigle ergoté, elle ne
tarde pas à troubler l’e-iu albumineuse, et à y déterminer une quasi-
organisation. Tels sont les faits nouveaux qui me paraissent dignes de
quelque intérêt.
Mialhe.
Stm LES RÈGLES A OBSERVEE DANS LA PRÉPARATION DES TISANES.
La tisane est la boisson ordinaire des malades : c’estl’eau très-peu char¬
gée de principes médicamenteux; c’est l’agent par lequel on prélude à
une médication plus active; c’est enfin le moyen prophylactique et curatil
d’un gi-and nombre d’affections, d’une foule d’indispositions. On sait que
la diète, le repos, une boisson délayante,jtempérante ou émolliente, quel¬
ques lavements, un ou deux bains de pieds, une condition hygiénique
appropriée, suffisent, dans la[très-grande majorité des cas pathologiques,
pour ramener la santé à sou état prinJtif. On sait encore qu’à part le
besoin impérieux que tous les sujets atteints de fièvres, de pldegmasies
aiguës, éprouvent d’ingérer beaucoup de liquide aqueux dans l’estomac,
afin de tempérer la soif qu’ils éprouvent, d’adoucir la chaleur qui les
tourmente, il est dans les habitudes de toutes les personnes malades ou
simplement indisposées de boire quelques tasses de tisane dans la journée.
Un médecin véritablement praticien respecte toujours ces habitudes, y
condescend, fussent-elles inutiles. Il lui est prouvé d’ailleurs qu’une pa¬
reille médication emploie le temps du malade, l’occupe, trompe ou di¬
minue son appétit, lui persuade qu’il est traité. Ne l’est-il pas, en effet,
puisque, dans l’art de guérir, il est de précepte de ne rien faire d’actif
quand il n’y a rien d’actif à faire?
Malgré la définition que nous venons de donner de la tisane, de cette
boisson que nos pères préparaient a’cec l’orge, à lacpielle ils ajoutaient
quelques autres substances, et en particulier des fécides, de manière à en
faire tout à la fois un agent thérapeutique et un agent alimentaire ; mal¬
gré cette définition, qui annonce im médicament des plus simples dans
{ 287 )
sa composition, et des plus usuels parmi tous les autres, il ne sera pro¬
bablement pas hors de propos de rappeler ici quelques-unes des règles
générales que le pharmacien ou les personnes chargées du soin des ma¬
lades doivent suivre dans la confection des tisanes.
Les médecins doivent également connaître ces règles, ces modi fa-
ciendi, afin de ne prescrire que les plus simples possible, les plus fa¬
ciles à se procurer, les|plus promptes et les moins difficiles à faire. Ils
doivent savoir qu’avec une seüle substance, deux au plus, on prépare
une tisane. Ces liquides d’ailleurs agissent moins par les principes qu’ils
tiennent en solution ou en suspension que par l’eau qui les constitue et
qui SC trouve absorbée.
Le miel, le sirop de sucre de préférence au sucre, les sirops ou mel-
lites simples ou composés, la racine de réglisse coupée et écrasée, sont les
corps édulcorants des tisanes.
Quand une tisane doit contenir une substance très-active, le pharma¬
cien doit seul être chargé de la préparation; dans les cas contraires, on
peut l'abandonner à rintclligence des personnes qui entourent le malade.
Le médecin doit toujours êti'e dans le cas de s’assurer par le goftt,
l’odorat et la vue si la préparation a toutes les qualités (ju’cllc doit avoir,
si elle n’en a pas de désagréables, de nuisibles. Ces petits soins, minu¬
tieux en apparence, .sont ü-ès-importants sous plus d’un rapport. Bien
préparées, non désagréables, peu concentrées, presque transparentes,
exemptes de dépôt, de filaments, etc., les tisanes sont bues en abondance,
et leur action médicatrice, ou plutôt leur effet prophylacticpie, est plus
probable, plus assuré. Depuis longtemps ce fait pratique ne fait plus doute
dans notre esprit, et depuis longtemps aussi nous avons eu mainte fois
la preuve que, dans les hôpitaux par exemple, la majorité des malades
jettent dans leur vase de nuit ou ne prennent pas les boissons dont la
saveur, l’odeur, la couleur, l’aspect, etc., leur paraissent désagréables.
Heoreux encore quand leur aversion, leur répugnance ne va pas plus
loin!
Les attentions, toutes pratiques, nous le répétons, toutes médicales,
de constater les bonnes quabtés physiques et chimiques des tisanes, doi¬
vent se porter sur tous les médicaments. Le médecin devrait toujours (il
le peut quelquefois) pouvoir être à même de reconnaître la bonne confec¬
tion des préparations pharmaceutiques. Nous disons denrait, car on
n’aimait pas eu à déplorer, on n’aurait plus à redouter les accusations
fausses portées sur l’instmction, le scrupule et la loyauté de telle ou telle
officine. Mais revenons an but de cette note, aux règles à observer dans
la préparation des tisanes.
I^es tisanes se font avec les racines, les tiges, les feuilles, les fleurs, les
( 288 )
bom-geons, les fi'uits et les semences des végétaux. Quelques-unes se pré¬
parent avec des substances animales (ce sont les bouillons médicinaux).
Enfin il y en a que l’on rend plus actives par l’addition de epielques
produits minéraux, salins ou autres. Cette énumération indique de suite
une grande hétérogénéité de composition parmi les substances qui font
la base des tisanes, et nécessite par conséquent différents modes de trai¬
tement ou de préparation. Six opérations principales sont employées en
pbannacie pour enlever aux sidrstances natm-clles ou aux produits clii-
miques les principes actifs qu’ils contiennent. Ces opérations sont : la
décoction, l'infusion, la macération, la solution, la digestion et la
lixiviation. Les cinq premières surtout sont applicables à la prépara¬
tion des tisanes.
Qu’on ne pense pas qu’un article .sur les tisanes soit déplacé dans un
journal qui s’adresse aux praticiens. Nos tableaux , basés sur l’analyse
cliimique des substances, redresseront, nous en sommes sûr, un certain
nombre d’erretirs, corrigeront certains usages. Notre expérience nous
a appris <{ue beaucoup de médecins sont embarrassés lors(ju’il s’agit de
déterminer si telle ou telle plante, si telle ou telle racine doivent être
traitées par décoction ou par infusion ; que très-souvent ils font bouillir
ce qui ne doit être qu’infusé, ce qui, dans certains cas, a quel(|ue im¬
portance pour la médication suWie. Or, sans recbcrclier des détails
disséminés dans les fornudaires, les tableaux synoptiques suivants indi¬
queront, d’un coup d’œil, la conduite qu’il faut tenir.
1° On traite par- décoction les produits végétaux suivants :
Les racines L’orge gerniée ou malt. de morelle,
de Colombo', Le pain. de mercuriale,
de nympbæa, Le lichen d’Islande '. les écorces
de gayac % Le seigle ergoté de buis,
de consoude, Les dates. de garou,
d’ipécacuanha'. Les jujubes. de saule,
dejalap, Les ligues. de quinquina’,
decaînea*. Les feuilles fraîches de chêne,
de chiendent’, de chicorée, de sureau (deuxième),
de pjrèthrc, de laitue, de racine de grenadier,
de fougère mâle. de bourrache. Les coings.
Les substances animales. de belladone. Les pruneaux.
Le café cru ’. de jusquiame. Les pommes.
Les glands. de stramonium. Les nobi.
Les fécules. de tabac, l.es raisins de eais.se.
L’orge mondée*. d’oseille,
' Dans les cas de dyssenterie. — ’ Décoction prolongée. — * Dans les cas de dyssen-
lerie. — 'Décoction précédée de la macération ou de la digestion. — 'Jeter le pre¬
mier décoctè. — ‘Comme fébrifuge. — ’ Comme fébrifuge. L’addition d’un acide mi¬
néral quelconque assure la propriété fébrifuge. — • On jette le premier décodé. —
’ Comme léger émollieni, dans les rhume.', les catarrhes. — L’infusion peut égale¬
ment être employée.
( 289 )
2“ On traite par infusion les produits végétaux suivants :
de Colombo
de chicorée,
de parcira,
d’asperges,
de bardane,
de valériane,
de patience,
de polygala,
de bislorle,
de ratanhia,
d’année,
de simarouba,
de gentiane,
de sassafras,
d’ipécacuanha",
de gingembre,
do raifort sauvage,
de cabaret,
de serpentaire de Virginie,
de salsepareille
de saponnaire,
d’iris de Florence,
d’angélique,
de rhubarbe S
de réglisse.
Cacbou.
Café torréfié.
Têtes de pavot*.
Coloquinte.
Buis.
Badiane.
Carvi.
Fenouil.
Coriandre.
Cardamome.
Pliellaudrie.
Baume de toln.
Tamarin.
Poivre de cubêbe.
F.spèces béchiques.
— vulnéraires.
— vermifuges.
— aromatiques.
Cinq racines apéritives.
Housse de Corse.
Les feuilles fraîches
de cresson,
do cochléaria,
de chou rouge.
Les feuilles sèches
de saponnaire,
de ciguë,
d’oranger,
de chicorée,
d'absinthe,
de Sabine,
d’armoise,
de fumeterre,
d’hysope,
de rhus radicans,
de digitale,
de séné,
d’origan,
de ealament,
de bourrache,
de belladone,
de jusquiame,
de stramonium,
de tabac,
de mercuriale,
de morelle,
de dictame de Crète,
de thym,
de stoechas.
de marrubc blanc,
de lierre terrestre,
de mentlie,
de romarin,
de lavande,
de sauge.
Les fleurs
de camomille,
de violette,
d’oranger,
de houblon,
de guimauve,
de bourrache,
de coquelicot,
de safran,
de bouillon blanc,
de roses rouges,
— pâles,
de mélilot,
de petite centaurée,
dîœillet rouge,
de pensée sauvage,
de pécher,
de giroOe,
de sureau,
d’bypérienne,
de chèvrefeuille.
Écorce d’orange.
— de citron.
— de quinquina.
— de cannelle.
Baies de genièvre.
Germes de peuplier.
Bourgeons de sapin.
Colchique.
Ail.
Oignon blanc.
Scille.
3" On traite par macération, précédée de la contusion, les végé¬
taux suivants :
Bacinc de Colombo. — de guimauve. Feuilles de mauve.
— de nymphœa. — de réglisse. Berberis.
■ Comme tonique. On peut le traiter également par macération. — ’ Comme vomitif.
— * L’usage a prévalu. On traite généralement la salsepareille par décoction. — • En
ajoutant un peu de carbonate de potasse â la liqueur, on dissout une plus grande
quantité de partie résineuse, et on augmente la propriété tonique et purgative. — ■ 11
faut jeter les semences. — *11 faut passer la liqueur à travers une chausse de laine,
afin d’enlever les parties provenant de l’aigrette et qui a’altachenl â la gorge.
TOME XXIH. 8' Liv. lit
Groseilles.
Grenades.
La graine de lin.
La mousse de Corse.
Feuilles de guimauve.
Oranges.
Citrons.
Baies de sureau.
— d’jèblo
— de nerprun.
4° On traite par solution les produits suivants :
Aeides végétaux. SubslaHéés satinel. Mannes,
— minéraux. Gommes. Miel.
.5“ On traite par digestion, suivit: dë là 'd'ecDctien, les produits vé¬
gétaux suivants :
Gayac. CàThéâ.
Ces tahleailx syiiopliqucs, renferhiàiit, comme on le voit, le nom des
substances le plus généralement administrées sous forme de tisane, se¬
ront, nous respérolis, d’une grande utilité, non-seulement polir tous les
ieunes pràlicieiis, inais encore pour tpielques-uns parmi les plus anciens.
Chacune des substances ci-dessus énumérées, devant scndr à faire mie
tisane, doit être mondée ou lavée, privéë jdës corps étrangers qtii peu¬
vent lui être adhérente ou mélangés; elle doit encore être divisée à l’aide
du couteau, des ciseaux ou du mortier (les fleurs exceptées), afin d’offrir
plus de surface à l’action du liquide qui doit agir siu- elle.
Les tisanes sont clarifiées, soit par filtration, quand ce ne sont que de
simples solutionSj soit en les passant à travers un linge de tdile ou dé
laine, soit eitriri par le repos et la décantation, quand ce sont des décoc-
tés, des infusés, des macératés.
La température à laquelle on doit adiiliifistrcr la tisane est la tempé¬
rature froide, celle de la glace fondante, quand les sujets sont atteinte
de violentes inflammatioiLs autres que celles des voies de la respû atioh ou
de la pël’spiratidh tUtàhée, quand la chàlfelit de l’atmosphère est forte et
brûlante, que l’on veut faire cesser des vomissements spasmodiques,
donner du ton à toute l’économie, etc. On donne les boissons tièdes dans
les cas où il faut accélérer les fonctions exhalantes de la peau, des bron¬
ches, de l’appareil luinairc.
Quant à la quantité de tisane à donner dans la journée, elle dépend
de la soif ressentie, de l’idiosyncrasie du malade, de la natiu'e de l’affec¬
tion. Un liti’e de liquide suffit ordinairement pom’ les vingt-quatre heu¬
res; mais il y a des malades qui en consomment jusqu’à trois et ciiuj. ün
l’administré par petites (juanlités à la fois : ces quantités sont plus ou
moins souvent répétées.
F. Foy.
( mi )
CORRESPONDANCE MÉDICALE.
1.4 VIEILLESSE SiE CONTBE-IWDIQUE 1>AS LES OPÉBATIONS DE CANCEES.
Je ne sais pourquoi l’on à écrit, dit bt répété que l’opération dd cttu-
cer chez les vifeillârds ne réiississaitpasj qu’elle les précipitait plus vile
vers la tonibe. Aux nombreuses observations qui existent déjà jpour
prouver le contraire ^ j’ajoutel’ai quelqües réflexions et quelque nouveaux
exemples.
Obs. I. Le nojhmé Qiiilu (Sébastien), dit Dondainb, propriétairej âgé
de soixante-douze ans, était d’une constitution robuste^ d’un fempératnettt
sanguin j grand fuirieur de professionj et avait tolijours à là bdnclie hne
de CCS grosses pijies à tuyau court qü’bn appelle brûlot^ pipe vraiment
funeste^ et à aquelle tant de cancers des lèvres doiveht leur origine. De¬
puis environ quatre ans, Qnilu portait sür la lèvre inféiieure, du côté
de la commissure gauche, une tumeur dure; calleuse-, indolehte, d’un
blanc grisâtre tirant un peu sur le bleu, qlii resta stationnaire jusque
daiis le courant de l’année 1831. A cette époque la conStitutidn dit ma¬
lade s’altéra profondément. Une doldeur lancinante se réveillant dàlis
la partie malade, obligea le fumeur à placer sa pipe de l’autre côté de la
bouche. Peu à peu le squiiehe devint gros; dur; et forma une substance
cornée de couleur x iolette, qui tombait en desquammation, Iburnissant
en iliême temps par son céntre un pus fétide el sanieux. En piésbncb dé
la gravité du lHàl qui l’empêchait de fiimcrj Qitiln essaya inutilement
plusieurs topiques cbnseillés par des commères ; mais Ife cancer fit des
progrès rapides ; les lèvres devinrent livides; blafardés; et furent le siégé
d’une suppuration abondante.
An édmmcncement de l’année 1832, le malade se décida à subii- l’o¬
pération. A cette époque le cancer avait envahi presque tonte la moitié
de la lèvre inférieure, et tendait à se diriger vers le mbnton; où déjà le
mal àxait poussé quelques racines; aussi les veines y avaient-elles grossi;
leur couleur bleue se dessinait parfaitement. La physionomie de Quiln
exprimait à la fois la souffrance et le désespoir. Attaché à la vie, et en¬
silant se débarrasser d’une affection si cruelle, il sollicita lui-même l’d-
pération, qu’il ne voulait pas seulement remettre à huitaiile. Elle fiit
faite : il là suppbrta avec courage et résignation et sans pousser un soupir.
Ce fut l’incision en V que j’adoptai, fce procédé pai-àissant le mieux
seconder mes vues. Les deux bords de la plaie furent réunis, doit pas
avec la suture entortillée, tîcs inconvénients de laquelle j’ai été plusienbs
( 292 )
fois témoin, mais avec des bandelettes agglutinarives, qui atteignent
parfaitement le but ; pour cela, il faut avoir soin de bien attirer la peau
des joues, qui par sa texture même est trcs-élasticpie, très-extensible,
afin que la lèvre opérée ne soit pas tiraillée, que les deux bords de la
plaie maintemis rapprochés puissent suppurer et se coller ensemble. Le
malade garda le lit quelques jom's, s’abstint de rire et de parler, il
prit du bouillon et de la tisane à l’aide d’im biberon. Malgré l’âge ax'an-
cc de ce sujet, l’opération a chez lui très-bien réussi; dix .ans se sont
écoulés depuis, et il n’a cessé de jouir d’une parfaite santé. Les lèvres
n’offreiit rien d’anormal, quoiqu’il ait fumé et qu’il fume encore de temps
en temps des cigarettes. D’après mes conseils, il a eu la prudence de re¬
noncer à son fatal brûlot, et il x'eut, si cela est possilde, pousser encore
plus loin sa longévité.
Obs. n. Catherine Rilllard, née Ardigier, âgée de soixante-onze ans,
portait depuis dix-huit mois un ulcère cancéreux à l’aile droite du nez,
qui|, gagnant vers la joue, commençait à s’étendre en profondeur et en
circonférence. Les bords de l’ulcère étaient déchirés, squirrheux, ren¬
versés , douloureux ; de son centre, ouvert à pic comme un bubon véné¬
rien, s’échappait une sanie âcre et fétide. Je crus pouvoir arrêter les
progrès du mal par l’application des pâtes caustiques, quelquefois
utiles en pareilles circonstances ; la poudi'e arsenicale de Dupuytren,
appliquée le 18 mai 1834, sembla produire de l’amélioration par la
chute d’une escharre qui donna à l’ulcère un aspect assez satisfaisant;
mais quelques mois après le mal se raxiva de noux eau ; des fongosités
blafardes, lardacées, vinrent attester que le virus cancéreux n’était
point déb-uit, et que l’extirpation était indispensable. Elle fut proposée,
acceptée avec répugnance, ajournée au 16 août, où elle fut pratiquée avec
le bistouri promené circulairement autour de l’ulcère rongeant. La plaie
fiit pansée simplement avec du cérat et de la charpie. Le quatrième joui- le
milieu était d’une belle couleur- rose, et des bourgeons charnus s’élevaient
avec un bon aspect. Le cancer n’était pas profond, et ne portait guère
ses ravages que dans l’épaisseur du derme ou tout au plus du tissu cellu¬
laire superficiel ; mais si nous l’eussions laissé gagner plus avant, le nez
aurait peut-être été détruit en entier, conune nous en avons en ce mo¬
ment des exemples sous les yeux dans les pei-sonnes de la veuve Pic et de
Jean Cure, qui n’ont jamais voulu se soumettre à l’opération, à cause de
leur âge, disent-ils. Us se sont bornés à quelques caustiques, qui non-seu¬
lement ont échoué, mais ont exaspéré le mal. Aiq’ourd’hui ils traînent
une existence pénible, et leur ulcère carcinomateux inspire à tous le dé¬
goût. L’observation suivante est peut-être plus curieuse que les précé¬
dentes.
( 293 )
Obs. in. La nommée Daudet (Marie-Amie), veuve Véray, rentière,
âgée de 79 ans, ayant été rarement malade dans le com-ant de sa vie ac¬
tive et laborieuse, vint me consulter, le 5 mars 1842, pour savoir
les moyens qu’elle poun'ait mettre en usage pour se délivrer d’une
grosse verrue saignante qu’elle portait depuis bientôt trois ans sous toute
l’étendue de l’œil gauche ; verrue, disait-elle, qu’elle n’avait encore
montrée à aucun médecin, et contre laquelle elle ne voulait rien faire
sans avoir mon avis, etc. La vieille rusée me débitait un mensonge, car je
savais de bonne source qu’elle avait déjà consulté plusiem-s empûiquesqui
avaient employé chez elle quelques topiques impuissants. Deux confrères
l’avaient aussi visitée ; l’un d’eux avait essayé quelques causfrpics, l’autre
ayait jugé l’opération nécessaire et ne l’avait pas pratiquée. D’autres en¬
fin lui avaient assuré que son âge, le siège du mal, son ancienneté, ren¬
draient toute tentative inutile, dangereuse même. Le physique et le mo¬
ral de cette femme se trouvaient profondément accablés. C’est sous
la pénible impression de ces divers pronostics que Marie Véray vbit im-
])lorcr mes conseils. Sacliant qu’elle était décidée à se livrer aux mains
d’un charlatan si je ne lui donnais pas de bonnes raisons, je ne la laissai
pas sortir-de mon cabinet sans conclure quelque chose. Mon premier soin
fut de la rassiu-er, mon second de conseiller l’opération comme la seule
ancre de salut. Elle s’y décida, et je la pratiquai le même jour.
Le squirrhe de la veuve Véray offrait bien le caractère de ceux que
les anciens appelaient crafte. A la suite d’une ophthalmie chronique qui
avait duré plusieurs mois, il s’était manifesté une petite excroissance sous
la paupière inférieure ; la malade y avait fait peu d’attention, elle l’a¬
vait même écorchée plusieurs fois avec scs ongles. Peu à peu la tumeur,
ainsi violentée, avait acquis de l’importance ; on l’avait brûlée, mais la
carrtérisation, imparfaite sans doute, n’avait servi qu’à redoubler l’éner¬
gie du mal, qui avait dégénéré eh noii «te tangere.
Le 5 mars 1842, jour de l’opération, le cancer s’étendait depuis la
pommette jusquevers le nez, compromettant une partie de la joue. U éga¬
lait le volume d’un petit œuf de potrle. Le globe oculaire était refoulé.en
haut, et la paupière cessait de le couvrir ; des larmes involontaires s’é¬
coulaient à chaque irrstant ; la vue était incomplète, trouble ; la malade
ne pouvait regarder en bas sans baisser la tête. Du centre de la tumeur
carcinomateuse découlait un ichor abondant, sanieux, infect, qui exco¬
riait la partie de la joue sur laquelle il coulait, et y produisait, par son
âcreté, de petites phlictènes qui allaient jusqu’au menton. La figure était
décomposée, le teint pâle, Uvide.
L’opération était indiquée urgente, indispensable ; voici comment j’y
procédai. Ayant saisi et soulevé la tumeur avec des pinces à dissection,
[ 204 )
je la détacl^ai par deux coups de bistouri ; le tissu en était dur et criait sous
l'instrument. La dépei-dition de substance fut considérable. Il y eut tine
foi'te bémorrhagie par les reines et les artères palpébrales ; je m’en
rendis maître cependant sans recourir à la ligature. Pour cela, après aroir
inutilement mis à contribution le nitrate d’argent, j’employai une pou¬
dre composée de gomme kino, de gomme arabique et d’extrait sec de
ratanhia. La plaie fut bien saupoudrée avec cette poudi’e faite très-fine,
et par-dessus j’appliquai de la râpurc de vieux linge, que j’imbibai de
temps en temps avec de l’eau qui tenait en suspension de la magnésie
calcinée ; de celte façon, il se forma là un mastic très-dm’, au-dessus du¬
quel j’établis des bandes circulaires passant autour de la tète et exerçant
une compresion convenable. L’appareil resta fixé quatre jours, an bout
desquels il fut enlexx. De petits bourgeons charnus s’étaient déjà déve¬
loppés, mais ils n'étaient pas de bonne nature; poiu'les ilétruiro, je me
.servis de la pondre de Rousselot, composée comme on sait de sulfure de
ineraire, de .sang-dragon et d’oxyde d’arsenic. Cette poudre escharfo-
tique fut appliquéo.sur du cérat, et maintenue au moyen de la charpie
mollette. Vingt-quatre heures après l’effet fut produit, mais non pas
sans de vives donleius. Plusieurs fois la malade fut sur le point d’arra¬
cher l’appareil pendant la nuit. Une lar ge espharre, car tel était mon
projet, fut fqrmée : je la laissai suppurer' et tomber d’elic-même. La
nouvelle chair fut bonne. Tous les deux ou trois jours les boitrgepus trop
mpus furent réprimés ayee la pierre infernale, de manière à fah'c tra¬
vailler les chairs uniformément. Le 10 avril 1S42, Marie Véray, très
hicit guérie, venait me remercier de mes soins ; on ne se Int pas douté
qu'un mois et quelques jours auparavant elle portait un eaupcr aussi
diObrrne. Toirt le monde a été étonné d’une guérison aussi rapide, «pu a
débarrassé cette femme d’une plaie repoussante poiu' tons. ■Aujour¬
d’hui, sept mois sont passés, et tout porte à croire que le caqcer ne se re¬
produira plus.
J’ai cru que ces observations pourraient figurer dans votf e journal, es¬
sentiellement pratique ; elles prouveront une fois de plus que la vieillesse
ne contre-indique pas l'opération du cancer, et que l’on peut, au con¬
traire, la pratiquer avec succès dans les circonstances analogues à celles
que je rapporte. A. MmuEi,, D. M.,
4 Barbeelape (gaHohes-dg-ntiApc).
UN mot sur use ÉProÉMIE DE SUETTE MILIAIRE.
Depuis le commencement de jpin IfiA? Ü U PilfU dqns le dépavtcment
de la Gbarcnte-Inféi'iem'e, et partjadièieuicpt 4at»s |g cpifpnijue dp Saint-
( *295 )
Cicrs-Champagne, ime épidémie de suette miliaire. IjCS symptômes et la
marche de eette affection, qui se montre pour la première fois dans cette
conti-ée, sont tels qu’ils se trouvent décrits par les aiitem-s anciens et par¬
les médecins modernes.
La maladie débute ordinairement d’une manière brusque : elle va sai¬
sir les habitants dé la campagne au milieu de leurs ti-avaux ; elle s’an¬
nonce tout à coup par un violent mal de tête accompagné souvent de
vertiges, par une douleur profonde dans la région éjiigastrique, qui se
fait sentir quelquefois juscpie dans l’abdomen ; par une faiblesse excessive
dans les extrémités infériciji-es, par une sueur très-forte. Les malades
sentent le besoin de se tnettre au lit : alors la sueur augmente con¬
sidérablement, au point d’obliger à les changer de linge dix fois^
quinze fols et vingt fois meme par jour ; bientôt après se manifeste une
éruption miliaire des plus abondantes, de petits boutons blancs, quel¬
quefois rouges à leur base, mais toujours saillants et offrant à leur som¬
met une petite vésicule remplie d’une sérosité roiissàtre ; la soif est des
plus vives, la bouche est amère, la langue large, blanche, couverte d’un
enduit blanchâtre et muqueux ; la fièvre est peu intense.
Tel est en général l’état de la maladie telle que nous l’avons obscivée à
son début, |pr.squ’elle q’offre aucune gravité; mais, dans les cas sérieux,
les S 3 miplümes présentent beaucoup plus d’intensité. Lorstjue la réaction
s’établit, que la sueur et l’éruption veulent se développer, le malade
ressent une oppression extrême, une anxiété précordiale, accompagnée
quelquefois de violentes palpitations qui l’obligent à sortir du lit ; le
délire survient, l’agitation est extrême, la fièvre est forte, et le malade
succombe dans les vingt-quatre ou trente-six heures, offrant tous les
signes d’une congestion cérébrale et pulmonaire.
Le traitement que nous avons employé avec succès, et que nous em¬
ployons encore, consiste dans l’administration, dès le début, d’une tisane
légèrement sudorifique de bourrache et de fleurs de sureau, continuée
du commencement à la fin de la maladie, puis dans un léger purgatif,
qui a été chez mes malades l’huile de ricin ; dans quelques cas, j’ai donné
un éméto-carthartique. J’ai remarqué que tous mes malades, qui ont été
au nombre de soixante, ont éprouvé un soulagement réel et immé¬
diat du purgatif : il a enlevé chez eux le sentiment de gêne et d’em-
ban-as, si incommode, qu’ils éprouvaient à l’estomac. Je me suis très-
bien trouvé, chez les sujets menacés de congestion au cerveau où aux
poumons, des révulsils sur les membres inférieurs : les cataplasmes sina-
pisés et les vésicatohes aux jambes sont pan'cnus à déplacer souvent le
mouvement fluxionnaire qui se portait sur ces organes importants.
La durée ordinaire de la maladie a été de dix à douze jouis ; rarement
( 296 )
elle s’est prolongée jusqu’à la lin du second septénaire. Alors la fièvre
cesse complètement, l’appétit commence à revenir, les forces se relèvent,
la sueur diminue sensiblement, et enfin la période de desquammation
arrive.
C’est particulièrement, comme nous l’avons dit, dans la commune
de Saint-Ciers-Gbampagne que l’épidémie a fait irruption. Le rayon
qu’elle occupe n’est pas très-étendu : il comprend vingt-cinq à trenle
villages assez agglomérés, situés dans un bas-fond, dominé de tous
côtés pai- des coteaux et des forêts, planté de bon nombre d’arbres de
toute espèce. Il n’existe dans cette locabté ni dans ses environs aucune
cause d’insalubrité au moins apparente ; on n’y remarque ni étangs, ni
marais, ni rivière; le sol y est ti’ès-fertile et l’agricidtiu-e y est très-
florissante.
Du reste, la suette miliaire qui règne en ce moment (25 juillet)
n’affecte point de prédilection pour l’un ou pour l’autre sexe ; elle s’at-
taclie de préférence aux fortes constitutions : c’est là qu’elle a choisi le
plus grand nombre de ses victimes. Les vieillards et les enfants ont été
généralement épargnés. Sur nos soixante malades, six ont succombé.
J. Geneoil, D. M.
h Jonzac (Charente).
EECTIFICATION AU SUJET DE tA FALSIFICATION DE LA CODÉraE.
Aluicz-vous, mon cher confrère, la bonté de dire que, des deux
falsifications que j’ai signalées demièrement, celle qui a trait à l’hydi-o-
sulfatc de soude doit seule être rapportée à M. Paton. La substitution de
la codéine ne doit nullement lui êü'e imputée, comme j’ai regret que
quelcpies personnes l’aient pensé d’après ma phrase. L’auteur de cette
fraude coupalde m’est totalement inconnu, ainsi que je l’avais, du reste,
fonncllement déclaré à la Société de pharmacie.
J’ajouterai que M. Paton'afBrme que l’impureté de son hydrosiüfate
de soude ne tenait rpi’à ce que la soude caustique, qui avait servi à le
préparer, n’avait été (involontairement) que très-imparfaitement décar-
bonatée : explication qui n’a rien d’impossible et |que j’admettrai volon¬
tiers, mais en me r&ervant toutefois le droit d’engager son auteur à
mieux surveiller, à l’avenir, les produits qui soitiront de sa fabrique.
Mialhe.
( 297 )
BIBLIOGRAPHIE.
De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques
et pathologiques , par A. Brierre de Boismont. —■ Ouvrage
couronné par l'Académie de Médecine.
Il est peu (le sujets tpii aient proToqué autant de travaux (pie celui
qu'a traité iciM. Brierre de Boismont : l’impoilance de la menstruation,
considérée coniuie fonction physiologique, les désordres vaiiés qu’elle
peut présenter, les atteintes funestes (jue l’organisme peut recevoir de ces
désordres (piand l’art ne vient point les faire cesser, ont du tout d’ahord
conduire l’auteur à soulever’ les questions les plus intéressantes sur l’his¬
toire (le cette fonction. Ces questions surgissant partout et à propos de
tout dans notre science, elles ont clù recevoir des solutions)bien diverses,
suivant le point (le xvie théorique auquel les auteurs se sont successive¬
ment placés. Pénétré de cettc)dernière idée, et voulant apporter ici la ri¬
gueur des sciences modernes, M. Brien-e de Boismont a fait un grand
usage (le la statistique dans son beau travail. Plusieurs fois déjà nous
nous sommes élevé contre l’emploi irrationnel qu’on a fait de cette mé¬
thode en médecine, en l’applitptant à la solution de (piestions qui ne la
comportaient pas, et nous avons surtout fortement insisté sur la nullité
absolue des résultats, quand ceux-ci n’étaient point l’expression d’un
grand nombre de faits, inteiprçtés suivant les règles d’une critique rigou¬
reuse. Beaucoup de faits qui se rattachent à l’histoire physiologique de la
menstruation appellent naturellement l’emploi de la méthode statistique.
L’iuiteur a parfaitement compris la nécessité de la double condition que
nous venons d’énoncer, poim assurer la valeur des résultats, et y a large¬
ment satisfait en général. Les points principaux que M. Brierre de Bois¬
mont s’est efforcé d’élucider par l’emploi rigoureux de cette méthode,
sont ceux-ci: A (piel âge la menstniation s’étaWit-elle dans nos con¬
trées? Quelle est la dm-ce de la vie utérine? Quelle est l’époipie de la
ménopause? Quelle inlluence les constitutions, les localités, la couleur des
cheveux et la taille exercent-elles sur la menstniation? Toutes ces questions
n’offrent certainement pas toutes le même degré d’intérêt, mais leur so¬
lution mérite de trouver place dans la science. Avant d’aller plus loin,
nous ferons ici une comte ob.ser\ ation qui ne s’adresse pas à M. Brierre
de Boismont seulement. Qu’entend-on dire par l’influence (pie la couleur
des chet eux, la taille, la longueiu’ des cils, la coloration de l’iiis, etc.,
exercent sur la constitution de l’homme, sur telle ou telle fonction, ou
sur le développement des maladies? En vérité, cette influence est bien
{ 298 )
facile à déterniinei-, car elle est évidemment nulle. Est-ce parce qn’nn
individu a les cheveux blonds ou d’un noir d’ébène, parce qu’il a des
yeux noirs ou bleus, des cils fort longs, etc., qu’il :est devenu phthisi¬
que? Non, sans auciin doute ; niais le vjee constitutippnel qui fait genner
à qne époque donnée les tubercules dans les divers organes, est l’in¬
fluence qui imprime en même temps à 1^ constitution Jes cai'aclères qui
la spécifient. La couleur des cheveux, de l’iris, la dimension des cils,
n’exercent pas plus d’influence sur les maladies, que la forme hippo¬
cratique des ongles n’en exerce sur le dés cloppement des tubercules
pulmonaires ; l’un et l’autre sera l’expression d’une constitution parti¬
culière. Nous savons bien que dans l’espiit dcM. Bricn’c de BoLsmont
les choses sont ainsi conçues, mais il faut convenir au moins que la
(jucstion est mal posée ; nous lui demanderons la permission de le lui
l'aire remartpicr. Nous n’indiquerons point les solutions intéressantes
auxquelles l’auteur est arrivé sur ces diverses (piestions, cela nous con¬
duirait trop loin; nous renverrons à son livre, on l’on trouvera sur tous
ces points science réelle et judicieuse interprétation.
Nous passons immédi.atemcnt à une partie.plus importante encore de
l’ouvrage, celle où la menstruation est étudiée du point de vue de la
pathologie. Ici, les questions qui intéressent le plus vivement la prati([ue
sont tour à tour agitées. Parmi ces questions, nous indi(|uerons comme
ayant plus spécialement fixé notre attention celle qui est relative à
l'intluencc que les règles exercent sur les maladies, puis celle qu’à leur
toiu’ les règles reçoivent de celles-ci. Sur la première question, M. Brierre
de Boismont résunic ainsi les faits nombreux où il a puisé l’élément de
son travail : l’influence des menstrues sur les maladies est avantageuse,
nulle, ou défavorable. Cette conclusion, cqmmc'on le voit, ne peut guère
guider le praticien auprès du lit des malades. Cependant, sur ce point
scabreux de pratique, il pose quelques règles générales que nous croyons
sages, et que nous allons reproduire en partie en laissant parler l’au¬
teur ; « Il y a cependant des règles qui ont pour elles la sanction de
l’expérience. La maladie est-elle grave, compromet-elle les joims de la
patiente? il ne faut pas balancer ; on doit, dans ce cas, l’attaquer éner¬
giquement par les moyens indicpiés ; ce serait une imprudence extrême
de s’en rapporter aux efforts de la nature médicatrice. Si la femme est
atteinte d’une phlegmasie locale, d’une pneumonie, par exemple, il faut
saigna’, quand même les règles couleraient ; car l’obsenation a montré
maintes fois qu’alors elles venaient plus abondamment, et qu’il en résul¬
tait souvent une amélioration notable. » Ceci n’est point particulier à
la pneunmnie et à la saignée. Plus loin, l’auteur, qm semble atüilnier
une grande efiicacité à l’emploi de l’éanétique à dose vomitive dans les
( 299 )
violents accès de dyspnée, dont la cause organique réside dans un em¬
physème pulmonaire, ne se laisse point arrêter dans l’emploi de ce moyen
par la préspnee des règles. Ça été là, en effet, la pratique des médecins
les plus illustres. Tels sont de Hacn, Vauswieten, Sydenham, Stoll,
Fr. Hoffmann. G’est encore aujourd’hui,'dans des limites pinson moins
étendues, la pratique des médecins les plus sages. Quant à l’influence
que les maladies exercent à leur tour sw les règles, elle peut se rattacher
aux ti-ois chefs suivants : elles les dérangent, les diminuent où les suppri¬
ment. Suivant les cas, suivant les indications, il faut agir sur la fonction
tfpuhlpe, PU bien ne point s’eu occuper, car on le ferait en vain 5 ou bien,
à supposer qu’pn réussît, ce serait un résultat précaire et sans influence
sur la maladio qni commande cet accident. Tout ceci, nous le répé-
tmis, est de la bonne science et de la bonne pratique tout à la fois. Des
livres de la valem’ de celui de M. de Boismpnt n’éclosput point tous les
joins sur le terrain en apparence si plantm-eux de la médecine. Le pu¬
blic confirmera, npus en sommes sftr, la distinction bonpiable dont cet
ouvrage a été l’pbjpt dp la part de l’Académie.
HOPITAUX.
De l’emploi de l’emplâlre de Vigo curp, tperpwrta dans les affec¬
tions SUPMlitiques de la peau. —M. Émeiya eu la pensée d’utiliser
les propriétés réspli)tives et spécifiques de l’empjâtrc dp Vigo cum mer-
cipio dans quelques fomes de syphiljdcs. Il a voplq voji' si, sans aucun
traiteipeqt intéricqr, rqctipn de cette médication serait assex puissante,
d’abord, pour flifldificr localement le mal, ensuite, pom- imprimer à l’orr
ganisme lui-même, par l’absorption des moléculps tpereprieUcs, pnq
modification suifisante dans le sens de la cnratiop dp l’infection ponsti-
tntioppellp. f.'ps résultats ne sont encore ni assp? nombreux, ni assez
complets poim qu’on puisse établir rjen d’absolument ppsitjf ; néanmoins
i|s Sfipt purjpux, ponune op va le voir, pour mériter une attention sé¬
rieuse de la part des praticiens, et pom' faire considérer, en tout cas,
cp topiqqe potpm® P** adjnvant ptile daps des cirponstances déterminées.
Les formes de syphilides. sip- lesqneljps M. Épipry a appliqué l’emplâtro
de Yigosqnt : la lubercnleusp, la papuleuse, I 3 pustulense, la bujlense et
l’nlcéreusc; jl no l’a pas eipi>loyé dans Ipsformos sqnammeuses ni vési-
culpuses, à caqsc de Icqr peu de graYrt® » "i dab® la ^bilido secpjgi-
neusfi. Le mgde d’applicaliBP Wplei PP laiUlî^ fflPïfeauî do
( 300 )
l’emplâtre delà dimension de la plaque, du tubercule ou de l’ulcération, et
ou les applique par-dessus. On renouvelle le topique tous les six ou huit
jours. La durée de l’appUcation s’est renfermée entre douze jours, et six
ou sept semaines pour quelques cas de tubercules. Les phénomènes pro¬
duits ont été différents, suivant que la syphilide était ou non ulcérée.
On a vu l’emplâtre de Vigo appliqué sur les tuliercules ou les papules,
en modilîer à la fois la coloration et le volume. La teinte cuira-ée dispa¬
raît peu à peu, et est remplacée par une teinte terne et grisâtre, légè¬
rement ardoisée, qui s’efface pour faire place à la coloration blanche
et brillante des cicatrices. Concurremment avec ces changements, la
saillie morbide de la peau diminue ; la tiuneur semble d’abord se fléü ir
et se rider, puis elle s’affaisse. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est
(lue cet affaissement ne s’arrête pas au moment où la peau a repris son
état normal ; le travail de résorption continue, et l’on voit alors peu à
peu une dépression se former au niveau du point où existait précédem¬
ment une saillie ; alors il y a des cicatrices blanches déprimées et comme
gaufrées, ressemblant h celles de la vaccine. Il faut le noter, tout cela s’est
passé sans solution de continuité, sans ulcération. C’est d’autant plus
curieux, qu’on ne peut expliquer ce phénomène par une suppimation
survenue dans l’épaisseur de la peau.
Les choses ne se passent pas de la meme manière dans les cas de sy-
philidcs pustuleuses et bulleuses ulcérées, les seules où l’emplâtre de
Vigo a été appliqué. Dès qu’au moyen des cataplasmes on a eu fait tom¬
ber les croûtes et mis à nu les ulcérations, on couvre celles-ci du médi-
dicament. Son premier effet est de tai-ir graduellement la suppuration; le
piui,de séreux et brunâtre qu’il était, devient lié et jaunâtre; il se forme
des granulations rosfes qui s’élèvent du fond de la perte de substance et
la comblent ; les boixls taillés à pic s’affaissent ; enfin, la cicatrice se
forme ; elle est un peu déprimée, blanche, brillante et sillonnée de rides
légères et irrégulières.
Ce sont là incontestablement des effets fort curieux, car, nous le répé¬
tons, aucune médication autre que le topique n’a été employée chez les
divers sujets, et cependant les syphilides ont guéri un peu plus vite peut-
être que si on les eût soumises au traitement intérieur, et aux applications
locales dont on l’accompagne quelquefois.
Maintenant, l’emplâtre de Vigo n’a-t-il eu chez ces malades qu’une
action locale, n’a-t-il porté son influence que sm‘ les tégmnents? S’il en
est ainsi, l’affection constitutionnelle syphilitique n’est point guérie, et
le mal se reproduira certainement. Nous n’oserions affirmer que cela
n’arrivera pas. Cependant il est incontestable que le mercure a été ab¬
sorbé; car chez plusieurs sujets l’emplâtre a déterminé une salivation ex-
( 301 )
trêmemcnt abondante et tous les accidents de l’hydrargyrie. Nous
extrairons quelques faits de la note que nous a communiquée M. Racle,
interne de M. Emery. Une femme, âgée de vingt-buit ans, fut couchée, le
5 a\Til 1842, salle Sainte-Martlie, n" 9 : elle portait depuis deux ans
des tidDercnlcs syphilitiques sur les bras, sur les côtés du corps et les
reins. Aucun traitement antérieur n’axait été fait. IjC 11 ayril, on ap¬
pliqua de petites pièces d’emplâtre de Vigo siu- les points affectés. Le 13,
c’est-à-dire deux jours après, la malade fut prise d’une salivation peu
intense, mais qui, les joins suivants, devint telle, qtie des ulrA-ations
caractéristiques survinrent sur la langue et sur les gencives. Il fallut sup¬
primer, pendant quelques jours, l’emplâtre. Au demeurant, cette malade
est sortie complètement guérie de scs tubercules, le 12 mai 1842, après
avoir présenté les phénomènes de guérison que nous avons décrits. —
Une autre malade, âgée de trente ans, domestique, couchée au n" 13 de
la même salle, traitée sans aucune amélioration par les moyens ante¬
rieurs, depuis le mois de juillet 1841 jusqu’au 2 mars 1842, pour des
tubercules syphilitiques d’un centimètre au moins de diamètre chacun,
et couxTant tout le corps, excepté le milieu des reins, fut soumise à l’em-
plâti'e de Vigo, qu’on n’employa pas chez elle par morceaux, mais pai-
bandelettes autour des bras, et par larges bandes autom du corps. Cette
femme eut, au bout de huit joins, une salivation assez forte ; on fut obligé
de suspendi’ele traitement commencé le 2 mars, pendant une quinzaine de
joins, nfiit repris; la salivation se déclara encore une seconde fois. De
sorte qu’elle a consax'é tout au plus pendant six semaines les emplâtres.
Cette malade est sortie, le 10 mai, presque guérie; il lui restait encore
une certaine coloration cuivrée des plaques. — Le n® 53 de la .salle
Sainte-Marthe offre un exemple plus saillant de l’action puissante du
médicament. Cette femme, entrée le 11 février dernier, portait sin la
face palmaire des deux avant-bras des anneaux énormes formés par des
plaques syphilitiques de nature mixte, qu’on pouvait rapporter aux tu¬
bercules aussi bien qu’aux affections squammeuses. La païune des
mains présentait en outre un psoriasis palmaire syphilitique. Des cm-
plâti’es mercuriels sur ces points peu étendus, qui n’avaient pas une
surface d’un décimètre carré, ont amené en quarante-huit heures une
salivation tellement intense, que depuis on n’a plus o.sé les renouveler.
— Des faits de salivation se sont encore montrés chez deux autres ma¬
lades. L’im, âgé de vingt-cinq ans, était couché au n“ 29 de la salle
Saint-Thomas. Entré du reste le 22 juin 1842, il est sorti guéri de .scs
tubercules le 28 août suivant.
Assurément, on ne peut considérer encore comme résolu le fait de la
curation définitive de l’affection syphilitique constitutionnelle par l’em-
( 302 )
plâti-e de Vigo ; dé hoBvellts expériences sont nécessaires. En attendant,
les olJsertations que nous venons de rapportée prouvent l’action géné¬
rale incontestable qui résulte de Tfemploi de ce médicamèht.
Jmmrose guérie par la porntUade de GUndret. — Vbiei ufa
exemple qui prbuvfe la persévérance qu’il faut de la part du médecin
et de la part du malade dans l’emploi des moyens propres à triompher
de la plupal't des lilaladies chroniques, ét surtout de l’amaurose, qui est
peut-êti-e la plus désespérante et la plus rebelle de toutes. H y a quelques
mois, M. Lisli-anc reçut, au n” 9 de la salle Saint-Louis^ à la Pitiéj un
homme db vingt-huit ans, qui depuis un an, sans aucune cause appré¬
ciable coililue, avait été frappé d’une amaurbsc à peu près complète ; il
distinguait un peu la lumière des ténèbreSj mais il lui était impossible
de sé conduire. Ou a attaqué, pendant deux inois, cette amaurose paf
les saignéesj par les vomitifs répétés, par les dérivatifs puissants et con¬
tinus sur le canal intestinal ; on n’a pas obtenu le moindre effet. M. Lis-
franc s’est adressé alors aux cautérisations syncipitales, àu moyen de la
pomhiade de Gondret. Tous les jours, pendant trois mois consécutifs, on
a fait une application de ce remède sur lé même point, à la partie an¬
térieure et supérieure de la tête. Ce caustique posé jburnellemcnt sur une
plaie vive, déteniiinait des souffrances que le malade supportait avéfc
courage. Cependant, à deux ou trois reprises ilifférentcs, il est survenu
des douleiu's tellement violentes de la tetej qu’il a fallu les combattre par
une petite saignée révvilsivc du pied, de 90 grammes ; ces déhltiirs dis¬
paraissaient en viligt-quatrc on quarante-huit heures, et l’on reprenait
aussitôt la pommade de Gondret. Cette constance, qui n’a pas été altérée
par trois mois d’insuccès, a eu sa récompense. Dès les premiers jours dit
quatrième mois de l’emploi du moyen, la vue a cominencé à s’amélidrèr ;
on a continué la pommade, et chaque jour, dès ce moment, Ib mieiik
s’est prononcé davantage ; ce malade voyait sa vue cofflihe renaître. Le
succès a été tel, qu’aujourd’lmi ce sujet lit des caractères assez fins d’im¬
primerie. U n’y a pas encore quatr e mois révolus que la médication a été
commencée.
Ligature des artères radiale et cubitale pour une hémorrhagie
par la paume de la main. — Voici une observation intéressaiite à
plus d’im titre. Le 9 juillet dernier, Arnal, ouvrier en parapluies, âgé
de quarante-trois ans, bh vonlant placer une pierre derrière la roue
d’une charrette pesamment chargée, eut la main gauche écrasée. Il entre
à l’hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Jobfft. La patnne de la
main est traversée par une vaste plaie contiise qui contourne le bord
( 303 )
cubital du métacarpe, dont les tjiiatrièhie el cinquième os sBttt Brliïs
comminutiTcment ; la plaie passe sur le dos db là main et s’étend jUSqü’à là
partie moyenne; les tendons sont à nu ; poiut d’héirioithagie. Oh lüi fait
une saignée du bras ; on applique des cataplasmes frdids, qu’on main¬
tient jusqu’au 16 : la suppuration est bien établie et a chassé au dehors
plusieurs lambeaux de tissu cellulaire mortillé. On se bdlne à deë pan¬
sements avec la charpie treinpéb dans ime débtictibn al’bmatiqiie, et à des
bains de maih avec le même liquide. — I^es choses allàient atissi bien que
possible le dixième jour de l’àeeidellt, Idrsque lé 19, sa iHaiM étant dans
l’eaii, il se déclare une hémuiïhagie à la fa'cb pàliuali-ë : BU vbit, ad
fond de la plaie, l’orifice de la petite artètë qui dardb lé sang; malà drt
ne peut agir sUr place pour l’arrêter, cai‘ Ifes tutiiqtléà ëhflaiilmébs du
vàisscaji se déchirent par la pression de la ligature oU pat la tBtSion; Ib
tamponnement et la compression légère, la seule qd’bn puisse faite sur là
plaie, sont impuissants.',On Coiuprûnb énergiquement les al térés radiale
et cubitale à la partie inférieiU-e db rataiit-btas. L’iiéiiiorrliaglfe s’ariêté
jusqu’au 26, jour où cUe se déclare plus gi-ave qiib précédeminéfat.
Cette fois la compression des artères ne fait lieu. M. Jubéi t sé décide
alors : ü pratique à la fois la Ugattü-e des artères tàdiàle bt Cubitale h
la partie inférieure de l’avant-bras, et réunit lés plaies artc dès ban¬
delettes de diachylon. Les ligatures tombent le !«'■ àtlÛt. 11 li’ÿ à pllis eb
d’iiémon-bagie. —Maintenant, (juelle a été l’action db ebtlb dbllblb ligà-
ture sur cette main, où l’on a vu des désordres si gi-aves? Y a-t-il eu
gangrène spliacèle, comme oit a prétendu que bêla devait àvoit lieu
par l’intenniptlon de la circulation des deUx troheà àttéribls? Lbs parties
étaient assurément dans un étàt assez mauvais pour (jtib tblà àrrMt plu¬
tôt dans ce cas que dans tout auti'e. Eh bieti ! Üoli, il ü’eàt rien arrivé de
cela. Au contraire, les accidents Inflamillalbircs ont semblé éprdÜtrerUhë
modification avantageuse après l’opéTatidtt, et là suppUTatian a été
moins abondante. Il a bien fallu, après, éhlëVer les esquillbà tjui Së Sépa¬
raient du cinquième métacarpien, lettanchei’ avec llbs ciseaux la det-:
mère phalange du petit doigt, qui déjà était frappée de mort, Büvrir là
gaine des tendons des fléchisseurs de l’aiiniilail-è qui s’étaient bxfohés, et
qui contenait du pus; mais tout a marché admlràblembiit, et la gnérisbh
de la plaie est achevée. La circulation s’est parfaitement létablie par
les anastomoses, et l’on sent mès-bicn aujourd’hui les battements des ar¬
tères radiale et culntale au-dessous des hgatures.
Bons effets d’un oési'catoire et de l'induire de potassium dàni Un
cas d’exostose très-douloureuse, réputée tloA syphilitique.— Ce sont
les cas courants de pratiqtie qui sont les plus précieU* à cbnnàftrb. Ün
( 304 )
jeune paysan, âgé de vingt-sept ans, assurant n’avoii- jamais eu de sy¬
philis, portait depuis huit mois une exostose volumineuse à la partie
inféiieure de la jamlie gauche, au-dessus de la malléole ; le relief du
memhie, dans ce point, était élevé de plus de deux centinièües. 11 y
avait des douleurs vives et continues; mais au lien d’être plus fortes la
nuit que le jour, elles diminuaient au conti-aire pendant cette période.
Ce malade est cnü-é à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Antoine, li" 11,
service de M. Lisfranc. Ce cliirurgien a comliattu ces douleurs, qui
étaient intolérahles, par- plusieurs applications de sangsues et les cata¬
plasmes émollients. Ces moyens, mis en usage avec persévérance, n’ont
amené aucune diminution dans les souffrances.
Malgré les assertions du malade, craignant qu’il n’y eût eu un principe
syphilitique sous jeu, M. Lisfranc administre l’iodure de potassiiun à la
dose d’un gramme, et en même temps il fait appliquer sur l’éxostose
un grand vésicatoire. En quarante-huit heures , toutes les douleurs
avaient disparu. La tuméfaction osseuse a diminué ensuite très-rapide¬
ment sous rinÜuence de la médication, de telle sorte quiau bout de douze
joins elle était réduite des cinq sixièmes. Les douleurs ne sont plus reve¬
nues. On a laissé suppurer le vésicatoire pendant un mois, et aujourd'hui
le malade est complètement guéri et va sortir de l’hôpital. Il marclie
sans douleurs comme auparavant, scidcment il existe encore un peu de
tuméfaction du tibia.
Consolidation d’une fracture chez un vieillard, malgré l’exis¬
tence d’une affection syphilitique constitutionnelle et pendant un
traitement mercuriel. Une opinion généralement admise, c’est que l’exi¬
stence d’une syphilis constitutionnelle s’oppose à la consolidation des frac¬
tures ; une auti e idée également accréditée aussi, c’est que l’administration
du mercure est contie-indiquée pendant l’existence d’une fr acture : les
propriétés liquéfiantes ou antiplastiques de ce médicament devant s’oppo¬
ser à sa consolidation. Ces principes, qui ne sont point exacts, ont un
grand danger, car- ils peuvent empêcher certains praticiens de traiter la
syphilis par les mercurianx chez un sujet actuellement en traitement pour
une fractiH-e, et ce retard dans l’emploi du remède peut aggraver les
coaséqnences de l’empoisonnement sypliilitique constitutionnel. Il est
donc important de mettre sons les yeux de nos lecteurs une observation
qui les rassure sur la portée que peuvent avoir sur la solidillcaüon des os
la syphilis et le mercure.
Un marchand revendeur dans les rues, âgé de soixante ans, mais
affaibli, mais décrépit par- suite d’excès de tous genres, et auquel on au-
raildonné, à son extérieur, .soixante-ipiinze ans, fait unechutedonze jours
( 305 )
avant son entrée à l’hôpital, et se fracture la clavicule droite à la partie
moyenne. Le 2 septembre, il est reçu à l’hôpital du Midi pour cette lé¬
sion, et placé dans les salles de chirurgie de M. llicord, où il est exa¬
miné. En outre de sa fr'acture, cet homme portait sur tout le corps une
sjfphilide papulo-squammeuse ; on vo 3 'ait sur le gland les cicatrices in¬
durées de plusieurs chancres qu’il avait pris, disait-il, deux mois aupara¬
vant, et, déplus, des engorgements ganglionnaires inguinaux.
On appliqua siu- ce malade le bandage au bonnet de coton de M. Si¬
monin de Nancy ; mais comme c’était la première fois qu’on l’employait,
et (pie sans doute il n’était pas bien disposé, il ne maintint pas bien la
fr-acture, et il fut remplacé par le bandage en écharpe. Dès le même
jour, le malade fut mis aux mercuriaux poiu’ le traitement de sa syphi-
lide : il prit d’abord une pilule de 5 centigrammes de proto-iodiu'e de
mercure, et, le dixième jour, deux pilules du meme remède, aidé dans
son action par la tisane et le sirop sudorifiques. Le douzième jour, on
remaripiait déjà une modification des plus avantageuses dans les plaipics
syphilitiques de la peau. Enfin, malgré l’âge avancé du malade, malgré
sa faiblesse, sa décrépitude, en dépit de l’infection syphilitique consti
tutionnelle bien constatée par des preuves irrécusables, malgré encore
le traitement mercuriel que le sujet a continué et qu’il suit encore, sa
fi'acture était parfaitement bien consolidée au bout du vingtième jour
du traitement. En ce moment cet homme est presque entièrement guéri
de sa syphilide; il ne reste plus tpie les taches brunes de la période de
réparation.
REPERTOIRE MEDICAL.
CANCEa du col de l’utérus, guéri
par l’emploi du cautère actuel. Tout
observateur qui a suivi le cancer uté¬
rin dans les dilTérentes phases de son
déveIop))emenl, et constate l’impuis¬
sance de la thérapeutique conire les
progrès de cette cruelle maladie, ac¬
ceptera avec beaucoup de réserve le
Tait suivant.
La femme Peyssey, âgée de i7 ans,
a une suppression de règles le i6
août 18ie. Pendant 9 mois, gonfle¬
ment du ventre, consécutif. Au bout
de ce temps, inétrorrhagie durant
15 jours, suivie d'un écoulement
blanc strié de sang et fétide ; absence
totale de douleurs lancinantes. Lu
malade reste au lit. Pendant dix
mois, amaigrissement général.
TOME XXIII. 8' LIV.
Le 15 août 1841, le docteur Daniel
trouve le col dur, gros comme une
bille de billard, assez ouvert pour
laisser pénéu-er l’extrémité du doigt
index, qui est retiré avec un enduit
sanieux, fétide. Le vagin est déco¬
loré; la partie qui tapisse la sur¬
face interne du museau de tanche
est détruite; le tissu musculaire est
mis à nu; il est couleur lie de vin,
et offre des granulations. — Jl s'en
écoule des sanies sanguines.
M. Daniel porta le fer rouge sur
tonte cette surface interne du museau
de tanche : il se servit d’-im cautère
olivaire, et le laissa appliqué pendant
une minute. Ce temps suffit, dit l’o¬
pérateur , pour détrm're les tissus
dans une épaisseur d’un centimètre
20
( aofi ;
el demi en tout sens. La malade ne
fit entendre aucune plainte. Elle
avait été liée préalablement .comme
pour l’opération de la taille. Cauté¬
risée le 25 août, la malade se prome¬
nait le 28. Le 31 décembre, M. Da¬
niel trouve sur le col une solution do
continuité transversale et linéaire. Il
l’attribue à l’ériiplion des règles, qui
s’est faite quelques jours auparavant.
(/. des con. in <d.-cMr., sept. 181.2.)
—Les détails de cette observation dé¬
montrent toute la justesse du préam¬
bule que nous y avons ajouté, et pré¬
viennent les praticiens do se tenir
en garde contre l’extraordinaire de
certains faits si fastiietisemcnl an¬
noncés, et si eu dehors des données
de l’expérience. Où se trouvent, en
effet, les caractères de ce prétendu
cancer, si miraculeusement guéri par
tine seule cautérisation? Pour tous
ceux qni ont un peu l’habitude d’ob¬
server les lésions anatomiques du cul
utérin, c’est bien lit un cas d’hypen-
tropbie de cet organe, avec ulcéra¬
tion fongueuse à sa surface. Dans
celle interprétation rigoureusement
déduite de la lettre même de l’obser¬
vation précitée, le tout s'explique et
le résultat du traitement devient,
pour les cas analogues, un enseigne¬
ment qui ne doit pas être perdu en
pratique.
Ajoutons que s’il eût connu le
Iteau travail de M. Jobert de Lam-
halle sur les nerfs utérins, AI. Da¬
niel n’aurait pas soumis sa malade à
l'effrayant système de déligalion que
les plus obstinés conservateurs des
vieilles trailitions chirurgicales ont
abandonné, même pour l’opération
de la taille. — Dans le travail que
nous venons de citer, M. Jobert,
après de nombreuses dissections des
organes génitaux do la femme, et
des femelles de plusieurs animaux,
est arrivé à celle conclusion, qui
contrarie beaucoup les croyances ac¬
ceptées jusqu’alors; savoir, qu’il
n'existe pas de nerfs dans la partie
de l’utérus qui fait relief dans le va¬
gin. — Puis de ce fait anatomique
fl induit que le col utérin est dé¬
pourvu de celte sensibilité qu’on lui
a attribuée, et dès lors qu’il peut
supporter les opérations qu’on n’au¬
rait pas osé pratiquer si elles avaient
excité une violente douleur qui,
transmise par la continuité des filets
nerveux dans la nlupart des viscères,
eût jeté un trouble profond dans la
vie organique et dans l’économie
tout entière. — A l’appui et comme
corollaire confirmatif de ses aperçit.s
anatomiques et physiologiques, le
chirurgien de l’hôpllal Saint-Louis
rapporte plusieurs observations qui
démontrent'les lieureux effets de la
cautérisation par le fter rouge dans
les affections graves du col de l’u-
lérus. ( mémoire de l’Académie des
sciences, tome VIIL)
CBAüDS-PissB SÈCHE. Les ob¬
servations autbeniiques de chaudes-
pisses sîtehes étant très-rares, nous
donnons jilace à celle-ci, recueillie à
l’hèpital des Vénériens dans le ser¬
vice de AI. Vidai. Cremor, manmu-
vre, âgé do dix-neuf ans, n’avait ja¬
mais eu de rapport avec aucune
femme, lorsqu’il va voir une fille pu¬
blique. Le lendemain même de ce
coït il se développe une douleur dans
le canal de rurèlre. Quand il entre
à l’hôpital, ces douleurs existent
très-fortes depuis trois mois, sans
écoulement aucun par le canal. Les
douleurs, d’abord bornées au méat
urinaire, se sont propagées dans toute
l’étendue de rurèlre, et les érections
se faisaient avec beaucoup d’angois¬
ses. On s’est borné pendant les six
[iremiers jours, à l’hôpital, à îles
nains locaux, puis on a appliqué
vingt sangsues au périné, répétées
trois fois à trois jours d’intervalle.
Les douleurs de l’urètre continuant,
et aucun écoulement ne se manifes¬
tant, M. Vidal introduit une bou¬
gie d.ans le canal, el le jour même
l’écoulement apparaît. Au bout de
(juelques jours il devient très-alion-
danl et jaunùlre. A partir de ce mo¬
ment les douleurs s’apaisent peu à
peu. On commence le cubèbe, qu’on
est bientôt obligé de suspendre à
cause de l’inflammation du corps ca¬
verneux, pour se borner pendant un
mois à la tisane de graine de lin ni-
trée et aux bains locaux émollients.
Enfin l’on reprend le cubèbe, el cette
fois avec succès. Il a fallu près de
deux mois pour que ce malade sortit
parfhltementguéridcrbôpital.Ondoit
noter cette circonstance, que ce jeune
homme n’avait Jamais connu de fem¬
me avant le coït qui avait amené se.i
douleurs, afin de ne pas confondre
cette espèce d’nrétralgieavec un état
analogue observé chez des sujets qui
ont eu des blennorrhagies ou ([ni
sont affectés d’un rétrécissement ou
d’une affection du col de la vessie.
Ce point est important, car il établit
une vraie différence entre les deux
maladies, très-importante pour le
pronnslirei pour lelraitenienl. (Gaz.
det Mp., septembre UU.)
GBACBATS TUBEBCnUtlIX (Etu¬
des microscopiques sur les). Il n'y a
point de caractères pliysiqu&s ni ciii-
miqiies qui puissent faire distinguer
le mucus du pus, sinon dans leurs
degrés extrêmes; et malgré les re¬
cherches nombreuses faites depuis
quelques années par MM. Mandl,
Gluye, Vogel, Cérutti et Gruby, et
l'an passé par M. Canstatt, le micros¬
cope n’a pas encore résoiu le pro¬
blème. Dans le mucus comme-dans
le pus, on découvre, en outre de la
sérosité, deux éléments microscopi¬
ques; i°les globules depus oudemu-
cus (qui sont des corpuscules ponc¬
tués, irrégulièrement arrondis, à
bords dentelés, ayant un volume de
un deux-centième ou iiu irois-cen-
lième de ligne, et dont la cuticule
blanebèlrc est dissoute par l’acide
acétique),et 3° des cellulosités conte¬
nant généralement une gianulation.
Maison ne découvre aucun caractère
diflïérentiel entre les deux liquides.
D'anrèsM.Can$latt,quiarépétéaYCC
soin les expériences des auteurs que
nous avons nommés, il ne serait pas
plus facile, au moyen du microscope,
do distinguer le pus tuberculeux des
autres sortes de pus, que de différen¬
cier le pus du mucus. C'est pour cela
qu'il voudrait qu’on rejelftl la déno¬
mination de globules du pus, pour
prendre celle de globules ponctués,
qui n’exprime qu’une apparence phy¬
sique sans rien préjuger des carac¬
tères intimes.—Voilà sommairement
où en est la science à cet égard ;
le diagnostic de la phthisie n a pas
fait, comme on le voit, un grand pas
dans celle roule.
M. Sandras, médecin de l’Hôtel-
Dieu annexe, s’est livré à de nou¬
velles études, et il annonce être ar¬
rivé à des résultats plus positifs,
nous le désirons. Cet honorable con¬
frère a fait recueillir sous ses yeux
dans un petit tube des crachats de
quaranle-oeuf malades atteints de
piithisie bien constatée, et il les a
examinés au microscope avec un
grossissement de trois cents dia¬
mètres. Il a trouvé dans ces crachats
les caractères suivants : globules
nombreux, arrondis, isolés les uns
dos autres, d’une couleur gris blan¬
châtre, comparables pour le volume
et la forme aux globules du pus, mais
en différant néanmoins en ce que
oes derniers sont neilement cir¬
conscrits, tandis que les'globulc.s des
crachats sont entourés à leur surface
d’une couche comme lomenteuse, qui
ne peut être enievée par le lavage.
Un des caractères de ces petits corps,
dont il ne faut pas accumuler une
trop grande quantité sur le porte-
objet du microscope poiu' les bien
voir, est d’être complètement opa¬
ques vers le centre, et do prendre
une teinte de plus en plus claire à
mesure qu’on approche de leurs
bords. —Notre confrère ne considère
pas du reste le pus de ces crachats
comme étant formé par les tubercules
eux-mêmes; il pense qu’il provient
d’une sécrétion faite par les parties
au milieu desqueiies le tuliercule est
déposé.
AI. Sandras a examiné comparati¬
vement les crachats provenant de
simples catarrhes. Ils sont en appa¬
rence semblables à ceux dus phthisi¬
ques; mais ils sont dépourvus de glo¬
bules. On y voit des corpuscules qui
diffèrent des globules tuberculeux en
ce qu'ils ne sont point isoiés les uns
des autres, qu’ils n'ont pas tous un
même volume, que leur surface offre
des stries, et que ces corpuscules dis¬
paraissent, ou paraissent d’une ma¬
nière fugace au microscope.
Néanmoins, maigré ces caractères
différentiels, lorsque les signes phy¬
siques et la marche du mal sem¬
blaient contredire ies indications
fournies par le microscope, M. Sau-
dras est resté dans l’incertitude et ne
s’est point prononcé. Dans ces cas
douteux,n éanmoins, l’autopsie a (lui
par donner raison au microscope.
L’auscultation et la iiercussiou élan t
impuissantes imurétablir un diagno.s-
tic bien précis entre les affectjous
catarrhales des bronches et la phthi¬
sie tuberculeuse au début, les don¬
nées nouvelles fournies parM. San¬
dras, par l’examen microscopique
des crachats, seront importantes si
son jugement est confirmé par d’au¬
tres observateurs. (Bull, de l‘.4e. de
Mid., septembre IStS,)
CROUP (Trachéotomie suivie de
guérison chez deux enfants atteints
du). Nous pourrions nous élever
contre l’extension qu’a prise., depuis
quelques années, l’opération de la
trachéotomie. Les exemples ne nous
manqueraient pas si nous voulions
prouver qu’elle a été pratiquée dans
des cas où elle n’était point néces¬
saire, et, chose pins sérieuse à dire,
où la mort a été la conséquence soit
( 308 )
immédiate, soit consécutive de la ten¬
tative chirurgicale que la gravité de
la maladie ne réclamait pas. Mais nos
récriminations s’adresseraient ici,
non à ro[iération en eile-méme,mais
à d’imprudents chirurgiens que la
manie d’instrumenter emporte au
delà des bornes raisonnables de l’art.
La trachéotomie est une opération
grave, une ressource extrême. Il ne
faut y avoir recours ((u’aprcs mûres
réflexions, (iit’alors que l’imniiiience
du danger est patente,incontestable,
que tous les moyens ont été ou vont
être impuissants pour empêcher la
suffocation. Dans ces cas seulement
recourez à l’ouverture de la trachée,
car, quelque chanceuse qu’elle soit,
elle vous offre encore une espérance.
Nous trouvons, dans le dernier fasci¬
cule des travaux delà Société médi¬
cale de Tours, deux nouvelles obser¬
vations de trachéotomie pratiquée
dans la période extrême du croup.
Nous nous hfttons de le dire, ce n'est
point à ces faits que peuvent s’appli¬
quer nos réflexions précédentes. L’o¬
pération était, danscescas, impérieu¬
sement commandée; elle a positive¬
ment sauvé la vie aux deux enfants
auxquels elle a été pratiquée. L’un
était une petite tille, Henriette Bour¬
don, Agée de quatre ans sept mois,
dont la suffocation était imminente
an quatrième jour de l’invasion du
croup. La trachéotomie, faite le
avril I8i2, et siiivielesjours suivants
de cautérisations dans la trachée au
moyen d’une éponge imbibée de ni¬
trate d’argent au 12°, a amené la
désobstructiondes voies respiratoires.
Le septième jour, la canule a pu être
retirée, et, dés ce jour, l’enfant n’a
pas tardé à être guérie. Les ehoses ne
se sont pas passées aussi simplement
chez un petit garçon de deux ans et
huit mois, opéré le 18 avril 1812,
également au jour du croup, par
le même praticien, M. le docteur
Thomas. Pendant douze jour.s la vie
a été à chaque instant eu péril, la
respiration difficile, les accê„s de suf¬
focation fréquents; on n’a pu retirer
la canule que le seizième jour; il a
fallu recourir aux purgatifs, aux ré¬
vulsifs sur les membres inférieurs,
aux expectorants, etc., pour conjurer
les divers accidents qui se sont déve¬
loppés. En résumé, ces deux malades
ont guéri, et MM. les docteurs Tho¬
mas, Blanchet et Charcellay, aux¬
quels ils étaient conliés, ont bien fait
de proposer et d’exécuter l’opéra¬
tion , sans le secours de laquelle ils
n’auraient point tardé à succomber.
Mais nous trouvons dans l’exposé
qui uous est donné de ces faits ma¬
tière à des réflexions qui ont quelque
importance. Il s’agit de la méthode
de traitement qui a été suivie pour
s’opposer à la marche du croup. Sa¬
vez-vous tout ce qui a été fait chez
ces deux malades, avant la trachéo¬
tomie? Rien autre chose que la cau¬
térisation du pharynx. — Le médecin
est appelé : la toux est croupale; les
iuiqiiratious sifflantes ; il y a mcnacede
suffocation; les amygdales sont ta¬
pissées de fausses membranes grisâ¬
tres, le voile du palais et ses piliers
sont rouges; le pouls est très-accé-
lén?, etc.; — cautérisation avec le
crayon do nitrate d’argent sur les
amygdales. —Le lendemain les acci¬
dents sont aggravés; — seconde cau¬
térisation avec une éponge imbibée
d’une solution d’un quart de nitrate
d’argent dans trois quarts d’eau. —
L’état empire encore; troisième, qua¬
trième, cinquième cautérisations
dans la même journée. —Le lende¬
main on recommence les cautérisa¬
tions de la même manière. On agit de
la même façon le jour d’après; et
quand on a eu posé des sinapismes
aux membres Inférieurs et un vési¬
catoire au sternum, cl que l’enfant
est sur le point de s’asphyxier, alors
on pratique la trachéotomie.
Nous avons beaucoup de considé¬
ration pour nos confrères de Tours-;
mais, en vérité,nous croyons qu’ilya
une manière plus rationnelle de trai¬
ter la période initiale du croup que
celle qu’ils ont employée chez les
deux sujets dontilest question. Quoi !
pas une application de sangsues,
pas le moindre vomitif? Ces deux
moyens héroïques n’ont-ils pas eu,
entre les mains d’un grand nombre
de praticiens qui savent les manier,
des résullatsassezheureuxpourqu’ils
soient pris en considéralion par tous
ceux qui se trouvent en présence
d’une maladie telle que le croup ?
Pourquoi leur exclusion? pourquoi
cette seule médication, la cautérisa¬
tion? Elle a certainement ses avan¬
tages, mais elle n’exclut pas le .se¬
cours des émissions sanguines, des
frictions mercurielles, qui combat¬
tent l’inflammation, et surtout de
l’émétique à bonne dose et répété,
qui, par les secousses de vomisse¬
ments qu’il provoque, détermine
l’expulsion des fausses membranes,
et quelquefois même de longs tubes
membraneux entiers, et enlève ainsi.
( 309 )
à la satisfaclion du médecin et au
grand bénéfice du malade, la cause
pathologique qui bientôt aurait obli¬
gé à recourir au moyen extrême qu'il
laut, avant tout, chercber à éviter,
la trachéotomie. {Journal de la So¬
ciété méd. d’Indre-et-Loire, 2““
Irimest. 18i2.)
D3EXIRIDM TREMEKS guéri par
l’opium. Rien n’e-st plus propre à
faire réfléchir le médecin sur la na¬
ture intime des maladies et à le pré¬
munir contre l’interprétation de cer¬
tains symptômes pour asseoir son
jugement et diriger sa thérapeutique,
(|ue ce qui se passe dans cette affec¬
tion singulière et grave désignée sous
le nom de delirium tremens'. Ici nous
rencontrons tout l’appareil formida¬
ble d’une surexcitation cérébrale en
apparence de nature inOammatoire,
et cependant ce ne sont pas les anti-
phlogisliques'qui conviennent ; il faut,
si l’on veut voir disparaître les phé¬
nomènes qui semblent se rapportera
uite phlegmasie dit cerveau ou de ses
membranes, administrer précisément
le médicament qui serait le plus
dangereux si l’on en croyait ces symp¬
tômes. L’on puise, dans ces eas, l’éle-'
ment capital de détermination dans
la cause de l’affection, dans les anté¬
cédents du sujet. On va voir un exem¬
ple saillant de ce genre. — Un gar¬
anti de magasin, ôgé de trente-trois
ans, entre le 8 septembre dernier à
l’hôpiial de la Charité, avec une cé¬
phalalgie vi ve, des vertiges, des bour¬
donnements d’oreilles! la faee est
animée, les pupilles dilatées, la soif
vive, l’intelligence est complète; la
parole est tremblante, les membres
supérieurs et inférieurs sont agités
par des mouvements continuels ; la
langue est sans déviation. M. Mon-
neiet, remplaçant M. Andral, pres¬
crit un bain de pieds sinapisé et une
saignée de trois palettes. Dans la jour¬
née le malade perd connaissance, il a
une attaque épileptiforme. Le len¬
demain 9, un délire violent se dé¬
clare: il vocifère, il cherche à sortir
de son lit; on est obligé d’appliquer
la camisole de force. Les renseigne-
mouis que l’on obtient des parents, et
qui établissent que ce sujet abusait
souvent des liqueurs fortes, permet
sctilcment à celte époque de la ma¬
ladie d’asseoir un diagnostic auquel
on n’aurait pas pu arriver par l’exa¬
men dessymptômes. Immédiatement,
le 10, M. Monneret prescrivit à ce
malade une imlion avec 25 centi¬
grammes d’opium; avant qu’il en eût
pris une certaine quantité, le délire
avait cessé comme spontanément.
Le 11 an soir', il tend à reparaître;
une nouvelle quantité de 20 centi¬
grammes d’opium lui est administrée.
Le 12, le tremblement persisleencore,
mais moins marqué; on administre
une nouvelle dose de 25 centigram¬
mes d’opium ; le délire ne reparaît
plus. — On voit que l’étiologie pou¬
vait seule établir la vraie nature de
cette maladie; que les symptômes
extérieurs étant parfaitement sem¬
blables, la nature intime de la cause
qui les produit peut être tout à fait
différente, enün que la spécificité des
affections ne peut pas se découvrir
toujours par l’élude des phénomènes
morbides. {Gas. des Mp., septem¬
bre 18i2. ) _
DENTITION ( Exemple de troi¬
sième). Les exemples de troisième
dentition, publiés par les auteurs,
out presque tous rapport à des vieil¬
lards; de tous les faits connus, ou
n’en pourrait guère trouver qu’un
seul, celui d’Euslacbi, qui, comme
celui que nous allons rapporter, eut
poursujetunepersonneencore jeune;
d’un autre côte, cette troisième den¬
tition est ordinairement incomplète,
et se borne en général au renouvel¬
lement d’une ou deux dents ; sous
ce double rapport, ce cas présente
un extrême intérêt, car les deux cir-
constance.s les plus rares dans celte-
espèce d’anomalie s’y trouvent réu¬
nies. — Une des filles de la comtesse
Z.... n’avait rien présenté d’anormal
dans révolution de ses premières
dents lorsque, àTêgedeslx ans, elles
commencèrent à tomber. La même
régularité s’observa dans les phéno¬
mènes de la seconde dentition, de
manière que toutes les dents de lait
avaient été successivement rempla¬
cées par des dents permanentes à
l’époque où celle jeune personne en¬
trait dans sa douzième année. C’est à
cet âge que, sans cause extérieure
connue, lesdenlsincisives tombèrent.
Celle perte affectait vivement la ma¬
lade et ses parents; ils pensaient
qu’elle était irréparable, lorsqu’on
vit de nouvelles dents apparaître et
se développer à la place de celles-ci.
La même chofc eut lieu pour toutes
les autres dents qui tombèrent aussi,
et furent remplacées successivement,
de sorte qu’ayant la fin de celte an¬
née, une troisième dentition coin-
plèle s’était opérée de la manière la
; 310 )
plusrégulii'i'e. —Ou lie saurait adres¬
ser à celle observaiion le reproche
de début d'authenlicité que des ail¬
leurs sérieux ont cru pouvoir appli-
uuer, sans exception, h tousiesfails
(lu même ordre : la malade dont il
est question était, par son êsccl sa
position sociale, du nombre (les per¬
sonnes qui sont surveillées avec la
vigilance la plus minutieuse dans
tout ce qui a rapport aux avantages
extérieurs, dont une denture régu¬
lière constitue, sans contredit, un
des principaux. {Gazette méd., sep¬
tembre 18t2.)
DOtJLEOns NEBVEUSES {Feuil¬
les de belladone en cataplasmes
dans les). La belladone est le sé¬
datif par excellence du certaines dou¬
leurs nerveuses et niusciilaires. Une
malade ressentait une douleur brû¬
lante vers l'épaule gauche, prlnci|ia-
leinent vers l’acromioii et vers le
point d'insertion du deltoïde à l'hu-
ipérus; aucun mouvement du bras
êt même des doigts n'était possible;
il y avait de la lièvre. Après avoir,
pendant plusieurs jours, employé
inutilement pourcaliiiur ces douleurs
les cataplasmes émollients, les fric¬
tions anodines, les sangsues, les cal¬
mants ù rintérieur, M. le docteur
Avoyne, de.s batigunlles, eut recours
chez cette luaiaile aux cataplasmes
(le belladone. A midi, une poignée
(le feuilles sèches de cette plante flil
mélangée avec du cataplasme de fa¬
rine de graines de lin et appliquée
sur l'épaule. Dès six heures du soir,
il n’y avait presque plus de douleur,
et la nuit fut bonne. Le lendemain,
les feuilles fraîches de belladonercm-
placent les feuilles sèches : la jour¬
née et la nuit furent également bon¬
nes. Ainsi quarante-huit heures de
l’application de ces cataplasmes ame¬
nèrent, sans autre traitement, une
guérison (lui s'est maintenue. Dès le
troisième jour, les mouvements do la
main et de l'épaule s’opéraient sans
souifrance. {Joum. de Médec. et
Cftintrg. prat., septembre I8ia.)
emfoisonneméht d'un nou¬
veau-né par une goutte et demie de
laudanum. Le docteur Everest at^
coucha une pauvre femme d’une pe¬
tite fille robuste; avant de la quit¬
ter il prescrivit contre ses coliques
13 gouttes de teinture d’opium (tans
30 grammes de liquide. Le lende¬
main, la nourrice donna à l'enfhnt
une enillerée à café de la potion fioHr
la calmer et Tumpècher de crier, l.e
docteur Everest trouva à son retour
la petite tille dans un coma profond,
et malgré tousses efforts, la mort eut
lieu quatorze heures après l'ingestion
du liquide. — Le docteur Christison
a rapporté le cas à peu près sembla¬
ble d’un enfant de trois jours qui
mourut pour avoir avalé le quart
d’une potion qui contenait 10 gouttes
de laudanum, c’est-à-dire 8 gouttes
et demie du médicament narcotiiiiic.
{Foreingand Britlsh revfew, et Ar¬
chives de méd. .septembre, 1818.)
ECTROPIOM guéri par la méthode
sous-cutanée. En même temps iiiie
l’observation suivante reiifterme une.
nouvelle et heureuse appiicaiion de
la ténotomie sous - cutam'e, ellu
éclaire le chirurgien sur l’une des
causes d’une difformité très-fré-
(piente, et sur le remède à y oppo¬
ser, du moins dans certains cas.
Zacharski, âgé de 18 aus, eut
des octroniotis aux deux yeux, à la
suite d’oplilhalinie scruphuleuse dou¬
ble. Les cils, tournés contre la cor¬
née , l’irritaient à un tel point, (pi’à
droite cette incmbrane était presque
opaque, et qu’à gauche son segment
supérieur seul restait Iransparcnl. M.
Neumann pratiqua l’opénition sui¬
vante : ii engagea d’abord, cuire le
globe de l’tt-Tl et la paupière siipi'--
rieure, une plaijne de corne; pui.( il
enfonça un ténolome dans la tempe,
à un (leml-poiice de l’angle externe
de l’(Bil, en poussa la pointe entre
la peau et la lace supérieure du mus¬
cle releveur de la jiaiiplère jusqu’à
l'angle Interne; arrivé là, il tourna
le tranchant de l’instriiment en de¬
dans et divisa le muscle releveur de
la paupière et tous les tissus appli-
3 ués sur la plaque de corne chargée
e protéger le globe oculaire, et re¬
tira le tènotome par le point oit il
l’avait introduit. 11 agit de même sur
la paupière inférieure, en pénétrant
par la plaie existant déjà à ta tempe.
Les cils de la paupière reprirent alors
une direction normale, et la conser¬
vèrent à l’œil gauche, où la vue s’est
complètement rétablie. A droite, l’o¬
pération fut réitérée au bout de trois
semaines, encore l’amélioration ne
fut-elle que légère à cause de l’opa¬
cité delà cornée. {Jour, des Connais,
mé’t.-chirur., septembre 18t2.)
EH&OT DE SEIBEE ( A'oiivelfes
Recherches sur la nature et la for¬
mation de l'). lA ih'gcHérescencc
( 311 )
([iiü subissent eerlaines gi'aniinées
pour se convertir en ergot a étô l’ob¬
jet de l’étude deplusieursnaturalisfes
et de plusieurs médecins. Cependant
l’on n’est pas encore l)ien lixé sur le
mode de Ibrmatiou et la nature de
cette excroissance. On a attribnécetie
production à une maladie du grain;
on lui a donné pour cause des piqû¬
res d’insectes. MM. Pauletet de Can-
(lolle ont considéré ensuite l’ergot
comme une espèce de champignon;
enfin, M. Lcveille neveu y a vu deux
parties, l’une, l’ergot proprement dit,
<iu’il a considéré comme une sub¬
stance inerte, puis un champi¬
gnon déliquescent qu’on voit seu¬
lement sur le grain frais, et dans
lecpiol résident toutes les propriétés
médicales et obstétricales.
M. Üebourges de Rollot considère
toutes ces opinions comme des hypo-
llicses inadmissibles; ila étudié avec
lu [)lus grand soin la manière dont
cette singulière production se forme,
et voici ce qu’il a vu. Les grains de
seigle qui doivent se convertir eu
ergots se ramollissent, deviennent
d’une extrême friabilité, subissent
une sorte defermeutation, et exhalent
une odeur nauséeuse désagréable. La
surface de ces grains se sillonne de
nomlireuses et fuies crevasses, qui
laissent exsuder une liqueur blan-
chfltrc, sucrée, visqueuse, qui se
ramasse à la iiartie supérieure, s’é¬
panche et agglutine les parties de la
Heur ; cette liqueur est acide et rou¬
git le papier do tournesol. Déjà, à cette
époq lie, excepté.à la partie supérieure
du grain, le pèrisperme, ce corps
(‘pais qui envelojipe le germe dans les
semences, est partout détruit. Il
n’existe même plus de traces du ger¬
me. On peut écraser plusieurs de ces
grains et les délayer dans de l’eau,
la teinture d’iode n’y dénote pas la
moindre proportion (l’amidon. Bien¬
tôt le grain devient jaunâtre de blanc
(|u’il était; il commence à brunir par
la partie inférieure, où la consistance
augmente et où les gerçures s’effa¬
cent, et les mêmes changements s’o¬
pèrent graduellement vers la partie
supérieure du grain, qui prend pro¬
gressivement les dimensions et les
caractères que nous connaissons à
l’ergot.
Ce qui a été pris à la partie supé¬
rieure pourun champignon n’est que
la portion nondétruitedu pèrisperme,
et l’amas plus ou moins abondant de
la liqueur visiiueuse dont nous avons
parle, laiiuelle a agglutiné les sti¬
gmates flétris et les poils soyeux que
tous les grains offrent à cette extré¬
mité. M. Debourges recommande de
faire macérer pendant quelques jours
(les grains ergotés frais dans l’eau,
d’en écraser ensuite sur une plaque
de verre la parue supérieure, puis
d’examiner à la loupe ou au micro¬
scope ; il assure que, dans toutes les
circonstances, on reconnaîtra l’exis¬
tence de ces pillosités. Ce qui lui
prouve encore que la portion Jaunâ¬
tre supérieure n’esl point un corps à
part, et que c’est, au contraire, la
continuation du inèlne tout, c’est la
continuité du sillon longitudinal (|(ii
existe sor toute la longueur du grain
à toutes les époques de son dévelop¬
pement morbifique ou normal. .Si
dans l’ergot était un champignon (pii
se fût développé dans l’ovaire à la
place du grain, pourquoi ce cham¬
pignon serait-il pourvu du même sil¬
lon longitudinal et des mêmes pillo-
sités ((ue ce grain? ( Journal de la
Société mériie. d’Indre-et-Loire,
2»>e trim. 18t2.)
FÉcULi: de pommes de terre. La
fécule do pommes do terre lie con¬
stitue pas seulement un excellent
aliment pour les estoraats faibles,
elle est (le plus aujourd’hui fort em¬
ployée en iiiédocine pour la confec¬
tion des cataplasmes. On la préfère
surtout lorsqu’il s’agit de calmer l’ir¬
ritation (le la peau dans la plupart
des affections dartreuses. L’expé¬
rience a prouvé que ces cataplasmes,
qui sont appliqués froids, ont des
vertus calmantes supérieures à celles
(le la farine de graines de lin, même
pure: et l’on sait du reste qu’elle
est SI souvent falsifiée, soit avec du
son, soit avec de la sciure de bois,
soit avec du tourteau dont on a ex¬
primé l’huile. Il est donc avanta¬
geux pour le praticien d’avoir un
procédé siinpie du préparation pour
conserveries pommes de terre et les
rendre propres à donner une meil¬
leure et jilus belle fécule. Ce moyen
, est donné par 'le célèbre chimiste
SI. Liebig. Il faut laver les pommes
de terre, enlever la pelure, les cou¬
per en tranches de 5 à 6 millimètres
d’épaisseur; puis on les Jette dans
une cuve en bois, où on tes couvre
d'eau à laquelle on a ajouté a à' 3
p. (00 d'acide sulfuriijue conceptré.
On les laisse dans ce mélange pen¬
dant vingt-quatre ou trente-six heu¬
res; on soutire ensuite et on verse
dessus de l'eau porc, qui doit être
( 312 )
plusieurs fois renouvelée pour entraî¬
ner complètement l’acide. Les pom¬
mes de lerre, parfaitement rincées,
sont séchées à l’air sur des claies.
Leur dessiccations’opère rapidement;
elles restent d’un blanc éclatant, et
elles peuvent être converties en une
line farine qui peut servir à l’usage
médical, et, dans beaucoup de cas,
remplacer même, pour les besoins
domestiques, la farine de blé. Sans
remploi de l’acide sulfurique, les
pommes ont l’apparence d’une sub¬
stance cornée; elles sont difficiles à
sécber et noircissent facilement. —
L’on sait, du reste, que pour extraire
la fécule on rêpe les pommes de terre
sur un tamis sur lequel on verse en¬
suite de l’eau, qui entraîne la ma¬
tière féculente. Celle-ci, séparée par
le repos et la décantation, est en¬
suite lavée et desséchée.
FIÈVRE typhoïde [De l'emploi
(lu sulfate de quinine à haute dose
dans le traitement de la). Que n’a-
t-on pas expérimenlé et que n’expé-
rimentera-t-on pas encore avant d’a¬
voir trouvé pour ta lièvre typhoïde
un traitement qu’on pourra décorer
avec quelque raison du nom de spé-
ciliqne! Nous avons aujourd’hui à
rendre compte de quekiues essais
nouveaux faiisdanscesderniers temps
avec le sulfate de quinine à haute
Un médecin de Plaisance, M. le
docteur Broqua, est le principal ins¬
tigateur de cette méthode. Désireux
de prouver la supériorité du sulfate
de quinine à haute dose qu’il annon¬
çait avoir produit, entre ses mains,
des merveilles, administré, dans la
Iièvretyphn1de,a ladose de i0à20 cen¬
tigrammes toutes les heures, soit
<iu jour, soit de la nuit, il est venu
tout exprès à Paris au mois de mai
dernier. M.BIache, àrhôpitalCocbin,
a soumis quelques malades à ce trai¬
tement; nous ne dirons rien encore
de ces essais, car tes observations qui
ont été publiées ne nous fonrnisseut
pas tous les renseignements désira¬
bles. Mais voici, à cet égard, les ré-
• sultatsobtenus,à l'Uètel-Dieu, dans
les salles de M. Uusson, et publiés
par M. Saint-Laurent, son interne.
Onzemaladesontététraités, à l’Hô¬
tel -Dieu, par la méthode en question.
1» Deux malades ont présenté une liè¬
vre typhoïde à forme advnamiqnebien
prononcée; 2» un, unehèvre typhoïde
très-légère; 3»chez cinq, la maladie
présentaitunegravilémoyenne;*‘>en¬
fin, chez trois, la Bèvre typhoïde à
forme ataxo-adynamique était très-
mve. Sansentrer dans tous lesdétails
de ces longues observations, exami-
nons-cn scrupuleusement et conscien¬
cieusement. avec nos lecteurs, les
princ.ipalescirconslances. Et d’abord,
quelle a été l’issue du traitement?
Des deux malades de la première ca¬
tégorie , un est encore dans un état
tel qu’il est impossible de savoir si
on aura à s^repentirdumodedu trai¬
tement ; l’autre est guéri, mais au 3!)=
jour. Le malade de la 2“'’ série est
guéri au 33' jour. Des cinq qui com¬
posent la 3“', un est mort ; les quatre
autres soht guéris au 26'jour, au 3.’)'
jour, au 18' jour; enfin, quant aux
trois malades de la i”*' série qui ont
présenté des symptômes réellement
très-graves, deux sont morts, l’un
.au li', l’autre au 8« jour; un seul a
guéri, encore est-ce au bout de soi¬
xante-sept jours, et après avoir pré¬
senté au huitième jour du traitement
une hémorrhagie intestinale assez in¬
tense pour inspirer des craintes sé-
rieu.ses pendant trois jours, et faire
cesser immédiatement l’usage du sul¬
fate de quinine qui, jusque-là, avait
été donné à la dose de 2 gram. 40 par
vingt-quatre heures.
Ainsi voilà déjà un fait établi, c’est
que ies malades de l’Hôtel-Dieu ii’onl
guéri ni plus vileni mieux qu'ils l’au¬
raient été par toute autre méthode;
iln’ya,pours’en convaincre, qu’a voir
la mortalité qui est de 1 sur 3, 6, et
à examiner le temps qu’il a fallu pour
la guérison des autres.
M. Broqua aurait-il trouvé (pie le
sulfate de quinine n’aurait pas été
porté à assez hautes doses ni continué
assez longtemps chez quelques mala¬
des? Voyons. il n’y a presque lias uir
malade f)ui n’ait pris 2 gram. 40 ceu-
tig. par jourde sulfate de quinine par
vingt-quatre heures. Chez un grand
nombre, il a été porté à 3, 4 et même
5 grammes. Ce médicament était don¬
ne sous forme de pilules, une chaque
heure ou chaque deux heures ; la ti¬
sane était de la limonade. Lorsque les
vomissements ou la répugnance des
malades s'opposaient à son adminis¬
tration par la bouche, on le donnait
en lavements. En moins d’un mois,
du 29 mai 1842 au 26 juin, Basile
Mangeard, charretier, âgé de 26 ans,
qui faitlesujetdel’obs. V. deM. Saint-
Laurent, a pris par laboucbe72gram-
mes de sulfate de quinine ( 2 onces
3 gros), et cela, sans interruption
du remède un seul jour. On a com-
( 313 )
niencu a 1 gramme 20, portés le
cinquième jour à 2 grammes 20, puis
à 3 grammes, puis à ♦ grammes, où
il a .été mainleou pendant 8 jours, et
enfin à dose décroissante jusqu’à ta
cessation. Chez les deux individus de
la dernière série qui ont succombé,
le sulfate de quinine a été administré
dès l’entrée, à l’un, à deux gr. 40
pendant 4 jours, à 3 grammes 1 jour,
et à 4 grammes jusqu’à la mort; à
l’autre, 3 grammes le premier jour,
4granimespendant3jours, elOgram-
mes ensuite jusqu’à ia mort.
Ces détails étaient importants à
connaître, car il faut bien que nos
lecteurs puissent tirer avec nous la
conséquence de tels faits.
.\ous signalerons comme dignesde
remarque quelques effets assez tran¬
chés du sel de quinquina. Chez neuf
de ces onze malades l’administration
du sulfate de quinine a été suivie
d’une rougeur très-prononcée, avec
sécheresse de la langue accompagnée
d’une soif vive qui a été même insa¬
tiable chez un ou deux de ces neuf su¬
jets; clicz trois il y a eu des vomis¬
sements très-abomlants qui se sont
accompagnés une fois d’une douleur
snus-sternale et épigastrique forte,
qui a obligé à cesser le remède. Chez
huit malades il y a eu une diarrhée
(|u’on a pu attribuer au traitement;
elle a été très-abondante trois fois, et
modérée trois antres. En dehors des
organes gastro-intestinaux, il a été
noté encore une action évidente sur
le rieur : trois malades surtout ont
présenté un abaissement plus ou
moins considérable du pouls, tantôt
immédiatement après le premier jour
du traitement, tantôt seulement quel¬
ques jours après. Le sulfate de qui¬
nine a occasionné chez sept malades
sur onze une céphalalgie qui chez
trois a été très-intense, et persistante
chez les quatre autres.
Mais un phénomène remarquable
dû au sulfate de quinine, sur lequel
nous avonsdespremiers donné l’éveil
enl8l0{voyez Bull.de Thér.,t. XIX,
p.382),cesontlestinlementsd’oreilles
et la surdité. On les a constatés sous
l’inlluence de l'administration du re¬
mède chez dix des onze malades.
M. .Saint-Laurent ne mentionne dans
sonrésumé.cesacridentsqucchezhuit
sujets, mais la lecturedesobservations
elles-mêmes nous montre bien réel¬
lement que dix malades ont offert la
surdité et les tintements d’oreilles à
un degré d’intensité très-notaltle.
Deux ou trois fois ces accidents exis¬
taient, mais légers avant le traite¬
ment; ils ont augmenté parlesulfate
de quinine, et ont persisté après sa
cessation.
Ilestimportantd’ajoutergu’il a été
tenu compte, dans l’expose qui est
présenté des effets du sel de quinine,
des symptômes ordinaires de la fièvre
typhoïde : on n’a attribué la cépha¬
lalgie, le dévoiement, etc., etc., au
traitement que lorsque leur intensité
ou leur apparition ont coïncidé avec
l’administration du remède.
Si l’on avait toujours cédéaux désirs
de M. Broqua, dit en terminant M.
Saint-Laurent, on aurait eu à citer à
l’Hôtel-Dieu un bien plus grand nom¬
bre de guérisons, car ce médecin est
disposé à donner le sulfate dequinine
aux malades qui présentent les plus
légers symptômes ayant quelque
analogie avec les symptômes d’in¬
vasion de la fièvre typhoïde ;
mais comme il était arrivé sou¬
vent que de simples boissons aci¬
dulées avaient mis le malade, au
bout de 4 ou 5 jours, en état de sortir
de l’hôpital, il est certain que, si le
sulfate de quinine eût été administré,
on lui aurait tout assi bien attribué
la guérison. Ce n’est donc que dans
les cas d’une certaine gravité que l’on
pouvait juger la méthode. Dans ces
cas même, il ne faut pas se laisser abu¬
ser par la tolérance apparente de cer¬
tains malades ; il suffit qu’on lui ait vu
provoquer des accidents du côté de
l’estomac et de l’intestin, et du côté
du cerveauchezquelquessujels, pour
qu’on doive, selon M. .Saint-Laurent,
s’abstenir d'employer le sulfate de qui¬
nine dans les cas où d’autres moyens
sont pourlemoins aussi bonsquelui.
Quant à son administration dans les
cas réellement gravas, sa supériorité
est-elle si grande qu’on doivelepréfé-
reràtouteautre médication?Les ob^
servalionsdeM. Saint-Laurent (deux
morts sur trois malades) ne le portent
pas, on le conçoit bien, à se pronon¬
cer pour l’afiimiative. {^■irchiues de
Médecine, septembre 1842.)
FIÈVRE typhoïde chez une fem¬
me de cinquante-six ans. M. Cho-
mel déclarait en 1834, dans son ou¬
vrage sur la lièvre typhoïde, qu’il ne
connaissait pas un seul exemple au¬
thentique de cette maladie chez un
sujet ayant dépassél’àgede cinquante-
cinq ans. Cependant, en 1837, M. Prus
a présenté à la Société de médecine
l'observation d'une femme morte de
la fièvre typhoïde à l’âge de soixante-
( 314 )
quatorze aus. Aujourd’hui, M. Rayer
vient de mettre sous les yeux de l’A¬
cadémie les pièces anatomiques pro¬
venant dei’autopsie d’une autre fem¬
me qui a succomiié le second jour
de son entrée dans ses salles, à la Cha¬
rité, à la lièvre typhoïde la mieux ca¬
ractérisée. Une quinzaine de plaques
de Péyer, de diverses dimensions,
faisaient une saillie considérable à la
surface de la membrane muqueuse;
les plus étendues étaient situées à la
fin de l’iléon ; aucune ne paraissait
ulcérée. [,Siancedel’Aead. deMéd.,
septembre, 18i2.)
BÊMOFTTSIB inlermittenle.
M. Fantonetti a ainsi dénommé l’af¬
fection qu’il a eu à traiter chez deux
malades. Cette dénomination est vi¬
cieuse, comme nous l’avonsdéjà dit ;
car le médecin n’a point à traiter
ici le symptôme qui est l’hémorrha¬
gie; c’est à l’état général, à la lièvre,
iiu’il faut qu’il adresse les moyens
(le curation s’il veut triompher de la
maladie. Le résultat l'a, du reste,
prouvé à notre confrère. En cllet.que
voyons-nous ? un homme de 30 ans
(|ui, le soir, est pris d’une hémop¬
tysie qui dure une heure, et dis-
naralt. L’hémorrhagie se i’eproduit
le lendemain à la même heure. —
Saignée copieuse, glace à l’intérieur,
digitale : intermission complète jus¬
qu’au soir du Soiv jour, ou elle re¬
vient; seconde saignée. Les doux
jours suivants, à Ta même heure,
même phénoméue ; saignée, chaque
fois, c'est alors que M. Fantoneiyi
administre 1 gram. SO rentigram, de
sulfate de quinine, en huit prises,
dans l’intervalle; l’hémoptysie ne se
reproduit pas. médicament est
continué encore deux jours; les ac¬
cidents ont cessé. Comme on le voit,
la puissance du quinimina a été ici
aussi souveraine que l'incfiicacité do
traitement antiphlogisti(|ue le plus
actif a été démontrée. La seconde
observation a pour objet une jeune
femme de 26 aus, nouvellement ac¬
couchée. Cette malade, en outre de
riiémorrhagie intermittente, offrait
quelques symptômes thoraciques
d’apparence inflammatoire; niais,
évidemment, ces symptômes étaient
trompeurs, car cinq saignées coup
sur coup n’ont pu les enrayer, tan-
disqneqnelques grains deseldequin-
quina les ont fait disparaître avec tes
accèshémorrhaglques. On voit encore,
chez cette dame, le crachement de
sang, atTètë |>ar le quinquina, repa¬
raître dès i(u’uu suspend le médica¬
ment , pour cesser de nouveau dés
qu’on recommence à l’administrer.
Mais l’histoire des derniers jours de
la maladie est bien autrement déci¬
sive pour éclairer la nature de l’af¬
fection. Après une inge-stion prolon¬
gée du quinquina, l’économie tout
entière ressent l’influence tonique de
cet agent, et le système circulatoire
manifeste, par les signes les moins
douteux, une excitation générale ; et
néanmoins, quelque influence qu’ait
un pareil état pour établir une fluxion
sanguine, à plus forte raison pour
faire reparaître celle qui venait à
peine de s’éteindre, la convalescence
suit [laisiblemeut son cours, et une
guérison rapide vient nous montrer
que le principe du mal ne procédait
pas d’une surexcitation de l’organis¬
me, mais, au contraire, d’une dis¬
position spécifique que le quinquina
a neutralisée, bien que son action
elle-même ait produit, dans ce cas,
une surexcitation véritable. ( Ga¬
zette médic., septembre 1812.)
HERNIE ÉTRAN&EÉE réduite
par l’arrosion d’éther. L’un des
moyens rationnels employés pour la
réduction des liernies étranglées ,
c’est le froid. La glace, la neige en
applications locales ont, dans plus
d’une occasion, amené la rentrée de
l’intestin. N’e.st-ce pas à l’action ré¬
frigérante do l’éther que M. le doc¬
teur Vigier d’Amfreville ( Calvados)
a dfl la disparition de la hernie étran-
S lco dont il va être question? Nous
! croyons. Voici le cas : lo28 février
dernier, au matin, notre confrère est
appelé auprès d’un homme de 56 ans,
chez lequel une lioriiie inguinale
droite, qu’il portait dopiiisdouzc aus,
s’était étranglée depuis la veille, à
onze heures du soir. Ce malade avait
des vomissements abondants, et la
tumeur était considérable. Il tenta
de réduire la hernie, mais il ne put
y parvenir. Avant de proposer l’opé¬
ration, il songea à pratiquer sur toute
la tiimutir des irrigations continues
d’éther. En même temps que le li¬
quide tombait, il frictionnait Ifeère-
ment la partie. 20 grammes diether
furent employés de cette manière : le
malade s'endormit; à son réveil, au
bout de deux heures, il trouva la
hernie moins tendue; à six heures
du soir, 20 autres grammes d'éther
furent dépensés de la même façon ;
le sommeil suivit comme le matin,
«t qtraod le sujet s’éveilla, la hernie
( 315 )
était complùteiiienti'éduile. C'eslaiix
seules imgations tl’éthev que M. Vi-
gier fait bouueiir de celte guécisoii.
Nous avons dit onnimeiit nous com-
preiiiéiis les effets de ce moyen. (Jouv.
rfe Mid. et CMr'. prat., seutembre
1812.) ___
HTDARTBROSE volumineuse du
genou (De l’incision sous-cutanée
apptiqùéeau traitement d'une). Plu¬
sieurs chirurgiens ont bien déjà ap¬
pliqué avec succès la méthode des
incisions sous-culanées à des collec¬
tions séreuses peu étendues, telles
(|u’(m les observe dans les bourses
muqueuses par exemple ; maisaucun,
<iue nous sachions, n'avait osé, avant
M. Goyrand d’Aix, s’en servir contre
le.s vastes épancbementsintra-articu-
laires; aussi lira-t-on avec intérêt
l’observation qui suit.
Augier, âgé de cinquante et un ans,
lit, au mois de septembre 18ti, une
chute sur le genou droit, à la suite
de laquelle l’articulation resta dou¬
loureuse pendant quelques jours, et
cjuand la douleur se dissipa, il resta
iiu gonflement et de la gène dans le
mouvement. Cependant cet homme
reprit ses travaux. Le 27 décembre
suivant, le genou ayant continue à se
tuméller de plus en plus chaque
jour, Augier entra à l’hOpital d’Aix.
A celle epoqiie, l’articulation a un
volume considérable, il y existe' un
épanchement synovial qui soulève la
rotule et les expansions aponévroli-
quesqu! s’insèrent à cet os, ainsi que
la partie inrérletiredn triceps crural :
il ne pouvait exister aucun doute
sur la nature de l’affection. — Nous
avions affaire, dit M. Goyrand, à un
épanchement articulaire non suscep¬
tible de résorption, comme les épan¬
chements synovio-sanguinolents, qui
se rorment immédiatement après
((u'un article a subi une contusion.
Dans le cas présent, la contusion
avait déterminé une véritable hydar-
throse. Connaissant par expérience
l’inefficacité du traitement médical et
le danger de la ponction directe, je
résolus de vider l’article par une in¬
cision sous-culanêe, et de tâcher en¬
suite de prévenir la reproduction de
l’épancfaemenl par une cumpresslon
convenable. »
En conséquence de cette manière
de voir, M. Goyrand pratiqua l’opé¬
ration ainsi qirll suit, — Le 27 dé¬
cembre il souleva la peau de la cuisse
au-dessus de la partie supérieure ex¬
terne de la tuméitr eu un Mrge pli
traiisver.sal qu’il contia à un aide,
ensuite il reloula le liquide en haut
on pressant de la main gauche sur la
rotule et sur la partie inférieure de
la tumeur, dont la partie supérieure
se trouva ainsi fort distendue. Un
lii.stouri à lame étroite, tranchantdans
une longueurdelroiscontimèlres seu¬
lement, fut plongé à travers le feuil¬
let supérieur du pli cutané jusqu’au
talon ; le bistouri était émoussé par la
lime dans le reste do sa longueur.
Glissant ainsi sous la peau l’instru-
mciit, l’opérateur incisa à plein tran-
cliant l’aponévrose, les portions ex¬
terne et moyenne du triceps et le
cul-de-sac supérieur externe de la sy¬
noviale.
L’articulation étant ouverte, il lit
exécuter à son bistouri un mouve¬
ment de demi-rotation qui dirigea le
tranchant en avant, puis il débrida
de la cavité articulaire vers la peau
toutes les parties profondes, de ma¬
nière à donner à l’incision une éten¬
due de 15 à 18 millimètres. Le bis¬
touri fut alors retire, et le pli de la
peau fut lâché : le retrait de celle-ci
lit remonter la plaie cutanée à 4 cen¬
timètres au-dessus de l’incision pro-
fbnde, celle plaie n’a guère que 2 mil¬
limètres d’étendue. — Une légère
pression exercée sur la tumeur fit
sortir un peu de synovie qui entraî¬
na quelques bulles d’air qui avaient
Iiénetré sous la peau et se trouvaient
entre la piqûre do celle-ci et l’inci¬
sion profonde. M. Goyrand ne cher¬
cha pas à évacuer la synoviale qui,
une fois Inflllrée dans le tissu cellu¬
laire de la cuisse, devait être bientôt
résorbée.
Ce chirurgien nous apprend que
le surlendemain de l’opération, la ro¬
tule put être appliquée contre la
trochlée fémorale, qu’il n’y avait plus
de liquide dans l’article, et qu’une tu¬
meur non iluctuantc, résultat de l’in-
lillratloü de lasynovie, existait dans le
tissu cellulo-adipeux interposé entre
le fémur, la synoviale et rextrémité
inférieure du triceps crural. La com¬
pression fut établie sur le genou au
moyen de bandelettes imbriquées;
un bandage roulé fut placé sur toute
la longueur du membre au-dessous
du genon. La compression fut con¬
tinuée jusqu’au 15 janvier, et lé 8,
le malade marchait sans gène et sans
douleur. LetSllquiitarhSpital; {.An¬
nal. delà Chir., septembre 1812.)
— Tout en applaudissant à l’heu¬
reuse lentnlive de M. Goyrand, et en
le félicitant de la voie nouvelle qu'il
( 316 )
semble ouvrir à la méthode des inci¬
sions sous-cntanées, nous ne pouvons,
dans l’espèce, partager entièrement
ses idées de thérapentique médicaie.
Sa manière de raisonner sur la na¬
ture de répanclienient et sur son in¬
curabilité, quoi qu’on fasse, ne nous
a nullement convaincus. Son expé-
rience|lui a démontré, dit-il, l’impuis¬
sance du traitement médical contre
l’affection dont il s’agit; mais nous
lui demanderons d’abord de quel
traitement il veut parler, puis, ce
point éclairci, nous insisterons pour
connaître l’esprit dans lequel le trai¬
tement aura été dirigé; car ne sait-on
pas que l’insuccès en lliérapeutique
dépend souvent bien moins do l’inefli-
cacité des moyens que de leur mode
d’adminislrati'on;? Pour nous, peu
d’accord en cela avec M. Goyrand,
nous iiensons qu’avant de recourir à
une opération qui, en définitive, ne
laisse pas (pie d’offrir quelque dan¬
ger, le chirurgien devra préalable¬
ment mettre en œuvre toutes les res¬
sources médicales, convaincus que
nous sommes que l’expérience nous
donnera le plus souvent raison contre
l’assertion tant soit peu hasardée du
chirurgien d’Aix, surtotit s’il s’agit,
comme chez son malade, d’un épaii-
chement synovial simple, n’existant
ps depuis longtenqis, et qu’aucune
h'sion anatomique appréciable ne ve¬
nait compliquer. Nous profiterons de
celte occasion pour signaler, en les
condamnant, les efforts d’envahisse¬
ment de la chirurme militante dans
ledomainede la médecine: sans doute,
les innovations par le fer ont un grand
retentissement; mais lorsqu’elles sont
tenti'es sans discernement et uniipie-
ment en vue des suffrages de la pu¬
blicité, nous rappellerons à nos con¬
frères que ces démangeaisons opéra¬
toires entraînent trop loin ; que la
chirurgie est avant tout conservatrice,
et (jue les succès obtenus par les voies
médicales sont plus profitables à l’hn-
manité et plus satisfhisants pour la
conscience du médecin qui a quelque
souci de la dignité de l’art qu’il pro¬
fesse. ,_
kystes des os maxillaires. En¬
trevue par Hunier et Bordenave,
l’existence des kystes des os ma.xii-
lairesa été surtout bien constatée par
Dupuytren, dont les travaux ont jeté
de vives lumières sur le diagnostic
et le traitement de ces produits mor¬
bides, confondus avant lui avec des
maladies essentiellement différentes.
et surtout avec l’osléo-sarcôme. Le
travail le plus récent sur ce même su¬
jet est de l’un de nos collaborateurs,
M. le docteur A. Forget; il résume très-
judicieusement les faits nombreux
épars dans la science, les corrobore
par des observations originales, et de
cesélémenls divers qu’il soumet préa¬
lablement au contrôle d’une sévère
analyse, il déduit pour les kystes os¬
seux' des lois générales de pathogénie
qu’il faitservirdehaseàleurclassiflca-
tion anatomique, fait capital de leur
histoire, puisqu’il est lui-même une
source féconde d’indications pour la
thérapeutique ([ni devra se modifier
suivant la nature du produit morbide
auiiuelelle s’adresse. Ainsi M. Forget
distingue parmi les kystes à çroduits
liquides, des kystes séreux, séro-san-
guins, muqueux etpnrnlents; et parmi
ceux à produits solides, des kyslesli-
brenx, fongueux, sanguins, et fibro-
carlilagineux. Or, cette division, loin
d’être théorique, repose sur l’observa¬
tion directedes faitseux-mêmes. C’est
encore l’observation qui démontre à
l’intérieur des kystes osseux l’exis-
tenced’iinemembranedont les carac¬
tères varientcommeceux desliquides
qu’elle renferme. Lisse, polie, analo¬
gue aux séreusesquanci delà st'rosité
baigne sa surface, elle est épaisse et
tomcntcuse quand la sérositéesl mt'-
lée à du sang ; enfin elle est rouge et
d’apparencemuqiieuse lorsqu’elle sé¬
crète du pus.|Cette disposition anaio-
miqueesltr(’'s-inléressanleàconnatlre
en pratique, puisque c’est de la des-
tructiou complètede cette membrane
accidcntelleque dépend renlie'’re gué¬
rison du kysteosseux,etqu’en laissant
siibsistcrquelquepartie on s’exposeà
voir s’établir des fistules qui la retar¬
dent indéfiniment.
C’est à ce genre de kystes osseux
à produits liquides qu’appartient ce¬
lui dont nous trouvons l’histoire rela¬
tée parM. Mirault dans le Bulletin de
la Société de médecine d’Angers :
M. A. porte nne tumeur derrière
la lèvre supérieure; son origine re¬
monte à douze ans environ : située
derrière la base du nez et le bord
adbérentde la lèvresupérieure qu’elle
soulève fortement, elle a pour ainsi
dire changé en museau cette partie
du visage. Arrondie, égale, non cré¬
pitante, élastique, dépressible, elle
est évidemment formée par une lame
osseuse recouverte de la membrane
muqueuse; elle s’avance à deux cen¬
timètres (le chaque côte de la ligne
médiane dans le sillon alvéolo-labial.
( 317 )
Les deux grandes incisives sont va- an après la seconde opération, cette
cillantes. En arrière, la voûte du pa- cavité offrait encore la moitié des di-
lais, saillante et convexe, a subi une mensions qu’elle présentait lors de
sorte d’affaissement, sa consistance est cette operation, sans qu’il résultat
normale; près de l’orifice antérieur d’ailleurs pour le malade aucune In¬
des fosses nasales, le plancher de ces commodité de la présence de celle
fosses est soulevé et forme une vous- espèce de siuus accidentel,
sure. Le diagnostic s’étant arrêté sur Celte observation nous conduit à
la présence d’un kysteosseux, M. Mi- remarquer, dans l’intérêt du diagnos-
rault plongea dans la tumeur un bis- tic des kystes osseux, que la crépila-
touri droit : celle ponction fut suivie lion de leurs parois, donnée par Du-
de l’écoulement d’un liquide trouble, pnytren comme signe pathognomo-
épais, inodore et tachant le linpje en nique, n’existait pas chez le malade
jaune. L’exploration du kyste à l'aide de M. Mirault. Déjà M. Forget avait
d’un stylet constata qu’il ne commu- signalé son absence dans trois cas
niquaitavec aucune des cavités nalu- qu’il arapportés, et l’explication qu’il
relies, et qu’il pouvait los»er aisément donne de la contradiction qui règne
une amande. Le chirurgien pratiqua à cet égard entre les observateurs
une contre-ouverture a l’extrémité repose sur les différeuces offertes
opposée de la tumeur et y passa un par les parois osseuses de ces tumeurs
séton, dans le but de procurer une aux différentes phases de leur evo-
issuo permanenteau fluide, et d’ame- liition. C’est qu’en effet au début
ner consécutivement l’oblitération du l’os faiblement dilaté conserve son
kyste. Il aida l’action du séton par épaisseur et son inflexibilité, et ce
une compression faite sur la lèvre n'est qu’après que le kyste a pris un
antérieure avec des compresses gra- accroissement considérable que ses
duées, en même temps qu’il recoin- parois se parebeminent et qu’elles de¬
manda au malade de presser souvent viennenlcrépilanlcs. — .\ussi s’expo-
avec son pouce sur la portion pala- serait-on à une grave erreur, si de
line de la tumeur. l’absence de ce signe on concluait à
Sous l’influence de ces moyens, la non-existence d’un kyste osseux.
M. Mirault nous apprend que trois L’impuissance de la première opé-
mois s’écoulèrent sans résultats im- ration pratiquée par M. Mirault chez
portants; le pus séjournait dans le son malade démontre on no peut plus
kystequi s’affaissa fort peu et ne mon- clairement la nécessité de détruire
trait aucune tendance à s’oblitérer.— par suppuration la membrane interne
C’estalorsquelechirurgienoHvritlar- de ces kystes, et de préparer aux li-
geraent sacavitéavecun fort bistouri, quides qu’eile sécrète une voie d’é-
etqu’yayantconstalél'exislenced’une coulement large et facile. C’est pour
membrane rouge, lisse et mince, il celaqu’enthësegénéraleilestindiqué
y introduisit des bourdonnets de d’enlever une portion de leurs parois,
charpie pour déterminer i’inflamma- celle où l’amincissement et par con-
tion exfoliatrice de celle-ci. — Plus séquent l'altération de l’os parait le
tard il eut recours à des topiques plus avancée, et en ayant soin autant
excitants, à l’emploi du nitrate acide qu’il est possible d’agir sur le point
de mercure. — La diminution de la le plus déclive de la tumeur. Enfin,
tumeur se fit progressivement, et au lorsque raffaissemeut du kyste ne
bout de deux mois elle était du tiers s’effectue pas, etque ses parois restent
de son volume primitif. Le soulève- épaisses et saillantes longtemps après
ment du plancher des fosses nasales, l’opération, comme cela a eu lieu chez
la saillie de la voûte palatine, et l’es- le sujet de l’observation qui précède,
pèce de tendance résultant de la pro- ily a de l’avantage alors à fairesubir
éminence du nez s’étalent pour ainsi à l’os maxillaire une résection sui-
dire dissipés. Le bord alvéolaire raf- vaut son épaisseur, à regiiairir eu
fermi avait consolidé les incisives un mot par le rclranchemeiil des pa-
dont le malade pouvait alors se servir roisdu kystequi restent ainsi en sail-
pour diviser ses aliments. La suppu- lieà la surface ; le tissu osseux devient
ration diminua beaucoup, elle devint ensuilela base d’une cicatrisation plus
muqueuse. prompte et plus certaine. ( Thèse par
L’ouverture du kyste réduite de le docteur A. Forget, juin 1810, et
moitié était recouverte et fermée par Bull, de la Soc. de méd. d'Angers,
la lèvre supérieure qui s’opposait 18il-i2.)
ainsi à l’introduction des aliments _
dans sa cavité; disons toutefois qu’un
( 318 3
1.12XAT10N de Vextrémilé externe
de la eiavieuie au-dessous de Vapo-
physe Boraco'idsi Bien que le fait sui¬
vant soit en opposilion formeile avec
l'opinion généralement admise an su¬
jet des luxations de l’extrémité sca¬
pulaire de la clavicule, le cachet de
véracité qui le distingue et la sanc¬
tion que lui a donnée la Société de
médecine deLyon en l'inscrivant dans
son Bulletin, nous engage à le sou¬
mettre à l’appréciation de nos lec-
II s’agit d’un homme de soixante-
dix ans qui, à la suite d’une chute,
dans laquelle l’épaule gauche porta
sur l’angle d’un coiTre, ourit lessymp-
tômes suivants :
Affaissement de l'épaule gauche,
inclinée un peu en avant et en bas;
le membre pendant contre le tronc
se porte racilcment dans tous les sens,
excepté en haut et en dedans. Mesuré
de la saillie acromiale à l’épicondyle,
le bras a la même longueur que ce¬
lui du côté opposé. Relief très-mar¬
qué de l’acromion et de l’apophyse
coracoïde que l’on sent libre sous les
téguments. Aulicud’unesaillic, com¬
me elle existe du côté droit, à gau¬
che on constate une dépression sur
le trsqet de la clavicule; le doigt,
promené dans la direction do cet os,
constate la présence do son extrémité
acromiale dans l'aisselle. Ecchymose
et douieurdansla région coraco-acro¬
miale. En arrière, saillie formée par
l’angle inférieur et le bord interne
de romoplate; cette saillie disi)aratt
facilement quand on relève l'épaule
en la portant en arrière. Cette ma¬
nœuvre permet aussi de reconnaître
la présencé de l’extrémité de la cla¬
vicule en dedans du col de la cavité
glénoïde. A ce signe, le docteur Pin-
jon, médecin à Chamelet, et auteur
de l’observation, n'hésita pas à ror
connaître une luxation de l’extrémi¬
té scapulaire de la clavicule au-des¬
sous de l’apophyse coracoïde. Par
quel mécanisme cet os, si invariable¬
ment fixé, au moins en apparence,
par les ligaments coraco-claviculaires
et ceux qui l’unissent à l’acromion,
a-t-il pu perdre si complètement et
dans une direction que les auteurs
n’ont pas même prévue, ses rapports
de contiguïté? Voici l’explication
qu’en donne M. Pinjon. La douleur
et l’ecchymose de la région acromio-
claviculaire établissent que dans la
chute l’épaule a été renversée en ar¬
rière par un choc violemment im¬
primé a l’omoplate en avant. I.a cla¬
vicule, entraîntîe dans le même mou¬
vement, aurait été retenue par les
premières côtes, et les ligaments qui
rnnissent à l’omoplate auraient été
brisés d’autant plus aisément, que
chez notre blesse, ainsi que chez tous
les vieillards, le tissu fibreux avait
dû perdre celle élasticité qui seule
en rend la rupture si difficile. Ce pre¬
mier temps de la luxation une fois
opéré, on comprend comment l’effort
vulnérant, continuant son effet et
poussant l’épaule en dehors, la clavi¬
cule libre alors a pu passer au-devant
de l’apophyse coracoïde et se placer
devant les tendons qui s’y insèrent
en les refoulant en arrière. — En
présence de ce fait pathologique et
du mécanisme desondéveloppement,
fort bien déduit des circonstances
concomitantes des signesactuels, que
devait faire le chirurgien? Dégager
l’extrémité scapulaire de la clavi¬
cule, et ramener cet os dans sa ligne
de direction normale. C’est ce que
tenta de faire à plusieurs reprises
M. Pinjon en portant fortement l’é¬
paule en arriére et en dehors, en
même temps qu’il soulevait la clavi¬
cule pour lui faire fianchir l’apophyse
coracoïde.
Après plusieurs essais infructueux,
l’opération fut remise au lendemain;
mais le blessé, fort impatient, se ren¬
dit auprès d’un rhabiiieur en grand
renom dans le i>ays, et ne permit pas
à M. Pinjon de compléter son œii-
vre.Sculemenl,ilasu plus tardquela
réduction était complète.—Nous re¬
grettons que notre confrère n’ait pas
pu constater ItU-même la suite de
cette réduction, si toutefois elle a eu
lien, fort satisfaisante au point de
vue étiologique et séméiologique.
Son observation laisse beaucoup à
désirer sous le rapportdu traitement ;
aussi est-il à souhaiter que de nou¬
veaux faits viennent compléter l’his¬
toire de celte luxation, dont l’im¬
possibilité avait été justiu’à ce jour
acceptée sans répliquées; verio ma-
gistri. {Joum. de méd. de Lyon,
septembre 18ia.)
MOXA fait avec la chaux vive.
Voici un nouveau procédé, dirons-
nous , d’ustion ou de cautérisation,
imaginé par on médecin anglais, M.
Osbone, et qu’il propose dans le
Dublin Journal pour remplacer le
moxa ordinaire. Ce moyeu consiste
dans l’emploi de la chaux vive. Un
fragment de celte substance d’un i/i
ponce d’épaisseur à peu près, mais
(319)
aussi fralclieque passible (cette con¬
dition est essentielle au succès de
l’opération), est placé dans un porte-
moxa, ou sur une carte percée d’une
ouverture circulaire. On applique •
l’instrument sur la peau. Au moyen
de quelques gouttes d’eau, la chaux
se gonfle immédiatement, et il se
dégage une chaleur dont l’intensité
est évaluée à 500» Fahrenheit. Il faut
avoir soin de retirer la substance al¬
caline avant que tout le calorique
qu’elle peut donner sesoitdévoloppé,
caria totalité du derme pourrait as¬
surément être détruite. Suivant le
temps qu’on la laisse, on obtient une
escharre plus ou moins épaisse. Ce
genre de moxa est, dans plusieurs
cas, préférable, suivant M. Osboue.
II produit instantanément une cha¬
leur intense, et l’on a l’avantage d’une
action rapide et profonde, en même
temps que le malade n’est jtas elfrayé
par l’aspect du fer et des étincelles in¬
séparables des corps en ignition. —
Tout cela est très-bien, ajotiterons-
nons; mais le plus souvent, quand
il a recours au moxa, le praticien
veut, au contraire, une action lente
et progressive; cars’il nes’agissait que
de produire une escharre, il aurait
le eautèr eactuel, le marteau à l’eau
houillantc, etc.
caciléde la bella-
y a déjà plusieurs
années qu’on’ a utilisé la propriété
sédative que possède la belladone
sur la contractilité des tissus. On
a employé avec avantage ce médica¬
ment pour faciliter la réduction des
hernies étranglées; on y a eu re¬
cours dans les contractures doiiiou-
reu-ses du sphincter du rectum, etc.
On n’a qu’à consulter nos tables,
et l’on y trouvera de nombreuses
et intéressantes observations. En
183i, M. Slazade, à Anduxe fGard),
signala les services que la belladone
lui avait rendus dans le paraphimo-
.sis. (Bull, de Thêr., t. VII, p. 67).
Aujourd’hui, M. Chabrely a appliqué
la même médication au phimosis. A
la suite d’une blennorrhagie avec
balanite, un ouvrier, âgé de 25
ans, avait vu son prépuce se tumé¬
fier outre mesure, et l’orifice était à
Î ieine assez grand pour permettre à
’urine découler goutte à goutte. On
avait proposé la circoncision. Cet
homme fil des onctions réitérées sur
la partie engorgée avec de la pom¬
made mercurielle belladonée; le len¬
demain, il V avait un mieux notable.
et au bout de huit jours le dégonfle¬
ment était complet ; le gland put être
découvert. Le fait suivant doit en¬
core êl,re enregistré. Un ouvrier, âgé
de 22 ans, avait un phimosis intense,
et de plus des chancres nombreux à
la racine du gland. M. Chabrely fit
pratiquer des onctions réitérées sur
la verge et le prépuce avec de l’on¬
guent napolitain belladoné.En même
temps, il employa des injections in-
lerprépiiciales avec une solution de
sublimé à la dose de 10 centigr. par
30 grammesd’eau, donna la tisane de
salsepareille et le sirop de Larrey à
l’intérieur. Au bout de quatre jours,
les douleurs avaient diminué; 1’^
coulement purulent était moindre;
mais il fallut un mois pour que le
gland fût découvert. Les chancrés
étaient cicatrisés, et l’affection sy¬
philitique qui, il faut l’ajouter, avait
déterminé deux bubons (lu’oii avait
fait avorter par cauléii.iiitiou avec, la
potassecaustique, était com|déteiiient
guérie. (Bull, méd. de Bordeaux,
septembre 1812).
RATAIttHIA ( Sur l'emploi d’une
nouvellepréparalion de). XI. le doc¬
teur Levrat aîné, de Lyon, préconise
comme possédant à lin degré très-
élevé la propriété astringente une
préparation de ralanhia qiril appelle
extrait de ratanhia sutfatisé. Celte
préparation consiste tout simple¬
ment à traiter le ratanhia par l’alcool
sulfurique. On obtient un extrait
brun, se dissolvant très-bien dans
l’eau distillée qui, mise sur la langue,
donne le sentiment d’une attrition
prompte, suivie de chaleur et de sé¬
cheresse. M. Levrat emploie depuis
longtemps ce roédicamenl dans les
hémorrhagies passives de toutes es¬
pèces, et particulièrement danscelles
de l’utérus, qui reconnaissent pour
cause l’inertie à la suite de quelques
accouchements laborieux et des avor¬
tements. Il l’a fait prendre avec suc¬
cès, à l’Hôtel-Dieu, à plusieurs fem¬
mes qui se plaignaient de pertes
rouillées et continuelles. Lorsque la
leucorrhée et la blennorrhée ne sont
autre chose qu’un catarrhechroiiique
de la membrane muqueuse génito-
urinaire, l’extrait de ratanhia sul-
fatisé a toujours produit le meilleur
effet. La dose à laquelle il le pres¬
crit est de 30 à 60 centigr. par jour,
étendus dans 180 grammes de véhi¬
cule, à prendre par cuillerées à bou¬
che à des intervalles plus on moins
rapprochés, selon la gravité des cas
( 320 )
et l’éial de calme ou d’irritation de
l’appareil gastrique. Rarement il a vu
les pertes utérines tenant à l’inertie
de l'organe résister à i’emploi de 90
centigrammes de cet e-itrait, pris en'
düTérentes doses et continué quel¬
ques jours. Chez la plupart dos ma¬
lades, l’ingestion de l’extrait de ra-
thania sulfatiséest suivie d’une sen¬
sation particulière de chaleur au
creux de l’estomac, sensation qui
n’arrive jamais jusqu’à la douleur.
La soif devient pressante, le malade
désire des boissons fraîches ; le pouls,
ordinairement si faible dans les hé¬
morrhagies passives, se relève et
prend bientôt le caractère gastrique.
Gel étal morbide n’a qu’une durée
éphémère; (juelques verres d’oran¬
geade de décoction de guimauve le
font cesser en peu de jours. Dans ies
pertes effrayantes qui ont lieu immé¬
diatement après la délivrance, celle
préparation a donné à M. Lovratdes
succès qui semblaient tenir du pro¬
dige. Dans la Idennorrhée chronique,
qui est si souvent rebelle, il a eu de
bons résultats au moyen des injec¬
tions à la dose de 15 à 30 centigram¬
mes d’extrait de ratanhia sulfatisé par
demi-litre d’eau d’orge miellée. Ces
injections déterminent d’abord de
l’irritation dans le canal de l’urètre;
S uaiid elle est arrivée à un certain
egré, il faut cesser les injections et
les remplacer par des bains locaux
et généraux. Au bout de quelques
jours, la malade est guérie. ( Journ.
de médecine de Liion , septembre
1842).
VARIÉTÉS.
— Tous nos confrères civUs cl militaire.s apprendront avec une vive
satisfaction que les noms de Percy, de Dosgenetlcs et de Larrey ont été
inscrits sous les voûtes de l’Arc-dc-Trioniplie de la Ijarricre de l’Ktoilc
parmi ceux des hommes dont la France consacre le souvenir à rimmor-
talité pour la part qu’ils ont prise, dans nos grandes luttes, à sa gloire
et à ses succès.
— La mort de Larrey avait laissé une place vacante au coaseii supé¬
rieur de santé : M. Bégin, premier professeur et chirurgien en chef du
Val-de-Grâcc, a été nommé pour l’occiipcr. Tous les médecins applau¬
diront à un si excellent choix. MM. Pasquier fils et le haron Michel ont
été nommés membres adjoints de ce conseil. M. Baudens remplace
M. Bégin au Val-de-Gràce.
— M. Moulinié, l’un des chhurgiens de province le plus justement
en réputation, chinu gien en chef de l’hôpital Saint-André de Bordeaux,
est mort subitement, le 4 septembre dernier, à l’âge de cinquante-cinq
— Les dernières nouvelles de la Havane apprennent que la lièv re
jaune y fait des ravages.
— Un journal de Cadix annonce que la peste, ou plutôt la maladie
appelée bubon, vient d’apparaître eu Portugal.
Ebbata. — Il s’est glis^é une petite erreur lypcgrapbique dans le deruier
artiele de M. Ricord sur l’iodure de potassium. Page 109, ligne 2<-, on lit :
« La médication doit être surtout changée » ; c’est « souvent c'aangée » qu’il
faut lire.
( -321 )
THÉRAPEUTIQUE MEDICALE.
»ES MÉDICATIONS SECONDAIRES DANS LE TRAITEMENT DES MALADIES.
Quand la scicHce de Bonnet, de Morgagni, poiusuiA-ant ses décoii-
YeiTKî, eut déroulé le tableau à peu p-ès complet des lésions divei-scs
<jue laissent dans les tissus les nombreuses maladies qui frappent l’orga¬
nisme vivant, on put ci'oire qu’une tliérapcutiqiie noiwelle allait sortir
de ce foyer de lumières jusque-là inexploré. L’incertitude des résultats
des médications les plus habilement dirigées, la mobibté des théories,
dont les plus complètes laissent à tous les faits qu’-dles aspirent à ex¬
pliqua i*n cité pofondement obsem-, sont les deux causes principales
qiH, dæis notre science, disposent les esprits à accepter facilement d’a¬
bord toute conception nouvelle. L’anatomie pathologique, en faisant
toucher du doigt les lésions subies par les organes dans les maladies, en
rattachant les phôiomènes, par lesquels celles-ci se traduisent à l’ob-
seivation, aux lésions que le scalpel constate après la mort, devait faci¬
lement frire illusion à des esprits fatigués de mai<chcr au but de la
science à travers les théories les plus contradictoires. Jamab, dans le
■cours -des siècles, aucune doctrine ne s’était produite appuyée sur un
principe aussi simple et sur un ensemble de faits aussi positlis : la mé¬
decine, à ce point de vue, n’est rien de plus, en effet, que la science
du traïuuatbme interne, c’est purement une autre face de la chirurgie.
Quand les observateurs eurent colhgé tous les faits dont se compose
l’anatomie morbide, d est simple qu’on ait cheiehé à édiiier toute la
doctrine de la science sur cette base; ou conçoit dès lors qvæ la théra¬
peutique dut tendre incessamment à se transformer en l’art de com¬
battre le traumatisme interne, qui constitue toute la maladie. Cette con¬
séquence extrême de l’école anatomique ne se trouve point sans doute
dans l’esprit de ses premiers fondateurs, mab elle y était en germe, et elle
devait tôt ou tard se produire au grand jour : tout le monde sait qu’on
veut que ce soit là une de nos gloires contemporaines. Cependant, hâtons-
nous de le dire, le nombre des hommes qui voient ainsi toute la science
dans l’anatomie pathologique diminue chaque jour, et la thérapeutique,
cnti-e les mains de ceux-là même qui s’affr anchissent le plus difficile¬
ment de cette idée, ne se subordonne plus aussi rigoureusement, ni aussi
exclusivement aux altérations organiques. Quand, par exemple, dans le
cours d’une fièvre typhoïde, on voit surgir l’indication d’un purgatif ou
TOME xxin. 9' LIV. 2f
( 3*22 )
tl'iin éuiétiquc, on ne craint plus, en général, iVobéir à celte iiulicatujn;
(juand, dans une pneumonie, on voit un peu de râle a’épitaul survivre
aux symptômes généi'aux, on ne s’abstient plus de donner quelques ali¬
ments aux malades, sons prétexte de voir se rallumer une inflammation
mal éteinte, etc. Pour marcher dans le sens de cette bonne tendance, à
laquelle inclinent chaque jour davantage quelques esprits éminents qui
s’étaient laissé entraîner dans une direction mauvaise, nous nous pro¬
posons aujourd’hui de traiter sommairement, et dans un sens exclusive¬
ment pratique, de quelques indications secondaires qui sm’gissent dans
le cours des maladies.
Dans toute maladie, la première et fondamentale incheation, c’est
évidemment de supprimer, quand cela est possible, la cause qui la dé¬
termine. Ainsi, ce serait vainement, sans doute, qu’on opposerait de la
manière la plus méthodique le sulfate de quinine à la fièvre intermit¬
tente, si l’organisme qui en est atteint demeurait placé sous l’influence
de l’effluve paludéenne qui la provoque : la soustraction de l’économie
à l’action de cette cause morbifupie est aussi nécessaire, dans ce cas, que
celle d’un organe irrité au contact d’un coiqis étranger qui s’est acci¬
dentellement logé dans son tissu. Quand cette première indication est
remplie, il en est une autr e, mais celle-ei résume en elle seule toutes les
difficultés dont se trouve hérissée noU’e science : c’est d’attaquer le mal
dans sa source, dans le foyer même d’où il ii’radie dans tous les joints
de l’organisme. Le problème, ici, se complique de toutes les questions
docti-inalesqui sont au fond de la médecine, et dont la solution préala¬
ble serait rigoureusement nécessaire pom* guider la thérapeutique dans
le dédale obscur qu’ouvre devant elle ce but à poursuivre. Nous ne tou¬
cherons point à ce problème, car ü nous faudrait soulever à la fois les
questions les plus épineuses de la science du traitement des maladies ;
nous supposons cette indication méthodiquement remplie, et allons uni¬
quement nous occuper des indications secondaires, qui se placent sou¬
vent à côté de celle-ci, et appellent, dans quelques cas, une médication
fflrecte.
Il n’est point de maladie dans laquelle on ne puisse distinguer les trois
ordres de phénomènes suivants : les phénomènes directs, ou ceux qui
manifestent immédiatement la maladie; les phénomènes sympathiques,
qui sont l’expression morbide de la vie consensuelle de l’organisme ; en¬
fin les simples phénomènes de coïncidence, qui n’ont aucun rapport né¬
cessaire avec l’affection existante. A ces trois ordres de phénomènes
correspondent trois sortes d’indications qui sont loin, sans doute, d’avoir
la même importance en thérapeutique, et dont aucune, cependant, ne
doit être négligée : c’est des deux dernières catégories de phénomènes
( 323 )
>pie naisscul cc que nous entendons ici par indications secondaires dans
le traitement des affections inorhides.
Le plus ordinah’omcnt, lorstpic, parmi diagnostic rigoureux, on a dé¬
terminé et la nature et le siège d’une maladie, le traitement institué
pour combatti e directement oelle-t:i atteint en même tœips ks pliénomè'
tics sj-mpatliiqucs, et ces pliénomèncs cessent avec la cause organique qui
les provoque et les cnti’etient. Cette loi pathologique, incontestable dans
nn giiand nombre de cas, subit cependant d’assez nombreuses excep¬
tions. Le principe de localisation, introduit dans la science par l’école
anatomique et l’école physiologique tout à la fois, en exagérant la portée
de cette loi, a fait perdre de vue les cas exceptionnels qui échappent à
son expUcation. Que si, dans la pratique, ceux-là même qui acceptent
■dans toute sa ligueur le principe fondaiiR’utal de ces deux écoles, flé¬
chissent parfois à l’endroit des conséquences forcées qui eu découlent, il
est facile de s’apercevoir que leur pratique ne concorde point avec leim
ihéoiie; ils tâtonnent, ils louvoient, ils n’agissent pas. Le s}'stème ner¬
veux, qui enlace dans sou vaste ensemble l’organisme tout entier, est,
des diveis systèmes de l’économie, celui qui s’associe le plus énergique¬
ment aux lésions isolées des divers organes dans les maladies primitive¬
ment locales. Dans ces cas, on voit fréqucinmcnt, sans doute, la loi que
nous avons précédemment indiquée recevoir d’hcurcuscs applications;
mais il en est d’autres, non moins réels, dans lesquels les désordres sym¬
pathiques de ce .système .smit lienrcusement eombattus par une médica¬
tion expressément dirigée contre eux. Sans parler des maladies aiguës,
dans lestpielles on voit si souvent surgir, du côté du système neiTcux,
les désordres les plus graves, et dans lesquelles les plus opiniâtres loca¬
lisateurs sont forcés de combattre directement les lésions secondaires,
combien n’est-il pas important de suivre la même pratique lorsqu’il s’a¬
git de ces maladies chroniques qui minent lentement l’organisme, et l’u¬
sent pour ainsi dire par tous les bouts, en éveillant de tous côtés, mais
simtoutflu côté du système nerveux, des sympaüiies morbidese Ici, ce
système témoigne la souffrance par une lésion de sensibilité; là, par un
affaissement du système musculaire, qui semble avoir perdu tonte force
de contraction. Dans un autre cas, les malades sont tourmentés par une
impressionnabilité qui rend insupportable l’influence de tout stimulant
normal ; ailleurs, le trouble survenu dans l’intimité du tissu ou dans
l’ensemble des diverses forces spéciales dont est doué cet appareil se
traduit par une insomnie opiniâtre, qui laisse sans répit l’organisme
souffrant. Daus ces divers cas, où les différents phénomènes purement
sympathiques se croisent, se combinent, se succèdent de tant de ma¬
nières différentes, la flicrapeutique doit-elle se borner à diriger ses me-
( 321 )
dications contre la lésion locale, dans l’attente de ^oir l’amélioration,
que nous supposons survenue de ce coté, étendre sou bienfait jusqu’aux
organes éloignés, en communauté de souffrance avee l’organe dans le¬
quel la maladie s’est primitivement localisée? Agir ainsi, c’est, nous le
croyons, déshériter la thérapeutique d’une partie de ses avantages.
Sans aucun doute, il faut alors mettre en œuvre toutes les ressources
dont l’ai't dispose pour combattre les localisations morbides, comme il
faut agir- de la meme manière, en s’adressant à un autre ordre de mé¬
dication, quand, derrière cette lésion locale, il y a dans l’organisme
une affection générale qui commande celle-ci; mais la thérapeutique n’a
point achevé son œuvre, quand en meme temps elle n’essaye point de
réprimer les désorth-es sympathiques développés loin du foyer primitif
du mal. Les antispasmodiques habilement ménagés, la métliode révul¬
sive dans ses divers modes d’application, les opiacés, etc., passant en
quelque sorte par-dessus la lésion locale, et s’aihcssant directement à la
source des désordres sympatlmjucs nés du côté du système nerveux, sont,
dans une foule de cas, d’une incontestable utilité. Il est un autre
ordre de moyens qu’on peut encore alors mettre à profit pour les ma¬
lades; ce sont les moyens moraux : aux idées tristes qui, dans ces cas,
préoccupent presque constamment les malades, tâchez de substituer des
idées plus consolantes et plus heureuses. Si vous savez manier avec
adresse ce letâer puissant, vous verrez plus d’une fois, sous l’influence
de ce régime moral nouveau, les principales fonctions se réveiller, se ré¬
gulariser, les forces renaître, le mal local lui-même présenter une amé¬
lioration sensible. Nous savoirs bien que, sous l’influence de tels moyens,
on ne veira point un squirrhe de l’estomac, des ulcérations intestinales,
une cirrhose du foie, des tubercules pulmonaires, etc., disparaître; mais
dans plus d’un cas on verra, nonob.stant la persistance de ces lésions,
l’assimilation, l’hématose se faire d’une manière plus complète, et les
malades jouir d’une plus grande somme de vie, si nous pouvons ainsi
parler. Sachons palliei’, quand nous ne guérissons pas; c’est encore de
la thérapeutique. Cette pratique est d’ailleui-s, à l’heure qu’il est, celle
de tous les médecins dont l’horizon intellectuel s’étend plus loin que les
quatre murs d’un amphithéâtre.
Mais s’il est un certain nombre de cas, dans les maladies locales, où l’on
peut avec avantage opposer une médication directe aux désorth-es pure¬
ment sympathiques, à plus forte raison cette règle s’applique-t-elle aux
accidents qui n’ont avec ces états morbides qu’un rapport desimpie coïn¬
cidence. Comme nous l’avons fait pour les accidents sympathiques dans
les maladies, que nous n’avons examinés que du côté du système neivcux,
nous nous bornerons encore ici à quelques faits isolés, ne pouvant em-
( 325 )
InMsser dans son ensemble cette question de tbérapculique générale.
Nous avons dit déjà que, sans partager, à l’égard de la portée des
éméto-cathartiques dans la fièvre typhoïde-, les idées de Prost, de
MM. Piedagnel et de Larroque, en général on n’hésite plus aujourd’hui
à avoir recours à l’emploi de ces moyens quand l’indication s’en pré¬
sente; et ici nous n’entendons point parler de cette influence inconnue
dans sa nature, mais évidente dans ses effets, qu’on appelle constitution
médicale, et qui parfois imprime à toutes les maladies un caractère uni¬
forme, tantôt phlogistique, tantôt bilieux, catarrhal, etc. : ü est trop
clair qu’alors il faut, sous peine de voir échouer toute tentative thérapeu¬
tique, obéir tout d’abord à cette indication fondamentale. Mais, lors même
que ces influences puissantes ne dominent point les maladies, le trouble
prolongé de la vie, l’état même où se se trouvait l’organisation quand la
maladie est venue la saisir, l’action des agents thérapeutiques employés,
ces diverses causes et plusieiu-s circonstances analogues peuvent faire
naître dans l’organisme malade des indications secondaires qu’il importe
de remplir, pour voir le jeu normal des fonctions se rétablir. Lorsque
c’est une constitution épidémique spéciîJe qui domine ainsi accidentel¬
lement la vie pathologique, la maladie en porte le caractère dès son
début, elle le conserve pendant tout son cours; les individus bien portants
cnx-memes en reçoivent souvent l’influence. Quant, au contraire, ce
n’est point à une semblalfle cause que doivent êti'e rattachés ces sortes
d’accidents, c’est surtout à la fin des maladies qu’on les voit se dévelop¬
per. Aussi, pour ne point sortir de l’exemple que nous avons d’abord cité
dans la fièvre typhoïde, lorsque cette affection marche vers sa termi¬
naison, il n’est point rare de rencontrer l’ensemble des phénomènes qui
caractérisent l’état saburral des premières ou des secondes voies. II faut
alors, sans hésiter, avoir recours aux moyens propres à faire cesser cet
état anormal. Que si, dans la crainte de ranimer la phlogose du tube
digestif, on s’abstient de ces moyens, la maladie reste stationnaire, la
prostration continue, l’appétit ne se développe point, et la convalescence
à laquelle le malade semblait toucher, ne se prononce point d’une ma¬
nière tranchée. Nous pourrions ici multiplier les faits; nous nous borne¬
rons à rapporter succinctement le suivant, où cette indication secondaire
se montre avec la plus grande évidence.
Une jeune fille âgée de vingt-deux ans, arrivée au vingtième jour
d’une fièvre typhoïde parfaitement caractérisée, restait dans un état de
prostration marquée, avec des mouvements irréguliers, mais parfois
assez intenses. Bien que l’appétit fût nul, comme il n’y avait aucun
symptôme local qui contre-indiquât l’alimentation, elle se nourrissait
légèrement. Les choses étaient dans cet état lorsque nous l’observâmes ;
( m )■
à rcmpàtcmcnt de la Louche, à la répugnance pour les aliinenrs, art
gonflement du ventre après rhigcstion de ceux-ci, nous crûmes recon¬
naître un état saburral, ijui, s’opposant à la fois au développement de
l’appétit cl à rassimilalion, prolongeait la prostration dans laquelle la
malade était plongée. Nous presciivîmcs sur-le-champ 60 grammes-
d’huile de ricin; ce laxatif détermina six ou huit garderobes abondantes.
Dès le lendemain de l’emploi de'ce moyen, la malade sentit un mieux-
être, dont elle parlait avec bonheur; en quelques jours l’appétit se fit
sentir avec cette vivacité qni suit souvent les fièvres typhoïdes complè¬
tement terminées, et les forces ne tardèrent point à renaître. Dès lors la
convalescence marcha fi'anrhemcrrt.
Nous le répétons, chez cette malade la fièvre typhoïde proprement
dite était arrivée à sa fin, le purgatif par nous employé dans cette cir¬
constance n’eut aucune part à cette heureuse terminaison ; les choses
même en étaient arrivées <à ce point, suivant nous, que si l’état salrurral
évident que nous avions sous les yeux n’eût pas été combattu directc-
men-t, il se fût di.'^sipé de lui-même, soit que des évacuations spontanées
se fussent produites, soit que, par une autre voie à nous inconnue, la
nature eût fait un dernier effort pour affranchir complètement l’écono¬
mie. Mais il eût été fort à crainth-c, d’un autre côté, que ces crises natu¬
relles ne se fussent lai.s.sé attendre longtemps encore, et que par là la
convalescence n’eût été retardée de dix ou douze jours peut-être. Il y
avait donc une iiKlieation réelle, et qui devait être remplie.
Une autre maladie à la fin de laquelle un état sahimal (1) survient
souvent, qui entrave également la marche de la convalescence, c’est la
pneumonie. Souvent, en effet, dans cette maladie on voit survenir une
constipation, à l’établissement de laquelle le tartre stilué, même employé
suivant la méthode italienne, n’est pas toujours im obstacle r souvent
(1) Est-il besoin do dire que cet état saburral, bilieux, qu’on voit ainsi sur¬
venir assez souvent à la fin d’un certain nombre d'affections, et qui recon¬
naît pour cause la perturbation générale qui est au fond de toute maladie,
doit être rigoureusement distingué de la diatbèse du même nom, qui se lie à
certaines constitutions médicales semblables à celles que nous avons subies
l’été dernier? Dans ce cas, l’étal bilieux, saburral, n’est plus une simple in¬
dication secondaire, il a une bien autre sigmlication pathologique; il com¬
mande tout l’appareil morbide, il est l’épine dont l’action va retentir sur
l’économie tout entière. M. Fuster a, dans le dernier numéro de ce jour¬
nal, louché à cette importante question, et a cité ôes faits qui montrent la
vérité de la grande doctrine des maladies bilieuses, comme rentcQdaienl les
anciens. Nous ne pouvons faire rien de mieux que renvoyer à cet article, et
surtout à l’ouvrage qu'a publié cet auteur sur les maladies de la France dans
leurs rapports avec les saisons, et qui mérite ad plus haut degré de fixer
ratlention des praticiens.
( 357 )
alors la convalescence ne marche point avec celte netteté ijiie senihlerail
promettre l’absence de toute lésion locale. Nous nous sommes bien trouvé
en pareil cas d’imprimer, à l’aide d’un purgatif, ime secousse plus ou
moins vive aux sécrétions bibeuse et intestinale. Un des principaux effets
de cette médication, c’est de développer l’appétit, d’activer l’assimilation,
et par là de mettre fin à cet état de faiblesse dans lequel tomlje constam¬
ment l’organisme apres les grandes maladies. H est un certain nombre de
cas de pneumonie dans lesquels cette médication se recommande encore
par d’autres motifs, ce sont ceux dans lesquels on voit les poumons rester
engoués dans une étendue plus ou moins grande, après la disparition des
autres symptômes de la maladie : l’auscultation seule fait recoiinaîti-e cette
lésion, pai' le râle crépitant qu’elle permet de saisir. Cette sorte de stase
sanguine cesse souvent par le .seul liénéfice de l’alimentation : à mesure
que l’organisme acquiert plus de forces, le tissu pulmonaire se dégorge,
et le murmure respû'atoire redevient normal. Dans quelques-uns de
ces cas, nous avons vu la méthode pertiubatrice bâter cette résolution.
U n’est pas toujours prudent de laisser les poumons sous l’action d’une
stase sanguine plus ou moins prolongée pendant la convalescence
d’une pneumonie; il ne faut donc pas toujours négliger cette indication
secondaire.
A côté des indications thérapeutiques que nous venons de signaler,
il en est d’autres qui, pour figurer plus bas encore dans le traitement
des maladies, ne méritent pas moins d’être prises en sérieuse considé¬
ration. Ainsi, il est un certain nombre d’affections dans lesquelles les
malades sont dévorés par une cbaleim extrême ; que le thermomètre
indique ou n’indique point ici une augmentation réelle dans la tempe
rature de la peau, cette influence, dont le sens intime nous avertit,
n’agit pas moins aveu énergie'sur le système entier de l’organisme. Or,
dans ces cas, si nous en exceptons les maladies de la poitrine, qui pour¬
raient en recevoir ime atteinte fâcheuse, on peut tenter avec quelques
chances de succès de diminuer directement cette chaleur qui fait le
tourment des malades. Des bains frais peuvent, à cet effet, être mis en
usage ; à défaut de ceux-ci, soit que quelque circonstance les contre-indi-
quât, soit qu’üs fussent d’un emploi difficile, on peut avoir recours à des
lotions fraîches à la surface de la peau. Quand ou n’a point pratiqué ce
moyen, on n’imagine pas les effets remarquables que produisent par
exemple quelques gouttes d’eau fraîche dont on mouille la paume des
mains et la plante des pieds. Encore une fois, lorsque ce développement
anormal de calorique est dît à une phlogose interne, il est clair que le
moyen le plus rationnel de combattre cet accident, c’est de travailler à
éteindre cette phlogose ; mais outre cpie la cause palhogénique de cette
( 328- )
etaleur morbide n’a point toujours une localisation phlcgmasique, meme
dans les cas où quelques organes sont enflammés, c’est avec un réeî
profit pour l’organisme entier qu’on diminue directement la somme de
calorique anormal auquel iïest en’proie.
ün auti'e moyen dont l’instinct même des malades nous avertit, et qu’à
leur grand dommage on néglige le plus ordinairement, c’est le change
ment de position. C’est parce qu’üs avaient parfaitemeiit observé les heu¬
reux résultats de cette conduite, que les anciens médecinsdétenninaient.
comme une utile prescription, si les malades devaient ou non se lever.
NhI doute que cette pratitpie ne concourût à prévenir plus d’une con¬
gestion sanguine fâcheuse. Mais là ne se borne point l’influence de la
position dans les maladies : alors même que les forces ne permettent pas
aux malades de se lever, on. peut, s’ils ne le peuvent eux-mêmes, varier
la position qu’ils affectent. Ainsi, il n’est pas douteux pour nous que les
individus atteints d’une fièvre typhoïde grave, et qui restent constam¬
ment dans la supination, ne trouvent un avantage réel à changer de
temps en temps cette position. Dernièrement encore, nous avons pu
vérifier l’exactitude de cette donnée, dans le service de H. Andral, à la
Charité. Nous conseillâmes plusieurs fois à un malade atteint d’une fiè¬
vre typhoïde fort grave-, et qui était dans; le service de ce médecin, de
se placer sur le côté, tantôt à droite, tantôt à gauche. Outre que par là on
prévient peut-être des escharres au sacrum, la pneiunonîe dont ce sujet
était atteint s’améliora évidemment, et sans attribuer exclusivement cette
heiu-euse circonstance au changement de position, nous sommes persuadé
qu’il y a en quelque part.
Nous nous arrêterons ici. Nous n’avons point eu la prétention de
développer dans toute son étendue la question de thérapeutique géné¬
rale qui fait le fond de ce travaü ; nous avons voulu seulement éveiller
l’attention des praticiens sur des faits intéressants, dont le principe de
localisation nous a trop longtemps distraits. H aura suffi, nous en sommes
sûr, de toucher à cette question pour en faire comprendre l’importance
pratique.
ESSAIS d’un nouveau TRAITEMENT DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU,
CONSISTANT DANS l’eMPLOI DU SULFATE DE QUININE A HAUTE DOSE.
On a essayé bien des remèdes contre le rhumatisme articulaire aigu,
mais jusqu’à présent tons ces essais ont été infructueux, et la maladie
s’est le plus souvent jouée des moyens qu’on lui a opposés. M. Briquet,
médecin à l’hôpital Cochin, vient de présenter à l’Académie de médecine
te résultat de nombreux li-avaux qu’il a faits sur l’emploi du sulfate de
( 329 )
((tiiiiine à liaulc dose, et d’après lesquels il est arriré à concliu'e qu’à
l’aide de cette médication on peut arrêter une attaque de rhumatisme
aigu, comme on arrête un accès de fièvre intermittente avec le sulfate
de quinine à petite dose. Ses recherches ont été faites sur vingt-trois ma¬
lades observés, dans un laps de six semaines, à l’hôpital Cochin.
Afin de mettre nos lecteurs à même de juger la valeur de cette nou¬
velle médication, et de pouvoir en faire l’application eux-mêmes, nous
exposerons toutes les circonstances principales des observations qu’on a
faites, nous indiquerons exactement le mode d’administration du médica¬
ment, et nous ferons voir ses effets physiologiques ainsi que les modifi¬
cations qu’il a imprimées à la maladie.
Les malades soumis à cette médication se sont composés de quinze
hommes et de huit femmes. Leur âge était de vingt à trente ans; quel¬
ques-uns avaient moins de vingt ans; quelques auü-cs, en plus grand
nombre que les premiers , avaient de trente à quarante-cinq ans.
Le tiers d’entre eux étaient forts et bien constitués; les deux autres tiers
étaient des sujets faibles, maigres, pâles ou de constitution lymphatique.
Les deux tiers avaient dqà été pris d’attaques de rhumatisme à des épo¬
ques plus ou moins éloignées, et chez moitié de ces derniers il y avait
des signes de péricardite ou d’endocardite chroniques..
Leiu’ dernière attaque de rhumatisme datait d’un laps de temps qui a
varié de trois à huit jours avant leur entrée à l’hôpital, diez plusiem's
l’invasion de la douleur et du gonflement des articulations avait été précé¬
dée par des douleurs vagues dans les membres, apparaissant plusieurs fois
dans la jommée et disparaissant de même, ou par des douleurs plus
fixes dans les lombes, lesquelles avaient duré une huitaine de jours.
Les soins que ces malades avaient reçus chez eux étaient insignifiants :
ils avaient gardé le lit; trois d’entre eux avaient été saignés une fois, et l’on
est sûr que chez un le sang avait été couenneux. Lors de leur entrée à l’hô¬
pital, la moitié au moins avaient une teinte jaune paille delà face, résultant
de l’altération de l’hématose produite par le rhumatisme. Tous avaient
la langue blanche; quelques-uns présentaient, au centre de cet organe,
une bande sèche rouge ou brune; chez tous les autres elle était humide.
C3icz tous aussi il y avait soif vive et inappétence. Trois présentaient
de la diarrhée. Chez neuf il y avait des signes de péricardite ou d’endo¬
cardite, soit ancienne, soit récente, reconnaissables par les palpitation»
auxquelles les malades avaient été sujets, par des bruits de frottement à
la région du cœur et de l’aorte ascendante, et par une fréquence insolite
du pouls. Chez quatre malades seulement le pools était de 60 à 65 pulsa¬
tions à la minute; mais chez les autres il était à 80, 90, 95, et chez huit
il était de 100 à 120; toujours il était fort et plus ou moins plein. La
( 330 )
leiupôiaUiii! de la peau clait élevée chez pres(pie lotis. Les pltéiioiuèiios
locaux du rliuinatismc consistaient en des douleurs qui siégeaient soit au
niveau des articulations, soit le long des gaines synoviales des tendons,
soit dans le corps de certains muscles, tels que ceux du cou, des épaules,
de la partie antérieure de la poitrine et des loinLcs. Chez plu.sicurs elles
étaient assez vives pour que les malades poussassent des gémissements
continuels, avec insomnie; citez tous elles ne permettaient pas le inointbe
mouvoment, ni le raoindr-e contact de la partie afleetée. Il y avait en
même temps du gonllement et de la tension accompagnés plusieurs fois
de rougeur vive de la peau et du gonflement des veines circonvoisines.
( /hezipicltpies-uns cegonllement avait l’aspect plilegmoneux; citez d’autres
il y avait des hydartbroscs considérables desarticulatioits fémoro-tibiales.
Tous avaient de qitatre à douze parties prises à la fois par le rhuma-
\ oici maintenant quel a été le traitemcitt eittployé ;
Le premier jour, rarement 6 grammes, sottventb, et plus ordinaire¬
ment 4 granttnes de sulfate de quinine dissous, à l’aide de 12 gouttes
d’acide sulftiriipie, daits une potion goinmensc de 190 grammes, et édul¬
corée soit avec le sirop de fleurs d’oraitgcr, soit avec le sirop tartritpic.
Cette potion s’administre par cuillerée à bouche, toutes les Itcitres, de
manière à ce «ju’clle soit prLse en douze heures; le malade se repose pen¬
dant les douze autres heures.
Le second jour, même dose administrée de la même manière; seule¬
ment, si l’effet obtenu n'a point été sullisant, on l’augmente d’un gram¬
me, mais en ne dépassant jamais 6 grammes.
Le troisième jotu-, on diiuinue d’un à 2 grammes, attendu que, dans
prescpie tous les cas, la maladie a très-notablement thminué à ce troi¬
sième jour.
Enfui on diminue graduellement la dose d'un gramme les joiu’s sui¬
vants, de telle sorte que le traitement dure six à sept jours.
Quand le rhumatisme est rebelle, on peut soutenir la dose de 4 à
5 grammes durant quati-c jours. Si, au Imut de ce temps, on n’a point
obtenu d’effet sulfisant (ce qui est fort rai-e, l .sur 23), il faut renoncer
à l’emploi du sulfate de quinine, et rccom-ir à un autre mode de médi¬
cation. Tout rhumatisme qui n’csl point enlevé ou fortement ébranlé au
bout de quatre joins n’est point curable par le sulfate de quinine.
Les moyens adjuvants sont une tisane tUaphorétique, telle que l’infu¬
sion de mauve, de violettes ou de bourrache, miellée, prise chaude et en
grande quantité ; l’application de cataplasmes arrosés de laudanum sur
les parties douloureuses, ime température chaude, le repos absolu. La
diète est observée pendant les deux premiers jours; au troisième jour,
( 331 )
les malades prennent des l)oiiillons; au eiiupiièinc, on leur accorde des
soupes, et au sixième ou septième, on peut Iciu- permettre des aliments
solides.
11 est très-utile d’administrer deux fois par jour des lavements de dé¬
coction de guimauve, afin de prévenir l’action irritante du .sulfate de qui¬
nine siu' le gros intestin, en empêcliant son dépôt stn cette partie du tube
digestif.
Les malades observés ont pris de 18 à 30 grammes de sulfate de qui¬
nine dans le cours du traitement.
Voici les résultats obtenus par cette nouvelle médication :
Après vingt-quatre heures de traitement, il y a eu chez dix-
huit des vingt-trois malades une diminution notable dans la douleur et
dans le gonlleinent articulaires, et chez tme femme il y a eu une dispari¬
tion complète de ces deux phénomènes : la malade était guériè.
Cliez tous ceux qui avaient le pouls au-dessus de 60 à 65 pulsations, il
s’est ralenti d’une manière notable.
Dans le cornant de la" seconde journée, sept malades ont été guéris.
Dans le courant de la troisième journée, il y a eu égalemcut guérison
chez sept autres.
Dans le cornant de la quatrième journée, il y a eu guérison complète
chez cinq.
Enfin un a été guéri le cinquième jour, et un autre le septième ; de telle
.sorte qu’après le sixième jom- il ii’y avait pins que trois rhumatisants qui
eussent encore des douleurs.
ün seul malade n’a pas éprouvé d’amélioration notable : au bout de
quati-e jours de traitement, il n’y avait pas encore de changement appré¬
ciable en lui, et l’on n’a pas continué la médication plus longtemps.
Par guérison complète, nous entendons la disparition de toute douleur
et de tout gonflement, ainsi que la possibilité d’exercer hbrement et faci¬
lement des mouvements dans les articulations malades.
En même temps (pie les membres étaient débarrassés, l’état général
des malades s’améliorait : l’appétit revenait d’une manière remartpiable,
h tel point ijue chez beaucoup- il a fallu donner du bouillon dès le second
ou troisième jour ; qu’on accordait des soupes du quaü'ième an sixième
jour, et cpie du sixième au septième, la plus grande partie des malades
mangeait une portion d’aliments. La vivacité d’appétit que provoque
l’usage du sidfate est vraiment surprenante.
Le pouls a constamment diminué de Iréquence d’une manière très-
rapide. Dès le second jour, il y eut chez la plupart une diminution de
10 à 25 pulsations; au troisième jom-, chez quinze malades, le [miuIs
était abaisse h 60 pulsations, et au riiujuièmc ou sixième jour, il était au-
( 332 )
dessous de 60 chez sept malades. La teiiipcralmc de la peau a décru
également avec rapidité : au deuxième jour, il restait peu de malades
(jui eussent la peau chaude. En général, les forces se sont rapidement
rétablies.
Les seules complications obsen-ées ont été les maladies du cœur- et les
diarrhées. Un malade a eu un état typhoïde très-prononcé. Les endo-
péricardites chroniques, qui ont été au nombre de six, n’ont entravé en
rien la marche de la maladie et n’ont pas rendu la guérison plus difficile.
Il en a été de même pour ces maladies à l’état aigu, mais modéré, qui
ont été obseiTées chez trois sujets. A leur sortie de l’hôpital, les bruits
anormaux du cœur avaient cessé de se fair e entendr e. Tant que les ma¬
lades affectés d’endo-péricardite prenaient le sulfate de quinine, le pouls
se rapprochait de 60 ; mais une fois le traitement terminé et le rhuma¬
tisme guéri, leur pouls reprenait de la fréquence.
La diarrhée, qui s’est présentée chez trois sujets au début de la mala¬
die, a été un inconvénient qui a gêné beaucoup le traitement en empê¬
chant de donner le sulfate de quinine aussi libéralemeirt qu’on aimait pu
le faire ; aussi deux de ces malades n’ont été améliorés que le quatrième
et le sixième jour, et l’un d’eux même a eu une rechute grave : leurs
forces se rétablirent plus lentement (pie chez les autres.
En ajoutant la durée de la maladie avant le traitement à sa durée
après le traitement, on trouve 2 malades guéris le cinquième jour, 2 le
sixième, 1 le septième, 5 le huitième, 3 le neuvième, 3 le dixième, 3
le onzième, 1 le douzième, 1 le quinzième et 1 le dix-septième jour. Et
en se résumant, il y avait-15 malades guéris au dixième jour, 1 eut une
rechute grave et 1 ne guérit pas par le traitement.
Après leur guérison, les malades restent faibles dimant quelques joins ;
on leur fait garder le lit pai- précaution. Le plus grand nombre d’eiiù-c
eux ont eu des retours des douleurs ; mais cUes ont été passagères, peu
intenses, non accompagnées de gonflement, et n’ont duré que pendant
rpiclqiies hetnes ou pendant une journée au plus. Une seule malade, qui
était prise d’un rhumatisme universel, a eu une récidive de donleui-s,
avec gonflement à un assez grand nombre d’articulations, qui a dure
plusieurs jours. C’est celle qui est notée plus haut comme ayant eu une
rechute grave qui a duré 4 à 5 jours.
La durée du séjour des malades à l’hôpital a été prolongée autant que
possible ; la soi-tie n’a jamais eu lieu que sur les instances des malades.
Cette durée a été de 8 joms chez 1 malade, de 10 jours chez 4, de 12
jours chez 3, de 14 et 15 joins chez 2, de 20 et de 21 jours chez 2.
Les autres malades convalescents étaient encore à l’hôpital après un sé¬
jour de 9 à 13 jours.
( 333 )
Au moment de la sortie, ces rlmmatisants avaient pour la plupart perdu
la teinte jaune paille de la face, et repris des couleurs rosées ; leur appétit
était très-prononcé, et les digestions étaient bonnes ; ils n’étaient nulle¬
ment faibles et u’avaient point l’aspect de gens qui viennent de faire
une gi-ave maladie. Plusieurs d’entre eux ont repris*de suite leurs pénibles
travaux. Il ne restait pas la moindre douleur dans les membres.
La récidive a eu lieu chez deux malades : l’un, qui était tanneur, re¬
prit son métier le surlendemain de sa sortie ; l’autre fit, ee même jour et
les suivants, de longues courses à pied dans les rues de Part, par un
temps fi oid et humide. Quelques jours de repos ont suffi pour dissiper
les doideurs et le gonflement des ai-ticulations. '
11 ne serait point étonnant que les récidives fussent communes, attendu
qu’aussitôt la guérison, les malades, ayant recouvré toutes leurs forces
et toute leur énergie, ne peuvent comprendre la nécessité de la chaleur
et du repos, et s’exposent aux causes de rhumatisme, conservant encore
la prédisposition à contracter cette maladie.
Cette récidive sera certainement très-rare chez les personnes qui con¬
sentiront à prendre quelques précautions.
On n’a point observé que l’âge ni le sexe aient eu de l’influence sur
la durée de la maladie ; il en est de meme de sa dmée avant le traite¬
ment, du moins dans des limites de quatre à huit jours.
Des tentatives ont été faites sur des rhumatismes chroniques ; elles
ont déjà donné des résultats très-remarquables, mais point encore assez
nombreux pom' pouvoir être compris dans cet exposé.
L’intensité du rhmnatisme est la ch’constance dont l’influence a été
prononcée ; aussi les cas légers ont été guéris plus vite cpie les cas
moyens, et ceux-ci plus vite que les plus graves. Ainsi les deux rhuma¬
tismes qui n’ont été guéris (pie le sixième et septième jour étaient des
rhumatismes universels.
Le seul qui n’ait pas été enlevé fut un rhumatisme du poignet et du
dos de la main.
La médication par le sulfate de quinine produit sur l’économie cer¬
tains U'ouhles qu’il faut connaître. Les uns ont lieu sur les fonctions de
l’encéphale ; ce sont la titubation, des vertiges, des bourdonnements
continuels et très-fatigants, quelquefois la dureté de l’ouïe, la surdité
passagère, le troid)lc de la vue avec dilatation et immobilité de la pupille,
et quelquefois une amaurose incomplète. Ces phénomènes ne manquent
jamais, et sont en quehpe sorte le thermomètre de l’action médicatrice
du sel de quinine. Us apparaissent de bonne heure, et durent tout le temps
de l’usage du sel de quinine; ils sont en proportion de la dose du médi¬
cament, s’accroissent et diminuent avec elle, pour cesser aussitôt qu’on
( 334 )
fesse le sulfate. L’amaurose ne s’est manifestée que trois fois; elle ii'a
duré que quelques heures chez l’im des malades, un jour eutier chez
l’autre, et deux ou trois jours chez le troisième.
La titubation a été une fois portée jusqu’au point de produire im trem-
hlotement des memlrrcs et une sorte dé carphologic de tpiehpies heures.
Lorsque ces troubles dépassent la limite physiologique, ce qui n’a ordi-
tiairemcnt lieu qu’à la fin du traitement, ou quand on emploie de fortes
doses, telles que celle de 6 grammes, il faut suspendre de suite l’admi-
iiistration du sulfate de quinine, et donner de légère excitants.
D’autres troubles ont lieu sur le tube dige.stif : ce sont les nausées et les
vomissements. Il estpeu de malades qui n’aient fréquemment des nausées et
plusieurs vomissements durant le temps de la prl.se de la potion. Mais
cela est sans importance, car la langue ne se sèche jamais, il n’y a jamais
de soif ni de sensibilité à l’épigastre, et sitôt la potion prise, les malades
ont durant le reste de la journée un appétit très-vif et la digestion très-
régulière; l’e.slomac ne donne donc aucun signe de phlogôse.
Cependant il arrive que l’amertume de la potion et les vomissements
toujours croissants qu’elle produit chez certains malades, constituent une
■sorte de non-tolérance à laquelle il faut céder. Dans ces cas, on admi¬
nistre le médicament en poudre renfermée dans le pain à chanter ou en
pilules, et alors la tolérance est toujours facile.
La diarrhée se remarque a.ssez frétpiemment vers la fin du traitement.
C’est un des effets qu’il faut le plus surveiller, car le sulfate de quinine
détermine plus facilement la phlogose de l’intestin grêle ou du gros
intestin que celle de l’estomac; il produit cet effet plutôt quand il e.st
administré en poudre que quand il est donné en solution, attendu que
le sulfate de quinine, étant peu soluble, passe en entier dans l’intestin
et agit comme nn irritant local sur les portions d’intestin, tel que le
côlon, où son séjour peut se prolonger. On pare à cet inconvénient par
des boissons abondantes, par des lavements simples ou laxatifs atlminis-
trés fréquemment, et par des aliments pris de bonne heure.
Enfin l’action hyposthénisante du sulfate de quinine, poiu’ nous ser¬
vir des expressions de Jacomini, peut se faire sentir sm" le ctmir. —
Après quelques joiu-s de traitement il arrive quelquefois que le pouls se
ralentit et tomlte au-dessous de 50 pulsations, et (pi’ü de-vient petit et
très-làibic ; quelquefois encore, tout en conservant sa petitc.s.sc, le pouls
prend de la fréquence. — Dans l’un et l’autre cas, la peau devient pâle,
fraîche, et le malade éprouve ime sensation indicible de faildesse. — Ces
troubles cessent aussitôt parla suspensiondumédicament.—Onpentavcr.
avantage faire des frictions chaudes, excitantes, .sur les membres et sur
la région du cœur, et donner desinfusions de fleurs de tilleul, de feuilles
( 335 )
d’oranger ou de cale, quelques cuillerées de y in ou de sirop d’éther. —
Eu général, tous les phénomènes nerveux cessent rapidement, comme
le faitrivresse par le vin de Qiampagne. —Il n’en est pas de même de
la diarrhée, dont la persistance est quelquefois assez grande.
Ces divers troubles font que la médication sous forme soluble est pré¬
férable à celle qui a lieu sous forme peu soluble ; car, dans cc dernier
mode, on comprend que les accidents toxiques se continuent malgré la
suspension du médicament, à raison de son absorption lente et graduelle
dans le tube digestif — Aussi, règle générale, il ne faut domiei- le sulfate
en poudre que quand on ne peut pas faire autrement, et à moins forte dose
(pi’en solution. La fonne pilulaire occasionne moins de ces troubles,
mais son eflet est beaucoup moins prononcé contre la maladie elle-
meme.
La formule d’administration du sulfate de quinine, telle que nous
l’avons donnée, n’est pas une règle inflexible et invariable, une es¬
pèce de lit de Procusté sm' lecjuel tout doit s’adapter ; au contraire, cette
médication doit être modifiée suivant l’exigence des cas. — Ainsi les
hommes supportent une plus forte dose que les femmes ; on peut don¬
ner de 50 centigrammes à 1 gramme de moins à ces dernières. — Les
sujets vigoureux peuvent etdoivent prendre un gi'amme par jour de plus
que les sujets faibles. — Les vieillards doivent êtr e conduits avec soin,
et il ne faut leur administrer que des doses de 2 grammes par jour au
plus.
Dans les cas où le rhumatisme est aigu et intense, il faut administrer
la dose au inaxiiniim. Dans ceux où il est à degré moyen, on peut se
borner à 3 grammes par jour dès le début. Enfin, dans les cas légers,
et surtout dans le rbumati.sme chronique, il convient de donnei- au plus
2 grammes par jour dès le début, en augmentant la dose en raison dè
la facilité avec laquelle le malade la tolère.
Comme cette note est un peu longue, nous nous contenterons de pré¬
senter comme spécimen deux observations prises parmi les vingt-troLs
malades traités par M. Briquet à l’hôpital Cocliin.
Ithumatisme poly-arliculaire aigu, à forme phlegmoneuse,
avec enilo-péricardite.
Hubert, ùgé de trente-cinq ans, doreur sur bois, homme de structure grêle,
à teint pâle, à peau bianclic et molle, â tissu cellulaire abondant, et à fenipé-
ramenl lymphallco-nerveux. Il a été pris dans les épaules, il y a dix ans, de
douleurs qui ont duré une huitaine de jours. Il assure n’avoir jamai.s éprou¬
vé de palpitations ni de douleurs dans ht région du cantr. Il travaille dans
un endroit froid, et dans une partie d’atelier traversée par des courants
d’air venus de fenêtres mal jointes. Le 30 septembre, cet homme a été brus-
{ 336 j
quement pris de douleurs avec gonflement dans les genoux cl dans les poi¬
gnets, ce qui l'a forcé à garder le lit; il a constamment eu de la fièvre, et
les douleurs ne lui ont pas laissé de repos, tant elles ont été fortes et conti¬
nuelles.—Point de traitement antre que de la tisane de bourrache, une pur¬
gation à l’buile de ricin, et le repos au lit.
Apporté le 9 octobre à l'hèpital Cochin dans l’état suivant : sujet ayant la
face d’un jaune paille, et exprimant la souffrance et l’an.xiété. — Langue
blanche et humide, anorexie, un peu de toux, bruits do cœur avec sons
anormaux tellement confus qu’il est impossible de les analyser. — Pouls
plein, assez large, à 115 pulsations; peau chaude et constamment humec¬
tée de sueur.
1 » Légère sensibilité à la pression des environs de l’olécràne droit, avec
douleurs lors des mouvements; 3° poignet et dos de la main du côté droit
gonflés, tendus et rouges, médiocrement douloureux à la pression; 3» en¬
virons de l’articulation métacarpo-phalangienne du pouce droit gonflés,
rouges et douloureux ; i» poignet et dos de la main gauche plus tendus,
plus rouges, plus gonflés et plus douloureux encore qu'à droite; 5» douleurs
vives au niveau des deux articulations coxo-fémorales; 6« genou droit ten¬
du et gonflé, surtout au-dessus de la rotule; douloureux à la pression; la
rotule est éloignée du fémur par la collection de liquide existant dans la
capsule synoviale; 7° régions malléolaires internes cl externes, et dos des
deux pieds douloureux, gonflés, tendus et rouges, avec développement des
veines circonvoisincs.
Le malade est tout d’une pièce dans son lit, où il lui est impossible de
faire, sans douleurs vives, le moindre mouvement.—Il ne peut trouver une
bonne place pour poser ses membres, et les douleurs sont telles qu’il y a in¬
somnie depuis plusieurs nuits; elles ont encore augmenté depuis la veille.
Le diagnostic fut ; rhumatisme poly-articulaire aigu en voie d’augmenta¬
tion, et péricardite aiguë sans épanchement.
Prescriptions.—Sulfate de quinine, 6 grammes dans une potion gommeuse
acidulée, à prendre par cuillerées à bouche, en douze heures. — Tisane de
bourrache miellée, et cataplasmes arrosés de laudanum, sur les articula¬
tions malades.
t'rjour du traitement, 10 octobre au matin. — Bourdonnements d’oreilles
qui ont commencé la veille au soir; légers troublesde la vue ; pas de sommeil;
langue grise et humide, à pointe un peu rouge; pas de soif; un vomissement
après runedescuilleréesdepotion, clnauséespendant la prise du médicament.
— premier bruit du cœur est, dans toute la région précordiale, converti
en un bruit de soufllel fort et prolongé, plus fortà la poinledu cœur, plus
faible ailleurs. Le second bruit est normal, mais faible; le long de la moitié
supérieure du sternum qui correspond à l’aorte, on distingue deux bruits;
Je premier fort et prolongé, qui correspond au premier temps, et le second
très-doux, analogue à un léger souffle, a lieu au second temps. Les bruits
ries «trolides sont normaux. Le pouls est large et plein, à 100 pulsations.
lo Disparition complète de la douleur des environs de l’olécrâne; 2» dimi¬
nution notable du gonflement et de la douleur du poignet et du dos de
la main droite. — Disparition complète de la douleur; 3“ diminution du
gonflement, de la douleur et de la rougeur de l’articulation métacarpo-pha¬
langienne du pouce droit ; 4° disparition complète de la douleur et du gon¬
flement du poignet et du dos de. la main gauche. — Encore un peu de rou-
-sjeoT; a" disitai'ilion de la douleui'dos arliculalions eoxo-l'émoralus; ü» dis*-
Vai'ilion de la douleur du genou droit avec persistance du gonflement;
disparition compiète de la douleur et des gonflements des régions mal-
iéolaires et du dos des deux pieds, et persistance d’une légère rougeur.
Dès le premier jour, ou voit une diminution considérable des phénomè¬
nes locaux du rhumatisme, et une diminution de la Oèvre. Cette diminution
permet d’étudier le cœur et de recounaltre l’existence d’une endo-péricar-
iiite, reconnaissable au bruit du frottement, plus fort à la pointe du cœur
qu’aiileurs, pour la péricardite, et aux bruits de frottements dans l’aorte
pour l’endocardite. — Comme il n’y avait pas de bruits anormaux dans les
carotides, et que le bruit de souOlet était à son maximum à la pointe du coeur,
on ne pouvait pas ies attribuer à l’anémie.
Sulfate de quinine, 6 grammes; bourrache miellée, cataplasmes laudanisés.
Jour du traitement, 11 octobre. Disparition complète de toutes dou¬
leurs, de toute rougeur et de tout gonflement ; toutes les articulations sont
libres et mobiles, et le malade agite ses membres en tous sens avec beau¬
coup de vivacité, comme s’ils n’eussent jamais été malades.
Mais la dose de sulfate ayant été forte, il en est résulté des effets toxi¬
ques; il y a des bourdonnements intenses, beaucoup d’étourdissement, une
amaurose incomplète avec dilatation extrême delà pupille, et perte de lafa-
culté de se contracter; une grande titubation ; une sorte de carphologie avec
tremblotement des membres. Le pouls est assez large, à 90 pulsations. Mais
malgré ce trouble du système nerveux, le malade se trouve bien ; il a de
Happétit, et demande à manger; la langue est humide.
On suspend à l’instairt même l’adnnnislration du sulfate do quinine sans
faire d’autre médication, et l’on prescrit des bouillons. Au bout de quelques
heures, tout était dissipé^ les bourdonnements avaient diminué; la vue était
complètement revenue; les pupilles avaient repris leurs dimensions nor¬
males; il n’y avait plus de carphologie ni de tremblotement musculaire.
Dans la nuit, il y eut sept à huit selles liquides sans coliques.
12 octobre. Faciès tout à fait normal; sommeil calme; peu de bourdon¬
nements d’oreilles; langue humide, avec épais enduitgris&Ire_Appétit;
pas de diarrhée; pouls à 70; peau de chaleur normade; nulle douleur,et
mouvements des membres faciles. —Bourrache miellée; pas de sulfate de
quinine. Soupes. — 13 octobre. Le malade a pu se lever pour aller satis¬
faire à ses besoins; il a senti ses genoux un peu raides.— Fouis à 72. — 11
octobre. — Apparition d’un peu de douleur, de gonflement et de rougeur
au poignet de la main droite. —Pouls à 80. — Bourrache miellée; sulfate
de quinine, * grammes ; cataplasmes laudanisés. — 15 octobre. — Quelques
bourdonnements et vertiges ; un vomissement après une des cuillerées de
potion. Pouls à 85. — Disparition de la rougeur et de.la douleur du poignet
droit, qui reste encore un peu gonflé. — La veille, il y avait eu, dans la
soirée, de la douleur et du gonflement au pouce de la main droite; ce ma¬
tin, il n’y a plus rien. — Bourrache miellée ; sulfate de quinine,-3 grammes
50 centigr. —16 octobre. Plus rien aux poignets ; légère douleur dans
le jarret gauche.— Sulfate de quinine, 3 grammes, 2 soupes. —17 octobre.
Bruit de soufilet à la région précordiale, beaucoup moins fort qu’il ne l’é¬
tait dans les premiers jours. — Cessation des bruits de frottement le long
de l’aorte.—L^er souffle dans les carotides.—Nulle douleur dans les mem¬
bres. — Bourrache miellée ; sulfate de quinine, 3 grammes. —18 octobre.
TOME XXUI. 9' LIT. 22
■( 338 )
— Pouls à 75. — Le malade se lûve. — Sulfate de quinine, 2 grammes. —
20 octobre. — Bon état, appétit; le malade peut se promener dans les salles.
11 n’a aucune douleur. — Le pouls est à 78. — On cesse l’emploi du sulfate
de quinine. — 2 portions d’aliments.—21 octobre. Sortie de l’hôpital. -»ôp-
pétit normal ; — nul bruit anormal ni au coeur, ni à l’aorte, ni aux caroti¬
des. — Mouvements des membres très-faciles. — Pouls à 85.
Ce malade s’est présenté à la consultation le l"' novembre, en très-
bonne santé, sans trouble dans les voies digestives, ayant des forces et
nul amaigrissement. Les bruits du cœur sont à l’état normal, le pouls
conservant de la fi'éipience ; mais cet homme fait obsciTcr que c’est son
pouls habituel ; son rbmnatisme est bien guéri. — Les signes d’inflam¬
mation du péricarde et du cœm‘ n’existent plus, et les forces muscu¬
laires sont conservées.
Rhumatisme articulaire aigu avec hydarthrose et endocardite.
Guibout, Agé de vingt ans, jeune homme assez fort, assez musculeux, à
tissu cellulaire abondant, à peau molle et blanche, et à tempérament lym¬
phatique, avait eu, il y a deux ans, un rhumatisme articulaire aigu, pen¬
dant six semaines, aux pieds et aux deux genoux. Le 15 octobre 1812, il a
commencé à avoir du malaise et des douleurs dans les lombes, et il est en¬
tré à l’hôpital Goehin le 17 octobre. On se borne au repos, au séjour au lit
et aux boissons chaudes. Malgré ces précautions, les douleurs gagnent les
cuisses, puis les genoux. Elles deviennent, le 21, assez violentes et assez con¬
tinues pour causer de l’insomnie. Les deux genoux sont considérablement
tuméfiés; le droit a 37 centimètres de tour, le gauebe 38 centimètres 1/2;
ils sont tendus, fluctuants, sans rougeur de la peau, les rotules éloignées du
fémur. Un léger gonflement douloureux existe à la malléole externe du pied
droit. — Pouls large à 65; chaleur modérée, langue humide avec enduit
blanc épais. — Bruit de soufflet assez fort au niveau de l’origine de l’aorte,
se prolongeant le long de la partie supérieure du sternum et s’étendant jus¬
que dans les carotides.
Il existe évidemment deux hydartbroses rhumatismales aiguës avec com¬
plication d’endocardite, car évidemment les bruits de soufflet du cœur et
des artères ne sont pas le résultat de l’anémie. — Bourrache miellée; sulfate
de quinine, 6 grammes en potion; cataplasmes laudanisès.
iet jour du traitement, 22 octobre. Bourdonnements faibles, quelques
vertiges, langue humide et grise, pas de vomissements, pouls à 86, peau de
chaleur normale.
Genoux moins tendus, le droit a un centimètre de tour de moins, et le
gauche 2 centimètres 5 millimètres. La rotule n’est plus aussi soulevée;
douleur presque nulle; mouvements commençant à se faire.
Il n’existe plus qu’un gonflement très-léger à la malléole. Durant la nuit,
apparition d’une douleur assez vive an niveau des deux trochanters; déve¬
loppement de quatre plaques d’un rouge vif, larges chacune comme une
pièce d’un firanc, siégeant au niveau des deux articulations des phalanges du
pouce et de celtes de l’index du pied droit, et faisant éprouver une douleur
mordicante. — Bourrache miellée; sulfbtede quinine, 6 grammes; cata¬
plasmes lamianisés.
( 339 J
i^Jour de traitement, 23. Bourdonnements d’oreilles; vue très-lroulde.
dilatation considérable dos pupilles, qui néanmoins sont mobiles; pouls de
58 à 60; appétit.
Le genou droit a 1 centimètre 1/2 de tour de moins que la veille, cl le
gauche 2 centimètres; les veines environnantes ne s'aperçoivent plus; dispa¬
rition do la douleur; plus rien à la malléole; disparition complète despla-
<iues rouges des articulations des orteils, dl de la douleur, à peine une lé¬
gère sensibilité lors des mouvements de ces orteils. — Bourrache miellée;
sulfate de quinine, i grammes; deux bouillons.
3'^Jour de traitement, 2i. Faciès normal, bourdonnements, quelques
vertiges, vue bonne, appétit; pouls à 55. Le genou droit a diminué de 2
centimètres, et le gauche de 1 centimètre. Il n’y a plus de gonflemeni; I’ur
et l’autre ont 32.5 centimètres de tour, ce qui fait 5 centimètres 1/2 de di¬
minution en trois jours. Les rotules ne jouent plus sur les fémurs. Une
très-légère douleur à la partie interne du pied gauche. Sulfate de quinine,
5 grammes, deux bouillons. — 23, pouls à 50; titubation, vertiges, nulles
douleurs, appétit. Sulfate de quinine, i grammes; cinq bouillons.—26, pouls
à 50; appétit prononcé, quelques coliques, un peu de diarrhée. Sulfate de
quinine, 3 grammes; deux soupes. —28, pouls à 50; grand appétit, encore
des vertiges et un peu de bourdonnements d’oreilles; cessation de la diar-
tliée. La veille on n’avait donné qu’un gramme de sulfete de quinine, au¬
jourd’hui on le supprime. Une portion d’aliments.
31 octobre. Le malade veut absolument sortir, il se lève depuis quelques
jours; sa figure est fraîche et rose, il n’a pas maigri; il n’a point de tituba¬
tion, la marche se Ibit librement et sans douleur; le léger frottement du
cœur et de Taorte a complètement disparu dans le coeur, dans l’aorte et dans
les carotides. Le pouls est à 50 ; l’appétit est très-bon.
Le rhumatisme a été vu dès le début, le malade était au lit avant le
traitement comme après, de sorte qu’on ne peut pas dire de lui comme
d’autres, que la transpiration douce et le repos du lit ont pu concourir
à sa guérison.
Lors donc qu’on a commencé le traitement, la maladie ne faisait que
de naître ; on la voit arrêtée brusquement ; mais cependant le mal ne
cède pas sans résister, puisque le deuxième joiu’ on voit apparaîtec de
nouvelles douleius, et surtout ces rougeurs au niveau des articulations
superficielles, indices certains de l’existence d’une fluxion dans la syno¬
viale articnlaii'e ou tendineuse correspondante. Néanmoins tout a
cédé du second au troisième jour, et l’énorme coUccüon de liquide qui
existait dans les synoviales s’est résorbée dans ce court laps de temps.
Nous pourrions multipber les observations, car vingt-trois ont déjà
été recueiUies avec soin dans les salles; mais il y a une grande simili¬
tude dans tous ces faits, et ils rentrent tous dans les principes gén&aut
que nous avons établis.
( 340 )
THÉRAPEÜTIQÜE CHIRURGICALE.
MÉMOIRE SUR LES INJECTIONS IODÉES DANS LES IlYDROPISIES
ET LES ABCÈS DES ARTICULATIONS,
l‘ar .M. Bonnet, chirurgien en chef de niôlel-Dicu de Lyon.
Dans le mois de infirs 1841, je pratiquai pour la première fois des
injections iodées dans le genou pour guérir une hydarthrose rebelle
aux moyens curatifs généralement employés. Encouragé par le résultat
que j’obtins, je répétai dans d’autres cas la racine opération, et, après
une année, je l’avais déjà faite plus de dix fois dans des hydai throscs
et dans des abcès du genou. M. Martin, interne des Hôpitaux de Lyon,
recueillit rhistoirc de ces opéi'ations , et les lit connaître dans sa thèse
soutenue à Sti-asbourg le 2 mai 1842. Le journal de Sti‘asboiu"gpubUa,
quelque temps après, une analyse étendue de cette thèse. Quatre mois
jdus tard, M. Velpeau communiqua à l’Académie des sciences, le 8
octobre 1842, les résultats qu’il venait d’obtenir des injections iodées
dans les bydropisics du genou.
Cependant, comme M. Velpeau n’avait rien publié jusque-là sur
cette méthode de traitement, et que la thèse de M. Martin , consacrée
imiquement à l’exposition de mes recherches, est la seule qui ait été sou¬
tenue à Strasbourg sur les injections iodées dans les hydartlu'oses, je
n’ai pu comprendre que M. Velpeau, dans sa communication à l’Insti¬
tut, ait avancé ipie j’avais puisé l’idée de ces injections dans une thèse
soutenue à Su-ashourg et destinée à l’exposition de ses travaux (1). La
(1) Avant la publication de cet article de M. Bonnet, nous avons cru de¬
voir en communiquer une épreuve à M. Velpeau. La lettre suivante de ce
professeur donnera à notre ami, le chirurgien en chef de l’Uôtel-Dieu de
Lyon, l’explication du malentendu qui a existé dans cette affaire.
« Mon bon ami,
« L’auteur m’avait déjà annoncé l’épreuve que vous avez eu la bonté de
me communiquer. Ce que j’ai dit dans ma note à l’Institut, de notre très-
estimable confrère M. Bonnet, tient à un quiproqiio que je m’empresse de
faire disparaître. La thèse dont il m’avait parlé traite des faits observés à
Lyon, et non des miens, comme je croyais l’avoir entendu. C’est de lui-
même, et non d’après moi, par conséquent, que M. Bonnet a pris le parti
des injections iodées.
« Quant à ce qui me concerne, vous savez, et votre estimable journal l’a
plusieurs fois constaté, que j’emploie les injections iodées depuis huit ou dix
ans contre la plupart des hydropisies enkystées. J’en ai fait usage dans le
genou en avril et en juillet 1839, puis en mars 181-2, avant d’y revenir en
( 341 )
nécessité de déti’uire cette erreiu'neme permet pas de différer plus long-'
temps de faire connaître moi-même les résultats (|ue j’ai obtenus d’une
méthode de traitement qui est destinée, je pense, à prendre rang dans
la pratique, et qui ne tardera pas à appeler l’attention des chirm’-
En indiquant l’époque précise à laquelle ont été publiés les travaux
déjà comius sm’ les injections iodées dans les bydartbroses, et en éta-
bbssant la priorité de mes recherches sur celles de M. Velpeau, je ne
prétends point dû’e que cette opération soit une véritable découverte, et
qu’elle n’ait point été précédée d’auU’cs opérations plus ou moins ana¬
logues ; loin de là, je me plais à rcconnaîti-e qu’elle n’est qu’une modi^
fication de métliodes curatives depuis longtemps connues.
Sans parler de la ponction du genou , qui a été pratiquée plusieurs
fois dans le siècle dernier, et répétée dans celui-ci par plusieurs chirur¬
giens, par Boyer entre autres , je rappellerai d’abord que Gay fit, en
1789, dans un genou rempli de sérosité, une injection d’eau de Goulard
animée de tafia camphré (Boyer, Traité des maladies chirurgicales,
vol. IV, p. 483), et qu’en 1830 M. Johert a injecté trois fois de l’eau
d’orge alcoolisée dans la même articidation, et pour la même mala¬
die. ( Gaz. des Hôpit. )
Ces faits prouvent que depuis longtemps on avait pensé à guérir les
hydartluroscs par des injections irritantes, et si l’on se rappelle les tra¬
vaux récents sur le traitement des hydrocèles et des fistules articulaires,
on concevra sans peine que l’idée de se servir d’une préparation iodée
devait naturellement se présenter à l’esprit de tous ceux qui pouvaient
penser à traiter les liydartliroscs par les injections irritantes. L’on sait
en effet, depuis les recherches variées de M. Velpeau, que, dans les
hydi'ocèlcs et autres collections séreuses, les injections iodées sont aussi
sûres dans leurs résultats que simples dans leur emploi, et, depuis l’an¬
née 1832, M. Lugol injecte, non sans succès, des solutions d’iode plus
ou moins concentré dans les trajets fistuleux qui proviennent des
articulations affectées de maladies scrofuleuses.
Quelle tpte soit, du reste, la part de chacun dans l’application des in-
septembre dernier. J'ai discuté la question dans mes leçons à la clinique de
la Charité, et un article inséré dans le tome XXI de votre Bulletin, page 292,
laisse deviner ce que j’avais déjà feit alors sous ce point de vue. C’est d’ailleurs
un historique que je rétablirai avec toute l’exactitude possible, et de manière
à rendre scrupuleusement à M. Bonnet ce qui lui appartient, dans le travail
étendu que je prépare depuis longtemps sur l’emploi des injections iodées en
général. Mille amitiés.
«Velpeau.
{Plote du Rédacteur.)
n 19 novembre 1812. »
( 342 )
jecdons iodées au Uaiteinent des hydarthroses, la question qu’il importe
d’examiner actuellement est celle de savoii- quels sont les résultats que
produisent ces injections, et de rechercher si, en transportant aux hy-
dai-throscs les traitenients démontrés utiles daiK les hydrocèles , on n’à
pas dépassé les bornes d’une rigoureuse analogie. La réponse à ces
questions se trouve direetement dans les faits que je vais cher ; mais il
me semble convenable de reprendre d’abord la question de plus haut,
et d’apprécier les effets qu’ont produits les opérations jusqu’à présent
pratiquées dans les hydarthroses du genou. Une analyse attentive de
ces résiütats démontrera d’abord que la ponctiwi du genou est loin d’a-
vok les dangers qu’on lui attiibue généralement, et que l’idée qu’on se
fait de ecs dangers vient sintont de ce que l’on a confondu les effets des
ponctions du genou avec ceux de l’ouvertiue large de cette articu¬
lation.
Dans l’article qu’il a consacré aux hydropisies des articulations, Boyer
a fait connaiü’e Thistoire de quatre malades dont les genoux furent ou¬
verts poiu- des épanchements séreux. La première de ces opérations est
empruntée à Lassos^ la seconde à Warner, et la troisième à Schhehtiny.
Dans toutes on voit qu’il se forma de la suppuration dans le genou ;
que l’on fut obligé de faire des contre-ouvertures, et que les malades ne
guérirent qu’en conseivant de la raideur dansl’articulaticm <q)érée.
Le quatrième fait rapporté par Boyer est emprunté à l’Essai sur l’hy-
dropisie, deMonro le fils. Il s’agit d’un malade chez qui rouvcrtiu'c du
genou fut suivie d’un abcès tellement grave que l’amputation fut néces¬
saire.
Sans aucun doute , si tous les cas d’ouverture du genou par de gran¬
des incisions eussent été pidjliés, on ne trouverait pas trois cas de gué¬
rison sur quati-e tentatives, car les aimés du genou ne guérissent pas
trois fois sur quatre. Mais il me suffit d’avoir prouvé par les faits ce
qu’il était facile, du reste, de déterminer àpriori, que l’incision du ge¬
nou entraîne la suppm-ation à sa suite, pour faire comprendre tout le
danger de cette opération.
Il n’en est pas de même de la simple ponction ; comme dans leshy-
«b'ocèles, elle ne petit procurer une guérison durable, mais elle n’en¬
traîne pas de dangers. On trouve dans la Chirurgie de Boyer, tome IV,
l’observation de deux malades chez Icstjuels on ponctionna le genou avec
le trocart. Dans aucun cas il ne survint d’accidents, mais le liquide se
reproduisit etmstamment quelques jours après. Un troisième' fait rap¬
porté page 485, semble conduire, au premier abord, à des conclusions
moins favorables que les deux précédents. Il s’agit d’une hydarthrose
du genou que Boyer ponclionna deux fois, le 27 septembre et le 28
( 343 )
oc'lobi'c, et sur laquelle uji cliarlatan fit une troisième ponction, en lais¬
sant en place, pendant plusieurs jours, la canule du ti’ocart. Le malade
mourut, mais évidemment la suppuration du genou qui l’entraîna fut
une conséquence du séjour imprudent d’une canule qui faisait pénétrer
l’ail'dans l’articulation, et non de la ponction elle-même, qui ne fut sui¬
vie d’aucun accident tant qu’elle fut pratiquée avec des précautions
convenables.
En voyant ainsi que les dangers généralement attribués à l’ouverture
du genou ne s’observent que dans les cas où l’ouverture a été faite par
une large incision, et dans ceux où la canule du trocart a été laissée en
place ; en voyant la simple ponction innocente par elle-même, on éloi¬
gne de son esprit l’un des préjugés qui pouvaient faire juger trop défa¬
vorablement toute tentative d’opération sur le genou affecté d’bydar-
tbrose, et l’on se prépare à ne pas repousser sans examen l’idée des in¬
jections iodées, dont je vais traiter à présent d’une manière spéciale.
Manuel opératoire des injections iodées dans l'articulation du
genou. — Les injections iodées dans le genou doivent être faites comme
dans l’bydrocèle.
Le lieu que l’on doit eboisir pour faire la ponction est évidemment la
partie de la membrane synoviale qui est placée au-dessus de la rotule.
C’est dans cette partie que la fluctuation est la plus évidente, et que l’on
peut trouver le guide le plus sûr pour enfoncer le trocai't à une profon¬
deur convenalfle ; car , en poussant celui-ci jusqu’à ce que sa pointe
touebe la partie anterieure du fémur, l’on est assuré que la canule
plonge dans le Uquide que contient l’articulation.
La position dans laquelle le membre doit être placé au moment où
l’on fait la ponction, est celle où la jambe est étendue sur la cuisse.
Dans cette position, les surfaces articulaires du tibia et celle du fémur
pressant l’ime contre l’autre dans une grande étendue, le Uquide est
refoulé en avant et écarte la rotule et le triceps de la face antérieure du
fémur ; la main d’un aide, appuyée sur la tumeur du côté opposé à ce¬
lui sur lequel on veut fabe la ponction, aide à refouler le Uquide dans
le lieu où le trocart doit être plongé. L’on peut indifféremment faire
pénétrer celui-ci sm’ le côté interne ou sur le côté externe de la mem¬
brane synoviale.
Dans tous les cas, on le fait pénétr er à la profondeur de 2 centimètres
au moins, et l’on ne s’arrête que lorsque la pointe a touebé la face an¬
térieure du fémur.
Avant de faire cette piqûre, on fait famé un pU à la peau, et l’on pi¬
que celle-ci à la base du pU. A l’aide de cette précaution, l’ouverture de
la peau et celle des muscles cessent de conespondre dès que les tégu-
( 344 )
incnts sont abandonnés à cnx-mêmes ; l’on est plus assuré alors d’empé-
chcr la pénétration de l’air dans l’articulation.
Lorsque le trocart a été conrenablenient enfoncé, on voit s’écouler £s
travers la canule , aussitôt après que le poinçon a été reüré, un liquide
visqueux et transparent. Je n’ai jamais vu ce liquide s’échapper par un
jet comme dans les hydrocèles; je l’ai toujotws vu sortir en bavant à tra¬
vers la canule ; jamais je n’ai cherché à le faire sortir en totalité, et je me
suis toujours contenté d’en laisser échapper seulement 2 à 3 centüiti-es,
qtiantitc égale en volume à celle du liquide que je voulais injecter. J’avais
toujours eu soin de tenir le pavillon de la canule élevé, afin que cette
canule restât toujoiu’s pleine de liquide, et que dans l’injection je ne
fisse point pénétrer de l’air dans la cavité synoviale.
Du liquide à injecter. — Si l’on choisit une solution iodée ponr
rinjccter dans le genou, on peut faire usage de toutes les variétés de
solutions iodées qne l’on- emploie dans l’hydrocèle; ainsi, l’on peut iit-
jecter de la teinture d’iode pure, de la teihtnrc d’iode étendoe d’eau,
une partie de cette teinture, par exemple, sur sept parties d’eau,
comme le faitM. Velpeau dans l’hydrocèle ; ou bien enfin l’on peut se
.servir, à l’exemple de M. Imgol, de cette même solution d’iode, à la-
({uelle on ajoute une partie d’iodure de potassium, afin de faciliter la so¬
lution d’iode.
Dans la plupart des observations que je citerai, je me suis servi de¬
là teintime d’iode pure.
J’avais cru devoir recourir à cette préparation,, parce que, ayant
toujours le soin de ne laisser échapper qu’une très-petite quantité de li-
ijuide du genou, et en laissant par conséquent la plus grande partie
dans la jointure , je pensais qu’il était utile de se servir d’une prépara¬
tion très-active pour qne sa puissance ne fïit pas affaiblie par son mé¬
lange avec la sérosité restant dans le genou.
L’expérience ne m’a pas prouvé que ce choix lût défavorable ; ce¬
pendant , considérant aujourd’hui qne l’alcool peut coagider la sérosité
contenue dans le genou, et que la proportion d’une partie d’iode sur
deux parties d’eau suffît en général pour produire une inflammation
suffisante dans l’hydrocèle, je conseillerais de péférence la solution sui¬
vante :
Eau. 16 grammes.
Iode. 2 grammes.
lodurc de potassium .... 4 grammes.
Cette solution, ne contenant pas d’alcool, ne peut pas coaguler l’al-
Inunine; et lors meme qu’elle est étendue par la sérosité qu’on doit tou-
( 345 )
jours laisser dans le genou, elle doit êü-e sulfisainmenl active ; c’est celle
dont j’ai fidt usage dans mes dernières opérations.
La quantité de liqiudc à injecter ne doit jamais dépasser celle du li¬
quide que l’on peut iaii-e sortir du genou, et si l’on se conforme au pré¬
cepte que je donne d’en faii-e sortir une petite quantité pour éviter
l’enti-ée de l’air, on n’injectera dans le genou jamais plus de 15 à 20
grammes de liqidde.
Précautions à prendre après l’opération. — Le résultat immé¬
diat des injections iodées dans le genou étant _ime inflammation aiguë,
il importe de prendi’c toutes les précautions pour que cette inflammation
ne devienne pas suppm-ative.
Dans ce but, et pour éviter les distensions douloureuses du genou,
l’on place le membre dans une des gouttières que j’ai fait construûe
pour les maladies des articulations ; dans ces gouttières, dont j’ai fait
sentir' tons les avantages dans un mémoire publié en 1839 ( Gaz.
Médicale ), le membre est étendu, il repose sur sa face postériem-e, et
il ne peut se renverser ni à droite, ni à gauche. Par là on évite ces dis¬
tensions doidoureuses des enveloppes du genon, et ces tendances aux
luxations spontanées, qui aggravent si fort les maladies du genou lors¬
que les malades font reposer leur membre tout entier sm- le côté interne
ou sur le côté externe du genou (1).
Le membre déposé dans ces appai'eilsy reste jusqu’à ce que l’inflam¬
mation aiguë soit dissipée, et que la résolution ait fait de grands progi'ès.
Dans tous les cas que je citerai, j’ai pu me borner à de simples pré¬
cautions; une seule fois, cependant (Voyez l’observation de Sylvestre),
l’inflammation a été si intense, si prompte dans sa marche, la tension
consécutive au gonflement si considérable, que j’ai cru devoir enfoncer
de nouveau le ü'ocart dans le genou, afin de donner issue à la sérosité
trop abondante.
Résultats produits par les injections iodées dans les hydar-
throses du genou. — J’ai fait des injections iodées dans le genou,
1“ Pour des hydai'tbroses ;
2° Pour des alrcès froids. Je vais d’abord parler des premières.
A en juger par l’analogie des hydrocèles et des hydarthroses, on pré¬
voit sans peine que c’est dans les hydropisies articulaires que l’on a dû
obtenir les résultats les plus satisfaisants. Jamais, dans ces hydropisies ,
les injections iodées n’ont été suivies de suppuration , et toujours l’in¬
flammation aiguë consécutive a cessé de produire des douleurs après
deux ou trois jours.
(1) On trouve ces gouttières chez M. Jance, à Lyon, quai Villeroi, n« 2, et
clicz M. Charrière, à Paris.
( 346 )
Quant aux résultats curatiLs, ou conçoit sans peine qu’ils n’aient pas
présenté la même constance que les effets immédiats ; les hydai’tliroscs
offrent trop de variétés sous le rapport de leur ancienneté et dé leirr
complication, pour qu’un même moyen puisse les améliorer ou les gué¬
rir avec une égale certitude. L’on sait, du reste, que les injections dans
l’hydi'ocèle sont loin d’avoir un succès constant. Il est des hydi-ocèles
très-anciennes, et devenues cartilagineuses, qui ne guérissent ipie par
l’incision et même l’excision; des injections ii'ritantes sont impuissantes
à les guérir : eelles-ci doivent également échouer et échouent en effet
dans les hydarthroses très-anciennes et avec induration de la membrane
synoviale.
Voici l’observation détaillée des hydarthroses que j’ai traitées parles
injections iodées.
Obs. I. Hydarlhrose du genou gauche datant de trois mois, sans gonfle¬
ment du tissu cellulaire; injections iodées dans le genou; guérison
prompte et durable. — Otez le même malade, hydarlhrose du genou droit;
injections iodées huit jours après le début de la maladie; guérison éga¬
lement prompte et durable. — Louis Sylvestre, êgé de vingt-huit ans, en¬
tra à rHôlel-Dieu de Lyon, salle Saint-Louis, n” 81, le l" septembre 18tl.
Ce jeune bomme, naturellement assez, fort, ne présentait à cette époque
qu’une constitution singulièrement détériorée par l’action d’un séjour de
deux ans dans des appartements humides, et d’une syphilis constitution-
nelie consécutive i des chancres et des bubons qu’il avait contractés à l’àge
de vingt-six ans. Ces deux causes réunies avaient produit des douleurs très-
intenses qui parcoururent diverses articulations, et que MM. Beaumôs, à
l’Antiquaille, et Brachet, à l’IIôtei-Dien, traitèrent avec un succès incom¬
plet par les mercuriaux, les bains de vapeur et les sudorifiques. Vers le
commencement de juillet 18H, ces douleurs cessèrent de se faire sentir
dans les autres articulations et se reportèrent tout entières sur le genou gau¬
che. Deux mois après que cette articulation eut commencé à être malade,
L. Sylvestre entra à l’IIôtel-Dieu. Il était dans l’état suivant :
Le genou gauche est le siège d’un gonflement très-considérable qui offre
les caractères les plus évidents de l’accumulation d’un liquide dans cette ar¬
ticulation. Les tissus qui séparent ce liquide de la peau ne paraissent pas
épaissis, la peau n’est pas rouge et sa chaleur n’est pas augmentée. Cepen¬
dant, malgré cette absence de symptômes inflammatoires, les douleurs sont
extrêmement vives, et le malade ne peut goûter aucun repos; tout mouve¬
ment est impossible, la face est pMe, la maigreur générale, les forces très-
abattues, quoiqu’il n’y ait point de fièvre.
Pensant que les vives douleurs qu’éprouvait ce malade pouvaient tenir à
la position du membre, qui était fléchi et reposait sur la partie inférieure de
sa face externe (position dont j’ai démontré les graves inconvénients), je
fis étendre la jambe et la plaçai dans une des gouttières que j’ai fait con¬
struire pour les maladies du genou. Le malade, très-impatient, ne put s’as¬
sujettir à l’immobilité qu’entraînait l’emploi de ce moyen contentif. J’essayai
les cataplasmes, les sangsues, au nombre de trente; jdus tard, des vésica-
( 347 )
loires ammoniaaux, saupoudrés d’hydro-clilorale de morpbine. Je repris le
traitement par les sudorifiques et les mercurianx ; tous ces moyens restèrent
sans résultat.
Le 11 septembre, je m’absentai, et je fus remplacé par M. Colral, qui fit
usage à l’intérieur du camphre et de l’opium, et qui revint à l’emploi des
sangsues, et plus tard fit placer de larges vésicatoires autour du genou.
Tous ces moyens restèrent sans résultat, et lorsque je repris le service,
vers le commencement d’octobre, je trouvai le malade presque aussi souf¬
frant, et le genou aussi volumineux qu'à l’époque de son entrée, qui avait
eu lieu un mois auparavant.
Le 4 octobre, je me décidai à faire la ponction du genou avec un trocart;
je laissai écouler deux centilitres à peu près d’une sérosité semblable à celle
de l’hydrocèle, et j’injectai dans l’articulation 15 grammes de teinture d’iode
que je laissai on place.
La douleur produite par cette injection fut assez vive, et le jour môme où
elle fut faite, le genou devint rouge, douloureux, et prit un volume plus
considérable qu’avant l’injection; la nuit fut agitée, et il y eut de la fièvre.
Mais dès le lendemain, le genou cessa d’ôtre rouge et distendu, et la dou¬
leur fut moindre qu’avant l’opération. Pendant quatre jours la tuméfaction
fut à peu près stationnaire; mais à partir de cette époque, elle diminua si
rapidement, ainsi que les douleurs et la difficultc des mouvements, que le
malade put se lever vers le sixième jour, et que le 12 octobre, onze jours
après l’opération, il se promenait dans tes cours de l’hôpital. Chose étrange,
sa santé générale n’avait pas éprouvé moins d’amélioration que son genou;
il avait plus d’appétit et plus de force.
Cependant, tandis que le genou gauche, après être resté si longtemps gon¬
flé et douloureux, éprouvait, sous l’influence de l’injection iodée, une amé¬
lioration inespérée, le genou droit devenait le siège d’une liydartbrose aiguë
aussi douloureuse et aussi volumineuse que celle du genou gauche; en qua¬
tre jours, elle avait acquis tout son développement. Je dis alors au malade :
« Vous voyez avec quelle rapidité le genou gauche a été guéri par l'injec¬
tion iodée, après avoir été vainement traité par plusieurs autres remèdes ;
le genou droit se prend à son tour; à quoi bon recommencer sur lui une
longue série d’applications infructueuses? Décidez-vous, dès le début, à une
nouvelle injection.» Il se décida, et le 16 octobre, douze jours après la
première opération, je lui lis sur le genou droit une opération semblable à
la première. La sérosité qui sortit par te trocart était citrine, légèrement
épaisse.
Cette nouvelle opération fut suivie d’une inflammation effrayante par sa
rapidité et son intensité, le malade poussa des cris pendant toute la journée.
Quarante sangsues appliquées à quatre heures du soir ne produisirent au¬
cun soulagement; le gonflement, beaucoup plus considérable qu’avant l’opé¬
ration, alla toujours en augmentant; la tension de la peau était extrôme. A
sept bemres du soir, efirayé de la marche rapide du gonflement, je n’imagi¬
nai rien de mieux pour la faire cesser que de plonger de nouveau le trocart
dans le genou; il en sortit environ doux centilitres de sérosité limpide qui
n’avait ni la couleur ni l’odeur de l’iode. De ce moment, toutes les douleurs
cessèrent, et deux jours après, le genou n’était pas plus volumineux qu’a¬
vant l’opération. Sa diminution fut si rapide, et tous les symptômes inflam¬
matoires disparurent avec tant de promptitude, que le 25 octobre, neuf jours
( 348 )
après l’opéra lion, le malade sorlit, marcliaiil tans dillicullé, et n’ayaut plus
aucune trace de ses deux hydariliroses.
Depuis cette époque, j’ai reyu Sylvestre plusieius fois dans les mois
d’août et de septembre de cette année-ci ; il a fait un nouveau séjour à
l’Hotel-Dicu de Lyon pour une fracture du bras, et j’ai pu constater de
nouveau que ses genoux n’offi'aient pas la plus légère tj’ace de gonfle¬
ment, et que tous lem’s mouvements s’exécutaient aussi facilement (jue
s’ib n’eussent jamais été malades.
Obs. II. Hydarthrose des deux genoux, sans gonflement du tissu cel¬
lulaire; injections iodées dans les deux genoux, trois mois après le début
du mal. Guérison après un mois de traitement. — Cette observation a été
recueillie par M. Martin. Je vais l’extraire textuellement de sa thèse.
Au milieu du mois de mai 18H, entra à l’flôtel-Dieu de Lyon, au n» 118
de la salle Saint-Paul, une jeune fille de seize ans, nommée Marie 6.; elle
était des environs de Lyon, d’un tempérament lymphatique, mal réglée. De¬
puis trois ans elle portait deux hydartliroses cbronitiues du genou ; elle avait
marché les pieds nus sur la terre humide, et ce fut quelques jours après
celte imprudence que les articulations se gonflèrent; elle n’a jamais éprouvé
de douleurs vives; elle a toujours continué à marcher et ù travailler. On
sent de la fluctuation dans les deux genoux; il n’y a pas de chaleur ni de
rougeur à la peau; la rotule est soulevée par le liquide; la maladie n’a ja¬
mais affecté une marche aiguë, et n’a été soumise à aucun traitement local.
On s’est contenté de combattre la constitution un peu scrofuleuse, et on a
administré des remèdes internes pour établir la menstruation d’une manière
régulière.
Quelques jours après l’entrée de la malade à l’hôpital, on ponctionna scs
deux tumeurs le môme jour; il en sorlit une petite quantité de sérosité, et
l’on injecta dans chaque articulation 30 grammes de teinture d’iode.
Les précautions les plus minutieuses furent observées afin d’éviter l’in¬
troduction de l’air dans la cavité articulaire.
La réaction inflammatoire fut intense ; la nuit suivante il y eut de la fiè¬
vre, de l’insomnie, un peu d'agitation, et même un commencement de dé¬
lire; les genoux se tuméfièrent, la peau devint rouge, tendue, brûlante. Le
lendemain, la malade eut des nausées et des vomissements. Fendant trois
jours CCI état aigu persista : on prescririt 20 grains d’ipécacuanha, et la ma¬
lade recouvra l'appétit. Après ces trois jours, l’inflammation s'apaisa, et les
genoux commencèrent à diminuer, et diminuèrent rapidement.
Sur ces entrefaites, je quittai le service pour quelques jours, et lorsque je
rentrai à l’hôpital, le 8 juin, la malade était partie, marchant bien, et pres¬
que complètement guérie. La maladie s’était terminée par résolution, et les
ouvertures faites par le trocart n’avaient pas laissé échapper une seule
goutte de liquide.
Obs. III. Ilydarthrose des deux genoux-, absorption probable des car¬
tilages; injections iodées deux ans après le début de la maladie; grande
amélioration. — Jeanne-Marie Massacrier, âgée de vjngt-sept ans, demeu¬
rant à Saint-Jusl, (lays marécageux, dans lequel on est soumis aux fièvres
intermittentes, eut ses règles supprimées à l’âge de seize ans, après s’ôtre
( 349 )
mouillée. Celte suppression occasiomia un rhumatisme articulaire aigu qui
se prolongea pendant quatre mois. Depuis, elle n’eut aucune maladie jus¬
qu’à rage de vingt-cinq ans. A cette époque, elle se laissa tomber d’un ar¬
bre, ses genoux se lumelièrenl, et elie resta quimsejours sans pouvoir mar¬
cher; bien que plus lard elle pût faire quelques pas sans trop de difficulté,
ses genoux restèrent très-volumineux, et deux ans après le début do sa ma¬
ladie elle entra à l’Ilôlel-Dieu. Le 22 mai 18i2, elle offrait tous,les signes
d’un épanchement de liquide dans l’articulation. L’absence de gonflement
dans les parties molles environnantes, l’ensemble de la constitution, qui
n’offrait pas les caractères de la diathèse purulente, liront penser que ce li¬
quide était de la sérosité. Des craquements que la malade ressentait dans
le genou pendant la marche faisaient toutefois penser qu’il y avait une
absorption des cartilages.
Pendant les deux premiers jours, on couvrit l’articulation avec plu¬
sieurs vésicatoires volants; il ne se manifesta aucune diminution.
Le li juin, on injecta dans chaque genou la solution suivante:
Eau. 15 grammes.
Iode. 1 gramme.
lodure de potassium. . 2 grammes.
L’inflammation aiguë qui suivit cette injection fut très-intense; dès le soir
môme du jour de l’opération, les genoux furent extrêmement tuméSés,
rouges, et la malade ne goûta pas de repos pendant quarante-huit heures.
Le troisième jour, les douleurs et le gonflement commencèrent à diminuer;
à partir de ce moment, l’amélioration fut extrêmement rapide, et dix jours
après l’injection, l’on ne pouvait plus reconnaître aucune fluctuation dis¬
tincte, les genoux n’étaient guère plus gros que dans l’état normal; à cette
époque, la malade commença à se lever, mais la marche était toujours assez
difficile. Le 12 juillet, près d’un mois après l’injection, elle sortit de l’hôpi¬
tal ; la tumeur du genou avait presque complètement disparu , mais la mar¬
che, quoique moins difficile qu’avant le traitement, n’était pas sans diffi¬
culté, la malade sentait toujours des craquements dans le genou.
Obs. IV. Uydarlhrose du genou droit avec gonflement du tissu cellu¬
laire, datant de plus de trois mois; deux injections dans le genou à deux
mois douze jours de distance; guérison presque complète après trois mois
de traitement. — J’extrais l’observation suivante de la thèse déjà citée de
M. Martin.
Jean-Isaac Bovard, âgé de trente-quatre ans, est sujet depuis douze ans à
des douleurs rhumatismales. Depuis lu l^r mai 18il, ces douleurs sont ve¬
nues se lixer sur le genou droit et ont abandonné tout le reste du corps. Son
médecin l’a traité inutilement par les ventouses, les vésicatoires, les applica¬
tions émollientes et résolutives. Ce n'est que lorsqu’il n’a plus pu marcher
qu’il est entré à l’Hôlel-Dieu, le 5 août 1811, dans le service de M. Bonnet.
A l’examen du genou, on constata l’existence d’une bydartbrose chroni¬
que; mais, de plus, il y avait un empâtement des parties molles extérieures
de la jointure, et des fongosités dans la cavité synoviale. Point de rougeur
ni de chaleur à la peau, pas de gonflement, pas de déviation des os; les
mouvements de flexion et d’extension s’exécutent avec facilité ; ce n’est que
lorsque le malade veut appuyer son pied sur le sol, qu’il souffre.
Le genou malade, comparé au genou sain, offre les dimensions suivantes :
iO ccnliraètrcs.
( 350 )
Genou malade : à la partie siipcrieure.
— — moyenne ....... 41 —
— — inférieure.33 —
Genou sain : à la partie supérieure. 37 —
— moyenne. 38 —
— — inférieure. 33 —
Le 7 août, on pratiqua la ponction du genou ; on en fait sortir environ 30
grammes de sérosité, et on injecte autant de teinture d’iode. Après cela, on
exerce une légère compression sur l’articulation, et le membre est maintenu
étendu et immobile dans une gouttière en fil de fer.
La réaction fut peu marquée immédiatement; le malade soutfrità peine de
la présence de la teinture d’iode dans la cavité synoviale. Pendant la nuit
du 8 au 9 août, il y eut de la chaleur, de la tension dans le genou, une dou¬
leur assez vive; le malade fut agité et ne dormit pas. Le lendemain, tout était
calmé; il ne sortit pas une goutte de liquide de la jointure.
Après huit jours, le malade ne souffrait plus, mais le genou n’avait pas
diminué. Avant de recommencer les injections, on voulut essayer des cau¬
tères et des moxas. En conséquence, le 20 août, on établit deux cautères eu
dedans de l’articulation, l’un au-dessus, à la cuisse, l’autre au-dessous, sur
la jambe. Ces deux cautères furent entretenus pendant un mois seulement.
Le genou offrait toujours le même aspect; toutefois, il n’y avait plus de
douleur, et le malade commençait à marcher assez bien. Au commence¬
ment du mois d’octobre, on brûla deux moxas, l’un en dedans de la rotule,
l’autre en deliors.
Le 19 octobre, les dimensions du genou malade sont encore les mêmes
que celles que nous avons dqjà indiquées, sauf 5 millimètres de diminution
survenue à la suite de la première injection. La peau du genou offre la colo¬
ration normale; le tissu cellulaire est toujours empûté; on sent la fiuctua-
tion et la présence de fongosités dans la cavité synoviale. La santé générale
du malade est bonne, il mange avec appétit et prend des forces.
Ce jour-là on enfonça le trocart en dehors et en arrière de la rotule; il sor¬
tit deux cuillerées d’un liquide clair, jaunâtre, sans flocons. On injecta en¬
suite une quantité, égale en volume, de teinture d’iode. Les douleurs fu¬
rent assez vives, la tumeur augmenta de volume, le genou devint chaud et
brûlant, mais sans rougeur à la peau ; la réaction ne dura que vingt-quatre
heures. Le membre, mesuré au moment où il offrait le plus de gonflement,
offre les dimensions suivantes :
Genou malade.i2, 43, 33 centimètres.
— sain. 37, 38, 33 —
Le genou resta engourdi et immobile pendant les deux jours qui suivi¬
rent l’injection : au troisième jour, il commença à diminuer.
On pratiqua alors une légère compression avec des circulaires de bande;
la tumeur diminua rapidement, et le malade ne ressentit aucune douleur.
Le 23 octobre, on ne sent plus aucune trace de fluetnation; la pression
peut s’exercer dans tous les points sans causer la moindre douleur. Le ma¬
lade ne s’est pas encore levé depuis la dernière opération; cependant, il
meut très-làcUement son membre. La tumeur offre les dimensions sui¬
vantes :
( 351 )
Partie supérieure.39 centimètres.
— moyenne. 40 —
— inférieure. 33 —
Genou sain : partie supérieure. 38 —
— — moyenne. 39 —
— — inférieure.33 —
Au 31 octobre, le malade marche très-bien, sans claudication ; il peut
appuyer tout le poids de son corps sur le membre malade. Plus de dou¬
leurs, plus de fluctuation; il reste seulement un peu d’einpltcment dans les
parties molles extérieures. Point de déviation dans la direction du membre.
Le patient obtient la demi-flexion sans peine, mais il lui est impossible de
se mettre à genoux. En appuyant la paume de la main sur la rotule, et fai¬
sant exécuter à la jambe des mouvements de flexion et d’extension, on per¬
çoit un léger frottement entre les os, ce qui indiquerait l’absorption des
cartilages dans quelques points.
L’état général du malade est satisfaisant; il prend chaque jour une dou¬
che de.vapeur depuis qu’il peut marcher, et il trouve que son genou de¬
vient de plus en plus flexible. Il sort dans les premiers jours de novembre
pour reprendre ses travaux.
Obs. V. Hydarthrose du genou, avec gonflement des parties molles;
deux injections iodées dans le genou à deux mois de distance, vésica¬
toire, moxa, etc.; diminution dans le volume de la tumeur, gène plus
grande dans les mouvements. — Jean-Jacques Dufournel, âgé de vingt-
neuf ans, d’une bonne constitution, entra à l’Ilôtel-Diou de Lyon, le 22 fé¬
vrier 18i2, pour y être traité d’une hydarthrose du genou droit, qui avait
commencé treize ans auparavant. Cette hydarthrose, assez volumineuse,
était accompagnée de gonflement des parties molles qui entourent l’articu¬
lation du genou, et spécialement de celles qui sont placées sur les côtés du
ligament rotulien.
Après l’emploi de quelques frictions résolutives, on lit dans le genou une
injection iodée semblable à celle qui fut mise en usage dans la troisième
observation. Comme toujours, cette injection fut suivie d’une inflammation
aiguë qui fut douloureuse pendant deux à trois jours; elle ne produisit au¬
cune diminution dans la tumeur.
A la lin d’avril, des vésicatoires volanis, appliqués en grand nombre au¬
tour de l’articulation, produisirent une diminution assez sensible dans la
(luanlité du liquide contenu dans le genou. Cependant, cette diminution
étant loin d’étre complète, le li avril je fis une nouvelie injection sembla¬
ble à la première. Cette seconde opération ne produisit qu’une amélioration
peu satisfàisanlc, et lorsque le malade sortit, dans le cours du mois d’août,
son genou était moins volumineux qu’à l’époque de son entrée; mais soit
l’effet d’un repos longtemps prolongé, soit effet dos injections, les mouve¬
ments du genou étaient plus difficiles, et la marche pouvait être moins
longtemps soutenue.
Les cinq malades dont je Tiens do rapporter l’iiistoire sont les seiil.s
(pie j’aie traites d’hydartliroses du genou par les injections iodées ; mais
comme les trois premiers ont eu les deux genoux affectés et ont été opé¬
rés des deux cotés, et que chez les deux derniers le genou malade a été-
( 352 )
injcclé à deux rcprLses ,'oii voit que je résume ici le résultat de dix opé¬
rations.
Dans tous les cas, il y a eu, après rinjcclion, une inflammation aiguë
et douloureuse de l’aiticulation du genou; dans un seul cas (observation
de Sylvestre), l’inflammation a été assez intense pour que j’aie cru de¬
voir donner issue au Uquide résidtant de l’inflammation, par une ponc¬
tion nouvelle. Constamment les doidems ont cessé le deuxième et le U-oi-
sième joiuq jamais il n’y a eu de suppiu-ation, jamais la piqûi-e n’est
restée fistulcuse, jamais, en im mot, l’injection iodée n’a produit d’ac¬
cident.
Chez les deux premiers malades, opérés l’un et l’autre aux deux ge¬
noux , nous avons obtenu une guérison aussi prompte que duralde.
Moins de deux semaines après l’opération, les malades ont pu marcher
librement, et la tumeur avait disparu; il n’y avait pas eu scidement,
comme on voit, absoi-ption du liquide épanché, il y avait eu rétablisse¬
ment des fonctions du genou. Ces deux maladesétaicnt jeunes (seizeet
vingt-huit ans) ; chezl’im et l’autre l’hydarthrose était récente; elle da¬
tait de huit jours dans un cas, de trois mois à peu près dans les autres ;
enfin, il n’y avait ni a’aquement dans le genou, ni gonflement des par¬
ties molles cxtwieiu’es à la synoviale.
Dans la troisième obsetTation, les résidtats ont été moins complets; le
liquide s’est résorbé, mais les mouvements du membre ne se sont pas
complètement rétablis ; il est à remarquer que les cartilages paraissaient
absorbés en partie, et que la maladie durait depuis deux ans.
Dans le quatrième cas , la guérison a eu lieu à peu près complètement,
tant sous le rapport de la diminutioa du genou que sous le rapport du
rétablissement des fonctions. Cependant ces résultats n’ont été obtenus
qu’après trois mois et demi de traitement, deux injections successives et
l’emploi de divers moyens accessoires. La raison des difficultés que l’on
a rencontrées dans ce cas se trouve évidemment dans cette circonstance,
que l’inflanunation chronique avait été assez intense pour envahir les
parties molles cxtérieimes à la synoviale, comme le peu d’ancienneté de
l’hydarthiose, qui ne remontait qu’à trois ou quatre mois, explique le
succès obtenu.
Dans le cinquième cas, les injections ont été suivies d’une diminution
lente et incomplète de la tumeur du genou et d’ime gêne un peu plus
grande dans les mouvements de cette articulation. Ces résidtats doivent
être attribués à ce que l’hydarthrose était très-ancienne (elle datait de
douze ans), et à l’extension du mal, qui avait gagné le tissu ccllulaiie
sous-aponévrotiqne et sous-cutané.
D’après ces faits, on voit que les injections iodées peuvent être prati-
( 353 )
quées sans danger dans les genoux affectes d’iiydarllirose, et l’on peut
espérer qu’elles procureront une guérison prompte, complète et durable,
brsque l’hydartlirose sera sans aucune complication et aura moins de
trois ou quati-e mois de dm-ée.
Lorsque l’hydartlirose coexiste avec l’absorption des cartilages ou
avec le gonflement des parties molles extéricm-es, et qu’elle date de plus
d’une année, les injections iodées ne peuvent produire des résultats
promptement avantageux; elles se bornent à aider à la guérison, et celle-
ci est toujours longue à obtenir’, et souvent incomplète.
Les faits indiqués par M. Velpeau, dans sa communication à l’Acadé¬
mie des sciences, démontrent, comme ceux que je vieirs de citer, l’inno¬
cuité des injections iodées dans les articrüatioirs; mais je ne puis dire s’ils
confirment ou non les conclusions tbérapeutiques que je viens d’exposer,
car M. Velpeau n’ayant fait qu’indiquer les résultats qu’il avait obte¬
nus, sans entrer dans atreun détail, je ne puis dire dans quelles cotrdi-
tions spéciales il a réussi et dans quelles conditions ü a échoué. Par
suite, il est impossible de prévoir ce que l’on peut espérer en se guidant
sur ses observations.
Dairs la plupar-t des cas que j’ai cités, je n’ai eu recours aux injections
iodées qu’après avoir’ fait usage des moyens généralement usités dans
deshydar’throses, etspécialemeirt des vésicatoires volants, des frictions
iodées et mercurielles, etc. Sans aucun doute, il faut recourir à ces
moyeirs avant de se décider à pousser des injections irritantes dans le
geirort, et je conçois sans peiirc que ceux qui n’auraieirt pas eu l’occasion
de corrstater, comme je l’ai fait si souvent, l’inutilité presque constante
de ces moyens, et même celle des moxas, des cautères, de la carrtérisa-
tion transcurrente, iirsistent plus que je ne l’ai fait dans les cas cités sur
ces moyeirs prépar’atoires ; mais quand on se rappelle que les hydar-
tbroses sont les analogues des hydrocèles, que les résolutifs sont inutiles
dans cette denrière nraladie dès qu’elle date de plusiems mois, et que,
pour la guérir’, tout le nroirde aujourd’hui recoru’t immédiatement à l’in¬
jection de la tunique vaginale, sans essayer les vésicatoires ou les fric-
tioirs iodées, peut-être sera-t-on conduit à penser qu’il viendra une épo¬
que où l’oir n’hésitera pas plus à tr’aiter les hydartliroses du geirou par
des injections ii’ritantes, qu’on n’hésite à le faire aujourd’hui dans les
hydr’ocèlcs.
Dans le prochain iruméro, je traiterai des injections iodées dans les
abcès des articulations.
Bonwet.
E XXIll. lO" 1.1 V.
( 354 )
MÉMOIRE SUR LE STAPHYLÔME PELLUOIDE CONIQUE DE LA CORNÉE (CONICITÉ
DE LA cornée), et PARTICULIÈREMENT SUR SA PATIIOGÉNIE ET SON TRAI¬
TEMENT, AVEC QUELQUES REMARQUES SUR LES STAPRYLÔMES EN GÉNÉRAL.
C Suite et fln. )
XIV. Des différents moyens employés jusqu’ici contre la conicité
de la cornée. (Suite.) — 6" Les moyens révulsifs ont été employés
soit cmpii iquemcnt, soit dans le but d’activer la résorption, pour agii' sur
une supersécrétion imaginaû'e de l’humeur aqueuse. On a recommandé
les vésicatoires, les frictions avec la pommade stilriée et ammoniacale, le
séton, les cautères, les moxas, etc. M. de Waltlier, en 1835, m’a beau¬
coup vanté l’action avantageuse des cautères appHqués aux apophyses
mastoïdes. Toute cette classe d’agents thérapeutiques ne peut, selon
nous, devenir utile que lorsqu’une maladie locale ou générale, telle
qu’une ophthalmie aiguë ou chronique, ou une disposition dartreuse,
rhumatismale ou autre, complique ou entretient la conicité de la cornée.
7“ Divers moyens internes ont été tentés, les uns empiriquement, les
auti-es d’après des indications presque toutes ciTonées, basées sur les
causes supposées de l’affection.
La plupart de ces médicaments ont été administrés dans l’intention
d’augmenter l’absorption et de diminuer la séci’étion de l’humeur aqueuse,
regardée comme trop active. On a tâché de remplir’cette indication par
les pnrgatiis, la diète sévère, le proto-chlorure et le deuto-chlorure de
mercm-c à haute dose, même jusqu’à saUvation, l’hydi'o-chloratc d’am¬
moniaque, le chlorure de soude, les préparations d’or et d’iode. M. Ché-
bus a vanté l’éponge calcinée, jointe à la digitale et aux frictions faites
sur le pomtour de l’orbite avec une pommade iodm-ée; M. d’Ammon, la
décoction de racine de polygala Sénéga.
D’autres ont eu rccom-s aux toniques et aux altérants ; M. Travers dit
s’être bien trouvé des ferrugineux et de l’arsenic.
On s’est également attaché à combattre les causes indirectes probables
de la maladie, telles que des affections rhumatismales, goutteuses, dar-
treuses actuelles ou répercutées, scrofuleuses ou sjqihilitiques. Outre les
agents spéciaux employés en pareille circonstance, un grand nombre des
moyens déjà mentionnés peuvent, en même temps, remplir cette troi¬
sième indication, qu’il est bon de ne point négUger comme auxiliaire,.
bien qu’employée seule elle ne puisse avoir une grande action directe sur
la maladie locale de la cornée. M. Elwert s’est servi avec succès, dans
un cas où d’autres moyens avaient échoué, du deuto-chlorure de mer¬
cure administré jusqu’à la salivation, joint à beaucoup d’cxcrcice , qui
• ( 355 )
rétablit la transpiration supprimée des pieds et fit cesser des donleims
oculaires qui avaient compliqué la maladie.
Enfin, on ne peut rationnellement avoir recours à la méthode anti¬
phlogistique que dans les cas suivants : 1“ lorsque la conicité de la cor¬
née a été précédée d’ophthalmie, dont il reste encore des symptômes plus
ou moins manifestes ; 2“ lorsque l’une des applications locales irritantes
a produit une phlegmasie oculaire, cii-constauce assez fi-équentc ; 3” lors¬
que avec la maladie locale il existe des congestions cérébro-oculaires,
une dysménorrhée, une pléthore abdominale ou une hypérémie générale,
complications qu’il n’est pas rare de rencontrer.
C’est dans les cas de dysménorrhée concomitante que peut aussi trou¬
ver son emploi une sulistance médicamenteuse dont l’usage, tout à fait
empirique en dehors de cette complication, n’est venu à notre connais¬
sance que par M. de Walther. Ce gi-and chirurgien, dont le génie élevé
ne saurait nous empêcher de défendre des opinions opposées aux sieimcs
toutes les fois que la vérité nous semblera être de noti-e côté ; ce gi’and
cliirurgien, disons-nous, emploie généralement dans cette maladie les
cautères appliqués derrière les oreilles, conjointement avec l’usage interne
de l’essence de térébenthine. U nous a montré, en 1835, à sa clinique du
grand hôpital de Munich, une femme sur laquelle il disait avoir obtenu,
par l’usage prolongé de ces moyens, un succès marqué dans un cas très-
avancé de staphylôme conique. Chez cet individu, il existait encore une
conicité très-notable des deux cornées ; mais la myopie, au dire de la ma¬
lade, avait considérablement diminué. Dans l’impossibUité où nous nous
ü’ouvions d’attacher aucune idée thérapeutique à l’usage de l’essence de
térébenthine, nous supposâmes que chez cette malade il devait y avoir
eu quelque complication d’une maladie générale, telle qu’une dysmé¬
norrhée par exemple, sur laquelle le médicament avait pu exercer une
action favorable. En effet, notre examen constata que cette femme, âgée
d’à peu près quarante ans,'avait eu une suppression do règles qui, après
l’usage du médicament, étaient revenues avec almiidance. C’est à ce
retour favorable, joint à l’action des cautères, que nous attribuâmes
l’amélioration qui avait eu lieu, mais qui était fort loin d’une guérison.
Nous ne nous rappelons point si l’application de quelque topique sur les
yeux avait été associée au traitement général. Depuis ce temps, nous
avons plusieurs fois essayé l’usage interne de l’essence de térében¬
thine, à la dose de 1 à 4 grammes par jour, dans un véhicule miicila-
gineux ou une émulsion, contre des conicités de la cornée, compliquées
d’aménorrhée ou de dysménorrhée chez des femmes, et même jilusienrs
fois empiriquement chez des homnie.s ; mais n’y ayant associé aurim
moyen local, nous ne sommes imllenieiit elonne de n’en a\oii' jamais
( 356 )
retii-é aucun bon effet, bien qu’iuie fois son emploi ait été prolongé près
de deux mois, et que la dose ait été augmentée tant que l’estomac mon¬
trait de la tolérance. Ce médicament pourrait tout au plus fournir un bon
auxüiaû-e, lorsqu’il y a indication spéciale à cause d’une dysménorrhée
ou d’une maladie des voies urinaires, etc.
8° Traitement expeetatif. Demours, se basant sur son expérience,
conforme sous ce rapport à celle de Phipps, savoir que le stapbylôme
pellucide de la cornée, arrivé à un certain point de son développement,
s’arrête dans sa marche , et n’amène pas d’autres suites plus graves ;
Demours, disons-nous, conseille de n’essayer aucun traitement. C’est
avouer l’impuissance de l’ail et des dilférentcs méthodes curatives pré¬
conisées ; mais ce conseil se trouve en contradiction flagrante avec celte
autre opinion de Demours, que la conicité de la cornée peut se terminer
par la formation d’un albiigo ou d’un véritable staphylôme opaque de
celte membrane, ou même par sa rupture ; il est en outre bien loin d’être
rationnel. En effet, l’arrêt spontané de la maladie n’étant rien moins
(pie certain et n’ayant lieu (pie dans la minorité des cas, la myopie au
contraire devenant toujours plus ou moins un obstacle au ti-avail, et
éipiivalant à la cécité complète lorscpic la maladie atteint son plus haut
degré, il est nécessaire, et c’est un devoir pour le médecin, lors même
(pie la guérison complète et radicale de la maladie est impossible ,
de tenter tous les moyens pour empêcher au moins l’accroissement du
cône protubérant et du trouble visuel qui^l’accompague.
9" Comme moyen palliatif, on peut essayer des lunettes concaves
d’un numéro très-bas, qui, dans le commencement de la maladie, ren¬
dent de ü-ès-bons services, et en généralisent plus utiles quand le cône
est aplati et moins saillant que lorsqu’il est pointu et plus élevé. Ici,
comme dans les’cas de simple myopie, il est_important que le malade
se serve d’abord des verres les plus faibles; mais ordinairement les nu¬
méros très-bas apportent seuls une amélioration qui, malheureusement,
est rarement notalile, et dont le bénéfice se perd de bonne heure par la
marche progi-essive de la maladie. Les veives devi-ont être choisis sépa¬
rément pour chaque œil, règle généralement utile à observer, mais plus
particulièrcmentjdans la conicité de la cornée, souvent développée à des
degrés fort inégaux aux deux yeux.
En vain j’ai engagé plusieurs habiles opticiens à essayer de confec¬
tionner des lunettcs^forlcmcnt et irrégulièrement concaves, imitant en
quelque sorte, mais en sens inverse, la forme ipie la cornée présente dans
cette anomalie. Tous, après quelques tentatives infructueuses, en ont
reconnu l’impossiliilité. Plus tard, j’ai trouvé que Ilimly avait eu la
même idée, mais qu’il n’y avait cependant donne aucune suite.
( 357 )
La ponction de la cornée, regardée comme moyen palliatif, ne mérite
pas ime giande confiance, à cause de la trop rapide reproduction de
riiumeur aqueuse. Quelques-uns des autres moyens, employés avec des
indicalions et dans une succession rationnelles, peuvent d’ailleurs être
regardés comme palliatifs, ainsi que nous le dirons plus tard.
10“ L’opération de Vablation du cristallin, soit par l’aliaissement
ou leLroiement, soit par l’extraction, peut être placée ici comme un
moyen palliatif d’un ordre plus élevé, puisque, sans modifier en rien
l’état anormal de la cornée, elle change très-notablement le foyer visuel,
de manière à pouvoir diminuer considérablement et quelquefois même
faire cesser entièrement la myopie. N’oublions cependant point que sur
les effets de cette opération, appliquée à la maladie qui nous occupe, et
particulièrement sur le degré d’amélioration de la vision qu’elle peut
produire, il n’existe pas un grand nombre d’observations, et que celles
de Veteb et de M. Lawrence, hommes d’une probité scientifique recon¬
nue , diffèrent de celles de sir William Adams, dont les assertions ne
sont pas toujours scrupidcusement conformes à la vérité, comme nous
le prouverons à une autre occasion. Ce'procédé est d’ailleurs parfaite-
tnent indi(jué toutes les fois qu’on ne peut réussir à guérh- entièrement
la maladie, c’est--à-dire lors(jue des moyens rationnels de cm'c radicale
ont échoué, ou ont laissé sidisistcr un troidde considérable de la vision.
Adams a été conduit à ce mode de traitement chinu'gical par une opé¬
ration de double cataracte pratiquée sm’ une femme affectée en meme
temps de conicité des deux cornées, opération après laquelle, au dire de
cet auteur, la malade se conduisait et lisait bien plus facilement à l’œil
nu que d’autres malades opérés ne le font d’ordinaire h l’aide de lunettes
à catai’acte. Ce fait, d’ailleurs, est assez vraisemMablc, puisqu’en géné¬
ral les malades voient d’autant mieux après l’opération qu’ils ont été
plus myopes avant que le cristallin n’ait perdu sa ü’ansparencc. Encou¬
ragé par ce succès, il broya la lentille, dans un cas où une malade, affec¬
tée de staphylôme pellucide de la cornée sans cataracte concomitante,
pouvait encore se conduire seide, tentative fort hasardée : un succès
complet vint cependant la couronner, et la malade non-seulement mar¬
chait beaucoup mieux sans lunettes, mais encore, un an après l’opération,
lisait à l’œU nu le plus jietit caractère à environ un tiers de mètre (10 à
12 pouces) de distance, assertion dans laquelle il y a sans doute im peu
d’exagération. Lorsqu’elle essayait de voir avec des lunettes à cataracte
de 6 centimètre environ (30 lignc.s) de foyer, sa vue devenait tout aussi
trouble qu’elle avait été avant l’opération. Opérée de l’autre oeil un an
pliLs tard, elle pouvait lire, selon Adams, peu de temps après l’opéra¬
tion, avec des lunettes à cataracte d’environ 65 millimètres (33 lignes)
( 358 )
de foyer. Celte différence entre les deux yeux, roculiste anglais l’expli¬
que par la circonstance que l’œil le dernier opéré n’avait pas pu, comme
sou congénère, s’exercer pendant tonte une année. Adams convient ce¬
pendant qu’en général il faut aux malades opérés de cette manière des
lunettes, mais plus faüdes qu’après l’opération de la cataracte. Vetch et
M. Lawrence n’ont pas obtenu les mêmes succès de cette méthode.
M. Texlor, qui a eu occasion d’extraire, sur une femme âgée affectée de
conicité de la cornée, le cristallin tombé dans la chambre antérieure,
n’a pas xui la vision se rétaldir après l’opération; mais, dans ce cas, ü y
avait probablement une cécité ti’ès-ancienne causée par une maladie de
la rétine. Nous rexiendrons sm’ cette opération, pour préciser les circon¬
stances dans lesquelles elle peut trouver son application.
M. Chélius se ti’ompe en disant qu’Adams p-atiquait l’extraction du
cristallin ; il n’opérait jamais que par le broiement. L’extraction serait
d’ailleurs très-dangereuse dans une pareille difformité de la cornée,
parce que la paupière, en pressant sur le sommet de la tumeur, pom-rait
facilement écarter les lèvres de la plaie, accident presque toujours
suivi de la procidence de l’iris, et souvent de la suppuration du lam¬
beau et de la totalité du globe oculaire. Ce n’est qu’à des cas particuliers,
comme par exemple à celui du cristallin occupant la chambre antérieure,
qu’il faudra limiter l’extraction dans la conicité cornéenne.
XV. Méthode curative rationnelle et appuyée sur l'expérience.
— Nous avons employé ou vu employer tous les moyens que nous ve¬
nons de passer en revue ; ils ne nous ont donné que des résultats néga¬
tifs, même dans les conicilés commençantes de la cornée, et dans les
kératocèles qui se transforment en staphylômes pellucides ; nous avons
tout au plus quelquefois empêché les progrès du mal. Sur la fbi des re¬
commandations faites en Angleterre, nous avons insisté très-longtemps,
mais sans le moindre sticcès, sur l’instillation de l’infusion de tabac. Nous
avons vu la ponction de la partie latérale du staphylôme répétée jusqu’à
cinq fois sur le même œil sans amendement. Aussi la grande majorité
des médecins s’accordent-ils sur l’incurabilité de cette affection. Ayant
d’abord attaché peu d’importance à l’explication de la formation de
cette singulière maladie, que nous avions basée sm- la présence de l’opa¬
cité au sommet du cône ou dans son voisinage, nous n’essayâmes point
d’en faire découler un traitement particulier. Nous employions les
moyens recommandés par les auteurs, progressivement depuis les plus
doux jusqu’aux plus énergiques, et, arrivé à la cautéi'isation à l’aide du
nitrate d’argent, nous l’appliquions sur le sommet delà tumeur en masse,
queDe qu’en lut la largeur, et nous l’abandonnions lorsqu’elle n’avait
pas de résultat avantageux au bout de (pielque temps, ou lorsqu’elle
( 359 )
produisait de riiiflainmalioii. En 1835 la théorie que nous avons expo¬
sée nous suggéra pour la première fois l’idée d’un traitement rationnel.
11 se présenta alors à notre clinique un malade d’une cinquantaine d’an¬
nées, affecté aux deux yeux d’une conicité de la cornée parvenue à im
très-haut degi’é, mais plus complète encore à l’oeil droit,'dans lequel la
petite opacité occupait le centre du sommet. Plusieurs chinirgicns distin¬
gués , et surtout Dupuytren, dont nous conservons les ordonnances ,
avaient pendant longtemps traité ce malade, mais sans aucim succès.
Après l’emploi également infinctueux de plusieurs moyens, l’idée nous
vint de cautériser médiodiquemcnt la cornée droite avec le nitrate d’ar¬
gent sur l'opacité même, dans le double but d’aplatir le staphylôme el
de produii’C une cicatrice ferme capalde de résister dorénavant à la dis¬
tension. Plusieiu’s fois une ophthahnie assez forte nous força de suspen-
di'ele traitement et de nous borner à l’instillation du laudanum. Enfin,
lorsque déjà une diminution considérable avait eu lieu, un nouvel accès
d’inflammation violente étant smTcnu, le malade prétexta mi besoin de
repos et la nécessité de faire un voyage pour affaires, et ne reparut
plus à la clinique. Je ne le revis qu’en 1839, et quels furent ma surprise
et mon étonnement lorsque je le trouvai parfaitement guéri de la mala¬
die de l’œil di’oit, dont la vision était devenue infiniment meilleure, et
lorsqtie je pus me convaincre que la cornée, naturellement bombée, ne
présentait plus qu’une cicatrice centrale ferme, mais peu étendue! Un
dessin des deux yeux, pris avant la première cautérisation, permit d’aj)-
précier exactement le changement survenu. Ce beau résultat, dont le
bénéfice s’est conservé jusqu’aujomd’hui', tandis que la conicité de la
cornée gauche, non cautérisée, est restée la même, nous fait croke que
le traitement rationnel de la conicité peut, dans la plupart des cas, ame¬
ner tme modification ti-ès-avantageuse, et non-seulement arrêter d’une
manière positive la mai’che de la maladie, mais encore diminuer la saillie
déjà existante de la cornée et améliorer notablement la vision. Pom' at¬
teindre ce but, il suffit, selon nous, d’employer, dans une succession ré¬
gulière, les moyens suivants,"que le manque d’espace nous force d’indi¬
quer seulement d’une manière sommaire. Les détails nécessahes siu le
mode d’emploi de quelques-uns d’enüe eux pourront êtr e puisés dans le
pai-agraphe précédent.
1® On touchera une à deux fois par jour la tumeur avec un pinceau
imbffié de laudanum de Sydenham piu-, et l’on fera bassiner immé¬
diatement après les paupières fermées avec de l’eau fi-oide. Le pinceau
sera appliqué sm’ la partie opaque de la tumeiu’. Plus tard on pouiva y
associer l’usage d’ime pommade de précipité rouge ou blanc, à la dose
de 10 à 20 centigrammes pour 2 grammes d’.axongc 2" Tous les deux
( 360 ) '
cm trois jours, selon la tolérance de l’individu et de l’organe malade, on
passera légèrement un crayon de nitrate d’argent sur toute l’étendue de
l’opacité, ou tout au plus sur le sommet de la tumeur, mais non pas sur ses
côtés. Si, exceptionnellement, on ne trouvait aucune opacité à la surface
de la conicité, même en l’examinant à la loupe, on choisii'ait, pour y
appliquer le crayon de nitrate d’argent ou le pinceau cliai-gé de lau¬
danum, l’endi'oit où l’on reconnaîtrait une légère facette de la cornée,
semblable à celles cpie laissent les phlyctèncs de cette membrane. Dans
le cas où cette facette manquerait aussi, l’application du médicament se^
rait faite sur la partie du staphylôme dans laquelle la cornée, touchée
avec la plus gi'ande précaution à l’aide d’un stylet ü-ès-obtus, présen¬
terait le moins de résistance. Le motif pom’ lequel on doit agir ainsi, c’est
que d’ordinaire cette membrane, dans la partie du sommet du cône voi¬
sine de la cicatrice, cède facilement à la pression du doigt ou d’un instru¬
ment mousse, et se laisse déprimer comme le ferait une feuille de papier
ou de métal très-mince. On essuyera la surface cautérisée avec un linge
firr légèrement moirillé, et on la couvrira d’un peu de cérat, auqirel, en
hiver, on ajoute un peu d’huile d’amandes douces; puis on fomentera
l’œil fermé avec de l’eau froide. Le jour de la cautérisation, aucun autre
topique ne sera employé. Si elle est bien supportée, on la rendra un peu
plus vigoiu-eiise, pour aplath’ plus rapidement la saillie ; mais il faut la
fair e très-légère lorsque la cornée se montre fort mince. Il faudra con¬
tinuer ces cautérisations pendant un à deux mois, s’il est nécessaire ;
m<ris plus on aura besoin de les multiplier, plus on les éloignera les
unes des auücs. Inutile d’ajouter qu’elles devraient êtr-e suspendues
de temps à autre pour 4 à 8 joins, dans le cas où surviendrait ime
irritation inflammatoire, que l’on combattrait par les fomentations
froides, même glacées, et au besoin par un ü’aitement antiphlogis¬
tique approprié. Moins le développement du staphylôme sera avan¬
cé , plus il faudi'a que la cautérisation soit légère et circonscrite.
3® Si la tumeur avait un volume très-considérable, et si, par d’autres
causes, la diminution de la m.aladie se faisait trop lentement, on pourrait
joindre aux moyens indiqués la ponction pratiquée selon les règles que
nous avons établies, et, au besoin, même la compression. On pourrait,
par exemple, alterner les moyens dans la succession suivante, sauf à les
employer à des intervalles plus éloignés, en les mesurant toujours sur
la susceptibilité individuelle : premier jour, ponction et fomentations
froides; deuxième jour, compression graduée; troisième jour, cautérisation
et fomentations froides; quatrième jour, compression; puis, pendant deux
à trois jours, l’application journalière du laudanum, accompagnée de la
compression. Au bout de ce temps, on recommencerait à parcourir le
( 361 )
uiême cercle, jusqu'à gucnson. A mesure que l’amélioration deviendrait
sensible, on devrait diminuer l’activité du traitement. 4" A ce traite¬
ment serait associé, suivant les indications déjà posées, l’usage des
moyens internes et des exutoires capables de combattre des causes encore
agissantes, ou des complications, telles que la dysménorrhée, la con¬
gestion cérébrale, une affection scrofuleuse, syphilitique, dai-treuse ou
autre. 5“ Dans les cas où-la cure radicale est impossible, ce traitement
sera au moins le plus puissant palliatif. On n’aura recours au broiement
ou à l’abaissement du cristallin qu’après avoir épuisé toutes les chances
d’une guérison complète. Dans les cas d’une cicatrice large occupant le
sommet de la tumeur, cette opération ne présente que de bien faibles
chancesjd’amélioration de la|vision, et on sera quelquefois forcé d’avoir
recours, en outre, à l’opération de la pupille artificielle. En général,
on ne permettra au malade que l’emploi des lunettes les plus faibles : ce
n’est que longtemps après que le traitement est teminé, et que le foyer
de la Arision est det'enu’défînitif, qu’on peut graduer le numéro des v-erres
sur le degré de la myopie ; car le malade restera toujours plus ou moins
myope.
Dans les kératocèles où l’on ne voit point d’opacité, et où il est
difficile de reconnaître si la paitie proéminente de la cornée a moins
d’épaisseur dans un point quelconque de son étendue, le caustique sera
indistinctement promené sur tout le sommet de l’élévation; mais on
l’appliquera plus légèrement, pour ne point donner lieu à une perfora¬
tion ou à une cicatrice profonde et étendue. Le traitement sera d’ailleurs
le même.
Depuis un mois nous avons eu occasion de faire encore une applica¬
tion très-heureuse de notre méthode, bien qu’avec une modification né¬
cessitée par un accident qu’il sera bon de noter. Un malade d’une qua¬
rantaine d’années, que nous avions déjà ti-aité à plusieurs reprises, dans
l’espace de quinze ou dix-huit mois, pour une conicité de la cornée plus
forte à gauche, mais qui avait toujours refiisé de se soumettre à la cauté¬
risation, par la raison que la vision même de l’œil gauche suffisait encore
pour ses travaux; ce malade, disons-nous, se présenta de nouveau à
notre clinique, se plaignant d’une diminution très-notable de la vision
de l’œil gauche, survenue depuis une semaine environ. L’examen de
cet œil montra en effet une augmentation notable de la conicité, sans
accroissement de l’opacité assez foncée dont son sommet était le siège.
Nous crûmes devoir sans retard procéder à la cautérisation de l’opacité.
Tel était l’amincissement de la cornée dans toute l’étendue du sommet
de la tumeur, que sous la pression d’un crayon mousse de nitrate d’ar¬
gent, quelque légère qu’elle fût, cette membrane pliait et se renfonçait
( 362 )
considérablement en tlcdans. C’est sans doute celte facilité avec laquelle
la cornée cède à la pression qui a été décrite par quelques auteurs comme
une fluctuation; elle ne prouve réellement que sa minceur. Aussi chez
notre malade, quelque superficielle que nous nous fussions efforcé de
rendre la cantérisation, le surlendemain, à la chute de l’escharre, exis¬
tait-il un kératocèle considérable. Nous ne revînmes plus à l’emploi du
caustique ; mais, malgré une inflammation assez intense, nous touchâmes
réguherement tous les jours la hernie coméenne avec le laudanum de
Sydenham pur, tout en administrant quelques purgatifs et quelques fric¬
tions d’ongnent napolitain beUadoné. Nous eûmes la satisfaction de voir
le kératocèle s’alTai.sser après huit jours, et se changer, au bout de quel¬
ques semaines, en une cicatrice solide aplatie et peu étendue. En même
temps la saillie de la cornée diminuait notalflcment, et la vision s’éclair¬
cissait à proportion ; de sorte qu’actuellement elle est devenue beaimoup
meilleure qu’elle n’était il y a quelques mois. L’amélioration augmentant
■ tous les jours, nous n’avons même point encore cru opportun de recourir
à une nouvelle cautérisation ; il est possible que l’usage local du lauda¬
num suffise, dans ce cas, poiu' amener la guérison complète et radicale.
Les effets de cette médiode cm-ative sont d’autant plus satisfaisants
iju’encore dernièrement un médecin anglais, M. Walker, pour remédier
h la même maladie, a pratiqué aux deux yeux, d’alwrd l’opération de la
pupille artificielle, puLs celle de l’extraction du aistallin, puis enfin sur
l’un des yeux l’opération de la cataracte secondaire, répétée à deux fois.
Le résultat de ce cumul de six opérations fut que l’oeil opéré quatre fois
recouvra parfaitement la vue, tandis que l’autre fut détruit par la fonte
piu-ulente après la seconde tentative opératohe, savoir l’extraction.
{Provincial medical and surgical journal, 1842, juin ou juillet,
extrait dans la Gaz. mèd. de Paris, 1842, N“ 44). Ce fait justifie en
même temps notre observ'ation sur la préférence à donner, dans cette ma¬
ladie, au broiement ou à ral)aissement (V oir XIV, 10“).
Nous serions heureux si notre travail, en jetant quelque lumière sur
plusieurs points obscurs de la pathogénic d’une maladie rare et grave,
peu connue par la majorité des médecins, pouvait contribuer à en éta¬
blir la thérapeutique sur des hases plus sûres et plus rationnelles.
SlCUEL, D. M.
CHIMIE ET PHARMACIE.
NOTE Sün LE LACTDCARIDM, LA MANIÈRE DE l’oRTENIH, ET SES PROPRIÉTÉS
MÉDICALES,
Par M. H. AUBEnciBn, docteur 6s sciences, professeur suppl6ant i l'École
de médecine de Clermont-Ferrand.
Lorsqu’on pratique des incisions aux tiges de la laitue montée à l’épo-
(jtic de la floraison, il s’en échappe un suc laiteux d’une grande amer¬
tume, qui se dessèche rapidement au contact de l’air : ce suc a été nommé
lactucarium. Dioscoride, Celse, Galien, l’ont comparé au suc de pavot;
et dans ces derniers temps, le docteiu’ Goxe, de Philadelphie, rappelait
l’attention sur lui. A son exemple, Duncan et quelques-uns de scs compa¬
triotes l’expérimentaient à Edimbourg, et le docteiu- Bidault de Villiers
répétait en France les expériences faites en Amérique et en Angleterre.
Tous ces observateurs s’accordaient à reconnaître que le lactucarium
possède les propriétés calmantes de l’opium, sans en avoii' les inconvé¬
nients , c’est-à-dii'e qu’il ne produit ni la constipation opiniâtre ni la
congestion cérébrale qui accompagnent souvent l’usage de ce médica¬
ment.
Le docteur Duncan assure meme que le lactucai'ium réussit souvent Là
où l’opium a échoué ; qu’il calme la toux qui ruine les forces des phlliisi-
qties, et il prétend que sou action est toute spéciale dans les affections
nerveuses, les maladies des hypocondriaques.
Auderson dit avoir traité avec succès, par ce médicament, l’asthme
spasmodique, la coqueluche, des spasmes d’estomac, des douleurs rhu¬
matismales, des attaques de goutte irrégulières, des spermatorrhées re¬
belles. Enfin Schelinger se loue de l’emploi du lactucarium associé à la
digitale dans les affections du cœiu et l’angine de poitrine, sm'tout lors¬
que ces affections étaient compliquées d’hydropisies et de palpitations.
Comme par inebions on recueille de si petites quantités de suc que le
docteur Bidault de VUliers avoue n’en avoir jamab possédé à la fob plus
de 15 grammes, on a été obbgé de remplacer le lactucarium par un ex¬
trait préparé avec la plante entière. Dans cet extrait, connu sous le nom
de thridace, le principe actif, concentré dans le suc laiteux, se trouve
noyé dans les substances insignifiantes contenues dans l’eau de végétation,
si tant est même qu’il y existe ; car l’analyse va nous démontrer que ce
principe actif étant presque insoluble dans l’eau froide, il doit rester
dans les marcs au lieu de passer dans le suc destiné à la préparation de
l’extiait. Il en résulte que la tluidace est un inéilicament inoffensif, et
( 364 )
les médecins qui s’en sont aperçus avant que la théorie vînt les eu
avertir, ont presque entièrement renoncé à l’employer.
Ou peut donc s’attendre à n’oLtehii- les résultats constatés par les pre¬
miers obser\'ateiu-s, qu’en employant le suc laiteux lui-même, le lactuca-
riiun. Il importait dès lors 'que l’on fît de nouveaux elTorts pour sur¬
monter les difficultés qui ont empêché jusqu’ici de mettre ce produit à. la
disposition des praticiens. Tel est le but que je me suis efforcé d’attein¬
dre par plusieurs années d’essais : grâce à mes efforts, le lactucarium
pouiTa prendre place désormais au rang des médicaments les plus utiles
et les plus efficaces.
M. le docteur Berti-and fils, professem-à l’École préparatoire de Cler¬
mont-Ferrand , et inspecteur adjoint des eaux du Mont-d’Or, a expé¬
rimenté le lactucarium préparé par moi, et les observations de cet ha¬
bile praticien confirment tout ce qui a été avancé sur les propriétés de ce
médicament.
J’ai voulu me rendie compte de la composition du lactucarium, et
m’expliquer les vicissitudes éprouvées dans la pratique médicale par les
préparations de laitue ; voici les substances qui ont été isolées par mon
analyse.
Une matière amère cristallisable, de la mannite, de l’asparamidc,
une matière cristallisable colorant en vert les sels de fer, une résine
électro-négative combinée à la potasse, une résine indifférente, del’iil-
mate de potasse, de la cérine, de la iiiyriiine, de la pectine, de l’albii-
mine, de l’oxalatc acide de potasse, du inalate de potasse, du nitrate de
potasse, du sulfate de potasse, du chlonire de potassium, des phosphates
de chaux et de magnésie, et des oxydes de fer, de manganèse, de la
silice.
La substance la plus remarquable indiquée dans cette analyse, est
certainement la matière amère, cristallisable, qui est au lactucarium ce
que la morjdiine est à l’opiiun, à cela près que l’une est neutre et l’autre
alcaline : cette matière, soluble dans l’alcool faible et l’alcool fort, aussi
bien à chaud qu’à froid, est presque insolulde dims l’eau à li-oid, et plus
soluble à chaud ; elle est complètement insolulile dans l’étber ; elle s’al¬
tère très-rapidement au contact des alcalis.
Ces propriétés étant bien constatées, car elles ont été reconnues par
les commissaires chargés de ce soin par l’Académie de médecine, l’ana¬
lyse nous permet maintenant d’expliquer les contradictions qui se sont
élevées entre les auteurs sur les propriétés calmantes de la laitue. Lors¬
qu’on prépare lathridace avec le suc obtenu en exprimant les tiges en¬
tières contusées, ce suc ne doit entraîner qu’une ti'ès-petite ipiantité du
principe amer, puisque nous avons vu que ce principe est très-peu soin-
( 365 )
ble dans l’eau froide. M. Bertrand a remarque en effet, comme l’indique
la théorie, que les solutions aqueuses du lactucaiâum, faites à froid, sont
douées de propriétés moins énergiques que le lactucai'ium lui-même, fût-
il employé à doses relatives moins élevées.
On court en outre le risque de l’altération que peut éprouver, pendant
l’évaporation, une substance que nous avons vue si altéralde, en même
temps que l’on perd inévitablement le principe volatil qui donne à l’eau
de laitue les propriétés calmantes que lui a reconnues M. Martin Solon,
propriétés cpii la fout employer depuis si longtemps en médecine.
Aussi la tbridace n’a-t-clle pas cette saveur amère, cette odeur vi-
reuse si prononcée qui caractérisent le lactucarium ; tandis que ce pro¬
duit est brun, friable et ti'cs-sec, la tliridacc est noire, molle et déli¬
quescente. Cette différence dans les propriétés physiques et chimiques
nous cïpli(jue comment M. le docteur Foiupiicr a pu administrer des do¬
ses très-élevées d’un extrait de laitue sans observer d’autres effets qu’une
augmentation dans la sécrétion des urines, due sans doute au nitrate de
potasse, dont nous avons signalé la présence.
On voit donc dans ces faits de nouvelles preuves à ajouter à tant.
d’autres pour démontrer l’inconvénient, je (Urai même le danger, d’in-
ti oduire des modifications dans la préparation des produits pharmaceu¬
tiques dont l’expérience a constaté les propriétés ; c’est la thridace qui
a fait négliger le lactucarium, et qui a empêché qu’on ne fit de nouvelles
tentatives pour l’obtenir en grand ; d’abord parce qu’on croyait que cette
préparation possédait les propriétés du lactucarium, et plus tard parce
qu’on enveloppait tous ces produits dans une proscription commune.
Cette proscription n’est pas méritée poiu’ le lactucarium, on vient de le
voir : ce médicament me paraît destiné à devenir, je ne dirai pas le suc¬
cédané, mais bien le rival de l’opium ; son emploi doit êti'e d’autant plus
utile que son action semble spécifique dans les affections nerveuses, si
communes de nos jours. On peut de plus y avoir- recom-s alors que l’usage
de l’opium serait dangereux, et que l’on armait sirrtout à redouter les
résultats de la congestion cérébrale, que ce médicament entraîne souvent
après lui.
Voici le résultat des observations de M. Bertrand fils, relativement
aux propriétés médicales du lactucarium.
Le sirop et les pilules de lactucarium ont été admirristrés concurrem¬
ment à un certain nombre de malades. L’un et l’autre joubsent de pro¬
priétés sédatives marquées, moins puissantes toutefois qtte celles de
l’opium ; mais ils possèdent sur ce dertrier uit avantage précieux : ja¬
mais leur usage, même prolongé et à des doses assez fortes, n’est suivi
des doidcurs de tête , des bourdonnements, de l’injection de la face, du
( 366 )
sentiment de mal-èti-e général, de l’élévation et de la dureté du pouls ,
(jui succèdent presque inévitablement à l’action un peu soutenue de l’o¬
pium ; on n’aperçoit rien enfin de la congestion et de l’excitation céré¬
brales déterminées par ce dernier.
Sous ce rapport donc, et la chose n’est pas sans importance, le lac¬
tucarium doit être préféré toutes les fois qu’il faut obtenir un effet
sédatif général, sans intéresser le cerveau aussi fortement que le fait
l’opium. Ainsi, des faits acquis par les premières expérimentations, l’on
est autorisé à conclure que l’on se trouvera bien du sirop et des pilules de
lactucarium dans un grand nombre de ces affections désignées vaguement
sous le nom commun de névroses; affections qui peuvent aller porter
tour à tour sur tous les organes sans y déterminer d’ailleurs aucune lésion
grave, aussi capricieuses et variées dans leurs formes qu’insaisissables
dans leur nature. Souvent, an reste, elles se montrent en même temps
qu’une malailie organique gi-ave, soit qu’il y ait simple coïncidence, soit
qu’elles dérivent de cette affection cUc-même. Dans ce cas encore le lac¬
tucarium se montre utile ; non certes qu’il ait action sur le mal essentiel,
mais il diminue ou fait dispar aître complètement un mal secondaire sou¬
vent très-fatigant. C’est ainsi, par exemple, que dans un cas bien dé¬
terminé de phthisie pulmonaire, les pilules de lactucarium à la dose de
trois par jour,. le matin , à midi et le soir, ont éteint d’une manière
complète et duralrle, et dès le troisième jour, une toux fréquente, pro¬
fonde , convulsive, empêchant tout sommeil, et usant ainsi avec une
double rapidité les forces du malade.
Ces deux médicaments indiqués ont paru réussir d’une manière évi¬
dente dans quehjucs cas de gastralgie, de névralgie faciale, d’astbmc pu¬
rement nerveux, c’est-à-dire sans lésion appréciable de l’appai’eil pul¬
monaire ou circulatoire.
La dose n’a jamais dépassé deux onces pour le sirop et six grains pour
les pilules. On a jugé inutile de pousser plus loin ces doses, un médica¬
ment, de cette nature surtout, ne devant prendi'e un rang sérieux dans
la thérapeutique qu’à la condition de présenter d’abord, eu égard aux
grands hôpitaux, certains avantages d’économie, et siu’tout, en ce qui
concerne la pratique générale, de se montrer actif sans que les malades
soient fatigués ou dégoûtés parla nécessité de le prcndic sous un trop fort
volume. H. ArBEUGiER.
UNE OBSERVATION SUR l’eAU DE L.AURIEH-CERISE.
L’eau de laurier-cerise, comme je l’ai dit dans ma thèse inaugurale
(1836), constitue un médicament variable dans sa constitution cliiiui-
( 367 )
(jue, et partant rm mauTais niédicament, tpii devrait peut-être êti’e rayé
de la matière médicale. Cette variation de constitution tient à plusieurs
causes : 1“ de ce que tous les phamacologistes ne retirent pas la même
quantité d’eau à la distillation ; 2° de l’âge et de l’époque de la végé¬
tation, et sans dontc aussi de la température de l’année; 3» enfin, de
l’époque plus ou moins éloignée de sa préparation.
Les données que je viens de rapporter ont été naguère amplement
confirmées, dans le Journal de pharmacie, par M. Garot. Ce phar¬
macien s’est, en effet, assuré par l’expérience que les feuilles de laurier-
cerise donnent à la distillation une eau qui est d’autant plus prussique
que la saison à laquelle on la récolte est plus chaude et plus avancée ;
ainsi, la proportion d’acide prussique que renferme leiu eau distillée,
préparée en avril et en juillet, est Lien différente : en avril, elle est
moitié moindre qu’en juillet.
Puisqu’il est donc aujourd’hui surahondamment démontré que l’eau
de laurier-cerise n’a pas et ne peut avoû toujours le même degré d’ac¬
tion , ne serait-il pas convenable de remplacer cet hydi’oolat par de
l’eau distillée d’amandes amères, que l’on pourrait se procurer en tout
temps dans un état beaucoup plus voisin d’identité? Persuadé que cette
substitution, que j’ai proposée depuis longtemps, est des plus ration¬
nelles, j’ai fait préparer à plusieurs reprises de l’eau d’amandes amères,
et je me suis assuré par l’analyse que sa composition est toujoui’s très-
sensiblement la même, contrairement à ce que j’ai constaté pour l’hy-
droolat de lamâer-cerise.
L’eau distillée d’amandes amères contient une proportion d’acide
prussique aussi élevée, pour le moins, que l’eau de laurier-cerise pré¬
parée dans les conditions les plus favorables ; aussi constitue-t-elle un
médicament énergique, dont le médecin doit suiveiller l’emploi avec la
plus grande attention. Mialue.
CORRESPONDANCE MÉDICALE.
OBSERVATIONS DE STAPHYLÔME PELDUCIDE CONIQUE DE LA CORNÉE, RECUEIL¬
LIES A LA CLINIQUE OPHTHALMOLOGIQUE DE M. LE PROFESSEUR A. BÉRARD
PAR M. LUOMMEAU, CHEF DE CLINIQUE, ANCIEN INTERNE DES HOPITAUX.
J’ai lu, dans les derniers numéros du Bulletin de Thérapeutique,
la première partie d’un mémoire très-intéressant de M. Sichel, sur le
staphylômepellucide conique de la cornée, et particulièrement sur
sa pathogénie et son traitement, etc. Je crois d’autant plus utile d’y
( 368 )
rattacher riiistoire de doux cas de cette affection rare des yeux, qui
AÛennent de se trouver réunis dans le service d’ophthalmologie de M. le
professeur A. Bérard, à la Pitié, qu’ils ont présenté plusieurs symptômes
qui ne se trouvent point comptés parmi ceux des malades de M. Sichel,
et qu’ibme paraissent échapper à la loi de pathogénie qu’il a adoptée.
Je vais d’abord rappeler celle-ci en peu dejmots, ainsi que les symptô¬
mes donnés par M. Sichel, avant de rapporter mes ohsei'vations ; puis
je ferai ressortir ce qu’elles ont offert de particulier ; je communiquerai
au lecteur des objections à la théorie précitée, qui me paraissent basées
sur la natm-c des faits, enfin je parlerai du traitement qui a paru rench'c
service à une de nos malades.
Les symptômes du staphylôme pellucide conique de la cornée, décrits
par M. Sichel, sont,' en première ligne, la conicité de cette membrane;
puis viennent l’agrandissement proportionnel de la chambre antériem-e,
l’éclat luisant de la proéminence, dans un cas (Textor) la fluctuation, la
myopie plus ou moins prononcée, mais constante ; enfin un dernier symp¬
tôme très-important et qui ne manque jamais, la présence d’une légère
opacité qui se trouve au sommet, ou près du sommet du cône pa¬
thologique. C’est sur cette taie ou cicati-ice superficielle blanc-bleuâtre
ou blanchâtre, plus ou moins foncée, s’effaçant peu à peu à la circon¬
férence, et dont l’étendue est vai-iable, que M. Sichel base sa théorie,
n pense que la cornée, amincie dans ce point, se distend sous l’influence
de la projection des humeurs de l’œiliproduitc par le jeu des muscles, et
finit par former une protubérance.
Le lecteur est maintenant mieux en mesure de suivi’e les analogies et
les différences qu’ont présentées nos malades, dont voici les observations :
Obt. I. Le 22 septembre 18t2, on fait passer du service de'M. Serres, où
elle était depuis quinze jours, au n» 10 de notre salle de maladies d’yeux,
une femme nommée Annette Stourm, âgée de vingt-huit ans, cuisinière de¬
puis onze ans qu’elle esta Paris (elle est de Thionville). Sa constitution est
robuste, son tempérament lymphatique sanguin. Elle est bien réglée depuis
l’âge de quatorze ans, et mère d’un enfant de dix ans. Sa santé n’est pas
mauvaise; cependant elle est fort sujette à des maux de tête, qui sont plus
violents du côté droit, qui reviennent ou augmentent sous l’influence des
contrariétés, et quelquefois s’accompagnent de lièvre : dans ce cas elle est
fort malade pendant quelques jours. Ses parents n’ont jamais en de maux
d’yeux, elle-même n’en est atteinte que depuis huit mois. A cette époque
elle eut de la rougeur à l’œil en même temps qu’une fluxion et des douleurs
de dents. On lui arracha l’incisive latérale et la première petite molaire supé¬
rieures droites; depuis, son œil a toujours pleuré, et la vue s’est affaiblie.
Elle ajoute (jne vers l’époque de ses règles elle souffre de l’onl, qu’il devient
rouge, mais qu’immédiatement après cette époque, la vision lui semble plus
parfaite. Du reste, cette femme est fort peu intelligente et rend très-mal
compte de scs antécédents.
( 369 )
Maintenant 9 y a une légère dysharmonie clans la direction des doux
yeux; l’œil droit est un peu porté en haut et en dehors, les mouvements en
sont faciles; les paupières et les conjonctives oculaires sont parfaitement
saines : cet œil semble plus brillant que le gauche. La cornée paraît plus
petite, mais elle est beaucoup plus convexe; elle a la forme d’un cône dont
le sommet obtus est situé un peu en bas et en dehors du centre de la pupille.
La base du cône n’embrasse pas toute l’étendue de la cornée, deux ou trois
millimètres de ses parties interne et supérieure ne paraissent pas participer
à la déformation. Du reste, la membrane est d’une transparence parfaite,
quel que soit le mode d’examen auquel on la soumette. La conicité est fort
marquée à travers la paupiere supérieure quand l’œil est fermé. L’iris, do
couleur rousse foncée, paraît un peu plus clair qu’à gauchb; il paraît aussi
plus profond, mais il a conservé sa direction normale; les pupilles sont par¬
faitement pareilles dans leur étendue, leurs mouvements et leur coloration.
La malade est devenue très-myope de ce côté, elle distingue à peine les
objets éloignés; à deux pieds elle les voit comme à travers un voile; elle
ne distingue de grandes lettres qu’en les approchant à trois pouces. En re¬
gardant au moyen de la partie interne de son œil, elle distingue mieux ; elle
reconnaît ainsi facilement des pièces de monnaie à trois pieds. Il lui semble
que son œil est plus gros; plusieurs fois par jour, etplus souvent la nuit, elle
est prise de douleurs qui ont la forme d’élancements violents et qui ont
leur siège derrière l’œil et dans la tempe droite. Quand elie fixe quelques
instants son regard, son œil malade pleure considérablement; quand on
l’examine, il se remplit d’eau Immédiatement.
Cette malade fort indocile a voulu s’en aller avant qu’on ait pu
tenter chez eUe aucune espèce de ti-aitement. Je l’ai revue depuis, son
état n’avait pas changé : elle a dû suivre le traitement que je lui ai con¬
seillé, qui consiste en collyre astringent, Lains généraux, purgatifs
répétés et diurétiques.
Obs. IL La nommée Marie Moret est venue d’Aquin (Yonne) à Paris
dans le commencement d’octobre, pour faire guérir ses yeux; elle a vingt-
trois ans, ses occupations ont toujours été le travail des champs, elle n’est
réglée que depuis deux ans, et fort mal; il s’est passé jusqu’à six mois sans
qu’elle voie rien : sa constitution est forte, son tempérament lymphatique et
sanguin, ses cheveux sont d’un blond foncé, scs iris bleus. Jamais elle n’a
été malade que des yeux, sauf cependant des migraines vers dix-sept à
vingt ans. Ses parents ainsi que deux frères et autant de sœurs n’ont jamais
eu de maux d’yeux. Ses premières ophtbalmics datent de son enfance; elles
paraissent avoir été quelquefois accompagnées de photophobie et de larmoie¬
ments intenses; d’autres fois il semble qu’elle n’ait eu que des conjonctivites
catarrhales. L’œil droit a été plus souvent affecté que le gauche, et depuis
plusieurs années la vision est faible de ce côté-là. Celle du côté gauche s’af¬
faiblit aussi graduellement depuis la moisson dernière; mais elle ne peut
nous dire si l’alfaiblissement est le môme que celui du côté oppose. Dès le
moi de mai, elle avait aux deux yeux une rougeur qui ne s’est dissipée que.
<iepuis uu mois, et pour le traitement de laquelle elle n'a employé qu’un col¬
lyre de bonne femme de son pays.
TOVI- WIII- lO’’ i.iv.
( 370 )
Les médecins l’ont engagée à \enii- à Paris. A son arrivée, elle est en¬
trée à rHôtel-Dieu, où M. Blandin lui a fait motlre un séton au cou; mais
elle a été renvoyée de son service au bout de peu de jours, et elle est rentrée
à la Pitié. En examinant cette malade en face et du pied de son lit, on dé¬
couvre d’abord un strabisme divergent de l’œil droit. En regardant cet organe
de plus près, les paupières paraissent saines, sauf un peu de rougeur à leur
face muqueuse, au niveau des cartilages. Les conjonctives ne sont point
injectées. La cornée est beaucoup plus saillante que du côté gauche. Sa
forme est celle d’une cône, dont la base large embrasse prestiue toute la cir¬
conférence de la membrane (sa partie interne participe moins à la déforma¬
tion), et dont le sommet assez large et obtus est situé un peu en dehors du
centre de la pupille ; son aspect est brillant, mais il n’est pas transparent
dans toute son étendue : en dehors du sommet et hors du champ de la pu¬
pille moyennement dilatée on trouve une petite taie opaline, irrégulière et de
deux millimètres environ de diamètre. Autour d’elle, la cornée parait légè¬
rement dépolie. Quand les paupières sont closes, on voit encore la saillie pro¬
duite par le staphylôme. L’iris et les milieux de l’œil ne paraissent pas
altérés; le premier paraît seulement un peu plus profond. La malade n’éprouve
dans l’œil aucune douleur, non plus que dans la tête. Elle est très-myope
de ce côté; elle voit bien les corps qui sont situés devant elle à une dizaine
de pieds, mais elle ne reconnaît que ceux qui sont brillants. A six pieds elle
voit bien la couleur jaune d’un papier que je lui présente, mais elle ne peut
distinguer que c’est du papier; elle ne peut reconnaître de grosses lettres du
cahier de visite, qu’en les approchant à trois pouces environ, et en les éclai¬
rant fortement ; elle voit un peu plus facilement en regardant par le côté
interne. Quand on l’a ainsi exercée quelques instants, le trouble de la vision
augmente, l’œil pleure, puis elle ne distingue plus rien. Du côté gauche, où
la vision s’affaiblit aussi en permettant de voir les objets distants moins
clairement qu’autrefois, la cornée présente plusieurs petites taies dissé¬
minées très-superficielles; la courbure paraît aussi exagérée, mais aucune
partie ne paraît plus particulièrement saillante.
Ces obseiTations présentent réunis tous les symptômes que nous avons
résumés en commençant. Ainsi la conicité est fort apparente et facile à
constater même après l’occlusion des paupières, car elle se traduit par
une saillie très-marquée de ces voiles mobiles. La cornée est brillante,
l’irb un peu profond. La myopie est très-considérable, et tout à fait
en rapport avec la conformation pathologique de la membrane et les
progrès du mal ; ainsi on l’a vue s’accroître avec le temps, et elle est
plus marquée en dehors où la convexité est aussi plus considérable, et
moins prononcée en dedans où la déformation ne s’est pas étendue.
Cette altération de la vision est due à la convexité de la cornée. Les
physiologistes n’ignorent pas cela, mais il n’en est pas moins intéressant
de noter ces cas où on la voit en queltjue sorte naître, et où on peut la
rallier à sa cause.
Ce symptôme est presque néeessaire7nent]ié h vm autre, dont cepen¬
dant M. Sichel ne fait pas mention, je veux parler du strabisme...-, nos
( 371-)
<leux femmes l’ont présenté, mais je dois prévenir qu’on no l’apprécie
bien qu’en regardant les malades en face et à quelque distance. Il s’ex¬
plique naturellement par les changements qui sm'viemient dans la force
visuelle relative des deux yeux. Il ne me paraît pas non plus difficile de
dire pourquoi dans ces deux cas le strabisme est divergent ; c’est qu’il
reste en dedans un point dont les conditions physiques se rapprochent
de l’état normal, et que l’instinct, prompt et intelligent dans ses actes ,
«[uoique l’intelligence n’y soit pour rien, dirige naturellement ces points
vers les objets extériem's en meme temps qu’il éloigne ceux qui ren¬
draient la rision confuse.
Avant de quitter ce qui a rapport à la conicité de la cornée, je dois
ajouter que la situation du sommet du cône en dehors de l’axe antéro¬
postérieur de l’œil ne permet pas de supposer que la difformité n’est que
l’exagération de la courbe naturelle du miroir de l’œil, dont le point
culminant est situé en dedans de cet axe.
L’une de nos malades, la première, a présenté encore des parlicula
rités importantes. Il semblait évidemment chez cUe que la grande cir¬
conférence de la cornée du côté malade lut un peu moins large que celle
du côté sain, comme si elle avait perdu dans ce sens ce qu’elle avait
gagné en saillie.
Il y avait un larmoiement presque continuel que le plus léger exercice
ou un examen même très-rapide de l’œil augmentait considérablement.
Enfin cette femme accusait un sentiment de plénitude dans l’orbite et
des douleurs dans le fond de cette partie et dans la tempe du côté
malade.
J’ai négligé à dessein, pour y revenir avec plus de détails, la légère
opacité que M. Sichel a constamment rencontrée chez les malades qui
sp sont présentés à son observation, et qui est la base de sa théorie ; elle
manquait chez une de nos malades, et il est impossible qu’elle nous ait
échappé; nous l’avons cherchée avec soin, avec nos yeux, avec la
loupe, dans toutes les positions ; jamais nous n’avons pu la découxTir.
Plusieurs cbconstances me portent à refuser à cette taie l’importance
(jue M. Sichel lui accorde. D’abord, et ceci est capital, cllepcut manquer,
et cela prouve déjà qu’elle n’est pas nécessairement liée à l’existence du
staphylômepellucide de la cornée; ensuite, son absence même ne prouve
pas qu’il n’y a pas eu ulcération et amincissement consécutif. Qui ne sait
en effet, et M. Siebel le sait mieux que personne, qu’il s’en faut bien
que tous les idcèrcs de la cornée soient suivis de taie? bien mieux , il peut
SC produire entre les lames de la cornée un épanchement intersticiel de
lymphe plastique, puis une taie, sans qu’il y ait en idcération et amin¬
cissement. Ainsi, d’une part, le .staphylôme en question pouvait être le
(*372 )
vésultat mécanique de l’amincissement de la cornée sans qu’il y ail de
taie, et d’antre part la taie ne permet pas à'affirmer (ju’il y a eu amin¬
cissement.
Il me semble rationnel d’admettre que la cornée, comme bien d’antics
organes, peut être le siège d’un amincissement intersticiel dont la cause,
il est vrai, nous échappe ; mais qui n’en existe pas moins, et le fait
anatomopathologique que M. Sichel emprunte à la thèse de M. Schmidt
m’en paraît un exemple. En effet, autour de l’amincissement central
considérable et gi’aduel que présentait la cornée, il y avait une altéra¬
tion inverse, c’est-à-dire un épaississement considérable, homogène,
portant sur les lames moyennes de la cornée, et qui était là comme
pour témoigner du travail profond qui s’était opéré dans l’œil. La cé¬
cité congéniale du sujet de cette observation , mort à cimpiante-neuf
ans, et qui n’était due ni à des taies légères, ni à la simple conicité, prouve
encore qu’il y avait là bien autre chose qu’une lésion mécanique.
En admettant le mécanisme propose par M. Sichel, je compremh-ais
([u’une ulcération profonde amenât la saillie des lames postérieures, la
formation d’un cône circonscrit ayant pour base le fond de l’ulcère et
un peu des parties voisines soulevées, un kératocèle , en un mot ; mais
il semble difficile d’admetti’e : 1“ que le soulèvement dexuenne général ;
2“ qu’il soit indifférent que la tache, et pai'tant l’amincissement, soit au
sommet ou seulement près du sommet du cône ; 3“ qu’une tdcération
superficielle , et M. Sichel insiste plusieurs fois sur cette condition,
produise im pareil résultat; 4» enfin, que celui-ci soit si rare, quand les
conditions physiques de sa production sont si communes.
En résumé, sans nous prononcer sur la natm’e et la pathogénie des
deux cas que nous avons obseivés, nous ne les croyons point le résultat
d’une lésion purement physique et mécanique, et il nous semble que les
faits que nous avons rapportés, l’anatomie pathologique, l’analogie et le
raisonnement combattent également la doctrine de M. Sichel. Le traite¬
ment qui a été mis en usage paraît aussi concouru- au même but. Espé¬
rant faire disparaître la taie que nous avons notée chez notre seconde
malade, M. Bérard prescrivit l’attoudiement de celle-là axœcun pinceau
chargé de créosote pure. Voici ce que nous avons oliservé. Cet attouche¬
ment est fort douloureux ; la cornée va aussitôt se cacher sous la paupière
supértem-e; il survient un larmoiement considéralile ; l’œil rougit en
quelques instants, mais bientôt cette congestion si xive et si subite cesse;
la douleur disparaît, ainsi que la rougeur, et tout rentre dans l’ordre au
bout d’un quart d’heure environ. Nous n’oserions pas dire que la taie a
diminué sensiblement, mais la malade dit que sa vue s’est un peu amé-
iorée, et il nous semble que déjà la conicité a diminué. — Ce résultat,
( 373 )
tend, comme nous l’avons déjà dit, à nous faire penser que ce n’est pas
là une affection mécanique. 11 semble que cette vive révidsion modifie
quelque chose dans la vie de l’organe de la vision.
Le paragraphe pai' lequel nous finissons est sans contredit le plus im¬
portant pour la pratique, et les objections que nous avons cru pouvoir
adresser à la théorie de M. Sichel ne nous empêchent pas d’être des plus
impatients de lire la seconde partie de son travail, et d’apprendze cpiels
moyens lui ont réussi dans le traitement d’une affection en général si
réfi-actaire à l’action des médicaments (1). Lhommeaü,
chef de clinique.
UN MOT SUR l’emploi DES OPIACÉS DANS LE TRAITEMENT DES GASTRALGIES.
Les considérations intéressantes sm- la gastralgie et sur son traitement,
publiées par M. Sandras dans le numéro du mois d’août dernier, mé¬
ritent, il me scmlile, de fixer l’attention des médecins ; car il est sou¬
vent diÛicile d’arriver à une thérapeutique hem’cusc, quand il s’agit
du ti’aitement des névropathiques.
Après avoir distingué les différentes especes de gastralgies qui con¬
duisent à des indications thérapeutiques toutes spéciales, ce praticien
recommande la morphine adminisüée après les repas, comme un moyen
très-précieux dans les cas de véritable névralgie stomacale.
Je suis d’autant plus heureux de voir cet agent médicamenteux pré¬
conisé par un médecin aussi distingué, que depuis plusieurs années
j’emploie également les opiacés, immédiatement après le repas, dansles
cas à peu près analogues à ceux cités par cet honorable confi-ère. Derniè¬
rement encore, appelé en consultation auprès d’une religieuse de la Pro¬
vidence, qui, malgré tous les moyens employés, vomissait depuis plu¬
sieurs mois tous les aliments qu’elle prenait, et qui était dans un état
d’émaciation et de décoloration effi-ayante, je vis le sirop d’opium, pris
par cuillerées à café immédiatement après le repas, calmer de suite les
accidents, à tel point qu’au bout de quelques mois cette religieuse avait
poiu‘ ainsi dire retrouvé son état de santé ha].ntuel.
Au reste, cette méthode thérapeutique, que j’ai signalée à la page 284
de mon Mémoire sur le régime alimentaire (2), est employée depuis fort
(1) Cette partie du mémoire de M. Sichel se trouve précisément dans ce
numéro. BLM. Bérard et Sichel, qui travaillaient sans se communiquer lem-s
résultats, les trouveront consignés ici sur des pages voisines. Nos lecteurs
ne peuvent que profiter de la comparaison des travaux de ces deux habiles
praticiens. {Noie du rédacteur.)
(2) De la gastrite et du régime alimentaire (oiiwage couronné); Pa¬
ris, chez (jermer-Baillièrc.
( 374 )
longtemps par un des praticiens les plus distingues de notre ville, le
docteur Thomas Desplantes, dont j’ai tâché de mettre à profit les con¬
seils éclairés et bienveillants. Depuis lors j’ai varié cette médication de
plusieurs manières, et voici la formule h laquelle je me suis arrêté :
Sirop de fleurs d’oranger. 90 grammes.
Extrait aqueux théhaïque. 15 centigrammes.
Extrait d’aconit. 1 décigramme.
Prendre une cueillerée à café de ce sirop deux fois par jour, immé¬
diatement après le repas.
Sous l’influence de ce sii’op opiacé, j’ai vu quelquefois survenir un
narcotisme léger qui s’est promptement dissipé, et j’ai le plus souvent
réussi, gi’âce à lui, à calmer et même à guérir entièrement des gastral¬
gies qui avaient résisté pendant longtemps à toute espèce de traitement.
PAniOLEAU, D. M.,
BIBLIOGRAPHIE.
Abrégé élémentaire de chimie considérée comme science accessoire
à l’étude de la médecine, de la pharmacie et de l’histoire natu¬
relle. Par J.-L. Dvssaigne, professeur de chimie et de physique à
l’École royale vétérinaire d’Alfort, etc. 3' édition.
Au temps de Lavoisier, de glorieuse mémoire, un abrégé élémentaire
de chimie était une chose facile à mettre à la portée du plus grand nom¬
bre des chimistes, tant la science était alors bornée, tant les règles géné¬
rales qui la régissaient paraissaient simples et inébranlables dans leurs
bases. Il n’en est plus de même aujomd’hui; un pareil travail est bien
autrement difficultueux. Depuis cette mémorable époque, la partie de la
chimie qui a rapport aux minéraux s’est enrichie d’une foule de faits
nouveaux, et la partie qui traite des êtres organisés a été créée pom-
ainsi dire de toute pièce; aussi ne craignons-nous pas d’être démenti en
avançant ici qu’un ouvi'agc de chimie résumant convenablement en deux
volumes les principes de cette belle science, est une œuvre véritablement
méritoire. Tel est celui de M. Lassaigne, cpie nous nous empressons
pour la troisième fois de signaler à l’attention des chimistes, et surtout
des commençants, auxquels il c.st plus spécialement destiné.
L’accueü bienveillant que les deux premières éditions de cet estimable
livTe ont reçu du public scientifique, nous dispense de nous appesantir'
( 375 )
hur sou niérile al).solu ; nous nous contenterons donc de dire ici que l’au¬
teur a fait, pour cette nouTclle édition, les changements et additions
<|u’exigeait l’état actuel de la science. Le premier volume, comme
dans les éditions précédentes, traite des notions générales préliminaires
qui président aux phénomènes chimiques, de la nomenclature, de la
théorie des écpiivalents et des atomes ; nous devons dire que ces diffé¬
rents articles sont tous h la hauteur de la science qu’ils exposent.
Vient ensuite l’histoire de l’air, de l’eau , placée, contrairement aux
usages hahituels, avant l’étude des métalloïdes et des métaux, la con¬
naissance des propriétés chimiques de ces deux corps composés, dont le
rôle est si actif et si important, ayant paru indispensable à M. Lassaigne
pour l’explication d’un grand nombre de phénomènes. La description
des corps simples et de la plupart de leurs composés est renfermée dans
le premier volume. Cette importante partie de l’ouvrage, où brillent à
la fois la précision et la clarté, est véritablement irréprochable.
Le deuxième volume, outre la description des sels, qui est faite avec
beaucoup de honhem’, traite de la chhnic organique en général, trop en
général peut-être. Cette intéressante partie de la science nous a sem¬
blé très-sensiblement moins détaillée que la partie qui a rapport aux êtres
dépourvus de vie, et moins au courant des diverses théories admises ou
proposées depuis peu. Peut-être est-ce à dessein et par une sage réserve
(|uc l’auteur a cru devoir' s’abstenir d’en parler plus longuement. 11
en est très-probablement ainsi.
Ajoutons, en terminant cette courte analyse, que l’auteur a placé dans
le corps de l’ouvrage quelques planches gravées sur bois, alors qu’elles
lui ont paru nécessaii-es à l’intelligence des textes. C’est ainsi par exemple
qu’on y voit figurer, ajuste titre, l’appareil de Marsh modifié par l’Aca¬
démie des sciences. Il est inutile d’ajouter que M. Lassaigne a conservé
dans la présente édition l’excellent atlas représentant les couleurs des pré¬
cipités formés par les réactifs les plus généralement employés par les
chimistes. L’idée était trop heureuse pour qu’il l’eût abandonnée. Eu
résiuné, le ti'aité de M. Lassaigne est une œuvre incontestablement
utile, qui ne peut (pi’accroître la juste réputation scientifnjue dont l’au¬
teur jouit depuis longtemps. Mialue.
Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur les
maladies des organes urinaires et génitaux, considérés princi¬
palement chez les hommes âgés; ouvrage entièrement fondé sur
de nouvelles observations; par L.-Aügustb Mercier, docteur de
la Faculté de médecine de Paris, ancien interne de chirurgie
( 376 )
à l'Hospice de la Hieillesse {hommes), et à VHôtel-Dieu,
lauréat de l’Ecole pratique et des hôpitaux, etc., etc.
Depuis un certain nombre d’années, il est peu d’appareils qui soient
devenus l’objet d’autant de laborieuses recherches que l’appareü génito-
nrinaû-e ; pour aborder un tel objet après tant d’auteiu-s qui sem¬
blaient avoir épuisé la matière, il a fallu que M. Mercier comptât beau¬
coup sur sa bonne étoile : eh bien, nous devons le dire tout d’abord, il
a montré victorieusement qu’il y avait encore à glaner des vérités impor¬
tantes dans ce champ, qui, pourtant, paraissait avoir été battu dans tous
les sens. Dans cette première publication, l’auteim s’occupe à peu près
exclusivcmeut d’une lésion qui, malheureusement à un certain âge, et
principalement chez l’hoimne, se monti’e bien fréquente, la rétention
et rinconünence d’urine. Quand l’un ou l’autre de ces accidents survient
chez un vieillard, indépendamment de toute complication du côté de la
moelle épinière, de l’urètre, et suivant la doctrine généralement admise,
on attribue la rétention comme l’incontinence, et l’incontinence comme
la rétention, à un affaddissement essentiel survenu par le fait de l’âge
dans la contractilité de la vessie : c’est cette doctrine, qui lui paraît com¬
plètement erronée, que M. IMcrcicr s’attache siu'tout à combattre. Cette
partie purement critique nous a paru en général bien traitée, et quoique
nous ne soyons pas complètement convaincu que la débilité sénile ne
soit pour lien dans la production des accidents dont nous nous occupons,
nous reconnaissons cependant que dans un certain nombre de cas il faut
admettre l’inteiTention d’un autre ordre de causes. C’est une chose, en
effet, fort remarquable, que chez les femmes on observe si rai'ement ces
accidents; et ce fait, bien saisi, conduit rigoureusement à rechercher une
étiologie autre que l’étiologie vulgaire. Cette critique de la doctrine de
raffaibli.ssement sénile est rejetée trop exclusivement, suivant nous.
L’auteur passe à l’exposé de scs propres conceptions sur la matière ; il
cherche à établir que dans le cercle des faits, où nous nous restreignons ici
par la pensée, la cause du mal réside dans l’hypertrophie de la prostate.
On le voit donc d’abord, dans cette théorie, la presque complète immu¬
nité des femmes vis-à-vis du double trouble fonctionnel dont il s’agit en
ce moment, s’explique parfaitement, les femmes n’ont point de prostate.
— M. ftlcrcicr invoque bien d’autres raisons physiologiques ou patholo¬
giques à l’appui de sa docüine; nous ne pouvons que renvoyer à cette
savante discussion dans l’ouvrage lui-même : mais, ce qui fournit une base
bien plus solide à l’ordre d’idées qu’il cherche à faire prévaloir, il cite
des faits nombreux, où l’on constate sur le cadavre la lésion de nu¬
trition subie par la glande prostatujue. Tout en reconnaissant, nous le
( 377 )
répétons, l’exactitude des idées de rancien interne de l’hospice de la
Vieillesse, dans un lion nombre de cas, nous ne pouvons nous cnipèclicr
de lid soumctti’c ici une simple réflexion : Est-il bien certain que cette
lésion, que vous constatez si fréquemment, se trouvât toujom’s à l’origine
du mal? Quelle part faut-il atti-ibuer dans son développement au fait seid
de la rétention du liquide urinaire, à la thérapeutique usitée le plus
ordinairement en pareil cas? Cette question de successihilité morbide se
pose à propos de bien d’autres lésions que celle dont il s’agit ici : nous
engageons l’auteur à l’aborder sérieusement ; peut-être cotte nouvelle
étude le conduirart-elle à présenter sa théorie sous une forme moins
exclusive. Du reste, nous ne saurions mieux faii'e, en finissant, que de
reproduire ici les conséquences dans lesquelles l’auteur formule ses idées
sur le simple mécanisme suivant leipiel la prostate hypertropbiée produit
les divers accidents de l’excrétion urinaire : « Plus la prostate sera liy-
perti-ophiée d’une manière égale et régulière dans toutes ses parties, plus
il y aiu-a disposition à l’incontinence d’urine. Plus, au contraire, l’hyper¬
trophie sera partielle ou irrégulière, plus la rétention sera immûiente.
C’est dans les cas mtermédiau-cs aux deux catégories précédentes, qu’on
voitle plus souventl’urinesortir par regorgement. » Cette théorie est simple
et plaît immédiatement à l’esprit, comme tout mécanisme ipii ne tient
nul compte de la vie. Vraie dans quelques cas, nous le croyons, l’est-ellc
toujours comme le prétend l’auteur? C’est à l’avenir, qui se charge de
vérifier toute idée, de répondi-e à cette question ; si, dans l’état actuel
de la science, quelqu’un se proposait de la résoudre négativement, il
devrait réfuter tout le livre de M. Mercier, et ce serait un grand travail
M. Mercier se propose de traiter dans toute son étendue la pathologie de
l’appareil génito-iuinaire ; nous croyons fermement qu’ime telle entre¬
prise n’est point au-dessus de ses forces, et nous n’bésitons pas à l’encou¬
rager autant qu’il est en nous, en recommandant son premier volume,
comme une oeuvre importante par son originalité comme par l’esprit
pratique, qui lui imprime d’un bout à l’autre son sérieux caractère.
L’auteur n’a point jusqu’ici touché à la thérapeutique , il ne le fera
(pi’après avoir épuisé la pathologie des organes génito-urinaires, dans
ime série de travaux qiri doivent se succéder rapidement.
BULLETIN DES HOPITAUX.
lodure de fer dans le didbélès sucré. —Voici une observation qui
mérite un certain intérêt, car- elle signale les borts effets d’un médicament
( 378 )
nui «'avait pas été encore employé dans la diabètes sucré. 11 s’agitde l’io-
diire de fer. Un lioininc d’une quarantaine d’années, fort et d’une bonne
constitution, voit, sans cause connue, scs digestions se troubler; sa
peau devenir chaude et aride, sa bouche sèche, sa soif continuelle ; il
urine outre mesure, ses forces se perdent : il a le dialiétcs. Cet état du¬
rait depuis trois mois, lorsqu’il consulte un médecin qui reconnaît la ma¬
ladie, et le met iininédiatcment à un régime animal exclusif, et à l’usage
du bon vin. Deux mois entiers ü mange de la viande, il use d’un vin
généreux ; il n’est pas mieux. Il se décide alors à se faire admettre à
riIütcl-Dien, oùilcstcouclié salle Sainte-Anne, n” 4, service de M.Ros-
tan. Il est pâle, amaigri, scs cbaus sont flasques; il rend par vingt-quatre
heures quinze litres d’urines claires etcitrincs, qui, analysées par M. Bou-
cbardat, donnent une forte proportion de matière sucrée. Il est mis
aussitôt par M. Gombette, qui fait le service, au régime suivant : viande
rôtie demi-kilogr., une bouteille de vin de Bordeaux, bouillon gras sans
pain.— Fort peu de pain pour manger la viande, — limonade et tisane
de chicorée pour boissOn. A ce régime, qui avait clé déjà suivi pen¬
dant deux mois sans aucun succès et sans aucune espèce d’amélioration,
on ajoute un gramme d’iodure de fer divisé en quatre pilules à pren¬
dre dans les vingt-quatre heures. Trois jours s’étaient à peine écoulés
«ju’il y avait un mieux notable dans l’état général, et que les urines
étaient réduites à douze litres par jour. La diuiinution fut tellement ra¬
pide, que le dixième jour les mines ne dépassaient guère les boissons
ingérées que d’un litre, et tpie déjà l’analyse n’indiquait dans ce fluide
que des traces de sucre. L’amélioration fut a'oLssante à tel point que le
vingtième jour le malade voulut qidtter l’Hôtel-Dieu ; il était complète¬
ment guéri. Déjà, depuis huit jom's, la soif était dissipée, les urines ne
contenaient plus de sucre, et étaient à peu près à l’état normal poiu la
<piantité; les forces étaient revenues. Dans la dernière semaine du
traitement, l’iodure de fer avait été porté à 1 gramme 25 centigr. en
cinq pilules. Ce malade, vu en ville depuis sa sortie, a été trouvé
dans un état de santé soutenu. — La rapidité de cette guérison nous a
frappé. Quelle est la part qu’y a eue l’iodure de fer? Probidtlement une
assez grande , car le régime animal et tonicpie tout seul n’avait pas pré¬
cédemment amené d’amélioration. Ce médicament n’a point encore été
employé dans cette maladie. C’est à des expériences nouvelles à décider
de sa valeur. Le résultat que nous faisons connaître doit y encourager,
car le diabétès est pour l’ordinaire une affection tenace et grave.
Phlébite mortelle par suite de l'emploi des épingles dans le trai¬
tement des varices. -—Depuis plusieurs années déjà, la plupart des
( 379 )
chirurgiens ont abandonné le ti’aitemenl des varices, qui consiste à ob¬
tenir l’obUtération de la veine, en l’étreignant au moyeu d’un fil serré
siu' une épingle, qui est passée sous le vaisseau en traversant un pli de la
peau sous la veine, est abandonné de la plupart des cbb'iu'giens. On s’est
convaincu qu’au bout d’un certain temps les vai’ices se reproduisaient par¬
les anastomoses, et que par conséquent l’opération n’avait aucun résultat
définitif. D’un auti-e côté, cette méthode a des dangers, et les cas où elle
a entraîné la mort par suite de l’inflammation de la veine et de l’infec¬
tion purulente ne sont pas si rares. Nous allons rapporter un nouvel
exemple de cette fâcheuse terminaison. Un vidangeur, âgé de soixante-
trois ans, portait depuis trois ans des varices aux membres inférieurs,
à la face interne du pied gauche et au-devant de la malléole. La veine
saphène était noueuse et gonflée. Les dilatations de cette veine s’éten¬
daient jusqu’au quart supérieur de la cuisse du côté di-oit ; du reste, cet
homme n’avait jamais eu d’ulcères aux jambes. Il avait reçu une contu¬
sion , et c’était poiu- cela qu’il était entré à l’Hôtel-Dieu dans les salles
de M. Roux. C’est dans ces circonstances que, pour le débarrasser de
varices qui ne le gênaient pas notablement, on lui appliqua d’abord trois
épingles, une au-dessus du condyle interne du fémur droit, deux au-
dessous du condyle externe du tibia. Ces trois épingles n’amenant pas
l’oblitération des veines inférieures, on en mit, dix jours après, trois
nouvelles sur la saphène, au-dessus de la malléole interne. Huit jours
après, ü smvient une rougeur érysipélateuse autoiu- des aiguilles , une
fièvre intense s’allmne ; bientôt il se forme un abcès diffus le long de la
veine, qu’il faut ouvrir ; un autre abcès se forme dans un auti-e point,
(pi’il faut ouvi-ii-encore. La suppm-ation est fort abondante, la fièxTC
continue; le malade perd ses forces. Les symptômes généraux de la
résorption purulente se déclarent; la diarrhée colliquative survient, et
le malade meurt le trente-septième jour. — De pareils faits n’ont pas
besoin de commentaires.
Les antiphlogistiques peuvent, dans certains cas, retarder la
suppuration des tubercules. — Dupuytren avait émis l’idée que lors¬
qu’il existait extérieurement comme intérieurement des tubercules, et que
les symptômes indiquaient qu’il se faisait autour d’eux on en eux un
travail inflammatoire, il fallait par des sangsues ou meme par des sai¬
gnées s’opposer avec soin à ce travail ; que c’était le meillem- moyen et
peut-être le seul de parer aux accidents gi-aves qui suivent les fontes tu¬
berculeuses internes, et de prolonger la vie. Nous avons vu à la Pitié,
salle Saint-Louis, n® 12, service de M. Lisfranc, un enfant de seize ans,
à tempérament mon et lympalhifpie, qui nous a offert une affection du
testicule qui rentre dans les idées de Dupuytren. 11 est entré ayant les
( 380 )
deux épididyines ti’ès-ciiflcs, très-douloureux, et présentant les caractères
des engorgements tuberculeux. On a employé les cataplasmc.s et les
sangsues, et en huit jours l’inflammation avait dis])aru, du moins en
apparence ; les épididymes étaient revenus presque à leur volume nor¬
mal, et n’étaient plus sensibles ; le malade sortit guéri. Deux mois
s’étaient écoulés depuis cette époque, lorsque ce jeune homme est
revenu à l’bôpital avec une inflammation nouvelle des mêmes par-ties.
Le traitement antiphlogistique a été employé en vain cette fois. Les épi-
didjTnes ont augmenté progi-essivement de volume, et enfin il s’est formé
un abcès tuberculeux.
Fièvre intermittente communiquée par la mère à son enfant. —
Rien n’est moins contestable aujourd’hui que la ti'ansmission d’une ma¬
ladie de la mère au fruit qu’elle porte dans son sein. La syphilis est là
pour attester cette intime solidarité ; mais il n’existe pas, que nous
sachions, d’exemple autlientique d’une pareille transmission de fièvre in¬
termittente. M. le docteur Brunziow, de Brandebourg, en rapporte un
cas digne d’être signalé. Une femme de trente-quatre ans fut prise, au
second mois de sa première grossesse, d’une fièvre intermittente tierce
qui dura plusieurs semaines; le quinquina en triompha au bout de plu¬
sieurs semaines. Mais il siuvint bientôt une récidive sous le type quarte,
(pii, maigre tous les traitements, persista jusqu’au septième mois ; elle
parut céder pendant quchjues jours, mais elle revint au huitième, et ce
n’est (jue dans le courant du neuvième qu’on parvint à en triompher.
Elle accoucha d’une fille faihle et maigi-e. Quehpies mois après l’accou-
chement, la mère s’aperçut (jue son enfant, qui était toujoiu’s du reste
grêle et débile, criait, s’agitait beaucoup, et avait beaucoup de chaleur
tous les (piatrc jours, pendant la nuit. M. Brunziow obseiwa cette petite
malade avec attention, et constata (ju’elle était en effet atteinte d’une
fièvre à type quarte, dont les accès venaient toujours le soir et étaient
bien caractérisés par les trois stades. Pendant les accès l’enfant gémissait
beaucoup' et paraissait ardemment désirer le sein. Ces accès duraient
toute la nuit. Au matin, tous les symptômes fébriles avaient disparu,
l’enfant allait trè.s-bien pendant deux jours. Comme celte fièx're minait
les forces, le médecin cnit devoir agir immédiatement. Il fit faire des
frictions sur le creux de l’estomac et sous les aisselles avec du sulfate de
quinine incorporé dans de l’axonge, et donna ce médicament en potion à
la dose de 10 centigrammes par jom. L’enfant avait quatre mois enviren.
A partii’ de cette médication, il n’y eut plus que trois accès, ipii furent
même de moins en moins forts. Puis, l’enfant débareasséc de sa maladie
devint robuste et vigoiirciuse.
( 381 )
RÉPERTOIRE MEDICAL.
ASCITE. Ilydropisie ascite guérie
après seize ans de durée et 886 ponc¬
tions.Si le faitsuivanl communiqué à
l’Académie par M. Canu, médecin à
Yvetot, trouvait des incrédules, nous
n’aurions d’au ire garantie à leur ot-
Irir que les paroles suivantes par les¬
quelles railleur termine son obser¬
vation : « Si mon caractère et ma
parole ne vous sullisenl pas, dit-il,
toute la ville d’Yvelot est là pour
faire foi de ce que j’affirme ici, et
au besoin l’abdomen de la 11 lie Ma-
liuet, criblé d’innombrables cicatrices
qui en ont fait une sorte de cuirasse;
en sera l’irrécusable témoin.»—C’est
à cette lilleRose Malmot, domestique
cbez M. Simon, l'abrieanl de calicot
à Yvetot, que M.Canu a pratiqué 886
fois la ponction de l’abdomen dans
l’espaee de seize ans, et lui a retiré,
compte approximatif, dix-sepl mille
trois cent trente litres de sérosité.
Elle est aujourd’hui complètement
guérie.
Cette femme était âgée de trente-
six ans, lorsqu’elle futatteinte d’une
entéro-péritonite aiguë qui passa à
l’état chronique. C’est alors que l’as¬
cite survint et que les règles se sup¬
primèrent. Vers le commencement,
elle voulut combattre l’hydronisie par
le remède do Leroy ; mais il ne lit
rien, quoique la malade eût eu l’a¬
veugle courage d’en consommer jus¬
qu’à quinze bouteilles en quinze
jours. Bientôt la distension abdomi¬
nale devint énorme, la suffocation
imminente; il fallut faire la ponc¬
tion, et l’on retira par le troearl
vingt litres environ d’un liquide ro¬
sé, limpide et mousseux. Le palper,
après cette opération. Ht reconnaître
d’énormes indurations sur toute la
surface péritonéale ; une tumeur
large et de densité squirrheuse sail¬
lissait versl’S du côlon. Au bout de
dix jours, une nouvelle ponction fut
nécessaireet donna issue à une égale
quantité de sérosité. Depuis ce mo¬
ment et pendant quinze années con¬
sécutives, M. Canu a été appelé tous
les six, huit, dix ou douze jours au
plus pour évaeuer le liquide abdo¬
minal au moyen du trocart. L’opéra-
lion faite, la malade se reposait une
heure ou deux, puis elle se levait,
s’habillait et reprenait ses occupa¬
tions domestiques, sans s’allécler au-
cunemeiil de son état. 11 va sans dire
que tous les diurétiques, tous les ré¬
vulsifs et dérivatifs possibles avaient
échoué. On en était à la 810' ponc¬
tion, lorsque seulement M. Canu eut
l’idée d’essayer de la conqu'ession.
Il l’exerça au moyen de feuilles de
carton épais enveloppées d’une large
serviette. La malade n’en put sup¬
porter l’applicatioii plusde truisjours.
Ceitendaul tl y eutee résultat, que les
urines furent plus abondantes et iiue
répanchemenlmitplusde vingt jours
à se renouveler. A partir de ce mo¬
ment. les urines angmenterenl pro¬
gressivement, et l’époque des ponc¬
tions s’éloigna; quoique la durée de
la compression abdominale n’eût pas
été longue, elle parut contribuer à
modilier l’action des vaisseaux lym¬
phatiques, et à rétablir l’équilibre
depuis si longtemps détruit. — En
effet, six mois s’écoulèrent avant que
M. Canu fût obligé de ponelionner
encore. Ce fut la dernière fois. 11 y
a deux ans que cette dernière ponc¬
tion a été faite, et Rose Mahuet se
porte actuellement fort bien. Cette
îille n’a conservé de sa longue ma¬
ladie qu’un certain développement
de l’abdomen, mais il n’y a plus la
moindre trace de liquides; on n’y
trouve que qiiehiiies masses glandu¬
leuses et indolentes. ( liullet. de
VAcad. deméil. octobre 1812.)
EE.'ül.'OB.ES{Surletraitementdes)
dans la jeune enfance. La puissance
vitale est si faible chez les enfants
du premier âge, qu’ils ne (leuvenl
lutter longtemps contre les douleurs
aiguës et les accidents fébriles (|iii
accompagnent les brûlures. 11 est
donc du devoir du médecin d’atté¬
nuer le mieux et le plus vite possible
ces douleurs, et d’éviter les causes
qui peuvent les reproduire. Le meil¬
leur moyeu pour cela, c’est de ne
faire que des pansements rares des
plaies résultant de brûlures. CÔ sont
les principes que suit dans ces affec¬
tions M. l’ayan ; il les a appliqués
chez deux jeunes enfants, dont il
rapporte l’iiistoire. Une petite Iille,
âgée de cinq mois, présentait, par suite
d une chute d’eau bouillante, une
brûlure au second degré qui s’éten-
( 382 )
gauche, sur les trois quarts au
iiioins (le la surlaco de la jambe et
du pied du im'me eôt(“, et encore sur
une certaine (itendue de la jambe
droite. Le jeune âge de cette petite
tille, l’étendue de la brûlure qui était
mise à nu par l’enlèvement de l’épi¬
derme, l’agitation extrême du sujet,
rendaient le pronostic très-grave.
C’est dans la vue de ne pas renou¬
veler le |)ansement, qui était très-
douloureux et qui avait jusque-là
eonsisti! dans des tomentations avec
de l’eau saturnée, que le lendemain
de l’accident M. Payan recourut à l’ap¬
plication du coton en rame. Seule¬
ment, comme la première apposition
de cette substance sèche sur les pa¬
pilles dermiques cause une certaine
irritation, il recouvrit les surfaces
brûlées d’une couche de liniinent
oléo-calcaire qu’il composa avec :
huile d’amandes douces, une partie;
eau de chaux, huit parties,’mêlez et
agitez chaque fois.—A))rès avoir en¬
levé l’ecume savonneuse (lui vient
nager à la surface de ce Uniment par
le mélange des substances, avec les
barbes d’une plume il en étendit sur
toutes les parties brûlées, qu’il re¬
couvrit ensuite d’une couche épaisse
de cotou cardé lin. Des compresses et
(juelques tours de bandes complé¬
tèrent le pansement Dès ce moment
l’enfant cessa de souffrir, le sommeil
revint, elle téta bien, la lièvre tomba.
A part dans un seul point, à la mal¬
léole droite, où il fallut renouveler
le coton à cause de la suppuration,
le reste du pansement resta intact
Jusqu’au onzième jour, où la cica¬
trisation était partout complète.
Voici encoreune autre observation
où on a constaté directement que ce
pansement mixte avec le Uniment
oléo-calcaire est plus avantageux
que celui par le coton seul. — Une
écuelle de bouillon très-chaud est
renversée sur les pieds d’une petite
lilleàgée de trois ans et demi; il s’en¬
suit une brûlure au second degré.
—Eau végélo-minérale d’abord qui
modère l’inflanimation. Au troisième
jour ies vésicules se sont ouvertes
et l’épiderme s’est détaché. Pour re¬
connaître si réellement l’addition du
Uniment calmant et dessiccatif était
de quelque utilité dans le pansement,
M. Payan couvrit le pied gauche, qui
était le moins malade, avec du coton
seul, tandis que le droit fut préala-
biement enduit du Uniment oléo-
calcaire. Peu d’instants après le pan-
semcni, le pieu uroii cessa u être
douloureux, au lieu que pendant
toute la journée l’enfant accusa de la
soiillrance au pied gauche, où était
le coton seul. La cicatrisation a mar¬
ché, du reste, d’une manière égale,
et au quatorzième jour la cicatrice
était rcjjulière et parfaite.
D’apres ces faits, l’addition du Uni¬
ment épais désigné sous le nom
d'oleo-calcaire serait favorable, et
ajouterait aux propriétés calmantes
du coton en rame. (Jîev. méd., sep¬
tembre 181.2.) '
COLIQUE DE PLOMB [Sxir la
fréquenceactuetledes). Les tableaux
des malades atteints de coliques sa¬
turnines admis dans les hôpitaux de
Paris, démontrent que, bien qu’on
aitavancé le contraire, cette affection
est toujours aussi fréquente de nos
jours qu’elle l’était antérieurement,
et que, par conséquent, les moyens
jirophylactiqucs vantés par diverses
liersonnes depuis une vingtaine d’an¬
nées, ou ne sont pas mis en usage
comme ils devraient l’être, ou sont
employés sans grands succès. U ré¬
sulté des faits (Je ce genre observés
en 181-1: 1° qu’il est entré dans huit
des hôpitaux de Paris 302 sujets af¬
fectés de coliques saturnines, répartis
ainsi qu’il suit : 15 à Beaujon; tîi à
la Charité; 47 à l’Hôtel-Dieu ; 40 à
Nocher; 39 à la Pitié; 24 à l’Hôtel-
Dieu annexe; 5 à Saint-Antoine; 2 à
Cochin ; 2» que, sur ces 302 malades,
289 sont sortis guéris, 12 ont succom¬
bé (dont 1 mort de phthisie), et 1 a dû
être dirigé sur Bicetre, en raison de
son état d’aliénation mentale; 3" que,
sur ces 302 sujets, 236 étaient des
ouvriers aiipartenant aux trois fabri-
3 ues do cénise qui existent dans le
épartement de la Seine, 66 autres
exerçaient des professions diverses,
(peintres en bâtiments, broyeurs de
couleurs, ouvriers en papiers peints,
polisseursdecaractèresd’imprimerie,
imprimeurs, ouvriers fabricant les
caries dcporcelaine, potiers de terre);
on comptait eu outre parmi eux un
ouvrier tanneur, un charcutier, un
lapidaire, un ouvrier en bronze, un
peintre en stores, un éraailleur, un
mécanicien,et un ouvrieren cristaux;
4<> que, sur les 12 sujets qui ont suc¬
combé, 10 élaienlouvrierscérusiers;
le onzième, mort phthisique, était
peintre en bâtiments, ainsi (jue le
douzième.
On voit par tout cela qu’il est in¬
dispensable de se livrer à de nou-
voilas recherches siu' les moyens pro¬
pres à prévenir l’absorplion des éina-
nalions saturnines et les dangers aux-
([uels sont exposés les ouvriers qui
travaillent le plomb ou les prépara¬
tions de ce métal. {Ann. d'hygiène,
1812.) _
CORDON OMBILICAI. {Des nœuds
du). — Les nœuils que présente le
cordon ombilical peuvent-ils com¬
promettre ta vie du fœtus? Cette iii-
téressanleqnestion d’obstéiriqne a été
affirmativement résolue par presque
tous les accoucheurs, depuis le pre¬
mier exemple qu’en a cité Louise
Bourgeoise, en 1605. L’enfant ipd
présenta cette disposition dn cordon
vécut cependant. Seuiement, au mo¬
ment de la naissance ii ôtait, dit l’ob¬
servation, violet. Manriceau vit le
cordon ombilical noué d’un vérita¬
ble nœud sur une petite lille. « Ce
nœud était étroitement serré; mais
vraisemblablement, ajoute-t-il, son
resserrement n’était arrivé que dans
le moment de la sortie de l’enfant;
car s’il eût été ainsi serré dans le
ventre, l’enfant aurait certainement
péri, à cause que le sang dont il était
pour lors nourri n’aurait pas pu avoir
son mouvement libre au travers du
nœud. » Sept autres enfants, qui
présentaient à Mauriceau une dispo-
sitionsemblablc, étaient tous vivants.
L. G. Baudelociiue, qui a plu.sieurs
fois rencontré des nœuds soit sim¬
ples, soit doubles, et une fois triple,
n’admet pas qu’ils puissent se serrer
au point d’intercepter le cours du
sang et de faire périr le fœtus. Quant
au mode de formation de ces nœuds,
il accepte l’explication donnée par
Bourgeoise, dans les termes suivants :
« Il fallut, dit-elle, que pendant
cette grande agitation (colique de la
mère ) il fit le tour du cerveau, et
continuaut à remuer, serrait le nœud
davantage. »
M. Baudelocque vient de faire con¬
naître trois nouveaux exemples de
ces véritables nœuds du cordon. Une
fois le nœud était double; chaque fois
il était assez serré pour que le cor¬
don fût partout en contact avec lui-
mfime. — Dans les trois cas, les en¬
fants étaient forts et bien portanls;
M. Baudelocque ne conçoit pas la
formation de ces nœuds par le mé¬
canisme indiqué çar Bourgeoise, sur¬
tout lorsqu’ils siègent, comme il l’a
observé, à 9 centimètres de l’ombi¬
lic; aussi est-il conduit à penser
qu’une pareille disposition du cor¬
don dépend d’une confonnation pre-
11 est à regretter que cet observa¬
teur distingué n’ait pas eu recours à
l’injection des vaisseaux du cordon,
non plus qu’à leur dissection, pour
eclairer onatomiquemciit ce point
d’embryogénie, sur lequel nous ap¬
pelons ï’atlention et les reclierclies de
nos lecteurs, {iievne médicale, sep¬
tembre 1812.)
ENTORSE. Son traitement par
l'eau froide. Si le princi|)e de culte
médication se retrouve dans la iilu-
Iiart des traités de chirurgie, il est
vrai do dire que lus indieations tiui
doivent on déterminer l’emploi et en
assurer lu succès y sont souvent né¬
gligées ou trop légèrement établies,
pour que ce fait important do théra¬
peutique naît pas besoin d’étre
éclairé par de nouvelles recherches.
C’est cette insuffisance des préceptes
généralement acceptés, et les dan¬
gers (m’offre à son avis la médica¬
tion par les sangsues et les émol¬
lients, qui ont conduit M. le docteur
Poiillain, chirurgien de l’iièpitai mi¬
litaire de Lyon, à faire connaître les
résultats vraiment remarquables de
sa jiratique particulière. Sur 90 in¬
dividus (pi’il a traités par l’immer¬
sion de l’articulation malade dans
l’eau froide, 23 ont été guéris en six
jours, 22 en onze on douze jours, 10
en huit jours, 28 du di.xième au
quinzième jour, i du vingtième an
vingt-cinquième jour; 3 seulement
au bout d’un mois. Aucun de cas
malades n’a été estropié; 7 se sont
ressentis de leur accident pendant
plusieurs mois, ce qui ne les a pas
empêchés de vaquer à leurs affaires
et de guérir complètement.
A ce résumé général, on ne peut
plus favorable à la médication qu’il
préconise, le docteur Poullain a joint
quinze observations d’entorses, non-
seulement du pied, mais encore du
poignet, du coude et du genou, heu¬
reusement traitées par le même
moyen; seulement, comme il est
presque impossible de plonger dans
un bain froid certaines articulations,
telles que celles du genou et du
coude pendant tout le temps néces¬
saire pour que l’immersion puisse
être efficace, la glace pilée, et à dé¬
faut de celle-ci, les compresses d’eau
glacée ont pu, dans ces cas, rempla¬
cer avec avantage le bain froid. Quel
que soit d’ailleurs le réfrigérant mis
( 384 )
en usage, il doit l'êlro autant que
possible (lès le (l(''l)iit de l’entorse; la
durée de sou ap|)licalion sera de deux
heures, souvent plus, très-rarement
moins. L’eau, si c’est elle dont on
se sert, devra être refroidie à mesure
(lu’elle s’échauffe. Règle générale, le
membre ne sera retiré que lorsqu’il
y aura refroidissement complet. Pour
cela une immersion de trois heures
ne sullit pas toujours; il est parfois
nécessaire de la prolonger indéfini¬
ment, comme cela eut lieu pour le
malade sujet de la 3' obs., qui resta
toule une nuit le pied dans l’eau
froide. Il en fut de même du malade
de la i' obs., qui resta pendant trois
jours et deux nuits sur son lit, la
jambe pendante et plongée dans un
seau (Peau froide (ju’on avait soin
do renouveler à mesure qu'elle s’é¬
chauffait. Le deuxième jour du bain
les mouvements du pied élant rede¬
venus faciles,M. M*'*so croyaitgueri
et voulut le sortir de l’eau, mais les
douleurs se réveilleront avec une
telle intensité qu’il n’eut rien de plus
pressé que de le replonger dans le
bain qui les calma instantanément.
Chez deux autres malades des obs. à
et 6, l’immersion fut également pro¬
longée pendant six heures chez l’un
et douze heures chez l’autre.
Ce n’est pas seulement les entor¬
ses survenues depuis quelques in¬
stants que M. Poullain traite par l’eau
froide ; il soumet au même moyen
celles qui existent depuis 3, i, 5, 6,
et même 12 heures, (juello que soit
l’intensité de la reaction inllanima-
tnire locale. On pourrait croire que
l’emploi déjà fait d’une médication,
celle dite antiphlogisti((ue, et dont
les sangsues et les émollients forment
la base, fût une circonstance propre
à conlre-indiquer l’intervention de la
midhode réfrigérante telle (pie la
comprend le docteur Poullain : il
n’en est rien; car sur le malade de la
5' olis. du mémoire que nous analy¬
sons, une application de trente sang¬
sues suivie de celle de cataplasmes
émollients avait eu lieu pendant huit
heures lorsque le pied fut plongédaiis
l’eau froide, oii il resta quatre heures;
huit jours plus tard, le malade quit¬
tait rhiûpital , il était entiôrementgué-
ri. Une première immersion pentètre
insuffisante, et la douleur su renou¬
veler dès que le membre est sorti de
l’eau. Il ne faut pas alors se presser
d’accuser la méthode d’impiiis-saiice,
car l’obs. 3” nous démontre (pi’elle
jieiit léussir complètement par une
seconde immersion de plus longue
durée que la première.
On est averti de la nécessité qu’il
y a d’y recourir de nouveau par la
chaleur et la douleur qui se repro¬
duisent dans le membre quelques
instants après qu’il a été retiré du
bain froid. Un effet constant de ce
dernier est de déterminer, dans les
iremiers moments, une douleur tel-
ement intolérable, que c’est avec
beaucoup de peine qu’on parvient à
décider les malades à ne pas y re¬
noncer. Cette douleur a une durée
variable, mais elle ne se prolonge
guère en général au delà de la pre¬
mière heure. C’est là une circon¬
stance qu’il importe de ne pas (lerdre
de vue; car le chirurgien (jui n’en se¬
rait pas instruit pourrait à tort se
laisser vaincre par les sollicitations
(lu malade, auquel l’immersion de¬
viendrait ainsi on ne peut plus nui¬
sible. Aussitôt que le pied est retiré
de l’eau dans la condition voulue,
c'est-à-dire sans douleur et sans
gonflement, il faut entourer le mem¬
bre d’un bandage roulé prralalile-
mciit trempé dans une solution d’ex¬
trait de Saturne, et avoir soin de l’ar¬
roser souvent; il est rare qu’au bout
de vingt-quatre heures il ne soit pas
relâché, cuqui indique la diminution
du gonflement; onleréaiipliquealors
jusqu’à ce que celui-ci ait complète¬
ment disparu, ce qui a lieu le plus
souventilu Iroisième au sixième jour.
{Journal de la Soc. de méd. de Lyon,
septembre I8i2.)
FIÈVRE typhoïde [Des carac-
téres pathognomoniques de la). On
ne s’entend pas parfaitement sur les
caractères qui établissent positive¬
ment la lièvre typhoïde, ou plutôt
l’état typhoïde. On a bien donné quel¬
ques signes, tels que les taches rosées
lenticulaires, les sudamina, ladiar-
rliéi^ la douleur do la fosse iliaque
droite, le météorisme, les hémorrha¬
gies nasales; mais ces symptômes
peuvent manquer ou ne se montrer
(lue plus avant dans la maladie, tan¬
dis qu’il est important au praticien
de bien apprécier, vers son origine,
la nature de l’affection, pour l’arrêter
dans son développement et la guérir.
Un médecin, (jui a apporté large¬
ment son contingent d’efforts dans
l’étude contemporaine de la fièvre
dite typhoïde, M. Delarroque, croit
pouvoir établir, d’après ses nom¬
breuses observations clinitiues, qu’il
y a quatre phénomènes qui se mon-
( 385 )
ireiil de prime abord et qui luetlenl
Iiors de doute la nature typhoïde de
la lièvi-e. Ce sont : l» la stupeur, qui
présente des nuances et des formes
variées selon les causes, les indivi¬
dualités et l’intensité de ta niaiadic;
2» la dilatation des pupilles, dont la
durée est également variable ; 3“ la
pulvérulence ou l'enduit brunâtre
de l’intérieur des narines; 4» enün le
gargomllement iléo-rœcal à la pres¬
sion , qu’on voit dans tous les cas.
Ces caractères se trouvent constam¬
ment groupes dès le premier ou le
deuxième jour de la dégénérescence
morbide ; ils ne font pas défaut lors
môme que les autres phénomènes de
la maladie manquent. Ces symp¬
tômes complémentaires peuvent ve¬
nir ou ne pas venir s’ajouter à ceux-
ci V on peut être toujours sûr que
l’affection fébrile qu’on a à traiter a
le caractère typhoïde. Mais, si les
(|ualre éléments manquent, malgré
l’exislencedes autres symptômes, on
peut [établir qu’on n’a affaire qu’à un
simple embarras sabiirral avec lièvre,
dont un éméto-catharlique peut faire
prompte et sévère justice. C’opinioii
d’un praticienaiissi expérimenté que
M. Delarroque devait être signalée à
nos lecteurs. {Bullet. de l’Avad. de
médec., octobre 1842.J
FRACTURE DE LA CLAVICULE
traitée par un nouvel appareil. —
Cet appareil, pour l’invention duquel
deux de nos confrères, M. Favre, do
Montpellier, et M. Guillon, de Pa¬
ris, se disputent la priorité en ce
moment, repose sur trois indications
fondamentales qu’il importe de rem¬
plir exactement si un veut obtenir
une consolidation régulière.
Ces indications. Lien comprises
d’ailleurs par la plupart des ciiirur-
giens qui ont traité cette question,
consistent à s’opposer au déplace¬
ment du fragment externe, soit en
bas, soit en avant, ou liien encore en
dedans.—L'appareil dont il s’agit se
propose d’atteindre ce triple résultat
par l’emploi méthodique de trois
serviettes et de deux coussins qui
luaintiennent exactement les frag¬
ments en contact, môme tors d’une
fracture ohliquede la partie moyenne
de la clavicule.
La première serviette placée en
écharpe sous le coude, et dont les
doux cliefs se croisant sous l’aisselle
viennent se lixer sur l'épaule .saine,
sert à soulever le bras autant que
cela est nécessaire pour que les frag-
TO.ME XXIII. lO" LIV.
ments se trouvent i la môme liau-
teur. — La deuxième serviette ou
bandage de corps transforme l’hu¬
mérus en levier du premier genre,
avec le secours bien entendu du
coussin axillaire, qui n’est autre que
celui de Desault, et .«e fixe do môme
sur l’éiiaule du côté sain au moyen
de larges rubans : il est placé entre
le bras et les chefs de la première
serviette. — La troisième serviette,
pliée en cravate, a pour objet d’atti¬
rer en arrière le moignon de l’é¬
paule du côté malade. Après avoir •
fait passer l’un des chefs au-devant
de l’épaule saine, sur laquelle il
prend son point d’appui, et avoir fait
passer l’autre chefau-devant de l’ex¬
trémité supérieure du bras du côté
opposé, on ramène ces chefs eu les
croisant sur le coussin placé entre
les deux épaules, et on les y assu¬
jettit fortement au moyen de grosses
épingles. Le coussin dorsal, formé
de linge, doit être plus épais à son
centre qu’à ses quatre bords, et a-
voir environ 15 centimètres de lar¬
geur et G ou 7 d’épaisseur. Afin qu’il
ne remonte pas, on le lixe au ban¬
dage de corps par le bord inférieur
au moyen d’un morceau de toile
cousu à cet effet. 11 est destiné à
supporter le poids du malade lors¬
qu’il est couché, et à favoriser l’ac¬
tion de la troisième serviette qui em¬
pêche le fragment externe de se por-
D’après cette description,que nous
empruntons à M. Guillon lui-môme,
il est aisé de voir que le bandage de
Desault constitue pour sa part les
deux tiers au moins de cet appareil,
qui n’offre d’avantage sur lui qu’une
|)lus grande simplicité dans les
moyens, mérite réel que nous aimons
à reconnaître. — Quant au coussin
dorsal, il remplit une indication im¬
portante qu’Uippocrate, le premier,
avait entrevue lorsqu’il faisait cou¬
cher le malade sur un corps saillant,
de telle sorte que le dos .seul portait
et non les épaules, qui étaient ainsi
entraînées par lenr poids en dehors
et en arrière. — C’est encore d’après
le môme principe que, plus tard,
Brunninghansen et Eversbfer rem¬
placèrent le 8 de chiffre de Guy de
Chanliac et de J. L. Petit par un
coussin carré aux angles duquel se
fixent des courroies rembourrées
qui font le tour des épaules et les
entralueul en arrière. — Ainsi l’ap¬
pareil proposé par MM. Favre et
. Guillon se retrouve pièce par pièce,
aa
( 386 )
pmir ainsi dire, dans les ailleurs an¬
ciens. — Ces honorables confrères
ont néanmoins le niérile d’avoir plus
sûremeni, el d’une manière plus ef¬
ficace, combiné la puissance dont l’é¬
quilibre; surveillé et maintenu avec
soin, devra donner pour la fracture
de la clavicule des resullats plus sa¬
tisfaisants et qu’ils ont eux-mèmes
déjà obtenus sur plusieurs malades.
Ajoutons en terminant que, pour
s’opposer à Tœdème du membre, un
bandage roulé est appliqué sur toute
son étendue, depuis l’extrémité des
doigts jusqu’à l’étaule. {Journ. des
Conn. méU.-chir., octobre 1812.)
HALLUCINATIONS {De] l’emploi
de l'exirail de datura strammo-
nium dans les). M. Moreau de Tours,
médecin de Bicètre, s’élève contre
la méthode de traitement qui exclut
les moyens phpiijiies dans la majo-
rilédescas daliénation mentale, pour
assigner aux moyens moraux une sii-
Iiériorilé marquée. Ils’applaudit beau¬
coup par exemple de l’emploi de l’ex¬
trait dedaluraslrammoiiium dans les
hallucinations, qu’il divise en primiti¬
ves et consécutives. Cette distinction
est d’une grande imporlanceen tbéra-
peulique, car, lorsque les ballucina-
tions sont primitives, c’est-à-dire
3 uand, ayanlprécédétoutaiitrcdésor-
re mental, elles forment comme la
première phase du délire, il est rare
que la médication par le datura n’en
fasse pas prompte et irrévocable jus¬
tice ; au lieu que les hallucinations
consécutives, celles qui apparaissent
dans le cours de la maladie, cèdent
dilBcilement et menacent souvent de
reparaître. Huit malades font l’objet
de la note publiée par M. Billod sur
■ le résultat du traitement par le stram-
monium; chez cinq l’afieclion men¬
tale ne remontait pas à une époque
très-cioignée; c’étaient des casjiigus.
Tous les cinq ont été guéris par le
strammonium : trois dans la'premiôre
quinzaine, un au bout d’un mois,
l’autre dans deux mois. Chez les trois
autres malades. l’alTeclion était essen¬
tiellement chronique; un seul a été
guéri radicalement. Les deux autres
ont éprouvé des modifications avan¬
tageuses par l’action énergique du
ynedicament, mais il n’y a pas eu de
guérison stable. Kous citerons une
observation pour bien faire compren¬
dre le mode d’adminislraiion du re¬
mède el ses effets.
Un tailleur, âgé decinquan te-quaire
açs, manquant souvent .d’ouvrage.
mal loge, mal nourri, elait dans Tin
élal de mélancolie biibiliiolle qui s’est
bienlôt exaltée jusqu’à la monoma-
iiie. Il s’est persuadé que tout le
monde s’entendait pour le rendre
malheureux. 11 voit des ennemis dé¬
guisés dans tous ceux qui l’appro¬
chent. Il entend des voix qui l’in¬
sultent, le menacent, le traitent de
voleur, de faussaire, de pédéraste.
Il s’imagine, un soir, (|iie des assas¬
sins cherchent à briser sa porte pour
pénétrer dans sa chambre : dans sa
frayeur, C. s’élance par la croisée et
se fracture la cuisse. 11 est conduit
à l’hépital de la Pitié, dans un élat
d’exaltation extrême. La fracture
étant guérie, mais les désordres des
faciillcs persistant, il fut envoyé à
Bicètre le i octobre 1811. — Il est
calme; tonte sa |iliysiononiie est,
empreinte d’une tristesse profonde.
Quand il parle, un mouvement con¬
vulsif, rapide, saccadé, agile la lèvre
supérieure. Il est tonjoiirs en proie
aux idées fixes et aux hallucinations
qui ont été cause de l’accident dont
nous avons de parlé.
Après treize jours de Iraiteiiienl
p-ar le datura (à dose successivement
croissante de 2 jusqu’à 30 cenligr.,
dans un jiilep administré par cuil¬
lerées), les hallucinations disparais¬
sent, mais les idées fixe, restent à
peu près les mêmes. Ses ennemis,
assure le malade, no se taisent que
lioiir mieux le troiiqier, pour l’empè-
cher d’èlre sur ses gardes.—Suppres¬
sion du datura.—Un travail assidu
et varié semble, après peu de jours,
dissiper ce qui reste d’idées faus.ses,
de craintes imaginaires. Sur ses in¬
stances réitérées, M. Moreau accorde
an malade sa sortie le 9 décembre
1811.
Le 7 janvier 1812, C. rentre à Bi-
cèlre. On n’a pas de renseignements
sur les causes qui ont déterminé la
rechute. Le malade lui-même ii’a pu
rien apprendre h cet égard. Serait-
ce que la guérison n’était pas snfli-
samment consolidée lorsque le ma¬
lade a quitté l’hospice? La suscepti¬
bilité do l’organisme, ramené depuis
si peu de temps encore à l’état nor¬
mal , devait-elle fléchir facilement
sous l’action des causes qui avaient
provoqué les premiers désordres? —
Cette fois, les hallucinations les plus
bizarres assiègent le mabade. « Il était
mort il y a peu de jours; encore en
ce moment il n’est pas bien sflr d’être
du nombredes vivants. Rien n’aman-
. que a ses funérailles. Il a été mis
Omis un cercueil, rcconverl O’iin drop
noir. Un corbillard a transporté son
corps an cimetière, oiiil a été enterré.
—mais vous voilà au milieu de nous,
vous Otes donc ressuscité?— Oui, cl
c’est grâce à deux lapins blancs que
j'ai pu sortir de dessous terre. .Te les
ai vus à l'ouvrage; en peu de temps
ils ont pu, à eux deux, faire un trou
assez, grand pour que je pusse passer.
Une fois sorti, j’ai marché longtemps,
et je suis allé jusqu’au faubourg du
paradis, etc... » Dos êtres invisibles
lui adressent la parole, l’injurient,
lemenacent. Pendant quelquesjours,
M. Moreau se contente de prescrire
des bains, 'et essaye de ramener le
malade par la voie du raisonnement.
Vains elforts! Le maiade, qui, du
reste, est fort doux, sans prévention
contre lui, ne le comprend pas. Il
répond par des histoires de l’autre
monde, et oppose aux raisonnements
le témoignage de ses yeux, de ses
oreilles, le sentiment intime de tout
ce qu’il éprouve. Il Unit souvent en
disant : « Vous me couperiez par
morceaux que vous ne me dissua¬
deriez pas. »—Ix 7 janvier, 15 centi-
gramniesde datera. Légère dilatation
das pupilles. Etal moral le môme. Le
15,20centigrammes.Mêmeélat.Lel8,
30 centigrammes de strammonium.
Même étal. Le 22, 35 centigrammes
du médicament. Même étal. Com¬
mencement de narcotisme. Etourdis¬
sements, pupilles trôs-dilalées, froid
aux extrémités, hésitation en parlant.
Los hallucinations ont été plus nom¬
breuses quejamais. Il faut leur attri¬
buer sans doute la terreur profonde
empreinte dans la physionomie du
Le 21 janvier, 10 centigrammes de
dalura. Mêmes symptômes d’intoxi¬
cation que la première fois. Le ma¬
lade n’a plus rien entendu. Il est
fortement ébranlé dans ses convic¬
tions. Il l'eut bien croire ceux qui
combattent ses idées extravagantes.
— Suppression du dalura. — Le 25,
le malade affirme qu’il n’a plus de
visions. Il qualifie d’absurde lout ce
qu’il a raconté, et met tout sur le
compte de la maladie. Il est guéri.
M. Moreau a vu ce malade au mois
d’août 1812; son état est toujours
très-satisfaisant..
M. Moreau ne s’est point laissé
effrayer dans ce cas par les légers
symptômes d’intoxication ; il a per¬
sisté dans l’emploi du strammonium.
Chez d’autres malades il l’a sus¬
pendu pendant quelques jours pour
le reprendre ensuite, et il a comballu
le narcotisme par une lasso de café
noir, malin et soir. (Gas. des hûp.,
octobre 1812.)
HÉMORRHAGIE à la suite de la
taille ( Du traitement de l' ). Des
accidents qui compliquent trop sou¬
vent l’opération de la taille sous-pu¬
bienne, Tun des plus formidables est
sansconlredit l’hcmorrhagie. Tous les
chirurgiens s’en .sont gravement pré¬
occupés, et plusieurs moyens d’y re¬
médier ont été successivement mis
en usage. Frappé de l’insuffisance de
ces moyens dans un assezgrand nom¬
bre de circonstances, M. le profes-
senr Bégin, dont tout le monde ap¬
précie le talent consciencieux, vient
d’exposer, dans un mémoire fort re¬
marquable , le procédé qu’il a pu
avantageusemcnl substituer aux a-
gents hémostatiques généralement
acceptés. — Il semblerait, dit l’au¬
teur de ce travail, qu’il soit très-fa¬
cile, an moins dans la plupart des
cas, de reconnaître le siège et la
source des hémorrhagies qui peuvent
se manifester après l’opération de la
taille. — Le liquide provient-il de la
branche périnéale de l’artère hon¬
teuse, il s’échappera, dit-on, de l'an¬
gle supérieur de la plaie; la branche
transverse le versera profondément
à travers la lèvre externe, à la hau¬
teur du bulbe. Les branches des hé-
morrho'idales inférieures détermine¬
ront l’écoulement dans l’angle rectal
de la division. Enlin, le tronc de l’ar¬
tère honteuse versera le sang par la
lèvre externe très-profondément et
en arrière. Maisces applications pré¬
conçues des données de l’anatomie
s’évanouissent presque toujours au
lit des malades. C’est qu’indépeiidam-
ment des artères principales du péri¬
née, de celles dont la situation et le
trajet sont parfaitement décrits, il
existe dans la profondeur de la ré¬
gion des causes accidentelles et va¬
riables d’hémorrhagie, et notamment
une vascularisation insolite liée à un
excès de mouvement nutritif locale¬
ment entretenu par la douleur' et la
sensibilité morbide de la région pros¬
tatique. Cette disposition vasculaire,
si justement appréciée par M. Bégin
pour le cas dont il s’agit, se retrouve
constamment dans les ti.ssus an mi¬
lieu dcsi]uels le fait pathologique a
pris naissance pour y croître et s’y
développer indéfiniment. L’utérus
affecté de polypes ou de cancer, le
rectum atteint de maladies sembla-
( 388 )
hles, lai mameUe envahie |>ar une tu¬
meur ancienne et volumineuse, tous
les oreanes offrent ce développement
vasculaire anormal que le chirurgien
doit connaître, s’il ne veut pas être
pris au dépourvu dans les opérations
que réclament ces divers états pa¬
thologiques.
Les moyens conseillés jiistiu’ici
(.outre l’héniorrhagie dans la taille
périnéale sont :
t» La ligature et la torsion : applica¬
bles seulement dans les hémorrhagies
dont lesiégecstaccessihleaux instru¬
ments , elles no peuvent être mises
en iistige lorsque le mouvement in-
tlammaloire a commence dans la
plaie ; c’est le cas alors de recourir,
comme, le faisait Dupuytren, à la
cautérisation pratiquée à travers une
canule avec un cautère en roseau ;
encore faut-il que le point d’où le
sang s’échappe soit visible. Ce pro¬
cédé serait manifestement préférable
au petit bourdonnet imbibé de chlo¬
rure d’antimoine introduit par Fou¬
teau, pour un cas analogue, jusqu’au
fond de la plaie. Mais la cautérisa¬
tion, ainsi que le fait remartiucr M.
Bégin, ne peut être appliquée,
comme la torsion et la ligature, qtie
contre les hémorrhagies dont la
source est apparente; aussi éehoue-
t-elle souvent, et ne sert-elle qu’à
ajouter aux causes d’irritation et de
phlogose que renferme déjà la plaie.
2» Quant à la compression, qui
peut s’exercer soit avec la canule de
Deschamps, modiliéc par J. L. Petit
et plus tard par Dupuytren, s’il est
vrai qu’elle compte des succès, com¬
bien de fois aussi n’a-t-elle pas dit
être abandonnée ! Souvent les mala¬
des, irrités, tourmentés parla dis¬
tension douloureuse do la plaie, ont
été saisis de spasmes vésicaux, puis
entraînés irrésistiblement à des ef¬
forts d’expulsion qui ont pour résul¬
tat do rejeter avec violence le tam¬
pon et la canule nu milieu des Ilots
de sang et d’urine accumulés dans
la vessie. Ce fut cotte expulsion
forcée de la canule à chemise,
qu’il avait ompioyée contre une
hémorrhagie abondante à la suite
d’une taille bilatéralisée, ([ui condui¬
sit M. Bégin à faire usage des irri¬
gations continues d’eau froide. ((Dans
mon embarras, dit ce chirurgien, je
n’imaginai rien de mieux que de faite
coucher le malade sur le côté, les
jambes et les cuisses fléchies et rame¬
nées vers le ventre, le derrière sail¬
lant au iMird du lit, garni d'une toile
cirée. Un hatiuel d’eau fraîche fut
apporté, et plusieurs élèves se re-
lay;èrent pour exécuter la manœuvre
suivante : doux d’entre eux s’armè¬
rent chacun d’une seringue à lave¬
ment ([u’ils déchargeaient alternati¬
vement, et par un jet modéré, sur le
périnée du malade, dont la fesse su¬
périeure était maintenue relevée par
un troisième aide. L’irrigation se
faisait ainsi sans relâche. Au bout
d’une heure, l’hémorrhagie était ar¬
rêtée, ce (|ui n’empêcha pas de con¬
tinuer l’irrigatiou pendant cim] heu¬
res encore.»—Plus tard, M. Bégin
perfectionna le procédé d’irrigalion
à l’occasion d’un soldat taillé au Val-
de-Gràee, et pour lequel il einiiloya
avec succès un appareil à double cou¬
rant. L’irrigation fut, comuie dans
le cas précédent, continuée jiendant
cinq heures; le jet d’eau étant dirigé
sur le périnée et dans l’intérieur de
la plaie. Ce procédé hémostatique
simple, qui peut être mis en usage
partout, si le chirurgien ajoute à son
appareil instrumental un tube en tis¬
su de caoutchouc suffisamment long
et garni d’une canule en gomme
élastique, ne fut pas moins cDicace
sur un troisième malade que dans
les deux premiers cas. Outre son ac¬
tion hémostatique, l’irrigation a l’a¬
vantage d’agir en calmant l’irritation
locale, en prévenant la réaction in¬
flammatoire, et par conséquent en
diminuant, au lieu de les accroître,
les chances d’accident et de mort à
la suite de l’opération de la taille.
Pour notre part, nous acceptons sans
réserve ce procédé nouveau, ron¬
flant dans tes lumières et la probité
chirurgicale bien connue de l’auteur.
( Annales de Chirurgie, octobre
1812.)
LUXATION DU COUDE en arriére,
jyouveau mode de réduction. Ce
genre de luxation est sans contredit
un des plus graves qu’on puisse ob¬
server, tant à cause des désordres ar¬
ticulaires qui l’aecomçagnent, qu’en
raison des accidents inflammatoires
qu’ii peut déterminer et des diflictil-
tés de la réduction.—Aussi doit-on
savoir gré à M. le docteur Duparc-
(pie d’avoir fait connaître le procédé
sinqile et très-rationnel qui lui a si
bien réussi pour la première fois en
1813. Ce procédé, pour être bien
compris, exige que nous entrions,
avec Fauteur, dans quelques détails
anatomi(|ues.
Dans cette luxation , l’extrémité
( 389 )
culiilale de l'iiuménis se place au-
devant des us de l’avant-bras, au-
dessons de l’apopliyse coronoïde dont
le sommet s’enfonce alors dans la
cavilé olécrSiiienno, et du rebord de
la cavité articulaire du radius piacce
derrière le condjle externe do l’hu¬
mérus. 11 résulte de cette situation
relative des extrémités articulaires,
un véritable arc-lioutement des os
entre eux, qui est énergiquement
maintenu par les muscles biceps et
brachial antérieur. Cet arc-boute¬
ment doit augmenter en raison des
efforts de.'réduction dans les trac¬
tions parallèles aux os que l’on fait
pour le procédé ordinaire. Dans ce¬
lui employé par M. Duparcque, le
chirurgien a jirincipalement en vue
de détinire respè.ce do croisement
qui a lieu entre les os, en dirigeant
les efforts extensifs et contre-exten¬
sifs dans la direction la plus favora¬
ble à ce résultat, qu’il faut nécessai¬
rement obtenir avant de songer à la
coaptation.
Quatre personnes [leuvent suffire
pour opérer la réduction : une pour
la contre-extension fixe le corps et la
partie sufah'ieure de l’inimérus; une
autre saisit fortement la mainetl’ex-
tréraité inférieure de l’avant-bras, de
manière à le maintenir solidement.
Le chirurgien embrasse la partie su¬
périeure (le l’avant-bras, le plus près
possible de la luxation, dans l’anse
d’une longue serviette pliée en cra¬
vate, dont il confie les chefs réunis
à un troisième aide qui devra tirer
fortement et graduellement sur ce
lien. L’avant-bras, dans le premier
temps de l’opération, représente ainsi
un levier (lu troisième genre, le
point d’appui étant à son extrémité
car[)iennc, la résistance à son extré¬
mité humérale, et la puissance sur le
corps même de l’avant-bras très-près
de la résistance; circonstance favo¬
rable à la puissance dans ce genre de
levier. A mesure que les tractions
exercées sur la serviette font descen¬
dre l’olécrâne, et dégagent de la ca¬
vité olécrânienne l’apophyse coro¬
noïde, l’aide qui lient la main et
l’avant-bras porte celui-ci dans la
flexion. L’avant-bras alors représente
un levier du premier genre, le point
d’action du la scrvicttedcvenanlalors
le centre du mouvement de bascule
qui lui est imprimé; l’humérus se
trouve ainsi bientôt ramené au ni¬
veau de l’apophyse coronoïde et du
relKird articulaire du radius; aussi
suffit-il d’une pression modérée, que
le chirurgien exerce d’une part avec
ses doigts, réunis, sur la saillie de
l’humérus en avant, et d’autre part
en arrière avec scs deux iiouces croi¬
sés sur l’olécrâne, de manière à di¬
riger CCS parties l’une vers l’autre,
pour obtenir la réduction du premier
est facile de voir que dans ce
procède la situation de l’avant-bras
d’abord fixé, puis porté dans la
flexion, a pour effet non-seulement
de ne point ajouter à l’état de ten¬
sion déjà outrée dans lequel se trou¬
vent les muscles biceps et brachial
antérieur, principal obstacle au pro¬
cédé ordinaire de réduction, mais
même de faire cesser cet état (le ten¬
sion.
Le procédé de M. Duparcque va
au-devant des difficultés ; ligne de
direction des leviers osseux, résis¬
tances musculaires, économie de
forces, coordonation géométrique des
puissances, tout cstconçu et appliqué
avec une rigueur physiologitiuc qui
ne saurait laisser le moindre doute
sur l’excellence de ce mode opéra¬
toire, que le succès d’ailleurs est venu
consacrer. {Revue médicale, septem¬
bre 18i2.)
MÉDECINEETCHIBDBGI£. Elles
doivent être nettement séparées. A
l’épotiue où nous sommes, fart médi¬
cal et l’art chirurgical doi vent marcher
do front. Un métiecin peut n’ôtre pas
ciiirurgien, mais celui qui fait la chi¬
rurgie, (pii opère, ne saurait se passer
des lumières médicales , sous peine
d’être un fléau pour les malades qui
tombent sous son bistouri. Nous
ne saurions donc comprendre l’es¬
pèce de manifeste que public l’un des
chirurgiens lesplusinventifs, les plus
ingénieux de ce temps, M. Mayorde
Lausanne, manisfestequ’il devait lire
au congrès médical de Strasbourg, et
dans lc()uel il veut tracer nettement
les différences qui existent entre la
médecine et la chirurgie, et montrer
l’importance de maintenir ces diffé¬
rences. Nous avons lu les pages de
M. Mayor : il y a de l’originalité, de
l’esprit, comme dans tout ce qui sort
de sa plume; mais assurément il y
a anachronisme dans ses vœux ; car,
3 noi qu’il en dise, ces deux branches
e l’art médical sont soeurs et reste¬
ront sœurs. Il existe, nous le savons,
quelques chirurgiens qui ne voient
malheureusement dans leur profes¬
sion, commele chirurgien dcLausan-
ne, que le manuel, que la mécanirpie ;
( 390 )
inaisM. Mayorest lu peniier, (ine nous
sachions, qui veuille tirer vanité de
ees principes, et tiui prétende les éta¬
blir en règles. L’analyse de quelques
passages du mémoire fera connaître
à nos lecteurs l’esprit dans lequel il
... Pour reconnaîlre l’immense in¬
tervalle ([ui e.visle entre la médecine
et la chirurgie, il sullit de rajtprocher
les faits incontestables suivants : on
peut Être un habile médecin tpioique
manchot, impotent et maladroit de
ses deu.x mains; et il est possible de
pratiquer toutes les opérations, même
les plus délicates, avec un ordre et
une précision admirables, et ignorer
cependant que la manne purge et
3 ue la saignée est le plus puissant
es antiphlogistiques. On voit encore
dos chirurgiens du premier ordre,
auxquels on n’oserait pas conlior le
Iraitement du cas le moins compli-
3 ué de médecine interne; et des mé-
ecins d’un mérite transcendant, qui
seraient incapables d’ouvrir un abcès
oumêmedefaireunesimplesaignée...
Un seul fait bien analysé sullit au
chirurgien pour asseoir son juge¬
ment; il en faut un très-grand nom¬
bre au médecin pour le mettre
tant seulement sur la bonne voie...
Un fait unique, quel qu'il soit, peut
et doit eclairer sur-le-champ cl de
la même manière tout le inonde
chirurgical; au lieu que les faits mé¬
dicaux les mieux observés et les plus
nombreux n’ont qu’une valeur indi¬
viduelle qui varie suivant les circon¬
stances pm’ticulières des malades, sui¬
vant les lieux qu’ils habitent, non
moins que d’après celle foule d’ob¬
jets divers qui les environnent et les
influencent....
La chirurgierepose invariablement
sur (juatre colonnes : l’analomie, la
physiologie, la pathologie et la mé¬
canique. Ck;s quatre éléments domi¬
nent toutes les opérations chirurgi¬
cales. Quand le chirurgien agit, qu’il
fait une opération, cet acte consiste
tont entier dans l’application judi¬
cieuse des lois de la mécanique ou
de la dynamique aux exigences des
trois premiers facteurs. Tout est là
et rien que là, quelles que soient
d'ailleurs la nature délicate ou gros¬
sière et l’importance plus ou moins
considérable d’un procédé opératoire
quelconque. Aussi relrouve-l-on tout
cela et rien que cela dans la simple
saignée comme dans l’ingénieux eta¬
blissement d’une pupille artilicielle,
dans l’audaeieuse gastro-hystéroto¬
mie... Le chirurgien n’est qu'un sim¬
ple opérateur..., qu’un mécanicien...
Ainsi, touteequi, en faitdethérapeuti-
que, réclame un moyen, un agent, ou
un procédé du ressort de la mécanique
dans sa plus large acception, relève
du domaine chinirgical ; et tout ce
c|ui est en dehors de ces mêmes
moyens, agents ou procédés, appar¬
tient de droit à la médecine. Cette dis¬
tinction est tellement tranchée et si
facile à saisir, qu’il ne pourra jamais
exister ou survenir la moindre con¬
fusion, la plus légère collision au sujet
de la compétence de ces deux ordres
de nos connaissances.
K On ne dira plus de la médecine
et de la chirurgie qu’elles .sont sœurs,
car elles ont une origine,|uneallure,
des besoins et des moyens tout à fait
distincts. On se souviendiaqne l’une
consiste ù modifier empiriquement
la dynamique vitale des coi-ps mala¬
des, tandis que l’autre a pour objet
d’applniuer à ces mêmes corps la dy¬
namique empruntée d’une science
exacte, de la mécanique. On voudra
donc faire la part qui revient de
droit à l’une et à l’autre, par suite de
la juste délimitation des deux bran¬
ches. On se convaincra toujours plus,
par là, que la seule chose qu’elles
aient de commun entre elles, le but,
c’est-à-dire le traitement des mala¬
dies de l’homme, n’implique pas né¬
cessairement une manière identique
d’envisager leurs voies et moyens,
ainsi que leur source, leur applica¬
tion, leur portée. On aimera, par con¬
séquent, que les devoirs et les droits
de chacune d’elles soient si bien
tracés, qu’elles ne puissent plus em¬
piéter sur leur domaine respectif sans
forfailureàleurmission... Non! mille
fois non! la distance qui sépare les
deux ordres de nos connaissances est
si immense, qu’elle ne permet de
rapprochement en aucun sens. En¬
core une fois, il n’y a point de rap¬
ports entre ces deux sciences; il ne
sauraityavoirdefroiitièresentreelles;
il n’exisle même aucun passage de
l’une à l’autre, tant la barrière qui
existe entreelles estinfranchissable...
Et lorsmêmequ’ils’agiraildc cas évi¬
demment mixtes, où des deux côtés
on doit s’empresser d’intervenir et
de se porter do mutuels secours,
ceux-ci seront toujours aussi dis¬
tincts et tranchés que l’est, dans une
armée, le service d’un parcd’artillerie
et celui d’une ambulance. »— Est-ce
catégorique cela? {Jotirn., riescon-
naiss. mid.-chir., octobre 1812.)
MOIiIiUSCUM non contagieux du
scrotum. liiiUcinan a duiinù le nom
de mollust'um à uneaffeclioii tuber¬
culeuse de la i)eau, assez rare et dont
rhisloire est fort obscure. Il en a
distingué deux espèces: le molluscuin
conlagieux et le molluscuin non con¬
tagieux. L’un et l’autre sont carac-
tiirisés jinr des tubercules durs, indo¬
lents, dedifléreiils volumes, ctueliiue-
fois pédicules, se développant très-
lentemeiu sur diH'éreiUes inirties du
coriis. Lecaraclére (|ui dillérenciele
iiiolluscum contagieux de l’autre,
c’est que les tubercules sont transpa¬
rents et laissent écouler par leur
sommet un liquide blanc. Uatlenian
lui-inôiite ii’a observé que deux cas
de cette dernière espèce) ils avaient
été transmis d’un sujet à i’auti'e par
contagion. C’est à la classe du niol-
luscum non contagieux qu’appartient
le cas observé par M. le docteur
Renault, cliirurgien du paquebot de
l’Etat, le HJinos, sur un malade âgé
de quarante-sept ans, employé dans
les soutes à cliarboii. Nous en dirons
un mot, à cause de la rareté de celte
affectioii. Que l’on se ligure une
grappe de raisin à grains inégaux, ou
(ilutôt une de ces agglomérations
d’ceufs plus ou moins dévelopiiés
riu’on voit â l’ouverture d’une fe¬
melle d’oiseau, et on aura l’idée de
l’aspect fourni par trente-deux tu¬
meurs tuberculeuses situées à la
partie autérieure du scrotum du>u-
jet, et qui constituaient chez lui
l’affection nommée mollu.scora. Ces
tumeurs sphéroïdes, sessilesouun
peu étranglées à leur base, dures,
lisses, sècTies, étaient d’une couleur
blancliâtre qui se fondait avec celle
de la peau située entre elles ; elles
étaient mobiles, insensibles; leur
volume variait depuis celui d’une
vesce, d’une noisette, jus(|u’à celui
d’une petite noix; à la loupe même
on ne voyait ni [loils ni orilice de
follicule. Dès l’âge de quatorze à
quinze ans, il avait vu survenir deux
ou trois petites tumeurs, mû depuis
avaient augmenté de nomWe et de
volume. Une de ces tumeurs ayant
été piquée avec une lancette, il n’y
eut point de douleur, ni sang, ni au¬
cun liquide expulsé, mais par une
très-forte pression du tubercule, il
s’en échappa un petit ület de matière
athéromateuse, très-dense. Le pro¬
nostic du molluscuin non contagieux
n’est pas grave ; on vit avec cela sans
grands inconvénients ; aussi, le ma¬
lade, auquel la difformité du sciolum
était tout à fait indifférente, n’a subi
aucun traitement. Comme M. Re¬
nault, nous n’enregistrerons cette
observation qu’à cau.se de la rareté
des cas analogues. [ Reo. mid., seii-
tembre 1812. )
MONESIA (Du), contre les flux
du canal intestinal. Le monesia,
.nos lecteurs le savent, est un nou¬
veau médicament tonique, astriiiT-
gent. C’est l’écorce d’un arbre du
Brésil, Importée il y a peu d’années
en France, et répandue par les soins
de M. Bernard-Derosne, pharmacien
à Paris. Nous ne reviendrons pas
Stic ce qui a été dit dans divers arti¬
cles de ce Recueil. Voyez entre au¬
tres, page 199, t. XVI.
M. Adrien, médecin à Crécy
( Seine-ct-Marne ), s’applaudit beau¬
coup de ce médicament. Dans les
diarrhées prenant les caractères de
la cholérine, affections très-fré¬
quentes pendant l’été, aux envi¬
rons de Meaux, chez les enfants
du premier âge, chez les mêmes pe¬
tits malades dans les dérangements
de corps occasionnés par une denti¬
tion difficile, dans la dyssenterie,
dans l’entérite même, notre confrère
a essaye comparativement le ratan-
hia, le cachou, l’extrait d’opium
uni à l’acétate de plomb cristallisé,
l’albumine; aucun de ces moyens
n’agit, à beaucoup près, avec la
même certitude ni la même célérité
que le monésia. Il trouve dans ce
remède les trois conditions si dési¬
rables dans une méthode curative :
le tutà, citô etjucundé. Pendant les
mois de septembre et d’octobre de
l’année dernière, il a traité une
soixantaine de malades adultes et
enfants surtout, atteints de cholérine
épidémique sérieuse, par cet unique
moyen, et il n’en a perdu que deux.
La même affection s’est développée
au mois d’août de cette année 18t2,
et il a eu un succès encore plus
grand, car il n’a perdu aucun sujet.
Son traitement consiste dans l’eau de
riz froide en boisson et en lavements
avec addition quelquefois d’un peu
d’amidon cru; puis dans l’extrait de
monesia, qu’il donne mis en poudre,
en sirop et en pilules. Celle dernière
forme est préférable pour les adul¬
tes. La dose est de 20 à 40 centi¬
grammes malin et soir pour un
adulte; de 10 à 35 centigrammes pour
les enfants. La dose du sirop est de
quatre à cini) cuillerées à café dans
les vingt-quatre heures. Chez tous
( 892 )
Fos malades de différents âges et de
différents sexes, atteints de cholé¬
rine, dont il rapporte l’observation,
l'administration du monésia a été
suivie d’un soulagement immédiat,
et, terme moyen, la disparition des
accidents a été complète dans les
quarante-huit heures. M. Adrien
cite des exemples où le monésia lui
a été utile dans ces dévoiements pro¬
longés qui suivent la dentition et qui
affaiblissent les enfants, comme aussi
dans la dyssenterie et dans l’entérite
chronique cher, les adultes. Il s’est
servi aussi avec avantage, soit de
l’extrait de monésia en poudre
porté sur les ulcérations, soit d’un
gargarisme avec une certaine quan¬
tité de teinture alcoolique de mom'-
sia dans la stomatite mcrcurieile
avec saiivation et ulcération des
joues et de la langue. [Journal des
Connaiss. méiiie-chirurg., octo¬
bre 18 H.)
(El'L[Corps étranger volumineux,
qui a séjourné pendant trois ans
dans l’intérieur de L’ophthal-
niologie. déjà si riche de faiLs inté¬
ressants, n’en rejiferme peut-être (tas
un seul analugiie à celui que nous
livrons â l’appréciation de nos lec¬
teurs. — M. Beg..., chef d'atelier au
chemin de fer de Ver.saillos, aidait à
enfoncer un coin eu acier sur lequel
on frappait avec un long marteau de
fer, (|nand tout 6 coup il ressentit un
choc violent dans l’uni, bientôt suivi
d’un écoulement aqueux.
Le lendemain , la douleur persis¬
tant et la vue ne s’étant pas rétablie,
il consulta le docteur Sichel, qui,
après avoir constaté une perforation
de la cornée, dit au blessé qu’il ne
fallait plus compter sur le retour de
la vue, et lui prescrivit un traitement
antiphlogistiiiue sévère pour préve¬
nir les accidents inllammatoircs qui,
en effet, furent très-modérés. Six se¬
maines après, environ, la cornée se
cicatrisa, et la faculté (lue conservait
M. Ilcg... de distinguer le jour de la
nuit se perdit complètement au bout
de dix-huit mois.
Pendant deux ans aucun accident
ne s’était manifo.sté, lorsipie tout à
coup des douleurs atroces se deve-
lopimrent dans l’onl et lu côté corres¬
pondant de la tète : quatre jours s’iV-
laient écoulés que déjà ces douleurs,
inutilement comiialtues |iar les sang¬
sues et les narcotiques, se dissipè¬
rent spontanément. A la lin de fé¬
vrier t8t2, trois ans et demi après
l’accident, de nouvelles douleurs
oculaires conduisirent M. Beg... chez
le docteur Castelnau, qui constata
une injection de la conjonctive et
une saillie conoïde de la cornée par¬
faitement opaque. L’œil était affaissé
comme s’il eût perdu une partie de
ses humeurs. Le malade ne pouvait
se coucher sur le côté droit, depuis
quelque temps, sans éprouver des
douleurs plus vives.
Nouveau traitement par les narco¬
tiques et les réfrigérants, sans plus
de succès que le premier. Augmen¬
tation de la rougeur et de la douleur;
et, après quelques jours, on put voir
au sommet de la saillie de la cornée
un petit angle solide de consistance
et d’aspect métallique. L’extraction
de ce corps, proposée au malade, ne
fut accepti-e qu’un peu plus lard. —
Alors l’angle du corps étranger sou¬
levait la paupière su[)érieure et fai¬
sait saillie d’une ligne sur la cornée,
où il était enchâssé. Une incision
d’une ligne de longnenr fut prati¬
quée de chaque côte du corps étran¬
ger dans le but de détruire les adhé¬
rences intimes avec les tissus envi-
ronnanls. La dissection avec un bis¬
touri à lame étroite permit d’arriver
jusqu’à la partie postérieure de ce
corps, qu’on ne pouvait tirer en a-
vant sans produire d’Itorribles dou¬
leurs. L’opérateur fut obligé de cou¬
per les adhérences postérieures avec
îles ciseaux courbes et pointus; et il
fut alors facile d’extraire le corps
étranger, qui était un fragment de fer
ayant la forme d’un prisme triangu¬
laire : sa longueur était de 13 milli¬
mètres; sa largeur de f> millimètres,
et son poids de 75 centigrammes;scs
arêtes et scs angles sont tous très-
tranchants. — Iæs douleurs ocu¬
laires diminuèrent une heure après
l’opération, et le travail de cicatrisa¬
tion ne tarda pas à combler l’exca¬
vation qu’occupait le corps étranger.
— Aujourd’hui l’œil est affaissé, la
cornée est d’un gris opaque, la sclé¬
rotique a conservé sa couleur natu¬
relle. ( Archives gén. de Méd., oc¬
tobre 1812.)
PAPIER pour détruire les mou¬
ches. M. Wislin, pharmacien à Gray,
donne comme bien préférable au
cobalt arsénifère, et plus rapidedans
ses effets, le papier suivant pour dé¬
truire les mouches. — Prenez : ar-
séniate de (lotasse ou de sonde 1 par¬
tie; .sucre blanc 2 parties; eau 20 pr-
lies. Faites dissomire, et plongez dans
celle dissolution des feuilles do pa-
|)iei’ un peu fort, collé, puis suspen-
doz-les pour les' faire sécher. On
place un morceau de ce papier dans
le fond d’une assielle où on l’humecle
avec queiques goullcs d’eau ; on en-
trelient celle humidité à proportion
que l’eau s’évapore. Ce moyen a un
inconvénient, c’est que dans le court
intervalle des inpstions à la mort,
les mouches ont d’abondantes déjec¬
tions qui salissent les points où elles
se placent. {Journal de chim. méd.,
septembre 1812. )
PNEUMONIES CATARRHALES
épidémiques {Recherches sur les).
Nous devons nous applaudir de voir
la médecine faire chaque jour quel¬
ques pas dans une voie plus large et
plus féconde. Une preuve matérielle
de ce retour vers de plus sages prin¬
cipes, c’est l’insertion du travail
dont nous allons nous eil'orcer depré-
senler l’esprit dans un journal voué
depuis longtemps îi la défense des
dogmes de l’école anatomique et du
réc(de numérique, ces deux filles bâ¬
tardes de l’école broussaisicnne.
La médecine, en effet, ni comme
science ni comme art, ne saurait être
réduite aux mesquines proportions
que lui assignent nos modernes fai-
seursdeiciencoej-acfe.quii's’arrfitant
à la surface, mesurent, pé.sent, cliif-
frent quelques faits de détails, et avec
c|ucl(pies douzaines de malades et
deux ou trois règles d’arithmétique,
veulent chaque six mois refaire la
science et mettre leurs prétendues
lois à la place des vérités quelque¬
fois les mieux démontrées par le
temps et par l’expérience.
Nous nous sommes assez démenés
depuis trente ans dans des sentiers
sansîssue. Nous avons espéré trouver
la base de notre art dans les lésions
d’organes; nous les avons interrogés
tous; nous avons étudié avec soin
tous les symptômes qui pouvaient
nous faire apprécier pendant la vie
ces lésions. Nous les avons poursui¬
vies après la mort et nous avons ou¬
vert force cadavres. De ces études
nous avons recueilli une grande pré¬
cision dans le diagnostic des altéra¬
tions organiques ; nous sommes plus
forts assurément à cet égard que nos
pères. Mais guérissons-nous mieux,
plus sûrement, plus promptement?
Non, certainement non. Nous som¬
mes au contraire plus hésitants, plus
timides dans l’emploi des moyens
lieroKiues. Pourquoi,cela? Parce que
notre esprit est trop préoccupé de
cette maudite altération locale (pie
nous tenons là sous notre stéthoscope,
sous notre doigt, elque parsuite nous
ne voyons d’autre traitement con¬
venable que celui qui s’adresse àcette
Il faut pourtant aujourd’hui, si nous
voulons être vraiment médecins, par¬
tir d’une observation plus générale
et plus large. Pour mettre clans tout
sou jour ce fait d’une liante impor¬
tance pratique, savoir, que souvent
dans la détermination du traitement
à applicjuer l’affection générale doit
être prise en plus grande considéra¬
tion que l’affection locale, il n’y a
qu’à étudier ce qui se passe pendant
le régne de ces étals pathologiques
généraux qui se développent sous
rinfloence de diverses constitutions
épidémiques.
Il n’est pas de maladie qui puisse
élrerépulée plus francliemenliiifiam-
matoireque la pneumonie, etiiui gé¬
néralement aussi s’accommode mieux
dcssaigneescehbien, sous l’inlluence
d’une constitution épidémique parti¬
culière, il peut arriver qu’il faille,
pour la guérir, être très-réservé sur
ce moyen, et recourir aux vomitifs
seuls ou associés aux purgalifh, aux
révulsifs cutanés, etc. Cela dépend de
la nature de l’alfection générale, la¬
quelle a sa source dans les influences
atmosphériques, line faut pas croire
que ce ne soient là seulementque des
mots; ce sont des vérités, vérités
bien établies par Sydenham, Boer-
haave, Huxham, Pringle, Stoll, etc.
Nous félicitons M. Lasserre, inter¬
ne des hôpitaux, de s’ôtre appliqué,
après avoir étudié ces grands maîtres,
à nous tracer l’histoire de la consti¬
tution météorologique et médicale
qui a régné dans les cinq premiers,
mois de ISW, et sous l’influence de
laquelle sesont développées les pneu¬
monies catarrhales épidémiques qu’il
a observées à la Pitié, dans les salles
de M. le professeur Piorry. On doit
recommander cet ordre d’études à
tous les médecins; et ce qu’il faut
ajouter, c’est que l’exemple leur en
est donné par un membre de la So¬
ciété anatomique.
Les épidémies catarrhales ont fré¬
quemment sévi sur les populations,
sous l’influence de conditions atmo¬
sphériques particulières, jicndanl l’hi¬
ver et an coinmencemcnt du prin¬
temps, époque où le temps est bni-
meux , pluvieux, froid et humide,
où il existe des variations brusques
f 394 )
el surtout frumieulus de lu leinpé-
raliire, où régnent les vents du nord
et du nord-est; les 1110101)1111103 iiiu-
quenses et surtout celles des voies
ros|nraloires se prcnnniit. Ces affec¬
tions, par rinteusité de la cause gé¬
nérale qui les produit, constituent
(luelquelbis des lièvres catarrhales
Opideiniqties ([ui frappent un grand
noiulircde personnes en même temps.
Ce n’est ;pas d'atijourd’liui qu’on a
vu des pneiiiiionies venir s'enter sur
ces affections catarrhales épidémi¬
ques des bronches; les grands méde¬
cins (|ue nous avons nommés ont
tracé l’histoire do constitutions épi-
Le conmieiicement de l’année 1840
a présenté tontes les conditions mé¬
téorologiques propres au développe¬
ment (lus affections catarrhales. La
lin de février el le mois de mars tout
entier ont été très-froids et très-hu¬
mides. I.a leinpéralnre a été très-va¬
riable, et les variations ont été tou¬
jours brusipies. Le Iherniomèlre, le
plus souvent au-dessous de zéro, a
varié iilusieurs fois dans la même
Journée, et est monté do ce point à
douze degrés. Les vents ont constam¬
ment souillé du nord ou du nord-est.
C’est sous l’iiilluence'dc cellecon-
slilulion météorologique ([ue s’est
nioiilrée à l’hépilal de la Pitié l’in-
ilaiiitnation catarrhale des poumons
qui fait l’objet du long mémoire de
M. Lasserre; celte affection a sévi
sur3I malades dessalles deSl. Piorry,
ellea été primilivedauscinq cas ut con¬
sécutive, c’est-à-dire qu’elle s’est dé-
veloppéeau milieu d’uncatarrhepul-
monaire préexistant, chez 26 autres
malades, dont 19 ont présenté l’état
aigu de la broncho-imeumonie, et
17 la forme lente. C’est celte forme
lente que la maladie a affectée le plus
fréquemment.
Les sujets qui étaient atteints d’une
inOammaliun catarrhale soit aiguë,
soit clmmhiue des bronches, avaient
peu à peu, et prcstpie toujours sans
frisson, vu survenir un malaise gé¬
néral avec un h'-ger mouvement fé¬
brile ; la toux devenait plus forte, et
plus fréquente, l’expectoration était
|)lus abondante et tendait à devenir
visqtieuse; la respiration était un peu
plus gênée. Si l’on auscultait alors,
on trouvait les riles ronflants plus
nninbrciix et plus fins, sur un point
particulier de la poitrine, qui était
pre.sque toujours en arrière. On pou¬
vait prévoir dès lors le développe¬
ment de la pneumonie catarrhale.
et si l’on ne s’oiiposaitàsa marche, en
(luehpies heures la percussion el l’aus-
cnltalion ne laissaient plus aucun
doiitesursonélablisseincnl; il y avait
de. la matité, et le râle crépitant ve¬
nait se mêler au râle ronflant et an
souille.
Antérieurement el consécutive¬
ment à l’invasion de cette inflamma¬
tion catarrhale luilmonaire. (piels
antres phénomènes particuliers pré¬
sentaient les sujets’' Une réaction fé¬
brile lieaucoup moins prononcée que
dans la pneumonie légitime, car,
chez onze malades lepoulss’est main¬
tenu au-dessous de 100 pulsations
iwr minute, peu decbaleurà la peau,
une soif modérée, peu ou point do
céphalalgie, dune tendance à la pro¬
stration des forces.
Mais on notait des caractères très-
tranchés du côté des voies digestives,
chez les sujets atteints primitivement
ou consécutivement, ayant la forme
aiguë ou la forme lente de l’affection:
la |)lupart tirésentaient un enduit
aune de la langue, do ramortume à
a bouche, de la constiiiation. Dans
quelques cas, il s’y joignait iiiio co¬
loration jaune des conjonctives et de
la face, et même, quoique plus
rarement, dus vomissements bilieux.
11 est évident, d’après cet ensemble
do symptômes, qu’on n’avait point af¬
faire à une pneumonie inflammatoire,
ordinaire, et que MM. Piorry et Las¬
serre ont sagement vu en compa¬
rant celte é(>idéniie à la fièvre pneii-
nionitiiic bâtarde (peripneiimonia no-
tha) deSydenham, et à l’épidémie ca¬
tarrhale de 1776, décrite par Stoll. A
l’exemple de ces deux grands méde¬
cins, ils ont été très-réservés sur les
émissions sanguines, et se sont très-
bien trouvés des éinéto-cathartiques
et du vésicatoire.
Dès que l’on reconnaissait que l’in¬
flammation se propageait des bron¬
ches aux vésicules pulmonaires, une
saignée générale était avantageuse;
mais il ne fallait pas insister plus
tard sur ce moyeu. S’il y avait une
douleur de côté, ce qui était fréquent
dans la maladie, qu’il y eût ou non
complication de pleurésie, on appli¬
quait des sangsues et préférablement
des ventouses, puis iimnédialemeht
chez tous les malades de larges vési¬
catoires volants sur la poitrine, qu’on
renoâivelait au besoin, sans attendre
ineineiine la cicatrisation du premier
fût complète : ce moyen a eu d’excel¬
lents effets, et l’un a vu la pneumonie
au début être arrêtée par lui.
{ 395 )
Mais c’csi. l’cinoliquo qui a tloininù
la llu'rai)eiili(|uc de la piieimioiiie ca-
larrhale;i)ourpeii(iirai)rèslos moyens
[irécédenls on coulinnîil à enlondre
sur plusieurs pomls de la poitrine
des raies suspects, on n’iiésilait pas
à le mettre en usage. Tous les ma¬
lades, à l’exception il’iiii seul, y ont
été soumis. Dans un julep gom¬
meux de 125 grammes on faisait
dissoudre de 30 à iO centigrammes
(letarlrestibié,etou l’administrait par
cuillerées a bouebe de demi-heure en
demi-beure; dans chaque intervalle
on faisait prendre deux on trois petites
tasses de tisane pectorale. Ciiez tous
les trente malades il y a eu par ce
remude des vomissenienls toujours
bilieux, et des sellesnombreu.ses com¬
posées en grande partie par de la
bile. La durée de la maladie a été
d’autant plus longtie que le tartre
stibié a été administré plus lard. Dans
tous les caslieureux, le deuxième, le
troisième et rarement le tpiatrièine
jour de son emploi, le râle crépitant
de retour commençait à se faire en¬
tendre.
D’après lesobservations dcM. Las¬
serre, la broncho-pneumonie épidé¬
mique occupe presque constamment
la partie postérieure des poumons.
C’est au décnbiins dorsal longtemps
prolongé, qu’il atlrilnie cette circon¬
stance : de là, le conseil qu’il donne
de faire souvent changer rie position
au malade. Sydenham avait aussi
fait jouer un rôle au décubitus dorsal
dans la pneumonie bâtarde.
Sur. les 31 maldes atteints de pneu¬
monie catarrhale, M. Piorry n’en a
perdu que deux. La durée du trai¬
tement, depuis l’entrée jusqu’à la
convalescence, aétélo fois de fljours,
9 fois de 5 jours, i fois de 8 jours.
Le reste des malades ont été guéris
en moins de temps. Le temps do la
convalescence a beaucoup varié. En
général, les malades chez lestpiels
ou a mis en usage les saignées, ont,
(luoique robustes, été plus longs
à se remettre, surtout lorsque les
saignées avaient été pratiquées à une
epoque assez avancée de la maladie.
Chez les individus qui avaient pris
pendant plusieurs jours de suite du
tartre stiltié, la prostration paraissait
extrême au moment de la convales¬
cence, et malgré cela les forces sont
toujours revenuespromplement.(.ryr-
cfiives de méd., octobre 18i2.)
PROSTATE {Desplaies de la). Les
pathologistes, tout on se préoccupant
beaucoup des tumeurs et des eugor-
gements de la prostate, n’ont guère
envisagé les plaies de cette glande
([u’au point de vue do la lithotomie et
comme résultat de celte opération ;
aussi fant-il savoir gré à M. Velpeau
de ses recherches sur ce point inté¬
ressant de pathologie, trop négligé
Les plaies de la prostate ne sont
pas rares : produites soit de dehors en
dedans, soit de dedans en dehors,
elles sont déterminées par l’action
d’iin instrument tranchant, conton¬
dant ou piquant. Parmi celles qui ont
lieu de la peau vers les parties pro¬
fondes, M. Velpeau cite l’exemple
d’un vigneron qui, à la suite d’une
chute d’un arbre sur la pointe d’un
écbalas, présenta une plaie avec
décldrure de la prostate; et celui
d’un cordonnier qui, on s’asseyant
sur la pointe de son tranchet, se lit
une plaie du même genre. Ajoutons
que la chirurgie militaire nous mon¬
tre la prostate bien souvent divisée,
soit par des instruments tranchants,
soit par des projectiles qui arrivent
jusqu’à cette glande après avoir tra¬
versé le bassin et le rectum.
On conçoit (|u’elle puisse encore
être lésée par des corps étrangers
lirovcnant du rectum, tels qu’épin¬
gles, noyaux, fragments d’os, etc. Re¬
connaissons toutefois que la taille pé¬
rinéale protluitleplus grand nombre
des plaies de col organe, et ajoulons-
y l’opération dite de la boutonnière
pratiquée dans le but d’extraire des
corps étrangers engagés dans la por¬
tion de l’urètre très-rapprorhée do la
vessie. Quant aux idaies de la pros¬
tate qui ont lieu de dedans en dehors,
elles reconnaissent pour cause les di¬
verses opérations que l’on pratique à
l’intérieur de l’urètre ; ainsi l’appli¬
cation des caustiques dans sa portion
la pins reculée, les scarilicalions, les
mouchetures, la section de certaines
brides, l’excision de végétations;
toutes 'ces actions chirurgicales peu¬
vent intéresser la prostate; mais
avant tout on doit signaler le cathé¬
térisme, ])our les fausses roules qu’il
cause dans son épaisseur.
Le diagnostic des plaies de la pros¬
tate est en général facile, quelle que
soit d’ailleurs la cause vulnérante. En
effet, si la blessure porte sur l’urètre
seulement, l’urine ne sort par la plaie
qu’au moment de son expulsion vo¬
lontaire, tandis que si la prostate est
( 396 )
thvisce, 1 mine suintera par la plaie
dès les premières contractions de la
vessie, et continuera à s’en échapper
après (|n’il n’en sortira plus par le
méat. Enlin, si la plaie de la prostate
remonle très-loin dans sonépaisseur,
il y aura incontinence des urines.
Il s’en faut que le diagnostic des
plaies de la prostate par cause in¬
terne soit aussi facile; les praticiens
savent tous ce qu’il y a de dilBcullé,
dans certains cas, à reconnaître d’une
manière bien positive les fausses
roules, résultat des décliirures de
celte glande par les cathélers. On peut
dire cèpendanl que si le bec d’une
sonde est engagé dans une fausse
route, on s’en assure à l’impossibilité
l’évoluer en aucun sens, lixé qu’il est
dans un canal artiliciel qui l’embrasse
exactement et sur tous les points. Si
on ajoute à celle considération l’é¬
coulement d’une quantité de sang
plus ou moins considérable au mo¬
ment où l’on retire la sonde, l’exis-
lencé de la fausse roule sera diflici-
lementalorsuu objetde doute. EnOn,
on en aura la certitude si la sonde
se trouve ainsi engagée à plus de
quatorze centimètres du méat uri¬
naire, et si avec le doigt porté dans
le rectum on constate que l’instru¬
ment n’est séparé de l’intestin que
par une faible épaisseur de tissu.
Les plaies de la prostate n’ont pas tou¬
tes le même degré de gravité; encore
les accidents auxquels elles exposent
dépendent-ils bien moins de la lésion
même de la glande dont la sensibi¬
lité, le gonflement, la suppuration et la
dégénérescence ont une médiocre in¬
fluence surl ensemble de l’économie,
que de l’infiltration urincuseetde ses
suites presque toujours funestes. —
Sous ce dernier point de ïuc,M. Vel¬
peau distingue les plaies de la pros¬
tate en celles qui s’ouvrent dans le bas¬
sin ou au périnée, etcellesquinecom-
inuniquent qu’avec l'intérieur de la
vessie ou de l’urètre, ou bien encore
qui s’ouvrent dans rurcti-eet du côté
du périnée.— Les premières seules
cxposcutauxinflammationsurineuscs
de tout le tissu cellulaire pelvien;
les secondes déterminent seulement
les listules urinaires. Or, qui ne sait
que sous le rapport de la gravité il
n’existe aucune parité entre ces deux
faits morbides? Ajoutons qu’une des
complications fâcheuses de ces solu¬
tions de continuité est la lésion des
vésicules séminales ou des canaux éja-
culatcurs.
Quant aux fausses routes, surtout
.‘i elles sont iuromplèles, il semble à
M. Velpeau qu’on s’en est beaucoup
exagère l’iraporlance; et lors même
qu’elless’ouvrcnt dans la vessie, elles
ne sont pas encore aussi graves qu’on
le pense. « La densité du lissu pros¬
tatique, son insensibilité, son im¬
perméabilité naturelle donnent aux
canaux qui la traversent accidentel¬
lement quelques-uns des caractères
qui distinguent les canaux inertes. »
M. Velpeau esttellement convaincu
de l’innocuité de ces fausses routes,
qu’il a pensé que le cathétérisme
forcé au travers de la prostate par
l’urètre, serait peut-être préférable
dans les rétentions d’urine à la ponc¬
tion par riiypogaslre, le périnée on
le rectum. Nous laissons a M. Vel¬
peau la respon.sabilité tout entière
de cet aperçu thérapeutique, convain¬
cu quo pour le réaliser en pratique
nos lecteurs attendront qu’il repose
sur une base plus solide qu'une vue
purement théorique.
Pour ce qui est du traitement des
jilaies do la prostate, qu’elles soient
internes ou externes, la principale
indication consiste à s’opposer à l’é-
roiilement des urines par la plaie ;
c’est cet écoulement qiii empêche
la cicatrisation, et transforme en lis-
tule presque toujours incurable une
solution de continuité qui n’exige
[las d’autres moyens curatifs à l’ex¬
ception des sondes à demeure dans
la vessie, que ceux généralement
conseillés et mis en usage dans le
traitement- des plaies eu général.
{Gaz. des hôp., septembre 1812.)
SEIGLE ERGOTÉ ( Un mot Sur les
effets du). Il ne peut être question
aujourd’hui de révoquer en doute
les avantages obstétricaux du seigle
ergoté. Quelques médecins peu in¬
struits et les sages-femmes peuvent
compromettre les vertus de ce mé¬
dicament en l’administrant d’une
manière iiilempeslive, mais il est
reconnu par les praticiens sages et
éclairés qu’il n’est pas de meilleur
moyen à mettre en usime lorsque le
col de riilériis étant sumsamment di¬
laté, l’inertie de la matrice s’oppose
seule à la terminaison de l’accoiiclie-
raenl. L’utilité de ce remède est éga¬
lement bien établie dans les bémor-
rhagies utérines consécutives à l’ac¬
couchement. Nous ne nous étendrons
pasdavantagesur les indicationsel les
conlrc-indications du seigle ergoté;
ces faits sont siiBisamment connus
( 397 )
par les divers travaux puliliés dans ce
recueil.
Un seul point de l’articie que
M. Ladmiraiilt a pubiic dans le
Journal de médecine de JVanles,
doit être mentionné. Ce confrère
pense (pie le seigle ergoté peut, dans
ocriains cas, déterminer la mort de
reniant par asphyxie ou par apo¬
plexie, et voici comment. Le médi¬
cament a été administré; des con-
iraelions ont eu lieu; ia tête a fran¬
chi i’orifice utérin; arrivé à ce temps,
le travail s’arrête. Alors, dit-il, les
contractions utérines s’exercent d'une
manière permanentesur le cou de l’en¬
fant et même sur le cordon en même
temps, lorsque, ce qui arrive souvent,
le flot des eaux en aura entraîné
une anse sur les parties latérales du
cou. Celte compression plus ou moins
forte sur les veines jugulaires ou sur
le cordon omhilical, ou sur les deux à
la fois dans quelques cas, est, après
radministrallon du seigle ergoté, la
cause de l’asphyxie ou de l’apoplexie
de certains enfants. M. Ladmirauit
en a vu des exemples. Veut-il pour
cela qu’on renonce à remploi d’un
moyen aussi précieux que le seigle
ergoté? Non, sans doute; il recom¬
mande seulement, dans le cas ofi
l’enfant ne serait pas promptement
expulsé après la prise du remède,
de se hâter d’appliquer le forceps
alin de le soustraire à l’actiou in¬
cessante du seigle ergoté. Toutes les
fois, dit-il, qu’on emploie celle sub¬
stance et qu’elle ne produit |ias sou
effet accoutumé, si on diffère trop
longtemps l’application du forceps,
on a la douleur d’extraire un enfant
dans un état d’apoplexie ou d’as¬
phyxie, et le plus souvent privé de
vie. Il a vu cela arriver plusieurs
fois sans pouvoir soupçonner une
autre cause capable de produire de
si funestes effets.— C’est aux accou¬
cheurs à peser la valeur de cette opi¬
nion. {Journ. deméd. delà Loire-
Inférieure, 8 ts Uv., 1812.)
SQTIIRBBi: de la glande mam¬
maire, guéri par Viodure de potas¬
sium. « Qui raconte ce qu’il a vu a
droit d’être entendu. » C’est donc
faire acte d’équité médicale que de
rapporter tous les faits qui par un
côte qtielconque peuvent être proli-
tablesà la thérapeutique. Nos lecteurs
jugeront si le suivant n’est pas dans
ces conditions.
Madame S..., dont la santé a tou¬
jours élé bonne, cessa d’être réglée
à quarante-cinq ans; à cette, époque,
une tumeur squirrheuse, très^ure,
se développa dans la mamelle droite;
en peu de temps elle acquit le volu¬
me du poing. Le teint reste rosé, et
la malade no perd |)as de son em¬
bonpoint. Le squirrhe, dont la sur-
faceétait bosselée et recouverte d’uue
peau amincie, bleuâtre, adhérente,
poussa un prolongement en forme de
chapelet dans l’aisselle. La malade se
refusant à l’opération, le docteur
Prière, de Goldapp, prescrivit l’ap¬
plication topiqtie de riodiire de po¬
tassium sous forme de pommade, et
il donna en même temps à l’intérieur
la potion suivante :
Pr.: Ilydrolat de mélisse. 6o gram.
Elixir (l’orange composé. 15 gram'.'
A prendre par cuilleri’cs à bouche.
Au bout do six mois, le squirrhe
se trouva guéri complètement. La
malade avait employé, pendant ce
laps de temps, .tOO grammes (en¬
viron 13 onces) d’iodure de potas¬
sium. {Journ. des Connais, méd.
Septembre 1842.)
— L’iodure de potassium est loin
d’ôtre un médicament dont l’action
puisse être régularisée au gré du mé¬
decin ; il a une action pathogénique
dont les effets sont en général assez
prompts à se manifester, et ciue M. Ri-
cord,ie premier, a signalée dans l’a¬
vant-dernier nuinérodenolrejournal.
Aussi regrettons-nous de ne pas voir
mentionner dans cette observation si
remarquable par la quantité du mé¬
dicament ingéré, ses effets sur l’en-
seinbledel’économie. Serait-eequ’ils
ont été nuis? Dans cette hypothèse,
ce fait prouve à quel point de tolé¬
rance on peut arriver, quand ou a
soin de doser progressivement un
médicament même (les plus actifs. Il
démontre en outre la justesse de ce
principe fondamental de thérapeuti¬
que, que l’on ne peut jamais connaî¬
tre d’une manière exacte le sens sui¬
vant lequel l’économie sera modifiée
par une médication tant qu’elle n’au¬
ra pas été soumise à l’agent médica¬
teur et mise ainsi en demeure de réa¬
gir contre lui.
Enfin, que penser de la résolution
du squirrhe lui-mêmeavec les carac¬
tères on ne peut plus confirmatifs
que lui assigne l’observation? C’est lâ
sans doute une guérison inespérée,
et si l’observateur n’a ças pris le
change sur la nature véritable de la
tumeur, il faudraiteroire que l’iodurc
( 398 )
de potassium, à hautes doses, a des
propriétés que nous ne soupçonnions
pas. C’est à l'expérience de contrôler
ce résultat insolite par de nouxelles
recherches.
TÉTANOSTRATnaATIQUE, traité
avec succès par lesesqiii-carbonate
de fer. Il s'agit d’un homme de qua¬
rante-quatre ans, qui eut le gros
orteil écrasé par une roue de voi¬
lure. Huit jours après l’accident il
fut frappé d’eniprostholonos; il pou¬
vait à peine avaler, les mâchoires
serrées n'admettaient dans leur écar-
teincnt qu’une petite cuiller. Pouls
à 108, transpiration abontlanle, yeux
hagards, contenance anxieuse. ' Ca¬
lomel 30 cenlig., huile de castor 60
gram. Le soir pas d’amélioration,
malgré l'elTet purgatif obtenu. Ses-
qui-carbonale de fer 2 drachmes à
prendre toutesicsdeux heures. Le len¬
demain 18 avril, pas d’amendement :
on continue le fer, dont la dose est
augmentée. Le soir la respiration est
plus libre. Même traitement.
Le 19 le malade avale mieux, parle
plus distinctement et peut se tourner
flans son lit. On continue le fer à la
dose de 60 gram. en deux heures.
On administra cettequantitéjusfiu’au
vingt-septième jour, où le malade
put se lever et sortir. On la réduisit
alors |)ar degrés jusqu’au 11 mai, où
l’usage du ferfut tout à fait supprimé,
le malade étant complètement guéri.
—Si l’eflicacilé du fer contre les af¬
fections nerveuses frétpiemment ob¬
servées cher, des sujets débilités, et
surtout chez des femmes chlorotiques,
e.st un fait généralement connu; cette
ellicacité dans le tétanos nous a paru
assez remarquable pour soumettre^
nos'lecteurs cette médication nou¬
velle, qui tendrait juseju’à un certain
point à éclairer la nature de cette
terrible maladie. [Gaz. méd. de
Paris, octobre 1812).
TRANSPOSITION du cœur à
droite et du foie à gauche. A l’ou¬
verture de cadavres on a maintes
fois trouvé le cœur situé à droite
dans la poitrine et le foie dans
l’hypocondre gauche, sans qti’on ait
soupçonné cette disposition pendant
la vie du sujet. Mais la constatation
sur le vivant d’une semblable ano¬
malie est un fait rare, à tel point qu’un
fie nos plus savants médecins, M. De-
lens, (|ui en a rapporté un exemple
à la Société de médecine de Paris,
n’en connaît pas d’observation pu¬
bliée dans les annales do la science.
M. Delens soigne une dame chez
laquelle il a conslalé,ily a trenteans,
la transposition desorganesdontils’a-
git. Après s’ôtre cssoutlléoà ladanse,
cette dame, alors jeune fille, pour
maîtriser la violence des battements
de son cœur, porta la main sur le
côté droit de la poitrine. Celle posi¬
tion peu rationnelle de la main fut
l’indiçe qui dirigea l’exploration de
notre honorable confrère, qui, le
lendemain, reconnut en elfel chez elle
la transposition du cœur dans le côté
droit de la poitrine; un examen at¬
tentif lui lit i-cconnaîlre également
la présence du foie dans l’bypocondrc
gauche. Celle dame est encore (ileine
de vie, et l’on peut constater chez
elle celle anomalie. [Procès-verbaux
de la Soc. méd. de Paris, octobre
1842.) _
VARIOLE [Transmission de la)
dl'he omme aux animaux.3I.Kaycr,
dont tant de fois nous avons à men¬
tionner le nom pour des travaux im¬
portants, commence un recueil tri¬
mestriel intitulé Archives de méde¬
cine comparée. Ce recueil a pour
destination immédiate l’élude des
maladies dans la série animale, pour
but lointain l’histoire universelle de
ces maladies, pour point de vue con¬
stant la comparaison et lagénéraiité,
et la spéculation pure pour caractère
nécessaire.
M. Rayer le déclare dans sou aver¬
tissement, sa publication est une
O'uvre de science; elle n’a aucune
dcslinalion pratique, on ne peut en
attendre aucune application inmu'-
diate; et il ajoute cette réflexion
pleine île vérité, «que dans la mé¬
decine, la distinction fondamentale
entre la science et l’art n’est peut-
être lias aussi communément in¬
culquée dans les esprits qu’il im¬
porterait (lu’cllc le fût. » Quoique
notre journal ait pour but uni¬
que l’art, la pratique, nous trouve¬
rons néanmoins souvent deqiioigl.a-
ner dans le savant recueil de M.
Rayer. Ainsi, dans ce premier nu¬
méro même, nous pourrions intéres¬
ser nos lecteurs en leur parlant des
anévrysmes vermineux île l’artère
mésentérique qu’on rencontre chez
le cheval, l’âne et le mulet ; des vers
qu’on trouve dans le sang, dans le
cœur, les artères, les veines de cer¬
tains animaux; des acares vivant
d.ans les follicules pileux de l'hi mme.
en santé et en maladie, etc., etc. I-a
( m )
(lésîgnalion pure et simple décos polile vérole de l’homme aux singes,
difforenls articles fera tout à fait Vil)ory a aussi transmis par inocula-
comprendre l’esprit de cette piihiica- lion la petite vérole de l’iiomme à
lion. Nous nous hornerons aujnur- plusieurs singes, au chien et au porc,
d’hui à extraire quelques lignes d’un M. Grève, en 1812, a vu également
article de M. Rayer sur les maladies la petite vérole de l’homme se déve-
qui ont rétgné sur l’iiomme et sur lopper chez Un singe qui avait joué
les animaux pendant l’été de 1812. avec des enfants malades de celteaf-
I.es maladies épidémitiues qu’on a fection. I.cs boutons se développè-
rcinarquécs sont la rougeole, la va- renl et eurent leur cours. Il prit du
riole, la fièvre typhoïde et la scarla- pus variolique sur ce siuge et en ino-
line. La rougeole et la scarlatine cula un chien harhc.t à la jambe
n’ont jamais été observées sur les droite; une éruption variolique s’en-
aniinaux; quant à la variole, plu- suivitsiircechien.F.ii 18U,HI.Grève
sieurs médecins et quelques véléri- prit du pus sur un enfant (pii avait
naires alBrment l’avoir observée sur une éruption variolique de bonne
plusieurs animaux. M. Rayer a cher- nature, et en inocula 2 singes, i jeu-
ché pendant l’épidémie régnante à nés porcs, 8 chiens et 2 renards. Les
vérifier cette assertion : ses recher- 2 singes, 3 porcs, 7 cliicns et 1 rc-
ches ont etc infructueuses. nard furent infectés. Ainsi, si ces
Du reste, si la petite vérole n’at- animaux ne sont presque jamais at¬
teint pas spontanément les animaux teints de la variole de l’homme pen-
ou les attaque très-rarement dans dant les épidémies, cette maladie
les épidémies varioliques, elle peut peut cependant leur (être transmise
leur être transmise par contact et par par inoculation. {Archives de tnéde-
inocutatiou.Paulel, Huzard, assurent cine comparée, octobre 1842.)
avoir observé la transmission de la
VARIÉTÉS.
r ongrés scientifique de Strasbourg. —Le congrès scicntirujuc de
1842, (jiii a ouvert sa session à Slraslionrg le 28 scptcmlirc dernier, a
été rcinar(|uable par le nombre de savants de tous les pays (pti y ont
pris part, et par les importants travaux qui ont occupé les séances de.s
sessions. Le congi’ès a eu onze jours de travaux actifs, onze séances
générales et (ptatre-vingt-neuf séances de section ; 1,008 personnes y
ont pris une part active. Toutes les nations y avaient pour ainsi dire
leurs représentants. On y comptait 139 .Mlcmands, 33 Suisses, 11 Ita¬
liens, 6 Anglais, 5 Russes, 5 Belges, 3 Hongrois, 2 Polonais, 1 Suédois,
1 Norvégien, 1 Hollandais, 1 Espagnol, 1 Américain.
La section des sciences médicales a etc une des plus nondircuscs ; 242
médecins, pharmaciens et ebimistes ont pris part à scs travaux. Nous
citerons les noms honorables de MM. Nœgclé, de Heidelberg; Textor,
de Wurtzbourg; D’ammon, de Dresde; Mayor, de Lausannp, Rcrtini,
de Turin; Vlcminks, de Bruxelles ; de Haldat, de Nancy ; Lepcllcticr, du
Mans; Bonnet, de Besançon ; Pravazet Pétrequin, de Lyon, etc., ete. La
section des sciences inédicailes a élu pour son président, M. Forget, pro¬
fesseur de la Faculté de Strasbourg; pour vicc-pré.sidcnLs, MM. Ebrmanii,
Textor, de Wurtzbourg, et Mayor, de Lausanne; pour Secrétaire, M. Stœ-
ber, et pour secrétaires-adjoints, MSI. (i. Tourdes etOppennann. Celle
section a tenu douze séances; elle a traité 13 ([ucstion.sdu programme.
( 400 )
et entendu à leur oceasion 14 mémoires ; elle en a reçu 20 autres sur
divers sujcLs; total 34 travaux étendus.
Séance d’ouverture de la Faculté.—Discours de M. Trousseau.
—La séance d’ouvertiue et la disüibution des prix de la Faculté a eu
lieu dans le grand ampliitliéâtre, le 3 novembre dernier. Le discours a
été prononcé par M. Trousseau. Ce professeur a pris pom’ sujet, les Wé-
tliodes médicales. De sa parole abondante et vive, il a combattu la mé¬
thode iiuméri(jue et ses applications pour donner l’avantage à la méthode
d’induction ; il veut qu’on ne confonde pas dans la médecine, l’art et la
science. La médecine, c’est l’art de guérm. Le praticien est un artiste,
comme le pocte, le peintre, le musicien ; c’est déranger la médecine de
sa voie utile que d’en faire, comme on le veut aujourd’hui, une science,
])our la incltrcà côté des mathématiques, de l’astronomie, de la phy.si([He.
Il n’appartient pas à tout le monde de devenir artiste, au lieu que les
intelligences les plus subalternes peuvent acquà'ir la science. Voilà en
(juatre mots la substance du discoiu-s de M. Trousi;cau.
Correspondants français de l’Académie de médecine de Bel¬
gique. — L’Académie de médecine fondée l’an passé à Bruxelles a élu
en France pour ses correspondants : MM. Bégin, Bouillaud, Breschet,
Chevalier, Chomel, Dumas, Floiu'ens, Forget à Strasbourg, J. Guérin,
Lallemand à Montpellier, Leroy-d’Etiollcs , Lisfranc , Magendie,
Moreau, Orfila, lloux, Serres à Montpellier, Soubeiran, Velpeau.
Sœurs de la Charité à Alger. —Alngt-deux soeims de la Qiarité
viennent de partir pour Alger, oùcllessontajtpclécsh dcsscn'ir l’hospice
civil de la capitale de notre colonie afi-icainc.
— Voici la question mise au concours pour 1843 par l’excellent Jour¬
nal d’Oculistique publié à Bruxelles par M. le doctciu- Cimier : « Faire
riiistoire de la cataracte capsulaire secondaire ; décrire scs variétés, scs
causes, et les meilleurs procédés pour la détruire. » Le prix est une mé¬
daille d’or de la x’aleur de 150 Il'ancs et un abonnement gi-atuit de cinij
années. Les mémoires, éa-its en latin, français, hollandais ou allemand,
doivent être adressés à M. le doctem- Cimier, 13, Montagne-Sainte-
Élisabeth, à Bruxelles, avant le l'’’ août 1843.
— La Société de médecine de Strasbourg^ qui vient de se fonder, a
tenu le 10 novembre sa première séance. Elle se compose de 60 membres
professeurs de la Facidté ou praticiens de la ville. Elle s'est constituée
en nommant M. Ehrmaim président, MM. Stoltz et Forget vicc-prési-
<lcnls,MM. Slœbcret Toiirdesfilssecrétaire.s, et M. Oberlin archiviste-
trésorier.
( 401 )
THÉRAPEÜTIQÜE MEDICALE.
NOTE SUR LA COMPLICATION DE QUELQUES PHENOMENES , DITS TYPHOÏDES ,
AVEC DES MALADIES DIVERSES.
La fièvre typlioïde domine aujourd’hui la paüiologie interne. Cette
mystérieuse et terrible affection, que nos prédécesseurs, avec tant de
raison et de bon sens, avaient qualifié de maligne, a mis en défaut
jusqu’ici les plus savantes, les plus sagaces et les plus persévérantes re¬
cherches. Loin de se décourager par la stérilité de leurs efforts , les
médecins modernes semblent au contraire les redoubler à mesure que
a’oissent et se nuiltiiilicnt les motifs d’incertitude et de doute ; car, chose
pénible, mais malheureusement ü-op vraie, chaque pas fait sur ce ter¬
rain , loin d’éclaircir la matière, semble rciuh-e plus épaisses les ténèbres
tpii l’entourent. Il y a plus; l’attention de quehiuespraticiens est telle¬
ment absorbée par la fièvre typhoïde, qu’ils la voient là où souvent elle
n’existe pas, qu’ils donnent à certains symptômes une valeur exagérée,
et que, sur la foi de résultats thérapeutiijues favorables, parce qu’ils
étaient faciles, ils encombrent la pratique de préceptes décevants quand
ils ne sont pas dangereux.
Il y a aujourd’hui un beau travail de pratique à faire, très-opportun
et ti-ès-utile, c’est celui de rechercher quelles sont les maladies qui peu¬
vent revêtir un ou plusieurs caractères de la fièvre typhoïde, et quelle
est la modification ipie cette forme nouvelle doit apporter à leur ti'aite-
nrent. H n’est pas de praticien qui n’ait en occasion d’observer des phleg-
masics diverses présentant, soit dès leim début, soit dans leur marche,
soit dans leur terminaison, des phénomènes insolites tout à fait analo¬
gues à ceux de la fièvre typhoïde ; la littérature médicale possède un
grand nombre de faits de ce genre, mais il n’en est pas encore résulté
un travail d’ensemble et de coordination qui conduise à des préceptes
de thérapeutique importants. Les bons observateurs de tous les temps ont
noté les formes adynamique et ataxique que présentaient les maladies
dans certaines circonstances ; mais toutes les maladies sont-elics dans
ce cas? A quelle époque de leur existence arrivent ces phénomènes?
Quelles conséquences en faut-il tirer pour le ü'aitement? Tout cela est
encore fort obscm’, et demande une observation nouvelle.
Cette courte note n’a certainement pas la prétention de combler celte
lacune. Raconter quelques faits récemment observés, (|ui pourront cire
TOME xxm. Il” LIV. 2fi
( 402 )
consultés pour im travail ultérieur, tel est le seul but de cet article.
Dans le m8i§ Ü’àdflt dernier, à l’ép'otjiife oîi itii grahd nombre de
fièvres typhoïdes s’observaient à Paris, je fus appelé pour voii- un jeune
homme de vingt et un ans, menuisier, logé passage Saulnier. Ce jeune
homme était malade depuis cinq jours; après une journée passée à la
barrière, ou, sans faire de grands excès de boisson, il avait dansé une
partie de la nuit, il se trouva, le lendemain, très-fatigué, se plaignit
de douleur de tête et d’un malaise général, qu’il crut combattre en pre¬
nant plusiem’s verres de vin chaud. Le lendemain le malaise augmenta;
il éprouvait des nausées, une céphalalgie violente, de la diarrhée; il eut
une épistaxis. Aggravation des accidents les jours suiv'ants, un peu de
délire pendant la nuit; les parents effrayés m’envoient chercher.
Je le trouve dans l’état suivant : hébétude, stupeur prononcée, re¬
gards incertains, langue sèche, très-rouge à la pointe, avec enduit jau¬
nâtre ; lèvres et gencives très-sèches ; ventre ballonné, douleur et
gargouillement à la région iléo-cœcale ; pouls Ibrt, redoublé, fréquent
(115 à 120); quelijucs taches rosées lenticulaires sur la poitiûne et à la
partie interne des bras. Depuis vingt-quatre heures il n’a pas été à la
selle. Râle sibilant dans la poitrine, petite toux assez fréquente sans
expectoration.
Sur cet ensemble de phénomènes personne, je crois, n’eût hésité à
diagnostupier une fièvre typhoïde grave ; c’est aussi ce que je lis. Un
peu sceptique à l’eiub-oit du traitement de cette maladie, je me bornai
à preserhe une boisson émolliente, des cataplasmes émollients sur le
ventre, et quelques révulsifs aux extrémités inférieures.
Bien m’eu valut ; le lendemain, à mon grand étonnement, les graves
phénomènes cérébraux avaient disparu, les taches rosées lenticülaircs
ne se reconnaissaient plus, cachées qu’elles étaient sous l’éruption géné¬
rale, presque conllueute, du premier degré de la variole. C’était biéii,
eu effet, cette lièvre éruptive ([ui parcourut toutes ses périodes avec scs
phénomènes ordinaii-es, si ce n’est que la période de desquamiuation
fut plus longue et moins franche qu’elle ne l'est généralement.
Je ne crois pas, du reste, cpie par quelque traitement que ce fut j’eusse
empêché le développement de la variole : sa marche régulière aurait pu
eu être troublée, sa terminaison autre et peut-être funeste ; mais il n’est
au pouvoir d’aucune médication, ipioi cpi’on en dise eu certains lieux, de
juguler une variole. J’ai eu occasion d’en être convaincu par l’exemple
suivant, qui présente tant d’analogie avec le précédent, que si je l’avais
eu bien présent à la mémoire, j’aurais peut-être été plus circonspect dans
mon premier diagnostic.
Un jeune homine de vingt-trois ans, cordier, après être sorti de
( 403 )
l’Hôtel-Dieu, où il était lesté quclifiies jours pour une courbature géné¬
rale, éprouva de nouveau de la fatigue, de la céphalalgie, des tiutc-
meuts et des bourdonnements d’oreilles, du dévoiement et une épistaxis.
Après huit joms de ces prodromes, il enU-a à la clinique de la Charité
avec les phénomènes sim ants : langue rouge à la pomte et sur la circon¬
férence, blanchàü'c à la base ; douleur et giU'gouillemenl dans la région
üiaque droite ; région sous-ombibcale legereinent meteonsée ; pouls à 92 ;
plusieui's papules rouges, s’effaçant par la pression, sim Fabdomeu et à la
base de la poiti'ine, iiue selle liquide, deux vomissements dans la jour¬
née, faiblesse générale, coiubatiire, céphalalgie, étourdissements, tinte¬
ments d’oreilles ; épistaxis dans la matinée (saigiice du bras 3 palettes) ;
diagnostic; lièvre typhoïde, cas grave.
Le lendcmahi, taches rosées jilus nombreuses, (]uelques sudamina ;
stupeur prononcée, hébétude du regard, parole lente et faible, lèvres
et uai-ines sèches, haleine fétide, tension et gargouillement dans la ré¬
gion ibaque ; pouls à 94 , légère épistaxis le matin ; le sang de la saignée
ofli’e un caillot d’une mollesse diflluentc, sans couenne (nouvelle saignée
de 3 palettes; ventouses .scariliées).
Le troisième joim, mie éruption pustuleuse de petite-vérole couvre le
front, les doigts, le cou, les poignets, et cette maladie suit dès lors sa
marche ordinaire, en meme tenqis (pie .se sont dissipés tous les symplù-
mes typhoïdes qui avaient inspiré de l’impiiélude.
Les praticiens qui ont admis l'identité îles érujitions v arioleiises et
typhoïdes, qui ont appelé la lièvre typhoïde une i ariole interne, ver¬
raient dans ces deux faits une conlirmalion de leurs idées. Malheureu¬
sement pour eux ce n’est pas seulement dans la variole ([u’on peut obser¬
ver bi coïncidence ou la compheation, si l’on veut, des phénomènes ty¬
phoïdes. U n’est pas de fièvre éruptive qui ne puisse leurdomier lieu, et
j’en ai observé un très-bel exemple dans la sc^irlatine, à la Charité, dans
les salles de M. Auih-al.
Un jeune maiiou, âgé de (piinze ans , après avoir éprouvé, depuis
15 jours, une courbatm-c générale, des épistaxis et de la diarrhée, entre à
l’hôpital le 31 août dernier. On note les phénomènes suivants : stupeur,
coloration rouge de la peau, 108 puLsations, ràlc sibilant dans la jioi-
trine ; langue sèche, rouge ; fuliginosités sur lc.s dents et sur les lèvres ;
ventre tendu. gargoiullemciit a droite sur la fo.sse iliaipie ; .selles li’é-
quentes ; rougeur et gonllemcnt de la gorge, recouverte au Ibnd de
plaipies diphthéritiques.
L’éruption scailatincuse se dessina les jours .suivants et parcourut ses
périodes accoutumées ; ina)s les jihénoniènes de stupeur, le gargouille¬
ment, la diarrhée , pcrsistaieul encore que la de.squammatiün était
( 404 )
presque complète. Ils se dissipèrent peu à peu, et le malade arriva à une
convalescence fi-ancte et durable.
Ce n’est pas seulement dans les fièvres éruptives que l’apparence ty¬
phoïde peut se mêler à d’autres phénomènes morbides. On l’a vue sur¬
venir à l’occasion d’affections les plus légères, et faire changer du jour
au lendemain, pour ainsi dhe, un pronostic grave.
Le 2 décembre dernier entra à l’hôpital des Enfants un jeune garçon
de onze ans, malade depuis trois jours. Sa maladie a débuté par une
violente courbature : la nuit suivante, forte chaleur, suivie de sueurs ; puis
mal à la tète et au ventre. Les parents lui donnent de l’absinthe, qoi le
fait vomir. Le soir, il est sans connaissance. Le troisième jour, délire et
agitation ; on le mène h l’hôpital, où on observe ce qui suit : agitation
extrême, réponses nullcs ou incohérentes ; langue blanche au centre ,
rouge aux bords , sèche; haleine fétide, pas de ballonnement, pas de
selles ; pouls irrégulier, peu fréquent; un peu de toux. (Limonade, deux
lavements purgatifs qui déterminent une selle abondante; sinapismes aux
pieds). L’agitation continue ; il a la langue rouge, sèche ; il se plaint
de douleurs à la région iliaque droite ; un peu de délire.
Le 4 décembre, même état (eau de Sedlitz). Le 5, tous les symptômes
se sont amendés, et le jour suivant il entre en convalescence.
Bien que le diagnostic du chef de senice ait été formel, tout le
monde répugnera à voir là un exemple de fièvre typhoïde confirmée.
Cet enfant a présenté quelques phénomènes simulant cette affection re-
doutalde, que quelques verres d’eau de Sedlitz ont dissipés comme par
encliantement. Or, on sait conil)ien est énergique l’action des stimulants
intestinaux sur les congestions cérébrales, si fréquentes dans l’enfance.
Ces faits, qu’il serait très-facile de midtiplier, et dont chaque prati¬
cien a observé des exenqrles, ne doivent pas être stériles pour la pratique.
Les anciens obsciTateurs, Morton, Sai’côue,Baglivi, Dchaën, Pinel, etc.,
ont beaucoup insisté sur les cai’actèrcs insidieux que peuvent revêtir
certaines fièvres ; leurs observations témoignent de l’attention qu’ils por¬
taient à ce sujet ; mais, privés des lumières que le diagnostic offre en ce
moment, il e.stsouvent difficile de reconnaîti’e à quelles affections ils ont
eu réellement affaire. Un travail de ce genre donnerait aujourd’hui
d’autres résultats. S’il était possible de tirer des conclusions légitimes des
quelques faits (jue j’ai cités, on pourrait dire :
Que le diagnostic de la fièvre typhoïde n’est pas toujours aussi clair,
aussi facile que le disent la plupart des auteurs contemporains ;
Que quelques fièvres éruptives, la variole entre" autres, peut débuter
par un ensemble de .symptômes tout à fait identique à celui delà fièvre
typhoïde ;
( 405 )
Qu’il semble que l’éruption variolique une fois déterminée, l’appareil
typhoïde se dissipe et s’éteint ;
Que cet appareil typhoïde se présente comme coïncidence ou compli¬
cation dans' une foule de maladies diverses ;
Qu’au début de ces maladies, il ne paraît avoir aucune inQuence sur
leur développement et sur leur marche ;
Enfin, qu’à cette période de début, il ne paraît pas donner lieu à
des indications de traitement spéciales.
Amédce Laiodb.
BECUERCUES SUR LES rBOPRtÉTÉS FÉBRIFUGES DU CNICIN (PBINCIPE AMER DU
CBARDON bénit),
Par M. NON.VT, médecin des hôpitaux, etc.
Quoique nous ayons dans le quiiujuina un remède efficace contre les
fièvres intermittentes, cependant, en raison du tribut que cette écorce
nous impose chaque année, on conçoit que la découverte d’un fébrifuge
indigène capable de remplacer le quinquina serait de la pins haute im¬
portance. G’c.st pourquoi on ne saurait trop encourager les travaux en-
tiepris dans cette direction.
Parmi les plantes qui croissent dans nos contrées, plusieurs jouissent
de propriétés fébrifuges. Tontes, il est vrai, sont inférieures au quin¬
quina ; mais si l’on parvenait à en séparer le principe actif, on finirait
peut-être par trouver une substance analogue à la quinine. Espérons
qu’un jour, grâce aux progrès de la chimie organique, nous serons en
état de résoudre cette intéressante question. Le travail que nous récla¬
mons pour toutes nos plantes fébrifuges a déjà été exécuté pour quel¬
ques-unes. Ainsi, M. Leroux, pharmacien à Vitry-le-Français, a obtenu
le principe actif du saule, la salicine ; M. Delcschamps est parvenu à
extraire le principe actif des feuilles de houx, Yilicine ;enfm, M. Nativel,
préparateur de chimie de M. Guérin, vient d’isoler le principe actif du
chardon bénit, le cniciti.
La salicine a été l’objet d’un grand nombre d’expériences clini([nFS.
Elle fut considérée par MM. Magendie, Miquel, et par d’autres médecins,
comme susceptible de remplacer le sulfate de quinine dans beaucoup de
cas. Voyez., sur ce sujet, le rapport de M. Magendie {Annales de
Chimie et de Physique , t. Xmi, p. 440). Depuis cette époipte,
les expériences faites sur la salicine n’ont p.is tontes été d’accord avec
les résultats obtenus par les praticiens que je x'icns de ciler» De mon
côté, j’ai soitmis la salicine à quelques essais, et je dois dire que ces essais
( 406 )
ne m'ont point révélé, dans cette substance, une ja'ande puissance fébri¬
fuge. J’ai TU la salicine cou])er la fièvre dans plusieurs cas, mais j’ai
remarqué aussi (lu’ellc n’a aucune influence sur l’engorgenient de la rate,
et qu’elle ne met point les malades à'irabri des récidives qui succèdent
aux fièvres intermittentes. Je publierai bientôt les expériences que j’ai
faites à ce sujet.
L’ilicine est-elle plus efiicace que la salicine? je ne saurais le dire,
attendu que je n’ai jamais employé cette substance. J’ignore également
(|uelles sont les vertus fébrifuges des feuilles de boux ; mais il ré.sulte des
expériences deM. le docteur Emmanuel llousseau, que, prises en pondre
il la dose de six gi’aniraes pendant plnsieui's jours, les feuilles de boux
triomplient cnnstainment des Hêt res intermittentes. D’autres médecins
ont retiré d e bons effets de l’usage des feuilles de houx, soit en poudi'e,
soit en décoction dans beau, soit eu infusion dans du vin. Il me suffira de
r.ippeler ici les résultats obtenus par W. Magendie, M. Constantin,
médecin de la marine à Koclicfort, ]M. Raymond, médecin à Toulon,
MM. Delormel et Serrurier, à Paris, etc. Toutefois, nous devons faire
obsen er, d’après M. Magendie, (juc les feuilles de houx n’arrêtent pas les
paroxysmes fébriles avec autant de jiromptitude que le sulfate dequininc
ou la salicine. Ajoutons, enfui, que plusieurs praticiens se sont servis des
feuilles de houx sans aucun succès.
Ce qui tend du reste à prouver ijiie les feuilles fie houx et l’ilicine sont
loin d’égaler la quinine, c’est que leur usage est, pour ainsi dire, tombé
dans l’oubli.
Arrivons niaiiitenaiit à l’étude des propriétés fébrifuges du principe
actif du chardon bénit, découvert par M. Nativel, et désigné sous le nom
de cnicin.
Ce principe immédiat se renconti-e dans tontes les plantes de la famille
des cardiiaa-es. C’est lui qui donne à l’artichaut sa saveur amère.
On sait depuis longtemps que le chardon bénit et plusieure végétaux
du même genre jouissent de la propriété de couper les fièvres intermit¬
tentes. Ces plantes sont employées dans ce but par les habitants des cam¬
pagnes. et ligurent au nombre des fébrifuges dans les ouvrages des mé¬
decins de la jilus haute aiili<|uité. Dès que le quinquina fut importé en
Europe, rusage du chardon bénit corainn fébrifuge fut presque entière-
ineiil abandonné ; mais, comme la(|uiniue aune action plus elficace que
le (|uiuquina, il était possible que le cnicin produisît des elïèts plus avan¬
tageux que le chardon bénit. L’cxpéiience seule pouvait décider cette
ijueslioii. Ehi coiiséiiuciice, M. Cuérin ayant eu l’obligeance de me re¬
mettre une certaine quantité de cnicin, je soumis ce médicament à divers
essais. Jecommeiiçaimesrechci'clies sur cesiijetaumoisdeseptemlH’e 1838;
( 407 )
mais à cette époque, n’ayant eu à ma disposition qu’une très-petite quantité
de cnicin, je fus obligé de suspendre mes expériences.
Au mois d’avril 1839, je repris la suite de mes reclierches, et je pus
me livrer à un plus grand nombre d’essais. J’aurais désire varier dav'an-
tage mes expériences, mais M. Guérin n’a pu me fournir la quantité de
cnicin dont j’avais besoin. En attendant (jue je puisse compléter mes
rccberches, je crois devoir, dès à présent, faire connaître les résultats
auxqueb je suis arrivé.
Le cnicin est une substance d’un beau blanc, cristallisée, sans odeur,
d’une amertume prononcée, qui laisse un arrièrc-gofit nauséeux ; U est
presque insoluble dans l’eau, trcs-sohdde dans l’alcool et dans l’eau
alcoolisée ; il n’apoint d’action sur les paj)iers bleu et ronge de tournesol ;
en un mot, il est parfaitement neutre. Il ne forme aucune combinaison
avec les acides et les bases salifiablcs, et il s’altère facilement en pré¬
sence d’un acide ou d’un alcali.
Avant d’entrer dans le détail des expériences que nous avons faites
pour apprécier les vertus fébrifuges du principe amer du chardon bénit,
disons quelques mots de son action physiologique.
Introduit dans l’estomac à la dose de vingt-cinq à cinquante centi¬
grammes, le cnicin détermine une sensation de chaleur acre, brûlante,
dans le pharjuix et l’œsophage ; bientôt après il occasioimc un sentiment
de constfiction plus ou moins incommode, qui paraît sur-tout occuper
l’oesophage. L’impression qu’il développe sur la meiidrrane intei-ne de ce,
conduit a quelque ressemblance avec celle qui succède à l’ingestion d’une
liqueur alcoolique. On peut diminuer et même faire cesser entièrement cette
sorte d’impres.sion en buvant quelques gorgées d’eau rougic. Le cnicin
agit également sur l’estomac et les intestins. Il dévelojrpe dans la région
épigastrique une sensation de chaleur âcre plus ou moins forte, et dans
bien des cas il provoque le v-omissement. A ces effets se joignent fré¬
quemment des coliques et delà diarrhée. Tels sont les phénomènes qui se
manifestent après l’ingestion du cnicin dans l’estomac. Ces phénomènes
ne sont pas de longue durée, ils disparaissent au bout de deux à trois
heures. Je n’ai point vu le cnicin, à la dose de 25 centigr. à 1 gramm.
25 centigr-. par jour, donner lieu à une phlegma.sie de la membrane
muqueuse gastro-intestinale. Chez quelques sujets, l’excitation qu’il pro¬
duit est telle, qu’elle peut devenir générale et s’élever jusqu’au mouve¬
ment fébrile. Ce dernier effet est d’iiire courte durée.
Ainsi le cnicin possède une saveur amère, nauséeuse ; il excite la tuni
rjue gastro-intestinale, fait naître des nausées et des vomissements peu
dhnstants après soir inge.stioir dans l’e-stomac. Il agit ensuite sur les intes¬
tins et provoque des coliques et de la diarrhée. II peut troubler la cir-
( 408 )
ciilation générale, produire l’accélération du pouls, augmenter la chaleur
de la peau, en un mot, déterminer les phénomènes de la fièvre. Ces
effets sont analogues à ceux ([ui résultent de l’administration d’une dé¬
coction de chardon hénit ; ils ont pour caractère commun de se dissiper
d’une manière rapide et de ne laisser aucune trace à leur suite.
Je n’ai point remarqué (jue la poudre de cnicin ait la propriété d’ex-
citcrlcs sécrétions de la sueur et de l’urine.
On ne peut disconvenir (|uc l’action éméto-catharlifpic du cnicin ne
soit un obstacle à son emploi comme féluifuge.
J’ai essayé de tliminucr cet effet, en associant l’opium au cnicin, mais
je n’ai pas encore réussi à le dissiper tout à fait. Je me proposais d’admi¬
nistrer le cnicin eu lavement, lorsipic je fus obligé de suspendre mes
expériences.
J’employai ce remède dans quinze cas de fièvres intermittentes, pen¬
dant les mois d’avril, mai et juin 1839.
Sur CCS quinzes cas, la fièvre a été coupée onze fois quelques jours après
l’administration du cnicin. Les paroxysmes ont ce.ssé de paraître le
deuxième ouïe troisième jour du traitement. Dans ces onze cas, lamalaihc
était jilus ou moins ancienne ; ainsi, lorsipie nous coinnicnçàmes l’iisagc
du cnicin, la fièvre datait d’une époque <pii variait entre huit et vingt-
trois jours. Dans tous les cas nous avons constaté le retour elcla fièvre,
avant de donner le médicament. Une seule fois le cnicin fut administré
dès le lendemain de l’entrée du malade à l’iuqutal. J’ai cru devoir rap¬
peler celte circonstance, parce (pie je n’iguore pas ([ue plusieurs fièvres
intermittentes sont susceptibles de se dissiper d’clle-mcmcs .sous l’in-
llucnce seule du repos, des boissons délayantes et de la diète ; mais je
sais aussi qu’elles s’arrêtent ordinairement moins vite que dans les cas où
nous avons expérimenté le cnicin.
Cependant, comme h la rigueur on pourrait nous objecter que la
fièvre abandonnée aux seuls effoi-ts de la nature aurait pu gucrii’ .spon¬
tanément , nous avons eu soin de noter les changements survenus du côté
de la rate, pendant l’emploi de la poudre de cnicin.
En général, lorsque les lièvres se dissipent spontanément, l’cngorge-
inent de la rate persiste après la cessation des paroxysmes fébriles. De là
même, la raison pour laquelle les fièvres intermittentes livrées aux seules
ressources de la nature sont extrêmement sujettes aux récidives. Nous
nous bornons à rappeler ce fait, sur lecpiel MM, Bally et Piorry ont
déjà fixé l’attention des médecins ; nous rcvicndi-ons sur ce point im¬
portant de l’histoire des fièvres intermittentes, dans un travail que je
me propose de publier bientôt. Ainsi, la rate n’éprouve souvent aucune
diminution dans son volume lors(|ue la lièvre se dissipe d’une manière
( 409 )
spontanée. Eh bien, sur les quinze cas de fièvres intermittentes que nous
avons traites par le cnicin, la rate a repris ses dimensions naturelles
dans sept cas, elle a diminué de volume dans sept autres cas ; une seule
fois cet organe n’a subi aucun changement.
Cette influence du cnicin sur l’engorgement de la rate est d’une grande
importance à nos yeux, car elle nous prouve que ce médicament modifie
réellement la cause qui prodmt et entretient la fièvre.
Soit que nous consultions l’action du cnicin sur les paroxysmes fébriles,
soit ([ue nous interrogions les modifications que ce remède imprime à
l’engorgcracnt de la rate, nous sommes autorises à conclure que le cni¬
cin est doué de vertus fébrifuges.
Il nous reste maintenant h déterminer jusqu’à quel point le cnicin peut
remplacer le sulfate de quinine. Nos expériences établissent d’une ma¬
nière péremptoire (pie le principe actif du quinquina est un fébrifuge
plus énergique que le cnicin. En effet, le sulfate de quinine a été employé
avec succès dans les fièvres intermittentes cpii avaient résisté à l’admi¬
nistration du nciein. Ce qui fait ressortir davantage la supériorité du sid-
fatc de (|uinine sur le cnicin, c’est la manière dont ils influencent l’un et
l’autre rengorgement de la rate : le cnicin a jnoduit sept fois sur quinze
la résolution de l’engorgement de la rate; le sulfate de quinine, au con¬
traire, a fait di.sparaîtrc cet engorgement dans tous les cas où nous l’a¬
vons mis en usage; car le cnicin lit cesser la lièvre, ou du moins il en
calma la violence; eu outre, il fut suivi d’une diminution du volume de
la rate; mais au bout de quelques jours il resta sans action sur cet or¬
gane : en vain nous continuâmes l’emploi du cnicin, en vain nous en éle¬
vâmes la dose; la rate, après avoir un peu diminué de volume, resta
tout à fait stationnaire; plusieurs fois même la fièvre ne tarda pas à re¬
naître. Alors nous eûmes recours au sulfate de cpiinine, et, sous l’influence
de ce remède vraiment héroïque, non-seulement la fièvre fut bientôt
coupée, mais la rate diminua de volume et rentra promptement dans scs
limites naturelles. II n’en faut pas davantage pour établir cpie le sulfate
de quinine conserve une supériorité marquée sim le cnicin. Cependant,
comme le principe actif du quinquina est d’un prix fort élevé, le cnicin
nous semble pouvoir être substitué au sulfate de quinine dans le traite¬
ment des fièxTes intermittentes qui ne sont pas accompagnées d’im en¬
gorgement considérable de la rate. Je ne doute pas que, combattuas à
leur origine, un certain nombre de fièvres intermittentes ne soient sus¬
ceptibles d’etre guéries par l’influence seule du cnicin.
Quant aux fièvres qui datent d’une époque éloignée, et dans lesquelles
la rate a pris un gi-and volume, elles nous paraissent réfractaires à l’ac¬
tion du cnicin. Aussi ces sortes de fièvres doivent cti-e attaquées par le sul-
( «ft )
fgte de quipine à haute dose. Quoi qu’il en soit, si les pvqpriétés fébri¬
fuges que nous avons constatées dans le cnicin se vérifient par de nou¬
velles expériences, ce médicament aura pour résultat de diminuer la
consommation du quinquina et d’en faire baisser le pzix. N’eût-il d’autre
résultat, on devrait l’accueillir avec faveur.
Ce n’est pas tout : le cnicin nous semble pouvoir être associé avec
avantage au sulfate de quinine. En effet, les malades traités sans succès
par la poudre de cnicin n’ont pas eu besoin de prendre une aussi grande
quantité de sulfate de quinine que s’ils n’avaicnf sidn aucun traitement.
Les quantités de sulfate de ([uinine qui ont été nécessabes pour leur pro¬
curer une guérison complète et ramener la rate dans ses dimensions nor¬
males, s’élèvent depuis 2 grammes 55 centigrammes jusqu’à 6 grammes
80 centigrammes. Ces diverses quantités sont bien inférieures à celles
(jue je suis obligé de mettre en usage pour obtenir la résolution de l’en-
gorgement de la rate. Ainsi, supposez que le prix du sulfate de quinine
continue de s’accroître, et que le cnicin se maintienne à un prix très-
faible, il y aura alors une économie réelle à l’associer au sulfate de qui¬
nine dans le traitement de toutes les espèces de fièvres intermittentes
simples.
Ayant essayé d’apprécier les vertus fébrifuges du cnicin, disons quel¬
ques mots de la dose à laquelle il convient de l’administrer, des formes
sous lesquelles on peut le donner, des accidents qu’il est susceptible de
développer, et des moyens propres à combattre ces accidents.
1" Dose du cnicin. — Le cnicin, en raison des effets qu’il produit
du côté des voies digestives, ne peut pas être employé à une dose élevée;
en général, il faut l’administi-er à la dose de 25, 50 ou 75 centigi’ara-
mes par jour; on peut ou porter la dose jusqu’à 1 gramme et 1 gramme
25 centigr. dans les vmgt-quatre heures. Du reste, cela doit varier sui¬
vant les individualités morbides, l’intensité de la fièvre et l’engorgement
de la rate. Jamais je n’ai porté la dose du cnicin au delà de 1 gramme
2;} centigrammes par jour; et même je dois faire observer que, toutes
les fois que je l’ai administré à une dose aussi élevée, il n’a pas tarde à
exciter le vomissement; j’ignore par conséquent quek seraient les effets
du cnicin à la dose de 1 gramme 50 centigi'ammes ou 2 grammes par
jour. 11 serait important d’enlever au cnicin son action éméto-catharti-
(pie; car si l'on pouvait l’admini-strer à une plus forte dose sans lu’ü pro-
iluisît le vomissement, on obtiendrait peut-être avec ce moyen les mêmes
effets qu’avec le sulfate de quinine. Ce dernier agit bien différemment,
suivant qu’on le donne à telle ou telle dose : ainsi 5 grammes de sul¬
fate de (pinine, admini.strés à des doses fractionnées, produb'ontdes ré¬
sultats moins avantageux que s’ils sont donnés à la dose de 1 gramme
( 411 )
30 centigrammes, 1 gramme ftO centigrammes, ou 1 gramme 80 centi¬
grammes par jour. On conçoit qu’U puisse en être de meme du cnicin.
Jusqu’à présent nous n’avons aucun moyen de faire disparaîU'e l’action
vomitive du cnicin. C’est vers la rechercjie de ce moyen que nous dirige¬
rons d&ormais toute notre attention.
Nous nous sommes assuré que le cnicin, toutes choses égales d’ail¬
leurs, produit moins d’effets que le ^iilhite de quinine : ainsi 10 centi¬
grammes de ce sel sufliseut souvent pour couper la fièvre, tandis que
nous avons été obligé, daiis beaucoup de cas, de porter Ip cnicin jusqu’à
.')0 centigrammes par jour pour arrêter les paroxysmes fébriles.
D’après cela, on voit que le sulfate de quinine a une action trois ou
quatre fois plus énergique que le cnicin ; mais nous n’osons prétendre
que telle soit l’expression de la valeur du cnicin par rapport au sullàte
de quinine. .'Vvant d’asseoir notre jugement sur ce sujet, nous avons be¬
soin de nouvelles expériences.
Ces résultats nous permettent de concevoir pourquoi le cnicin n’a pu
dissiper l’engorgement de la rate dans les cas où cet organe avait pris
un grand accroissement; car le sulfate de quinine adminisü’é à la dose
à laquelle nous avons donné le cnicin, serait lui-même incapable de pro-
duû-e toujom's la résolution de l’cngorgeinenl de la rate. En supposant
le cnicin doué de la faculté de guérir l’engorgement de la rate qui ac¬
compagne les fièvres périodiques, il faudrait donner trois ou quatre fois
phus de cnicin que de sulfate de quinine. On se rappelle que, dans nos
expériences, nous sommes loin d’avoir atteint ce but. Dès lors nous n’a¬
vons pas lieu d’être étonné de l’impuissance du cnicin contre l’engorge¬
ment de la rate, dans les obsen'ations 8', 9®, 11% 12% 13“, 14'et 15°.
Formes sous lesquelles ü convient de donner le cnicin, — Le
cnicin peut .être administré de plusieurs manières ; mais nous sommes
d’avis qu’on le donne en poudre dans du jiain à chanter. Nous l’avons
fait prendre d’abord tenu en dissolution dans de l’eau alcoolisée, ou dans
l’eau sucrée; nous fïimes bientôt obligé de renoncer à ce mode d’admi¬
nistration; car la solution du cnicui est tellement amère, nauséeuse, que
la plupart des malades refusèrent de continuer l’usage de ce l’emède.
Nous n’avons pas besoin d’ajouter que le cnicin peut s’adrainistrei’ en
lavement.
.Accidents qui résultent de l'emploi du cnicin. — Le cnicin pro¬
duit, ainsi que nous l’avons étabU en commençant, des nausées, des vo¬
missements, de la diarrhée avec ou sans coliques. Bien que ces accidents
se dissipent promptement et d’une manière spontanée, sans laisser au¬
cune trace, cependant on ne satirait négliger les moyens qui peuvent
modérer ou mêpie faire cesser ces accidents. Ainsi je suis d’avis qu’on
( 412 )
associe le cnicin à l’opium et à la potion anti-émétiqne de Rivière. Lors¬
qu’on a recours au cnicin, il est nécessaire que les malades s’abstiennent
de prendi’e des aliments immédiatement avant ou après l’administration
du cnicin. Ajoutons enfin que l’eau rougie est capable de diminuer l’ac¬
tion nauséeuse du cnicin. J’ai eu l’occasion de constater sur moi-même
cet effet de l’eau rougie.
Nous croyons devoir faire obser\’er, en terminant, que le cnicin ne
doit être mis en usage que dans les fiè\Tes intermittentes récentes et
accompagnées d’un engorgement peu considéralde de la rate.
Conclusions. —De tout ce (jui précède nous conclurons, 1” que le
principe actif du chardon bénit, ou le cnicin, jouit de propriétés fébri¬
fuges à un degré moindre que le sulfate de quinine ; 2“ que le cnicin
réussit souvent à an'êter les paroxysmes fébriles ; 3" que dans quebjues
cas la fièvre résiste à l’action du cnicin ; 4" que le cnicin peut amener la
résolution de rengorgcincnt de la rate ; 5" que ce remède ne pan-ient
pas à guérir l’engorgement de la rate dans tous les cas ; 6“ enfin que le
cnicin, associé au sidfatc de (|uininc, exerce une certaine influence sur
la maladie, et qu’il permet d’en obtenir la guérison avec une dose de
sulfate de quinine moins élevée que de coutume.
A. Nowat.
DE l’emploi de la TEISTÜBE DE DIGIT.ALE A HAUTE DOSE , ASSOCIÉE AU
RITHATE de POTASSE, DANS LES .AFFECTIONS ORGAN'IQüES DU CŒUR.
En pratique, nous entendons par affections organiques du cœur, une
dyspnée. babitucUc et permanente plus ou moins considéralilc, jointe à
un trouble continu quelconque, ou à un désordre rhytlnnique dans les
mouvemenls du cœur ou dans le pouls, avec aliscncc des signes de pé¬
ricardite, de cardite, d’endocardite et d’bydropéricardite. D’après cela,
nous ne devons point tenir compte ici de toutes les divisions admises par
les auteurs et les écoles ; nous ne parlerons donc pas des anévrysmes
actifs avec épaississement des parois du cœur (hypertrophie) ; des ané¬
vrysmes passifs avec amincissement ( atrophie ou si l’on veut hypotro¬
phie ) ; des anévrysmes des caxTtés gauches ou des cavités droites ; des
rétrécissements des orifices du cœur et des ossifications des valvules ni des
signes et des divers bruits que nous révèlent la percussion et l’ausculta¬
tion. Un seul point nous importe, c’est d’avoir égard, dans l’emploi de
la digitale à haute dose que nous proposons, à deux circonstances fort
importantes dans la pratique, savoir l’extrême rareté du pouls, quelle
que soit l’espèce de lésion cardiaque, et l’extrême faiblesse du pouls
jointe au froid des extrémités, à l’asphyxie imminente, la teinte violacée,
(413)
l’enflure considérable, etc. Dans ces cas, l’acticu contro-stimulante ou
bypostliénisaiite de la digitale pourrait aggraver l’état des malades en
enrayant mal à propos les mouvements du cœur, et cnti’aîuer par là les
suites les plus funestes. Dans cette dernière occurrence exceptionnelle,
nous avons recoiu-s à notre vin diurétique majeur, dont nous avons déjà
donné la formule, mais que nous rappelons néanmoins :
Jalap concassé.8 grammes.
Scille concassée.8 grammes.
Nitrate de potasse.15 grammes.
Mêlez.
Aprendrepar une cuillerée troisfois par jour d’abord, puis augmenter
progressivement jusqu’à 9 et davantage. Voyez tom. XXIII, pag. 177.
Quant à l’extrême rareté du pouls, nous pensons que plus cette rareté
est considérable , plus le danger de mort subite est grand. Il y a quel¬
ques années, nous vîmes un lioimne dont le pouls o.scillait entre dix-
luiit et vingt-ti'ois pulsations par minute. Nous fûmes effrayé d’une pa¬
reille rareté, peut-être unique dans les annales de la science. Nous lûmes
observer à nos élèves qu’il était fort à craindre que ce malade ne mou¬
rût subitement. Et en effet, environ six semaines après, il succomba en
tirant de la boisson dans sa cave. Nous nous étions abstenu de tout ti-ai-
teinent pharmaceutique. En pareil cas désormais, surtout s’il existait une
faiblesse générale ou une atonie marquée du système digestif, nous es¬
sayerions l’emploi des stimulants diffirsibles, des cordiaux, et particuliè-
remerrt de la teinture de quinqitina, de carrttelle, etc., dans le but de
rarrimer la circulation presqite éteinte.
Hors ces deux circonstances que nous venons de mentionner, toutes
les affections orgarriques du cœur, sans excepter les cas où il y a ossifi-
catiorr des valvules et réü'écLssernent des orifices cardiaqires ou des ou¬
vertures vettuicirlaircs et amicttlair'es, annoncées ordinairement par le
bruit de soufflet et de râpe, toutes ces lésiorrs du cœur, disotrs-rrous, rrous
les traitons par la digitale à haute dose joirrte au rritrate de potasse. Ainsi,
après les émissiorrs sanguirres soit générales, soit surtout locales, ou celles
faites à l’arrus ; après les saignées, dis-je, que peuvent nécessiter les ané¬
vrysmes actifs ou les dispositiorrs particrrlières des malades, trous pres¬
crivons le traitement suivant :
Teinture de digitale, 30 grammes.
Le premier jour, on en prend douze gouttes, quatre matin, midi et
soir, dans un verre d’eau sitcréc ou utre irrfusiorr de tilleul, et une heure
ou deux avarrt les repas ; le second jour, trois fois six ; le troisième jour,
( 414 )
Itois fois huit gouttes, et on augmente ainsi tous les jours de dèui goüitës k
chaque prise jusqu’à ti’ois fois vingt ou soixante par jour, dose que l’on
ne dépasse ordiiiaii-emeiit pas, et que l’on diminuerait si l’on éprouvait
à un degré notable des nausées, des maux d’estomac, des vertigëS, de la
céphalalgie, etc.
Dans les trois verres de boisson à prendre dans la journée avec les
gouttes, on mettra encore un des paquets suivants :
Nitrate de potasse , 80 grammes.
Divisez en 20paquets. —Un paquet par jour, fondu dans les trois
verres de tisane prescrits.
Voilà la manière dont nous administrons presque constamttieht la di¬
gitale dans les affections du cœur. Nous préférons cette forme à toute
autre et même à celte de la poudi-e. La teintme se conserve toujotirS, est
constamment homogène, comparable et identique, et elle retient avec
la résine le principe volatil de la plante. Notre teinture est faite avec
une partie de feuilles de digitale récemment séchées, sur quatre d’alcool
à trente-deux degrés ; enfin on la prépare le plus forte possible. On a
soin de ne se servir que de la digitale qui vient dans les liciix
secs et cxpo.sés an soleil, ce qui la rend bien plus active que celle qui
croît à l’ombre ou dans les fossés. Quant à la dose, on a dû voir qu’elle
paraît assez forte. Depuis fort longtemps l’expérience nous a prouvé que
très-souvent l’on ne soulage véritablement que lorsqu’on donne ce médi¬
cament à haute dose bu à dose nauséeusb et vertigineuse, c’est-à-dire à
soixante gouttes par jour en trois prises. Quelques malades vont même
jusqu’à trois fois trente ou quatre-vingt-ilix gouttes sans en être aucu¬
nement incommodés. Un grand nomlire éprouvent quelque effet à
soixante gouttes, (pmlques-uns même à moins. Nous avons vu beaucoup
de malades qui nous ont déclaré n’avoir retiré aucun avantage de l’emploi
de la digitale, et qui taxaient faussement d’impuissance ce remède héroï¬
que. Il y a plus, un certain nombre de médecins meme sont encore daits
cette erreur. D’où viennent ces préventions ou ces préjugés injustes?
Principalement, selon nous, d’un \ icc posologique, c’est-à-dire de ce
qu’on n’emploie pas la digitale à dose ctmvenable et assez élevée pour
modifier l’action ou les mouvements du cœur, et amener la sédation de
la circulation.
Un très-grand nombre de médecins ne dépassent pas la dose de trente
gouttes en vingt-quatre beures, et la plupart restent souvent bien au-
dessous.
Les traités de matière médicale même les plus récents et les plus exacts
que nous ayons, comme celui, par exemple, de MM. Trousseau et
(415)
Pidotrit (1841), hé portent le maximum, de k dose qu’à vingt-quatre
ètà trente-six gouttes pai-jour. M. BoucliOi-dat (1839) ne la met (ju’à
quinte oü vingt gouttes en 'vnhgt-quati-e heures, et les docteurs Milné
Edwàrds et A'^avasseur à la inême dose. M. le professeur Trolisseau
est donc encore le tltërapeutiste 11-ançais à la fois le plus üiodcrne
et le plus exàct, qui conseillé la teülture de digitale à plus haute dose
que tous les Outres, et cette dose est, selon nous, encore trop faible. Les
médecins étrangers sont beaucoup |plus hardis sur ce point; j’excepte
poui'tant Un niédécin fi-ançais, M. le docteur Authcnac, qui, dans sa
Posologie (1821 ), dit qu’on peut porter la dose de la teintiu-e de digitale
jusqu’à cënt gouttes et ait delà. — Autrefois (U y a vingt ans) nous la
donnions à quatre-vingt-dix gouttes. — Il n’y a que quinze jours qu’une
jeune fille, dépassant imprudemment notre ordonnance, en a pris quatre-
vihgt-tlix gouttes par jour sans autre eiïét qu’un mieux notable. Mais
cette dose excessive, outre qu’elle est inutile pour obtenir de bons ef¬
fets , pourrait, chez certaines personnes, causer des accidents ou in¬
convénients graves, qu’il est toujours du devoii' d’uh médecin conscien¬
cieux d’éviter, dé prévenir autant qu’il le peut. Nous pensons doue,
que lés insuccès journaliers de la teinture dé digitale doivent être attri
hiiés principalement à l’exigoilé de la dose à laquelle on l’administi-e
ordinairehiciit, ou ehcore à iln vice dans la forme du remède ou daiis
son mode de préparation, ou bien eniin au mauvais choix tic la plante
Ou à sa vétusté.
Depuis une vingtaine d’années, nous avons joint à la digitale le ni¬
trate de potasse à titre de sédatif du cœm-. Cette propriété sédative du
tiiti-ate de potasse vient d’être pai-faitemcnt constatée par les fttits nom»
breux rapportés par M. Aran, {Journ. des com. méd. - chir., février
et avril ISdf). Déjà le docteur Authenac, en 1821, avait ilit dans son
Manuel médico-chirurgical, que le nitrate de potasse modère l’ac ■
tion du cœur et des gros vaisseaux, peut-être avec autant ou plus d’éner¬
gie que la digitale pmu’prée, et c’est particulièrement cette assertion qui
nous a fait naître l’idée de l’employer, mais à dose plus élevée, e’est-
à-dire plus sédative.
Le traitement ipic nous venons d’cxpo.ser a été administré à un nom¬
bre considérable de malades, et presque toujours avec un avantage
marqué. I,a raison en est, outre celle déjà alléguée ci-dessus, qu’en gé¬
néral ces malades, déjà pour la plupart traités par d’autres médecins,
étant encore en état de faire le voyage pour venir nous consulter, prou¬
vaient par là même que leur maladie n’était pas encore arrivée à sa der¬
nière période et au-dessus des re.ssourccs de la thérapeutique ; au con-
IrailT, les chances de succès sont souvent presque milles quand lès ma-
( 416 )
lades ne sont plus transportables. Voici cependant un fait récent qui
prouve l’clTicacité de notre traitement chez un sujet placé dans cette
dernière cii’constance, c’est-à-dire, généralement parlant, dans un cas
désespéré. L’hiver dernier, on nous consiüta pour un homme abandonné,
disait-on, de son médecin. Ce malade était atteint d’une affection du
cœm- qui avait déjà déterminé une anasarque considérable. Il ne pou¬
vait plus cpiiltcr le lit, où il était condamné à attendre le moment de sa
dissolution prochaine. Dans cet état de choses, on ■\’inl chez nous récla¬
mer avec instance quelque soulagement pour ce moribond. Siu: le rap¬
port du commissiomiaire et sur l’exhibition des ordonnances du médecin
ordinaire, nous jugeâmes que nous avions affaire à une maladie du cœur
absolument incurable. Nous cédâmes pourtant aux instances qu’on nous
fit, et nous hasardâmes le melius anceps quàm nullum. Notre traite¬
ment ici indiqué fut donc presait ; il ne tarda pas à produire des effets
aussi salutaires qu’inespérés, puisque le malade vint nous voir environ
six semaines après, se disant parfaitement ÿitéri; il était tout à fait dés¬
enflé, et disait ne plus éprouver d’oppression. Poiu’iious ce sujet n’était
réellement pas guéri, il nepouviùtpas l’ctre; mais il était consKlér<able-
ment soulagé. Je constatai en effet chez lui l’affection du coeur ; le pouls
était extreiucmcnt irrégulier cl inégal. Nous avions déjà vu assez souvent
ce traitement produii'c un soulagement très-prompt et très-notalilc sans
que nous eussions pu constater un changement appréciable dans le pouls,
c’est-à-dire que celui-ci nous paraissait aussi irrégulier, aussi inégal et
intermittent qu’avant le traitement ; et nonobstant la persistance des dés¬
ordres du pouls, les malades étaient considérablement soulagés. Cela
nous rappelle le fait d’un homme atteint d’une affection du cœur qu’il
attribuait aux frayeurs et aux fatigues excessives qu’il avait éprouvées
dans un incendie ; il était très-oppressé et offrait un pouls extrêmement
désordonuc ; nous n’osions pas espérer grand résultat du ti-aitement sé¬
datif ordinaire; cependant il fut adminisU’é, et quelques semaines
après le malade était très-bien , n’accusant presque plus d’oppression :
cependant son pouls était ou nous paraissait être dans le même dés¬
ordre qu’il avait présenté avant le traitement. On conthiua les mêmes
remèdes, et ce soulagement que le malade appelait guérison s’est main¬
tenu pendant plusieurs années avec le même caractère du pouls. Cet
homme, que nous avons perdu de vue, avait-il le poids naturellement
ainsi déréglé?
Pendant environ sept à huit ans nous avons traité d’une affection du
cœur un vieillard dont le pouls n’a jamais cessé d’être dans le plus grand
désordre, irrégulier, inégal, intermittent, et pendant tout ce temps le
malade prenait la teinture de digitale à haute dose toutes les fois ipie
( 417 )
son oppression devenait considérable, et toujours avec le plus grand
soulagement.
Nous avons il y a peu de temps, un jeune homme venant de Paris,
où il a subi un traitement pour un anévrysme avec hypertrophie à un
degré modéré. Le pouls était à quatre-vingt-quinze, régulier et égal, plein
et vif, la pulsation cardiaque de même nature ; mais l’oppression était
considérable à la marche et atout exercice corporel un peu fort. On lui
a appliqué deux fois à Paris les sangsues à l’anus, et on lui a administré
la teinture de digitale à la dose de huit gouttes par joiu- ; le tout, dit le
malade, sans aucun soulagement. Nous lui avons prescrit avec succès
quinze sangsues à la région du cœur et le traitement que nous venons
d’indiquer. U en a été de même chez un jeune Polonais que l’on avait
traité également sans succès à Paris pai’ la teinture de digitale à la dose
de six gouttes par jour, ce qui commence à sentir’ un peu l’homœopathie.
Noti’e méthode l’a aussitôt considérablement soulagé. Hier encore, nous
avons fait reprendi’c notre traitement ordinaire chez un jeune homme
qui, après avoir été longtemps traité en vain par les médecins de la
ville qu’il habite, n’a trouvé de soulagement que dans l’emploi presque
habituel de la teinture de digitale jointe au nitrate de potasse, c’est-
à-dire le traitement que nous préconLsoirs. Cependant cette médica¬
tion , tout elîicace qu’elle est, est loin d’être spécifique et infaillible.
Dans ce moment même, nous constatons son impuissance chez un jeune
homme de quinze ans qui se meurt d’une affection du cœur arrivée au
dernier degré ; nous pourrions citer bien d’autres cas encore de cette
nature, comme on le pense bien.
THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
DES INJECTIONS IODÉES DANS LES ABCÈS FROIDS DES ARTICULATIONS,
Par M. Bokset, chirurgien en chef de l’Ilôtei-Dieu de Lyon (i).
J’aipensé à faire des injections irritantes dans les abcès froids des ar¬
ticulations, non dans le but de proem-er la résolution on d’empêcher la
formation ultérieure du pus, mais dans celui de donner à ces abcès une
marche aiguë, laquelle est indispensable à la guérison. Tous ceux qui ont
étudié les abcès savent que les collections purulentes qui se forment avec
(1) Voir la précédente livraison, tome XXIIl, p. 3t0.
TOME xxni. H’’ i.iv. 27
( 418 )
tous les caractères de rinllammation aiguë s’ouvrent ou guérissent avec
plus ou moins de rapidité, et que les abcès âoids n’arrivent à la guéri¬
son qu’après être devenus le siège d’une inflammation aiguë.
De ces faits résulte cette conséquence, que lorsqu’un abcès froid
reste stationnaire et ne tend à aucune terminaison, il faut irriter sa sur¬
face interne pour liâter la sortie du pus et la cicatrisation.
D’après ces vues, on prévoit que les injections iodées dans les abcès
froids ne doivent pas êti'c suivies des mêmes résultats que dans les liy-
darthroses ; ce n’est pas une absorption, c’est une élimination deslnjuides
{[u’il faut attendre ; ce n’e.st pas une guérison sans trajet fistuleux, c’est
une guérison précédée de listules.
Je diviserai en deux classes les malades sur lesquels j’ai fait ces opéra¬
tions ; les enfants et les adultes.
Résultats obtenus des injections iodées dans les abcès froids
du genou chez les enfants. —Les abcès froids de l’articulation du
genou, chez les enfants comme chez les adultes, sont quelquefois sans
gonflement du tissu cellulaire, sans épaississement de la synoviale et des
parties molles environnantes. Ces abcès froids coïncident toujours avec
une constitution chétive, avec l’amaigrissement, et en général avec un
état constitutionnel qui ne permet aucune réaction salutaire qui puisse
faire espérer la guérison. Je n’ai jamais employé les injections iodées
dans ces cas défavorables ; je suis convaincu qu’elles seraient restées im¬
puissantes.
Tous les enfants dont j’ai injecté des abcès froids du genou avaient
cette articulation tiunéllée, non-seulement par la suppuration, mais par
les fongosités et les tissus lardacés de la synoviale et des parties environ¬
nantes. Dans mon Traité des maladies des articulations, je prou¬
verai que ces masses rouges et fongueuses sont formées par la fibrmc
pénétrée dê vaisseaux, mais arrêtée dans sdn organisation ; qiï’elles sont
formées, en un mot, par une matière orgaiiLsable, mais incomplètement
organisée, et qu’elles démontrent, sinon une réaction convenable, au
moins un certain effort réparateur.
Tous les enfants que j’ai opérés offraient de ces tumeurs du genou
avec suppiu’ation dans la synoviale et formation de fongosités dans les
parties molles; tous étaient plus ou moins bouffis ou colorés, et ofûaient
les caractères de la constitution scrofuleuse, et non ceux d’une constitu¬
tion hectiipie.
Voici le détail de leurs observations :
01b. VI. Abcès froid de l’articulation du genou chez un enfant de
neuf ans; deux injections Irritantes d un mois de distance; peu d’inflam-
( 419 )
matton, fistules consécutives à la ponction promptement fermées, grande
amélioration. (Observation extraite de la thèse déjà citée de M. Martin.) —
Antoinette Houx, âgée de neuf ans, est entrée à l’IIôtel-Dieu de Lyon le
15 mats 18il,au n<>89 de la salle Saint-Paul; elle est affectée d’une inflam¬
mation chronique du genou gauche. Cette tille est d’un tempérament lym¬
phatique, d’une faible constitution; cependant elle n’a jamais eu de glandes
scrofuleuses. 11 y a six mois, elle eut une éruption de plaques rouges sur la
jambe droite; ces plaques disparurent au bout de trois jours. Quatre mois
après cette éruption, c’est-à-dire deux mois avant son entrée à l’hôpital, le
genou gauche devint le siège de quelques douleurs sourdes, et se gonfla con¬
sidérablement. Le mal ne l’a jamais empêchée de marcher ni d’exécuter fa¬
cilement les mouvements de flexion et d’extension.
Le 16 mars on ponctionne la tumeur; il sort du pus mêlé à du sang, et
on injecte de l’alcool à 32 degrés. La douleur est vive pendant une heure
seulement; la chaleur et le gonflement du genou augmentent.
!''■ avril. Le membre opéré est placé dans une gouttière : on fait des fric¬
tions avec la pommade iodee: la piqûre produite par le trocart est fermée
elle n’a jamais fourni de suppuration. Legenou est toujours voluhiineux; les
parties molles sont indurées, on sent une fluctuation profonde, la rotule est
soulevée; on exerce la compression avec des tours do bandes.
5 mai. La rotule n’est plus soulevée, on ne sent plus de fluctuation ; mais
l’cmpàtement persiste autour de la jointure. La [leau s’est écaillée sous l’iu-
Bueiice des frictions iodées, elle est plus chaude que celle du genou sain; la
malade ne ressent aucune douleur.
ïjuin. Elle commence à marcher. L’application d’un moxa sur l’articula¬
tion en a fait diminuer beaucoup le volume; néanmoins il s’est reformé du
liquide dans la synoviale, et l’on sent do la fluctuation à la partie interne
du genou.
On ponctionne de nouveau la tumeur, et on y injecte de la teinture d’iode.
La quantité de teinture employée peut être évaluée à 15 grammes. Cette
seconde injection n’est suivie d’aucun accident et ne détermine qu’une faible
réaction. L’ouverture faite par le trocart suppura jusqu’au 20 juin, et se
ferma ensuite complètement. La malade sortit de l’iiôpital le 20 du même
mois; son genou était dans un état satisfaisant; il n’y avait point de traces
de liquide dans la cavité synoviale; les mouvements s’exécutaient avec faci¬
lité et sans douleur. Toutefois il restait un peu d’empàUiment dans les par¬
ties molles, et de la raideur dans le genou, qui était un peu plus volumineux
que celui du côté opposé, à cause du gonflement des os. La malade partit
pour la campagne, marchant assez bien.
Obs. VIL Abcès froid du genou ches un enfant de sept ans : deux in¬
jections iodées à un mois quatre jours de distance; peu d’inflammation ;
fistules; amélioration très-sensible. (Observation extraite de la thèse de
M. Martin).—àlarie Notas, âgée de sept ans, d’un temi)crameut lymphatique,
entrée à l’hôpital le 7 mars 1811. Celte fille n’a jamais eu de maladie scrofu¬
leuse. Son genou est fléchi sur la cuisse; il est douloureux, on sent la fluc¬
tuation à la partie interne de l’articulation. Le mai existe depuis trois mois
sans qu’on ait pu en déterminer la cause, et depuis un mois la marche est
devenue presque impossible. A la partie interne du genou est un moxa qui
fournit une abondante suppuration.
( 420 )
Le il mars, On pratique la ponction de la tumeur : il en sort du pus séreux,
et on injecte de l’alcool à 32 degrés. La réaction est presque nulle.
Le 15 mars, ou fait uue nouvelle ponction et une nouvelle injection d'al¬
cool : l’opération ne s’accompagne d’aucun accident; on n’observe pas de
phénomènes cérébraux consécutifs; seulement il survient une légère inflam¬
mation, la peau devient rouge et luisante. On exerce une légère com¬
pression, depuis l’extrémité du membre jusqu’au-dessus de l’articulation.
Le 6 mai, la malade sort de l’Iiôpital dans l’état suivant :
Le genou est revenu è son état normal. La rotule, qui était adhérente aux
condyles, est parfaitement mobile, et n’a subi aucune déviation. On ne sent
plus de fluctuation. Les mouvements de flexion et d’extension s’exécutent
facilement et sans douleur. La malade marche avec aisance; son genou est
seulement un peu raide, tandis qu’auparavant la jambe était fléchie sur la
cuisse. La plaie produite par le nioxa est cicatrisée. li n’y a plus que la pi¬
qûre de la dernière ponction qui fournit encore un léger suintement séreux.
La santé générale est satisfaisante, la constitution même parait s’être amé¬
liorée.
Obs. VIIL Abcès froid de Varticulation du genou chez une fille âgée de
sept ans .- six injections irritantes; peu d'inflammation; très-grande
amélioration. ( Observation extraite de la thèse de M. Martin ). — Marie
Godet, ègée de sept ans, entre è la salle Saint-Vaul le 19 avril 18H.
Elle est d’un tempérament scrofuleux, elle a eu la teigne; ses lèvres et sa
face sont bouflies. Uepuis plusieurs années son genou droit présente une tu¬
meur énorme à la partie interne de l’articulation, dans laquelle on sent de
la fluctuation. Il existe à la partie interne de la jointure une cicatrice qui
annonce une ancienne ouverture du foyer. La peau du genou n’est ni plus
chaude, ni plus rouge que dans l’état normal; le tissu cellulaire et toutes
les parties molles sont empètés; les ligaments paraissent sains, car on ne
peut faire exécuter aux os aucun mouvement de latéralité; mais ceux-ci ont
changé de direction, de telle sorte que le genou se portant en dedans, le
tibia se trouve en dehors. La rotule, parfaitement mobile, est un peu déviée
à droite et en dehors. La malade n’a pas subi de traitement antérieur; elle
n’a jamais souffert beaucoup ni cessé de marcher.
Dans l’espace de trois mois, M. Bonnet lit six ponctions et six injections
irri^iites dans la cavité du genou, qui était remplie d’un pus séreux. Jamais
ces injections n’ont été suivies d’accident; les parois du foyer présentaient si
peu de réaction, qu*on a eu de la peine à obtenir une légère inflammation,
et celle-ci ne s’est jamais accompagnée de fièvre.
Les deux premières fois on injecte de la teinture d'iode en grande quan¬
tité : il ne se manifeste pas la moindre irritation, et la tumeur reste aussi vo¬
lumineuse qu’auparavant.
A la troisième ponction, le pus est coloré en jaune; on injecte une grande
quantité d’eau-de-vie saturée de camphre : il y a delà réaction. Quelquesjours
après, la plaie faite par le trocart laisse écouler une grande quantité de pus.
Les parois du foyer situé au-dessous du triceps se rapprochent et paraissent
se cicatriser. Mais l’articulation contient toujours du liquide, et deux ou-
verlures restées fistuleuses fournissent une abondante suppuration. Le genou
a * centimètres de circonférence de plus que celui du côté sain; la peau n’a
pas changé de couleur, elle n’est pas adhérente; le tissu cellulaire sous-cu¬
tané est toujours empâlt-.
(421 )
Le 1« juin, on injecta de la teinture d’iode : elle ne produisit qu’une fai¬
ble réaction; néanmoins le genou diminua de volume.
Le 9 juillet, on injecta du baume de Fioravenli : ce liquide, plus irritant
encore que la teinture d’iode, détermina une légère inflammation, car la clia-
leur augmenta, et la peau du genou devint rouge; mais il n’y eut pas de fiè¬
vre. La suppuration diminua de beaucoup, une des ouvertures lislulcuscs
s’était fermée.
Le 20 juillet, on injecta de la teinture d’iode pour la dernière fois : elle
ne produisit aucune réaction; mais, pendant quatre jours, il est sorti une
grande quantité de pus.
Au commencement du mois d’août, le genou était riesséelié, et les ouver¬
tures fistuleuses oblitérées. On ne sentait plus que quelques inégalités dures
à la place du vaste foyer qui était sous le triceps; dans le genou il n’y avait
plus aucune fluctuation, la flu.vion et rexteusion s’exécutaient comme dans
l’état normal. La santé générale s’est ensuite améliorée; la malade est sortie
presque complètement guérie, ii ne restait qu’un peu d’empûtement et de la
raideur dans le genou.
Les enfants dont je viens de citer les observations sont les seuls dont
j’aie traité les abcès par des injections irritantes ; les résultats que j’ai
obtenus chez eux sont assez semblables les uns aux autres pour être aisé¬
ment résumés.
Dans aucun cas les injections d’alcool pur ou d’alcool saturé d’iode
n’ont produit une inflammation intense ; celle-ci ne peut être comparée
à celle que les mêmes injections ont déterminée dans les hydartliroscs
des malades dont nous avmns cité précédemment les observations. Ce ré¬
sultat n’a rien qui doive étonner ; car d’une part la surface interne des
abcès, toujours recouverte de fausses membranes plus ou moins épais¬
ses, est moins sensible que la surface interne d’une synoviale affectée
simplement d’hydarthrosc ; de l’autre, et cette raison est à mes 3 'eux la
plus importante, la nature froide et inerte des scrofiüeux ne reçoit que
d’une manière incomplète l’action des iriitants; le feu, l’iode, le nitrate
d’argent, et plusieurs autres des médicaments qui produiraient chez des
hommes faits les irritations les plus dangereuses, sont pai-faitemeut sup¬
portés par eux.
Dureslc, quelle qu’en soit la cause, le peu d’inflammation (jui a succédé
aux injections ii-ritantcs dans les abcès froids du genou chez les enfants
ne s’est jamais démenti.
La piqûre produite par le trocai-t s’est quelquefois cicatrisée à la .suite
de la première ponction ; clic est toujours restée fisttdeu.se après les au¬
tres ponctions.
Cerésultat, qui tient sans doute aupende tendance qu’ont les inflamma¬
tions à devenir adhésives chez les scrofuleux, est bien différent de celui
( 422 )
que nous avons signalé dans les h)'darlhroscs, où la ponction n’a jamais
été suivie de fistules.
Quant aux ré.sultats curatifs, on voit qu’apres comme avant ces in¬
jections la maladie a toujours eu de la tendance à un état stationnaire;
l’on a toujours été obligé de revenir plusieurs fois à des injections qui
pussent ranimer l’activité languissante de ces abcès.
Le traitement a toujours duré de deux à trois mois, et, ce temps écoulé,
nous n’avions pas encore obtenu une guérison complète ; le mal avait
seulement éprouvé une grande diminution. Je ne doute pas que si l’on
employait la méthode dont j’ai fait usage, hors d’un hôpital, dans des
conditions hygiéniques favorables sous le rapport de l’air, de l’exercice
on de la nouiTiture, si l’on y joignait des traitements généraux appro¬
priés, et spccialeinent l’usage de l’iode en bains, on ne réussît à obtenu’
des guérisons complètes dans l’e.spacc de moins d’une année. Ce résultat
snppo.serait toutefois que l’clat général du malade lïit assez satisfaisant.
M. Martin a cité dans sa thèse l’observation de deux adultes dans les
genoux des({ucls j’avais pratiqué des injections iodées pour des abcès
froids. Ces observations sont encore trop peu nombreuses pour me per¬
mettre d’établir quelque proposition générale sur les résultats auxquels
on peut s’attendi'e, en opérant dans les conditions si variées que peuvent
présenter les abcès du genou chez les adultes. Je me contenterai de dire
epte, passé la (juinzième année, je crois la guérison beaucoup plus difficile
que dans renfance. Les os en contact avec du pus ont beaucoup plus de
tendance à se mortifier chez les adultes que chez les enfants, et en géné¬
ral les maladies articulaires sont, toutes choses égales d’ailleurs, plus
difficiles à guérir chez les premiers que chez les seconds.
Je remets donc à une autre époque le soin de développer la question
des injections irritantes dans les abcès aiticulaires des adidtes, et je me
contente de constater pour le moment les résultats que l’on peut obtenu-
des injections iodées dans les hydarthroses, à tous les-âges, et dans les
abcès froids des enfants, lorsqu’on les emploie avec des précautions con¬
venables.
BorfNET.
MÉMOIRE SUR LA BLÉPHAROPLASTIE.-AVANTAGES DE LA MÉTHODE DE CELSE
ET DE CERTAINS PROCÉDÉS POUR LA RÉPARATION DES PERTES DE SUS-.
STANCES DES DEUX PAUPIÈRES.-CAS EXCEPTIONNELS OU l’oN A DU RE-
COURUl A DES PROCÉDÉS! SPÉCI AUX.
Conune beaucoup d’autres découvertes ûnpbrtantes, l’autoplastie eut
son origine obscure et falndeuse. Quelques faits isolés et plus ou moins
( 423 )
bizarres de restauration du nez en constituèrent pendant bien longtemps
les uniques éléments, et ce ne fut à proprement parler que dans ces
dernières années qu’elle put être soumise à quelques préceptes géné¬
raux, et prendre rang pai'mi les opérations régulières de la chirurgie.
Depuis cette époque, l’autoplastie est devenue , de la part des prati¬
ciens, l’objet d’une étude particulière. et l’art de restaurer le nez, les
lèvres, les joues et les oreilles a fait, de nos jours surtout, des progrès
étonnants. De la face, cette branche opératoire a étendu ses ressources à
différentes parties du corps.
Les paupières seules, par une exclusion dont on a le droit de s’éton¬
ner, en considérant l’importance des fonctions de ces organes, et le rôle
qu’elles jouent dans l’expression de la physionomie, furent presque les
dernières à participer aux bienfaits de cet art réparateur. L’excision
en demi-lune de Dnpuytrcn, et celle en V avec suture, constituaient,
dans les cas d’ulcérations peu étendues, les seuls proeedés en usage, et
le temps n’est pas loin encore où l’art avait consacré comme une règle
de pratique essentielle : « que toutes les fois que les cancers cnvalûs-
« saient au delà de la moitié de la hauteur des paupières, il fallait, en
« même temps qu’on pratiquait l’excision, extiiqier l’œil, »
Ce précepte rigoureux est heureusement effacé de la science, et, grâce
aux tentatives hardies de ijuclqucs praticiens, l’art possède aujourd’hui
un certain nombre de restaurations plus ou moins complètes des paupiè¬
res. Dans aucune de ces operations la méthode italienne n’a pam sus¬
ceptible d’application.
En 1835 et 1837, Mùl. Jobert et Blandin pratiquèrent par la mé¬
thode indienne quelques opérations remarquables de restauration pres¬
que complète de la paupière inférieure, en détachant Icslanilieaiix, l’un
sur la joue du côté du nez, l’autre près de la pommette. D’autres opé¬
rations semblables ont été aussi pratiquées depuis par ces memes prati¬
ciens et quelques antres, d’après les mêmes règles, et de cette manière
l’application de la méthode indienne à la blépharoplastie est demeurée
complètement exclusive.
A la vérité cette médiode est exempte d’un inconvénient très-essentiel
reproché en général à la méthode de Celse, méthode par glissement ou
par simple déplacement de lambeau, méthode française comme on vou¬
dra l’appeler. Cet inconvénient consiste dans l’abaissement à la longue
du lambeau, par suite de la rétraction des parties déplacées. Mais outre
que cet inconvénient, le seul _qu’on puisse théoriquement peut-être
adi-esser avec raison à la méthode française, peut être sûrement évité à
l’aide de quelques précautions conseillées dans le Manuel, et à la suite
de l’opération, la méthode indienne, à son tour, en présente un autre.
( 424 )
presque aussi essentiel selon nous, et qui consiste dans le roulement sur
lui-même du lambeau trop détaché, lequel le plus souvent ne forme plus
au devant de l’œil qu’un tubercule immobile adhérant à la conjonctive,
ti'ès-saillant et incapable de protéger l’organe.
En outre de ces circonstances, la méthode indienne le cède incon¬
testablement à la méthode française, en ce que celle-ci , 1® présente in¬
finiment plus de simplicité dans l’exécution ; 2“ ne laisse point, comme
la méthode indienne, de nouvelle plaie à fermer, ce qui constitue, à
propremeut parler, deux opérations au lieu d’une, et donne lieu, se¬
lon l’endroit où le lambeau a été pris, à une rétraction susceptible d’en¬
traîner, comme dans la méthode par déplacement, l’abaissement jusqu’à
un certain point de la nouvelle paupière ; 3® en ce qu’elle expose iidini-
nient moins aux accidents nerveux et inflammatoires ; 4® en ce qu’elle
est surtout complètement exempte des cbances de gangrène, qui non-
seulement rend inutile l’opération, mais même dans quehpies cas met
dans l’impossibilité d’en pratnjuer une seconde ; 5" enfin, en ce qu’elle
ne détermine, comme la méthode imbenne, aucune difformité, ne donne
lieu à aucune crête sadlantc, qui nécessite' souvent une troisième petite
operation pour sectionner et recoller le pédicide, ne s’accompagne d’au¬
cune proéminence sensible de la partie créée tau-dessus du niveau des
parties voisines, lesquelles restent toujours dans leur position re.spective,
conservent, de cette manière, à la nouvelle paupière une ressemblance
presque parfaite, et ne laissent sur la face presque aucune cicatrice ap¬
parente.
Déjà dans deux mémoires ou figuraient quelques obsen'ations prati¬
ques assez remarijuablcs communitjuces à la Société médicale de la Sendi’e,
aux mois de février 1840 et novemlire 1841, nous nous étions efforcé
de développer toutes ces considérations, d’établir en même temjis, à
l’aide de quelques procédés que nous proposions, les avantages de la mé¬
thode par glissement des lambeaux, appliquée d’une manière générale
à la blépharoplastie. Depuis cette époque, de nouvelles restaïu'ations plus
ou moins complètes des paupières ayant été aussi prathpiées par nous
par cette méthode, et d’après des procédés qui nous sont particuliers.
nous avons cm de quelque intérêt de résumer tous ces faits, non encore
publiés, pour les soumettre au jugement des praticiens, et fixer davan¬
tage leiu’ attention sur la valeur d’une méthode trop injustement dé¬
daignée, selon nous, dans cette partie de l’autoplastie faciale.
Obs, I. Restauration de la paupière inférieure droite et d'une partie de la
supérieure, par simple glissement de lambeau pris sur la face. — La femme
Rié, de Grezae, n'a jamais eu d’enfants. Agée do cinquante-huit ans, elle
avait cessé d’être réglée depuis dix ans. Quelques années avant cette épo-
( 425 )
que, elle avait déjà été atteinte d’une légère ulcération du bord libre de la
paupière inférieure droite, qui avait été alors, dit-elle, guérie en peu de
temps par l’insufilation d’une poudre grisâtre qu’on lui avait conseillée. Il y
a trois ans, il se forma de nouveau, sur le bord libre de la même paupière,
plusieurs petits tubercules qui ne tardèrent pas à s’ulcérer, à se réunir et à
envahir tout l'organe. Depuis six mois surtout, le mal avait fait des progrès
très-rapides.
Voici l’état dans lequel il était lorsque je fus appelé à l’examiner. La pau-
juère était entièrement détruite jusqu’à sa base. En dedans, l’ulcération avait
dépassé le niveau de la paupière supérieure, et s’étendait en haut sur la
racine du nez, jusciue près du sourcil. Les tissus formant le fond de cet ulcèrq
représentaient une espèce de cordon très-dur etendu depuis le nez jusqu’à
la tempe. En le soulevant avec les doigts, il était facile de voir qu’il n’avait
encore contracté avec les parties osseuses aucune adhérence. La caroncule
lacrymale était très-rouge et paraissait malade, ainsi que le tendon de l’or-
biculaire. En pressant sur le sac lacrymal, il en sortait un liquide purulent;
les larmes coulaient sur la joue. L’irritation légère dont la conjonctive ocu¬
laire était lu siège ne me parut toutefois devoir être attribuée qu’à un effet
sympathique par contiguïté de tissus, et surtout à l'action de l’air agissant
continuellement sur cette partie. La malade, qui jusqu’à ce moment n’avait
jamais cru à la possibilité d’une guérison, ayant adopté tout d’abord l’opé¬
ration que je lui proposais, celle-ci fut pratiquée deux jours après, le 6 dé¬
cembre 1839, avec l’assistance de notre confrère Laurent, do Cozes. 1» En¬
lever toutes les parties affectées, 2» réparer à t’aide des parties voisines la
perle de substance résultant de celte excision, telles nous parurent dans ce
cas les indications à remplir.
La malade, assise sur une chaise, la tète assujettie par un aide, l’ouver¬
ture des paupières fut agrandie au moyen d’une incision, de quatre centimètres
environ, dirigée sur la tempe et pratiquée à l’aide d’un bistouri très-étroit,
enfoncé en arrière de la commissure, de manière à diriger les téguments de
dedans en dehors, en laissant en dessous toutes les parties ulcérées.
La commissure interne fut également agrandie par une deuxième petite
incision de deux centimètres environ, passant au-dessus du tendon de l’or-
biculaire et dirigée en haut vers la racine du nez.
Enlin une troisième incision semi-elliptique, partant de l’extrémité pos¬
térieure de l’incision de la tempe jusqu’au niveau du canal nasal, et remon¬
tant de là le long du nez dans une direction verticale pour se réunir à la divi¬
sion interne, acheva de circonscrire toutes les parties malades.
Celles-ci furent disséquées de bas en haut, et de la tempe vers le nez jus¬
qu’aux graisses de l’orbite, avec précaution de ne pas blesser le globe de
l’œil. De petits ciseaux courbes achevèrent de détacher ces parties de la con¬
jonctive oculaire, de laquelle j’excisai en même temps tout ce qu’il me fut
possible. Le sac lacrymal, la caroncule lacrymale et le tendon du palpébral
ne furent pas non plus ménagés. Les petits vaisseaux ouverts dans cette di¬
rection fournirent beaucoup de sang, et n’exigèrent cependant l’emploi d’au¬
cune ligature.
Le globe de l’œil, privéde tou tes ses adhérences inférieures, restait comme
suspendu.
L’ablation de toutes les parties malades achevée, il me parut prudent de
plonger dans le canal nasal un petit pinceau de charpie imbibé d'une solu-
( 426 )
lion de nitrate d’argent, ’i’oici cemment je procédai à la restauration de la
perte de substance.
Une incision Terticale, partant de l’incision sous-orbitaire au-dessous du
canal nasal, fut dirigée en bas, le long de la racine du nez jusqu’au niveau
do l’ouverture de la narine, de manière à former avec les téguments de la
joue un lambeau triangulaire ayant sou sommet dirigé en haut et en dedans,
et sa base adhérente au côté de la face.
La dissection de ce lambeau détaché de la pommette fut prolongée en bas
jusqu’au repli de la membrane buccale sans l’intéresser. Dans celte dissec¬
tion, nous eûmes la précaution de diviser-d’un seul coup le faisceau des
yaissoaux et des nerfs qui sortent du trou sous-orbitaire. Ici encore il suffit,
pour arrêter l’écoulement du sang fourni par ces vaisseaux, du simple frois¬
sement de leurs parois.
Le lambeau, ainsi détaché, jusqu’à sa base, des os qu’il recouvrait, fut
ensuite remonté par un simple glissement jusqu’à la racine du nez, où son
sommet fut lixé, par un point de suture entrecoupée, dans l’angle rentrant
formé au-dessous du sourcil par l’excision des parties.
La commissure externe fut également réunie par un fil simple, placé un
peu eu dedans du rebord orbitaire, et deux épingles fixées sur la tempo.
Enfin trois autres points de suture entortillée, pratiqués de môme avec des
épingles sur le côté du nez, achevèrent la réunion des parties.
En se représentant la disposition du lambeau et le déplacement qu’il a dû
subir, il est facile de voir qu’il dut recouwir d’nne manière très-exacte la
portion de l’orbite et le globe de l’œil mis à nu par l’opération.
Les extrémités des épingles ayant été un peu relevées, à cause de la saillie
du nez, rognées et garnies de diachylon et de petites compresses pour pro¬
téger les parties, tout le côté de la face fut recouvert d’un bandage unissant
en forme do croissant, formé de plusieurs pièces inégales et superposées de
sparadrap adhésif et attiré à l’aide de rubans vers le sommet de la tête, de
manière à tenir relevée la nouvelle paupière, à soutenir les points de suture
et en favoriser l’action.
L’appareil fut complété par l’application d’un petit gâteau de charpie rà-
I)ée entre les paupières, d’autres pluma.sseaux de charpie disposés autour
des points de suture, et le bandage monocle.
Diète, tisanes délayantes, trois saignées à douze-heures d’intervalle, pé-
diluves alcalins, lavement salé. La fièvre a été peu intense, la céphalalgie
modérée, les douleurs orbitaires supportables.
La levée de l’appareil eut lieu le cinquième jour. La réunion était déjà
partout complète; une légère ulcération existait seulement autour des fils,
tandis que les épingles n’en avaient déterminé aucune. C’est une observa¬
tion que j’ai faite souvent : en pratique, elle me semble d’une certaine con¬
sidération.
L’onverture des paupières m’ayant paru uu peu étroite, je crus devoir
déchirer un iwu la cicatrice qui correspondait en arrière au premier point
de suture.
Quoique déi)ourvue de cartilage, la nouvelle paupière ne s’était point
affaissée; son bord libre, recouvert de bourgeons charnus d'un bon aspect,
donnait lieu à une bonne suppuration. Les débris de la conjonctive formaient
autour de la cornée un bourrelet très-rouge.
Les épingles, coupées aussi près que possible des parties, furent enlevées
( 427 )
sans toucher aux lils. Ceux-ci, collés par le sang, forment dans tous les cas
le meilleur agglutinalif.
L’appareil fut rétabli, du reste, comme la première fois. Dans les panse¬
ments suivants, la conjonctive oculaire continuant à présenter de la rou¬
geur et un aspect variqueux, résultat du délabrement exercé par l’opéra¬
tion sur les vaisseaux de cette membrane, je crus necessaire de la cautériser
quelquefois, ainsi que le bord de la paupière, avec le nitrate d’argent.
La guérison était parfaite le quinzième jour ; néanmoins l’usage du
bandage unissant fnt continué plusieurs semaines encore, pour s’oppo¬
ser à la rétraction des tissus, et par suite à l’affaissement de la nouvelle
paupière. Grâce à celte précaution, sans doute indispensable après le
procédé particulier que j’avais emplojn, cette paupière est restée en
place, et aujourd’hui encore, plus de trente mois après l’opération, elle
remonte assez haut pour bien protéger le globe de l’œil, qu’elle cache
même un peu. Sa base adhère au tissu cellulaire de l’orbite, et sa face
interne est recouverte d’une membrane lisse, d’apparence évidemment
muqueuse. Ce qui est très-heureux aussi,, c’est que malgré les désordres
occasionnés aux conduits des larmes, celles-ci cependant ne coulent point
sur la joue. Les cicatrices de la tempe et du nez, confondues avec les
rides qui existent naturellement sur ces parties, sont tout à fait imper¬
ceptibles. Les mouvements de la nouvelle paupière sont également aussi
parfaits que possible, et la disposition anatomique des fibres musculaires
autour de l’orbite explique assez, en effet, que le procédé que j’emploie,
outre ses autres avantages sous le rapport de l’exécution, ménageant
plus que tout autre ces faisceaux musculaires, leur permet aussi plus
sûrement de consciTer l’intégrité de leurs fonctions.
Obs. II. Tumeur cancéreuse. Ablation de la paupière inférieure gau¬
che et d’une partie des téguments de la face. Restauration des parties par
simple glissement de lambeau. Guérison. — La Qlle Gaborit, doThamès,
âgée de soixante-sept ans, eut sur le bord libre de la paupière inférieure
gauche un petit tubercule de la grosseur d’un pois, qu’elle excisa. Par suite
de cette opération, la petite tumeur ayant, dit-elle,-disparu pendant six
mois, commença de nouveau à se développer, et acquit au bout.de quelques
semaines un volume considérable.
Lorsque je fus appelé à l’examiner, elle était de la grosseur d’un œuf,
dont elle présentait la forme d’une manière assez exacte. Un peu aplatie
seulement d’avant en arrière, elle était placée de telle façon que sa grosse
extrémité, qui occupait toute l’étendue de la paupière inférieure, remontait
au-devant du globe oculaire, qu’elle cachait entièrement, et son sommet se
terminait en bas, au-dessous de l’aile du nez. Ses adhérences occupaient
toute sa face postérieure. Elle était du reste parfaitement mobile, et l’œil,
baigné seulement par la sécrétion purulente de la paupière, était évidem¬
ment sain.
Cette Uile, qui était venue me consulter quoique d’assez loin, était d’a-
( 428 )
Tance décidée à l’opération, et voulut qu’elle fût pratiquée sur-le-champ, le
29 janvier 1811. Le docteur Laurent voulut bien m’assister encore dans cette
opération. V’oici comment je procédai.
Une incision fut pratiquée d’abord en dedans, le long du nez, depuis le
tendon du palpébral jusques au-dessous de la tumeur.
Celle-ci fut cernée de même en dehors par une seconde incision se réu¬
nissant en bas, sous forme d’un V, à la précédente, et pratiquée avec un
l)islouri très-étroit, enfoncé de liant en bas, entre la paupière et le globe de
l’œil, de manière à agir d’arrière en avant.
Une dissection de haut en bas, avec précaution d’enlever de la conjonc¬
tive oculaire toutes les portions qu’on pouvait soupçonner malades, acheva
enfin de détacher la tumeur en arrière.
L’ablation achevée, il restait, comme on voit, une plaie triangulaire dont
la base embrassait toute la demi-circonférenre inférieure de l’orbite, et dont
le sommet se terminait en bas, au-dessus de la lèvre supérieure.
Deux ou trois cils, dépendant de la paupière enlevée, restaient seulement
en dehors, au-dessous de la commissure.
Le sac lacrymal, enlevé en partie dans la dissection , fut soumis à une
légère cautérisation par le nitrate d’argent, et l’écoulement du sang arrêté
liar le simple froissement des vaisseaux nombreux intéressés dans l’opéra-
Le procédé employé pour former une nouvelle paupière, et com¬
bler l’énorme jierte de substance existant sur la face par suite de l’opération,
fut à peu de chose près le même auquel j’avais eu recours déjà dans la pre¬
mière opération.
Ainsi l’ouverture des paupières fut prolongée de môme dans toute l’éten¬
due de la région temporale, jtistiu’à la racine des cheveux, à l’aide d’un
bistouri très-étroit enfoncé derrière la commissure, de manière à donner
en môme temps à ta division une forme légèrement concave supérieurement
pour permettre au lambeau de mieux s’appliquer au contour de l’orbite.
Toutes les parties recouvrant la partie inférieure de la tempe à la joue
ayant ensuite été disséquées avec les précautions indiquées dans la précé¬
dente observation, il en résulta un lambeau à base très-large, libre seule¬
ment en haut et en dedans, adhérent en arrière, et que l’élasticité des tissus
de la face permit cependant de faire glisser sans peine, au-devant de l’orbite,
jusqu’à la racine du nez, de manière à rccouwir sans trop de tiraillement'
toute la perte de substance, et sans qu’il fût besoin de pratiquer en arrière
sur la tempe une nouvelle incision pour rendre le lambeau plus libre, ce
que j’avais cru d’avance et ce que je crois indispensable de faire, dans la
plupart des eas, pour obtenir une coaptation exacte.
Le lambeau ainsi appliqué fut maintenu en place au moyen d’un point du
suture simple qui fixait son sommet dans l’angle externe de l’œil, près de
la racine du nez, et trois épingles placées sur les côtés de cet organe.
Trois épingles servirent également à le réunir en dehors à la paupière
supérieure et sur la tempe.
L’angle de l’œil rempli d’un petit bourdonne! de charpie mollette, de ma¬
nière à établir une légère compression sur la pointe du lambeau et rendre
son application plus exacte dans l’enfoncement qui se trouve dans cet en¬
droit, la joue et la tempo furent recouvertes du bandage adhésif que j’ai déjà
fait connaître, et l’appareil complété par le bandage monocle. (Diète, tisanes
délayantes, saignées, lavements et pédiluves salés.)
Les épingles furent enlevées le quatrième jour. Le iambeau était partout
adhérent, excepté au sommet, où le fil simple avait donné lieu à un peu de
suppuration sans avoir cependant coupé les parties.
L’extrémité interne de la nouvelle paupière, décollée en arrière, offrait
ainsi, après le fil ôté, un petit appendice mobile flottant au-devant du sac
lacrymal, qui s’abaissait lorsqu’on appuyait au-dessous avec l’extrémilé du
doigt, mais qui dans l'état ordinaire recouvrait entièrement la plaie.
De légères cautérisations, aidées d’une douce compression etdel’emplùtre
adhésif continué sur la joue, amenèrent en peu de jours le recollement com¬
plet de cet appendice, sans difformité.
Les causes qui dans cet endroit ont empêché la réunion immédiate d’avoir
lieu, et auxquelles, comme on le voit, était complètement étranger le défaut
de laxité du lambeau, me semblent être les suivantes :
1" La suture par le fil simple, sur les inconvénients de laquelle je me suis
déjà prononcé dans l’observation première.
Ces inconvénients me paraissent tels en effet, que dans les cas où la saillie
du nez rendrait tout à fait impossible l’emploi des tiges métalliques, je
croirais préférable de m’en tenir à la compression aidée des bandelettes adhé-
2» L’élimination des petites escharres résultant de la cautérisation exercée
sur le sac lacrymal.
3“ L’accumulation des larmes dans l’angle interne de l’œil, l’état du canal
nasal ne leur permettant pas de suivre tout d’abord leur cours naturel.
t» Enfin la conservation d’une petite portion de l’ancienne paupière, dont
la différence des tissus avec ceux du nez a dû être un obstacle à leur réu¬
nion. Aussi mieux eût-il valu peut-être sacrifier entièrement dans l’opéra¬
tion cette petite portion du voile palpébral équivalant à peine à un milli¬
mètre.
Il est vrai de dire néanmoins, d’un autre côté, que depuis la réunion
opérée, cette si petite portion de l’ancienne paupière a semblé, par un travail
que l’expérience a souvent constaté, prendre un peu plus de développe¬
ment, et donner à celle nouvellement formée une plus grande consistance.
Malgré la solidité des adhérences, qui dès le dixième jour unissaient par¬
tout le lambeau aux parties voisines, le bandage unissant de la joue n’en
fut pas moins continué plus de trois semaines encore. Quoique presque en¬
tièrement dépourvue de cils, la nouvelle paupière est d’ailleurs parfaitement
organisée et n’a subi encore évidemment aucune rétraction bien considé¬
rable.
Elle n’offre, ainsi que la conjonctive oculaire, aucune trace de rougeur et
d’ulcération.
La cicatrice le long du nez, confondue avec le sillon qui sépare cette
partie de la joue, est tout à fait imperceptible, et celle de la tempe, confon¬
due de même avec les rides qui continuent en arrière la commissure des
laupières, est également insensible, et pourrait dans tous les cas, chez les
femmes surtout, être facilement cachée par les cheveux, avantage que ne
présentent pas les cicatrices existant sur la face à la suite des autres pro¬
cédés en usage.
Dans ce cas, comme dans le premier que j’ai rapporté, les larmes
ont repris leur cours. Quant aux mouvements très-peu essentiels d’ail-
( 430 )
leurs pour la paupière inferieure, et auxquels peuvent même, jusqu’à
un certain point, suppléer ceux de la partie supérieiu’c de la face, ils
sont resté, ici comme cliez notre première opérée, presque aussi pro¬
noncés que ceux des paupières normalement confonnées. Et il est facile
de comprendi’e, comme nous l’avons dit, combien ce procédé que nous
employons doit l’emporter sous ce rapport sur les autres procédés à lam¬
beaux disséqués de toutes pièces, et rapportés de très-loin; car il est évi¬
dent que dans ces procédés les fibres musculaires qui entourent l’orbite
restent complètement en dehors du lambeau dont elles servent tout au
plus à former le pédicule, tandis ijiie, dans notre manière de faire, le
faisceau du palpébi'al qui avoisine la perte de substance est rapporté tout
entier au contour de l’orbite.
Obs. in. Tumeur lacrymale. —Désorganisation du sac lacrymal et de
la partie interne de la paupière inférieure droite par l’action d'un caus¬
tique .— Guérison de la fistule lacrymale par une canule particulière. —
Restauration de la paupière par glissement du lambeau pris sur le côté
correspondant du nez. — La femme Grand, de Sennusac, portait depuis
longtemps à Twil droit nue tumeur lacrymale qui s'enflammait parfois, et
qu’elle voulut guérir par l’application d’un caustique que lui avait donné un
empirique. L’action en fut tellement violente que l’oeil devint en proie à
une très-vive intlainmation, et la face à un érysipèle considérable. Le sac
lacrymal fut détruit, et toute la partie interne de la paupière inférieure, équi¬
valant au liera au moins de son étendue transversale, tomba en gangrène. II
resta ainsi en avant du canal nasal une dépression demi-circulaire d’un cen¬
timètre d’étendue environ, donnant lieu à l’écoulement des larmes sm* la
joue, et accès à l’air sur le globe do roeli.
Dans ce cas, la réparation de la perle de substance de la paupière ne pou¬
vant avoir lieu avec certitude qn’après le rétablissement du cours naturel
des larmes, ces deux indications, évidemment, no pouvaient être remplies
que par deux opérations successives et distinctes.
1“ Traitement de la fistule lacrymale. —L’opération de la fistule lacry¬
male eut lieu au moyen d’une eannule on or, de forme appropriée à ce cas
particulier. — Le bord antérieur du pavillon était un peu relevé et d’une
étendue transversale de près d’un demi-pouce, de manière à soutenir par son
extrémité, dont les angles étaient un peu arrondis, la portion flottante de la
paupière sur laquelle elle appuyait. Le bord postérieur, au contraire, très-
court et disposé en forme d’entonnoir pour mieux s’appliquer à l’orifice du
canal osseux, était seulement creusé d’une petite gouttière pour mieux re¬
cueillir les larmes et les diriger dans le nez.
Au bout de quelques semaines, le canal nasal était snllisanimcnt dilaté,
et le cours des larmes rétabli. J’essayai alors, de la manière suivante, à re¬
médier à la perte de substance de la paupière.
2“ Restauration de la paupière. —Un petit lambeau triangulaire ayant
son sommet en bas adhérent à l’aile du nez fut détaché de cet organe et in¬
cliné en dehors, au-devant du sac laci-ytnal, vers la portion flottante de la
paupière inférieure. La perle de substance, dont les Imrds avaient été pri-
( 431 )
mitivement rafraîchis et disséqués dans une petite étendue, se trouvait ainsi
recouverte d’une manière complète par le lambeau.
Deux très-petites épingles, placées l’une au-dessus de l’autre, servirent à
réunir ces parties. — La plaie du nez, restée à découvert, fut pansée sim¬
plement. De petites bandelettes de taffetas gommé, et une douce compres¬
sion avec un peu d’agaric et de charpie fine, eurent pour but de favoriser la
réunion et de s’opposer à la rétraction des parties. Cette opération eut lieu
le 15.
A la levée du premier appareil, qui eut lieu le (luatriènie jour, la réunion
était partout complète; néanmoins, les fils de la suture, l’appareil com¬
pressif et les bandelettes adhésives furent maintenus en place plusieurs
jours encore. La plaie du nez s’est recouverte assez rapidement d’une cica¬
trice mince, sans que pour cela le lambeau ait paru éprouver de rétraction
sensible.
La malade a conservé un épiphora, ce qu’expliquent facilement les dés¬
ordres occasionnés dans les voies lacrymales ; mais la fistule et la tumeur
ne se sont pas reproduites.
Ces opérations, suivies de succès, et choisies parmi (juehjues autres
pratiquées aussi sur la paupière inférieure d’après le meme procédé,
m’ont paru, sous ce rapport, douées d’un certain intérêt, et de nature à
fournir quelques préceptes généraux pour les auü-cs opérations du même
geiu-e.
En 1836, M. Michelet de Pons, dans une ohsciTation qui se trouve
relatée dans le Bulletin général de Thérapeutique du mois d’ociohre
1837, avait aussi déjà, par un procédé qui ne diffère de celui que je
viens d’indiquer pour la pai-tie interne de la paupière inférieure que par
la forme quadrilatère qu’il doiuie à son lamheau, remédié avec un suc¬
cès presque complet à la perte de substance de la partie externe de cette
même paupière.
Une rétraction assez considérable eut lieu à la suite de celte opéra¬
tion.
Notre confrère l’attribue uniquement à la tendance qu’ont natmelle-
ment les parties à reprendre leur place, et à la différence de tissius dont
se composent le lambeau et la paupière, coiuUtiou qui sc prête mal à
leur réunion. Les raisons physiologiques qu’il donne de ce déplacement
sont assurément très-puissantes; mais nous n’eu sommes pas moins porté
à croire que la forme quadrilatère du lambeau (jii’il a adoptée, et qtii,
par le tb-aillcment exercé à sa base, lui empêche de s’incliner vers la
paupière avec autant de facilité, est aus.si de nature à favoriser cet ac¬
cident.
Ce motif nous porte à donner de préférence au latubeau une forme
triangulaire ou trapézoïde, en inclinant davantage au-dessous de l’orbite,
et en prolongeant plus bas, selon le précepte général de Lisfranc, l’inci-
( 432 )
sion qui doit le borner en dedans ou en dehors, dans le cas de restaura¬
tion interne ou externe de la paupière inférieure.
Il est vrai qu’en prescrivant ainsi de rétrécir' le pédicule, nous pai'aî-
trons peut-être en opposition avec un principe général en autoplastie,
propre surtout à la méthode du ghssement, et que nous semhlous nous-
même avoir eu en vue de suivre (quoique dans un but tout différent)
dans nos opérations de restaurations totales, celui de conserver le lam¬
beau adhérent dans une très-gi-ande étendue, pour mieux eu assurer la
nutrition. Mais si la méthode indienne, avec les procédés ordinaires
dans lesquels le lambeau n’a qu’un pédicule extrêmement étroit, au¬
quel on fait suliir en outre un mouvement de renversement et de torsion
pour pouvoir l’appliquer, offre encore des chances de vitalité sufTisantc,
à plus forte raison doit-on conserver peu de craintes sous ce rapport
lorsque ce pédicule est plus large, ne change presque pas de place et n’a
aucune torsion à éprouver.
Pour nous, en effet, ce qui nous a engagé, dans nos deux opérations
de restaurations totales (cl dans celles-ci seidement), à ne pas pratiquer
d’incisions en arrière, les parties offrant d’ailleurs assez de laxité pour
pouvoir êti’e rapprochées et réunies sans trop de tiraillement, c’est par¬
ticulièrement afin que le lambeau, mieux soutenu en haut .sur la tempe,
puisse aussi se maintenir plus facilement au-devant de l’orbite et s’op¬
poser au renversement de la nouvelle paupière.
Il a doue été pratiqué, comme on le voit, jusqu’ici, par la méthode
du glissement, méthode de Gelse, et par le même procédé à peu près,
une restauration de la partie externe de la paupière inférieure par M. Mi¬
chelet, et par nous une restauration de la partie interne de cette pau¬
pière, et deux répai-ations totales.
Resterait donc, pom- ramener aux mêmes règles, aux mêmes préceptes
généraux, toutes les indications exigées par les pertes de substance de la_
paupière inférieure, de pouvoir remédier de la même man:èrc à celles
qui occuperaient la partie moyenne de cet organe.
Or, ce moyen coasisterait, selon nous, à appliquer tout simplement à
cette restauration de la partie moyenne de la paupière, le même procédé
que pour la partie externe : pour cela, on agrandii'ait de la même ma¬
niéré la conuiiissiire externe par une incision homontale prolongée sur
la tempe. On en pratiquerait de même une en arrière, dirigée oblique¬
ment vers la joue, de manière à cii'couscrire un lambeau en forme de
triangle ou de trapèze, et on détacherait de l’orbite la portion externe
de la paupière, afin de pouvoir la rapprocher du centi-c et la mettre en
contact avec la partie interne. On pourrait ici, avec plus de perfection
encore, au lieu de détacher seulement de l’orbite la portion externe de
( 433 )
la paupière avec la muqueuse qui la tapisse, disséquer avec soin cette
membrane, poui- conserver ses insertions à l’œil et l’appliquer aux par¬
ties qui doivent être rapportées en dehors. Cette manière de faire, plus
délicate à la vérité, offrii’ait peut-être, en revanche, plus de régularité
et de garantie contre la rétraction.
Quoi qu’il en soit, il est facile de voir, par ce procédé, que la partie
moyenne de la paupière enlevée se trouve ainsi remplacée par la partie
externe, et celle-ci par des parties nouvelles empruntées à la tempe.
Par ce moyen, on n’aurait évidemment qu’un seul procédé pour les
réparations de la partie moyenne et de la partie externe de la paupière
inférieure, et ce procédé, à part le léger inconvénient de détruire, dans
ce dernier cas, les adhérences naturelles d’une portion de la paupière,
pour lui en fane contracter de nouvelles en dedans, offrirait d’ailleurs
les mêmes avantages d’un lambeau également bien nourri, d’une exécu¬
tion également facile et d’une cicatrisation réguhère.
Si ce procédé est possible pour la réparation de la totalité de la pau¬
pière; si, dans ce cas, les téguments de la face et de la tempe offrent le
plus souvent assez de laxité pour pouvoir, même sans incision en ai’rière,
permettre au lambeau de recouvrir toute la perte de substance, à plus
forte raison devra-t-il suffire quand il ne s’agit que d’une portion à ré¬
parer.
Ce procédé nous parait surtout de beaucoup préférable à celui dont
nous avions d’abord conçu l’idée, et qui consistait à remplacer l’incision
ordinaire en V, destinée à circonscrire la maladie, par une incision rec
tangulaire, dont on prolongeait ensuite verticalement sm.’ la joue les
deux incisions latérales, de manière à détacher im lambeau de la forme
d’un rectangle, adhérent en bas, et qu’on remontait jusqu’au niveau
des deux portions restantes de la paupière inférieure pour l’y fixer au ■
moyen d’épingles disposées de chaque côté.
Ce procédé, un des moins satisfaisants évidemment, à cause des cica¬
trices vicieuses qn’il laisserait sur la partie de la face la plus apparente,
serait aussi, malgré l’application soutenue du bandage unissant, plus
propre que tout autre à favoriser la rétraction des tissus, et par suite le
renversement de la paupière, le point de traction se trouvant placé tout
à fait en bas, dans la partie de la face la plus mobile.
Dans un second article, nous nous occuperons de la blépharoplastie
de la paupière supérieure, et rapporterons plusieurs exemples de restau¬
rations partielles ou totales de cette partie.
Guiixon, D. M.
A Cozes (Charenle-Inférleure).
TOME XXm. 14' LIT,
( 434 )
DN MOT SUR UNE NOUVELLE PATE CAUSTIQUE AVEC LE SULFATE DE
CUIVRE, ET SUR SON EMPLOI DANS QUELQUES AFFECTIONS CHIRURGI-
Le sulfate de cuivre n’est guère employé de nos jours comme caus¬
tique. Son principal usage consiste en collyres et en injections, et en¬
core , dans ces cas, doivent-elles être considérées comme astringentes,
détersives, styptiques même, plutôt que comme cautérisantes.— Ce n’est
pas la peine de parler de l’emploi que l’on en fait pour cautériser les
aplitlies, les chancres, attendu que le nitrate d’argent peut le suppléer
avaiitagcusenient, et que l’on n’emploie guère que ce dernier. Mais il
est une pâte caastique que l’on fait avec le sulfate de cuivre, dont la com¬
position ne se trouve, je crois, dans aucun formulaire, et qui cependant
nie paraît bien mériter d’être connue.
Si, en effet, on réduit en poudre le sulfate de cuivre, et que l’on en
délaye une certaine quantité avec un jaune d’œuf jusqu’à consistance de
pâte molle, on obtient un mélange de très-beau vert de feuille, qui jouit
de propriétés caustiques, et dont voici les effets ! quand on en applique
une rondelle sur la peau, après l’avoir étendue sur un petit plumasseau
de charpie, ou sur un morceau de linge ou de sparadrap, une vive ex¬
citation se produit bientôt sur la pai'tie ; on en voit tout le pom’tour se
iluxioiiner un peu et rougir; la partie qui est eu contact avec la pâte
cautérisante devient le siège d’une douleur assez vive, qui cesse au bout
de trois ou quatre heures. C’est qu’alors l’efTet caustique est produit,
lairsque, effectivement, on enlève l’appareil quelque temps après, on
s’aperçoit que la partie qui a été touché eest devenue grisâtre et esebanf-
fiée; seulement l’escharre n’esl point pi'ofonde comme elle l’est avec la
plupart des autres caustiques, et lorsqu’elle s’est détachée, il n’en résulte
jamais de ces cicatrices vicieuses que l’on remarque souvent après les
auti es cautérisations ; quelque temps après, la trace du caustique est
imperceptible. Celte précieuse quaüténous porte à attacher une grande
ûnpnrtancc à ce caustique. On sait, en effet, qu’il est quelques ma¬
ladies qui, comme la pustule maligne, doivent être cautérisées pour
en arrêter la marche désorganisatrice; or, on se sert ordinairement du
cautère actuel, ou bien, si l’on s’adresse à des cautères potentiels, ou eu
choisit qui aient assez d’action pour désorganiser le mal en escbarrifiantles
tissus à une certaine profondeur. Que s’ensuit-il de là? c’est que lorsque
la solution de continuité qui succède à la chute des escharres est cicatrisée,
il en reste une trace indestructible, savoir, des cicatrices défectueuses.
Que maintenant la pustule maligne se soit déclarée à la figure, au cou,
(436)
aux Bjains, combien désagi'éables ne seront pas ces cicatrices sin" des
parties dn corps naturellement découvertes! Or, avec la pâte de vitriol
bleu, on évitera fi’équemment cet inconvénient majeur. En voici un fait
observé par nous à l’Hôtel-Dieu, ü y a déjà deux années : il se rapporte
à un cas de pustule maligne qui, développée sur la figure d’un militaire,
fut traitée avec celte pâte caurérisantc sans aucune tr ace de cicatrice.
Pustule maligne à la figure, traitée et guérie sans cicatrices
avec la pâte de vitriol bleu.
Le 20 août 1839, nous reçûmes, à la visite des malades, un militaire
qui, un jour et demi auparavant, avait commencé d’éprouver, sans
cause connue, du picotement, de la démangeaison à la figure, ce qui le
portait à se gratter. Sm‘ la partie qui était le siège de cette démangeaison
apparut de la rougeur, de la tuméfaction, et vers le centre une vésicule
qui, lorsque nous l’examinions, paraissait déchirée depuis pende temps,
et l’on reconnaissait même à sa place une petite tumeur dîne, aplatie,
cii'conscrite, qui indiquait le commencement de la deuxième période de
la maladie. L’aspect particulier du mal, la manière dont il avait pro¬
cédé, les phlyctènes éparses sur l’engorgement circonvoisin, ne pouvaient
laisser en doute que nous n’eussions affaire à unepusiulemaligncqni avait
tendance à s’étendre. Quel traitement appliquer pour la combattre? L’i¬
dée de l’emploi immédiat de la cautérisation se présenta à l’esprit : le
difficile consistait seulement à employer un moyen qui ne laissât pas
des cicatrices apparentes; or, ce moyen fut immédiatement trouvé dans
l’emploi de la pâte de vitriol, et nous l’applirpiâmes de la manière sui¬
vante ! nous taillâmes im morceau de diachylon circulairement, et, sur
le milieu de celui-ci, nous praticpiâmes une ouvei’ture de l’étendue d’une
pièce de 2 francs. Cet emplâtre étant alors placé de telle manière que la
tumeur légère de la pustule apparût par l’ouverture centrale, nous re¬
couvrîmes celle-cid’un plumasseau de charpie chargé de la pâte de ritriol,
que nous venions de faire préparer. Une simjile bande et une compresse
maintinrent le petit appareil. Nous avions au préalable ouvert les phlyc¬
tènes et séehé la surface du mal. — Peu de temps après, une cuisson
assez vive, supportable pourtant, se déclara et dura pendant cinq ou
six heures, pour cesser ensuite à peu près complètement. Qiiehjue temps
après, savoir vers la dixième heure, quand nous l’enlcr-âmes, on recon¬
naissait que la partie qui avait été touchée par le caustique était grisâtre
et d’nn gris noirâtre : c’était l’escharre, peu profonde toutefois, qui avait
été produite. Les parties environnantes étaient rouges, un peu tuméfiées
même, se ressentant de la vive irritation locale qui avait été produite.
—- Plumasseau d’onguent basilicum par-de.ssus.
( 436 )
Dès cc moment, la douleur et la chaleur corrodantes, qui s’étalent dé-
Yeloppécs en ce point à cause de la pustule, avaient cessé. On recon¬
naissait évidemment que la plilegmasie locale était modifiée. Effective¬
ment, il se passa, dès ce moment, ce qui a lieu à la suite de la cautérisa¬
tion par les aiiUes caustiques, c’est-à-dii’e que l’escharre, peu épaisse, se
détacha, et qu’une cicatrisation complète s’ensuivit assez prochainement.
Or, trois semaines après, sauf une légère dépression vers la partie cen¬
trale de la partie qu’avait occupée la pustule, on n’aurait pas dit qu’un
caustupie eut été appliqué sur cc point, tant la ti’ace en était peu appa¬
rente. — Aucun autre caustique certainement n’eût donné un résiütat
aussi satisfaisant sous ce rapport.
Nous tenons d’un de nos praticiens les plus distingués que, dans sa
longue pratique, il a fait un fréquent usage de ce caustique dans des cas
pareils, et qu’il n’a eu qu’à s’en louer. Le praticien dont je parle a eu
occasion de l’employer à l’Hotel-Dieu, dans le mois dernier, pour répri¬
mer les progrès de l’envahissement d’un cancer de la lèvre qui, opéré
plusieiu's mois auparavant, se reproduisait par l’ulcération de la partie
externe de la cicatrice. Une amélioration notable s’en est suivie. Le ma¬
lade est encore en traitement.
En somme, nous ne pouvons dire si, aux dei-nières périodes de la pus¬
tule maligne, ce caustique serait suffisant; mais nous avons la conviction
qu’il l’est dans la première, et mêmedans le commencement delà seconde,
et que, ne laissant pas après lui de cicatrice, on aurait tort d’en négliger
l’emploi, surtout quand la pustule réside en des parties habituellement
découvertes. Il nous semble également qu’il devrait être utile dans cer¬
tains cas de lupus- Du reste, c’est un caustique à expérimenter encore.
Payan.
DES PERTES d’eaD PENDANT LA GROSSESSE.
Une femme enceinte et déjà avancée dans sa gr ossesse est prise tout
à coup d’un écoulement d’eau semblable au liquide amniotique. Cet
écoulement almndant survient brusquement et s’accompagne de légères
douleurs abdominales et de reins.
L’accoucheur, mandé à la hâte, croit à l’imminence de l’accouche¬
ment ; il constate par le toucher l’état des organes ; il trouve le col utérin
entr’ouvert, plus ou moins effacé ; ces signes, réunis à l’écoiüement du
liquide, constituent pour lui un commencement de travail.
Mais, après quelques heures d’attente, l’écoulement cesse, les dou¬
leurs disparaissent, et cet accouchement prématuré, qui semblait iné-
( 437 )
vitable, n’a cepeudaiit pas lieu; la grossesse continue à parcourir ses
périodes.
Ces faits ne sont pas rai'es : M.Nœgelé, qui le premier a appelé l’at¬
tention des praticiens sur ce phénomène, en a observé un assez grand
nombre, qu’il a fait réunir dans une thèse soutenue à Heidelberg, sous
sa présidence *.
J’ai pu souvent aussi observer ces pertes d’eau , et dans des cû’con-
stances intéressantes à noter.
Comment peut-on expliquer ce phénomène?
On a pensé que les eaux provenaient d’une accumulation de liquide
entre le chorion et l’amnios, et- qu’elles ne s’échappaient qu’au moyen
de la rupture du chorion ; qu’elles étaient fournies par un vaisseau lym¬
phatique utérin rompu, par im hj'dromètrc, pai’un œuf surnuméraire,
enfin par une rupture des memltranes dans un point éloigné de l’orifice.
Aucune de ces explications ne peut résister à un sérieux examen. Un seul
fait, la persistance de la giussesse, les détruit toutes. En effet, si ces pertes
dépendaient d’une accumulation de liquide entre le chorion et l’amnios,
comment admettre, après la ruptine du chorion, que l’amnios pût résis¬
ter assez pour que la grossesse pût parcourir ses périodes ? La fausse-
couche, dans ce cas, serait presque toujours inévitable. 11 en est de même
de la rupture des membranes dans un point éloigné de l’orifice. Quant à la
ruptiu’e d’un vaisseau lymphatique, elle s’accompagnerait toujours d’ac¬
cidents qu’on n’observe pas dans les pertes d’eau. Il serait possible aussi
d’admettre que les eaux proviennent de la rupture d’un oeuf surnumé¬
raire, si l’écoulement, après avoir dm'é quelques heures, cessait de se
manifester, ce qui n’a pas lieu. Le plus ordinairement ces pertes, après
avoir duré quelques heures, quelques jours même, se renouvellent le
plus ordinairement plusieurs fois pendant la grossesse ; à tel point (jue
chez telle femme chez laquelle j’ai pu observer ce phénomène, la somme
de toutes ces pertes partielles pouvait êti-e évaluée à dix ou douze lilies de
liquide, et quelquefois bien davantage.
Enfin, si ce phénomène était dû à un hydromètre sans gi-ossesse, la
non-existence de cette grossesse ne tarderait pas à être constatée; ou bien,
si un hydroraètre distendant manifestement toute la cavité utérine, ve¬
nait compliquer mie grossesse, ce qui est rare, la grossesse serait, dans la
plupart des cas, compromise, et la fausse-couche, je le l'épète, suit bien
rarement les pertes d’eau. Dans aucun des cas que j’ai observés, l’avor¬
tement n’a eu lieu, toutes les femmes sont parvenues à terme.
Cependant, si l’on suppose l’hydromètre partiel et n’occupant qu’un
* De Hydrorrhea uteri grwidarum, 1832, auct. J.-B. Geil.
( 438 )
petit espace dans la cavité utérine, on arrivera à l’explication qüi sem¬
ble la plus rationnelle.
Telle est au reste l’opinion de M. Nœgelé à cet égard. Il pense que les
écoulements d’eau sont dus à l’accumulation d’une certaine quantité de
liquide entre la surface cxterné des membranes do l’œuf et la surface
interne de l’utérus; en effet, admettant que le liquide amniotique
soit fourni par les vaisseaux lymphatiques utérins, opinion qtti Semble
être la plus probable, on conçoit cjue dès que l’œuf est sufïïsamment
rempli, si le liejuide continue d’arriver, il s’arrête alors entre l’œuf et
l’utérus. En décollant les inemlnancs de la surface interne de l’organe,
il se forme ainsi une poche qui s’accroît chaque jour, jusqu’à ce que l’u-
tériis distendu réagisse sur ce liquide accumulé, et le force à s’écouler ,
en achevant de décoller la partie des membranes qui sépare la poche de
li(|uidedu col utérin, qui s’entr’ouvre pour laisser passage au liquide.
dette réaction de rnterus n’est pas toujours perçue par la mère; mais
souvent ses contractions déterminent de légères douleurs de reins et de
bas-ventre.
On comprend dès lors comment, quand cette dernière circonstance
vient sc joindre à une légère dilatation du col utérin, on peut être induit
eji erreur et croire à un accouchemfent prochain, surtout quand la gros¬
sesse est avancée, et qu’on n’a pas encore eu lieu d’observer les pertes
d’eau.
M. Nœgelé considère en outre ces accidents comme le résultat d’une
légère inflammation des membranes, et conseille pour traitement les
petites saignées révulsives, l’opium et le repos, moins dans l’intention de
combattre ces pertes que pour remédier aux conséquences qu’elles poui'-
raient avoir sur l’existence de la grossesse.
Ces pertes nous donnent aussi l’explication de ces cas extraordinaires
cités par les auteurs ou des avortements inévitables furent arrêtés ce¬
pendant, malgré la formation de la poche et l’écoulement brusque d’une
grande quantité de liquide (qui faisait supposer que la podie s’était
rompue).
M. Velpeau (page 403,1" volume) cite plusieurs de ces cas qui évi¬
demment doivent êtiœ rapportés à des pertes d’eau. J’excepte cependant
les deux observations où, après l’issue du bras et l’engagement de la tête,
le travail cessa pour ne se manifester de nouveau que plusieurs mois
après. M. Velpeau, pas plus que moi, n’ajoute foi à ces deux observations
extraordinaires ; les autres observations, au contraûe, émanent de gens
dont le témoignage ne peut être révoqué en doute. Ainsi Désormeaux ,
dans un cas où il croyait l’avortement inévitable, vit tout rentrer dans
l’ordre après un écoulement considérable de liquide qui lui fit croire à
{ 439 )
la rupture des membranes, malgré des doulem’s énergiques et un léger
écoulement sanguin et la dilatation du col.
MM. Gorgeret, Morlanne, Monoiuy, Lévêqne, observèrent aussi des
phénomènes semblables ; mais certes il ne s’agissait là que d’une simple
perte d’eau accompagnée de douleurs plus énergiques que de coutume, et
d’une légère exsudation sanguine, déterminée par le décollement de la
partie inférieure des membranes. Sans cela, comment admettre que la
rupture de l’œuf ait pu s’effectuer sans être suivie de l’expubion du pro¬
duit? Cette vérité, M. Velpeau l’avait pressentie quand il dit : « Le li-
« fpûde qui sort du col utérin peut d’ailleurs venir d’un kyste bydatique
« ou de l’inten'alle des memlnaiies. »
En effet, cette opinion est celle qui certainement se rapproche le plus
de la vérité. Quelques observations succinctement rapportées et prises an
mUieu d’un plus grand nombre, viendront de tout point confu-mer les
opinions de M. Nœgelé.
Une femme entre à la Clinkpic au huitième mois de sa grossesse ; elle
était fort bien portante. Cependant, sans causes apprécialjlcs, elle éprouva
d’assez vives douleurs et perdit une grande (piantité de liquide clair, sans
que poiu’ cela le toucher signalât un commencement de travail. Peu à peu
les douleurs cessèrent, çt un mois après un véritable travail se déclara ;
la poche des eaux se forma, se rompit, et un enfant bien portant fut ex¬
pulsé.
La nommée Pinçon, primipare, pendant sonséjonràlaCUnique perdit
plusieurs fois des eaux, ce qui ne l’empêcha pas d’aller à terme et d’ac¬
coucher , le 1®' janvier 1833, d’un garçon fort, dont le diamèti-e occi-
pito-frontal avait six centimètres.
La nommée Hemi (Célestine), entrée au terme de sept mois et demi,
depuis longtemps à la Clinique, perdit tout à coup une quantité de liquide
roussâtre qu’on put évaluer à deux htres ; le toucher ne fit reconnaître
aucun commencement de travail : six jours après cette perte, l’enfant
est bien vivant, l’utérus manifestement développé, quoique de légères
pertes se manifestent de temps à auti’C. A terme, la poche des eaux fut
rompue artificiellement, un liquide clair, limpide, s’écoula, et l’accou¬
chement s’effectua dans les circonstances ordinaires.
Duchêne, dix-huit ans, primipare, accouchée à terme le 5 mars 1839,
avait perdu à sept mois une quantité de liquide roussâtre, pendant deux
jours, sans que sa santé en ait été altérée.
Gouffîère, trente-six ans, accoucha à terme pour la douzième fois, le
20 mars 1839. Pendant les huit derniers jours écoulement séreux que la
malade attribue à une longue course, rupture des meniljranes le jour
même de l’accouchement.
( 440 )
Flamand, vingt ans, primipare, accouchée à terme le 21 mars 1839,
perdit, au terme de huit mois, une certaine quantité d’eau à la suite de
fatigues en voiture.
Merchez, vingt-huit ans, accouchée pour la deuxième fois à terme, à
cinq mois, après une chute de sa hauteur sur le côté gauche, éprouva
de légères douleurs lombaires, accompagnées d’un écoulement séreux.
Dupuis, vingt-cinq ans, primipare, accouchée à huit mois, le 13 avril
1839; sans cause appréciable, au terme de trois mois, perdit des eaux
pendant deux jours sans éprouver la moindre indisposition concomi¬
tante ni consécutive.
Popelain, vingt et un ans, enceinte pour la cinquième fois, perdit au
terme de cinq mois et demi,, le 5 août 1840, à trois heures du soir, des
eaux roussâtres accompagnées de quelques caillots ; ces pertes se re¬
produisirent les jours suivants, mais cependant en tpiantité moins consi¬
dérable.
Sa santé est parfaite, l’enfant lûen portant. C’est dans cet état qn’ello
est sortie de la Clinique quinze jours après la première perte.
M”» G., enceinte pour la douzième fois, se sentit tout à coup mouillée
par une petite quantité d’eau claire. Elle me fit mander aussitôt, crai¬
gnant un accoucheiucnt prochain ; elle était au terme de sept mois et demi.
Après avoir constaté l’état de cette dame, je la rassurai complètement;
récoiilemcnt s’arrêta, et M""’ accoucha à terme d’une fille bien portante.
A quelques-unes de ses précédentes gi'ossesscs elle avait éprouvé ces per¬
tes ; une fois entre autres l’accoucheur qui l’assistait regardant cet écou¬
lement de liquide comme le sigvial d’un accouchement imminent, passa
inutilement un temps considérable auprès de cette dame, qui arriva à
terme.
M. le docteur Ameuil m’a communiqué le fait suivant. M"“ N..., au
terme de six mois et demi, fut prise, le 27 juin, après s’être beaucoup
fatiguée, d’une perte d’eau assez considérable, comme si la poche am¬
niotique se fiit rompue ; elle n’éprouvait d’autres douleurs qu’un senti¬
ment de lassitude et depesanteiu- dans les reins et le bas-ventre, et rien
cependant ne signalait un commencement de travail; pendant trois nuits
et trois jours l’eau continua découler à chaque mouvement que faisait la
malade, puis pen à peu l’écoulement cessa : la santé est bonne, et tout
fait penser que M™" N. ira à terme. 16 juillet 1842.
M. Demcaux , interne de l’Hôtel-Dien, reçut, il y a quelques jours,
dans le service des femmes en couches, une femme qui perdait des eaux
en abondance ; le col était dilaté comme une pièce de cinq francs : elle
était encore éloignée de son terme. Après quelques joims de repos, elle
sortit de l’hôpital sans être accouchée.
( 441 )
De ces observations on peut conclure : premièrement, que ces pertes
n’ont, dans la plupart des cas, aucune influence fâcheuse sur la gros¬
sesse : deuxièmement, que le liquide ne peut être fourni par l’œuf lui-
même , parce que presque toujours on a pu constater ultérieurement l’in¬
tégrité delà poche au moment de l’aecouchement, et parce que souvent
le liquide expulsé était coloré, tandis que l’eau fournie plus tard par la
poche rompue était ti'ansparente. L’inverse eut lieu chez une jeune fille
qui perdit pendant sa grossesse des eaux claires a cinq ou six mois de
terme, et qui, au moment même où les pertes continuaient, accoucha
d’un enfant mort depuis trois semâmes, et qui nageait dans un liquide
sanguinolent et puti-cfié.
Enfin, les deux faits qui suivent viennent encore à l’appui de cette
opinion que le liquide n’est pas fourni par l’œuf, mais bien par l’utérus.
Une fennne ayant une maladie du cœin infiltrée des extrémités infé¬
rieures, fit à six mois une fausse couche à la Clinique. Pendant saîgros-
sesse cette femme avait perdu souvent des eaux aux époques coirespon-
danles aux règles, et après son accouchement, les lochies, au lieu d’avoir
la couleur ordinaire, étaient limpides, abondantes et incolores. Quinze
jours après son accouchement, la malade entra à l’Hôtel-Dicu , dans le
service de M. Honoré, qui put observer pendant quelque temps la conti¬
nuation de ce phénomène.
Une autre femme de la Clinique, excessivement infiltrée, perdit, huit
jours avant son accouchement, une très-gi-audc quantité d’eau ; cepen¬
dant la poche, au moment du h-avail, était intacte : deux jumeaux na¬
quirent. Les suites de couches furent heureuses ; mais les lochies, très-
abondantes, étaient presque complètement décolorées, et insensensible-
ment elles prirent tout à fait l’aspect de pertes d’eaux, et s’écoulèrent
aussi abondamment que celles qui avaient précédé l’accouchement.
D’où venaient ces eaux, assez abondantes pom’ tremper plusieurs draps
par jour, si ce n’est de l’utérus ?
Chailly (Honoré),
Ex-chef do la clinique d’accouchement de la Faculté de Paris.
CHIMIE ET PHABMACIE.
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR l’ACTION DU SULFATE DE QUININE
SUR l’Économie animale.
Dans le cours de mes recherches chimiques relatives à l’action des sels
les uns sur les autres, envisagée sous le rapport de l’art de formuler,
( 442 )
j’ai été conduit à découvrir la cause de l’action immédiate d’un assez
grand nombre d’agents médicaux. Parmi ces agents, il en est un, tout
palpitant d’actualité, dont l’explication tliérapeutique ne peut qu’être
accueillie avec empressement par tons les praticiens jaloux de connaître
les ressoimces de leiu- art, je veux parler do sulfate de quinine.
Bien longtemps avant la piddication de l’intéressant Mémoire de
M. Briquet, je savais que le sulfate de quinine était regardé à tort comme
faisant partie de la médication tonique, mes recherches expérimentales
m’ayant conduit à admettre dans leur entier les conclusions du travail
do M. Giacomini, savoir que « le sulfate de (juinine, loin d’être un mé¬
dicament tonique, a une action hyposthénisante des plus mai-quées,
qu’il faut combattre par les excitants diffusibles, et en particulier par
l’alcool. » {Annali di medicina, février 1841.)
Il résulte, en effet, de mes expériences que le sulfate de quinine intro¬
duit dans l’économie éprouve une double décomposition chimique avec
l’albumiate de soude que nos humeurs renferment; d’où résulte du sul¬
fate de soude solublé et de l’albuminate de quinine, moins soluble que
l’aUnnninate alcalin décompo.sé. ‘
L’albuminate de quinine est du reste un composé peu stable en cette
circonstance, un excès de soude ne tarde pas à le détruire en s’emparant
de l’albiunine et mettant l’alcali organique en liberté. Or, la quinine
devenue libre se précipite, et, agissant comme tout corps insoluble dans
le sang agit en pareil cas, apporte un retard plus ou moins marqué
dans la circulation.
Le premier effet du sulfate de quinine doit par conséquent se traduire
par un ralentissement du pouls d’autant plus marqué que la dose du sel
de quinine administré sera plus considérable, et c’est précisément ce
qui résulte des expériences cliniques de MM. Giacomini et Briquet.
Quant aux vertus hyposthénisantes du sulfate de quinine, elles décou¬
lent de la propriété que la quinine administrée à l’état salin possède de
sc combiner avec, l’albumine du sang, c’est-à-dire avec l’élément fonda¬
mental de nos tissus, ainsi que de la propriété qu’elle possède alors d’in¬
troduire dans la cû’culation im corps insoluble, ou du moins si peu
soluble, que l’organisme ne doit pouvoir s’en débarrasser qu’avec une
extrême lenteur.
Le fait de la transformation chimique du sulfate de quinine intro¬
duit dans l’économie animale, en un composé à peine attaquable par la
partie liquide du sang, rend compte de la grande difficulté que l’on a à
constater la présence de la quinine dans les urines des personnes à qui
elle a été administrée à l’état de sulfate. On conçoit, en effet, que la
faible proportion de quinine entraînée par le liquide des voies urinaires
( 443 )
ait pu échapper à un grand nombre d’expérimentateurs d’ailleurs fort
habiles.
Ce fait me porte, de plus, à ranger le sulfate de quinine parmi le petit
nombre de médicaments dont l’action thérapeutique ne saïuaitêti-e pas¬
sagère ; qui, une fois introduits dans la circulation générale, üe peuvent
en être que très-difficilement expulsés, et qui, partant, sont dans les
conditions les plus avantageuses pour amener des modifications organi¬
ques durables, mais qui aussi, administrés à doses élevées, peuvent dé¬
terminer des perturbations désastreuses.
Dans le cas d’intoxication par le sulfate de quinine (car, à l’exemple
de M. Giacomini, je le considère comme pouvant être fimcste en cer¬
taines circonstances), je crois que l’on doit rechercher son antidote parmi
les excitants diffusibles, ainsique hlM. Giacomini etllognetta l’ont déjà
recommandé; mais il faut que les agents diffusibles soient choisis avec
discernement, il faut qu’ils puissent donner de la solubilité au corps in¬
soluble, la (|uinine, qui est alors répandue dans tout ou partie de la
masse sanguine.
L’alcool est du reste prescpie le seul médicament diffusible sur lequel
il est permis de compter en ce cas ; encore faut-il le donner avec réserve,
car passé nne certaine dose, il faciliterait lui-même l’airêt de la circu¬
lation en coagulant l’afimmine, ainsi qu’il le fait plus ou moins dans l’i¬
vresse, et totalement quand il produit la mort instantanée.
Je terminei'ai celte note par une remarque relative à l’administration
du sulfate de quinine ; ce sel, comme tous les médicaments en général,
n’a d’action sur l’économie vivante qu’autant qu’il est absorbé : or, son
absorption est loin d’être toujours également complète dans les diffé¬
rentes circonstances où on l’administre; ainsi, pris en dissolution acide
par la bouche, il est totalement absorbé; administré en pilules par la
même voie, il est encore absorbé à la favem’ des acides du suc gastrique,
mais incomplètement toutes les fok que la dose du sel organique est un
peu élevée. Administré par l’anus, à l’état acide, le sulfate de quinine
est assez bien absorbé, mais cependant moins parfaitement que par la
bouche, à cause de l’alcali que renferment toujours les liquidesde la par¬
tie inférieure du tube digestif; enfin, administré par cette dernière voie,
à l’état pulvérulent, ce sel ne doit être absorbé qu’en ttès-faible quantité,
quelle que soit d’ailleurs la dose de sulfate ingéré.
Les données qui précèdent me semblent dignes de fixer l’attention des
praticiens, avec d’autant pins de raison qu’elles ne s’appliquent pas au
sulfate de quinine seulement, un grand nombre de médicaments ayant
comme lui la propriété d’être absorbés plus ou moins complètement, sui¬
vant les parties organiques du cotps humain où on les applique. Nous
{ 444 )
ajouterons, du reste, que les données qui précèdent ont été déjà con¬
firmées par l’expérience clinique. JVI. le professeur Piorry s’est en effet
assuré que l’action du sidfate de quinine sur la rate est totalement diffé¬
rente , suivant que ce sel est administré par l’anus à l’état neutre ou à
l’état acide.
L. Mialhe.
UN MOT SUR LES GRAINES DE l’iF COMME SUCrjJDANÉES
DE LA DIGITALE POURPRÉE.
La digitale pourprée a été jusqu’à présent considérée en France
comme à peu près la seule plante jouissant de la propriété de modifier,
et en certains cas d’apaiser les mouvemens tumultueux du cœur; mais
l’action de cette plante n’est pas toujours identique dans ses effets tliéra-
peiitiqiics, peut-être à cause de ses divers modes de préparation
Pour obvier aux inconvénients que présente l’emploi de la digitale,
quelques médecins, en Italie, ont cherché dans le règne végétal quel¬
que autre sub.stance qui eût des propriétés analogues, et qui pût lui servir
de succédané. Après un grand nombre d’expériences, ils ont constaté
que le fruit de l’if, Taxus baccata, pouvait avec avantage lui êti-e
substitué.
Le docteur Rempinelli, de Bergame,- a obtenu de l’emploi de ce fruit
des résultats qui olïrcnt à la science un grand intérêt. Cet honorable pra¬
ticien a pu se convaincre qu’à des doses très-minimes ce finit, pris à
l’intérieur, jouissait d’une action sédative toujours identique à ses ré¬
sultats.
D’après les notes qu’il a bien voulu nous communiquer, ce fruit doit
être prix é de la pulpe chainne qui le recoux-re, et qu’on rejette comme
inutile.
Avec la gi'aine on prépare une poudre, un extrait aqueux, un alcoo¬
lique, un alcoolé et un étliéréolé. Gomme la température atmosphérique,
le sol et la culture agissent puissamment sur la composition chimique des
végétaux, nous avons dû constater par l’analyse les éléments constitu-
tiis du finit de l’if croissant dans nos climats ; nous l’avons ti aité par
l’eau, l’alcool et l’éther snlfinique, et nous avons ti ouvé qu’il contenait :
1® Une huile essentielle qui rappelle l’odeur de l’essence de téré¬
benthine;
2“ Une huile fixe;
3° Du sucre apprécialile par la fermentation ;
4® De l’albuininc en petite quantité ;
( 446 )
6“ Une résine verte d’une saveur très-amère ;
6“ Du sulfate de chaux ;
7“ De la fibre végétale.
D’après les expériences que nous avons tentées sur des animaux, nous
avons reconnu que le fruit de l’if n’avait pas les propriétés toxiques
que M. Orfila a signalées dans les feuilles de cet ai'bre.
Stan. Martin, pliarin.
UN MOT SUR LES PILULES DE PHOTO-IODURE DE MERCURE, ET LE MODE
d’administration de ce médicament.
Le Journal de Chimie médicale donne la formule suivante comme
étant celle qu’emploie le plus ordinairement M. Ricordpour l’adminis¬
tration du proto-iodure de mercme.
Proto-iodm-e .... 30 centigrammes.
Thridace. 30 centigrammes.
Extrait thébaïque. . 6 ceiitigiammes.
Extrait de ciguë. . . 60 centigrammes.
Pour fafre 6 ou 12 pilules.
Suivant ce journal, M. Ricord donne quelquefois jusqu’à 40 et
50 cenligi-ammes de proto-iodure de mercure dans un seul jour au
moyen de ces pilules , et il ajoute avec raison que dans cette adminis¬
tration il faut avofr égard, comme le cbb-m-gien de l’hôpital du Midi,
à la susceptibiUté des sujets, étudier chez eux l’action du remède ; car
tel malade peut supporter une quantité de proto-iodme assez foite, et tel
autre n’en tolérerait pas une beaucoup plus faible.
Toujours est-il queM. Ricord donne 50 centigrammes de proto-iodure
dans un seul joiu’, et que l’opinion nouvelle que nous avons émise relati¬
vement à la différence d’action médicale que nous avons dit exister
entre les proto et les deuto sels de mercure commence à porter son fruit.
Le proto-iodm’c n’est plus considéré comme ayant une action presque
égale à celle du sublimé corrosif. M. Ricord, à notre exemple (nous
l’avons presa-it il y a plus d’un an à la dose de 60 centigrammes), en
porte la dose à 50 centigrammes en un seul jour, et il peut certainement
le faire sans le moindi’e danger, pomvu toutefois que cette proportion d’io-
dure soit donnée en une ou deux prises dans le jour, et non à doses trop
fractionnées; car, dans ce cas, la salivation pourrait survenir après
l’injestioii d’une quantité même assez faible de ce composé mercuriel.
( 446
Il est évident, comme les faits cliniques le montrent, que tous les ma¬
lades ne peuvent supporter une égale proportion de proto-iodurc de
mercure. A quoi tient cette différence dans la susceptibilité organique?
N’en ü’ouverait-on pas une des causes dans ce que je disais en février
1840 dans le Journal de Pharmacie : « Il ne peut jamais se former
qu’une quantité de subUnié corrosif correspondant à la quantité de chlo¬
rures alcalins que renferment nos viscères ; les grands mangeurs de sel
de cuisine, toutes choses étant égales d’ailleurs, doivent être plus sujets
à saliver sous l’influence d’une médication calomélique. »
Cette proposition, qui est pom- moi surabondamment démonti'ée au¬
jourd’hui, ne doit pas être resti-einte au proto-chlonme de mercure seu¬
lement, elle est également applicalde à tous les proto-sels de mercure
en général, et par conséquent au proto-iodure.
Ce fait, qui est pour moi la vérité, peut être appuyé par diverses
preuves. Pourquoi, demanderai-je, les enfants s’accommodent-ils plus
aisément du calomel que les hommes faits? Pourquoi? parce que leurs
humeurs sont moins riches en chlorures alcalins que les nôtres. Pour¬
quoi encore les marins ne peuvent-ils, eu aucune manière, supporter le
calomel? parce que lem’ régime rend leurs humeurs plus abondantes en
chloi-ures alcalins que chez les sujets ordinaires. A l’appui de ces asser¬
tions, je citerai le fait suivant rapporté par M. le docteur Maire : « Dans
le cours de campagnes assez nombreuses sur mer, j’ai eu occasion de
vérifier l’exactitude de ce fait sin nos matelots, assujettis, comme chacun
le sait, à un régime salé, à tel point que j’avais renoncé, dans les
derniers temps, à user du calomel comme’purgatif au moins, à cause
de la fréquence et de la promptitude avec laquelle il amenait le ptya¬
lisme (1). »
Je lenninerai cet article par une remarque importante que je signale
il l’attention des praticiens pour qu’ils la vérifient : puisqu’il est dé¬
montré que les proto-sels de mcrcm-c agissent en raison directe de la
quantité de chlonmes alcalins (pie nos humeurs renferment, il est évi¬
dent que les malades depuis longtemps soumis à la diète doivent plus
aisément supporter l’usage des proto-sels de mercure tpie les gens en
santé.
Cette oksorvation est, du reste, applicable à l’action d’un gi-ainl
nombre de composés métallupies, ainsi (pie je le démontrerai dans un
travail ultérieur. L. Mi.ilhe.
(1) Journ. de Méd. prat. Recueil des travaux rte la SociiUê rte médecine
de Bordeaux. Juin 1810, p. 316.
( 447 )
CORRESPONDANCE MÉDICALE.
SÜH tIN CAS DB FRACTÜBE DES DEDX CLAVICULES.
La fracture simultanée des deux clavicules est un fait assez rare, à
en juger du moins par le peu d’exemples de ce gem'e tpie possède la
science. Je pense donc que celui que je viens d’observer ne sera pas
sans intérêt pour les lecteurs du Bulletin de Thérapeutique.
Joseph Fischer, garçon menuisier, fortement coijstiüié, était occupé,
le 24 août 1842, à démonter des boiseries dans une maison en démoli¬
tion. Le mur de face, démoli jusqu’au niveau de la partie supérieure des
fcnêti-cs, laissait à découvert la pierre de taille horizontale (le couver¬
cle) qui repose, par ses deux extrémités, sur les montants verticaux ou
jambages. Cette pierre, brisée dans son milieu, ne se soutenait plus qu’à
la manière d’une voûte au-dessus de l’espace vide représenté par l’aire
de la fenêtre. Aussi, à peine Fischer eut-il mis le pied sur elle, que les
deux fragments, cédant sous son poiils, exécutèrent un mouvement de
bascule, et tombèrent avec lui dans l’espace étroit compris entre les jam
bages de la fenêti'e, de telle sorte que la violente compression qu’ils
exercèrent transversalement siu’ les deux extrémités du diamètre bi-
acromial détermina la fracture de l’une et l’autre clavicule.
Je fus mandé à l’instant même, et constatai cette double fracture, qui
offrait les particularités suivantes : la tête était droite, et non pas in¬
clinée d’un côté) comme cela se remarque ordinairement quand il y a
fi-actm'e d’une seule clavicule; les deux bras étaient pendants le long
du tronc; il était impossible au malade de porter l’une ou l’antre main
à sa tête, on sur l’épaule du côté opposé. La flexion de l’avant-bras sur
le bras était libre et facile, yi gauche, la fracture avait lieu vers la
partie moyenne de la clavicule. L’extrémité du fragment interne faisait
une forte saillie sous la peau; l’interne était entraîné en bas et un peu
en dedans par le poids du membre. Faction du deltoïde et celle du
grand pectoral agissant sur riiumérus. Du reste, eu soulevant le bras,
et en portant l’épaule en airière, on i-étnblissait les rapports normaux,
et on déterminait une crépitation manifeste, jd droite, la solution de
continuité se rapprochait im peu plus de l’exti'émité externe de l’os ; le
déplacement était aussi un peu moins prononcé ; cependant on sentait
parfaitement le bout du fragment interne, en dehors du<|ucl une dépres¬
sion bien sensible correspondait au fragment externe. Enfin, la crépita¬
tion et le rétablissement des rapports de l’os fracUné s’obtenaient,
comme à gauche, avec la plus gi-ande facilité.
( 448 )
n n’existait aucune autre lésion, pas même une légère contusion des
régions claviculaires ; c’est que, en effet, cette double fracture était le
résultat d’une pression horizontale, de dehors en dedans, siu- les deux
aa-omions ; pression qui avait agi en exagérant la courbure normale des
clavicules jusqu’au point de déterminer la rupture de ces os, suivant le
mécanisme des fractures par cause indirecte.
J’appliquai un double appareil, composé de deux coussins axillaires
cunéiformes, remplis de balle d’avoine ; d’une large sangle, munie de
trois boucles et ti'ois comroies, destinée à rapprocher les bras du corps,
faisant office de bandage de corps, et enfin de deux écharpes pour sou¬
tenu- les coudes et les avant-bras. Mais au bout de quelques jourSj je fus
obligé de renoncer à cet appareil. Le malade, naturellement un peu
indocile, ne supportait que difficilement l’espèce de torture à laquelle
il se ti-ouvait soumis par la privation totale de l’usage de ses deux mem¬
bres supérieurs. Je n’avais pu le décider à rester au lit, même pendant
quelques jours, et ses efforts tendaient continuellement à dégager l’ime
ou l’autre main, quand quelque circonstance venait réveiller en lui le
besoin d’en faire usage. Je dus donc prendre Un autre parti. Je suppri¬
mai les coussins axillaires et la sangle, et j’apphquai du côté gauche (oii
le déplacement des fragments était le plus marqué) un appareil analo¬
gue à celui que décrit Flamant [Journal complémentaire), et que M. le
docteiu- Simonin a reproduit en le simplifiant dans le cahier de juillet
du Bulletin de Thérapeutique. La fi-acture du côté droit fut main¬
tenue seulement à l’aide d’une simple écharpe disposée en eul-de-sac, à
la partie postérieure du coude, de manière à porter celui-ci en haut et
en dedans.
La consolidation se fit avec rapidité. Elle était parfaite le vingtième
jour, car Fischer voulut‘retourner à son ti-avail, le 15 septembre, aus¬
sitôt que je le débarrassai de son appareil. Les mouvements des bras
étaient tout à fait libres; les clavicules ne présentaient aucune diffor¬
mité sensible à l’œil; seulement la droite offrait au toucher un cal plus
volumineux et moins réguher que la gauche, où la coaptation avait été
plus parfaitement maintenue.
J’attribue ce succès plus complet à l’appareil préconisé par M. le doo-
teiu- Simonin; aussi l’ai-je mis en usage pour une autre fracture de la
clavicule, que j’ai actuellement en traitement.
CARRrERE ,
Agrégé à la Faculté de Uédecinc de Strasbourg.
( 449 )
SOR l’hEDBEOX emploi qui a été fait du VACfilN POUR LA GUÉRISON
d’une tumeur Érectile.
J’ai présenté aujourd’hui, 20 décembre 1842, à l’Académie de mé¬
decine, le sujet de l’observation curieuse qui suit. Les détails que je
vais vous fournir auront, je pense, quelque intérêt pour vos lecteurs.
Un enfant de treize mois , non encore vacciné, présentait une tu¬
meur érectile de trois centimètres carrés environ de surface, ayant un
centimètre à peu près d’épaisseur, au-dessus du sourcil gauche.
Cette tumeur faisait de rapides progrès; elle était rutilante, et recevait
beaucoup de sang par les vaisseaux qui émergeaient de sa cb-conférencc.
La pression du doigt l’affaissait et la décolorait un peu ; par contre, les
cris et les efforts de l’enfant la tuinéiiaient d’une manière notable.
Je fis pour la guérir, en présence de M. le docteur Bousquet et de
pi e I tutres confrères, ncufpiqfn-es vaccinales dispersées sur toute sa
surface.
La vaccine suivit sa marche à peu près normale, l’éruption fut con¬
fluente ; la tumeur, qui s’était d’abord beaucoup accrue en tout sens, rc-
\-int bientôt à son volume primitif. Le vingt-cinquième jour la croûte
des pustules se détache et l’on peut voir à nu le résultat et le bénéfice de
la vaccination : plus des neuf dixièmes de la tumeur avaient disparu. Loin
de faire saillie au-dessus de la peau, le tissu érectile était réduit à une
couche mmee et déprimée dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Comptant peu sur les efforts de la nature et le travail de la suppura¬
tion pour détruire un tissu aussi vivace, je le saupoudrai de poudre
d’alun, et tous les ipatre ou cinq jours j’enlevais la croûte qui s’était
formée pour y remettre une nouvelle quantité de sulfate d’alumine. Au
bout de trois semaines, le tissu éi-ectüe était entièrement détruit ; le fond
de la plaie était recouvert de boiu-geons charnus de bonne nature ; je
laissai la cicatrice se faire, et pour l’obtenb’ plus régubère, je la recou¬
vris d’une plaque de plomb.
Sept semaines après la vaccination, la cicatrice était parfaite, sans
saiUie ni dépression, mais légèrement aréoléc, comme cela s’observe
à la suite d’une petite vérole bénigne : elle est encore un peu rouge ;
mais il n’existe plus de vestige du tissu érectile.
Pour réussfr dans cette petite opération, il faut que les piqûres soient
assez nombreuses pour que les pustules soient bien confluentes ; et si,
après la chute des croûtes vaccinales, du tissu érectile reste encore, il
faut le détruire radicalement par im caustique tel que l’alun en pouefre.
H est presque mutile de dire que l’enfant ne doit pas avoir été vacciné
TOME XXIII. 12' Liv. 20
( 450 )
avant l’opération pour en tenter la réussite; toutefois est-il qu’on doit
toujours chercher, avant de vacciner un enfant, s’il ne porte pas de
vestiges d’une tumeur érectile, pour ne pas le priver du bénéfice d’une
opération aussi simple qu’exempte de danger, et si utile pour le traite¬
ment de ces affections. Pigeaüx , D. M. P.
ENCOnK yN MOT SUR u’iODURE DE POTASSIUM DANS LES AFFECTIONS
SQUIRRHEUSES DES GLANDES.
Monsieur et très-honoré confrère, après avoir reproduit, dans votre
cahier de novembre derniiS’, page 379, le cas d’un squirrhe de la
glande mammahe guéri par l’iodure de potassium, et l’avoir fait suivre
de quelques remarques judicieuses, vous ajoutez les paroles suivantes :
0 Enfin, que penser de la résolution du squirrhe lui-même avec les
caractères on ne peut plus confirmatifs que lui assigne l’observation?
C’est là sans doute une guérison inespérée, et si l’observateur n’a pas
pris le change sur la nature véritable de la tumeur, il faudrait croire
que l’iodure de potassium, à hautes doses, a des propriétés que nous ne
soupçonnions pas. C’est à l’expérience de contrôler ce résultat insolite
par de nouvelles recherches. ■»
L’efficacité de l’iodurc de potassium dans le squirrhe des mamelles est
moins douteuse que v'ous ne le pensez. J’ai rapporté, à la page 65 de
mon Précis analytique sur le cancer âe l’estomac, un fait de
squirrhe du sein daiLs lequel cette préparation d’iode a également eu
un plein succès. Quoique, dans ce cas, je ne l’aie pas administrée seule,
ni à très-fortes doses, il n’en est pas moins vrai que la guérison doit lui
être attribuée, et que les autres moyens n’étaient qu’accessoircs.
Si cette lettre vous paraît mériter l’attention de vos Iccteius, je vous
prie de lui accorder une place dans votre prochain numéro.
Agréez , etc. Barras, D. M. P.
BIBLIOGRAPHIE.
Traité de la gastrite ; du régime alimentaire dans les maladies
aiguës et chroniques des organes de la digestion , suivi d’uu
Afémoire sur l'emploi du riwsc dans la ^pneumonie; par
A.Padioleaü, d. m. P., etc. Ouvrage couronné.
Nous ne savons pas .si le Mémoire de M. le docteur Padioleau est une
réponse bien précise à la question posée par la Société Médicale de
( 46.1 )
Tqiîts ; îi’ayçiptpoin^4® prix à décerner., nous l’admettrons sans examen,
avec ce^e Société. Mais ce qui n’est point douteux poiu? nous, c’est que
l’autepr, dans le Mémoire relatif aux affections gastriques, comme dans
celni qitilesuit immédiatement, et qui poursuitles mêmes questions sous un
autre point de vue, a abordé un des problèmes les plus importants et les
plus difficiles de la pathologie et de la thérapeutique. Alors que la doctrine
du Yal-de-Grâce régnait presque sans opposition, la question soulevée
ici était fort simple à résoudi’e ; le plus léger trouble survenu dans l’es¬
tomac était interprété comme l’expression non douteuse de l’irritation
de la muqueuse gastrique, irritarion que la momdre déviation du régime
pt de la tbépapeutique commandés par cet étal morbide devait rapide¬
ment transformer ep uuephlegmasie plus ou moins grave, plus ou moins
éffindue. La pathologie n’est plus renfermée aujoimVhui dans ce cercle
de Popilius, et M. Pacbolcau est tr op au courant du mouvement de la
science, pour ne l’avoir pas compris tout d’abord. Aussi, eu esprit
judicieux, également éloigné de l’hirudinbme de 1834 comme de la
réaction exagérée qrri a presque conduit à trier la réalité de la gastrite,
le médecin de Nairtes recorrnaît, comme Broussais, que dans un
certain nombre de cas c’est à l’état pblegmasique de l’estomac, non à
la faiblesse, à l’atonie de cet organe, que doivent être rattachés les
symptômes gastriques. Mais, cela posé, l’auteur prouve par l’arrlorité de
faits en général fort intéressants et bien choisis, soit que ceux-ci lui ap¬
partiennent, soit qu’il les ait empruntés aux auteurs les plus recoramau-
dablcs, que toutes les affections gastriques sont loin de se résoudre dans la
phlqgose du principal organe de la digestion. En se laissantguider surtout
par l’appréciation des diveises méthodes thérapeutiques par lesquelles
on combat ces différentes affections, il croit devoir admettre les gr oupes
suivants d’affections gastriques ; les affections saburralc, rhumatismale,
syphilitique, vermineuse ; des affectioirs gastriques dépendant d’une
fièvre éruptive, d’une fièvre intermittente; des affections gastriques par
affaissement ou par dépravation de l’influence nerveuse. Sans doute, ü
est quelques-utres des localisatiorts morbides indiquées dans ce cadre
nosologique partiel, qui se rencontrent assez rarement dans la prati¬
que ; telles sont, par exemple, les affectioirs gastriques syphilitiques, le
vice morbifique qui fait le fond de la syphilis ne montrant guère de
tendance à se localiser dans les organes internes ; sans doute encore, si
l’on admet des affectiorrs gastriques liées spécialement aux fièvres inter¬
mittentes, on ne voit pas pourquoi orr ne fer’ait pas un groupe d’affections
gastriques spéciales avec les troubles sympathiques qui surgissent du
côté de cet organe dans la pneumonie, l’érysipèle, etc. Mais, sauf ces
distinctions, qui ne sont peut-être pas suffisamment justifiées, nous
( 462 )
devons reconnaîü’e que M. Padioleau, en admettant ces groupes mor¬
bides, a vu et bien vu les faits. Nous l’avons dit, l’auteur s’appuye
surtout sur les enseignements de la thérapeutique, pour poser ces dis¬
tinctions pratiques : nous ne nierons point la légitimité de cette base,
mais, tout en convenant des difficultés de la science diagnostique sur ce
j)oint, nous ne saurions cependant admettre qu’elle soit ici aussi impuis¬
sante que l’auteur lo suppose, surtout si elle sait s’étayer des données
d’une large étiologie. Mais nous ne pouvons poursuivre cette question,
qui nous condubait trop loin.
Si ce Mémoire se recommande à l’attention des praticiens autant par
l’importance des questions qui y sont traitées que par la saine doctrine
à la faveur de laquelle on s’est efforcé de les résoudre, ne nous suffira-t-
il pas maintenant d’ajouter que les autres deux Mémoires qui le suivent,
dont l’un e.st un extrait du Mémoire que nous avons couronné en 1839
au concours du Bulletin de Thérapeutique , montient dans leur au¬
teur un égal talent d’observation, pour attirer sur l’ouvrage de M. Pa¬
dioleau l’attention des praticiens et l’approbation des- amis de la bonne
et vraie .science ?
BULLETIN DES HOPITAUX.
Bons effets de l’association du Uniment oléo-caleaire au coton
cardé, dans le traitement des brûlures de la jeune enfance. —
Lorsque, le mois dernier (voyez p. 381 de ce volume), nous signalions à
nos lecteurs les avantages qu’avait retirés M. Payan de l’association du
liniment oléo-calcairc au coton cardé, dans le traitement des bridures de
la jeune enfance, nous ne pensions pas que nous aurions sitôt, auprès de
nous, sous notre toit, sur un être qui nous est bien cher, la triste occa-
■sion de vérifier en tous points l’exactitude des assertions du chirurgien
d’Aix, et de rendre hommage à l’excellence de la méthode : c’est pour¬
tant ce qui nous est arrivé. Le 1" décembre dernier, à huit heimes du
matin, mon pauvre enfant, âgé de neuf mois et demi, a eu les deux
avant-bras et les deux mains totalement brûlés par de l’eau bouillante.
L’impnidence d’une bonne a été cause de ce malheur. Elle avait laissé
au voisinage de l’enfant, allongé sur un tapis ventre contre sol, une
cafetière qu’elle venait de retirer du feu ; l’enfant attire la cafetière et
la renverse sur ses deux bras étendus en avant de lui. Il en est résulté
une brûlure au second degré, avec enlèvement immédiat de l’épiderme
dans tous les points, tant à la face interne qu’à la face externe des bras,
depuis les coudes jusqu’à l’extrémité des doigts. Impossible de dire les
< 453 )
a'is d’angoisse de l’enfant, la douleur du père, le désespoir de la mère,
dont le lait s’est à l’instant tari. Du coton cardé enveloppe, peu après
l’accident, les membres dénudés ; dix minutes sont nécessaires pour se
procurer le liniment oléo-calcaire ; pendant tout ce temps l’enfant ne
cesse de souffrir’, de s’agiter et de crier, malgré l’apposition du coton.
Assisté de mes excellents confrères et amis, MM. Delmas, Martin Solon
et Amédée Forget, nous enlevons le coton, nous appliquons sur toutes
les parties à vif, avec les barbes d’ime plume, du lim'ment oléo-calcaire,
puis nous replaçons le colon, et nous le maintenons au moyen d’une
bande.
A peine ce pansement est-il fait que les douleurs cessent, les cris s’a¬
paisent, et l’enfant ne tarde pas à s’endormir. La journée fut bonne;
il y eut un peu d’abattement, de somnolence; mais peu d’agitation, peu
de signes de soufQ-ances. Il en fut de même le lendemain et les joiurs
suivants. L’enfant n’a seulement pas eu de fièvre. On s’est borné à sup¬
primer, les trois premiers jours, les deux soupes qu’il prenait, et à le
tenir, pour toute nourriture, au lait de la mère, qui heureusement était
revenu le lendemain de l’accident. Tout s’est admirablement passé.
Le sixième jour, M. Velpeau s’assure que l’état des doigts est satisfaisant;
on enlève la couche extérieure du coton imbibée d’une suppuration
abondante et fétide, et on la remplace par d’antre. Ce n’est que le
neuvième jour qu’on procède à fond à un nouveau pansement. Déjà plus
du tiers des surlaces est complètement cicatrisé. On réappliqne du lini-
nient oléo-caleaire et du nouveau coton. Le onzième jour on peut ren¬
dre à l’enfant les deux mains; elles sont complètement cicatrisées. Enfin,
le quatorzième jour la guérison était complète dans tous les points, ex¬
cepté à la partie interne du bras droit et au poignet gauche. Ces petites
plaies SC sont promptement rétrécies, et aujourd’hui 19 décembre nous
n’avons qu’un point au bras di'oit, gi’and comme une pièce de deux
francs, qui serait déjà guéri s’il ne s’y était développé quelques végé¬
tations qu’il faut réprimer parla cautérisation.
L’on comprend la satisfaction que nous éprouvons à rapporter cette
guérison, qui s’est effectuée presque entièrement sans souffranee, grâce
an traitement que nous avons suivi et que nous ne saurions trop recom¬
mander. Certainement le liniment oléo-calcaire est ici d’un grand prix.
Le coton cardé tout seul constitue un bon traitement des brûlures, il n’y
a pas le moindi’e doute ; mais chez les enfants, dont la susceptibilité
est si grande, il ne calme pas assez vite les douleurs, comme l’avait ob¬
servé M. Payan, et comme on le voit chez noti-e paux-re petit enfant.
Appliquez le liniment oléo-calcaire, puis le coton par-de.ssus, et x oiis au¬
rez, dans la réunion de ces deux bons moyens, le traitement par c.vcci-
( 454 )
lence pour les brûlures au premier et aü deuxième degré chez les jeunes
enfants, et vous éviterez de plus les pansements fréquents. Un mot relati¬
vement au liniment : M. Payan dit de le préparer avUc une partie d’huile
d’amandes douces et huit parties d’eau de chaux. Il doit y avoir errem-.
On à ainsi une trop faible proportion de vrai liniment épais nageant dans
beaucoup d’eau de chaux. Pour que les substances se combinent parfai¬
tement et produisent le magma de consistance de cérat, qui est le lini-
ment oleocalcaire, il faut les pi-nportions suivantes : huÛe d’amandes
douces, une partie ; eau de chaux, deux parties. Si l’on veut cependant
qu’il y ait un peu d’eau de chaux libre en excès, on peut mettre trois
parties d’eau de chaux sur une d’huile.
Un mot sur quelques accidents graves survenus après Vadmi¬
nistration du sulfate de quinine à haute dose dans le rhumatisme.
— Gomme on pouvait s’y attendre, les médecins ont expérimenté à qui
mieux mieux depuis la publication de notre article le sulfate de quinine
à forte dose dans le rhumatisme. En effet, une méthode qui promet
de guérir en six jours mi rhumatisme articulaii'e aigu conditionné, qui,
livl-é à lui-même ou traité par d’autres moyens, devait durer cinq ou
six semaines, mérite une sérieuse attention, un examen sévère. Ce n’est
pas nous qui faillirons, à cet égard, à nos devoirs. Nous avons été" ému,
nous l’avouerons, h l’annonce de deux cas de mort rapide après l’admi¬
nistration de 4 ou 5 grammes de sulfate de quinine. Notre article était
enti-e les mains de nos confrères : nous avons craint un instant de voir
smvenir de semblables malheurs; mais en allant aux sources, en exami¬
nant sagement, et sans auenhe sorte de prévention, les faits, nous avons
été un peu rassuré. Nous devons la vérité tout entière; la voici : il est
vrai qu’à l’Hôtel-Dieu, dans les salles de M. Récamier, qu’à l’hôpital Co-
chin, dans les salles mêmes de M. Briquet, deux individus ont succombé
en six et huit heures à la suite du traitement. Dans quelles conditions se
trouvaient-ils, quelle a été la natme des accidents? le voici.
Le malade de M. Récamier était un jeune homme de vingt à vingt-
cinq ans, qui venait d’avoir, dans les salles, la variole, dont il était à
peine convalescent, lorsqu’il fut pris d’un rhumatisme articulaire aigu,
(le moyenne intensité. On lui donna, le premier jom-, 2 grammes de
sulfate de (piininc en poudre, qui n’eurent aucun mauvais effet; le rhu¬
matisme s’aggravant, on porta, le lendemain, le médicament à la très-
forte dose de 5 grammes. Immédiatement après les avoir pris, le malade
tomba dans un délire frénétique, au milieu duipel il mourut auhout de
six heures. — Eu pesant les circonstances de ce fait, ne trouvera-t-on
pas qu’il ne peut y avoir parité entre im homme bien portant qUi est
( 455 )
pris tout à coup d’un rhumatisme articulaire, et auquel on administre
le sulfate de quinine, et un sujet qui vient d’avoir une maladie grave
qui a duré vingt ou vingt-cinq jours, qui a été à la diète, qui a été épuisé?
Ne trouvera-t-on pas qu’une médication aussi énergique n’était pas de
mise dans de telles circonstances, et que, dans tous les cas, au lieu d’être
portée à scs dernières limites, elle aurait dû être adoucie, mitigée?
Le malade qui a succombé chez M. Briquet ne présentait pas non plus,
il s’en faut, un rhumatisme simple, et, nous le devons dire nettement, il
y a eu errem- de diagnostic, l’autopsie l’a montré. C’était mi homme de
plus de cinquante ans, affaibli, cassé. U se plaignait d’une douleur à la
région lombaire qui existait depuis plusieurs mois ; il avait de plus une dif¬
ficulté très-grande à mouvoir la cuisse droite, et une douleur assez forte
à l’articulation coxo-fémorale au moindre mouvement. Ce cas fut consi¬
déré comme un rluunatisme chronique. On administra, le premier
jour, 2 granunes 50 centigrammes de sulfate de quinine; le lendemain et
le surlendemain, on le donna à la dose de 4 grammes. Le quatrième
jour, le malade fut pris d’une diarrhée abondante, avec fortes coliques;
rien ne put arrêter les accidents, qui s’aggravèrent et présentèrent les ca •
ractères pour ainsi dire cholériques, et ce sujet succomba dans la jom-née.
A l’autopsie, on trouva tout le gros intestin d’une teinte rose uniforme,
et comme hortensia. Mais les désordres les plus graves étaient la carie des
apophyses des vertèbres lombaires; la carie d’une portion de l’os des iles;
un abcès sous le muscle fessier qui s’étendait jusqu’au voisinage de l’ar¬
ticulation coxo-fémorale, dont une partie des cartilages étaient détruits.
— Ainsi, comme on le voit encore, ce cas n’était pas, il s’en faut, sim¬
ple. Le sulfate de quinine a été administré à un homme âgé, appauvri,
et miné profondément par un abcès et par la carie des os et des carti¬
lages. Le médicament n’était pas indiqué, il devait être nuisible, il l’a
été.
Nous avons dû rapporter ces observations, et leur donner l’interpré¬
tation que nous croyons la plus raisonnable, parce qu’il ne doit y avoir
d’exagération d’aucun côté en thérapeutique, et qu’il ne nous paraîtrait
pas logique de s’arrêter dans l’expérimentation de cette méthode par la
frayeur que l’annonce de tels faits, non judicieusement vus, pourrait cau¬
ser. Est-ce à dire maintenant que nous vouhons prendre en main, envers
et contre tous, la défense du sulfate de quinine ? Dieu nous en garde !
Ce n’est pas là notre rôle. Quand, par son caractère, sa position, ses ta¬
lents, un médecin nous inspire la confiance, nous donnons place au ré-
sidtat des observations qu’il recueille dans son hôpital; c’est ce que nous
avons fait à l’égard de M. Bri(piet, après avoir toutefois visité ses ma¬
lades, et vérifié par nous-même les succès incontestables qu’il a obtenus.
( 456 )
Mais nous sommes les premiers à recommander toujours à nos confrères
la plus grande sagesse, la plus exti-ême attention dans l’emploi des
moyens héroïques. Nous leur renouyelons cette exhortation pour le sul¬
fate de quinine à haute dose dans le rhumatisme.
Du reste, cette médication a été employée nombre de fois depuis le
mois dernier par divers médecins, à l’Ilôtel-Dien, à l’hôpital Saint-Louis,
à la Charité. A l’hôpital Corhin, jM. Briquet a eu à traiter une douzaine
de nouveaux .sujets ; M. Blache, dans les salles voisines des siennes, du
17 au 30 novembre, a eu neuf rhumatisants qu’il y a soumis ; M. An-
dral, à la Charité, a employé la méthode chez dix-huit malades.
Chez la plupart des sujets il y a eu les phénomènes que nous avons
mentionnés du côté de la tête : diueté d’oreille, surdité , action sur
la rétine, diminution de la vue, et même sorte d’amaurose passagère
chez quelques malades, notamment chez une ou deux des salles de
M. Amiral. Dans ce dernier service, un malade a présenté, après l’ad¬
ministration du remède, des symptômes de gastrite assez énergiques pour
nécessiter des émissions sanguines, des cataplasmes, etc. M. Andral
n’a point jugé le fait grave, puisqu’il a continué, chez les autres mala¬
des atteints de rhumatisme, le sulfate de quinine. Sur les dix-huit sujets
auxquels il l’a administré, il a obtenu dans six un résultat complètement
satisfaisant, puisqu’en six ou sept jours il a guéri la maladie. Dans les
autres cas le succès n’a pas été attssi rapide. Une femme de ses salles
a été complètement réfraetaire au remède.
Au demeurant, nous croyons que cette médication, qui jusqu’ici n’a
été guère employée que dans les hôpitaux, mérite un sérieux et conscien¬
cieux examen. Elle doit être employée avec attention et prudence, et
soigneusement surveillée. Bien que le sulfate de quinine puisse être admi-
nisti-é sans danger aux doses dedeux, trois, quati’e grammes, comme l’éta¬
blissent les expériences anciennes de MM. Bailly, Piorry, Sandi-as, etc.,
et les nombreux faits qui se recueillent en ce moment depuis deux mois
dansles hôpitaux de Paris, nous croyons qu’il est bon de ne jamais débuter
par trois ou quatre grammes ; il est préférable de n’y arriver qu’en deux
ou trois jours, en s’arrêtant à temps devant les phénomènes jugés trop
intenses. Du reste, M. Briquet cheixhe à diminuer ses doses. Il commence
par deux grammes, et ne dépasse plus quatre grammes dans les rhu¬
matismes aigus ; il se borne à un ou deux grammes dans les rhmnatismes
chroniques et chez les femmes. Nous tiendi-ons consciencieusement nos
lecteurs au com’ant de ce qui surviendra.
De l’emploi comparatif de l'iodure de fer, du sel marin et de
l'acide hydrochlorique, dans le traitement du diahétès. — S’il est
( 457 )
une maladie, inexplicable dans sa nature, c’est assurément le diabètes.
On a fait des théories, et l’on a dirigé le traitement d’après les idées qui
en découlaient ; l’on a eu quelques succès isolés, et l’on a cru être dans
la route de la vérité ; mais bientôt des résultats négatifs plus nombreux
sont venus détruire les espérances. On ne sait pas ce que c’est que le
diabétès ; on n’a pas de traitement satisfaisant pour le combattre ; voilà
ce qui est certain ; aussi expérinieiitc-t-on et expérimentera-t-on en¬
core. 11 appartenait à un médecin qui, depuis quelques années, appli¬
que son esprit judicieux et investigateur à l’étude des altérations des
urines et des organes qui les sécrètent, au praticien auquel nous devons
l’excellent Traité de l’albuminurie, de s’emparer de cette questiondé-
licate et ardue, afin d’y jeter, s’il se peut, quelque lumière. C’est de ce
soin dont s’occupe M. Martin Solon. Depuis quelques mois il rassemble
dans scs salles, à l’hôjutal llcaujoii, les cas de diabétiques qu’il peut
rencontrer ; il étudie avec attention tous les jours, le polarimètre de
lîiot .à la main, l'influence de chaque agent alimentaire ou médicamen¬
teux sur la production d’une plus ou moins grande proportion de sucre
dans le fluide urinaire. Espérons qu’il sortira (pielque donnée pratique
de CCS recherches.—Jusqu’ici les cxpércnccs ont porté sur trois malades;
on a étudié chez eux, comparativement, l’action de l’iodure de fer, du
chlorure de sodium ou sel marin, enfin de l’acide hydrochlorique. Disons
un mot sur les résultats.
M. Martin Solon a trouvé que le chlorure de sodium qu’il a administré
aux trois malades a paru modifier un peu le diabélès et dimiuuéla pro-
j)orüon du sucre ; à scs yeux cependant ce moyen n’est qu’un palliatif,
utile cependant à l’entretien de la nutrition des sujets. Donné en même
temps que le pain, le sel contrebalance l’influence pernicicu.se de cet
aliment, qui, comme on le sait, donne lieu à la formation de beaucoup
de suci’e, et par suite à l’émaciation plus grande des sujets.
Deux seuls diabétiques sont dans ce moment couchés dans ses sal¬
les. L’un est soumis à l’iodure de fer, l’autre à l’acide h 3 '-drochloriquc.
Le premier est un homme de 30 ans, couché an n° 46 de la salle Beau-
joii ; il était fort amaigri lorsqu’il est entré à l’hôpital. On l’a mis à l’u¬
sage du sous-carbonate de fer, et on lui a permis de continuer de man¬
ger du pain. L’état du malade ne s’est pas sensiblement amélioré, et
les urines ont continué de présenter une quantité de sucre proportion¬
nelle avec celle du pain qu’il prenait. Depuis trois semaines on a com¬
mencé l’administration de l’iodure de fer, déjà employé par M. Gom¬
bette, comme ou l’a vu dans notre dernier numéro. Le malade en prend
actuellement un gramme par jour, et ne mange d’autres féculents que
trois échandés. On le nourrit de viande, de poisson, d’œufs et de bouillon.
( 458 )
Les Urines dévieht encore à droite au polarknètre, mais moins qu’à l’é¬
poque de l’entrée du malade. Qu’arrivera-t-il lorsqu’on reprendi'a l’u¬
sage du pain? la disposition saccftan^an/e de l’économie sera-t-elle
dissipée? Nous en instruirons nos Icctem's. Quant à présent, le malade
reprend des forces et se ti’ouve mieux. Sou traitement devra être con¬
tinué quelque temps et avec surveillance, car on s’est aperçu, en exami-
mant les urines par l’amidon et l’acide nitrique, que le malade n’est
point exact à prendre son iodure.
L’autre malade, ancien cordonnier et grand amateur des boissons al¬
cooliques, est couché dans la salle Lacnnec, au n“ 22.-Sa maladie, un
peu moins grave, un peu moins ancienne, est combattue par la limo¬
nade chlorliydri(jue à la dose de quatre grammes par litre.
Voici la Ibrnuüe de M. Martin Solon :
Acide chlorhydrique. 4 gi-ammes.
Eau commune. 1 litre.
Vin de Bordeaux. 10 centilitres.
Mêlez.
Un ou deux litres de cette tisane par jour, selon le besoin du malade.
On lui laisse manger 200 gi-ammes de pain, et on lui donne, comme au
précédent, des viandes, du poisson et des œuls. Ses urines, examinées au
polariinclrc, ne donnent point une quantité de sucre en proportion avec
le pain qu’il mange; son embonpoint et scs forces reviennent. On doit
en conclure ([ue la disposition diabétique diminue, et que bientôt on
pourra augmenter la quantité de pain que mange ce malade.
Sur ieux cas de fistule lacrymale guéris sans opération. —
U’esl un fait parfaitement reconnu que l’inflammation chronique de la
muqueuse tpii tapisse le sac lacrymal et le canal nasal peut amener une
tumeur laorjunalc et une fishde. Lors donc que ces affections existent,
avant de procéder à une opération douloureuse et chanceuse pour le' ré¬
sultat, n’est-il pas du devoir du praticien de tenter les moyens simples
qui, dans des cii-constanccs assez nomlmeoses, peuvent ouvrir le cours
des larmes et éviter toute manœuvre instrumentale? Voici deux faits re¬
cueillis h la clinique de la Pitié, qui prouvent que l’on peut obtenir le ré¬
sultat le plus complet en faisant disparaître l’inflammation qui enti’ele-
nait la maladie.
Au n“ 30 de la salle Saint-Augustin est une femme âgée de trente-
<leux ans, qtii depuis deux ans portait à droite une fistule lacrymale. 11 y
avait au grand angle de l’œil un état inflammatoire très-prononcé. Pni
de jours auparavant, un abcès venait de s’ouvrir. Avant de procéder à
( 409 )
l’opération, M. Lisfranc voulut tenter les antiphlogistiques et les émol¬
lients. Quinze sangsues sont appliquées sur l’apophyse mastoïde du côté
malade; on ordonne des collyres et des cataplasmes émollients, et des
fumigations émollientes dirigées à l’aide d’im entonnoir dans la narine
du côté malade. La femme est mise à un régime très-doux; ou la purge
chaque quatre ou cinq jours. Au bout de dix jours, l’inflammation aiguë
est terminée. Alors on applique un vésicatoire derrière l’oreille, et l’on
commence l’usage d’un collyre astringent composé avec 120 grammes
d’eau de roses et de plantain, et 20 centigrammes de sulfate de zinc.
Continuation des purgatifs et des lumigations faites d’abord avec de l’eau
de sureau, puis avec la vapeur de la décoction de lavande et de thym.
Bientôt la fosse nasale droite, qui était sèche, devient humide; la fistule
se rétrécit. On ajoute aux fumigations d’abord une cuillerée, puis deux,
puis trois d’alcool. En vingt jours, la guérison de la fistule était complète,
l’œil parfaitement sain; point de rougeur, point de larmoiement, point
de liquide dans le grand angle de l’œil quand on comprime. Pendant
un mois que la malade est restée encore dans les .salles, sa guérison s’est
maintenue. — L’autre malade est un homme, de trente-cinq ans, couché
au n” 40 delà salle Saint-Louis. Depuis un an, il portait une fistule la¬
crymale avee des callosités au gi-and angle de l’œil, du larmoiement et
une inflammation chronique de l’œil. On a employé chez lui le même
traitement : en vingt-cinq jours, il était complètement guéri. La cure
s’est montrée solide pendant un mois que ce sujet est resté encore à l’hô¬
pital.
Influence des émotions morales de la mire sur le fœtiis. — Nous
avons vu, maidi dernier, dans les bur eaux de l’Académie de médecine,
un enfant qui semblerait être une preiitm de plus de l’influence de l’ima¬
gination de la mère sur le fœtus. Une femme enceinte de deux mois,
mariée à un employé du chemin de fer de la rive gauche, apprend dans
la soirée du 8 mai la catastrophe. Elle court, elle vole à l’emliarcadère,
où elle ne peut rien apprendre sur le sort de son mari. En cet instant
arrive un convoi portant les restes carbonises des victimes, et l’on juge
de l’émotion que dut faire éprouver la vue de cet horrible spectacle à
une femme qui a’oit que son mari a partagé le même sort. Cependant
il n’en était rien, il revint sain et sauf. Sept mois après, cette femme
met au monde un enfant à terme et vivant, dont tout le corps, à l’ex¬
ception du visage, comme nous l’avons vu, porte des taches plus ou
moins larges, dont la couleur et l’aspect rappellent la couleur et l’aspect
de la peau des victimes carbonisées.
( 460 )
RÉPERTOIRE MEDICAL.
ABCÈS FDLMONAIRi; ( Cas re¬
marquable de guérison d’un) à la
suite de l'ouverture spontanée par
une piqûre de sangsue. Le siijcl de
celte singulière observation rappor¬
tée par M. Baracb , est une jeune
Russe de quatorze ans, qui s’était
mariée à treize ans sans être mens¬
truée. La maladie dont il est ques¬
tion commença en juin 1811 ; toux,
douleurs lancinantes entre la qua¬
trième et la sixième côtes, etc. ; ces
symptômes allèrent en augmentant
malgré un traitement approprié; des
sangsues furent appliquées sur la
poitrine. La malade s’était rendue
sur un mauvais cliariot. cliez un
médecin des environs; à son retour
elle eut une violente dvspnée et elle
rendit à la suite d’un fort accès de
toux une quantité considérable de
pus fétide. La malade eut de la fiè¬
vre. beaucoup de toux, et se plaignit
d’ardeur, de tension et de pulsations
à la poitrine, à l’endroit ou les sang¬
sues avaient été appliquées; une des
piqûres s’était changée en pustule;
pendant qu’on cherchait à l’ouvrir,
il en jaillit près de deux onces de
pus. L’écoulement continua par sac¬
cades, pendant les inspirations et les
accès de toux. La plaie avait 2 cent,
de largeur sur trois de profondeur.
L’écoulement ne commença à dimi¬
nuer que le troisième jour. Il rede¬
vint plus fort pendant la durée du
voyage de la malade jusqu’à son ar¬
rivée à Lemberg, où la plaie ne larda
pas à se fermer. Cette malade guérit
parfaitement, malgré l’état d’amai¬
grissement dans lequel elle était
tombée. L’auteur ajoute que lorsque
l’écoulement du pus diminua, on en¬
tendait l’air inspirésorlirpar la plaie
avec le bruit d’un .soufflet : cet air
était chaud. — C’est toujours avec
une certaine méfiance que nous rap¬
pelons les faits extraordinaires qui
nous viennent de l’étranger. Los dé¬
tails circonstanciés que nous avons
trouvés dans celte observation nous
a porté à y ajouter foi et à i’analysær.
{Journal de Schmidt, n° 307.)
ASPHYXIE causée par l'introduc¬
tion d’un petit poisson dans la tra¬
chée-artère. M. le docteur Remy, lils,
de Mareuil-le-Port, est mandé à
toute hâte pour donner ses soins à
un jeune homme de vingt-trois ans,
qui venait, à la suite d’un pari, d’a¬
valer un petit poisson; or, ce poiS:
son, au lieu de descendre dans l’es¬
tomac, était resté à la gorge et l’é-
touifait. A son arrivée auprès du
malade, une heure après l’accident,
il le trouva couché sur le dos, la
lôtc relevée et en proie à tous les
symptômes de l’asphyxie commeu-
qante. Une sonde œsophagienne qu’il
lit passer par l’une des narines (les
mâchoires étaient violemmeul con¬
tractées), et ipi’il poussa jusqu’à l’o¬
rifice cardiaque de l’estomac, le con¬
vainquit bientôt que le corps étraii-
çer n’était pas dans l’œsophage; il
était dans la partie inférieure de la
trachée-artère, comme le lui prou¬
vèrent bientôt la percussion, l’aus¬
cultation et les symptômes qui s’é¬
talent traduits au dehors. La mort
était imminente; une seule ressource
restait, c’était l’opération de la tra¬
chéotomie; M. Remy la proposa de
suite, mais il rencontra une oppo¬
sition terrible de la partde la famille,
des personnes qui entouraient le mo¬
ribond, et, chose bien singulière, de
la part d’un confrère, appelé par lui
pour l’aider de ses conseils. M. Remy
épuisa tous les moyens de persua¬
sion en son pouvoir; il lit valoir
toutes les raisons las plus plausibles,
il ne put rien obtenir. L'asphyxie
était complète une heure après son
arrivée. Autant pour prouver ce qu’il
avait avancé pendant la vie que pour
montrer à tous que l’opération, iioii-
seuiementétaitpossible, maispoiivait
encore sauver l'imprudent, M. Remy
la pratiqua sur le cadavre. A peine
la trachée fut-elle ouverte, que le
doigt, introduit dans l’ouverture,
sentit la queue du poisson au-dessous
de la plaie. 11 procéda à son extrac¬
tion; ce dernier temps de l’opération
offrit linéiques diilicullés. C’était un
petit poisson appelé périssetle, long
de sept centimètres et large de deux.
La condiiitedc M. Remy dans celte
circonstance, ne peut qu’être ap¬
prouvée par tous les praticiens. Il est
déplorable qu’on n'ait pas suivi ses
couseils, seulechancedesaliilqui res¬
tait évidemment au malade. (Journ.
( 461 )
des conn. méd. ehirurg., novembre
18*2). _
BAINS ABCALINS {De l’emploi
des ) locaux contre certains états
atonigues des tissus. Tous les pra¬
ticiens onteu certainement l’occasion
de remarquer, dit M. Payan, qu’a-
près lesinllammations phlegmorieuses
des doigts ou des diverses parties
de la main, des avant-bras, des
pieds, etc.J alors môme que l’acuité
des symptômes à été suffisamment
combattue, l’engorgement des tissus
met longtemps à se dissiper, que les
chairs des plaies qui y persisteut en¬
core restent longtemps parfois bla¬
fardes, languissantes ; en un mot que
la vitalité est peu active dans ces par¬
ties que l'inflammation a si pénible¬
ment travaillées. Si, dans ces circon¬
stances, ne faisant attention qu’à
l’engorgement des tissus, on continue
l’usage des topiques émollients, des
bainsde même nature, l’engorgement
ne se dissipe point, et, par sa persis¬
tance, il finit par lasser la patience
des médecins et des malades. Or,
M. Payan n’a rien trouvé de plus
avantageux dans ces cas que l’usage
des bains locaux alcalins préparés
avec une lessive légère de cendres
de sarments. Unrésumé succinct des
cas dans lesquels M. Payan a fait
emploi de ce moyen indiquera aux
praticiens le parti qu’ils peuvent en
Phlegmon très-volumineux enva¬
hissant toute la main gauche ; malgré
tous les moyens appropriés, suppu¬
ration qu’il faut évacuer par diverses
incisions; larges cataplasmes autour;
bainslocauxémollients pendant vingt
jours, auhout desquels, quoique toute
douleur cftt disparu, la main restait
toujours tuméfiée, les plaies, dont les
bords étaient blafards, ne se cicatri¬
saient pas. Emploi des maniluves al¬
calins. Dès le lendemain, peau moins
atonique, plus ferme, bon aspect et
ayivatiou des plaies. Conlimiation du
môtne moyen pendant dix jours, au
bout desquels la main avait repris
ses dimensions naturelles et la cica¬
trisation fut obtenue.
Panaris grave négligé; engorge¬
ment inflammatoire consécutif fort
étendu de tout le doigt, incisions,
nécrose de la troisième phalange.
Application continuelle de cataplas¬
mes, cessation de la douleur, mais
persistance de l’engorgement, mau¬
vais aspect et non cicatrisation des
plaies. Bains alcalins locaux qui en
quelques jours produisent une com¬
plète cicatrisation du doigt.
Erysipèle phlegmoneux ayant en¬
vahi tout l’avant-bras et le haut de
la main, décollement très-étendu de
la peau, plusieurs incisions avec le bis¬
touri. Cataplasmes, bainslocauxémol-
lients, d’abord très-utiles, mais vers
lafinétatstationnaire, cicatrisa tionar-
rêtée. Alors emploi de bains locaux,
progressivement de plus en plus al¬
calins. Amelioration très-sensiblcdës
le début, augmentant tous les jours.
Douze jours après, il ne restait à ce
membre, naguère si malade, qu’un
peu de raideur vers le poignet. (Jie-
vue médicale, octobre 1842.)
BRONCHITE CAPILLAIRE [Epi¬
démie de) observée d VHàtel-Dieu
de IS^'antes en ]840-il. L’influence
catarrhale qui se fit sentir en France
depuis l’année 1837 jusqu’à l'année
18H , n’a présenté nulle pan, que
nous sachions, les mômes particula¬
rités, la môme complication de phé¬
nomènes, la môme gravité que dans
l’épidémie de l’Hôtel-Dieu de Nan¬
tes, dont AIM. Mahot, Bonamy, Mar-
cé et Malherbe viennent de publier
la relation. Une première circon¬
stance remarquable, c’est que la ma¬
ladie atteignit presque exclusivement
lesmilitairesdelagarnison de Nantes;
ce furent surtout les jeunes recrues
â ui eu subirent l’influence. Les mar¬
ies forcées pendant un temps ri¬
goureux, les çrivations pénibles, les
conditions anti-hygiéniques des ca¬
sernes habitées par ces militaires,
paraissent aux auteurs avoir joué
un grand rôle sur le développement
de la maladie. Elle s’est présentée
sous deux formes bien distinctes,
bronchite capillaire simple, bronchite
capillaire suffocante. Voici les traits
principaux du tableau ofiert par ces
deux lormes.Dansson état de simpli¬
cité, un jeune soldat vigoureux, bien
constitué, après avoir été exposé au
froid et à l’humidité, quelquefois
sans cause connue, contractait une
bronchite. Au début, quelques ac¬
cès de fièvre rémittente avec toux
et céphalalgie. Après quelques al¬
ternatives do mieux et de rechutes,
la bronchite s’aggravait, la toux de¬
venait plus fréquente, la lièvre plus
intense, et le malade était forcé
d’entrer à l’bôpilal. Alors, symp¬
tômes suivants : face rouge, injec¬
tée, céphalalgie augmentant par les
secousses de la toux, voix légère¬
ment enrouée, toux fréquente, re-
venant souvent par quintes prolqn-
^ées, et s'accompagnant de douleurs
épigastriques et sous-sternales, eu
un mot, tous les symptôpes locaux
et généraux, si souvent décrits, de la
grippe. Sous cette forme, la maladie
ne présenta aucune gravité. Il n’en
fut pas de même sous la seconde
forme, qui au début ne présentait
rien dans ses symptômes qui la dis¬
tinguât des broncliites épidémiques
simples, mais qui, après quelques
jours, donnait lieu aux phénomènes
de dyspnée et de suffocation dont
voici le tableau : peau pèle et cya¬
nosée, froide et souvent recouverte
d’une sueur visqueuse j yeux sail¬
lants, conjonctives injectées, faciès
exprimant l’inquiétude et l’angoisse
produite par la gène extrême de la
respiration et de la circulation;
mouvements respiratoires larges,
très-accélérés, analogues à ceux des
astlimatiques ; sensations d’une com¬
pression exercée sur la poitrine;
toux très-fréquente , quelquefois
presque incessante, grasse, humide,
souvent peu douloureuse, expecto¬
ration abondante de crachats opa¬
ques, mucoso-purulents; sonorité,
la plupart du temps parfaite et même
exagérée dans toute la poitrine;
bruit respiratoire obscur, masqué
par des raies sous-crépitanis et mu¬
queux entendus dans toutes les ttar-
ties du thorax ; bruit expiratoire
fréquemment rude, prolongé et ren-
né; battements du cœur petits, tu¬
multueux, accélérés, sans bruit anor¬
mal appréciable; pouls très-accéléré,
très-dépressihle; céphalalgie sou¬
vent atroce, facultés intellectuelles
intactes, langue humide, violacée,
couverte de mucosités blanchâtres ;
abdomen indolent, constipation.
Bientôt tous ces symptômes acqué¬
raient une gravité plus grande; l’as¬
phyxie faisait insensiblement des
progrès, et le malade se voyait mou¬
rir en conservant la connaissance
jusqu’au dernier moment. La mort
arrivait de deux manières : ou bien
la suffocation était lente, graduelle,
et le malade s’éteignait peu à peu,
ou bien il périssait brusquement à
la suite d’un mouvement dans son
lit, sans qu’on eût le temps d’aller
chercher l'élève de garde.
Les lésions cadavériques les plus
importantes furent observées dans
l’arbre bronchique et les poumons.
Le larynx, la tracbée-ailère et les
bronches étaient remplis par un li¬
quide blanchâtre ou jaunâtre mu-
coso-puruleut. On le retrouvait dans
les plus petits canaux bronchiques,
dont il obstruait entièrement le ca¬
libre , comme s’il y eût été poussé
liar une injection. Les altérations du
poumon furent l’emphysème et l’en¬
gorgement , tantôt sons forme de
pneumonie lobulaire, tantôt sous
celle d’hépatisation lobulaire plus ou
moins étendue. Un des faits les plus
curieux parmi tous ceux que présen¬
ta l’épidémie de bronchite capillaire,
fut la présence constante de caillots
fibrineux dans les cavités du cœur.
Notons que cette épidémie présen¬
ta des complications très-variées.
I.es plus nombreuses furent les liè¬
vres éruptives, puis la pneumonie,
la pleurésie, la diphtbérite, les oreil¬
lons et l’orchite.
Le traitement qui fut opposé h
cette épidémie fut complexe et va¬
rié. Dans les cas légers, le repos au
lit, la chaleur, des boissons émol¬
lientes sufiisaient pour annuler et
dissiper les symptômes. En présence
de la bronchite suffocante, les se¬
cours de l’art furent généralement
impuissants malgré l’emploi des
émissions sanguines, des révulsifs
cutanés, des vomitifs, des contro-sli-
roulants, des antispasmodiques et
des excitants diffusibles.
En résumé, l’épidémie do Nantes,
dans sa forme simple, ne nous pa¬
raît différer en rien des épidémies
catarrhales observées à Paris en 1837
et 1810. Sous cette forme, il nous
est impossible de ne voir dans cette
maladie, qui pour une altération lo¬
cale, minime, donne lien à des symp¬
tômes généraux hors de toute 'pro¬
portion avec cette altération, il nous
est impossible, disons-nous, de ne
voir là qu’une simple bronchite. Les
lassitudes, l’abattement et la pro¬
stration des forces, la courbature gé¬
nérale, la céphalalgie, les douleurs
sous-sternales sont des caractères
propres à la bronchite épidémique,
qui dénotent une inlluence générale
et qui réclament aussi un tout autre
traitement que celui de la bronchite
simple. Cette opinion est aujourd’hui
celle de la généralité des praticiens
qui ont observé les épidémias de
Paris.
Quant à la forme grave décrite
par les médecins de Hautes, et à la¬
quelle ils ont donné le nom de bron¬
chite capillaire suffocante, il nous
semble que quelques exemples eu
avaient été observés à Paris dans
l’épidémie de 1837, et notamment
( 463 )
par ifonaU Plus réccniment, M.
Foucart, dans sa dissertalion inau¬
gurale, a publié plusieurs observa¬
tions fort analogues à celles de
Nantes ; néanmoins, il n’exislait nas
dans la science de relation d’épiué-
tnie de colle affection ayant atteint
un aussi grand nombre d’individus
et d’une manière aussi fatale. Ainsi,
sans croire que l’épidémie de Nan¬
tes soit une maladie nouvelle, on
peut cependant lui assigner les ca¬
ractères suivants, qui n'avaient ja¬
mais été aussi bien décrits que dans
cette relation : 1“ Existence préala¬
ble d’un catarrhe aigu; 2» expecto¬
ration de crachats épais, jaunâtres;
3° accélération extrême du pouls;
40 mort survenant tout à coup, à la
suite d’un mouvement; .5° mollesse
de la substance pulmonaire et ma¬
tière çatarrliale contenue en abon¬
dance dans les bronches. ( Relation
d'une épidémie de bronchite capil¬
laire, brocli. in-80. Nantes, 18i2. )
CKÈTimami{Recherches sur les
causes du ). Les remarques publiées
sur ce sujet par M- le docteur Rœscli
sont le résultat de ses recherches
faites par ordre du gouvernemeut
dans le royaume de Wurtemberg, à
l’occasion desquelles il a examiné
plus de trois mille crétins dans les
différeptes localités où la maladie
est endémique. De ces recherches,
l’auteur croit devoir déduire les ré¬
sultats étiologiques qui suivent :
1“ Le crétinisme se rencontre par¬
tout à l’état sporadique, mats il
n’est endémique que parmi les po¬
pulations do certaines localités.
2° Il est héréditaire, mais de telle
sorte que l’hérédité ne se fait sentir
d’abord que sur <|uelqnes membres
de la famille; puis la dégénérescence
l’atteint tout entière, jusqu’à ce
qu’elle soit éteinte. Dans cette trans¬
mission, rinfluenr.0 du crétinisme du
père est plus évidente que celle de
la mère. Quelquefois le crétinisme
épargne une génération pour appa¬
raître de nouveau dans une généra¬
tion suivante. Les enfants procréés
pendant la jeunesse des parents sont
mieux organisés que ceux mis au
monde plus tard. Cette hérédité fait
que, dans les petites localités où les
habitants se marient entre eux, cette
dégénérescence s’introduit peu à peu
dans imites les familles, et imprime
à tonte la population un cachet par¬
ticulier.
3° Le crétinisme exige, pour son
développement, la prédisposition
( hérédité, certaines Imfluences qui
ont agi sur les parents ) des causes
occasionnelles, agissant sur l’indi¬
vidu pendant la période do dévelop¬
pement physique et intellectuel de
l’organisme.
4» Parmi les influences fâcheuses
agissant sur les parents, il faut no^
ter surtout la misère, une alimen¬
tation défectueuse, une habitation
insalubre, le travail excessif, la dé-
Imicho. La conception pendant l’i¬
vresse n’est pas pour M. Ruescli
d’une grande valeur.
5“ L'abandon dans lequel on laisse
les enfants depuis leur naissance est
souvent la cause principale du t'éve-
loppcmont du crétinisme chez les
enfants prédisposés.
6" Toutes ces circonstances n’ex¬
pliquent pas le crétinisme endémi¬
que, dont les causes résident dans
un concours de conditions atmo¬
sphériques et géologiques propres à
certaines localités. L’altération de
l’eau par le plâtre ou la chaux, l’eau
de neign fondue, ne paraissent pas à
l’auteur avoir une influence évi¬
dente, car il a rencontré le créti¬
nisme dans des localités où les [lopii-
lations s’abreuvaient d’une eau par¬
faitement pure. Mais l’humidité de
l’air lui parait jouer un grand rôle.
On ne voit jamais le crétinisme être
endémique dans des plaines ou sur
dos plaUiaiix élevés, tandis qu’il se
rencontre dans les vallées et les bas-
fonds riches on eau. Il n’exîste pas
dans les pays froids et peu sujets aux
variations subites de la température.
Les localités où il règne omlémiqiie-
ment ont cela de commun qu’elles
sont humides, brumeuses, exposées
à des variations subites de tempéra¬
ture, souvent très-chaudes au milieu
de la journée, et fraîches ou même
froides le malin et le soir.
Le goitre est l’accompagnement
constant du crétinisme, il doit en
être considéré comme l’indice. Il se
développe dans les mêmes conditions.
Le crélinisnie et la fièvre intermit¬
tente ne l’excluent pas. M. Bwsch
les a observés simultanément et sur
les mêmes individus.
Les moyens d’arrêter le crétinisme
seraient d’abord des mesures d’hy¬
giène puliliqne qui empêchassent la
maladie do se produire, ensuite la
sonstraclinn des individus qui en ont
la prédisposition aux influences dé¬
létères qui les entourent.
Nous ne pouvons nous empêcher
( 464 )
de remarquer la parfaite conformité
des vues de M. Rœsch avec celles
d’un médecin français, M. Marchand,
qui, dansune thèse inauguraleremar-
quable (1842), a étudié Irès-soigneu-
semcut les causes qui produisent les
crétins et les cagots dans les Pyré¬
nées. (Gai. méd. de Strasbourg, no¬
vembre 1842.)
DIAGNOSTIC CHIRDROICAI.
{Des erreurs en chirurgie et des dif¬
ficultés du). Nous a vous eu, cette an¬
née, une avalanche de discours de
rentrée. MM. Trousseau, Chomel,
Bérard, Roux, Malgaigne,' ont cru
devoir inaugurer l’année scolaire par
des allocutions plus ou moins prémé¬
ditées et aussi plus ou moins intéres¬
santes. La plus intéressante, à notre
avis, celle dont on peut retirer pro¬
fit, instruction et surtout prudence,
c’est celle de M. Roux, qui, avec
cette bonne foi naïve et cette probi¬
té scientifique qui ie caractérisent,
est venu raconter aux élèves quel¬
ques-unes de ses erreurs, quelques-
uns de ses malheurs de praticien,
ponrles tenir en gardecontredesacci-
dents semblables. Arrivé à la haute
position que s’est acquise M. Roux,
sans doute la divulgation de tels ac¬
cidents ne peut diminuer en rien
l’estime et la confiance qu’il inspire
è d’aussi justes titres; cependant on
ne doit pas moins lui tenir compte
de toute abnégation d’amour-propre
et de vanité devant les intérêts sa¬
crés de la vérité et de la science.
Nous allons citer ses propres pa¬
ir J’étais, très-jeune encore, chi¬
rurgien à l’hôpital Bcaujon ; j’avais
affaire à une malade portant dans
i’aissellc une tumeur très-volumi¬
neuse. En la palpant, on avait la
sensation d’une dureté et d’une ré¬
sistance considérables, qui pouvaient
faire croire qu’elle était solide, et je
pensai qu’il en était ainsi. Quelques
chirurgiens l’avaient examinée avec
moi et en avaient jugé de même. On
croyait à la nécessité d’en faire l’ex¬
tirpation, mais on reculait devant les
difficultés de l’exécution. Désireux
alors d’alfronicr les obsiacle.s, je me
décidai h opérer. L’opération fut
très-longue et très-labonciise : je
dus ménager beaucoup de parties
trés-délicales, vaisseaux et nerfs de
gros calibre ; j’évitai tous ces écueils,
et j’arrivai à accomplir mon opéra¬
tion. La malade succomba dans la
journée. En examinant la tumeur ,
quel ne fut pas notre étonnement, de
la voir constituée par des parois peu
épaisses et remplies de liquide ! C’é-
. tait une espèce de tumeur enkystée
3 ui, si l’on en eût bien déterminé
’avance la nature^ aurait pu être
opérée par une simple incision, et
l’on eût ainsi prévenu lesconséquen-
ces funestes d’une grave et difficile
opération.
«J’ai taillé des sujets qui n’avaient
pas la pierre : le premier de ces su¬
jets vit encore; c’est un médecin
très-distingué; il était alors étudiant
en médecine ; depuis quelque temps
il souffrait beaucoup en urinant, et
il avait éprouvé des rétentions brus¬
ques d’urine. Je le soudai uue pre¬
mière fois, et je ne sentis pas de
pierre ; je le sondai de nouveau h
plusieurs reprises, en tout quinze ou
vingt fois, et il me sembla plusieurs
fois sentir une pierre, mais cette
sensation ne fut jamais parfaitement
distincte. Le malade, persuadé qu'il
avait un calcul, était très-décidé à
subir l’opération. Je crus toutefois
devoir y surseoir, parce que mon
diagnostic ne me satisfaisait pas en¬
core pleinement, et je craignais que
l’opération ne fût un peu hasardée.
Enfin, sollicité parles parents du ma¬
lade et par le malade lui-même, qui
me prièrent instamment d’opérer ,
du moment que je croyais avoir la
conviction de l’existence d’une pier¬
re, ajoutant que si, par hasard , je
m’étais trompé, ils me déchargeraient
de toute responsabilité et tairaient
l’événement, j’eus la faiblesse de
céder. Je taillai, je trouvai avec sur¬
prise une vessie d’tine capacité énor-
mCj et je cherchai en vain la pierre.
Mais je crus devoir, pour l’instant,
cacher au malade et à ses parents ma
méprise, et les laisser dans la jier-
siiasion où ils étaient que j’avais ex¬
trait un calcul. Heureusement l’opé¬
ration n’eut aucune suite fùcbeuse ;
loin de là, non-seulement la plaie se
cicatrisa sans aucun accident, mais
le malade fut dès ce moment entiè¬
rement guéri de toutes ses souffran¬
ces, que nous reconnûmes dès lors
n’ôlre autre chose que des douleurs
névralgiques. Dix ans plus lard, je
déclarai au malade, qui occupe au¬
jourd’hui un rang distingué dans ie
monde médical, toute la vérité sur
cet événement dont nous avons plus
d’unefois plaisanté depuis ensemble.
— La même méprise m’est arrivée
sur deux enfants.
« Il m’est arrivé nne fois d’ouvrir
( 465 )
l’artère crurale en oinTant un abcès
très-profond, ba tumeur, en grossis¬
sant, avait déplacé le vaisseau et avait
dérouté toute ma science anatomi¬
que. Jeditsaprèsen faire la ligature.»
Ces exemples et quelques antres
ont servi de texte à M. Roux pour
développer cette idée que le diagnos¬
tic chirurgical offre les mômes diffi¬
cultés, donne lieu aux mômes er¬
reurs que le diagnostic médical, et
que souvent ces erreurs amènent des
résultats bien plus funestes. Cette
opinion d’tin chirurgien à si vaste
expérience et vieilli dans la pratique,
doit être un avertissement salutaire
pour les entraînements de la témé¬
rité, et c’est sous ce point de vue
surtout que nous avons voulu la faire
connaître à nos lecteurs. ( Gaz. des
Hôpitaux, novembre 1842. )
douleurs névralgiques
( Cessation des ] par la compression
de la carotide. M. le docteur Turcii,
de Plombièras, a publié quelques
faits qui tendent à prouver, dit-il,
que des douleurs plus ou moins vi¬
ves, tantôt erratiques et musculaires,
tantôt simulant une pleurodynie,
tantôt se produisant sous la forme
de douleurs abdominales fort variées,
ou d’une toux très-pénible, sont pro¬
bablement le résultat d’une modifi¬
cation maladive de la base du cer¬
veau, puisqu’elles cessent instanta¬
nément sous l’influence de la com¬
pression d’une carotide, ou plutôt
sous celle du nerf vague que cette
artère recouvre. Voici les faits qui
l'ont conduit à admettre cette opi¬
nion, que nous ne pouvons encore
regarder que comme une hypothèse,
et malheureusement ces wits sont
eux-mêmes si vagues et si peu cir¬
constanciés qu’il est difficile d’en
rien conclure.
Un malade éprouvait depuis long¬
temps de vives douleurs abdominales
rebelles à tous les traitements. Par
voie d’exclusion, M. Turck est porté
à penser qu’un état morbide du cer¬
veau produit les accidents, et il dé¬
couvre que la compression de la ca¬
rotide gauche faisait cesser instanta¬
nément les douleurs. On fit un ban¬
dage approprié et le malade s’en
sert encore avec succès chaque fois
que ses douleurs reviennent. Il y a
dix ans de cela.
Cette année M. Turck vit un ma¬
lade, dont le pèreest mort phthisique
et qui éprouvait des douleurs très-
fortes qu’il rapportait au sommet du
TOME XXIII. 12' LIT.
poumon droit, sans que l’ausculta¬
tion et la percussion indiquassent
aucune modification dans les tissus.
Ces douleurs, considérées comme
pleurétiques et pleurodyniques, ré¬
sistèrent à l’emploi des eaux de
Plombières et se suspendaient au
contraire pendant la compression de
la carotide droite. Le bandage a été
prescrit, M. Turck n’en dit pas les
résultats.
L’auteur rapporte un autre cas
analogue, et un quatrième dans le¬
quel les douleurs, quoique variables
dans leur siège, étaient suspendues
par la pression carotidienne. ( Ex"
périence, novembre 1842. )
DOUVE DD FOIE ( Présence de
la ) ou distôme hépatique dans la
veine-porte chez l'homme. Cet ento-
zoaire est très-commun chez les ru¬
minants et connu, non-seulement des
naturalistes, mais des vétérinaires,
des bouchers, des bergers, ete. Chez
l’homme il est plus rare, il s’y trou¬
ve en moins grand nombre et n’y ac¬
quiert pas la môme taille. Du reste,
rien de précis sur les symptômes
qu’il détermine, et quanta son siège,
c’est presque toujours dans la vési¬
cule et les canaux biliaires qu’on le
rencontre. M. Du'val, de Rennes, en
décrivant dans son cours d’anato¬
mie le système veineux abdominal,
arrivé au tronc de la veine-porte,
s’aiierçut qu'un corps étranger place
dans l’intérieur môme de ce vaisseau
glissait entre ses doigts. Incisant sur-
le-champ avec précaution les parois
de la veine sur ce corps tenu avec
les doigts, il découvrit au milieu
d’un peu de sang fluide une douve
du foie de la plus grande dimension.
Poursuivant se, recherches, deux ou
trois autres distômes semblables au
premier furent rencontrés dans le
sinus et la division sous-hépatique
de la veine-porte, et d’autres enco¬
re, en tout cinq ou six, dans les ra¬
mifications de la veine jusque dans
l’intérieur du foie. M. Duval pense
que ces enlozoaires se sont dévelop¬
pés dans la veine môme, ce qui
prouverait que la vésicule et tes ca¬
naux biliaires ne sont pas leur siégu
spécial. (Gazette méd. de Paris,
novembre 1842. )
EMPOISONNEMENT ( Observa¬
tion d’)par le céral fait avec des bou¬
ffies de nouvelle fabrication, dans
la composition desquelles entre de
l'acide arsénieux. Dans un procès
r»o
( 466 )
célébré, M. Raspail soutenait que si
on soumettait à ranpareit de Alarsti
le sang d’un individu quiaurait tong-
tenips respiré l’air d’une piéçe éclairée
par des bougies stéariques, on y trou¬
verait de l’acide arsénieux. On sait,
en effet, que pour blanchir et solidi¬
fier la stéarine, on emploie l'acide
arsénieux. On conçoit donc, à la ri¬
gueur, que le cérat préparé avec cette
bougie puisse donner lieu à dus ac¬
cidents toxiques, s’il était appliqué
sur des surfaces dénudées. Doux olt-
servations publiées par M. Errurd, à
Injurieux, pourraientconliriner cette
crainte. Dans le premier cas, il s’agit
d’un homme qui, par suite d’une
application de compresses faite sur
des plaies des bras, produites par des
vésicatoires, fut trouvé le lendemain
dans un état inquiétant. Bras dou¬
loureux, langue rouge, sèche, fen¬
dillée: soif insupportable, tranchées
dans le ventre; contractions invo¬
lontaires dans les muscles des mem¬
bres inférieurs et du dos; pouls petit,
irrégulier et fréquent ; céphalalgie.
Malgré un traitement énergique, mort
(lu malade dans la soirée.
Dans le second cas, c’est une jeune
fille, (tui, aussi apès l’application de
cérat sur la plate d’un vésicatoire,
est prise des mêmes accidents, (|ui
n’eurent pas cette fois de résultat
funeste.
Le cérat employé dans ces deux
circonstances avait été pris dans la
même maison et fabriqué avec des
bougies stéariques. M. Errard n’hé¬
site pas à mettre sur son compte lus
accidents qu’il a observés.
Remarquons, néanmoins, que l’au¬
topsie du sujet qui a succombé n’a
pas été faite, et, chose liien plus im¬
portante, que ie cérat n’a jtas été chi¬
miquement analysé. L’absence de ces
deux conditions nous met en réserve
sur la légitimité de la conclusion de
M. Errard. {Gaz. méd. de Paris,
novembre 18t2.)_
ÉPILEPSIE {Guérison de V) par
un anli-périodigiie. Cet anti-pério¬
dique, c’est la valériane, soit seule ,
soit associée à la poudre de Gutlète
ou à la poudre de Carignan. C’est
M. le docteur B. Chabrely do Bor¬
deaux qui préconise cette médica¬
tion, dont il aurait obtenu des succès
inouïs dans quatorze cas qu’il ra¬
conte, cas très-divers relativement à
l’ùge, au sexe des malades, à l’inien-
site et à laduréede la maladie. Nous
sommes toujours très-ré-servésè l’en¬
droit des guérisons de maladies qui,
comme l’épilepsie, ont été jusqu’à ce
jour rebelles aux effets de l’art. Ce
n’est donc qu’avec doute et une dé¬
fiance invincible, bien légitime d’ail¬
leurs pour ceux qui connaissent l'Iiis-
tüire de la thérapeutique del’épilep-
sie, que nous exposerons la méthode
deM. Chabrely. Cependant, toute ex-
périmentatilon qui ne peut compro¬
mettre ni la sanie, ni surtout la vie
des malades, est permise dans une
aussi affreuse maladie. Remarquons
seulement quela valériane, la poudre
do Guttète et do Carignan, sont des
médicamentsquiont été très-souvent
employés contre l’épilepsie, et que
la plupart des thérapeutistes moder¬
nes ne leur accordent qii’uno action
très-secondaire.
M. Chabrely dit qu’on a grand tort
de s’en tenir àla méthode dite ration¬
nelle, pour des affections dont on ne
connaît ni la cause ni la nature. Pour
l’épilepsie il y a deux médications à
employer, l’une au moment de l’alta-
(liie, rautre afin de la prévenir lors¬
qu’elle a cessé. Pendant l’attaque,
c’est à la méthode rationnelle qu’il
faut recourir, eu se rappelant néan¬
moins que lescongestionsdu cerveau,
du poumon, qui semblent immédia¬
tement menacer la vie, cesseront avec
l’attaque qui les produit, et qu’il y
aurait danger par conséquent à ap¬
pauvrir le sang par des saignées in¬
tempestives. Pour prévenir les atta¬
ques, c’est à une médication spéciale
tiu’il faut avoir recotirs, sauss’infor-
mer de sa nature ni de son mode
d’agir, si par cette médication on
obtient des résultats favorables.
Jusqu’ici celte opinion est celle des
praticiens les plus sages, seulement
ils attendent encore ce médicament
spécial. Pour M. Chabrely, c’est la
valériane en poudre ou en sirop, qu’il
administre de la manière suivante :
il donne, matin et soir, une cuillerée
de sirop de valériane pour édulco¬
rer, chaque fois, une lasse d’infusion
de feuilles d’oranger; ia veille de la
nouvelle lune, il fait prendre le ma¬
lin, à jeun, un gramme de poudre de
Carignan ou de Gutlète additionné à
celle de valériane dans une lasse
d’infusion de tilleul sucré. Le soir,
même do.se; le lendemain, deux fois
égalemeni, ainsi tiue le surlende¬
main. Il agit do même pour la pleine
lune, la veille, le jour et le lende-
inainde celte phase lunaire. On prend
donc douze paquets par mois du mé¬
lange de Carignan, et les autres
( 467 )
jours, le malade se conlento du sirop
de valériane. Celte médication doit
être continuée pendant cinq à six
mois, puis on laisse les poudres anti-
périodiques, pour s’en tenir au sirop
de valériane. A ceux qui pourràient
être étonnés que M. Ctiabrely tienne
ainsi compte des phases de la lune
pour l’administration du mélange
anti-épileptique, il répond qu’il a oli-
servé une coïncidence frappante entre
les convulsions chez les enfants et
les phases delà pleine et de la nou¬
velle lune.
Pour ceux de nos lecteurs qui
voudraient répéter les essais de
M. Chahrely, nous donnerons la for¬
mule peu connue dés polidros de
Buttète et de Càrignan :
Poudre de Giutéte.
jana... t partie,
jaiia... 1/2 partie.
Mêler toutes ces substances pulvé¬
risées à un tiers de poudre de valé¬
riane et faire des paquets de 1 à 2
grammes.
Poudre de Carigiian, d'après
JW. nouchardat.
Poudre de Gutlèto.2S0 gram.
Ambre jaune porphyrisé.... Î1S —
Corail rouge. 125 —
Terre sigillée. 125 —
Kermès minerai. 12 —
Noir dïvoire. 12 —
M. S. A. et divisez en prises de 10
à 50 centig., que l’on mêle a la pou¬
dre do valériane par moitié. {BuU.
méd.deBordeaux,oei. elnov. 1812.)
riÈVRE JAUNE. M. Chervin a en
l’henreuse idée de publier le rapport
remarquable qu’il lut à l’Académie
de médecine, en octobre dernier,
sur un travail de M. Rufz, médecin
de la Martinique, concernant la liè¬
vre jaune, quia régné dans celte île
de 1838 à 1811. Dans ce rapport, ou
l’auteur a traité avec de grands déve¬
loppements l’imporlante question, de
l’identité de nature des lièvres d’o¬
rigine paludéenne de différents ty¬
pes, oïl il a soutenu, avec l’ardente
conviction qu’on lui connaît, l’ur¬
gence d’abolir les quaraiilaines rela¬
tives à la lièvre jaune, nous trou¬
vons l’exposé du traitement adopté
par M. Rufz, traitement qui a varié
Gui de ebène,
Racines de diclame
Id. de pivoine.
Semences d'atripiex.
Corail rouge préparé.
Ongle d’élan.
suivant les diverses époques de l’é¬
pidémie. D’abord il employa là sai¬
gnée comme moyen principal : sur
treize malades qiril traita ainsi, deux
moururent, mais l’un d’eux était ex¬
pirant lorsqu’il lui fut confié. Ce ré¬
sultat donne à M. Rufz une grande
confiance dans l’emploi de la saignée
dans les deux premiers jours du dé¬
but de la fièvre jaune, à quelque
époque que ce soit de l’épidémie.
Plus tard, M. Rufz joignit à la sai¬
gnée le sulfate de quinine à la dose
de 2 grammes io centigr. en 2i heu¬
res. Sur quinze malades, il n’eut
qu’un seul mort, mais il fait remar¬
quer qu’il faut tenir compte de ce
que l’épidémie était sur son déclin.
Du reste, M. Rufz n’a jamais employé
le sulfate de quinine seul. D’après
le relevé fait par M. Chervin, ort
voit d’ailleurs que sur un grand
nombre d’épidémies observées dans
des pays divers, les succès et les
revers se balancent dans toutes les
méthodes de traileinenl, soit par les
émissions sanguines à haute dose,
soit par les saignées unies à l’emploi
des toniques, soit enfin par les to¬
niques seuls. C’est ce qui fait dire à
M. Chervin, avec tant de raison, que
la thérapeutique de la fièvre jaune
est loin d’être fixée, et que des
moyens diamétralement opposés
donnent souvent des résullals ana¬
logues et même identi(|ues. {De l'i-
dentilé de nature des fièvres d’ori¬
gine paludéenne, etc. Broch. in-8“,
novembre 1812.)
FRACTDBE de l’extrémité infé¬
rieure du radius, expliquée par un
mécanisme nouveau. La fracture de
l’extrémité inférieure du radius, celle
qui ne siège pasà plusd’un pouce au-
dessus de l’articulation radlo-car-
picnne, et dont l’existence et la
symplomatidogie ont surtout été étu¬
diées avec soin par Dupuyiren, dans
un excellent chapitre de diagnostic
différentiel entre elle et les diverses
luxations du poignet; celte fracture,
dont les travaux de M. Goyraiid
d’Aix, et plus tard les recherches de
M. Diday paraissaient avoir sulfisam-
ment établi le mécanisme et le trai¬
tement, vient d’êire présentée sous
un aspect tout à fait nouveau par
M. le docteur Voillemier.
Ce jeune médecin, sans nier d’une
manière positive les fractures obli¬
ques du radius au point que nous
avons précisé, pense qu’elles sont ex¬
trêmement rares; l’opinion contraire
( 468 )
repose, suivant lui, sur ce que l’on
a étudié ces fractures bien plus sur
le vivant que sur des pièces patholo-
git|ucs. Lui aussi a eu occasion d’ob¬
server une fracture qui présentait
tous les caractères assignés à une frac¬
ture oblique, et il ne fallut rien moins
que l’examen anatomique et ia sec¬
tion de l’os pour le convaincre de sou
erreur et lui démontrer que celte
fracture se raltacbait à une forme
particulière inconnue des auteurs, et
se produisant par un mécanisme non
encore décrit. Ce mécanisme, le voici :
mais auparavant, suivons rauteur
dans quelques développements ana¬
tomiques qui ont pour but d’en sim-
plilier l'explication et de la rendre
plus intelligible.
Il fait remarquer que la couche
de tissu compact, si épaisse au corps
du radius, va en diminuant progres¬
sivement jusqu’à son extrémité infé¬
rieure, où elle est si mince qu’à peine
il est possible delà mesurer; et tiu'à
un centimètre au-dessus de la sur¬
face articulaire, elle ne présente plus
qu’une lame extrêmement fragile et
(îuelquefoisaussimincequ’une feuille
de papier. A la face antérieure le
tissu compacte se prolonge un peu
plus bas qu’à la face postérieure.
Ces faits étant établis, on conçoit
(lue dans une chute stirlamain, celle-
ci reposant sur le sol, la violence du
choc représentée par le poids du
corps multiplié par la vitesse de la
chute, vienne résumer son action
sur le point le plus fragile du radius,
c’est-à-dire à la portion renflée où la
lame compacte est le plus mince ; on
conçoit que l’os se brise on ce point,
et que le tube solidede tissu compacte
l)énétrant dans le tissu spongieux, il
se fasse une fracture par pénitration,
ainsi que l’auteur l’appelle. Maiscette
pénilratlon, dit M. Yoillemier, peut
avoir lieu de différentes manières :
si le choc a été bien directement
transmis à l’extrémité osseuse, si les
parois osseuses ont cédé à peu près
en même temps sur toute la circon¬
férence, le fragment supérieur pénè¬
tre d’emblée (fans le fragment infé¬
rieur, où il descend de plusieurs
millimèlres. Ainsi les deux fragments
restent enclavés. Mais si l’effort de
lachuteest plusconsîdérable, le frag¬
ment supérieur continue à descen¬
dre, et le fragment inferieur, pressé
entre luiet le carpe, se divise en plu¬
sieurs pièces. L’apn|)hysc styloïde
est (létachée, et la surface articulaire
véritablement écrasée. C’est ce der¬
nier degré de la pénétration que Du-
puytren avait rencontré dans cer¬
taines fractures auxquelles d avait
donné le nom de fracture par écra¬
sement.
Ce mode de pénétration d’emblée,
continue M. Yoillemier, doit se ren¬
contrer assez rarement, parce qu’il
exige un concours de circonstances
assez rares elles-mêmes; mais il en
est un autre plus fréquent. Il a lieu
également à la suite d’une chute sur
la main, le membre venant à rencon¬
trer le sol dans une position plus ou
moins oblique. Ici encore les extré¬
mités de l’os tendentà se rapprocher;
mais si l’on songe à la position obli¬
que du membre, à la pression plus
considérable que supporte la moitié
postérieure de la surface articulaire
radiale, [larce qu’elle repose mieux
que la moitié antérieure sur le carpe
et se trouve plus aussi dans l’axe du
radius, on comprendra sans peine
que renfoncement des lames osseuses
(toit commencer sur la face posti'-
rieiire de l’os, en même temps que
le fragment inférieur est légèrement
porté en arrière; alors le tube osseux
de tissu compacte pénètre encore dans
le tissu spongieux, mais en éprou¬
vant une certaine déviation. Tandis
que la paroi postérieure du fragment
brachial pénètre dans l’épaisseur du
fragment carpien, la paroi antérieure,
au contraire, chevauche sur ce même
fragment. Il y a engrènement, péné¬
tration réciproque. Examiné de de¬
hors en dedans, le radius présente
une disposition analogue. Le bord
externe du fragment radial a pénétré
dans le fragment carpien suivant une
ligne verticale, qui, prolongée, sépa¬
rerait l’apophyse styloïde du corps do
l’os, tandis que son bord interne re¬
couvre au contraire celui du frag¬
ment carpien. Un fait très-important
à noter, c’est que, par suite de cette
douille pénétration, des deux saillies
qui existent sur les deux faces de
l’os, ruiie, plus élevée, est formée en
arrière par le bord supérieur du frag¬
ment carpien ; l’autre, plus abaissée,
est formée par le bord inférieur du
fragment brachial. » Celte disposition,
plusieurs fois observée par l’auteur
sur des pièces pathologiifues, éveilla
son attention sur (m point obscur de
pathologie, et le conduisit à analyser
de nouveau et avec soin toutes les
raisons à l’aide desquelles un cher¬
chait à prouver l’obliquité des frac¬
tures en question : or, ni dans les
souvenirs des praticiens les plus ex-
( 469 )
périinenlés , ni dans les cabinets
d’anatomie pathologique, nulle part,
enOn, il ne put saisir une description
de fracture obiique avec fragments
taillés en biseau, comme cela a été
dit; tandis que sur tous les radins
anciennement fracturés, que l’auteur
a pu se procurer, il a vu des altéra¬
tions qu’il n’était pas possible d’ex¬
pliquer autrement que par la péné¬
tration des fragments l’un dans l’au¬
tre. Celte assertion de M. Voillemier
se trouve confirmée par une descrip¬
tion fort détaillée, qu’il donne des
caractères anatomiques ofTerls par ces
fractures anciennes, et qui toutes
■ nous ont semblé venir à l’appui de
la théorie fort ingénieuse qu’il sou¬
tient.
Mais, .ajoute M. Voillemier, la pé-
iiétratinn est quelquefois jiliis con¬
sidérable que je ne l’ai indiqué, et la
fracture nlfre alors plusieurs carac¬
tères particuliers: par suite du rac¬
courcissement considérabledii radius,
le cubitus est appelé à supporter une
partie de l’elFort de la cbute, et assez
fréquemment son apophyse styloïde
est brisée. Dans un cas que j’ai ren¬
contré sur un jeune homme de qua¬
torze ans, le cubitus se jilianl dans
le sens de la courbure normale, ne
s’était fracturé qu’incouqilctement,
les fibres externes seules avaient été
rompues, il existait un angle très-
ouvert formé par les lilires'inlernes
pliées, mais non rompne.s. Il est bien
plus commun de voir les ligaments
radio-cubitaux déchirés ou disten¬
dus, et le cubitus quittant la fossette
radiale, éprouver une véritable luxa¬
tion.
Mais ce n’est pas le seul mécanisme
suivant lequel aurait lieu la fracture
de l’extrémité inférieure du radius.
D’après M. Voillemier, de nombreu¬
ses lenlatives faites sur le cadavre
dans le but de produire la luxation
du poignet, lui auraient démontré
qu’en portant la main dans l’exten¬
sion ou la flexion forcée sur l’avant-
bras, il était possible de fracturer le
radius par une sorte d’arracbement :
l’anteur a vu que rien n’est plus fa¬
cile que de produire chez les jeunes
sujets le décollement de l’épiphyse:
une fois il a pu l’obtenir chez un
individu de vingt-quatre ans, d’une
constitution athlétique. Dans cette
variété de fracture par arracbemenl,
et dont la direction est en général
transversale, quand l’épiphyse est
soudée complètement avec la dia-
pbyse, tant&t on ne détache qu’un
éclat oblique plus ou moins considé¬
rable de la face antérieure ou posté¬
rieure de l’os, tantôt un fragment
externe auquel reste attachée l’apo¬
physe styloïde, tantôt enfin, un frag¬
ment qui intéresse tonte l’épaisseur
de l’os, et épais de six à huit milli¬
mètres. Ces arracliements ont lieu
surtout quand la main est portée
dans l’extension, à cause de la puis¬
sance des ligaments antérieurs plus
considérable que celle des ligaments
postérieurs : on conçoit que dans
celle fracture le déplacement soit
presque nul, l’élcndue des surfaces
par lesquelles les fragnients se cor¬
respondent neutralisantraction mus¬
culaire, qui seule pourrait le pro¬
duire. I.a mobilité des fragnients
entre eux esta peine sensible, et la
crépitation fort obscure.
Quant aux iléductions thérapeu¬
tiques, M. Voillemier pense que la
première indication a remplir est de.
combattre les symptômes infiamma-
toires par des antiphlosgistiques, le
repos de l’articulation, à se compor¬
ter enfin comme s’il s’agissait d'une
entorse; les mouvementsderéduction
seront laits avec une grande réserve,
aillant pour épargner au blessé des
douleurstrès-vives, que pour ne point
aclieverd’arrache.rdes piécesnsseuses
qui sont encore unies par des liens fi¬
breux ! pour corriger le renvei'scment
on avant et en arrière du fragment
caïqiien, renversement qui constitue
presque à lui seul la déformation du
niemlire, on saisira les deux frag¬
ments, et, [lar une action directe, on
cherchera à les replacer dans leur
direction normale. 11 ne faut pas
oublier que dans les fixicliires jiar
pénétration, iine partie du tissu os-
.seux a été écrasé et qu’une forte
traction ne ferait qu’écarter les frag¬
ments l’un de l’autre. L’aiqiarcil.île
M. Voillemier est des plus simples:
on enveloppe le poignet d’une com¬
presse fine, imbibée d’un liquide ré¬
solutif. L’avant-liras étant placé dans
une altitude moyenne entre la pro-
nationellasupination, iinecompresse
longuette est placée le long de la
face tiostérieiire; repliée en plusieurs
doubles au-dessus de rarliciilation,
elle forme en ce point un coussinet
qui poiissiTa en avant le fragment
inférieur du radins. Une semblable
compresse est placi'c. à la face iml-
niaire de l’avant-bras, sans toiitefnis
qu’elle soit repliée inférieurement,
et qui comme l’allelle chargée de la
recouvrir, s’arrêtera un i>eu aii-des-
( 470 )
sus du niveau de la IVacUire : l’at¬
telle postérieure, au contraire, des¬
cendra jusqu’à ia racine des doigts,
afin de pouvoir par des tours de
bandes soutenir ie bord cubilai de ia
main et s’opposer ainsi au tiraiiie-
raent des ligaments, et même à l’ar-
racbementderapophysc slyioïdedans
les cas où elle est fracturée. Inutile
d’ajouter que la disposition de l’ap¬
pareil devrait être eu sens inverse,
dans le cas où le déplacement de ce
fragment aurait lieu en avant.
Félicitons, en terminant, M. le
docteur Voillemier, d’avoir si avan¬
tageusement repris un suje.t que les
recherches antérieures paraissaient
avoir épuisé; son travail, que nous
regrettons de n'avoir pu suivre dans
tous scs développements, serecom-
mande par une rigueurde princi|)es et
une sévérité de détiiuMions qui lui
méritent toute l’attention des chirur¬
giens. [jirchives.gfn.tîeMéilecinB.)
FRACTUBIts {jyoïiveaii signe de
la consolidation des). Le vrai peut
quel<|ticrois n’étre pas vraisemblable;
aussi est-il d’un bon esprit de ne
rejeter aucun fait pratique sans l’a¬
voir préalablement soumis au creu¬
set de l’expérience. Il faut donc exa¬
miner le suivant, quel(|ite extraordi¬
naire qu’il puisse paraître. M. Gtien-
ther 'de Kayna (Saxe) a été conduit,
par de nombreuses observations, à
donner comme un symptôme con¬
stant dans lus fractures des mem¬
bres l’arrêt de croissance des on¬
gles, et leur élongation comme un
signe certain de la réunion des frag¬
ments osseux et de leur consolida¬
tion. — A l’appui do cet aperçu, il
donne l’exemple suivant : Un jeune
homme de haute taille, et fortement
constitué, se cassa la jambe droite le
37 juillet 1833; la fracture était très-
oblique elcomminutive. Ce malade,
qui observait avec une minutieuse
attention les moindres détails rela¬
tifs à son atlbction, remarqua que
les ongles du pied droit ne pous¬
saient pas comme ceux du pied
{miiche, et qu’ils restaient toujours
dans te même état où ils se trou¬
vaient à l’époque de la fracture.
Celte observation lui était d’autant
plus facile qu’il s’était coupé' les on¬
gles à l’un et à l’autre pied la veille
même de son accident. Ce jeune
homme lit jiart de celte circonstance
à M. Guenthcr, et comme elle parut
à ce dernier être en rapport avec la
marche de la guérison, la manière
d’être des ongles fut, à partir do ce
moment, observée chaque jour avec
grand soin.
Le cinuuantième jour, on constata
que l’ongle du petit doigt commen¬
çait enfin à s’accroître; les ongles
des trois suivants commencèrent un
peu plus tard à pousser, et enfin, au
bout de quelques semaines seule¬
ment, ce fut le tour de l’ongle du
gros orteil.
A partir du moment de la crois¬
sance des ongles, le malade eut le
seniimeni du la consolidation du
membre fracturé, et en elfet, tous
les signes indiquant la réunion et la
consolidation des fragments osseux-
parurent en même temps.
Ce sont des observations analo¬
gues qu’il a eu occasion de recueillir
depuis lors qui ont confirmé M.
Guenther dans l’opinion qu’il vient
d’émettre sur le rapport qui existe
entre l’accroissement des ongles et
la consolidation des fractures des
membres. ( Medicinische Zeitung,
I8i2, n-il.)
GALE ( Nouveau traitement de
la). Nous lisons, dans un journal al¬
lemand, l’exposition suivante d’un
nouveau traitement de la gale par le
docteur Dornblucth. — Le malade
nettoie le soir toute la surface du
corps en faisant une ablution avec
une dissolution chaude de savon
vert; il se frictionne ensuite avec
le Uniment ci-dessous :
Prenez : Savon noir. 125 gram.
Poudre de racine d’ellébore
blanc. 60 gram.
Eau de fontaine, chaude. q. auff.
Mêlez et faites une mixture de con¬
sistance sirupeuse.
On applique ce Uniment avec un
pinceau, et l’on doit avoir le soin
d’appuyer assez fortement sur toutes
les parties du corps qui présentent
la moindre trace d’exanthème, no¬
tamment sur les articulations, sur
les hanches, le dos et l’abdomen.
Aussitôt que les points frictionnés
commencent, après la seconde, troi¬
sième ou quatrième application du
remède, à rougir et à devenir le
siège d’un sentiment de brûlure au
lieu de la démangeaison qui s’y fai¬
sait sentir auparavant, et qu’on n’y
voit plus apparaître de nouveaux
boutons, on cesse d’y appliquer le
Uniment.
Le lendemain de la dernière fric¬
tion, on frotte tout le corps avec 135
( 471 )
grammes de savon noir, puis on le
lave soigneusement avec de l’eau
chaude tenant en dissolution une
dose égale du môme savon. On fait
usage ensuite de nouveaux vête¬
ments, les anciens devant être sou¬
mis à la désinfection par l’acide sul¬
fureux gazeux. Bientôt après, la
peau se dessèche et se détache par
écailles, et de cette manière la gué¬
rison se trouve olttenue dans l’es¬
pace de six à huit jours, sans jamais
laisser de suites fôcheuses. L’auteur
déclare qu’avec ce Iraitemeut il a
renoncé à toute médication interne,
et qu’il l’a appliqué avec succès sur
six cents malades environ. En ré¬
sumé. ajoute-t-il, 1“ il guérit assu¬
rément la gaie, sous (piehiue forme
qu’elle se présente, dans l’espace de
temps le plus court possible, 'et sans
donner lieu à aucun accident, soit
primitif, soit consécutif; 2» il a le
précieux avantage de ne pas trahir
par son odeur la nature d’un mal
qu’il importe de tenir secrète; 3“ en¬
fin, il a encore l’avantage d’un exces¬
sif bon marché. ( Gas. des Hôp.,
novembre 1842.
HAULUCINATIONS DE L’ODIE
( Traitement de quelques) par le da-
Itira strammonlum. Dans notre der¬
nier numéro nous exposions ies heu¬
reux résultats obtenus parM, Moreau
( de Tours), médecin de Bicêiro, de
l’emploi du datura strammonlum dans
cette forme de l’aliénation mentale.
Nous devons à notre fidélité d’histo¬
rien de faire connaître aujourd’hui
les résultats tout opposés qui se sont
offerts dans l’asile de Marseille dans
le service de M. Aubanel, ré-sultats
publiés par M. Estre. Trois femmes
furent choisies pour expérimenter le
datura strammonlum. Deux d’entre
elles réunissaient toutes les conditions
morales que M. Moreau considère
comme indispensables au succès.
Chez la troisième, aux hallucinations
de l’ou'ie se joignait un délire chro¬
nique. Dans ce dernier cas, on n’ob¬
tint pas même une amélioration
passagère, et dans les deux autres,
les résultats ne furent guère plus fa¬
vorables. En présence de ces faits ,
M. Estre, sans se prononcer définiti¬
vement sur la valeur thérapeutique
du datura, en attendant de nouvelles
observations plus nombreuses, ne
peut cependant s’empêcher de dou¬
ter de rinfaiilibilité de la slramoine,
et de sa spéciBcilé d’action dans le
traitementdesliallucinations. (l’Æ'atar
minateur médic., novembre 1842.)
HTTDATIDES DO HEIN chez 1$
fœtus (des) comme cause de dysto¬
cie. La Société médicale d’émulation
de Lyon, fondée il y aà peine un an,
sous laprésidence deM. Bouchacourt,
jeune chirurgien fort distingué de
cette ville, vient de faire paraître le
premier volume de ses Mémoires.
Parmi les travaux intéressants qu’il
renferme, nous avons surtout remar¬
qué une excellente monographie du
M.Bouchacourtsurladégénérescence
hydatique dos reins du fœtus. Les
deux observations suivantes, que
nous y empruntons, pourront servir
à éclairer une f|uestiou de diagnos¬
tic obstétrical fort obscure, en même
temps qu’elles ccmpléteront l’his¬
toire anatomique d’une maladicen-
core peu connue.
Obs. I. Le 12 avril 1839, M. le
docteur Nichet fut appelé dans l’a¬
près-midi auprès de Catherine Poz-
zi, âgée do vingt-trois ans, primi¬
pare , en travail depuis une heure
du matin. La dilatation do l'orifice
s’était faite avec lenteur ; l’enfant
s’était présenté par les fesses, le sa¬
crum tourné à droite. Lorsque le
chirurgien arriva , les cuisses de
l’enfant étaient à la vulve depuis
longtemps, et la traction qu’on
avait exercée sur elles n’avait pu
l’ébranler, retenu qu’il était par le
ventre au détroit supérieur. La main
droite, introduite entre le bassin et
l’enfant, fit reconnaître que le ven¬
tre avait iip volume énorme, et
comme il était très-mou, M. INichet
pensa qu’il y avait une ascite, et pra¬
tiqua au-dessous de l’ombilic une
ponction qui no fit point .sortir de
liquide. La main portée plus haut,
à la surface de la poitrine, constata
un élargissement très-considérable
de cette cavité dans la direction an¬
téro-postérieure, tandis qu’elle avait
perdu beaucoup de sa hauteur par le
rapprochement des côtes. Un cro¬
chet aigu, placé dans un espace in¬
tercostal, ne put faire descendre le
fœtus, On prit le parti de déchirer
largement avec les doigts les parois
thoracique et abdominale, afin d’ex¬
traire le corps qui faisait obstacle,
quel (|U’il pût être. En effet, le chi¬
rurgien saisit, dans l’hypocondrc
droit d’aborii, une masse bosselée
faisant partie d’une autre plus volu¬
mineuse, qu’il retira en introduisant
sa main une seconde fois ; alors, le
( 472 )
fœtus , aminci, n'êprouva plus de
dfficulté à descendre et à franchir
les parties génitales externes. On lit
immédiatement la délivrance.
L’examen anatomique démontra
l’absence des reins : ces organes,
énormément développés, formaient
les deux tumeurs qui mettaient olt-
slacle à l’accoucliement. Le hetus
était mort depuis longtciup.s; su tête
était petite, et scs membres étaient
peu dévehppés, surtout les infé¬
rieurs. La forme générale de chaque
rein était conservée, mais chaque
masse avait un volume triple d’un
rein d’adulte, et occupait tout l’es¬
pace compris entre la crête iliaque
et le .sommet de la poitrine, car le
diaphragme avait etc refoule j'us-
(|u’aux premières côtes. Les côtes
elles-mêmes, rapprochées jusqu’au
contact, n’occupaîenl qu’un très-pe¬
tit espace, et étaient renversées en
Ces reins énormes , li.sses et lar¬
gement bosselés, étaient enveloppés
d’une tunique libro-celluleuse, sorte
de capsule trôs-diOicile à déchirer.
Chaque lobe était séparé, du lobe
voisin par des cloisons celluleuses.
Les espaces limités par ces cloisons
étaient remplis par dos vésicules .à
naruis minces et transparentes, dont
le volume variait depuis la grosseur
d'une tête d’épingle jusiiu’à celle
d’un pois. Les vésicules, pressées,
tassées les unes sur les autres, con¬
tenaient un liquide blanc, limpide,
transparent, qui jaillissait lorsqu’un
faisait unepiqflre aux parois. En dé¬
chirant la substance de l’organe', on
voyait apparaître ces vésicules par
myriades. Ainsi, ces masses morlii-
des n’étaient composées que de deux
éléments : tissu cellulo-fibreux en
tilaments et en membranes, tissu
vésiculaire. On n’a point découvert
de traces des capsules surrénales. Le
pancréas conserve son volume nor¬
mal, mais il est converti en vésicules
comme les reins. Le lendemain de
son accouchement, cette fille fut
prise de péritonite à Ia(|uelle elle
succomba le quatrième jour. M. Ni-
chet constata une rupture du vagin
.ô son insertion à la matrice, dans un
tiers du sa circonférence, et à gauche.
Nous avons dû suivre l’auteur de
cette observation dans tous les dé¬
veloppements qu’il lui a donnés, car
il s’agit d’une maladie du foetus toute
differente de celles qui ont pu être
décrites par plusieurs pathologistes,
et notamment de l’altération signalée
par Billard. Il ne s'agit plus, comme
le fait remarquer M. Bouchacourt,
de vésicules juxta-posées communi¬
quant les unes avec les autres, et
toutes avec le bassinet. Ce ne sont
plus, en un mot, les parties consti¬
tuantes de la glande converties par
la pression excentrique du fluide qui
les distend en poebes séreuses; mais
de nouveaux corps ont apparu, ce
sont des liydatides. Il y a loin,
comme on voit, de cette lésion pri¬
mitive et en quelque sorte originelle
du rein , à l’altération consecutive
et secondaire que subit cet organe
dans le cas où il existe une imper¬
foration soit des uretères, soit des
autres conduits excréteurs de l’ii-
rine qui, par son reflux dans les di¬
verses cavités constitutives de la
glande, en détermine la dilatation,
et donne ainsi lieu â une hydropisie
rénale, maladie surtout bien étudiée
dans ces derniers temps par M. le
docteur Bayer.
M. Bouchacourt a eu soin de rap-
])rocher de ce premier fait une oli-
servation non moins intéressante
(ju'il emprunte aux Archives de mé¬
decine ( avril 18H ), et qui est ap¬
portée par le docteur OEslerlen, de
Murrbard (Wurtemberg). — M. OEs-
terlen fut appelé, en janvier 1810,
près d’une femme en travail; il
trouva la tête du fœtus au delà de
la vulve; le ventre n’avait pu se dé¬
gager, malgré de vives douleurs;
l’enfant était mort. Les contractions
persistant avec énergie, il suflit de
quelques tractions pour terminer
l’accouchement. L’abdomen de l’en¬
fant avait ttn développement nota¬
ble, surtout dans la région snus-om-
bilicale; l’excavation abdominale
est remplie par une énorme tumeur
que l’on reconnaît bientôt pour les
reins; leur surface externe est unie,
elle offre par places une couleur
rouge, au milieu de laquelle res¬
sortent de toutes parts de yiotits
grains ronds, de couleur gris bleu.
Si l’on fait une incision à la con¬
vexité des masses qui constituent
cette tumeur, on remarque sur toute
l’incision une quantité de petites vé¬
sicules isolées. Ces hydatides sont
sphériques, formées d’une membrane
mince renfermant un liquide terne
et transparent. Les calices sont dé¬
veloppés; les mamelons sont épais
et saillants; les bassinets tout petits,
en proportion du volume des reins
et des calices. On ne trouve pas de
traces des pyramides de Halpighi,
( 473 )
non plus que des conduits de Beilini;
tout a subi une transfoi'mation liy-
daliqiic. Ceshjdalidesélaienl réunies
et maintenues par un tissu rou-
ge&lrc et rilamenleux qui paraissait
ôlre ie rudiment du parenchyme ré¬
nal atrophié.
Ces deux observations, indépen¬
damment de i’aitéralion anatomique
des reins, qu’elles démontrent avec
la plus grande évidence, signaient à
l'attention des accoucheurs une
nouvelle cause de dystocie qu’ils
n’avaient pas soupçonnée, et dont
on ne trouve aucune indication
dans les traités ciassiqiies sur l’art
obstétrical. Ces faits prouvent de
plus que ce développement ex¬
traordinaire des reins, chez, le fuUiis,
peut réclamer la perforation du ven¬
tre et rarracliement des tumeurs, la
simple (lonction indiquée dans les
cas d’ascite étant insufiisante. Ajou¬
tons toutefois, avec l’auteur, que,
comme il est iinpo.ssible de recon-
naitre à priori si le volume exagéré
de l’abdamen est dû .à une simple
ascite ou à la dégénérescence des
reins, on devra essayer d’abord la
[lonetion, quille à recourir plus lard
a la perlbration plus large de l’ali-
domen et .à i’uxiraclion des tumeurs
(lui le l'emplissent. ( HJém. de la
Soc. méd. d'fmutai, de Lyon, page
73, tome 1, 1812. )
IMTHODÜCTION DE L’AIR dans
les veines, à la suite d’une saignée
du bras. Des accidents de la saignee,
le pins grave, sans contredit, serait
celui que nous signalons, si fort lieti-
reusement il ne constituait pas un
cas exceptionnel, et le seul qui ait
été observé jusqu’à ce jour. Toute¬
fois , il n’en mérite pas moins toute
l'attention des praticiens. — Vers le
milieu de 1811 , dit M. Simon, de
Brest, je fus appelé à donner mes
soins à N...., garçon boulanger, âgé
de 28 ans, d’une constitution plétho-
l'iquo. Il accusait des lassitudes gé¬
nérales, une céphalalgie constante,
de l’oppression. La face était animée,
le pouls large et roide. Le lende¬
main, je le saignai au lit; je plaçai
au bras gauche une bande neuve en
tricot de soie, et ouvris la médiane
basilique, la veine la (dus apparente.
Au bout de quelques instants, le
sang cessa de couler, cl d’après l’é¬
tat du pouls, attribuant cet accident
à la compression trop forle exercée
par la bauje, je relâchai sans succès
la rosette. Je me déterminai alors.
sur les instances du malade, qui mon¬
trait le sang-froid le plus grand, et
tenait lui même le vase, à une nou¬
velle ponction. Je piquai la veine à
10 ou 12 millimétrés au-dessus de la
premièreincision. Au moment même
de celte nouvelle opération, un bruit
que je ne pourrai comparer qu’à un
léger renitlement, se fit entendre;
uiie iietite bulle parut à l’ouverture
supérieure, et l’idée de l’introduc¬
tion de l’air dans la veine venait
de me frapper, lorsque le sujet se
renversa sur l’oreiller, sans connais¬
sance, sans pouls, et le thorax spas¬
modiquement dilaté, comme dans la
sulfocalion par strangulation. Je le
crus perdu; je plaçai le pouce sur
les deux piqûres, j’aspergeai la face
de quelques ^jouîtes d’eau, et au
bout d’une minute et demie envi¬
ron , une large expiration et la re¬
prise des sens vinrent me rendre un
peu de sécurité. Je constatai alors
<iue ma liande de soie était complé-
lenieiil lâche, et ne s’opposait plus
quart d’heure après,'N...'était bien,
un peu oppressé seulement, et me
priait de renouveler la saignée, ce
dont je me gardai bien : plus tard,
du repos, (|nelqucs pédiluves et un
purgatif salin le rétablirent.
QnelquB extraordinaire que puisse
paraitro rinlerprctation donnée à
ce fait par l’auteur lui-mème, nous
partageons sa manière de voir : ce
n’est pas là évidemment une syncope
ordinaire, et comme il tient en sur¬
venir pendant une saignée : l’ins¬
tantanéité do l’accident, la chute su¬
bite du malade, celte suffocation
spasmodique, et surtout le bruit par-
ticiiiiev qui su fit dans la veine peu
auparavant, toutes ces circonstances
ne permettent guère d’élever du
doute sur la cause qui les a produi¬
tes : c’est bien évidemment là pour
nous un nouveau ras d’introduction
d'air dans le système veineux par
une voie qui n’avait pas encore été
signalée. Sans doute que le relâche¬
ment de la bande et la superposition
de deux ouvertures rapiirocliées sur
la veine m'i le sang avait repris son
cours à l’insu du chirurgien, ont dû
puissamment y contribuer. C’est là un
fait très-grave qui vient s’ajouter aux
autres accidents connusde lasaiguée,
et qui doit engager le médecin à ne la
pratiqiicrquc sur indication formelle.
Jamais par complaisance et pour
obtempérer aux désirs ou se confor¬
mer aux habitudes des malades, ce
( 474 )
qui se fait trop souvent. (Annales
de la Chirur., novembre 18i2.)
INTRODCCTION DE L’AIR dans
les veines pendant l'extirpation
d’une tumeur du eau. Voici encore
un nouveau fait d’introduction de
l’air dans les veines, par une ouver-
ture'accidentelle de la veine jugulaire
interne, qui prouve combien rextir-
pation des tumeurs du cou exige de
sang-froid et de prudence de la part
du chirurgien. Ce fait a été envoyé
parM. ledoctcufGorré, de Boulogne,
a M. Amussal, (|ui l’a communitiué à
l’Académie, dans sa séance du 3 no¬
vembre.— Il s’agit du nommé Morel
Joseph, âgé de cinquante-huit ans,
liortant à la région latérale gauche
du cou une tumeur cancéreuse, dis¬
tante delà clavicule de 18 à 20 milli¬
mètres, et s'étendant d’autre part
jusqu'à l’échancrure soits-maxillaire
dans l’intervalle compris'entre le car¬
tilage thyroïde et le muscle sierno-
mastoïdicn. Elle est dure, incom¬
pressible , à large base et peu mo¬
bile. Après avoir convenablement
disposé lemalade surun lit, M. Gorré
mit à nu la tumeur dans toute son
étendue par une incision cruciale,
dont les lambeaux furent disséqués,
puis relevés. « L’opération mar¬
chait avec célérité, dit l’auteur;
partie avec le doigt, partie avec
le scalpel, je séparai la tumeur sans
trop d’efforts de ses adhérences avec
les parties sous-jacentes : déjà même
je m’applaudissais de voir l'opération
toucher à sa Qn, lorsqu'au moment où
je donnais le dernier coup de scalpel,
tenant de la main gauche la tumeur
qui n’adhérait plus que par un pé¬
dicule étroit, et la dirigeant vers moi
à l’aide de tractions modérées pour
en rendre la dissection plus facile,
j’entendis se propager de la plaie
vers le coeur, un bruit particulier,
une sorte de glou-glou, comme on
l’a dit : en même temps, l’opéré
pâlit, la respiration s’accéléra , il
poussa un cri plaintif; je me meurs,
dit-il, et, en effet, une minute à peine
s’était écoulée, qu’il était frappé de
mort. Telle fut rinstantanéité fou¬
droyante de la mort, qu’aucun se¬
cours ne put être porté. L’opérateur
ajoute qu’il eut à peine le temps d’ap-
pli(|uer le doigt au hasard sur la plaie
pour obturer la veine blessée, ne
pouvant d’ailleurs la distinguer au
milieu du sang mêlé d’air ((ui la
masi|nait. La compression du thorax
fut tentée, quand déjà la vie était
éteinte. M. Gorré a remarqué que
durant cinq à six minutes après que
l’individu eut cessé de vivre, il se fit
un mouvement de flux et de reflux
à la veine jugulaire droite.—L’au¬
topsie montra a ia partie inferieure
de ia plaie sur la veine jugulaire in¬
terne , à 2 centimètres environ de
distance de la veiüe sous-clavière,
une ouverture occupant le côté par
lequel cette veine jugulaire était en
rapport avec la tumeur. Cette ouver¬
ture a 6 ou 8 millimètres de hauteur;
elle estobloniçiie et béante : la com¬
pression sur la veine de bas en haut
en fait refluer du sang mêlé de bulles
d’air; les poumons iréprouvent au¬
cun retour sur eux-mêmes après
l’ablation de la paroi thoracique; ils
rempli.ssent exactement les deux ca¬
vités latérales delà poitrine. Les ca¬
vités droites du cu-ur étaient disten¬
dues et contenaient avec une grande
quantité de bulles d’air, du sang
liquide manifestement moins fonce
en couleur que n’est d’ordinaire le
sang veineux. Les vaisseaux de la
convexité du cerveau offrent de
distance en distance dos bulles d’air
très-apparentes, et que la ténuité de
leurs parois permet aisément de dis¬
tinguer.
«L’aorte, vers la crosse, offre une
mousse rosée, où se reconnaît la
présence de l’air : on retrouve aussi
ce fluide dans les artères iliaques. »
—En présence de ce fit neste accident
dont nous devions le récit à nos lec¬
teurs, nous comprenons trop les an¬
goisses qu’a dû éprouver notre con¬
frère , pour rechercher en ce moment,
ainsi qu’on l’a fait ailleurs et fort
intempestivement à nôtre avis, s’il
n’eût pas été possible de prévenir
ce malheur, et si, sous le rapport
de l’exécution, le manuel opératoire
est bien irréprochable. Celle ques¬
tion, du plus haut intérêt, sera plus
tard discutée dans notre Répertoire.
Aujourd’hui, nous félicitons M.'Gorré
de sa bonne foi et de son empresse¬
ment à publier un insuccès qui porte
avec lui un enseignement utile, et
qui pourra devenir un élément pré¬
cieux à la solution définitive des
débats soulevés à l'occasion des di¬
verses observations ayant trait à l’in¬
troduction de l’air dans les veines.
(Compte-rendu de l’Acad. de méd.,
séance du 3 novembre 1812.)
LITHOTHITIE(fur les contre-in¬
dications à la). S’il est vrai de dire
que la lithotritie a en général des
( 475 )
avantages réels sur la taille, il n’est
pas moins juste de reconnaître qu’il
est des cas assez nombreux où la
taille doit lui être préférée. C’est
surtout lorsque le calcul est très-
dur, et tellement volumineux qu’il
exigerait, pour son broiement, des
séances nombreuses et des efforts
multipliés qui exposeraient infailli¬
blement le malade à une pblegmasie
de l’appareilgénito^urinaire. Le mau¬
vais état de la vessie, un engorge¬
ment considérable de la prostate,
sont encore des raisons pathologi¬
ques qui en contre-indiquenl l’ap¬
plication. Ajputons-y, comme le
prouve l’observation suivante, l’exi¬
stence dans la vessie d’un corps
étranger servant de noyau au calcul,
et présentant des dimensions et une
forme tclies que son extraction par
l’uréti'e ne saurait s’effectuer sans
danger.
Arnaud (Jean-Louis) entra à l’Hô-
tel-Dieu d’Aix, au mois de mai
1839, pour se faire opérer d’un cal¬
cul qu’il portait depuis six mois. Le
l.ï mai, première séance de litho-
tritie; une deuxième, une troisième
séances eurent successivement lieu.
A la quatrième, un corps mou est sai¬
si; les doux branches de l’instru¬
ment sont rapprochées avec autant
de force que possible; une forte ré¬
sistance est vaincue nu col de la
vessie; elie se continue tout le long
du canal, et se reproduit avec tant
de force an méat urinaire qu’un bis¬
touri était déjà prêt pour la vaincre.
Il est impossible de faire avancer ni
reculer l’instrument ; cependant,
après des efforts de traction consi¬
dérables , on amène au dehors nne
lanière de cuir, longue de huit pou¬
ces et large d‘une ligne et demie,
pelotonnée sur elle-même et incrus¬
tée de matière calcaire : à l’instant,
hématurie abondante; alors seule¬
ment le malade avoua s’être intro¬
duit, au mois d’août 1838, un des
cordons de ses souliers dans i’urètre,
s’être endormi après l’introduction,
et n’avoir plus retrouvé le cordon à
son réveil. Trois jours après l’opé¬
ration, Arnaud succomba après avoir
offert tous les symptômes d’une cys¬
tite violente. Entre autres lésions
anatomiques qui toutes confirmèrent
le diagnostic, la muqueuse urétrale
était convertie en une bouillie noi¬
râtre très-fétide ; le fourreau de la
verge est très-épais, inpliri de sé¬
rosité; son épiderme s’enlève au
moindre contact.
Le point de départ de cette affec¬
tion calculeiise, outre qu’il est fort
insolite, démontre, par le funeste ré¬
sultat auquel il a conduit le malade,
toute l’importance qu’il y a à ne né¬
gliger aucun détail lorsqu’il s’agit de
poser un diagnostic appelé lui-même
•à déterminer le chirurgien dans le
choix d’un procédé opératoire. Nul
doute, en effet, que si l’existence
antérieure au calcul d’un corps
étranger dans la vessie eût été con¬
nue, la lithotomie eût pu être pra¬
tiquée avec ses chances ordinaires
de succèSj et on eût ainsi évité cette
inflammation gangréneuse de la ver¬
ge, qu’il est facile d’expliquer par la
distension violente gue cet organe
a subie, et par ta déchirure de t’u^
rètre, labouré pour ainsi dire par le
corps étranger, hérissé d'incrusta¬
tions calcaires. Concluons de ce fait
qu’un corps étranger, introduit dans
la vessie, où il sera devenu le noyau
d’un calcul, peut, par sa forme et sa
consistance, être une contre-indica¬
tion à la lilhoiritie. (Gax. desHôp.,
novembre 18t2.)
HÉVTJLSJFS COTANÉS {Un mot
sur certains accidents causés par
les). Nous trouvons dans le compte¬
rendu d’une des dernières séances
de la Société médicale d’émulation de
Paris, ptusieurs exemptes d’accidents
formidables survenus à la suite de
l’emploi des révulsifscutanés; ces faits
renferment pour la pratique un en¬
seignement trop utiie pour que nous
les passions sous silence. M. le doc¬
teur Gillette dit qu’il a été appelé ré¬
cemment auprès d'un enfant qui of¬
frait pour symptôme dominant, un
affaissement profond accompagné de
fièvre lente. Il répondait mal aux
questions qui lui étaient adressées,
et sortait avec beaucoup de peine
d’une sortede coma, où il était plongé
depuis quelques jours. Comme l’exa¬
men successif de tous les organes ne
pouvait rendre compte des phéno¬
mènes observés, M. Gillette désespé¬
rait du diagnostic, lorsqu’il découvrit
sur le bras du petit malade un vési¬
catoire qui en avait détriiit la peau
dans toute son étendue : les muscles
formaient le fond de cette vaste ulcé¬
ration , et étaient recouverts d’un
enduit grisâtre qui avait l’aspect de
la pourriture d’hôpital. Le vésicatoire
avait été pansé avec lebaume de Metz
et le papier d’Albespeyres. Le ma¬
lade succomba le lendemain du jour
où M. Gillette le vit. Nous rapproche-
( 476 )
rons de ce fait la commuuication
suivante de M. le docteur Pieda-
gnel : ce médecin a vu la mort surve¬
nir avec les mêmes symptômes qui
viennent d’être indiqués, chez un
homme qui présentait deux ulcéra¬
tions résultant de deux vésicatoires,
s’étendant, l’une depuis le poignet
jusqu’à la partie inférieuredel’avant-
bras; l'autre du pied au genou.
Le même praticien constata, en 1822,
à l’Iiôpital Saint-Antoine, le spliacèle
des deux pieds à la suite d’un pédi-
luve siuapisé, donné très-chaud et
longtemps prolongé à un homme ma¬
lade depuis quelques jours. Vingt-
cimi jours plus tard, les deux pieds
se séparèrent de la jambe, au niveau
(le leur articulation avec celle-ci. —
M. Piedagnel observa la dénudation
ilu pentoine coiiseculivement a l’ap¬
plication d’un ompiatro de poix de
Bourgogne émétisé, sur la i>aroi an¬
térieure de l’abdomen. Il a vu aussi
le même emplâtre amener la dénu¬
dation des muscles interco.-taux et
des côtes.
MAI. les docteurs Chailly-CalTe et
Adorne citent des faits analogues. —
Nous pensons ijue l’emploi des révul¬
sifs cutanés doit, quant à son énergie
et .1 sa durée, être modilié suivant
certainescirconstancesindividuelles:
ainsi chez les enfants, et les femmes
dont la sensibilité est trè.s-vive, et
la peau plus line, l’action du médi¬
cament exige une surveillance (dus
active de la part du médecin. Quant
aux cas de gangrène qui ont été ob¬
servés, on doit ilire qu’ils constituent
benreusement une rare excegition, et
qu’ordinairemenl ils s’expliquent par
la nature même de l’affection géné¬
rale : ainsi dans la lièvre typhoïde
voit-ou souvent la gangrène envahir
aux jambes la surface des vésica¬
toires? Ajoutons que le vice scrofu¬
leux et la diathèse scorbutique con¬
tribuent encore puissamment à la
manifustation des mêmes accidents
sous l’influence de révulsifs cutanés.
( Procès verbaux de la Soc. méd.
d'imulal., novembre 181.2.)
TENDONS [Sur tes nodosités des).
Les maladies (ini peuvent affecter les
tendons sont peu nombreuses, et
d’tiu diagnostic at-sez obscur pour
qu’il soit intéressant de signaler avec
soin tous les faits propres à jeter
quelque jour sur cet intéressant su¬
jet de pathologie. C’cÆt (l.ins ce but
que nous reproduisons les idées de
M. Lisfraue sur une lésion des ten¬
dons qui n’aurait pas encore été dé¬
crite par les auteurs classiques.
Il s’agit d’un homme qui porte sur
le trajet des tendons fléchisseurs du
f ûed gauche, et principalement le
ong du jambier antérieur, une pe¬
tite tumeur ou espèce de nodo.sité de
la grosseur, d’un œuf de pigeon; la
dureté de la tumeur, que M. Lis-
franc compare à celle du silex , ne
lui permet pas de croire à l’exis¬
tence d’un ganglion spovial; il
pense que c’e.st un épaississement
du tendon qui en occupe toute la
circonférence. Parfaitement circon¬
scrit, il en suit tous les mouvements
quand le mii.'cle entre en contrac¬
tion. M. Lisfranc cite, à l’appui de
ce premier fait, l’observation d’une
danseuse de l’Opéra qui portait sur
le trajet du tendon d’Achille une tu¬
meur du volume d’un œuf de poule.
La malade ressentait des douleurs
très-vives toutes les foistiu’elle con¬
tractait les muscles du mollet : un
traitement antiphlogisthiue, le repos
absolu ayant détruit la douleur, lus
résolutifs et la compression achevè¬
rent la guérison et di.ssipèrent cette
tumeur. Il restait (|uclqnes douleurs
qui se faisaient ressentir dans les
grands mouvements de la jambe ; la
malade alla aux eaux, et eu revint
parfaitement guérie. Tels sont les
faits sur lesquels AI. Lisfranc établit
eu [lathologie une afféction nouvelle
sous le nom do nodosités blanches
des tendons. Cet aperçu nosimraphi-
que a trouvé dans AI. .Alarchal de
Calvi un contradicteur sérieux : pour
lui, en effet, après un examen atten¬
tif du premier malade de M. Lis-
franc, cette nouvelle affection nu se¬
rait autre que le ganglion synovial
lui-même. AI. Marchai prétend qu'il
a pu constater dans la tuineur, mal¬
gré sa dureté, un peu de fluctuation.
Quant au fait de la danseuse, pour
AI. Alarchal, il n’est pas [dus con¬
cluant que celui qui précède. Il
trouve, dans la guérison de la tu¬
meur par le traitemunt indiqué, des
raisons sulflsantes de croire (pi’il ne
s’agissait encore ici que d’un ganglion
qu’on eût pu faire disparaître en huit
jours par les moyens que l’art pos¬
sède aujourd’hui^ c’est-à-dire l’inci¬
sion snus-entanee. { yinnales de la
Chirurgie, novembre 1812.
— Kn pri’sence de l’opinion de
M. Lisfranc, iiue nous croyons t n no
lient plus con.pètent en matière do
diagnostic chirurgical, et du doute
négatif émis par M. Marchai, nous en
( 477 )
appelons à l'expérience de nos con¬
frères, persuadé que l’observalion
direcleelanalomique pculseulejuger
la question d’une manière délinitive.
Toutefois, je ferai remarquer qu’il
est une lésion traumatique des ten¬
dons généralement peu étudiée, à
laquelle paraissent pouvoir se ratta¬
cher les caractères assignés par M.
Lisfranc aux nodosités dont il parle:
C’est la déchirure partielle, ou rup¬
ture incomplète de ces mêmes ten-
.dons. On sait, et nous l’avons dé¬
montré dans notre Répertoire des 15
et 30 septembre dernier par une ob¬
servation de M. Laroclie d’Angers,
que sur le point où a lieu cette dé¬
chirure des libres tendineuses, il se
forme une tumeur plus ou moins vo¬
lumineuse, dure, sorte de cal tendi¬
neux, résultat de la cicatrisation des
extrémités des libres rompues. Nous
croyons celte tumeur susceptible de
résolution partielle, sinon complète,
s’elfectiianl avec lenteur et par un
procédé analogue à celui eu vertu
<luquel le cal o.sseux diminue pro-
aressivemeni de volume, sans louie-
rois jamais s’effacer complètement,
même dans les fractures très-an¬
ciennes.
Comme chez les malades de M.
Lisfj-anc, c’est toujours consécutive¬
ment à une traction violente des ten¬
dons et des muscles que s’observe
l’apparition de ces tumeurs; or,
comme la violence qui les détermine
ne porte pas exclusivement sur le
tendon qui en devient le siège, mais
bien sur tous les autres éléments or¬
ganiques qui entrent dans la com¬
position du membre, la douleur, la
chaleur et la tuméfaction de celui-ci
s’expliquent, tout aussi bien que le
résultat des traitements antiphlogis¬
tiques alors mis en usage.
Enfin, et comme complément de
preuve en faveur des nodosités des
tendons ainsi comprises, je dirai
qu’il m’est arrivé plusieurs fois, en
disséquant, de rencontrer sur les
tendons fléchisseurs, à la main et
plus souvent au pied, de ces indura¬
tions arrondies, fusiformes, du vo¬
lume d’une petite noisette, et inti¬
mement confondues avec le tendon
qui, au-dessus et au-dessous, re¬
prenait brusquement ses caractères
physiques habituels. Or, les dissec¬
tions, dans les ampbilheâlres, por¬
tent généralement sur de.s inilividus
des classes laborieuses, livrés à des
travaux qui exigent de grands ef¬
forts musculaires, etconsé(|ucmment
des tractions multipliées et énergi¬
ques des tendons. A. F.
naETBE ( Sur un nouveau spé¬
culum pour /’). Lorsque le vagin,
l’anus, l’oreille et d’autres cavités
ont chacune, pour l’exploration de
leurs parois, un spéculum et .sou¬
vent plusieurs, pouniuoi l’urètre
n’aurait-il pas aussi le sien? Telle
est la question que le docteur Mal¬
herbe, de Suisse, a été conduit à se
faire par la diflicutlé du diagnostic
de certains écoulements nrétraux
rebelles à tous les moyens employés,
et de plus, par la dilatabilité de l’u¬
rètre, possible à ce point qu’une
sonde très-volumineuse (voyez celles
de M. Mayor) peut y être introduite.
Utilisant cette propriété pliysique du
canal dont il s’agit, et dans les cir¬
constances pathologiques que nous
avons indiquées, M. Malherbe eut
l’idée d’y introduire une pince mé¬
tallique en acier à liranches étroites,
longues , faisant ressort ; par ce
moyen, il put très-bien apprécier l’é¬
tal normal et pathologique de la
fosse naviculaire.
« On peut très-bien, ajoute l’au¬
teur, faire en petit tout ce qui a été
fait en grand pour le vagin avec le
spéculum ; ce serait ici un spécu¬
lum en petit représenté par ses deux
valves réduites à une tré.s-pelite di¬
mension, ayant la forme d’une pince
plus ou moins allongée, avec deux
extrémités émoussées et des bran¬
ches étroites. »
Sans contester d’une manière ab¬
solue l’utilité du nouvel instrument
proposé par M. Malherbe, nous
croyons que bien souvent il serait
d’une application douloureuse, car si
l’urètre est dilatable à des degrés
différents dans les diver.ses portions
qui le constituent, on sait, et l’ana¬
tomie le démontre suffisamment, que
dans la portion qui correspond au
gland, il l’est moins que dans le
reste de sa longueur, si toutefois on
en excepte la portion prostatique, et
que cette extensibilité est très-bor¬
née au méat urinaire; or, pour que
l’exploration du canal à l’aide d’un
spéculum pût avoir quelque résultat
avantageux, la condition essentielle
serait la dilatation possible, et à un
degré considérable, de son orifice :
c’est au surplus à l’expérience de ju¬
ger en dernier ressort de la valeur
de l’instrument proposé par M. Mal¬
herbe. [Journ. des Connais, mé-
dic., novembre 18t3. )
( 478 )
VnniÉâ CRITIQUES. Les ancien¬
nes doctrines sur les urines critiques,
où un peu, très-peu de véritcse trou-
vaitconfondu parmi lesplusgrossières
erreurs, étaient tombées dans l’oubli
le plus parfait. Il appartenait à la
Sciencemoderne et à ses procédés d’a¬
nalyse, de reprendre ce sujet pour en
extraire cette portion de vérité plu¬
tôt entrevue que reconnue par nos
prédécesseurs. Parmi les médecins
nos contemporains, W. Martin-Solon
est un de ceux dontles persévérantes
recherches ont conduit à des résul¬
tats pratiques les plus satisfaisants.
Dans une note récemment |rubliée,
ce praticien indique de la manière que
nous allons faire connaître les ca¬
ractères des urines critioues.
Quand dans le cours des maladies
aiguës l’urine acide, limpide, assez
forlemeni colorée, non albumineuse
et d’une densité supérieure à 1,01.5
vient à donner, par l’addition d’nn
filet de 10 à 15 gouttes d’acide nilri-
que, un nuage épais de 5 ou 6 milli¬
mètres, et suspendu au milieu du li¬
quide, commerénéorèmedesanciens,
elle annonce la solution do ces mala¬
dies. C’est l’iirfne crilique offrant le
nuage critique; ce nuage se forme le
plus souvent au moment même de
l’addilion de l’acide nitrique; quel¬
quefois il ne SC développe qu’aprés
plusieurs secondes ou qtielques mi¬
nutes de réaction. Ou le voit se for¬
mer dans la région médiane du li¬
quide et en occuper peu ù peu le cin¬
quième environ, sans que le reste se
trouble. Il est horizontal, opaque,
se dissout spontanément dans les
vingt-quatre heures, est soluble dans
un exÔÈs d’acide ou par l’addition
d’une certaine quantité d’urine ou
d’eau. On reconnaît, au microscope,
qu’il est formé de cristaux amorphes
d’urate d’ammoniaque ; unenotivelle
addition d’acide nitrique le détruit
ot ne laisse plus voir que les cristaux
en losanges d’acide urititie. Cette
modification de l’urine se manifeste
ordinairement plusieurs jours de
suite; dans d’autres cas, on ne la
voit paraître qu’un seul jour; en
sorte que l’examen quotidien du l’u¬
rine est indispensable pouravoir des
conclusions exactes sur soit existence.
Une autre portion de l’iirine qui a
donné le nuage critique, examinée le
lendemain, conserve souvent sa trans¬
parence, continue à rougir le papier
bleu de tournesol et à permettre le
dévèloppement du nuage crilique.
Dans d’autres cas, elle est, qtioiqtte
acide, devenue jumenteuse; filtrée
et traitée par l’acide nitrique, le
nuage crilique s’y reproduira souvent
Comme la veille. Est-elle passée à
l’état alcalin, le nuage critique ne s’y
retrouve plus.
L’urine albumineuse n’est jamais
critique, mais elle peutélre en même
temps albumineuse et critique, que
l’albumine y soit passagère ou per¬
manente. L’acide nitrique et le calo¬
rique démontrent bien, dans ce cas,
la présence de l’albumine, mais on
peut craindre que le nuage formé
par la réaction nitrique ne soit de
ralbiiraine seulementetnon le nuage
critique, bien que l’aspect de ces pro¬
duits ne soit pas semblable. 11 faut
alors employer l’acide acétique pur.
Comme il est sans action sur l’albu¬
mine, le nuage médian qui se déve¬
loppe ne peut être autre chose que
le nuage critique presque aussi bien
formé que par l’acide nitrique.
Le nuage crilique se rencontre
surtout dans les nleuro-pneuninnies
et dans la plupartncs maladies aiguës,
courbature, embarras gastrique, etc.
On le trouve fréquemment aussi dans
la fièvre typhoïde. Mais la dilllcullé
d’oblenir exactement l’urine pendant
le cours de celte maladie empêche
d’avoir dus observations assez com¬
plètes (lour être probantes. Mais se
montre-t-il constamment pendant le
cours des maladies aiguës ? Non, sans
doute; la nature, dit M. Martin-Solon,
a d’autres voies critiques. Indique-
t-il une guérison certaine? Bien
qu’on l’ait obsen-é dans les phthisies
prochainement mortelles, M. Martin-
Solon ne lui accorde pas moins une
très-grande valeur pronostique, se
fondant sur ce fait, que pendant le
cours d’une phthisie, il se développe
des phlegmasies intercurrentes dont
le nuage crilique indiquerait la réso¬
lution , bien que la maladie prin-
eipale s’avançat vers la terminaison
fatale.
Comme M. Martin-Solon, nous
pensons que les signes tirés du nuage
crilique sont dignes d’observation ci
d’examen. Les résultats qui en dé¬
coulent réhabilitent en quelque sorte
la doctrine des crises, beaucoup trop
dépréciée maintenant; ils soulèvent
un coin du voile qui couvre l’étude
des maladies humorales, et agrandis¬
sent ainsi le cham|) de l’nhservation
médicale. (Archiv, génér.de méde¬
cine, novembre 1812.)
( 479 )
VARIÉTÉS.
Séance annuelle de l’Académie de médecine. — L’Académie de
médecine a terni sa séance piiLliqiie annuelle le 6 décembre. M. Pariset
a lu une notice sur Ijodibcrt et l’éloge de Marc; M. Royer-Collard, un
extrait fort remarquable d’un grand travail sur l’influence qu’ejeercent
sur l’économie végétale et animale diverses causes hygiéniques, et par¬
ticulièrement une noiuTiliire physiologiquement dirigée. — Aucun des
mémoires envoyés aux divers concours n’ont été jugés dignes deS prix.
L’Académie a seulement décerné pour le prix de l’Académie, qui est
de 1,500 francs, un encouragement de 500 francs à M. Gely, chirur¬
gien des hospices de Nantes, et pour le prix Civrieux, également de
1,500 francs, un encouragement de 500 francs à M. Michea, médecin
à Paris, et un auti-e de la meme somme à M. Brachet, médecin à Lyon.
Prix des internes. — Le concours pour le prix des internes des
hôpitaux est terminé. Voici les noms des lauréats qui seront proclamés
dans la séance publique le 26 décembre. Internes de troisième et de
ijuaü'icme année : premier prix, médaille d’or, M. Bouchut; deuxieme
prix, médaille d’argent, M. Oulmont; première mention honorable,
M. de Castelnau ; deuxième mention, M. Aran. Internes de première
et de deuxième année : premier prix, médaille d’argent, M. Fauraytier;
deuxième prix, livres, M. Guérin; première mention, M. Milcent;
deuxième mention, M. Chapolhi de Saint-Laurent.
École de Nancy. — M. LSimoninpère, professeur de pathologie chi-
nirgicale à l’Ecole secondaire de Nancy, vient d’ène nommé dnectcur
de cette École en remplacement de M. llaldat, démissionnaire.
École secondaire de Lyon. — I-c conseil municipal de la ville de
Lyon vient de voter une allocation pour l’établissement de quatre nou¬
velles places de jirofesseurs-adjoints à vie à l’École secondaire de méde¬
cine de cette ville. Le directeur de l’École et le recteur, dans Icuè rapport
au ministre ont désigné, poiu- occuper ces chaires, MM. Pétrequin pour
la clinique chirurgicale, Colrat pour la médecine opératoire, Boiicha-
coiu-t pour la physiologie, et Davalon pour la pharmacie. Nul doute que
le ministre ne ratifie des choix aussi convenables.
Prix de médecine et de chirurgie à l'Académie des sciences. —
Chaque année, l’Académie des sciences décerne, sur les prix Monthyon,
des récompenses et des encouragements aux auteurs des ouvrages de
médecine et de chirargie qui renferment quelque découverte utile. Voici
( 480 )
les distributions accordées cette année : à M. Bouillaud une récompense
de 4,000 fr. pour ses deux ouvrages sur les Maladies du cœur et sur le
Rhumatisme ; à M. Grisolles une récompense de 2,000 fr. pour son livre
sur la Pneumonie ; à M. Becquerel un encouragement de 1,000 fr. pour
sa Séméiotique des lu-ines ; à M. Félix Halin une mention honorable pour
son mémoire siu- l’Hémaleucose et pour les travaux cbii-urgicaux ; à
M. Amussat une récompense de 3,000 fr. pom- sa nouvelle méthode
d’Entérotomic lombaire; à M. Segalas une récompense de 1,500 fr.,
et à M. Ricord de 1,000 fr. pour leurs travaux sur les Fistules urinahes ;
enfin, une mention honorable à M. Mercier pour son oirvTage sur les
Maladies des voies urinaires.
Renouvellement du bureau de Vyicadémie de médecine. —Dans
la séance du 20 décemlme, l’Académie a renouvelé son biméau pour 1843.
M. Paul Dubois a été élu président ; M. Ferrus vice-président, et M. Du¬
bois d’Amiens secrétaire annuel. — On a procédé ensuite a l’élection de
trois membres du conseil d’administration; MM. Fouquier, Réveillé Pa-
rise et Lacournère ont réuni la majorité des suffrages.
Souscription au monument de Larrey. — Une commission pré¬
sidée par M. le lieutenant-général baron Petit, pair de France, a été
autorisée à ouvrir une .souscription pour élever un monument à la mé¬
moire de Larrey. M. le miiiLstre de la guerre a signé en tête de la liste
pour 1,000 fi-ancs. Les souscriptions sont reçues chez M. Labarraque,
trésorier de la commission, rue Saint-Martin, 69; J.-B. Baillière, li¬
braire , rue de l’École-de-Médecine, 17, et dans les bureaux des jour¬
naux de médecine.
Faculté de Montpellier. — A la suite d’un concours d’agrégation
pour la section de médecine dans la Faculté de Montpellier, M. A.-F.
Andrieux a été nommé agrégé h l’unanimité des suffrages. Le jury a
pris en meme temps une délibération qui honore M. Parlier, son con¬
current ; il a consigné au procAs-verbal la satisfaction qu’il avait éprou¬
vée de la manière dont M. Parlier avait concouru, et exprimé le regret
de n’avoir qu’une seule place à donner.
Nomination dans les hôpitaux. — M. Bazin, médecin du bureau
central, vient d’être nommé médecin de l’hôpital de l’Oursine, en rem¬
placement de l’inforümé Ilourmann.
VIXGT-TROISibME.
( 481 )
TABLE DES MATIÈRES
DU "VINGT-TROISIÈME VOLUME,
A.
Abcis du cerveau consécutif d’une plaie à la.tète, 6i.
- kttuleux (Observations d’) pneumo-sous-iégumenlaires, par M. Ala-
man, à Labastide-Villefranche (Basses-Pyrénées), 814.
-du foie avec hydatides. Guérison par l’ouverture artificielle au
moyen de la potasse et du bistouri, 834.
— des articulations (Mémoire sur les injections iodées dans les hy-
dropisies et les), par M. Bonnet, chirurgien en chef de l’Hôtel-
Dieu de Lyon, 340, 417.
- pulmonaire guéri à la suite de l’ouverture spontanée amenée par
une piqûre de sangsue, 460.
Académie de médecine (Candidatures à 1’), 80.
- royale des sciences (Candidatures pour 1’), 79.
- de Belgique (Nomination des membres correspondants français de
Accouchement^Te trois jumeaux (Sur un) vivants, avec engagement simul¬
tané de deux têtes, par M. Chaiily-Honoré, ex-chef de clinique
d’accouchements de la Faculté de Paris, 180.
- prématuré artificiel, 818.
Accouchements. (Sur des cas d’) où le bassin était simplement étroit dans
toutes ses parties, mais sans courbure ni déformation des os, 136.
- en Prusse (Particularités sur les), 160.
-(Du parti que l’on peut tirer de l’auscultation dans les) pour déter¬
miner les différentes présentations du fœtus, 822.
—— Des pertes d’eau pendant ia grossesse; par M. Chaiily-Honoré, 436.
Acide arsénieux (Empoisonnement par le cérat fait avec les bougies de
nouvelle fabrication, contenant de 1’), 465.
- carbonique (Sur l’association du sulfate de quinine à P) dans le trai¬
tement des fièvres des marais, par M. Meirieu père, médecin de
l’hospice Saint-Gilles (Gard), 209.
- kydrochlorique (Emploi de 1’) dans le traitement du diabétès, 456.
Affections syphilitiques de la peau (Emploi de l’emplitre de p'igo cum
mercurio dans les), 299.
Air dans les veines (Introduction de P) à la suite d’une saignée du bras,
473.
- (Introduction de P) pendant l’extirpation d’une tumeur du cou,
474.
Alcalins (De l’emploi local des bains) contre certains états aloniques des
tissus, 461.
Aliénation mentale (Traitement physique et moral de 1 ), 137.
Aliénés (Tuméfaction des oreilles chez les), 225.
Aliments (Du choix des) et de la mastication dans les dyspepsies, 70.
Amaurose (Nouvelles recherches sur le traitement de P) ou goutte-sereine,
par M. Pétrequin, chirurgien en chef désigné de Pbopital de Lyon,
276.
- guérie par la pommade de Gondret, 302.
Aménorrhée (Cas d’) causée par l’èngorgenient de l’utérus, 816.
Anasarque (De P), suite de scarlatine; mort par sulfocallon, 189.
TOME XXIII. 12' Liv. M
( 4
î )
Annales d’oculistique (Question mise au concours pour 18i-3 pour le prix
(les), 400.
Angine scarlatineuse (Trachéotomie faite avec succès dans un cas d’), 236.
— scarlatineuse épidémique (Cas d’) (lui a régné dans le départe¬
ment de Maine-et-Loire, 139.
AniyloSe de ta mdchoire (ftlniniatisme et) occasionnés par l’application de
la glace sur la tête, 135.
Antidote dusublimé corrosif [V)\i proto-sulfure de fer comme nouvel), par
M. Mialbe, 119.
Antiphlogistiques (Los) peuvent dans certains cas retarder la suppuration
des tubercules, 379.
Anus artificiel, suite d’une hernie crurale étranglée, guéri spontanément.
Appareil nouveau pour la fracture de la clavicule, par M. Edme Simonin,
chirurgien en chef des hôpitaux civils de Nancy, 31.
Arrosions d’éther (Hernie étrangU'e réduite par des), 311..
Arséniate dépotasse (Emploi du peroxyde de fer hydraté comme contre¬
poison de 1’), 201.
Arsenicaux (Emploi dos) dans quelques ulcérations syphilitiques invétérées,
62.
Artère thyroïdienne inférieure (Cas d'ulcération de 1’), 236.
Articulations (Mémoire sur les injections iodées dans les liydropisics et les
abcès des), par M. Bonnet, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de
Lyon, 3t0.
Ascite (Exemple remarquable d’une hydropisic) guérie après seize ans de
durée et huit cent quatre-vingt-six ponctions, 381.
Asphyxie caus(-e par l’introduction d’un petit poisson dans la trachée-ar¬
tère, .160.
Asphyxie des enfants (Un mot sur l’inlluencede l’emploi du seigle ergoté
sur 1’), 395*
Assa-fœtida (Emploi de 1’) dans le traitement de la cociueluche, 1(3.
Atonie des tissus (Dos bains alcidins locaux contre certains états d’), 401.
Auseultation (Du parti que l’on peut tirer de 1’) pour déterminer tes dilfé-
rentes présentations du foetus, 222,
B.
Bains alcalins (Do l’emploi local des) contre certains états atoniques ih's
tissus, tel.
Bandeletles^gglulinatives (Emploi du caoutchouc pour la confection des).
Belladone Emploi des feuilles de) dans les doulenrs nerveuses, 310.
—^ (EÛicacité de la) dans le (diimosis, 319.
Blennorrhagie (Traitement abortif du la) par les injections de nitrate d’ar-
gmit h haute dose, 223.
Blépharoptasti» (Nouveau procédé de), 65.
-(Slémoire sur la) : avantages de la méthode de Gelse et de certains
autres procédés pour la réparation des imrtcs de substance des deux
paupières; cas exceptionnels où l’on a dû iTcourir à des procédés
spéciaux, par M. Giiillon, D. M. à Cizes (Chawmto-lnférieurcl,
422.
Bleu de Prusse (Emploi du), contre l’épilepsie, 70.
Bouche (Chciloplastie de la) et de la vulve par un procédé nouveau, 130.
- (Affection lartieuUèro de la) produite par le contact du chanvre,
228.
Bougies (Empoisonnement lar du cérat fait avec des) de nonvello fahrica-
lioii, conlimanl de l'acide arsénieux, 465.
Bourses muqueuses sops cutanées (Histoire cl traitement desi, 142.
Bronchite capillaire (Epidémie de s observi'e à l’IIôtcl-Dieu de Nantes en
18(0 et 18(1, 461.
Brdlures (Sur le traitement des) dans la jeune enlimce; assncialion du lini-
. ment nléo-calcaire an colon cardé, (52.
ürainres (Bons effets lie l’association du Uniment oléo-ealcaire au rolort ea^dé
dans les) de lu jeune enfance, 452.
Bureau central des hôpitaux (Nominations au), 80.
c.
Calculs de la prostate ('Diagnostic et traitement des), 220.
Ca/ome/ui .(Emploi extérieur du) dans l’oplilhaimie des nouveau-nés, 149.
- (Note sur ies pilules de) et sur leur transtnrmation en sublimé, 200.
Calorique en ignition (Empioi du) dans le traitement des douleurs, 68.
Cancer du col de l’utérus guéri par le cautère actuel, 305.
- de l’estomac avec al)sence de symptômes, 65.
-(Précis analytique sur le) et sur ses rapports avec la gastrite chro¬
nique et la gastralgie, par le docteur Barras, 126.
- ulcéré (Bons effets de l’association du mercure à l’iodure de potas¬
sium dans un cas de) très-grave, 50.
Cancers (La vieillesse ne contre-indique pas les opérations des), par M. A.
Michel, D. M.' à Barhontane (Bouches-du-Rliône), 291.
Caoutchouc (Emploi du) pour la confection des bandelettes agglutinatives,
Carotide (Cessation de certaines douteurs névTalgiqucs par la compression
de la, 465.
Catalepsie (Somnambulisme et) avec transposition des sens, 65.
Cataplasmes (Fécule de pommes de terre pour les); sa meilleure prépara¬
tion, 311.
Caustique (Un mut sur une nouvelle pète) avec le sulfate de cuivre cl sur
son emploi dans la pustule nmligno, par M. Payan, 43t.
Caustique de f^ienne (Kyste hydatique du foie ouvert avec le) oi le trocart,
73.
Caustiques (Mémoire sur l'emploi thérapeutique des), par M. Payan, chi¬
rurgien en. chef de i’HÔlel-Dieu d’Àix, 27.
- (Emploi du coton cardé pour protéger la cornée contre les) portés
sur les paupières, 68.
Cautère actuel (Cancer du col de l’utérus guéri par le), 30B.
Cautérisation pharyngée (Exemple d’une) avec le nitrate acide de mercure
dans quelques affections spéciales, parM. Payan, chirurgien en
chef de l’Uôlel-Dieu d’Aix, 109.
Cérat (Empoisonnement par le) fait avec des bougies de nouvelle fabrica¬
tion, contenant de l’acide arsénieux, 465.
Cerveau (Abcès du) consécutif à une plaie de tête, 6t.
- (Un mot de rectification relativement à un fait de guérison de ramol¬
lissement du) annoncé, par M. Max. Durand-Fardel, 124.
Chanvre (Affection particulière de la bouche produite par le contact du),
228.
Chardon bénit (aocherches sur les propriétés fébrifuges du cnlcin, principe
actif do), parM. Nonat, 405.
Chaude-pisse sèche. Observation intéressante touchant cette affection rare,
306.
Chaux vive (Emploi de la) comme moxa, 318.
Cheiloplastie de la bouche et de la vulve (Exemple de) par un procédé
nouveau, 130.
Chimie (Abrégé élémentaire de) considérée comme science accessoire ù
l’étude de la médecine, de la pharmacie et de l’histoire naturelle,
par J.-J. Lassaigne, professeur de chimie et de physique à l’Écolt!
royale vétérinaire d’Alfort, etc., 374.
Chirurgie (Des erreurs eu) et tles diflicultés du diagnostic chirurgical, 464.
Chirurgie et médecine. Caractères différentiels de ces deux branches de la
science : elles doivent être inainlemies nettement séparées, 389.
Chlorose aiguU et chronique (Un mot sur la) et sur son traitement par un
nouveau mode de préparation ferrugineuse, par M. A. Dauver-
gne, médecin de l’iiospice de Manos((ue (Basses-Alpes), 263.
Choléra (Rédlexions sur la panique répandue à Paris en août 1842 à l’occa¬
sion de la peste et du), 156.
( 484 )
Cinchovine, nouvel alcali extrait du quinquina, li3.
Citrate île fer (Sur quelques préparations olBcinales ayant pour base lo), par
M. Miallie, 117.
Clavicule (Luxation de l’extrémité exterue de la) au-dessous de l’apophyse
coracoïde, 318.
- (Nouvel appareil pour la fracture de la), par M. Edme Simonin, chi¬
rurgien en chef des hôpitaux civils de Nancy, 3i.
— (Description d’un nouvel apparéil pour le traitement de la fracture
de la], 385.
Clavicules (Sur un cas de fracture des deux), par M. Carrière, agrégé de
la Faculté de Strasbourg, il7.
Clinker (Nouvel agent thérapeutique appelé), 67.
Cnicin, principe actif du chardon bénit; recherches sur-ses propriétés fébri¬
fuges, par M. Nonat, médecin des hôpitaux, 405. .
CotUine CSur de récentes sophistications de l’hydro-sulfate de sonde et de
la), par M. Mialhe, 199.
-HectiÜcation au sujet de la falsilication de la), par M. Mialhe, 290.
Cœur (Exemple d’une transposition du) à droite et du foie à gauche, cons¬
tatée il y a trente ans chez une dame qui vit avec cette anomalie,
412.
-(Emploi de la teinture de digitale à haute dose, associée au nitrate
de^potasse, dans les affections organiques du), par M. Debreyne,
Colique de plomb. Sur la fréquence actuelle de cette maladie et sur l’in-
sullisance des moyens prophylactiques proposés, 382.
Commotion cérébrale (Nature des lésions anatomiques de la), 67.
Compression abdominale (De la) comme traitement de quelques symptômes
en apparence très-graves, 68.
- de la carotide (Cessation de douleurs névralgiques par la), 465.
Congrès scientifique de Strasbourg, 399.
Conjonctive (Exemple de cysticerque celluleux l ans la), 68.
Coqueluche (Emploi de l’assa-foetida dans le traitement de la), 143.
Cordon ombilical (Sur les nœuds du), leur manière de se former et leur
influence sur la vie de l’enfant, 383.
Cornée (Conicité delà). Mémoire sur le staphylôme pellucidj conique de la
cornée, et particulièrement sur sa pathogénie et son traitement,
avec quelques remartiues sur les staphylômes en général, par
M. Sichel, 181-269-354.
- (Deux observations de staphylôme pellucide conique de la) recueillies
à la clinique ophthalmologi({ue de M. le professeur A. Bérard, par
M. Lhommeau, chef de clinique, ancien interne des hôpitaux,
367.
Colon cardé (Emploi du) pour protéger la cornée contre les caustiques por¬
tés sur les paupières, 68.
- (Bons effets de l’association du liniment oléo-calcaire au) dans le
traitement dns brfllures de la jeune enfance, 452.
Cou (Introduction de l’air dans les veines pendant l’extirpation d’une tu¬
meur du), 474.
Crachats tuberculeux (Études microscopiques sur les), 307.
Crdne (Traitement de l’hydrocéphale chronique par la ponction du), par
M. Max. Durand-Fardel, 190.
Crétinisme (Recherches sur les causes du), 463.
Croup (Trachéotomie suivie de guérison chez deux enfants atteints du),
307.
Cuivre (Sur une nouvelle pâte caustique avec le sulfate de), et sur son em¬
ploi dans la pustule maligne, par M. Payan, 434.
Cysticerque celluleux (Exemple de!) dans la conjonctive, 68.
D.
Dartres (Un mot sur la transmission des) de l’animal â l’homme, par F.
Dassit, D. M. à Confolens (Charente), 211.
( 485 )
Datura strammonium (De l'emploi avantageux de l’extrait du) dans le trai¬
tement des hallucinations, 386.
- (Nuis effets du) chez certains malades atteints d’hallucinations de
l’ouïe, 471.
Delirium tremens (Cas intéressant de) traité par l'opium, 309.
Dent (Extraction d’une) ayant occasionné une hémorrhagie mortelle, 133.
Dentition (Exemple très-curieux d’une troisième), 309.
Diabétès sucré (Cas de guérison de), 230.
- (Emploi de rioiTure de fer dans le), 377.
- (Emploi de l’iodure de fer dans le), 456.
- (Emploi du sel marin dans le traitement du), 456.
- (Emploi de l’acide hydrochlorique dans le traitement du), 456.
Diagnostic chirurgical (Des erreurs en chirurgie et des difficultés du), 464.
Difformités de la face (Traité sur l’art de restaurer les) selon la méthode
par déplacement ou méthode française, par M. Serre, professeur
a Montpellier, 128.
Digitale (De l’emploi de la teinture de) à haute dose, associée au nitrate
dépotasse, dans les affections organiiiues du coeur, par M. De-
breyne, 412. ■
- pourprée (Un mot sur la graine do 1 if comme succédané de la),
par M. Stan. Martin, itt.
Douleurs (Calorique en ignitiou appliqué au tiailemeut des), 68.
- nerveuses (Emploi des feuilles de helladone dans les), 310.
- névralgiques (De la cessation de cerlaines) par la compression de
la carotide, 46.).
Douve du foie. Présence de ce ver dans la veine-porte chez l’homme, 465.
Droguistes (Fraudes des), 2i0.
Dyssenterie épidémique (Note sur le traitement d’une), 68.
Dyspepsies (De la mastication et du choix des aliments dans les), 70.
Dystocie (Hydatides du rein chez le fœtus comme cause de), 471.
E.
Eau de Monterossi (Note sur les propriétés hémostatiques de 1’) et du seigle
ergoté, par M. Mialhe, 283.
- du laurier-cerise (Observation sur 1’), par M. Mialhe, 366.
Eaux minérales d’Enghien (Une saison aux); considérations hygiénitiues
sur cet établissement, etc., par M. Reveillé-Pari.se, 54.
E,cole de pharmacie (Chaire de physique vacante à 1’) de Montpellier, 160.
Économie animale (Quelques réflexions sur l’action du sulfate de iiuinine
dans T), par M. Mialhe, 441.
Ectropion (Exemple de guérison de 1’) par la méthode sons-culanée,,310.
Eczema (Considérations pratiques sur 1’) et sur son Iraitement, par M. Éniery,
médecin de l’nôpitai Saint-Louis, 92.
Electropuncture (Emploi de l’I dans le traitement des surdités tenant à la
, paralysie du nerf acoustique, par Joberl de Lambalie, 103.
Eméto-cathartiques (Des avantages qu’ont pré.sentés les) et les purgatifs dans
le traitement des érysipèles bilieux qui ont régné en 1842, par
M. Fuster, 251.
Emplâtre de E'igo (De 1’) cura mercurio dans les affections syphilitiques
de la pean, 299.
Empoisonnement tCas d’) d’un nouveau-né par une goutte et demie de lau¬
danum, 310.
-(Observation d’) par le cérat fait avec des bougies de nouvelle fabri¬
cation , dans la composition desquelles entre de i’acide arsénieux,
465.
Enquête clinique (Proposition d’une) pour établir le meilleur traileuieni à
appliquer à la lièvre typhoïde, 81.
Entorse. Nouvelles recherches sur son traitement par l’eau froideet la ma¬
nière de l’employer, 383.
Epidémie de Strasbourg et d’Avignon (L’), signalée comme méningite,
doit être considérée comme une lièvre nerveuse, 71.
- de suette miliaire (Un mot sur une), par M. Geneuii, D. M. à Jou-
zac (Charente), 294.
EpitepHe (Ëniplui du bleu de Prusse contre P), 70.
- (Sur plusieurs cas de guérison de 1’) par un autipériodique, valé¬
riane, poudre de Gutlète et poudre de Carignan, 466.
Epingles (Phlébite morteile par suite de l’emploi des) dans le traiteineut
des varices, 378.
Ereetile (Guérisun d’une tumeur) par l’emploi du vaccin, par M. Pigeaiw,
Ergot de seigle (Nouveiies recherches sur la nature et la formation de 1’),
310.
Erysipèle (Emploi de la pommade au nitrate d’argent dans 1’), 63.
- épidémique dans les hôpitaux (Note sur un), 58.
- traumatique (Heureux emploi de la solulion de nitrate d’argent
pour arrêter la marche d’im) grave, par JI. Taiichou, 51.
Erysipèles (Des avantagesqu'ont présentes les éméto-ealhartiques et les pur¬
gatifs dans le traitement des) qui ont régné en 181-2, par M. Pes¬
ter, 251.
Esquilles volumineuses (conduite à tenir à l’égard des), 221.
Estomac (Cancer de 1’), avec absence de symptômes, 65.
-(P(!rforations spontanées de 1’) <iui ont lieu pendant la vie et de
celles qui arrivent après la mort, 141.
E.ther (Hernie étranglée réduite par des arrosions d’), 314.
Evacuations urinaires (Do la dis|)arili()n des hydropisies sous l’influence
des) abondantes, par M. Briquet, médecin de l’hôpital Cochin,
10 .
Examens-Concours (Modilications aux) et aux Concours, 210.
Exostose syphilitique (Bons eflets d’un vésicatoire et de riodure de potas¬
sium dans un cas d’), 303.
Faculté de médecine de Paris (Séance d’ouverture de la), 400.
Fébrifuges (Recherches sur les propriétés) du cuicin, principe actif du
chardon bénit, par M. Nonat, 105.
Fécule de pommes de terre pour les eatasplasmes. Sa meilleure préirara-
tlon, 311.
Fer (Sur quelques pi-égarations oflicinules ayant pour base le citrate de),
- (Emploi du peroxyde de) hydraté comme contre-poison de l’arsé-
niate de potasse, 201.
- (Du proto-sulfure de) comme nouvel antidote du sublimé corrosif,
par M. Mialhe, 119.
-(Tétanos traumatique traité avec succès par le pcrcarbonate de),
-(Emploi de l’iodurede) dans le diabétès sucré, 377.
Fièvre intermittente (Exemple d’une) communiquée par la mère h son en¬
fant , 380.
- hémoptysique; son diagnostic et son traitement, 314.
• -- Jaune (Un mot sur les traitements comparatifs employés contre la),
- nerveuse (L’épidémie de Strasbourg et d’Avignon, signalée comme
une méningite, doit être considérée comme une), 71.
- typhoïde (Projiosition d’une enquête clinique pour établir le meil¬
leur traitement à opposer à la), 81.
- (Emploi du sulfate de quinine à haute dose dans le traitement de
la), 312.
- chez une femme de cinquante-six ans, 312.
— Désignation des caractères pathognomoniques qui établissent l’exi-
.stence de l’état typhoïde. 384.
- épidémique dans les hôpitaux, 61.
Fièvres des marais {Sw l’association du sulfate de quinine à l’acide car¬
bonique dans le traitement des), par M. Meirieu Itère, médecin
de l’hospice Stnnt-Gilles (Gard), 209.
( 487 )
l'ièures pernicieuses ptieumonijues, 1*5.
Fistule lacrymale (Sur deux cas de) guéris sans opéi'ûüon iwr les aiUiplilu-
gfsiiques, *58.
Flux du canal intestinal (De l'emploi de la inoiiésia dans le iraitemenldes)
atoniques. et ses applications et gargarismes dans la slumatile
mercurielle, 891.
Fastus (Hydatides du rein chez le) comme cause de dystocie, tTl.
Foie (Abcès du) avec hydatides; guérison par l’ouverlnre urtiiicielle au
moyen de la potasse et du bistouri, 22t.
-(Kyste hydatique du) ouvert avec le caustique de Vienne et le tro¬
cart, 73.
—- (Exemple d’une transposition du) à gauche et du coeur à droite,
constatée il y a trente ans chez une dame qui vit avec cette ano¬
malie, 398.
- de raie (Examen chimique de l’huile de). Formule d’un nouveau
sirop pour l’emploi de celle huile, par M. Miulhc, *6.
-(Pré.'ence de la douve du) dans la veine-porte chez l’homme, *85.
Fracture (Consolidation d’une) chez un vieillard, malgré l’existence d’une
affection sy|)hiliti(iue constitutionnelle et pendant un traitement
mercuriel, 30*.
- de la clavicule (Nouvel appareil pour la), par M. Edme Simonin,
chirurgien on chef des hôpitaux civils (le Nancy, 3*.
-Description d’un nouvel appareil pour son traitement, 385.
- des deux clavicules (Observation de), par M. Carrière, agrégé de
la Faculté de Strasbourg, iVl.
- de l'extrémité inférieure du radius expliquée par un mécanisme
nouveau, *67.
Fractures (Nouveau signe do la consolidation des), *70.
Fraudes des droguistes, 2t0.
G.
Gale (Un mot sur un nouveau traitement de la), *70.
Gangrène causée par la rougeole dans une partie de la iieau déjà inriliree,
22t.
Gastralgie (Queltiues considérations sur la) cl sur si n traituinent, (lar
51. Sandras, médecin de l’IIôtel-Dieu (annexe), 8*.
Gastralgies (Un mol sur l’euipioi des opiacés dans le traitement des), par
M. Padioleau, D. SI. à Nantes, 373.
Glace sur la tête (Rhumatisme et fausse ankylosé de la mâchoire inférieure,
occasionnés par l’application de la), 135.
Glande mammaire (Squirrhe de la) guéri par l’iodure de potassium à haute
dose, 397.
Gondret (Amaurose guérie par la pommade de), 302.
Gourmes chez les enfants (Des); un mot sur le mode de traitement qu’on
doit leur appliquer, 1*6.
Goutte (Un mot d’explication snr une formule des pilules de Lartigue cou-
tre la), par SI. Cronigneau (de Fronsac), chirurgien à l’hôpital mi¬
litaire de La Rochelle (Charente-Inférieure, 207.
- Explication de SI. Bouchardat, pharmacien de rHôlel-Dieu de Paris,
au sujet de la lettre précédente, 208.
- sereine (Nouvelles recherches sur le traitement de la) ou amaurose,
par SI. Pétrcqubi, chirurgien en chef désigné de l’hépiial de Lyon,
276.
Grossesse (Des pertes d’eau pendant la), par SI. Gbailly-Uonoré, *36.
Hallucinations (De l’emploi avantageux d(! l'extrait de datura strammo-
nitim dans le traitement des), 380.
-(Effets nuis, chez queliptes malades, du radniinistrulioii du datura
strammonium dans les', *71.
( 488 )
Hémoptytie. Fièvre intermittente hémoptysique, son diagnostic et son trai¬
tement, 314.
Hémorrhagie de la paume de la'main (Ligature des artères radiale et cubi¬
tale pour une), 302.
- mortelle, suite de l’estraclion d’une dent, 135.
- nasale (Nouveau moyen hémostatique pour 1’), 72.
Hémorrhagies (Des) à la suite de l’opération de la taille, et de leur traite¬
ment, 387.
- utérines traitées èvcc succès par le tannin, 72.
Hémostatique (Nouveau moyen) pour l’hémorrhagie nasale, 72.
Hémostatiques (Note sur les propriétés) du seigle ergoté et de l’eau de Mon-
terossi, par M. Mialhe, 283.
Hérédité de certains vices de conformation, 72.
Hernie étranglée (Corps étrangers dans l’intestin mettant obstacle au cours
des matières fécales après le débridemenl d’une), 231.
- étranglée réduite par des arrosions d’éther, 314.
Huile de foie de raie (Examen chimique de 1') {Paya clavata et 11. bâtis).
— Formule d’un nouveau sirop pour l’emploi de cette huile, par
M. Mialhe, 45.
Hydartrose du genou (Incision sous-cutanée appliquée au traitement d’une
volumineuse), 315.
Hydatides du rein chex le fœtus comme cause de dystocie, 471.
Hydrocèle (Sur un accident qui peut suivre la ponction dans 1’), 59.
Hydrocéphale chronique (Traitement de 1’) par la ponciion du crène, par
M. Max. Duraml-Fardcl, 190.
Hydrochlorate de morphine (Note sur quelques modifications au (iroccdé
de Grégory |iour la préparation de 1’), par M. Mialhe, 50.
Hydropisie (Cas d’) (lans la gaine du jambier postérieur, traitée par l’injec¬
tion iodée, 210.
-(Exemple remarqualîle d’une) guérie après seize ans de durée et
huit cent (jnatre-vingl-six ponctions, 351.
Hydropisies (Disparition des) sous l’inlluence des évacuations urinaires
abondantes, par M. Briquet, niédecin de l’hôpital Cochin, 10.
- des articulations (Mémoire sur les injections iodées dans les) et les
abcès des articulations, par M. Bonnet, chirurgien en chef de
l’HOlel-Dieu de Lyon, 340, 417.
- passives (Traitement des) et particulièrement des avantages d’un
vin diuretique particulier dans ces afléctions, par M. Debreyne,
D. M. à la Grande-Trappe (Orne), 176.
Hydrosulfate de soude (Sur de récentes sophistications de la codéine et de
1’), par M. Mialhe, 199.
I.
If (Un mot sur les graines de 1’) comme succédanées de la digitale pourprée,
par M. Stan. Martin, 444.
Incision sous-cutanée (de 1’) appliquée au traitement d’une volumineuse
hydartrose du genou, 315.
Injection iodée (Cas d’hydropisie dans la gaine du jambier postérieur, trai¬
tée par 1’), 216.
-dans le traitement d’un kyste de la thyroïde, 218.
Injections (Des) dans l'intérieur de l’utérus, 237.
-- iodées (Mémoire sur les) dans les hydropisies et les abcès des arti¬
culations, parM. Bonnet, chirurgien en chef de l’Uôtel-Dieu de
Lyon, 340, 417.
Introduction de l’air dans les veines à la suite d’une saignée du bras,
473.
- pendant l’extirpation d’une tumeur du cou, 474.
Iode en vapeur. Emploi de la vapeur d’iode dans la phthisie pulmonaire,
lodure de fer (Emploi de 1’) dans le diabétès sucré, 377.
- Son emploi dans le diabétès, 456.
- de potassium (Quelques observations sur l’elBcacilé de 1’) dans les
( 489 )
cas de syphilis secondaire et tertiaire, par M. Langevin (dn Ha¬
vre), ÏO.
lodure de potassium (Bons effets de l'association du mercure à 1’) dans un
cas de cancer très-grave, 59.
-(Emploi de 1’) dans les ulcères atoniques, 132.
-(Emploi de 1’) dans le rhumatisme articulaire, 152.
- (Études sur l'action de 1’) pour servir à régler l'adminislratiou de
ce remède, par M. Ricord, 161.
- (Bons effets d’un vésicatoire et de 1’) dans un cas d’exostose réputée
syphilitique, 303.
- (Squirrhe de la glande mammaire guéri par 1’) à haute dose, 397.
- (Encore un mot sur 1’) dans les affections squirrheuses des glandes,
par le docteur Barras, *50.
J.
Jambier postérieur (Cas d’hydropisic dans la gaine du] traitée par l'injection
iodée, 216.
Jumeaux (Sur un accouchement de trois) vivants, avec engagement simul¬
tané de deux têtes, parM. Cliailly-Honoré, ex-chef de clinique
d’accouchements de la Faculté de Paris, 120.
R.
Kyste bydatique du foie ouvert avec le caustique de Vienne et le trocart,
73.
- de la thyroïde traité par l’injection iodée, 218.
Kystes des os maxillaires (Quelques données pruli(|nes sur les), 316.
L.
Lacrymale (Sur deux cas de iistule) guéris sans opération par les antiphlo¬
gistiques, i.58.
iMCtate de quinine (Emploi du valérianate et du), 151.
Lactucarium (Note sur le), la manière de l’obtenir, et ses propriétés médi¬
cales, par M. Aubergier, docteur ès sciences, professeur sup¬
pléant à l’École de médecine de Clermont-Ferrand, 363.
Xaudanum' (Empoisonnement d’un nouveau-né par une goutte et demie
/.aurier-cefise (Une observation sur l’eau de), par M. Mialhe, 366.
Larrey. Sa mort, 159. (Monument élevé à), *79.
Lésions anatomiques (Nature des) de la commotion cérébrale, 67.
Lichen d'Islande (Des préparations dont le) est la base, par M. Bouebardat,
pharmacien en chef de l’Hôtel-Dieu, 12.
Ligature des artères radiale et cubitale pour une hémorrhagie de la paume
de la main, 302.
Uniment oléo-calcaire. Bons effets de son association au coton cardé dans
le traitement des brûlures de la jeune enffince, *52.
TJqueur d’opium acétique de Houllon (Formule de la), 73.
Taxation (Exemple d'une) incomplète de l’extrémité supérieure du radius
en avant, 7t.
- externe de la clavicule au-dessous de l’apophyse coracoïde, 318.
- du coude en arrière (Description d’un nouveau mode de réduction
pour la), 388.
- du sternum (Recherches sur la), affection extrêmement rare, 1*7.
M.
Mâchoire (Rliumatisiue et ankylosé de la) occasionnés par l’application de
la glace sur la tète, 135,
( 490 )
Maladies {Des mcdieatious secondaires dans les), 321.
-(Des fonctions et des) nerveuses dans lenis rapports avec l’édu¬
cation sociale et privée, morale et physique, par le docteur Cerise,
202 .
Mastication (De la) et du choix des aliments dans les dyspepsies, 70.
Médecine et chirurgie. Caractères dilFérenliels de ces deux branches de la
science : elles doivent être maintenues nettement séparées, 383.
Médecins députés, 80.
Médicaments (Quelques réflexions sur l’abus des), ou la polypharmacie;
rappel à la simplicité des formules, par M. Foi-get, prüre.sseHr à
la Faculté de Strasbourg, 2tl.
Médications secondaires (Des) dans le traitement des maladies, 321.
Menstntation (Influence de la phthisie sur la), 7.5.
- (De la) considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiques,
par M. Brierre de Boisinont ; ouvrage couronné par l’Académie
de médecine, 237.
Mercure (Bons eifets de l’as-sociation du) à l’iodure de potassium dans un cas
de cancer très-grave, 53.
- (Cautérisation pharingée avec le nitrate acide de) dans quelques
affections spéciales, parM. Vayan, chirurgien en chef de l’HÔtel-
Diou d’Aix, 109.
- (Ce ()roto-iodure de) peut être administré à plus haute dose qu’on
ne le fait, par M. Mialhe, IIS.
Méthode sous-cutanée (Exemple de guérison de l'eetropion parla), 310.
Morphine (Note sur quelques modifications au procédé de Grégory pour la
préparation de 1 hydrochlorate de), par M. Mialhe, 50.
Melhiscum non contagieux. Exemple de celte maladie de la peau, extrê¬
mement rare, 391.
Monésia (De l’emploi du) dans le traitement des flux intestinaux alouiques,
diarrhée, dyssenterie, et ses applications et gargarismes dans la
stomatite mercurielle, 391.
Morve (Ordonnance de police sur la), 210.
Mouches (Préparation d'un papier propre à la destruction des), 392.
Mo.Ta fait avec la chaux vive, 318.
.Utiséo Dupugtren. Muséum d’anatomie pathologique de la Faculté du mé¬
decine de Paris, ou Musée Dupuytren, 205.
N.
A'aphtaline (Un mot sur l’emploi du la pommade à la) concrète dans le
traitement du psoriasis, par M. Émcry, médecin de l’hOiiital Saint-
Louis, 17.
A'erf acoustique (Emploi de l’éleclropuiictiire dans le traitement des surdités
tenant à la paralysie du), par M. Jobert de Lamballe, 103.
A'évralgies (De la disparition de certaines) par la compression de la caro¬
tide, 165.
Nitrate d’argent (Heureux emploi de la solution de) pour arrêter la mar¬
che d'Un érysipèle traumatique grave, par M. Tanchoii, 51.
- (Emploi de la pmniiiadu au) dans férysi[)èle, 63.
-(Traitement abortif de la blennorrhagie par les iitjcctions de) à
hante dose, 225.
- acide île mercure (Cautérisation pharyngée avec le) dans quelifucs
aCTeclions spéciales, par M. Payan, chirurgien en chef de l’Hôtel-
Dicu d’Aix, 109,
- de potasse (De l’emploi de la teinture de digitale à haute dose,
associée au) dans les affections organiques du cueur, 4-13.
A'oilosité des tendons. Quelques réflexions sur cette affection, 476.
A'oiiveau-né (Em))oisonncnieut d’un) i>ar une goutte et demie de laudanum.
Nouveau-nés i Eni|)loi extérieur du caloniul dans rophthalniic des), 149.
0 .
Oliil. Corps élranger volumineux qui a styouriié pendaiil irois ans dans
l’inlérieur de cel organe, 302.
Opiilhalmie des nouveau-nés (Emploi exlérieur du calomel dans 1’), lio.
Opiacés (Un mol sur l’emploi des) dans le traitement des gastralgies, par
M. Padioleau, D. M. à Nantes, 373.
Opium (Formule de la lùiucur acétique d’) de lloulton, 73. ,
-(Cas intéressant de delirium iremens traité par 1’), 309.
Oreilles (Tuméfaction des) chez les aliénés, 225.
Organes urinaires et çénilaux (Rercherches anatomiques, pathologiques
et thérapeutiques sur les maladies dos), considères principale¬
ment chez les hommes âgés, 375.
Os majcillaires (Quehiues données pratiques sur les kystes de.s), 316.
Ouïe (Nuis effets du strarainonium’dans quelques cas d'hallucinations de 1'),
P.
Padioleau. Traité de la gastrite et du régime alimentaire (analyse), i5ü.
Papier pour détruire les mouches (Préparation d’un), 392.
Paralysie convulsive. Symptômes et traitement de celte rare affection, 75.
- du nerf acoustique (Empioi de l’électropiincture dans le traitement
des surdités tenant à la), par M. Johert de Lamballe, 103.
Pâte caustique (Sur une nouvelle) avec le sulfate de cuivre et sur son em¬
ploi dans la pustule maligne, par M. Pavan, chirnrgien en chel
de rHôtol-Dicu d’Aix, 43i.
Paupières (Emploi du colon cardé pour protéger la cornée contre les caus¬
tiques portés sur les), 68.
- (Mémoire sur la blépharoplastie ; avantages de la méthode de Cclse
et de certains procédés pour la réparation des pertes de substance
des deux), par M. Guillon, I). M. à Cozes (Charente-Inférieure),
122 ,
Peau (Remarques pratiques sur l’emploi de la pommade au précipité blanc
dans quelques plaies et certaines affections de la), par le profes¬
seur Velpeau, 38.
- (Emploi de l’emplâtre de Pigo cum mercurio dans les affections
sypbilititiucs de la), 299.
Pellagre (Cas de) observé à l’hôpital Saint-Louis, 133.
Pelletier. Sa mort, 80. — Ses funérailles, 156.
Perfbrations de l’estomac (Des) spontanées qui ont lieu pendant la vie et
de celles qui arrivent après la mort, lit.
Péricardite (Quelques réflexions sur la nature de la), U9.
Pertes d’eau (Des) penilant ta grossesse, par M. Cliailly-Honoré, ex-chef
de clinique d’accouchements de la Faculté de Paris, 436.
PAamiacfsfCours complet de), parM. Lecanu, professeur titulairede l’iîcolc
de pharmacie de Pans, 52.
Philosophie médicale. La meilleure est celle qui prend pour base l’obser¬
vation et l’expérimentation, 232.
Phimosis (EOicaeité de la belladone dans le), 319.
Phlébite mortelle (Cas de) par suite de l’emploi des épingles dans le traile-
ment des varices, 378.
Phthisie (Influence de la) sur la menslrtialion, 75.
- pulmonaire (Influence du tabac sur la), 76.
- (Emploi de la vapeur de l’iode dans la), 149.
- (Étude comparative de la) chez rtiomme et les animaux, 233.
Physique (Chaire de) vacante à l’École de pharmacie de Montpellier, 160.
Pierre dans l'urètre arrêtée à la suite de la lilhoiritie. Nouveau procédé de
désobstruction du canal, 150.
Pilules de calomel (Note sur les) et sur leur transformation en sublimé,
200 .
Pihtles de Lartigue (Un mot d’explication sur une formule des) contre
la goutte, par M. Crouigneau (de Fronsac), chirurgien à l’hôpital
militaire de La Rochelle (Charente-Inférieure), 207. — Explica¬
tion de M. Bouchardat, pharmacien de l’Hôtel-Dieu de Paris, au
sujet de la lettre précédente, 208.
Plaie de tite (Abcès du cerveau consécutif à une), M.
Plaies de la prostate (Recherches sur les) et sur leur traitement, 395.
Pneumonie catarrhale (Sur les caractères et le traitement de la) épidémique
qui a régné à Paris au commencement de 1840, 393.
Polypes du rectum (Considérations sur quatre) observés sur de jeunes gar¬
çons de deux ans et demi à sept ans et sur leur traitement, par
M. Bourgeois, chirurgien en chef de l'Iiôpital d’Étampes, 263.
Polypharmacie (Quelques réflexions sur l’abus des médicaments ou); rap¬
pel à la simplicité des formules, par M. Forget, professeur à la
Faculté de Strasbouni, 241.
Polysarcie (De la) considérée comme imminence morbide ou comme ma¬
ladie, et de son traitement, par M. Max. Simon, 169.
Pommade de Gondret (Amaurose guérie par la), 302.
- au nitrate d’argent (Emploi de la) dans rérj!.ipèle, 63.
- an précipité blanc (Remarques pratiques sur l’emploi de la) dans
quelques plaies etcertaiues aOectious de la peau, par le profes¬
seur Velpeau, 38.
Ponction dans l'hydrocèle (Sur un accident qui peut suivre la), 59.
- du crâne (Traitement de l’hydrocéphale chronique par la), par
M. Max. Durand-Fardel, 190.
Potasse (Emploi du peroxyde de fer hydraté comme contre-poison de Par-
séniate de), 20t.
Potassium (Quelques observations sur l’eOicacité de l’iodure de) dans les cas
de syphilis secondaire et tertiaire, par M. Langevin (du Havre),
20 .
-(Bons effets de l’association du mercure à l’iodure de) dans un cas
de cancer très-grave, 59.
-(Emploi de l’ioduredei dans les ulcères atoniques, 132.
-(Emploi de l'iodure de) dans le rhumatisme articulaire, 152.
- (Études sur l’action pathogéuique do l’iodure de) pour servii’ à ré¬
gler l'administration de ce remède, par M. Rirord, 161.
-(Bons effets d’un vésicatoire et de l’iodure de) dans un cas d’exostose
réputée syphilitique, 303.
-(Squirrhe de la glande mammaire guéri par l’emploi de l’iodure de) ■
à haute dose, 397.
Pomlre dentifrice (Formule pour la préparation d’une nouvelle), 150.
- de Carignan contre l’épilepsie, 466.,
- de Guttéte contre l’épilepsie, 466.
Précipité blanc (Remarques pratiques sur i’em|iloi de la,pommade au) dans
quelques plaies et certaines airectlous de la peau, par le profes¬
seur Velpeau, 38.
Préparations ferrugineuses (Un mot sur la chlorose aiguë ut chronique,
et sur sou traitement par un nouveau mode de), par M. Dauver-
gne, médecin de l’hospice de Manosque (Basses-Alpes), 263.
Prix des Annales d’oculistique, 400.
Prostate (Diagnostic et traitement des calculs de la), 229.
-(Recherches sur les plaies de la) et sur leur traitement, 395.
Psoriasis (Un mot sur remploi de la pommade à la naphtaline coucrète
dans le traitement du), par M. Émery, médecin de l'hôpital Saint-
Louis, 17.
Purgatifs (Des avant âges qu’ont présentes les éméto-catbartiques et les) dans
le traitement des érysipèles qui ont régné en 1842, par M. Fus-
ter, 251.
Pustule maligne (Un mot sur une nouvelle pôle caustique avec le sulfate
de cuivre et sur son emploi dans la), 434.
( 493 )
Q*.
Quinine (Emploi du valérianale et du lactate de), 151.
- (Asthme intermittent guéri par ie suifate de), 65.
- (Sur i’association du sulfate de) à i'acide carbonique dans le traite¬
ment des lièvres des marais, par M. Meirieu père, médecin de
l’hospice Saint-Gilles, 209.
-(Emploi du sulfate de) à haute dose dans le ti-aitement de la fièvre
typhoïde, 311.
-(Emploi du lactate et du vaiérianate de), 151.
-(Essais d’un nouveau traitement du rhumatisme articulaire aigu,
con.sistant dans l’emploi du sulfate de) à haute dose, parM, Bri¬
quet, médecin de l’hôpital Coebin, 328.
-("Sur quelques accidents causés par le suifate de), 451.
- (Quelques réflexions sur l’action du sulfate de) dans l’économie
animale, par M. Mialbe, 441.
Quinguina (Note sur la clnchovine, nouvel extrait du), 143.
R.
Radius (Luxation incomplète de l’extrémité supérieure du) en avant, T4.
- (Fracture de l’extrémité inférieure du) expliquée par un mécanisme
nouveau, 467.
Ramollissement du cerveau (Un mot de rectification relativement à un fait
de guérison de) annoncé par M. Max. Durand-Fardel, 124.
Ralanhia (Propriétés astringentes de l’extrait de) sulfaté, 319.
Rectum (Considérations sur quatre polypes du) observés sur de jeunes gar¬
çons de deux ans et demi à sept ans et sur leur traitement, par
M. Bourgeois, chirurgien eu chef de l’hôpital d’Étampes, 263.
Rein (Ilydalides du) chez le fœtus comme cause de dystocie, 471.
Rétention d’urine causée par l’usage du vin, 152.
Réunion d’une partie de la face (Exemple de) entièrement séparée, 76.
Révulsifs cutanés (Un mot sur certains accidents causés par les), 475.
Rhumatisme (Sur quelques accidents graves occasionnés par l’administra¬
tion du sulfate de quinine à haute dose dans le), 454.
Rhumatisme articulaire (Emploi de l’iodure de potassium dans le), 152.
- aigu (Essais d’un nouveau traitement du) consistant dans l’emploi
du sulfate de quinine à haute dose, par M. Briquet, médecin de
l’hôpital Cochin, 328. — AccidenU, 454.
- de la mâchoire (Ankylosé et) occasionnés par l’application de la
glace sur la tète, 135.
• Rougeole (Gangrène causée par la), dans une partie de la peau déjà infdtrée,
221 .
S.
Saignée (Introduction de l’air dans les veines à la suite d’une), 473.
Sangsue (Ahcès iiulmonairo guéri par une ouverture spontanée amenée par
la piqûre d’uné), 460.
Sangsues (Meilleur moyen d’utiliser une seconde fois les), 233.
Saponaire (Nouvelle formule pour la préparation du sirop de), 120.
Scarlatine ayant déterminé nneanasarque; mort par suffocation, 139.
Seigle ergoté (Principes actifs du), 77.
-(Emploi du) dans certains cas d’urétrite, 78.
-(Note sur les propriétés hémostatiques du) et de l’eau de Monterossi,
par M. Mialhe, 283.
-(Un mot sur l’influence de l’emploi du) sur l’asphyxie des enfants,
395.
Sel marin (Emploi du) dans le traitement du diabétès, 456.
Sens (Catalepsie et somnambulisme avec transposition des), 65.
Sirop ferrugineux (Préparation d’un nouveau), par M. Mialhe, 47.
- 'nouveau pour l’emploi de l’huile de foie de raie; e.\amen chimique
de celte huile, par M. Mialhe, 45.
- de saponaire (Nouvelle formule pour la préparation du), 120.
( 494 }
Société de médecine de Strasbourg (Fondation de la), 400.
Sœurs de la Charité à Alger, 400.
Somnambulisme (Catalepsie et) avec transpo.sition des sens, 65.
Soude (Sur de récentes sophistications de la codéine et l’hydrosullhte de)
par M. Mialhe, 199.
Spéculum (Sur un nouveau) pour l’urètre, 477.
Squirrhe de la glande mammaire gtiéri par riodnre de potassium à liatilo
dose, 397.
- Un mot sur l’iodure de potassium dans les affections snuirrlieiises
des glandes, par M. Barras, 450.
Staphylàme pellucide conique de ta cornée ^Mémoire sur le) (conicité de
la cornée) et paiticiilièreinent sur sa patliogénie et son traite¬
ment , avec quelques remaripies sur le.5 staphylflmes en général,
par M. Sichel, 181,209, 354.
-(Deux observations de) recueillies à la clinique ophllialmologiqiiu
de M. le professeur A. Bérard, par M. Lhommeau, chef de cli¬
nique, ancien interne des hôpitaux, 307.
Statistique en thérapeutiifue (De la), 1,53.
- médicale de riiôpilal militaire du Gros-Caillou, par le baron Michel,
.57.
Sternum (Recherches sur la luxation du), affection extrêmement rare, 147.
Stomatite mercurielle (De l’emploi de la monésia <lans le traitement des
flux intestinaux atoniques, diarrhée, tlyssenlerie, et ses applica¬
tions et gargarismes dans la), 391.
Strammonium (.VuTs effets de l’emploi du daltira) dans quel(|ues cas d’hal¬
lucinations de i’ouîe, 47t.
Strasbourg (Congrès scientiliqne de), 399. .
Sublimé corrosif (Du iiroto-sulfiire (le fer comme nouvel antidote du), par
M. Mialhe, 119. '
-(Note sur la transformation dus pilules de calomel en),' 200.
Sucreries coloriées (Danger des) avec des substances toxiques, 154.
Suette (Sur queUpies cas de) observés il Paris, 234.
- miliaire (Un mol sur une épidémie de), par M. Geneuil, D. M. é
Jonzac (Charente), 294.
Sulfate de cuivre (Sur une nouvelle pèle caustique avec le) et sur son em¬
ploi dans queltiues affcclinns chirurgicales, et notamment clans
ta pustule maligne, par M. Payan, cliinirgien en chef de l'Hôlel-
Dieu (i’Aix, 434.
Sulfate de quinine (.\sthme inlermittcnt guéri par le), 65.
-(Sur 1 association du) a l’acide carbonique dans le traitement des
lièvres des marais, par M. Meiricu père, médecin de l’hospice
Saint-Gilles (Gard), 209.
-tEmplol du) à haute dose dans le traitement de la fièvre typhoïde,*
311.
-(Essais d’un nouveau traitement du rhumatisme articulaire aigu,
consistant dans l’emploi du) à haute dose, par M. Briquet, méde¬
cin de riiôpital Cochin, 328.
-(Queltiues réflexions sur l’action du) dans l’économie animale, par
M. Mialhe, 441.
- (Sur (luelques accidents graves occasionnés par l’administration diO
à hante dose dans le rhumatisme, 454.
Surdités (Emploi de réleclropmiclure dans le traitement des) tenant à la
paralysie du nerf acoustique, par M. Joliert do Lamltalle, 103.
Syphilis. Emploi des arsenicaux dans quehiues ulcérations svphilitiqiies
invélériVs, 02.
- secondaire et tertiaire (Quelques oliservations sur l’eflicacilé ih'
l’iodnre do pulassiiiiu dans les cas dt'), par M. I.angevin, D. M.
au Havre, 20.
T.
Tabac (Influence du)sur la phthisie pulmonaire, 76.
Taille (Des hémorrhagies à la suite de l’opération de la) et de leur Iraile-
( 495 )
Tannin (Hémorrhagies utérines traitées avec succès par le), 72.
Teinture de digitale (De l’emploi de la) à haute dose, associée au nitrate
de potasse, dans les affections organiques du coeur, par M. De-
hreyno, HS.
Tendons (Quelques réflexions sur ce qu’on nomme nodosités des). iTtt.
Tendon d'Âchille (Kuplure iucomplelo du), 235.
Tétanos traumatique traité avec succès par le porcarhonale do for, 398.
Thérapeutique médicale. Quelles sont les principales conditions du (irogrès
eu iherapeulique, 5.
e (Kj’.ste de la) traité par
(Régies à observer dans ., ,_,,
cicn en chef du rbôpilal Saint-Louis, 286.
Trachée-artère (Asphyxie causée par l’introduclion d’un petit poisson dans
la), 460.
Trachéotomie (Cas de) faite avec succès dans un cas d’anuino scarlatineuse,
236.
- suivie de guérison chez deux eiifanis alloints du croup, 307.
Transmission des dartres (Un mot sur la) de l’animal à l’homme, par M. F,
Dassit, D. W. à Confolens (ChareiUel, 211.
Transposition des sens (Catalepsie et somnambulisme avec), 65.
- du cœur à droite (Exemple d’une) et du foie à gauche, constatée il
y a trente ans chez une dame qui vit avec celte anomalie, 398.
Tremblement mercuriel (Fait cnrioiix de), 15i.
l'ubercules (Les antiphlogistiques peuvent dans certains cas retarder la sup¬
puration des), 379.
'Tumeur érectile (Exenijjle d’une) traitée par un nouveau iirocédé, 77.
-(Guérison d’une) par l’emploi du vaccin, par M. Pigeaux, «9.
- du cou (Introduction de l’air dans les veines pendant l’extirpation
Tumeurs fongueuses des deux mamelons inocuhms par l’allaitement d’un
7’j/pAoïdes'J’N oIc sur; la complication de quelques phénomènes dits) avec
des maladies diverses, par M. Ainédéc Latour, 401.
Typhus convulsif épidémiqu^,djiM(i^ar le) qui a régné en Italie, 153.
J ^
Ulcération (Cas reniarquaye ^’'0e l’arlèiii'! thyroïdienne inférieio’e, s
Ulcères atoniques (EmplpyleTiô^flfe d»Imtassium dans les), 132.
Urètre (Pierre dans 1’) arrf^ à la suito.'Se la lilhotritie. Nouveau piuceue
, de désobstructionSlliTanôl, 4^0.
-(Sur un nouveau spéculum'ypuél’), 477.
Urétrite (Emploi du seigle ergoté'ddnS'Terlains ras d’), 78.
Urines critiques (Nouvelles recherches sur ce qii’ou doit entendre par),
478.
Utérus (Cancer du col de P) guéri par le cautère actuel, 305.
-(Cas d’aménorrhée causée par l’engorgement de P', 216.
-(Des injections ilans P), 237.
Uaccin (Guérison d’une tumeur érectile, par l’emploi du;, par M. Pigeaux,
Uaccinations. Résultat dus revaccinations pratiquées dams l’arnuM! prus¬
sienne eu 1841, 160.
l'alérianate de quinine (Emploi du laclate et du), 151.
/ alériane. Sou emploi contre l’épilepsie, 466.
Uarices (Phlehite mortelle par suite de l’emploi des épingles dans le Iraile-
inent des), 378.
T'ariole (Sur la transmission de la) de l’homme aux animaux, 398.
Ueine-porte (Présence de la douve du foie dans la) chez l’homme, 405.
( 496 )
Veines (Introduction de l’air dans les) à la suite d’une saignée du bras,
473.
-(Introduction de l’air dans les) pendant l’extirpation d’une tumeur
du cou, 474.
Vésicatoire (Bons effets d’un) et de l’iodure de potassium dans un cas d’exos¬
tose réputée syphilitique, 303.
Vices de conformation (Hérédité de certains), 72.
Vidangeurs (Note sur la santé et les maladies des), 155.
Vieillesse (La) ne contre-indique pas les opérations des cancers, par M. A.
Michel, D. M. à Barbentane (Bouches-du-Rhône), 291.
Virilité (Exemple remarquable de la perte des insignes de la), 238.
Vin (Usage du) ayant causé une rétention d’urine, 152.
—— diurétique (Traitement des hydropisies passives et emploi avanta¬
geux d’un) particulier dans ces affections, par M. Debrevne, D. M.
a la Grande-Trappe (Orne), 176.
Vomique. Suite d'apoplexie pulmonaire, 239.
Vulve (Gheiloplastie de la) et de la bouclie par un procédé nouveau, 130.
FIN nn L4 TABLE DC TOME VINGT-TROISIEUE .